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REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE.
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
ou
ANALYSE RAISOKNÉE
DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES
DANS LA LITTÉRATURE, LES SCIENCES ET LES ARTS,
PAR UNE RÉUNION
DE MEMBRES DE L'INSTITUT,
ET D'A.UTRES HOMMES DE LETTRES.
oJvDwweçj 4 820 .
TOME VI.
PARIS,
AU BUREAU DE LA REVUE ENCYCLOPEDIQUE,
CHEZ FOULON , LIBRAIRE , KUE DES FRANCS-BOURGEOIS-
SAINT-MICHEL , N° 3.
LONDRES. — TREUTTEL ET "VVURTZ.
IWXVVVVVX'VVX
1820.
R A R £v
no
'3
1970
t-*
« Toutes les sciences sont les rameaux d'une même tige. »
Bacon.
« L'art n'est autre chose que le contrôle et le registre des
j) meilleures productions A contrôler les produc-
» tions (et les actions) d'un chacun, il s'engendre envie
» des bonnes, et mépris des mauvaises. »
Montaigne.
'<. Les belles -lettres et les sciences, bien étudiées et bien
» comprises, sont des instrumens universels de raison,
» de vertu , de bonheur. »
(M. A.J.)
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
OU
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans la
Littérature , les Sciences et les Arts.
I W VWVWWVVW WV WV WV WV WV WV WV WV wv vwvw www wv wv wv wv wv wv wvwvwv
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MELANGES.
SUR LE TREMBLEMENT DE TERRE,
Et sur les éboulemens qui ont eu lieu dernièrement à
Sainte-Lucie (i).
Le tremblement de terre , que la Martinique a
îprouvé, le 16 octobre 1819, à une heure du ma-
in, s'est fait sentir simultanément à Sainte-Lucie,
[lette île est située sous le même méridien que la
Vlartinique ; elle en est séparée par un bras de mer
le n lieues de large , dont la profondeur est telle
nielle ne peut être déterminée par la ligne de
>onde. Ces circonstances peuvent offrir à Tobserva-
(1) Cette Notice a été lue à l'Académie royale des Sciences de
Institut de France, dans sa séance du 26 mars 1820, par M. le
shef d'escadron d'état-major Mortïau de Jonjvès, correspondant
Je l'Académie.
6 SUR LE TREMBLEMENT DE TERRE
tcur doux considérations géologiques, qui ne sont
pas sans quelque importance :
i°. Du gissement des deux îles , on peut conclure ,
que le tremblement de terre s'est propagé , dans la
direction du sud au nord, comme l'action volcani-
que , à laquelle les petites Antilles doivent leur
origine.
2°. De la simultanéité des secousses du sol , sur
deux points séparés par un espace de mer de sept
lieues de large , et au moins de deux mille mètres
de profondeur, il y a lieu d'induire que la puis-
sance qui a produit ces secousses avait son centre
d'action placé à une profondeur beaucoup plus
grande encore , ou bien que cette action s'est trans-
mise du massif minéralogique de Sainte-Lucie à
celui de la Martinique, à travers les eaux de l'At-
lantique équatoriale.
Dans la première de ces deux îles, il y a eu des
éboulemens désastreux ; mais , le tremblement de
terre n'en a point été la cause. Ils ont été produits
par les pluies diluviales tombées les i3, i4 et i5
octobre, pendant la tempête violente qui a précédé
les ébranlemens du sol. Un assez grand nombre d'in-
dividus ont péri par la chute d'énormes blocs de ba-
salte, qui oui glisse sur les déclivités où ils sem-
blaient fixés par leur immense pesanteur. L'on cite
même <]es terrains étendus , plantés en cannes à su-
cre . qui se sont détachés de la région supérieure des
collines, el. qui, mis en mouvement par ces se-
rousses, ont changé de place, et sont maintenant
QUI A EU LIEU A SAINTE- LUCIE. 7
dans une situation toute différente de celle qu'ils
avaient précédemment.
Ce phénomène singulier se retrouve assez fré-
quemment dans l'histoire physique des Antilles. En
examinant les terrains où il a eu lieu, je me suis
assuré qu'il est constamment produit par la pro-
priété qu'ont les tuffas calcaires et ponceux , qui
forment les couches supérieures des collines, de
laisser filtrer les eaux pluviales à travers toute leur
masse 5 tandis que les terrains argileux , qu'ils su-
perposent , et qui sont formés de la décomposition
des laves porphyritiques , refusent d'absorber ces
eaux ; ce qui établit des courans souterrains entre
la couche supérieure du sol et la base sur laquelle
elle repose. Lorsque ces eaux sont gonflées par des
pluies extraordinaires , ou quand elles sont accrues
par le déversement soudain de quelque réservoir
les montagnes, elles entraînent, dans leurs cours,
les terrains qui les récèlent plus ou moins profon-
dément. L'on a vu, surtout à la Barbade , de vastes
espaces de terre être ainsi transportés , par une puis-
sance invisible, non-seulement avec les cultures dont
ils étaient couverts , mais encore avec des maisons et
leurs habitans épouvantés.
MOREAU DE JONNÈS.
PROGRES
WVWWM WVWWW VW \WVW WWVW\* V\*r
EXTRAIT
D'un Discours sur le progrès des sciences et des arts de
la marine française , depuis la paix , lu dans la
séance publique de V Académie des Sciences , du 27
mars 1820 ; par Charles Dupiv , membre de V Institut ,
officier supérieur au corps du génie maritime , etc.
Messieurs, je vais lâcher de suivre , dans leurs pro-
grès les plus récens, les connaissances relatives à la ma-
rine. Je partirai de l'époque où la paix, mettant un
terme à des luttes sanglantes, n'a plus permis aux défen-
seurs de l'Etal, de le servir autrement que p ar des médi-
tations, des veilles et des travaux scientifiques. Depuis
cette époque, les marins de toutes les classes, de toutes
les professions , éclairant leur marche avec le flambeau
de la théorie , ont fait la revue des arts variés qu'ils
exercent ou qu'ils dirigent.
L'architecture navale ( quoique placée au premier
rang parmi ces arts ) , promettait peu de découvertes à
des recherches nouvelles ; et la cause en est honorable
pour la France. Dès son début dans la carrière , un in-
génieur célèbre , que l'Institut a reçu dans son sein ,
et qui, cette année, préside l'Académie (1) , avait su
donner à la caréné de nos vaisseaux , ces formes heu-
reuses dont tous les éléraens sont si bien combinés ,
qu'ils procurent au navire la rapidité de la marche,
la douceur des roouvemens , et la facilité des évolu-
tions.
N'ayant plus rien à gagner sous le point de vue de h<
~_ , t
M. Saké, inspecteur 'général du génM maritime^
DES ARTS MARITIMES. 9
mobilité, nous cherchons à rendre nos vaisseaux plus
redoutables dans l'attaque, et moins faibles dans la
défense. 11 s'agit aujourd'hui de rendre leurs batteries
plus profondes, plus libres , plus commodes, pour le
service de la nombreuse artillerie qui fait toute leur
puissance. Il s'agit , en agrandissant cet espace, de le
couvrir de bouches à feu d'une force plus grande.
Néanmoins, grâces aux calculs appuyés sur des théo-
ries maintenant bien connues , nous pouvons obtenir
ces avantages nouveaux , sans faire perdre aux navires
les qualités qu'ils ont acquises.
On a poussé plus loin les innovations. La proue, et sur-
tout la poupe , étaient surchargées de pilastres et de
corniches , de festons et de guirlandes, de bas -reliefs
et de statues. Sous ce luxe bizarre étaient cachés des
points faibles par où. les projectiles pénétrant sans au-
cun obstacle , traversaient le vaisseau dans toute sa
longueur, et renversaient , par rangs entiers, les défen-
seurs déployés suivant une direction aussi peu protégée.
Mais, à présent , on s'occupe des moyens de rendre
partout également résistante une citadelle partout
également exposée. On méprise un vain ornement , et
l'on conçoit qu'il n'est, pour les navires de l'Etat,
qu'une seule décoration qui les puisse embellir : « c'est
la guirlande et la couronne d'un véritable laurier,
attaché par la Victoire aux poupes et aux proues du
triomphateur. »
Ne croyez pas, Messieurs, qu'une aveugle haine contre
les beaux-arts , nous fasse en méconnaître et le prix et
les charmes. Nous avons aussi nos musées, où nous re-
cueillons, avec un soin religieux, les monumens du génie
échappés aux destructions de l'ignorance et du vanda-
lisme. A Toulon, les trophées de la victoire et des beaux-
i© PROGRES
arts décorent les collections de la science et de l'indus-
trie. Sous Louis XIV, l'auteur du Milon de Crotone et
du Saint-Sébastien, sculptait pour la marine française*,
dans le plus bel arsenal de la Méditerranée. Son ciseau
produisait les statues et les bas-reliefs destinés à déco-
rer les navires que Duquesne a montés pour défaire les
Espagnols , et vaincre Ruyter aux rives de la Sicile.
Avec des soins infinis , que ]e dois citer ici , puisqu'ils
datent du retour de la paix, on a tiré de la poussière
et sauvé de la destruction le bois trop peu durable sur
lequel est sculptée l'œuvre du Puget ; et plusieurs géné-
rations de héros pourront encore chercher des émotions
et des inspirations , en admirant les monumens glorieux
d'un âge qui s'offrira toujours à notre imagination , au
même rang que les âges consacrés parles noms d'Au-
guste et des Médicis.
Tandis que les beaux-arts , rendus au luxe de la paix,
s'éloignent de nos vaisseaux, les sciences du calcul , de
la géométrie et de la mécanique soumettent à leurs lois
des formes jusqu'alors arbitraires et capricieuses. Par
leurs secours , on s'efforce à déterminer le degré de
résistance qu'il est possible d'atteindre dans toutes les
parties auparavant trop vulnérables. Des essais heu-
reux sont tentés sur des frégates (i) ; d'autres le sont
sur des vaisseaux. Le tems, qui détruit si prompte-
(i) Nous citerons les frégates construites sur les plans de
M. Brctocq , directeur des constructions navales , au port de
Cherbourg, et de M. Simon, oflicicr supérieur au corps du gé-
nie maritime à Brest. Une autre frégate doit, être exe'cute'e, en
adoptant les divers perfectionnement proposes par l'amiral Wil-
laumez, si connu par ses beaux combats dans l'Inde, et son
< spérience dans tontes 1rs parties de son art.
DES ARTS MARITIMES. 1 1
ment tout ce qui flotte sur la mer , et qui force la main
de l'homme à réédifier sans cesse , aura bientôt rem-
placé , par des bâtimens plus redoutables , les bâtimens
de guerre construits sur de moins sages principes.
Vous serez étonnés , sans doute , en m'entendant
parler de ces ravages opérés si rajiidementpar les seuls
effets du tems , sans compter les destructions instan-
tanées des batailles et des tempêtes. Vous en prendrez
quelque idée , en considérant un moment ces vaisseaux
du premier rang dont la masse n'offre de toutes parts
que des arbres énormes, artistement travaillés pour
les adapter à des formes précises ; contournés avec
adresse pour ne rien diminuer de leur force naturelle ;
combinés les uns avec les autres pour se prêter un mu-
tuel support; et de toutes parts, traversés, attachés,
enlacés par des colliers et des chaînes , des axes et des
courbes, des mains et des bras, ou d'airain ou de fer.
Eh bien ! malgré tant de moyens accumulés par la
prévoyance , quatorze ans suffisent aux forces invisibles,
mais infatigables de la nature , pour porter le délabre-
ment et la vétusté dans ce chef-d'œuvre de nos arts.
L'action combinée du poids d'une masse inerte et des
répulsions inégales de la mer qui presse sa carène , la
corrosion produite par les eaux saturées d'un principe
destructeur; les alternatives de sécheresse et d'humi-
dité , de froid et de chaleur de l'atmosphère : voilà les
causes de la courte durée des plus beaux monumens de
l'architecture navale.
S'il est impossible à l'homme de suspendre les ra-
vages du tems, il peut du moins retarder et diminuer
ces ravages : tel doit être , tel est le but de nos efforts.
A tous les moyens suggérés par l'expérience de nos
concitoyens , nous joignons les moyens empruntés des
n PROGRÈS
peuples les plus ingénieux. Le Hollandais nous apprend
par un simple mastic (i) , à garantir de l'action galva-
nique et à préserver de la corrosion ces chevilles, ces
clous de fer cachés sous le cuivre d'un doublage qui
procure à la marche du navire une rapidité nouvelle.
L'Anglais, en donnant une direction oblique et bien
combinée aux grandes liaisons de la charpente des
vaisseaux, reproduit, perfectionne, à beaucoup d'é-
gards , et rend en quelque sorte nouveau , un sys-
tème (2) qui prit, parmi nous , sa naissance, et qui ne
permet plus à la caréné de se déformer par l'action de
la mer.
A ces améliorations principales, se rattachent une foule
de perfeclionnemens, dans les arts variés qui concourent
à la construction, au gréement, à l'armementd'un na-
vire. Une pompe nouvelle (3) , simple dans sa structure ,
facile dans sa manœuvre , et puissante dans son effet ,
donne une sécurité plus grande contre le danger d'une
voie d'eau : danger si redoutable, lorsqu'on est loin de
la terre et privé de tout secours. Souvent les tempêtes ,
sans endommager la carène , arrachent le gouvernail ,
(1) ("est. M. Rolland, inspecteur du génie maritime, qui a fait
connaître à la marine française ce moyen conservateur, dans un
Mémoire rédigé à la suite d'un voyage de cet inspecteur en
Hollande.
(7) Kn 1818 , la construction d'un vaisseau de 7 \ , suivant < • ■
nouveaui principes de charpente, a été résolue. Dans la frégate
»lc M. Simon, ;i laquelle l'amiral Willaumez a proposé de fair<
améliorations, on a a suivre le même système.
• M Pierre, de Cherbourg, a fait connattre, en 1819, \a
pc ingénieuse qu'il vient d'inventer, et dont la marine s'est
finpri tuée d'ordonuei 'l'examen : on a commandé, pour le port de
plu nfi pompes de cette espèc •
DJES ARTS MARITIMES. i3
t'engloutissent , et laissent le navire à la merci des flots,
m moment où leur fureur est le plus à craindre : on a
trouvé (i) le moyen de construire et de placer, avec
plus de célérité qu'on ne l'avait fait encore , un nou-
veau gouvernail qui rend soudain au timonier son empire
»ur la mer. Dans les mouillages , on commence à com-
biner l'usage des câbles de fer (2) avec celui des câbles
le chanvre : ces derniers , moins chers , résistent mieux
contre un choc violent et brusque ; mais les premiers
'emportent par la durée : ils perdent beaucoup moins
eur force par l'action de l'eau , de l'air et de la cha-
leur ; et lorsque l'ancre est jetée sur des fonds hérissés
le pierres aiguës , ils ne peuvent pas être coupés par
un frottement de quelques heures contre le tranchant
des rochers.
Vous avez pu remarquer à l'exposition des produits
àe notre industrie (3) , auprès des riches tissus réservés
pour l'opulence , d'autres tissus plus modestes , gros-
siers dans leur aspect, mais légers pour leur force, et
destinés à servir de voiles à nos vaisseaux. Les juges du
concours ont déclaré ces derniers tissus plus parfaits
(1) C'est à M. Dusseuil , capitaine de frégate en retraite, que
la marine française est redevable de la nouvelle installation du
gouvernail de rechange. Les épreuves toutes récentes, faites à
Brest, d'après des ordres supérieurs, ne laissent rien à désirer.
(2) On a, pour la première fois, installé ces câbles à bord de
l'Isère , de la Loire, etc. , en 181 8, dans les ports de Dunkerque
et de Brest.
(3) M. Leboucher Villegaudin , de Rennes , a obtenu , dans la
dernière exposition des produits de l'industrie , une médaille
d'argent pour les progrès qu'il a fait faire à la fabrication de ces
toiles. Rapport du Jury, pages ^7 et 68.
14 PROGRÈS
que les meilleurs produits du même genre obtenus jus-
qu'à ce jour. Un art, bien simple en apparence , et qui
pourtant demande les secours de la physique, de la
chimie et de la mécanique , la corderie s'est récemment
perfectionnée dans nos ports (i). Par une torsion plus
savante , on obtient des câbles et des cordages qui con-
tiennent moins de matière, et néanmoins ont plus de
force que les produits des anciens procédés. Si le grée-
mentde nos mâts et de nos voiles peut être désormais
rendu plus léger , plus favorable à la facilité, à la ra-
pidité des manœuvres , c'est grâce aux travaux récens
d'un ingénieur (2) qui, dans le portd'Anvers, construi-
sait vingt vaisseaux à la fois, et présentait le spectacle
d'une flotte entière , naissante, et s'élevant sur la rive
conquise d'un vaste fleuve , comme une ville batave ,
érigée tout-à-coup sur quelque plage auparavant cou-
verte par les eaux. Ces citadelles mobiles étaient bâties,
défendues et sauvées par des conscrits -ouvriers , qu'on
commençait d'instruire en leur faisant tenter de pa-
reils coups d'essais (3).
L'Académie a placé parmi ses correspondais, un 111-
(1) En 1817, 1818 ei 1819.
(2) Le colonel Lair, directeur des constructions navales à
Brest. (Test en conservant à tous les fils une égale tension dans
le commettage , et en re'glant avec une précision nouvelle la
marche du charriot qui détermine le degré de la torsion, qu'il
a fabrique des cordages plus forts qu'on ne savait en faire dans
nos arsenaux. On connaîtra bientôt jusqu'à quel jwint cette aug-
mentation de force permet de diminuer la grosseur de tous les
élémensdu gréement d'un navire.
(3) Les vaisseaux, subsistent encore ; et le corps admirable
qui les bâtît et qui Les défendit n'est plus ! Espérons que le
ministère entendra l'expression patriotique des regrets que cette
destruction a causés à tous les amis de notre gloire nationale
DES ARTS MARITIMES. i5
génieur (i) dont les machines ont soumis à la force du
vent le curage de nos bassins de construction , et les pro-
cédés variés du broiement des couleurs , du sciage et
du perçage des bois (2), du laminage et du tournage
des cylindres et des feuilles métalliques. L'auteur de
ces nombreux travaux a fait aussi de la corderie (3) ,
l'objet nouveau de ses observations et de ses perfection-
nemens. Enfin, dans un arsenal où Coulomb fonda jadis
sa théorie des machines simples , cherchant , comme
lui, des vérités spéciales dans l'étude de la nature et
dans l'art des expériences , il a fait sur la percussion (4)
une série d'épreuves extrêmement remarquables. Elles
ont eu pour but et pour résultat de calculer la possibi-
lité, la disposition et l'effet des pesans martinets mus
par la main des hommes. Ces martinets servent main-
tenant à des opérations métallurgiques , pour les-
quelles l'action des courans et de la vapeur d'eau sem-
blait seule un moteur assez puissant.
(1) M. Hubert, officier supérieur au corps du génie maritime.
(2) C'est en i8i5 et 1816 que M. Hubert a construit son mou-
lin à scier les bois : le moulin à curer est antérieur. Ces dernières
machines ont été décrites dans un Mémoire présenté à l'Institut,
vers la fin de 181 5.
(3) M. Delessert, associé libre de l'Académie des Sciences,
ayant fait don à la marine d'une machine inventée par Fulton ,
pour filer le chanvre des cordages , M. Hubert en a fait l'exa-
men comparativement à la machine ingénieuse dont il est lui-
même auteur. M. Hubert est aussi l'auteur d'un dynamomètre ,
servant à mesurer la force des cordages, et , depuis 181 4; établi
dans tous les ports de France.
(4) C'est en 1818 que M. Hubert a fait connaître ces expé-
riences dans un Mémoire approuvé par l'Académie des Sciences ,
et mis au nombre de ceux qui font partie de la collection des sa-
vans étrangers.
^6 PROGRÈS
En améliorant les moyens d'exécuter, on s'est ef-
forcé de donner aux produits , des positions et des
formes plus appropriées à leur destination.
Aces tonneaux d'un bois corruptible, qui, dans les
longues traversées, ôtent à l'eau sa fraîcheur, et sou-
vent sa salubrité, on a commencé de substituer des
caisses en fer (i). Hermétiquement fermées , elles inter-
ceptent toute action putréfiante extérieure; elles con-
servent, pendant plusieurs années, à l'eau qu'elles ren-
ferment, sa limpidité, sa pureté et ce goût qui n'est
parfait, que par l'absence de toute espèce de goût
étranger
On ne s'est pas contenté de ce moyen conservateur.
Ons'est occupé, avec un succès tout nouveau, desmoyens
de suppléer dans beaucoup decas, aux approvisionne-
rons d'eau douce , en rendant potable celle de la mer.
C'est ce qu'on doit aux travaux d'un chimiste distingué^)
et d'un navigateur (3) qui parcourt à présent l'autre
hémisphère, sur les traces des Fougainville et des La
Peyrouse. Ce navigateur, au lieu de se charger d'une
provision d'eau douce proportionnée à la distance de
ses relâches, s'est muni d'un simple appareil fourni par
les laboratoires delà science ; il a pris du combustible,
comme on prend habituellement du lest; et dès-lors,
sans craindre les retards des calmes et les contrariétés
des tempêtes , il s'est livré, sur le vaste Océan , à l'ex-
(i) Cette innovation date de 1817.
(2) M. Clément , ancien élève de l'Ecole polytechnique , au-
jourd'hui professeur au Conservatoire d'Industrie française : il a
publié , en ib'iG , dans les Annales de Physique et de Chimie, le
résultat de srs expériences.
M. Freycinet, capitaine de vaisseau.
DES ARTS MARITIMES. 17
ploration des rives inconnues et des dangers ignorés
encore parles navigateurs des deux mondes (1).
Pour opérer la distillation de l'eau de mer, on doit
un nouvel appareil à l'esprit inventif d'un jeune ingé-
nieur (2) qui réunissait tous les dons de l'activité , du
zèle et du courage ; qui venait d'achever , avec un suc-
cès complet, la construction de deux bateaux à vapeur
destinés à naviguer en pleine mer, aussi bien que sur
les côtes; et qui, les ayant accompagnés jusque dans
les eaux du Sénégal, est mort victime d'un climat
redoutable.
D'autres soins, d'autres besoins inspirés par l'huma-
nité , dirigés , satisfaits par la science , ont permis
de conserver, dans toute leur fraîcheur, pendant les
plus longues traversées, ces viandes substantielles dont
les sucs réparateurs soutiennent le matelot, dans les
durs travaux de la mer (3). Les plus tendres végétaux ,
les mets les plus délicats fournis par le règne animal,
conservés aussi long-tems dans toute leur saveur, ont
rendu plus agréable et plus saine la nourriture de l'of-
ficier et du voyageur opulent. Grâces aux progrès de
(1) Pour montrer, par des faits , l'efficacité du nouveau moyeu
employé' , contentons-nous d'observer qu'un kilogramme de char-
bon produit près de sept kilogrammes d eau distillée. Par consé-
quent , cent tonneaux de combustible représentent presque sept
cents tonneaux d'eau potable ; et l'on peut, tout d'un co p, ac-
croître de six cents tonneaux , une cargaison précieuse , ou bien
rendre d'autant plus léger et plus rapide un navire dont la mar-
che devrait être la qualité principale.
(2) M. le Breton, qui conduisit avec honneur, pendant plu-
sieurs années, sa compagnie d'ouvriers militaires, avec les trou-
pes du génie de terre attachées à la grande a nuée-.
(3) Procédés inventés par M. Appert, M. d'Arcet, etc.
TOME VI. 2
i8 PROGRÈS
l'hygiène navale . les bienfaits d'une ingénieuse philan-
thropie se sont graduellement étendus sur la qualité de
tous les alimens , sur la régularité de la vie, sur la pro-
preté dunavire et des hommes qui l'habitent (i). Aussi,
les fièvres , les maladies cutanées et le scorbut , qui sur
nos vaisseaux faisaient d'horribles ravages, sont main-
tenant des maladies presque inconnues.
Si nous quittons les apprêts des voyages pour envisa-
ger les travaux stables de nos ports , nous y verrons
partout les marques d'un esprit de perfectionnement
développé depuis la paix.
Au port de Lorient , un abri nouveau (2) , plus somp-
tueux et plus vaste que ceux oii\enise cachait sa flotte
mystérieuse, permet, par tous les teins et dans toutes
les saisoni , de travailler à construire un vaisseau. Des
hangards aussi spacieux, aussi commodes , mais plus
simples et moins dispendieux, seront érigés peu à peu
sur toutes les calles de nos chantiers (3). Par-là, pen-
dant la paix, sera conservée, sans détérioration, la
charpente à demi-terminée des navires de l'Etat; et
quand arrivera le moment du besoin , en peu de jours.
(1) Au sujet tirs travaux relatifs à l'hygiène navale , nous cite-
roni plusieurs Mémoires publiés depuis i8i5 par M. Keran-
dren, inspecteur -généra] «lu service médical de la marine, surles
pro] riétés médicales de Peau de mer, naturelle ou distillée: sur
des hamacs, sur la santé des j;ens de mer, etc.
(■•a) Bâti par M. Lamblardie , ancien (-lève de l'École polytechni-
que, aujourd'hui directeur des travaux hydrauliques et des bâ-
timens civils d< la marine, à Brest. On doit aussi construire , à
Lorient, \m bassin de construction; niais, les travaux ne sont
< iu ore commi no
; \ ■ illi 1 couvertes . on éi ige de- hangards pour la
conservation des bois de construction. -Afin d'approvisionner nos
poils, on s'occupe de plui en plus à développer et perfectionner
DES ARTS MARITIMES. 19
nos bâtimens, terminés et lancés à la mer, iront tenter
ie sort d'une fortune que nous aurons , pendant la paix,
travaillé à rendre heureuse.
Les travaux de Cherbourg, interrompus d'abord par
le malheur et la pénurie des circonstances, reviennent
par degrés à leur activité passée. Le directeur de ces
travaux (1) a consacré les loisirs d'une interruption
douloureuse, à préparer les matériaux d'une descrip-
tion, dont il a déjà soumis (2) quelques fragmens à
l'examen de l'Académie. L'importance des observa-
tions, la clarté de l'exposition, enfin l'exécution par-
faite des dessins et des gravures , placeront cet ouvrage
au rang de ceux qui font connaître dignement aux na-
tions, les monumensde la France.
Les soins du matériel ne sont pas l'unique objet des
améliorations et du perfectionnement. On s'occupe
aussi des établissemens qui peuvent contribuer à con-
server, à propager d'utiles connaissances. En faveur de
la classe ouvrière , l'enseignement mutuel , à travers
mille obstacles , a forcé l'enceinte de nos ports ; il y
prospère (3). Une sévère économie , commandée, sans
doute, par les moyens pécuniaires trop bornés de la ma-
rine , n'avait pas permis de donner aux maîtres et
l'exploitation des bois de l'île de Corse et des Monts-Pyrénées.
Un officier du génie maritime , M. Dumonteil , est envoyé' dans
les forêts de la Guyane, pour y former un plan d'exploitations
nouvelles.
(1) M. Cachin, directeur des travaux hydrauliques et des bâti-
mens civils de la marine , à Cherbourg , inspecteur - ge'néral
des Ponts-et-Chaussées, etc.
(2) En 1819.
(3) A Brest , l'école est dirigée par M. Arnaud, ingénieur, dont
le mérite et le zèle égalent les services et la modestie.
2o PROGRES
contre-maîtres qui surveillent l'exécution des travaux.,
un salaire proportionné à l'activité , au zèle et au talent
qu'exigent leurs pénibles fonctions; et cette classe, si
recommandable à tant d'égards, pouvait à peine trou-
ver, dans un gain légitime, de quoi procurer à ses en-
fans l'éducation lapins modeste et l'instruction la plus
bornée. On a commencé d'établir des écoles spéciales,
ou l'on enseigne à cette intéressante jeunesse les élé-
mens du calcul , de la géométrie et du dessin , néces-
saires au tracé des vaisseaux , ainsi que les principes
de la statique, nécessaires à l'intelligence et au calcul
de l'effet et du jeu des machines (1). A la fin de chaque
année, des médailles en or seront données en pi îx aux
élèves qui se distingueront le pins ; et ce sont eux qui ,
dans les promotions futures, seront avancés de pré-
férence.
Quant à la création des établissemens utiles au pro-
grès général des sciences et des arts de la marine , Brest
était le seul port qui n'eût plus a désirer des créations
nouvelles. Depuis la paix , on s'occupe des moyens de
former des bibliothèques dans l'enceinte de chacun des
autres arsenaux. Dans presque tous , des cabinets
d'histoire naturelle et des jardins des plantes sont en-
richis , à chaque voyage entrepris par nos bàtimens (a)
(i) Nous citerons , comme un modèle . le plan de ces écoles, dft
à M. Tupinicr, officier supérieur an corps du génie maritime, et
tout-directeur des ports et arsenaux de France. C'est le même
ioféaieur qui transportait, au moyen de chameaux de M cons-
truction , par-dessus le barrage des lagunes , des vaisseaux d'une
force donl niaient jamais approcha4 les Mlimens d.e la marine
vénitienne.
(») Collections remisai par les docteurs Huet , Fouilloy et
Lessou, à la mita des rojagee antrepria, par la Cybèle , le
DES ARTS MARITIMES. *t
sur des rives étrangères. Dans nos colonies , des natu-
ralistes , entretenus par la marine, préparent à la
France des envois précieux pour l'industrie et pour
l'agriculture. Un observatoire est bâti pour Toulon ; un
autre va l'être pour Rochefort. Dans ces deux ports,
des musées maritimes sont formés (i) pour conserver le
type des navires les plus fameux que le tems va dé-
truire ou qui déjà sont détruits. Les modèles des ma-
chines les plus ingénieuses, la représentation des ma-
nœuvres les plus intéressantes, un choix méthodique
des matières premières , des outils , des produits de
tous les arts exercés dans l'enceinte d'un arsenal : telles
sont les richesses qu'on s'est efforcé de réunir.
Ch. Dupiîv.
Golo, etc. M. Leschenau, attache au jardin des plantes de notre
établissement de Pondiche'ry, a fait des envois précieux au mu-
séum d'histoire naturelle de Paris. INous citerons à ce sujet :
i° Y Instruction pour les voyageurs naturalistes, et pour les em-
ployés dans les colonies , sur la manière de recueillir, de conserver
et d'envoyer les objets d'histoire naturelle, rédigée, en 1818, sur
l'invitation de M. Mole, ministre de la marine, par MM. les pro-
fesseurs du Jardin de Plantes de Paris ; 2° le Manuel de Taxider-
mie, publié par M. Lesson , officier de santé de la marine.
(i) L'institution du musée de Toulon date de i8i4j elle est
due au zèle éclairé du contre-amiral Lhermitte, alors préfet ma-
ritime, en retraite aujourd'hui, et regretté de toute la marine
pour sa valeur et ses talens. L'institution du musée de Rochefort
date de i8i5; c'est M. Hubert qui Ta formé.
aa . NOTICE SUR LE COMMERCE
<\a<v\v\\\vww\a>/v\/v\%\>iv\<\'v wwt<w\x\*
NOTICE
SUR LE COMMERCE DES ANCIENS ET DES MODERNES ;
Par M. Bail , ancien Inspecteur aux revues , membre
de la Société royale des Antiquaires de France.
DEUXIÈME ET DERNIÈRE PARTIE, (f or. T. V, p. 407-418.)
Nous avons vu, dans la première partie de cette
notice, la progression du commerce, chez les Ro-
mains, depuis la chute de Cartilage jusqu'à celle de la
république ; il nous reste à examiner ce qu'il fut , sous
les empereurs et dans le moyen âge; ses effets,
depuis les expéditions des Portugais et la découverte
de l'Amérique; enfin, ce qu'il est aujourd'hui, depuis
que l'Angleterre aspire au monopole exclusif du
monde.
seconde époque. — Du Commerce sous les Empereurs.
Auguste, après avoir fermé le temple de Janus , et
remis les lois en vigueur, porta son attention sur le
commerce. Le port Jules, dans la Campanie, fut son
ouvrage ; les lacs Lucrin et d'Averne communiquèrent
avec la mer; Nicopolis sortit du néant; Cartilage et
Corinthe renaquirent de leurs cendres ; Alexandrie
devint l'entrepôt des marchandises de l'Asie et de
l'Afrique. Dans le même tems , des escadres eurent
ordre d'aller reconnaître les côtes de l'Europe, de-
puis Cimbrique jusqu'aux Palus-Méotides , et celles
d \fri<[ue jusqu'au détroit de Babel- Ma ndel ; d'autres
devaient protéger la navigation à Misène , dans le golfe
Adriatique , sur la mer Rouge, et sur le Pont-Euxin (1).
1) Fonrnier, Hydrographie t tc), cli. ]\
DES ANCIENS ET DES MODERNES. 23
Le négoce de l'Arabie, de l'Ethiopie et des Indes
prit alors un tel accroissement, que le détail des ri-
chesses qu'on en tirait paraîtrait incroyable. Ce com-
merce ne se faisait que par échange; cependant, Pau-
sanias évalue au centuple le bénéfice qu'il procurait.
Avec quelques millions de marchandises en étoffes de
laine, fer, plomb , cuivre et verreries, on se procu-
rait dans l'Inde des valeurs pour trois à quatre cents
millions. Les soieries , comme nous l'avons déjà remar-
qué, venaient de la Chine par la Perse , et les Parthes
étaient les courtiers des Seres ou Chinois (i)- La ferti-
lité extraordinaire de l'Egypte assurait à l'empire des
ressources contre la famine. Les productions des Gaules
n'étaient pas moins précieuses ; elles donnaient au fisc
un revenu considérable par les taxes imposées sur les
marchandises exportées de Marseille, de Narbonne et
de Lyon ; elles consistaient principalement en blés ,
vins, liqueurs, fer, bestiaux, draps et toiles. Lyon,
par sa position au confluent du Rhône et de la Saône,
devint l'entrepôt le plus florissant de ces contrées ;
ainsi, cette cité célèbre n'a point déchu de son an-
cienne splendeur : malgré tant de vicissitudes, elle est
toujours la gloire et l'ornement de la France.
Le règne d'Auguste fut comme l'apogée de la puis-
sance commerciale de Rome. Vainement chercherait-
on, sous les successeurs de cet empereur, l'importance
et le crédit dont le négoce jouissait sous ce prince; on
n'y rencontrerait que l'oppression , l'avilissement , le
délire , et tout ce qui caractérise la décadence.
(i) On comprenait alors , sous le nom de Sères , toute la Chine
méridionale, c'est-à-dire, le Tunquin, la Cochinchine, le Pégu
et Siam. ( Huet. )
; j NOTICE SUR LE COMMERCE
Des flottes marchandes partaient de tous les points
de l'univers connu ; Rome était comme le comptoir
universel avec lequel tous les peuples de la terre cor-
respondaient. Il sortait chaque année du port de la
Souris (Myos-Hormos), dont le mouillage valait mieux
que celui de Bérénice, de nombreux vaisseaux pour
l'Orient. Pline décrit fort exactement la route qu'ils
tenaient pour aller aux Indes. Partant d'Alexandrie,
ils se rendaient à Juliopolis , à deux railles de distance ;
là, ils remontaient le Nil jusqu'à Cophtos : on trans-
portait les marchandises de ce lieu à Bérénice, en 12
jours, avec des chameaux; on repartait de Bérénice ,
vers le solstice d'été, pour Ocellis (Alherda), d'oii l'on
faisait voile pour Musiris , dernière station des vais-
seaux romains (1). Après les échanges, on reprenait la
même route.
Le chemin du cap de Bonne-Espérance était inconnu,
quoiqu'il eût été exploré autrefois par les Phéniciens
et les Carthaginois ; mais les notions s'en étaient per-
dues. Ou croyait que la mer Caspienne n'était qu'un
golfe de l'Océan qui entrait dans les terres, et le peu
de connaissances géographiques des Romains conti-
nuait d'entretenir celte erreur (2); d'ailleurs, ils
étaient parvenus à un tel degré <\c puissance, qu'ils
s'attachaient bien plus à conserver qu'à étendre leur
domination.
(1) On n'est point d'accord sur la situation actuelle de Tan-
cienne Musiris. Les uns veulent que ce soit Chaul -, d'autres Onm.
'•' croirais plutôt , avec Hardouin, que c'est Calhcut.
('j^ Ce fut Don François Olivarès qui reconnut le premier les
ui CCI fin IN il , et la cause des inondations régulière* cite* fleuv»- :
deux elioscs absolument inconnues à tout' l'antiquité, niniieanx
! jrptiens.
DES ANCIENS ET DES MODERNES. 25
Décadence du Commerce.
Bientôt l'insatiable et ombrageux Tibère accabla les
négocians et le peuple. Cet empereur avait accumulé
dans son épargne deux milliards sept cent millions
de sesterces , équivalant à cinq cent quarante millions
de notre monnaie ; et cela n'est pas étonnant , si l'on
considère l'état florissant de l'empire lorsqu'il en prit
les rênes (i). En se faisant le seul capitaliste, il para-
lysait le commerce; l'argent devint rare , le cours des
espèces fut gêné. Mais soit avidité, soit ignorance des
premiers élémens de l'économie politique , il imputa
cette gêne aux publicains et aux financiers ; et comme
si la seule apparence de l'arbitraire n'eût pas sufli
pour frapper de mort toute transaction , il les força
d'acheter des immeubles pour les deux tiers de leur
fortune présumée. Un tel acte de violence anéantit tout
crédit, toute circulation. •
Aux spoliations delà tyrannie succèdent les prodi-
galités de la démence : Caligula porte un coup mortel
à la navigation , en se servant des vaisseaux pour l'inu-
tile exécution du pont célèbre , qui, de Bayes à Pouz-
zoles, était formé d'un double rang de navires fixés
par des ancres , et portait une chaussée semblable à la
voie Appienne. Le premier résultat de cette ridicule en-
treprise fut la famine ; il semblait que la prophétie
d'Horace dut s'accomplir (2).
Sous Claude, le commerce respira un instant; on
(t) Suétone, Tacite.
(t) « JFAas parentum , pejor avis , tuîit
v TVo.v néduiores , inox datuvos
» Progeniem vitiosiorem. »
(Hou. , 1. 3 , od, 6.)
i6 NOTICE SUR LE COMMERCE
sait qu'il rétablit la marine et qu'il restaura le port
d'Ostie. Le trafic changea d'objet, on le fit alors avec
les Arabes ; mais l'Arabie n'était déjà plus cette contrée
fertile si abondante en or et en pierreries : les aromates
et l'encens , dont la consommation était devenue de
première nécessité, offraient une nouvelle source de ri-
chesses. L'entrepôt de ce commerce fut établi à Muza
(Zibit); il s'accrut si fort sous Néron, qu'il fit oublier
entièrement celui de l'Inde.
Galba, Othon, Vitellius n'eurent pas le tems d'in-
fluer sur le négoce ; Vespasien ne fit que des lois contre
l'usure; Titus, Domitien n'y donnèrent que peu d'at-
tention ; ce dernier prohiba même la culture des vignes.
Trajan , seul , essaya de ranimer l'industrie. Après ses
victoires sur les Daces, il construit un port à Centu-
melle (Civita-Vecchia), un autre à Ancône ; il jette
un pont sur le Danube , fait tracer de grands che-
mins , et rend au commerce l'ancienne route des Indes
qu'interceptaient les pirates.
Sous les successeurs de Trajan, le commerce flotta
incertain entre les succès et la ruine , selon l'inertie ou
la capacité des hommes que la fortune portait sur le
trône. Encouragé sous Antonin et Sévère , détruit sous
Commode et Caracalla, il devint enfin tributaire des
pirates et des barbares. L'invasion des Perses en Asie ,
le soulèvement de l'Egypte, de l'Espagne et des Gaules,
achevèrent d'anéantir les restes languissans de l'indus-
trie romaine.
De toutes parts on ne songeait qu'à repousser les
ennemis ; la guerre dévastait les provinces ; il n'y avait
plus aucune sûreté, aucune protection , aucune ga-
rant io. On vitl'ancienne capitale du monde se racheter
honteusement du pillage, au prix de cinq mille livres
DES ANCIENS ET DES MODERNES. 37
pesant d'or , trente mille d'argent , quatre raille robes
de -soie, trois mille de pourpre , et trois mille livres
d'épiceries ; les denrées de l'ïnde servaient à a rançon.
L'empire s'écroulait ;lois, mœurs, industrie, commerce,
liberté, tout fut perdu ; il ne resta que le souvenir de
sa grandeur passée.
A mesure que les nations de l'antiquité s'étaient ci-
vilisées, elles avaient honoré le commerce. Dans les
beaux jours d'Athènes, tous les citoyens se livraient au
négoce ; Platon vendait de l'huile ; le père de Démos-
thène était marchand de fer: jamais le trafic ne fut
incompatible avec les dignités , excepté à Sparte , où
il n'y avait point de commerce , et où l'on ne con-
naissait point la loi du tien et du mien.
Avilissement du Commerce après Vinvasion des barbares.
La chute de l'empire romain plongea l'Europe dans
une affreuse anarchie : elle vit périr ses monumens et
sa civilisation. Le brigandage et le droit du plus fort
érigeant les codes, la violence ne connut plus de bornes ;
le glaive seul fut honoré. Le peu de commerce néces-
saire à des peuples féroces tomba entre les mains des
Juifs, dont l'avidité bravait les avanies, sans éviter
les spoliations. Les mœurs devinrent si grossières et si
farouches , que les grands chemins disparurent dans
toute la Gaule : on ne voyageait que par caravanes ;
on faisait à peine en un mois le chemin qu'on fait au-
jourd'hui en deux jours. Le seul trafic qui existait
encore se bornait à du drap commun , de la toile, et
un peu de mauvaise quincaillerie. Les marchandises
se transportaient à dos de mulet dans les bourgs el
dans les cités ; de lieue en lieue , au sommet des mon-
tagnes , au passage des rivières , sont encore les ruines
2 S IN0T1CE SUR LE COMMERCE
des donjons , où d'avides barons rançonnaient les
marchands et les pillaient , selon leur bon plaisir. Lors-
qu'on passe de l'histoire d'un grand peuple à ces teins
de turpitude et d'esclavage , on ressemble au voyageur,
qui, au sortir d'une cité magnifique, s'enfonce dans
les déserts.
L'Inde, au tems de Charlemagne, n'étaitplus connue
(jue de nom. Les Arabes étaient à peu près ce que sont
aujourd'hui les Anglais pour le commerce maritime ;
ils vendaient à la fois les denrées de l'Orient à Cons-
tantinople et aux Francs. Venise sortait à peine de ses
lagunes. Ce ne fut que long-tems après qu'elle changea
la direction des richesses de l'Asie ; mais ces richesses
ne circulaient point en France chez les particuliers ,
comme aujourd'hui; encore moins en Allemagne et
dans le nord.
Les peuples ont croupi plusieurs siècles dans cet avi-
lissement. La monnaie avait encore à peu près la même
valeur que celle de l'empire romain, sous Constantin.
Le sou d'or (solidinn) vaudrait à présent un peu plus
de quatorze francs ; il équivalait à quarante deniers
d'argent fin , qui pesaient l'un dans l'autre trente
grains.
Renaissance du Commerce en Italie. — Puissance des f^enitiens.
Au commencement du onzième siècle, deux villes
maritimes d'Italie commencèrent à sortir de l'obscu-
rité' : Gènes, déjà célèbre du tems des Çomains, et
Venise, où s'étaient réfugiés quelques pêcheurs pour-
suivis par les Huns. Des fugitifs relégués dans les
marais ne pouvaient subsister que par le commerce.
Dans l'espace d'un siècle j ils acquirent toute la côte
f ri s 1 1 i c et de Dalmatie , Spalalro, Raguse et Nazenzn.
DES ANCIENS ET DES MODERNES. 39
Pendant que les barons français et allemands élevaient
des forteresses pour maintenir leur usurpation , Venise
attirait leur argent, couvrait la Méditerranée de ses
vaisseaux, et ouvrait , après mille ans de barbarie, une
nouvelle route au commerce de l'Inde par Alexandrie
et Suez. Florence, Sienne, Bologne, Milan, Pise,
Pavie s érigeaient en républiques , et usaient sans obs-
tacles de la liberté du commerce. Constantinople n'était
plus que l'ombre de l'empire romain ; ses empereurs
avilis disputaient faiblement les restes de TAsie mi-
neure aux Arabes et aux Turcs.
Les Vénitiens et les Génois faisaient à la fois le com-
merce et la guerre; ils vendaient tour à tour des vais-
seaux à la Grèce et à la Turquie, selon l'occurrence.
Après la prise de Constantinople et les croisades, l'or
des nations coula chez eux par tous les canaux de l'in-
dustrie et du monopole; ils soudoyèrent des armées ;
ils mirent un poids dans la balance politique ; ils hono-
rèrent l'industrie par les pi us admirables découvertes (1).
Les toiles , les soieries , l'épicerie , les pierres fines, les
reliques étaient dans ce tems les principaux objets du
trafic. Le trésor de Saint-Marc tira des millions d'un
prétendu morceau de la vraie croix, et l'on sait qu'il
fut banquier de divers princes sur de pareils gages.
Il se formait en même terns une ligue commerciale
dans le nord, sous le nom de Hanse; les vaisseaux des
villes libres d'Allemagne se mêlèrent à ceux des Véni-
tiens : Espagnols , Français , Anglais , Hollandais , Por-
tugais , Danois , cherchaient également de l'or ; c'est
là le principe de tous les établissemens maritimes du
(1) Telles furent les lunettes, les moulins à vrnt, la fayence ,
ia porcelaine y les miroirs , la boussole , le papier, etc.
3o NOTICE SUR LE COMMERCE
moyen âge ; ruais deux nouveaux peuples sortaient
alors de l'obscurité.
Puissance des Portugais. — Découverte de la boussole.
L'avidité humaine, excitée à chercher de nouvelles
terres et de nouvelles mers , ayant trouvé la direction
de l'aimant vers le nord, s'en fit un moyen de con-
quête. La boussole agrandit la sphère ; on retrouva
les îles Canaries et Madère que les anciens avaient con-
nues sans le secours de cette invention. Les Portugais
passèrent le tropique , s'avancèrent jusqu'aux Açores,
explorant toutes les côtes occidentales de l'Afrique ,
d'où ils rapportaient de l'or et de l'ivoire en abondance.
Ils pénètrent bientôt au-delà de l'équateur ; pour la pre-
mière fois, ces intrépides navigateurs voient un non veau
ciel et de nouveaux astres. Vasco de Gama franchit le
cap de Bonne-Espérance ( plus justement nommé ries
Tempêtes), et put enfin embrasser le tour de l'Afrique.
Cette immortelle expédition changea la face du com-
merce de l'ancien monde : Alexandrie , entrepôt de
l'Egypte et des Indes, Venise qui tirait les denrées de
l'Orient, commencèrent à décheoir. Le cours des ri-
chesses fut détourné. Les Vénitiens luttaient dans
l'Asie contre les plus fameux capitaines portugais : ils
proposèrent même aux soudans de couper l'isthme de
Suez ; mais ce projet s'évanouit devant les exploits
d'Albuquerque. Ce guerrier, après avoir soumis toute
la presqu'île en deçà du Gange , Malaca , la Cherso-
nèse, Aden et Ormus dans le golfe persique , forma des
établissemens commerciaux sur toute la côte de Cey-
lan : des comptoirs s'élevèrent au Bengale , et des villes
furent fondées jusqu'aux confins de la Chine (i). Le
(i) Macao, fondé par les Portugais
DES ANCIENS ET DES MODERNES. 3i
trafic se faisait à main armée ; le poivre , le gérofle ,
la cannelle , le thé , la porcelaine , les perles, les soie-
ries , étaient livrés à bien plus bas prix que Venise n'a-
vait jamais pu les fournir. A cette époque , les Portu-
gais ne deviennent pas seulement des marchands en
Orient ; ils s'y font rois , ils y régnent en maîtres. De
l'Inde ils vont au Japon, à la Chine, où le Vénitien
Marc Paul n'avait jamais pénétré que par terre. Pos-
sesseurs d'un littoral de plus de 5 mille lieues , ils
avaient le monopole exclusif de l'océan éthiopique et
atlantique , dans une étendue de plus de 60 degrés de
longitude : tout ce que la nature produit d'utile , de
rare et de précieux, était à leur disposition , lorsqu'un
des plus grands événemens dont l'histoire fasse men-
tion , bouleversa encore une fois les relations com-
merciales.
Expédition de Christophe Colomb. — Découverte de V Amérique ~
Une moitié du globe était toujours restée ignorée de
l'autre ; Colomb, plussavant que son siècle, et frappé des
entreprises des Portugais , la révèle à l'univers ; l'Amé-
rique est connue. Gênes , la patrie de ce grand homme,
l'avait traité de visionnaire; les Anglais, les Portugais,
les Vénitiens l'avaient rebuté ; tous perdirent ainsi la
seule occasion que leur offrait la fortune pour s'a-
grandir. Ce fut après huit ans de sollicitations , que
l'Espagne consentit au bien que le Génois voulait lui
faire. Avec dix-sept mille ducats, frais de l'armement,
elle se trouva en possession du nouvel hémisphère ,
et d'un pays où l'or était plus commun que le bois.
Une grande révolution se fit dans le commerce et
dans les mœurs. L'Amérique , remarquable par des
productions étrangères aux autres parties du monde ,
3a NOTICE SUR LE COMMERCE
manquait de chevaux, de grains, de fer et d'huile.
Parmi les denrées importées dans l'ancien monde , la
cochenille fut une des plus précieuses , elle fit oublier
les procédés dont se servaient les anciens pour se pro-
curer l'écarlate. L'indigo, le cacao, la vanille, le
tabac, le quinquina , les bois qui servent à l'ornement
ou à la médecine, créèrent autant de nouveaux be-
soins et de nouvelles branches de commerce. Les ci-
toyens les plus pauvres se procurèrent des jouissances
et des plaisirs ; la prodigieuse quantité d'or et d'argent
introduite dans la circulation , augmenta les moyens
d'échange et de luxe(i). Mais si la découverte de l'A-
mérique fut d'abord utile à l'Europe, elle lui causa
dans la suite de très grands maux. Celle-ci , par son
système de colonisation , se dépeupla au préjudice de
l'agriculture; les mœurs se corrompirent; le luxe
lit des progrès effrayans ; une maladie affreuse , fléau
le plus honteux dont le genre humain soit afTligé ,
empoisonna les sources de la vie. Le prix des denrées
augmenta partout; l'avidité devint extrême, et l'on
n'a réellement rien gagné à cette extension de né-
goce.
Colonies et Flibustiers.
Tandis que les Espagnols s'enrichissaient, et que les
Portugais, surchargés des trésors de l'Orient , s'empa-
raient du Brésil, 'les autres nations rivales, excitées par
leur exemple, couvraient les mers de vaisseaux et d'a-
venturiers. Les Français formaient des établisseinens à
fi) Montczumn paya un tribut à Cortez de six cent mille marcs
d'or lin , avec une grande quantité de pierreries : Cortex mit à
part le cinquième pour son maître, prit un cinquième pour lui ,
et distribua le reste à ses compagnons.
DES ANCIENS ET DES MODERNES. 33
ïa Guyane et dans les Floricles ; les Auglais prenaient
possession de l'Amérique septentrionale, et les flibus-
tiers s'emparaient des Antilles où. ces pirates auraient
fondé un grand empire , si leur politique eût égalé
leur courage.
Commerce des Hollandais.
Pendant que de nombreuses colonies s'élèvent sur des
rivages lointains , et que la Nouvelle-Angleterre pros-
père au nord de l'Amérique, une nation, long-tems
ignorée au fond de la Batavie , s'arme contre la ty-
rannie, fait respecter son indépendance et devient
puissance maritime. Amsterdam paraît tout-à-coup au
rang des plus florissantes villes de l'univers ; les Hollan-
dais disputent l'empire des mers aux Espagnols et aux
Portugais ; ils prennent à ces derniers le cap de Bonne-
Espérance, Cochin, IMalaca, et tout le commerce du
Japon ; ils s'emparent des Moluques, vont seuls à la
Chine , fondent Batavia (i) , et accroissent , pendant
plus d'un siècle , leur fortune et leur gloire. Cette na-
tion eut cela de particulier, que , dans ses vicissitudes,
elle se releva toujours de ses revers par la seule impul-
sion du trafic; plus semblable, sous ce rapport, aux
Tyriens qu'aux Carthaginois.
Puissance maritime et commerciale de l'Angleterre.
On ne voit les Anglais figurer, comme marchands et na-
vigateurs , que sous le règne d'Elisabeth et de Groinvrel.
Presque toujours occupés de leurs dissensions intestines ,
ils n'obtinrent aucune prépondérance; mais, depuis le
fameux acte de navigation, la puissance maritime de
(i) B;1tiparla compagnie des Indes, en i6lo.
TOME VI. '3
3 i INOTiCL SLR LE COMMERCE
ce peuple prit un accroissement rapide (i). La jalousie
des marchands anglais fit porter cette loi, pour priver
la Hollande du gain qu'elle faisait en leur fournissant
les marchandises étrangères , parce que l'économie
qu'elle savait mettre dans les frais de transport lui
permettait de les donner à bas-prix.
L'Angleterre eut une Compagnie des Indes, antérieure
à celle des Hollandais; une autre se forma sous le roi
Guillaume, et elle resta presque seule en possession de
la pèche de la baleine, depuis i5qj jusqu'en 1612; mais
les produits de son sol n'en étaient pas moins nuls
dans la balance commerciale : cela est si vrai , que, du
tems de Charles II , elle était encore tributaire de l'in-
dustrie de la France , et que la balance était de plus de
8 millions chaque année en notre faveur.
La prospérité de l'agriculture et de l'industrie bri-
tanniques , comme celle de tant d'autres pays , date de
la révocation de l'Edit de Nantes : ce sont nos proscrits
qui ont civilisé tout le nord de l'Europe. La nation an-
glaise accueillit nos artisans fugitifs, et s'en fit un
moyen de puissance. Les manufactures de toile, de
glaces , de cuivre , d'airain , d'acier, de papier, de cha-
peaux , si renommées chez elle jusqu'au commence-
ment du ic)e siècle, n'ont pas eu d'autre origine. L'ap-
plication constante de l'Angleterre au commerce, la
nature de son gouvernement, sa politique, la supério-
rité de sa marine , ses nombreuses colonies, l'ont placée
au-dessus de tous les peuples commerçai» qui l'ont pré-
(1) L'avantage de cet acte, qu'on attribue à Ciomwel, consiste à
ne permettre qu'aucun vaisseau étranger puisse apporter, en An*1
gleterre, des marchandises qui ne sont j>as du pays auquel le
vaisseau appartient.
DES ANCIENS ET DES MODERNES. 35
cédée. Elle soudoie, quand il lui plaît, une partie de
l'univers contre ses ennemis ; elle multiplie son crédit
par l'immensité de sa dette , et jamais ses guerres n'é-
branlent la fortune publique.
Lutte de la France avec V Angleterre. — Système continental.
Une seule nation , un seul homme osèrent lutter
contre l'Angleterre dans ces derniers tems ; on crut
voir Rome et Carthage en présence : la France et Na-
poléon ébranlèrent ce colosse de puissance. Les décrets
de Milan et de Berlin auraient changé encore une fois
la face du commerce dans l'univers , si la fortune des
armes n'en eût décidé autrement : le système conti-
nental n'a pas moins donué une impulsion nouvelle à
l'industrie de l'Europe, et de la France en particulier.
Un vaste plan de navigation intérieure se développa
depuis Dantzick jusqu'à Bayonne ,et depuis Hambourg
jusqu'à Trieste ; des routes, des ponts , des canaux fu-
rent improvisés ; des prohibitions bien calculées favori-
sèrent l'industrie nationale, et cette industrie ruina les
manufactures de Manchester. Des bassins furent créés
dans 35 ports maritimes ; Lyon sortit de ses ruines ;
Anvers reprit son ancienne splendeur; l'agriculture fut
encouragée , l'usure réprimée , le caractère de stabi-
lité imprimé à toutes les institutions : telles sont les vé-
ritables causes des merveilles que nous avons admirées
dans les salons du Louvre. Malheureusement, l'obser-
vateur y fut bien plus frappé des progrès du luxe et de
l'opulence , que des arts perfectionnéspar le géniepour
le besoin des peuples ; heureux encore , si , dans la dis-
tribution des récompenses et dans les catalogues de la
renommée, d'avides spéculateurs n'eussent usurpé une
gloire qui n'appartient qu'aux artistes fabricans , et si
3*
36 NOTICE SU» LE COMMERCE
le malheur des tenis ne forçait ces derniers de livrer a
vil prix leur réputation et leur gloire à des maître*
ignorans I
Génie commercial (h- la France et de F^/n^lcterre.
La différence qui existe entre le génie commercial de
la France et de l'Angleterre, est frappante : l'une ne
peut se soutenir que par son système d'oppression en-
vers les autres nations, et par de nombreuses colonies ;
tandis que l'autre n'a besoin, pour se placer sur la
même ligne, que des richesses de son sol , de l'intelli-
gence de ses habitans, et de la protection du Gouver-
nement. L'accroissement dos colonies, qui éleva la
Grande-Bretagne à un si haut degré de splendeur, a
toujours été funeste à la Fiance ; et quand celle-ci
voudra porter le coupmortel à son industrie, à ses fi-
nances et à son crédit, elle n'aura qu'à reprendre les
vieilles routines et à rétablir les anciens traités de
commerce.
L'Angleterre, enrichie des dépouilles de toutes les
nations commerçantes du monde, occupant 1rs princi-
paux points qui maîtrisent la navigation du globe,
poursuit son plan de spoliation et d'envahissement ,
mais, si l'indépendance du Nouveau-Monde se réalise
un jour, si les Etats -I nis continuent d'accroître leur
jmissance, si la Russie sciasse d'être auxiliaire, on
peut prédire que l'Angleterre sera mise au ban de l'u-
nivers, du consentement de toutes les nations.
Puissance actuel/c de la (-raiidc- Bretagne.
Quel spectacle offre la Grande-Bretagne , depuis h
traité de Paris/ celui d'un Etat dominateur de toute
!«•, mers , dévoré de la soif des conquêtes, <"t marclian
en silence au bu t. qu'il se propose, c'est-à-dire, .au mv
DES ANCIENS ET DES MODERNES. >
nopole exclusif. Un coup-d'œil sur la carte suffit pour
en juger.
Dans le nord , l'Angleterre domine d'Héligoland sur
l'Allemagne , détruisant le commerce entems de guerre ,
et l'inondant de marchandises en tems de paix. Dans
la Manche , Jersey et Guernesey sont de véritables en-
trepôts pour la contrebande sur les côtes de France.
Dans la Méditerranée, aucun pavillon ne peut naviguer
sans sa permission ; il faut passer sous son canon, à Gi-
braltar, à Malte et à Corfou. Sur les côtes septen-
trionales de l'Afrique , sont les nombreux établisse-
mens de la Société africaine , élevés à un haut degré
de prospérité par le seul fait de l'abolition de la
traite; car elle ne la défend aux autres nations que
pour se l'approprier exclusivement par un commerce
interlope.
Dans le golfe de Guinée , un royaume des Ashantées
vient d'être découvert ; c'est un pays riche et commer-
çant ; l'Angleterre y a déjà un comptoir. Sainte-
Hélène est devenue un poste militaire important, et de
ce point jusqu'au Cap de Bonne-Espérance, la puis-
sance des Portugais et des Hollandais s'y trouve rem-
placée par celle de la Grande-Bretagne. Après avoir
usurpé la colonie du Cap sur ses légitimes propriétaires ,
elle impose des tributs aux Caffres, explore toute la
Mosambique ,- possède à la fois Tristan , l'Ascension ,
Acuna , l'Ile-de-France et Madagascar , enveloppant
ainsi l'Afrique dans toute sa circonférence.
En Asie, quarante millions d'Indiens sont ses es-
claves. Une compagnie de marchands dicte des lois à
\\\\ vaste empire, lui impose des rois, détrône le sou-
verain de Ceylan , et observe le commerce hollandais.
Dernièrement, les Moluques se sont insurgées; l'An-
38 NOTICE SUR LE COMMERCE, etc.
gleterrc était là : elle se trouve partout , quand il s'agit
de dominer.
La Nouvelle-Hollande, la Nouvelle-Zélande, Van-
Diémen, voient prospérer des colonies anglaises qui
sont les antipodes de la métropole ; il n'y a pas jusqu'à
l'archipel de l'Océan pacifique où cette puissance ne
fasse le trafic avec des Bibles et des Missionnaires. Un
jour, elle pourra commander de ce point à toute la
côte nord-ouest d'Amérique, gêner à sa volonté le
commerce des fourrures avec la Chine , et détruire la
marine russe qui semble vouloir se développer dans
ces parages. En Amérique, la station d'Halifax domine
sur l'Atlantique septentrional , comme celle de la
Jamaïque sur le golfe du Mexique ; les Bermudes lient
ces deux stations; les trois quarts des Antilles sont en
son pouvoir; elle influence le Chili, le Pérou, Buenos-
Ayres; elle convoite Cuba. Elle est insatiable !
Situation maritime de la France.
La France n'est plus qu'un point imperceptible dans
l'espace. En i8o5, après la paix d'Amiens, elle avait
quatre-vingts vaisseaux de ligne, sans compter les fré-
gates et les flotilles; avec ces forces, elle fit respecter
son pavillon, et trembler l'Angleterre pour ses pro-
pres foyers. Aujourd'hui, sa marine semble bornée à
un petit nombre de frégates par des traités secrets ;
elle conserve, en vertu de celui de Paris, deux miséra-
bles comptoirs dans l'Inde, et elle les conserve à des
conditions humiliantes ; elle ne possède plus que deux
petits points aux Antilles, les marais pestilentiels de la
Guyane , et un établissement insignifiant au Sénégal.
Les frais d'administration de toutes ces colonies en
absorbent les produits. Mais , nous le répétons , il n'y a
NÉCROLOGIE AMÉRICAINE. 39
de vraies richesses que celles du sol, et la France n'a
pas besoin d'autre chose pour jouer un rôle dans le
commerce de l'univers.
Conclusion.
L'époque n'est peut-être pas éloignée oii l'Angleterre
tombera du haut degré de prospérité dont elle est si
fière. Les peuples , ligués contre elle pour leurs intérêts
commerciaux , demanderont compte de ses usurpa-
tions, et la forceront à se replacer sous la loi com-
mune. Le droit maritime est la cause de tous. La mer
ne peut être cultivée ni possédée ; elle est la seule voie
réellement publique, et toute prétention exclusive de
la part d'une nation à la suprématie des mers , est un
acte d'hostilité envers les autres. Bail.
vw www wvvw vwvw wvvw vwvw vvwwvw
NÉCROLOGIE AMÉRICAINE.
Wilson, né en Ecosse , auteur de Y Ornithologie amé-
ricaine , en 7 vol. in~4° de 120 pages chacun , a décrit
et figuré 278 espèces d'oiseaux , parmi lesquelles il s'en
trouve 56 qu'il croit n'avoir été remarquées par aucun
autre naturaliste. Il a parcouru plus de dix mille milles
pour rechercher ces oiseaux ; il est mort , en i8i3 , âgé
de 45 ans. Son ami , M. Ord , a publié sa vie dans le 7 e
volume de son Ornithologie.
Robert R. Livincston naquit dans l'État de New-
York , en 1746, de parens dont les ancêtres Kcos-
sais (1) y avaient émigré, il y a environ un siècle et
demi. Son père était juge de la Cour suprême , en 1775,
et fut destitué de son emploi par le gouverneur, pour
avoir défendu les droits de son pays contre les projets
(1) Le chef de la famille fut nomme' comte de Newburg, en [669.
/fo jNECHOLOGIE
de l'Angleterre. Le fils , héritant des mêmes sentiment,
prit part a cette grande discussion. Comme on avait re-
connu en lui une élévation d'esprit au-dessus de son
âge, il fut député au congrès américain qui se réunit
à Philadelphie , et fut nommé membre du comité
chargé de rédiger la fameuse déclaration d'indépen-
dance. S'étant acquitté de cette charge avec talent et
honneur, une autre très importante lui fut réservée.
Eti 1 777 , il fut envoyé à la Convention qui s'assembla
h Kingston, Liât de ÏNew-York , et nommé membre du
Comité, pour former la constitution. A ers le même
tems, il fut appelé, par cette même Convention, à la
chancellerie de cet État , et exerça cette fonction , pen-
dant vingt-cinq ans. Ce fut en cette qualité qu'il reçut
de Washington le serment de fidélité aux États-Unis ,
le 3o avril 1789, époque à laquelle ce dernier en fut
élu président. Il quitta la place de chancelier , en *8oi ,
pour accepter une mission diplomatique en France. II
resta quatre ans dans ce pays , et négocia la cession de
la Louisiane. Pendant son séjour k Paris., età son retour
à New-York , il aida Fulton à introduire et à établir
les bateaux à vapeur.
Bien ([n'occupé pendant si long- tems de grandes
affaires politiques , il aima toujours l'agriculture et les
travaux champêtres , et, dans ses voyages, il recueillit
dans les divers pays de L'Europe tout ce qui pouvait en-
richir le sien. L'Amérique lui est redevable de remploi
du gypse, comme engrais, et de l'introduction des
mérinos, sur lesquels il a publié une Notice très intéres-
lànte. Il présida la Société établie pour V encourage-
ment des arts et de V agriculture , dans l'État deNew-
Yorkt et les 3 vol. qu'elle a déjà publiés renferment
plusieurs communications de lui, sur l'économie ru-
AMERICAINE. 4i
raie (i). Il fut un des principaux fondateurs de VA-
cadémie des Beaux- Arts de la ville de New- York,
et en fut le président jusqu'à sa mort. Cette institution
a reçu de lui plusieurs statues anciennes et modernes
qu'il s'était procurées en France. C'est aussi à lui
qu'elle est redevable du magnifique présent que lui fit
le chef de l'empire français.
Les donations suivantes serviront à donner une idée
de sa bienfaisance: i° Il céda 5,ooo acres de terre aux
habitans d'tësopus (Kingston), pour les aider à rebâtir
leur ville incendiée par les Anglais; 9,° plusieurs cen-
taines d'acres, quelques années avant sa mort, pouf
l'entretien d'une église dans le voisinage de sa rési-
dence ; 3° une action dans un de ses bateaux à vapeur,
estimée 5oo dollars , à la Société des Daines a" Al-
hany. Il mourut , en i8i3 , à l'âge de 67 ans.
Benjamin Rush, né en Pensylvanie, professeur cé-
lèbre de médecine théorique et pratique à l'Université
de Pensylvanie , et député au Congrès américain, en
1776, signa, avec les huit autres membres, la déclara-
tion d'indépendance , le 4 juillet de la même année. Il
écrivit, en 1788, un Mémoire intitulé Recherches sur
la justice et les avantages de punir le meurtre par la
peine de mort, qui contribua beaucoup à la réforma-
tion du Code pénal américain. Ses ouvrages sur la phi-
losophie et la médecine ont eu plusieurs éditions. L ne
troisième édition de ses Recherches médicales a été
publiée, en 1809 , en 4vol.in-8° ; et son dernier ouvrage
sur les AJJections mentales, en 1 vol. in -8°, a paru
en 1812. Il est mort en 1 S 1 4 ? vivement regretté de
(1) Le 3e vol. , publié en 181 j , contient s m éloge, par le le'vc-
rtiul T. Clowes, un des conseillers de la Socu te.
41 NÉCROLOGIE
ses concitoyens. Son éloge a été publié par plusieurs
professeurs des États-Unis.
Robert Fultox naquit dans le comté de Lancastre,
eu Pensylvanie , vers l'an 1767. Son j>ère , qui avait
émigré de Kilkenny , eu Irlande , n'étant pas riche , ne
put donner à ce fils qu'une éducation assez incom-
plète, et l'envoya à Philadelphie apprendre le métier
de joaillier. La nature avait cependant doué ce jeune
homme d'un goût très différent, celui de la peinture.
Il consacra tous ses momens de loisir à cette étude favo-
rite , et y réussit si bien qu'à l'âge de 17 ans, plusieurs
personnes l'invitèrent à faire leurs portraits , et lui
commandèrent des paysages qui excitèrent l'attention
du docteur Franklin. Encouragé par ce succès, il prit
la résolution d'aller à Londres, étudier cet art sous le
célèbre West, natif de Philadelphie, qui lui fit l'ac-
cueil le plus flatteur. Après avoir passé plusieurs années
chez ce grand peintre d'histoire , il se retira dans le
comté de Devonshire , en Angleterre, pour y exercer sa
profession. C'est là qu'il fit la connaissance du mécani-
cien Rumsey,son compatriote, du duc de Bridgewater
et du lord Stanliope , si avantageusement connu, dans
l'administration des canaux d'Angleterre ; il prit, dans
leur société, le çoùt des arts- mécaniques; et désespé-
rant peut-être de jamais obtenir une grande célébrité,
comme peintre, il résolut de te consacrer tout entier à
cette nouvelle étude. Il eut bientôt monté plusieurs
machines: une, pour filer le lin; une autre , pour faire
des cordages ; et enfin, iu\e troisième, pour scier le
marbre, dont la grande utilité fut reconnue par la
Société d'encouragemenl des manufactures et des arts
utiles d<> 1. on 'rcs , qui lui décerna une médaille. II
:erta ensuite les moyens d'améliorer la navigation
AMÉRICAINE. 43
intérieure; et, tandis qu'il s'occupait de ce travail , il
conçut l'idée de faire avancer les bâtimens , à l'aide
d'une roue mise en mouvement par une simple pompe
à feu , dont il communiqua le plan , en 1793, au comte
de Stanhope (1). L'idée d'établir entre les nations une
paix durable, en rendant les rades et les côtes inex-
pugnables, le frappa presque en même tems ; et, pour
y parvenir, il inventa une machine, nommée torpédo ,
contenant de la poudre à canon , qui étant mise en
combustion au-dessous des vaisseaux , au moyen d'un
ressort mécanique, les fait infailliblement sauter. Un
brigantinde 200 tonneaux, mis à sa disposition par le
gouvernement britannique , fut détruit de cette ma-
nière, dans la rade de Walmar, en i8o5, en présence
d'une foule de curieux. L'Angleterre, dont les marins
furent effrayés d'un si épouvantable spectacle , pensant
que les nations les plus faibles pourraient se servir de
ces torpédos contre les plus puissantes, ne crut pas de-
voir en encourager l'auteur, qui , tout occupé de leur
importance et de la grande utilité des bâtimens à vapeur,
fit un voyage à Paris , pour s'éclairer des lumières des
ingénieurs de cette capitale , et se procurer les moyens
de construire ses machines. Le panorama , qui y fut
introduit , pour la première fois , par ses soins , lui rap-
porta un profit considérable , et il l'employa à l'exécu-
tion de ses deux grands projets. Après avoir fait di-
verses expériences sur la Seine et dans le port du
Havre , il s'embarqua pour les États-Unis , en 1806. Il
se fixa à New- York, où il fit construire, l'année sui-
vante , un bâtiment du port de i5o tonneaux , ayant
(1) Voir l'introduction à l'ouvrage de b'ulton , intitulé Trcatise
on Canal navigation.
i f NECROLOGIE
i 33 pieds de longueur sur 18 de largeur et 7 de pro-
fondeur, qui marchait au moyen de la vapeur, par-
courant 5 milles par heure. Quelle délicieuse sensation
ne dut pas éprouver Fulton, en voyant , pour la pre-
mière fois, ce bâtiment, tel qu'un corps plein de vie,
sillonner les flots contre les efforts réunis du vent et de
la marée, en présence de plusieurs milliers de specta-
teurs ! Il dirigea , durant i4 ans, la construction de i3
autres, qui, à sa mort, naviguaient sur rHudson et
les eaux qui baignent les Etats de New- York et de
New-Jersey (1). La frégate a. vapeur, destinée à la dé-
fense du port de New-York, fut aussi exécutée sous ses
ordres , durant cet intervalle. Ce vaisseau a entre deux
une roue à rames ; il est épais de 5 pieds sur les cotés,
à l'épreuve de la bombe , portant 32 pièces de canon
de 18 livres de balle, et armé de faux tranchantes et
de machines pour lancer de l'eau bouillante.
Il renouvela aussi ses expériences du torpédo , qu'il
proposa comme un autre moyen de défense; et le Sé-
nat des États-Unis lui vota , en 1810, la somme de
5,ooo dollars pour l'aider à les continuer. Fulton se vit.
en conséquence comblé d'honneurs. Il fut attaché, par
l'ÀSS€niblée de New— York , a la commission établie
pour former le canal entre les grands lacs et lesoauxde
riludson, et élu membre des Sociétés savantes et litté-
raires de Philadelphie et de New-York, N'ayant aucun
désir d'entrer dans la carrière politique, et enrichi
d'ailleurs du fruit de ses Inventions-, il espérait être ai<<
rivé au terme de ->r>, peines h de ses tourmens, lors-
(1) Le <li Tnirr (|u il construUU , noaund le Chancelier JLiuingt ■
i<m, port. mi 5aC tonneaux, coûta plus de 100,000 dollars: la
pense des autres varia de 40,000 à 60,000 dollari
AMÉRICAINE. /,>
qu'une affaire qui lui fut suscitée, vint encore troubler
son repos. Un de ses bâtimens , faisant le trajet entre
New -York et New- Jersey, fut arrêté, à la requête
d'une personne qui réclamait le privilège des lettres-
patentes accordées , en 1787 , à M. Fitch , pour établir
de semblables bâtimens sur les eaux de cet État. Celte
circonstance donna lieu à un grand procès, dans le-
quel Fulton fut forcé de comparaître pour constater ses
droits; et les menées de ses rivaux furent déjouées par
les raisonnemens et l'éloquence de M. Emmet, son
avocat. Cette affaire ne laissa cependant pas que de lui
causer un vif chagrin. Exposé à un froid humide, en
traversant l'Hudson , alors couvert de glaçons, il fut
attaqué d'une maladie inflammatoire, dont il mourut,
en i8i5 , à l'âge de 48 ans.
Fitch, qui avait obtenu la patente en question , n'a-
vait pas réussi à établir son bâtiment à vapeur, et le
tems durant lequel il devait en jouir, était expiré de-
puis bien des années. Pour humilier Fulton, on s'ef-
força de prouver qu'il n'était pas l'inventeur des bâti-
mens à vapeur ; que , dès l'année 1787 , Jonathan Hull
les avait fait connaître en Angleterre , qu'ils avaient
été introduits en France , en 1781 , par l'abbé Arnal, et
dans les États-Unis , en 1 784 , par Rumsey , et dernière-
ment par Fitch (1). Fulton ne contesta jamais les droits
de ceux-ci à la théorie de l'invention; mais il récla-
(1) On a même trouvé une description, assez exacte , d'un ba-
teau à vapeur dans l'Enéide de Virgile, en réunissant les quatre
vers suivans :
Ingentemque Gyas ingenli mole Chimœram. ( AEn. , V, 118.)
Urbis opus ( cœcis) flammisque arniata Chimœra. ( VI, u88. )
EJf'ugit unie alios , primusque ehiùilur undis , (V, 1 5i. )
Turbam interjrcmitumque. ( Idem.,*
46 NÉCROLOGIE
mait ce qui n'appartenait qu'à lui seul , le mérite de la
pratique (i).
Fulton s'était marié, à son retour à New -York,
avec une nièce du chancelier Livingston, et il a laissé,
en mourant, quatre enfans.
Sa vie vient de paraître sous le titre suivant : « Vie
de Robert Fulton, par son ami Cadwaller D. Colden, lue
devant la Société littéraire et philosophique de New-
York; contenant des détails sur l'invention, les pro-
grès et l'établissement des bateaux à vapeur ; sur les
améliorations introduites dans leur construction, dans
la navigation des canaux et autres objets d'utilité
publique. » In-8° , 371 pag. , New-York ; avec son
portrait peint par mademoiselle Emmet.
— Le docteur Ramsay, fils d'un fermier respectable
d'Irlande , qui résidait dans le comté de Laneastre , en
Pensylvanie , alla s'établira Charleston , vers l'an 1773,
après avoir étudié la médecine au collège de Phila-
delphie. Fortement attaché à la cause de la révolution,
il prononça le premier discours sur l'indépendance amé-
ricaine , dans lequel il montre les avantages de la forme
du gouvernement républicain. Il fut ensuite élu
membre de la Législature de l'Etat, et du Conseil privé.
Arrêté , le 1 7 août 1 780 , avec plusieurs autres citoyens ,
qui étaient prisonniers sur parole , il fut envoyé à
Saint- Augustin , et détenu à bord d'un vaisseau pen-
d.nil plus d'ttD au. 11 fut nommé, en 1782, membre
(1) Ayant de faire l'expérience dn bateau à vapeur sur la Semé,
par Fulton, on en avait essayé OU sur la Tamise , en i«Soi , qui
avançait à raison de trois milles à L'heure; mais, la première cx-
périence heureuse, qui fut faite en Europe, eut lieu sur le Clyde,
en Ecosse, en t8ia , cinq ans après qu'il en eut établi trois sui
l'Hudson
AMÉRICAINE. 47
du Congrès continental. L'Histoire de la Révolution de
la Caroline du sud, qu'il publia, en 1^85 , lui mérita
le titre à' Historien des Etats-Unis. Il mit au jour, en
1790 , une T^ie de TVashington , et , en 1808 , Y Histoire
de la Caroline du sud, 1 vol in-8°. Ayant eu le mal-
heur de perdre, en 181 1 , une compagne aimable et
recommandable par ses talens littéraires , il fit paraître ,
peu de tems après sa mort, des Mémoires sur sa vie , en
un petit volume. Il publia depuis : i° un Discours sur
l'acquisition de la Louisiane ; 20 une Revue des amé-
liorations, des progrès et de V état de la Médecine dans
le 18e siècle ; 3° une Dissertation sur les moyens de
rendre salubre la ville de Charleston ; 4° une Carte bio-
graphique, dressée sur un plan nouveau , pour faciliter
l'étude de l'histoire ; 5° Y Eloge du docteur Rush ; et
6° une Histoire abrégée de l'Eglise indépendante ou con-
grégationaliste de Charleston. Il avait rassemblé, avant
sa mort , des matériaux pour la vie du général André
Jackson; et , depuis quarante ans , il travaillait à une
Description historique du monde , depuis V époque la
plus reculée , jusqu'au içf siècle; contenant des dé-
tails particuliers sur l'état de la société , de la littéra-
ture , de la religion et de la forme du gouvernement en
Amérique (1). Cet auteur distingué et patriote périt de
la main d'un maniaque, qui, furieux d'avoir été en-
fermé , par suite d'un rapport que le docteur Ramsay
avait fait sur son état, lui tira un coup de pistolet
(1) On a publie à Philadelphie , en i8ifi, une partie de cet ou-
vrage , sous le titre de History ofthe (j nited States from their
jîrst Seulement as English Colonies , in îGo1; , to the year 1808 ,
or the 33 d. of their Sovereignty and independen.ee, etc., con-
tinued to the treaty of Client by S. S. Smith* 1). D. and other
Uterary gentlemen, 3 vol. i/<-8°.
48 NÉCROLOGIE
dans le dos, en plein jour , clans une des rues de Char-
leston, le 6 mai \Sir).
Datlas émigra , dans son enfance , d'une des îles des
Indes occidentales, et se rendit à Philadelphie, on ses
talensetses principes politiques lui assignèrent bientôt
le premier rang parmi les avocats. 1] était, depuis pen,
secrétaire de la Trésorerie, lorsqu'il mourut , en 1818.
Il est éditeur d'une Collection des Lois de la Pensyl-
vànie, en /[ vol. , publiée en 1801 , et des Causes jugées
dans la Cour de Pensylvanie et dans celle des Ktats-
JJnis , séant à Philadelphie , en \ vol. , 1806.
Dallas est auteur de la brochure intitulée Exposé des
causes et du caractère de la dernière gtici re avec la
Grande-Bretagne , oui fut écrite pour réveiller lessen-
timens patriotiques et l'énergie du peuple américain ,
dans la campagne de 181Ô; mais la paix de Gand en
suspendit la publication , qui n'eut lieu qu'après cet
événement. Klle contient , sous la forme d'un appeiau
public, une analyse des pièces officielles et diploma-
tiques, concernant la grande lutte entre les deux puis-
sances ; et le public s'en montra si avide, qu'en moins
de si* mois, elle eut î i éditions, et fut insérée par ex-
traits dans plus de 3oo journaux.
Benjamin Smith Bartoîc, né en 1766, était fils d'un
ministre de l'église épiscopale de la ville de l.ancastre ,
en l'ensylvanie ; sa mère était sœur du célèbre astro-
nome Rittenhouse. Se destinant à la profession de mé-
decin, il alla étudier à Edimbourg, oii une disserta-
tion qu'il publia sur les propriétés de la jusquiame
noire (hjrosciamus nieert £».), lui valut un prix d'encou-
ement (1). Il crut avoir à se plaindra de la manière
f \) Ce prix était un exemplaire d'une édition SUpeita des ou-
AMÉRICAINE. 49
dont il fut reçu par deux des professeurs auxquels il
avait été recommandé; et comme il était naturelle-
ment fier , il ne put se décider à solliciter un dip'ôme
de cette Université ; mais il en prit un à celle de Got-
tingue , et retourna à Philadelphie , oii il exerça sa
profession, et se vit successivement combler , à un âge
encore peu avancé , de tous les honneurs littéraires.
En 1789, il fut reçu membre de la Société philoso-
phique de Philadelphie , et nommé professeur d'his-
toire naturelle et de botanique au Collège de cette
ville , bien qu'il n'eût alors que 1^ ans. Ce fut lui qui ,
le premier , enseigna publiquement cette partie des
sciences. Six ans après , il fut appelé à professer la
matière médicale , et attaché, en 1798, comme méde-
cin, à l'hôpital de Pensylvanie. Il a depuis succédé au
docteur Rush , en qualité de professeur des Instituts de
la médecine. En 1802, il fut nommé l'un des trois
vice-présidens de la Société philosophique de Phila-
delphie , et en 1809, président de la Société médicale
de cette ville.
Ayant éprouvé , dans sa jeunesse , des attaques de
goutte , et s'étant ressenti, à un âge plus avancé, des
douleurs de Vhœmoptisisy il crut qu'un voyage sur mer
et le changement de climat seraient favorables à sa
santé : il s'embarqua donc pour l'Europe , parcourut
la France et l'Angleterre, mais sans en éprouver le
vrages du célèbre Harvey, sur lequel le professeur Duncan écrivit
l'inscription suivante : Hanc ingenii mercedem œquojure décrétant
viro generoso Jienjamini Smith Barton, Pensylt'anirnsi ; proptcr
œgregiam disse rlationem de Htosciamo nicro, publiée tradendam
curabat sodalitas Edinensis fllinrum /Esculapii Jesto solemni in
Harveii honorent instituto , pridiè idus aprilis , 1787. — Andréas
Duncan .
TOME Vf. 4
5o NÉCROLOGIE
moindre soulagement. Attaqué ùeV hydrothorax , à la
suite de ce long et pénible voyage, il mourut, en 1816,
peu après son retour à Philadelphie, dans la 5oe année
de son âge , laissant un fils et une fille.
Oulre un grand nombre de dissertations sur difle-
rens sujets d'histoire naturelle , il a publié les ouvrages
suivans : i° Collections pour un essai sur la matière mé-
dicale, des États-Unis , 49 p- in-8° ,1798, dont il parut
une troisième édition en 181 o ; 2° des Fragmens de
l'histoire naturelle de la Pensylvanie , (\i p. in-fol. ,
1-99; 3° Nouveaux aperçus sur V origine des tribus et
des nations de V Amérique , i65 p. in-8°, 1798 ; 4° Élé-
mens de botanique , ou Esquisses de l'histoire naturelle
des végétaux , ornés de 3o fig. , 2 vol. in -8°, i8o3. Le
premier volume de la deuxième édition a été publié
en 1812 , et le deuxième en 181 4 • ; 5° la première
partie d'une Flora Virginica.
Le docteur Barton encouragea de tous ses efforts les
recherches botaniques , dans un teins où cette étude
(Hait si peu considérée aux États-Unis, qu'il se voyait
forcé de cacher ses plantes en revenant à la ville , de
crainte de perdre ses cliens. Il eut la satisfaction de
voir, avant sa mort, son cours suivi par plusieurs cen-
taines d'élèves qui s'adonnaient à cette étude. Ce fut
lui qui engagea les botanistes MM. Pursh (1) et Nut-
kall v»), à visiter les montagnes de la Virginie et de la
(1) Son ouvrage fut publie l\ Londres, on 1814, en 2 vol. in-8° ,
avec if\ gravures, sous le titre de blara Amcricœ septentrionalis ,
or a systematic arrangement and Description nfthe plants oj Dforth
.■linciiiui , etc.
(1) Il a publié, en 1818, en 2 vol. in-ia, à Philadelphie
The gonera of NortJi American Plants and a catalogue of thé
tpecies , to the year 1817.
AMÉRICAINE. 5i
Caroline, et les parties de la contrée située à l'ouest
des monts Alleghany.
Caspar WiSTàR, né, en 1761 , de parerts allemands,
destiné à la profession de la médecine, commença ses
études au collège de Philadelphie , et les continua à
celui d'Edimbourg, oh il fut reçu docteur, en 1786.
De retour à Philadelphie, il obtint la chaire de pro-
fesseur de chimie au collège de cette ville , et ensuite
celle de professeur d'anatomie. Quelques années après,
il succéda au docteur Rush , en qualité de président de
la Société pour V abolition de l'esclavage , et fut créé en
même tems un des censeurs du collège des médecins.
Le plusgrand honneur littérairelui était encore réservé.
M. Jefferson ayant refusé la présidence de la Société
philosophique de Philadelphie , à laquelle il était appelé
pour la seconde fois , il fut élevé à ce poste honorable ,
qui avait été occupé par cet homme illustre , par Fran-
klin , et par Rittenhouse.
Wistar a publié plusieurs Mémoires dans les Actes
du collège des médecins de Philadelphie et dans ceux
de la Société historique de la même ville; et, en 1814 ,
un Traité d'anatomie, en 2 vol. in -8°, pour l'usage
des élèves de sa classe. D'après les conseils de M. Corréa
de Serra, il allait se livrer à un travail sur l'anatomie
comparée des animaux des Etats-Unis ; et déjà il avait
réuni un grand nombre de matériaux, lorsqu'une
fièvre maligne l'emporta, en 1818, dans la 57e année
de son âge.
Jamais homme, peut-être, dans la même situation
de la vie, n'a été plus regretté. Membre de la secte
des amis ou quakers, il pratiquait les vertus les plus
utiles. Sa générosité était sans bornes; son hospitalité
rappelait celle des anciens patriarches, et il possédait
4*
5u NOTICE BIOGRAPHIQUE
la rare modération qui honore le sage. Il se plaisait â
répéter cette maxime : Oublions les torts qu'on nous
a faits, mais jamais les services que nous avons reçus.
Telle était sa vénération pour la Bible , qu'il la portait
toujours avec lui en voyageant. Plusieurs Français qui
vivent encore , peuvent attester combien ils ont été
charmés de la société et de l'hospitalité de cet excel-
lent homme (i).
Les États ont perdu, depuis quelques années, plu-
sieurs autres hommes distingués dont nous aurons l'oc-
casion de parler. Warden.
VWWVWVWWWV WWVVWVWVVi VW
NOTICE BIOGRAPHIQUE
Sur KOTZEBUE.
Auguste de Kotzebue naquit à Weimar, le 3o mai
1761. Sa mère, devenue veuve peu d'années après son
mariage, se consacra toute entière à l'éducation de ses
enfans. Elle possédait les qualités nécessaires pour cette
tâche difficile , par la variété de ses connaissances et par
sa tendresse maternelle. Vive autant qu'éclairée , elle ne
fut pas toujours heureuse dans le choix des maîtres de
son fils. Néanmoins il fit , sous leur direction , quelques
progrès dans la partie mécanique de l'éducation; sa
mère seule lui apprit à sentir et à penser.
Le premier ouvrage qui fixa l'attention du jeune
Kotzebue fut un recueil de contes oii se trouvait l'his-
toire de Romeo et Juliette. Il en fut si profondément
touché , que l'impression en est restée ineffaçable dans
(1) L'éloge de Wistar a été publié par le docteur Hosack de
NtU -York , et par d'autres professeurs.
SUR KOTZEBUE. 53
,sa mémoire jusqu'à ses derniers jours. Don Qui-
chote devint ensuite pour son imagination une source
de délices; mais le roman populaire de Robinson Cru-
soë paraît avoir été plus conforme encore à ses goûts.
A peine avait-il six ans , qu'il s'essayait à écrire des
vers, et bientôt après il composa un petit dialogue
dramatique. Sans doute , ces productions précoces ne
pouvaient avoir qu'un faible mérite; aussi ne croit-on
devoir les rappeler que pour faire entrevoir la tendance
d'esprit de cet auteur fécond , à l'aurore de son dévelop-
pement. Mais , son penchant pour la poésie dramatique
se manifesta encore davantage, lorsqu'il vit, pour la
première fois , une représentation théâtrale. La pièce
était la Mort d'Adam, par Klopstock. Elle éveilla,
dans Kotzebue , une multitude de sensations qu'il
n'avait jamais éprouvées; et, dès ce moment, sa des-
tination fut , pour ainsi dire , fixée.
Le précepteur, sous la tutelle duquel il était alors
placé, avait une meilleure méthode pour former le
goût de ses élèves , que de leur faire écrire des vers la-
tins : il leur faisait faire des compositions allemandes ;
et tous ceux qui en avaient fait une qu'il jugeait
digne d'être connue, montaient en chaire pour la lire.
Ce fut dans l'une de ces occasions que Kotzebue
obtint des applaudissemens unanimes pour une char-
mante ballade, qui fut suivie de plusieurs essais du
même genre, tous remarquables par l'esprit et l'élé-
gance, mais qui manquaient d'originalité, d'après l'a-
veu même de l'auteur. Les premières productions d'un
génie naissant ne consistent guère qu'en imitations.
Le célèbre Goethe, ancien ami de la famille du jeune
Kotzebue, fut frappé de son intelligence, et eut pour
lui une bienveillance marquée. Rien ne pouvait être plus
54 NOTICE BIOGRAPHIQUE
avantageux pour ce jeune écrivain , que de soumettre ses
premières productions au jugement d'un littérateur
aussi accompli que l'auteur de Werther, et de recevoir
de bonne heure ses utiles conseils, qui ont eu certaine-
ment la plus grande influence sur toute sa vie littéraire.
A l'âge de seize ans , Kotzebuë fut envoyé au collège
de Jéna ; il y fit des progrès rapides , particulièrement
'. nfi la langue française: ce qui est d'autant moins
surprenant, que son goût semble avoir toujours été
plus en rapport avec les auteurs français qu'avec ceux
de son propre pays. De Jéna , il se rendit à Duisbourg,
ou il organisa une compagnie de jeunes amateurs
dramatiques , et obtint des religieux minimes la per-
mission de représenter une traduction des Rivaux,
de Shéridan , dans le cloître de leur couvent. Dans le
même teins , sa plume ne restait pas oisive. Il écrivit
un petit drame, intitulé l'Anneau , et un roman dans
le genre de Werther, pour lequel cependant il ne trou-
vait pas d'éditeur. En 1779, il retourna à Jéna , et s'ap-
pliqua avec ardeur à l'étude des lois ; mais, ses heures
de loisir n'en furent pas moins consacrées au théâtre.
11 écrivit alors une tragédie, intitulée Charlotte Franc ,
qui fut représentée sans beaucoup de succès; bientôt
après , une comédie, intitulée les Femmes à la mode ,
eut un meilleur sort. A peine âgé de dix-linit ans , étant
reçu membre de la Société littéraire de Jéna , il lut une
dissertation justificative de l'apostasie de l'empereur
Julien.
Vers la fin de l'année 1781 , il partit pour IVters-
bourg, en qualité de secrétaire particulier du géné-
ral Bauer; là, il écrivit une tragédie ; intitulée Démé*>
tritlSj czar Je Moscou , que la police voulut supprimer,
parce que Démétrius n'y était point représenté comme
SUR KOTZr-BUE. 55
un imposteur, quoiqu'un ukase de Pierre-le-Grand
l'eût déclaré tel. Cependant, l'impératrice Catherine
paraît n'avoir pas fait grande attention à cet incident.
En 1782, il épousa une dame d'une ancienne no-
blesse russe, et fut nommé président du gouvernement
civil de Reval: comme, à cette époque, le rang civil
était classé , en Russie , d'après les grades militaires , il
reçut celui de lieutenant-colonel. Vers la fin de l'année
suivante, il visita Keikel , où il écrivit les deux pre-
miers de ses drames, qui ont le mérite de l'originalité :
VHermite de Fermai teira et Adélaïde de JValjingen.
De retour à sa présidence, il établit un théâtre parti-
culier , pour l'ouverture duquel il composa une comé-
die intitulée Chaque fou a sa marotte.
En 1785, il fit un voyage dans quelques parties de
l'Allemagne , et commença l'histoire de Henri-le-Lion,
duc de Brunswick , qu'il n'a pas achevée.
En 1787 , il fut attaqué d'une maladie douloureuse ;
et c'est au milieu de ses souffrances qu'il a écrit les
deux pièces qui peut-être ont contribué le plus à
sa réputation ; les Indiens en Angleterre, et Misanthro-
pie et Repentir. Pendant cette indisposition , ses facul-
tés intellectuelles semblaient acquérir une nouvelle
énergie : les plus belles productions de l'esprit ont
paru être quelquefois le résultat d'infirmités corpo-
relles.
En 1789, Kotzebuë publia la Cierge du soleil, le Fils
naturel, et quelques autres pièces. Ayant obtenu un
congé , à cause de sa mauvaise santé , il passa quelque
tems , en 1790, aux eaux de Pyrmont, etretourna en-
suite à Weimar , ou il fit paraître quelques diatribes
ambres dirigées contre le célèbre Zimmermann. II ne
s'est jamais pardonné , depuis, l'amertume de ses çr'\-
bb NOTICE BIOGRAPHIQUE
tiques , dans cette circonstance. Kotzebuë était alors au
faite de sa gloire littéraire ; ses drames étaient devenus
populaires dans toute l'Allemagne , et chaque nouvelle
production de sa muse était reçue avec enthousiasme.
Elles se succédaient en si grand nombre , qu'il serait
long et fastidieux d'en retracer ici la nomenclature.
Ayanteu le malheur de perdre son épouse , Kotzebuë
se retira de Weimar à Paris, dans l'espérance que
le spectacle des grands mouvemens de cette ville
agitée par la révolution , dissiperait ses chagrins do-
mestiques. Il y resta jusqu'en 179^ ; puis il retourna en
Russie, où il trouva le gouvernement si peu analogue
à ses opinions, qu'il donna sa démission. L'année d'a-
près , il accepta la place de surintendant du théâtre
impérial de Vienne; mais il s'en dégoûta bientôt. En
1800, il revint de nouveau en Russie; et à peine
avait-il passé les frontières , qu'il fut arrêté par ordre
spécial de l'empereur Paul 1er, et conduit à Kurgan ,
en Sibérie. Les détails de cet exil sont connus par une
relation romanesque intitulée : L'année la plus remar-
quable de ma vie. Par l'entremise de ses amis , la colère
de Paul fut apaisée ; ce monarque, après avoir rappelé
Kotzebuë à Pétersbourg , le combla des plus grandes
marques de faveur. Il lui fit présent d'un beau domaine
de la couronne, situé en Livonie , lui donna la direction
du théâtre allemand à Pétersbourg, et lui conféra le
titre de conseiller aulique.
Lorsqu'Alexandre monta sur le trône , Kotzebuë
quitta de nouveau la Russie, pour faire un voyage en
France, en Italie et en Allemagne. Il résolut de se fixer
à Berlin , oii il entreprit , avec M. Merckel , la rédac-
tion d'un journal littéraire, qui est encore continué
aujourd'hui sous le titre du Franc- Parleur , et qui ,
SUR KOTZEBUË. 57
dans l'origine , avait surtout pour objet d'attaquer
Goethe et ses adhërens, Guillaume et Frédéric Schlegel.
En 1806, ilse rendit à Koenisberg , dans l'intention
d'écrire l'histoire delà Prusse, pour laquelle les archives
de cette ville renfermaient des documens précieux.
L'ouvrage parut à Riga, en quatre volumes. Ce n'est
certainement pas un chef-d'œuvre ; mais les extraits des
documens originaux qu'il renferme , le rendent impor-
tant. Retiré ensuite dans ses terres , en Estonie _, on dit
qu'il contribua à la rédaction des papiers diplomatiques
que la Russie fit publier en 181 1 et 1812. L'année sui-
vante, l'empereur Alexandre lui conféra la place de
son consul général à Koenisberg; et, en 1816, il le
nomma l'un de ses conseillers d'État. A cette époque ,
il composa son Histoire de l'Empire germanique , ou-
vrage que l'on dit être écrit avec beaucoup de partia-
lité. En 1817, il fit son dernier voyage en Allemagne,
particulièrement chargé, à ce que l'on prétend, de
faire des observations sur les productions littéraires et
sur l'esprit public de ce pays , et d'en envoyer réguliè-
rement son rapport à Pétersbourg. Le fait certain , du
moins , est que M. de Kotzebuë fonda , sous son nom,
une gazette hebdomadaire à Weimar , dans laquelle il
rendait compte des nouveautés littéraires et attaquait
sans mesure les idées libérales, les principes j)olitiques
qui tendent à l'établissement d'une représentation na-
tionale , et les libertés et prérogatives des Universités,
dont s'enorgueillissent les Allemands, qui les considè-
rent comme l'un des premiers élémens de leur gloire
et de leur richesse nationales. Kotzebuë devint par-là
l'objet delà haine presque générale , mais surtout du
ressentiment des étudians. Bientôt, il trouva qu'il ne
serait pas prudent de rester plus long-tems en Allema-
58 JNOTICE BIOGRAPHIQUE SUR KOTZEBUË.
gne, et il fit des préparatifs pour retourner en Russie.
S'étant dirigé surManheim, il y fut assassiné, le 21 mars
1819, par un étudiant nommé Henri-Rodolphe Sand.
Les détails de sa fin tragique ont été connus par les
journaux. Son assassin vit encore, et l'on continue
d'instruire son jugement.
Kotzebuë n'est certainement pas compté parmi les litté-
rateurs allemands de la première classe ; mais peu d'en-
tre eux ont eu , de leur vivant , plus de célébrité que lui ;
peu d'auteurs ont travaillé avec plus de facilité , ou pro-
duit un plus grand nombre d'ouvrages ; peu d'Allemands
entécrit leur langue avec plus de pureté et d'élégance.
Il possédait, au suprême degré , l'art de s'emparer des
sentimeus de ses lecteurs, et de leur faire éprouver , à
son gré, toutes les émotions de l'ame. Son imagination
était aussi féconde que les tableaux qu'elle traçait
étaient vrais et animés, quoiqu'on y trouve rarement
des pensées profondes. La plupart de ses productions
sont des ouvrages dramatiques, et les pièces qu'il a
composées se montent à plus de deux cents.
Quant à la vie domestique de Kotzebuë , elle était,
sons tous les rapports, exemplaire; car les ennemis
même les plus acharnés de cette victime du fanatisme
politique, ne peuvent nier qu'il ne fût bon père, bon
époux et bon fils. lia été marié trois fois, et a laissé
douze enfans, dont le troisième, Otton , de retour
<l'un voyage autour du monde avec Krusensters , était
<*n route pour embrasser son père, au moment de la
funeste catastrophe qui termina ses jours. TTn autre
fils , Maurice , vient de donner une relation de l'ambas-
sade russe en Perse, à laquelle il était attaché.
ITexriciis.
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II. ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Histoire naturelle, générale et particulière des
MOLLLSQUES TERRESTRES ET FLUVIÀTILES, tant des
espèces que Von trouve aujourd'hui vivantes , que
des dépouilles de celles qui n existent plus ; classés
diaprés les caractères essentiels que présentent
les animaux et leurs coquilles ,• par feu M. Dau-
debard de Férussac , colonel d artillerie , etc. ?
et M. DàudebArd de Férussac fils, officier su-
périeur au corps royal d'état-major , membre de
la Légion dhomieur , ex-sous-préfet y membre
ou associé d'un grand nombre de Sociétés sa-
vantes, etc. (i).
Chaque jour offre une nouvelle occasion de recon-
naître les immenses progrès que les sciences et les arts
ont faits en France, iffrpuis trente ans, au milieu des
orages politiques et des guerres les plus animées.
En effet, dans cette courte période, nous avons vu
les mathématiques transcendantes prendre l'essor le
plus élevé, et entraîner, dans leur marche rapide, la
physique et la chimie; nous avons vu ces deux bran-
ches des connaissances humaines , se lier intimement ,
(i) Livraisons I à VI. — In-folio, papier vélin, fig. coloriées.
Prix, 3o fr. la livraison ; et in-4°, hg- en noir : prix, i5 fr. Im
pi imeric de Didot aîné. Chaque livraison renferme six planches
A Paris, chez Arthus-Bertrand , libraire-édiftut . rue Hautefeuille,
n° 2j , et chez les principaux libraires de France et de l'étranger
60 SCIENCES PHYSIQUES.
s'éclairer, se soutenir, et arriver à un degré de perfec-
tion que l'on croirait le dernier, si les hommes de gé-
nie auxquels il est dû , avaient cessé d'exister. Nous
avons vu nos manufactures prospérer sous de si heu-
reuses influences, et lutter avec succès contre les cala-
mités des tems ; nous avons vu , enfin , les sciences
naturelles étendre leur domaine dans toutes les di-
rections , à un point tel , qu'il n'est plus donné à une
seule imagination d'en embrasser l'ensemble.
Nous nous garderons de détailler ici les conquêtes
de ces dernières; cette tâche difficile venant d'être di-
gnement remplie par l'illustre continuateur des œuvres
de BufFon (i). Nous nous bornerons à faire observer
que toutes, néanmoins, n'ont pas marché de front ,
et que, si plusieurs d'entre elles, comme la géologie
et l'anatomie comparée, ont fait des pas de géant,
il en est aussi quelques-unes qui sont un peu restées en
arrière.
Parmi celles-ci, on doit remarquer principalement
la conchyliologie, ou l'histoire naturelle des coquil-
lages et des animaux qui les habitent; et l'on peut
attribuer la lenteur de ses progi^s à la difficulté qu'on
éprouve pour se procurer ces animaux, dans un état
de conservation tel qu'on puisse bien étudier leurs or-
ganes. Aussi, jusqu'à ces derniers tems , se bornait-on
à recueillir leurs têts solides, et négligeait-on tout-à-
fait l'observation de leur propre structure.
(t) Nous renvoyons à l'ouvrage intitule Vue générale des pro-
grès tic plusieurs branches des sciences naturelles , depuis le milieu
du dernier siècle ; par M. de Lacépèdc, membre de l'Institut, etc.,
et à L'extrait qui en a été publie dans la llevue Encyclopédique ,
cahier de juillet 1819.
SCIENCES PHYSIQUES. 61
C'est particulièrement en France que s'est opère le
changement de direction dans les études , qui a contri-
bué le plus efficacement à faire de la conchyliologie
une partie intéressante de l'histoire naturelle.
Guettard, Daubenton , Geoffroy et surtout Adanson
ont fait remarquer, les premiers, que si les coquillages
sont dignes de quelque attention, les mollusques qui
les produisent méritent infiniment plus de fixer les
regards de l'observateur philosophe. Bruguière , Dra-
parnaud et M. Cuvier ont suivi cette idée , et c'est à
eux que Ton doit les travaux les plus complets sur l'or-
ganisation des mollusques , qui aient été publiés dans
notre patrie (i).
Les naturalistes nomenclateurs ont pris pour base de
la classification de ces animaux, tantôt l'observation
du têt seulement , tantôt celle des animaux , indépen-
damment de ce même têt; mais , dans l'état de la
science , ces deux méthodes sont également vicieuses :
la première , en ce que les parties qu'elle considère
n'ont que des rapports de formes très peu marqués avec
la nature des mollusques ; la seconde, en ce que l'é-
tude de ces mêmes animaux est encore trop peu
avancée , pour qu'on puisse se faire une idée de toutes les
modifications d'organes qu'on peut observer entre eux.
On doit à feu M. de Férussac, le père, d'avoir conçu ,
dans un petit opuscule intitulé Essai d'une, méthode
conchyliologique appliquée aux mollusques terrestres
etjluviatiles, l'heureuse idée de joindre ces deux modes
de classification , pour en composer un mixte , qui a
l'avantage de faire connaître, en même tems , l'animal
(i) Muller et Poli soat particulièrement les savans étrangers
qui se sont livrés à ce genre de recherches avec le plus de succès
Ga SCIENCES PHYSIQUES,
et sa coquille. C'est lui qui a indiqué , le premier, des
familles naturelles , dans cette partie de la zoologie ;
résultats de ses observations , pendant le long exil au-
quel il fut condamné , à l'époque de nos tourmentes
révolutionnaires.
Son fils, le principal auteur de l'ouvrage que nous
annonçons, fut initié par lui dans une science pour
laquelle son goût avait devancé son retour, et il l'asso-
cia , quoique bien jeune encore , à ses recherches et à
ses travaux. A peine âgé de dix-huit ans , il le chargea
de publier une seconde édition de son ouvrage , et cette
édition obtint le suffrage de l'Institut. M. de Férussac,
alors vélite, fut particulièrement loué de ce que la
carrière qu'il embrassait ne l'empêchait point de se li-
vrera la culture des sciences ; tandis quêtant d'autres,
qui se trouveraient placés dans la même situation , se
croiraient autorisés à négliger même les premiers éle—
mens de l'instruction.
Bientôt après , transporté, par les devoirs de son état ,
d'une extrémité de l'Europe à l'autre , montant succes-
sivement de grade en grade , à la suite des diverses ba-
tailles qui ont illustré nos armées, il ne profita des
loisirs des camps , et de son séjour dans les villes , que
pour se livrer avec plus de cousl.iucc a sCs ri mit > favo-
rites. 11 n'eut qu'à se louer de l'urbanité et de la géné-
rosité des savaus Aes vastes contrées où les vicissitudes
du sort et les hasards de la guerre portèrent ses pas ; et
il put visiter à loisir les collections publique* ou par-
ticulières de l'Allemagne , delà Prusse, de la Pologne,
de l'Autriche, de l'Italie et de l'Kspagne. (.'est ainsi
qu'il parvint à augmenter le nombre des matériaux du
grand ouvrage dont ]\1. de l*Vi 'ussad , son père , avait
» OUÇU le plan , et (ju'ils devaient publier ensemble.
SCIEJNCES PHYSIQUES. 63
A son retour, il composa divers ouvrages, et no-
tamment des Mémoires sur la géologie des terrains
d'eau douce , caractérises par les coquillages fossiles
que leurs couches renferment. Ces Mémoires furent
accueillis par l'Institut , comme une preuve que les en-
couragemens que ce corps célèbre avait précédemment
accordés à leur auteur, avaient fructifié (1).
Invalide à vingt -cinq ans, M. de Férussac revint
dans sa patrie, et fut nommé sous -préfet dans un de
nos départemens frontières. Rentré depuis dans la car-
rière militaire, il profite du calme de la paix pour pu-
blier enfin le résultat de ses nombreux travaux et de
ses pénibles recherches.
Son ouvrage , que nous annonçons , tout vaste qu'il
est, ne nous offre cependant que l'histoire des coquil-
lages terrestres et fluviatiles; mais le nombre des ma-
tériaux qui doivent lui servir de bases est tel , que son
cadre sera parfaitement rempli : c'est, en effet, ce
qu'il est facile de reconnaître, lorsqu'on étudie le plan
que l'auteur s'est proposé de suivre, et dont la distri-
bution nous a paru très méthodique.
Dans la première partie, ou l'introduction (non en-
core imprimée) , M. de Férussac doit donner : i° une
Terminologie complète, critique et comparée, des co-
quillages fluviatiles et terrestres , ainsi que des divers
organes qu'on remarque dans les mollusques qui les
produisent ; 2° une Histoire de la science pour les mol-
(i) Le Coup-ci œil sur Y Andalousie , et le Journal du siège de
Sarragosse, que M. de Fe'russac fit paraître dans le même tems ,
de'montrent suffisamment que l'étude de Tlustoire naturelle ne lui
faisait pas oublier les devoirs de son état, et que l'Espagne , cette
terre classique, savait aussi exciter en lui plus d'un genre d'in-
te'rêt-
64 SCIENCES PHYSIQUES,
lusqnes en général, depuis les anciens jusqu'à nous,
avec un exposé des diverses méthodes de classification
qui ont été successivement proposées , et une applica-
tion de ces développeniens aux mollusques terrestres et
fluviatiles ; 3° une Philosophie de la science , à laquelle
se rattachent des considérations sur l'importance de
ses progrès, et sur ses rapports avec les autres parties
de l'histoire naturelle, notamment avec la géologie:
4° des détails sur l'organisation des mollusques en gé-
néral, et des mollusques fluviatiles et terrestres, en
particulier; 5° des considérations générales sur les dé-
bris fossiles des mollusques, et sur les secours im-
menses que l'observation de ces débris prête à la géo-
logie, pour la distinction des dernières couches de la
terre, avec une application spéciale de ces considéra-
tions aux terrains appelés de formation d'eau douce ,
parce que les fossiles qu'ils contiennent sont, pour la
plupart, des débris de coquillages fluviatiles; 6° une
instruction pour la recherche, la préparation, l'envoi
et l'arrangement des mollusques et de leurs têts; 70 un
exposé critique et comparatif de la méthode de classi-
fication qu'il adopte.
La seconde partie, celle dont l'exécution est com-
mencée dans les six fascicules que nous annonçons .
comprend l'histoire particulière de loules les divisions.,
ordres, familles, genres et sous-genres , c'est-à-dire,
l'énoncé de tous les caractères anatomiques, physiolo-
giques ou systématiques qui les distinguent de leurs
voisins ; le tableau des mœurs des espèces compi
dans chacune de ces coupures ; L'indication des régions
qu'elles habitent de préférence , etc.
Les tables de concordance , pour la synonymie , for-*
nieront la troisième partie.
SCIENCES PHYSIQUES. 65
Jusqu'à ce jour , il n'a été publié qu'une portion de
la seconde ; celle qui comprend les descriptions des
animaux de la famille des limaces , dépendante du
sous-ordre des géophiles , fondé par l'auteur, dans
l'ordre des mollusques pulmonés sans opercule. C'est la
seule dont nous puissions entreprendre ici l'examen.
M. de Férussac donne d'abord la synonymie vul-
gaire et scientifique des mollusques de cette famille ,
considérées dans leur ensemble; ensuite il décrit leur
forme générale ; il passe en revue les auteurs qui en
ont traité plus particulièrement , depuis les Grecs jus-
qu'à ces derniers tems ; il se livre à des considérations
générales sur l'organisation et les facultés des limaces ;
il explique leur mode de locomotion; il fait connaître
les organes qui sécrètent le mucus abondant qui enduit
le corps de ces animaux , et sans lequel ils ne pour-
raient vivre ; il rapporte tous les faits intéressans qui
ont été recueillis sur leurs habitudes naturelles ; il ex-
pose les dommages que les agriculteurs leur repro-
chent , et il fait connaître les moyens employés pour
les détruire. Enfin, pour compléter leur histoire , il
fait une énumération rapide de tous les préjugés po-
pulaires à leur égard , et, entre autres , de ceux qui
tendent à faire considérer quelques-unes de leurs
parties comme des remèdes efficaces contre certaines
maladies , soit des hommes, soit des animaux.
Passant ensuite à la description des genres qui com-
posent la famille des limaces , il en admet huit , savoir :
limacelle , d'après M. de Blainville ; arion et limas ,
caractérisés par lui: parmacelle , d'après M. Cuvier;
onchidie , d'après Buchanan ; véronicelle , d'après
M. Cuvier ; pleclroplwre , fondé par lui ; et testacelle ,
d'après M. Cuvier.
Dans la description particulière de chaque .g'enre , de
tome vi. 5
(J6 SCIENCES PHYSIQUES.
chaque espèce et de chaque variété, il suit une march<r
tout-à-fait semblable à celle qu'il a adoptée pour les
familles, et que nous venons d'exposer ci -dessus.
Chaque espèce est d'abord caractérisée par une phrase
linnéenne en latin , qui a pour objet d'aider à la faire
reconnaître, en indiquant, avec le plus de précision
possible, les traits les plus saillans qui la distinguent
des autres. La synonymie est des plus complètes. Elle
nous a paru établie d'une manière fort sage , et dis-
posée , dans l'ordre chronologique des auteurs, avec
une scrupuleuse exactitude. Les détails sur les mœurs
sont présentés avec clarté , et l'auteur , en donnant à
son style la simplicité convenable pour un pareil sujet ,
a su néanmoins donner de l'intérêt à quelques détails ,
qui, au premier abord , semblent peu susceptibles d'en
présenter.
Il n'entre point dans notre objet de suivre M. de Fé-
russac dans les descriptions particulières que renfer-
ment les six premiers fascicules'de son ouvrage. Nous
nous bornerons à dire que ce commencement prouve
qu'il possède une grande habitude de voir et d'étudier
les animaux dont il traite ; qu'il paraît très au courant
de l'état actuel de la science , et que presque tous le*
travaux antérieurs des naturalistes, sur cesujet, lui sont
connus. Le bon esprit de méthode se trouve partout
employé, mais sans minuties, dans ces descriptions de
mollusques fluviatileset terrestres, de teHe façon', que
l'homme du monde le moins habitué aui recherchei
d'histoire naturelle, peut , à point nommé , trouver les
notions qu'il désire sur la synonymie, l'organisation;
ou les mœurs de tel animal , dont il connaît seulement
un des noms vulgaires ou scientifiques.
Lorsque quelques nouveaux fascicules auront paru ,
nous nous proposons, dans plusieurs articles , de nou
SCIENCES PHYSIQUES. 67
étendre sur quelques points qui seront alors dévelop-
pés, et notamment sur l'utilité de la conchyliologie,
pour l'étude géologique des terrains secondaires.
Il nous reste à parler de l'exécution typographique
de cet ouvrage et des planches qui l'accompagnent.
Sous le premier rapport, il suffit d'annoncer qu'il sort
de l'imprimerie de M. Didot l'aîné , pour faire con-
naître qu'il ne laisse rien à désirer. Sous le second , il
nous paraît juste de dire que c'est un véritable chef-
d'œuvre , et qu'à l'exception de l'ouvrage de Martyne,
aucun recueil de figures de coquilles n'approche de ce-
lui-ci , pour la perfection. MM. Huet et Bessa , dont le
mérite est assez connu pour qu'il suffise de les nommer
lorsqu'on veut faire leur éloge, semblent avoir rivalisé
de talens. Ils ont rendu, avec une grande vérité, les
brillantes couleurs des hélices , sans nuire , en aucune
façon , à la représentation des formes , ou à la demi-
transparence du têt : ils ont aussi imité , d'une ma-
nière frappante , les inégalités du corps des limaces , et
surtout le luisant produit par la mucosité qui l'enduit.
Enfin, ils ont présenté, avec une netteté admirable,
les détails anatomiques , dont la plupart sont dus aux
travaux de M. G. Cuvier.
Ces habiles artistes ont été puissamment secondés
par le graveur, M. Coutan, qui a su choisir le genre
de travail qui convenait précisément à cette sorte d'ou-
vrage. Au lieu d'employer exclusivement le burin ou
la roulette , il a fait un heureux mélange de ces deux
moyensd'exécution , et il eu est résulté que ses planches
ont à la fois la vigueur convenable pour les parties so-
lides , telles que le têt ou la coquille, et le moelleux
nécessaire, lorsqu'il s'agit de représenter le corps presque
gélatineux des animaux mollusques. A. G. Desiviarest
5*
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Vom Beruf unsrer zeit fur Gesetzgebung und
Rechtswissenchaft , von F. C. von Savigny 9
prof essor der Rechte an der Koenigl Universitât
zu Berlin , etc.
De la Vocation de notre siècle pour la légis-
lation et pour la science du droit , par F. C. de
Sa vigny , professeur en droit à V Université de
Berlin , et membre de la Société royale des
Sciences de la même ville (i).
Bacon a renfermé , dans un petit nombre d'apliorfs-
mes , des pensées aussi justes que profondes sur la lé-
gislation et sur l'administration de la justice ; il -a sur-
tout proclamé, avec énergie, ce qu'il fallait faire pour
sortir des embarras toujours croissans de l'ancienne
jurisprudence.
« Si les lois , dit ce grand homme, ont été accumu-
lées les unes sur les autres, au point de former un
grand nombre de volumes et de présenter une confu-
sion telle qu'il soit nécessaire de les refondre et de les
réduire en un seul corps , dégagé de contradictions et
d'obscurités : qu'on s'occupe sans délai d'un tel travail ;
que la difficulté de l'exécution ajoute à son prix , et
que les auteurs de cette entreprise héroïque soient mis
au nombre des hommes qui ont bien mérité de la pa-
trie. » ( Aphorisme 59. )
Enfin , au dix-neuvième siècle, le vœu de Bacon se
trouve rempli. Des codes de lois nationales sont pro-
mulgués ou préparés dans la phipartdes Etats de l'Eu-
l) Ileidelbeig, itfi j • 1 vol. iii-b° <U- \(>j p. Mobr ci. '/inuner.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 69
rope (1) ; et, comme cette réforme générale des lois ci-
viles et des lois criminelles s'opère également dans les
Etats qui ont éj>rouvé des révolutions, et dans les pays
où Ton ne songe nullement à modifier les institutions
politiques, il est permis de croire que ce n'est point
dans un esprit d'innovation , mais uniquement dans la
vue du bien public , que des gouvernemens éclairés ont
entrepris ces grands travaux de législation , destinés à
constater et à garantir les progrès de la civilisation
européenne. Il était facile de prévoir que les nouveaux
codes présenteraient des imperfections et des lacunes ;
Ja sagesse humaine a ses bornes. S'associer en quelque
sorte à l'œuvre du législateur , en indiquant les moyens
de porter les nouvelles lois au degré de perfection que
les ouvrages de l'esprit humain peuvent atteindre , tel
devait être , selon nous , l'objet des savantes médita-
tions des jurisconsultes : mais , les idées ont pris une
autre direction en Allemagne ; on a commencé par y
mettre en question l'utilité des codes de lois nationales.
On a même cherché à nous convaincre que nous étions,
au dix-neuvième siècle , dans l'incapacité absolue de
composer et de rédiger , d'une manière convenable , le
code de nos lois civiles. C'est pour soutenir cette opi-
nion décourageante que M. de Savigny, jurisconsulte
d'un rare mérite (2), a publié l'ouvrage dont nous al-
lons indiquer le plan et les principales idées.
(1) En France, en Autriche, en Prusse ; en Bavière, en Russie,
dans le royaume des Pays- Ras, dans celui des Deux-Siciles, à
Genève , et dans plusieurs autres cantons de la Suisse , etc. , etc.
(1) M. tte Savigny est l'auteur d'une Histoire du Droit romain ,
flans le moyen âge , qui lui a fait beaucoup d'honneur dans le
monde savant. Son Traité sur la possession , d'après les principes
• lu droit romain, est considère, en Allemagne, comme un ou-
\ rage classique.
:o SCIENCES MORALES
M. de Savigny ne se borne point à examiner si les
circonstances où se trouve l'Europe sont plus ou moins
favorables à la promulgation des codes de lois natio-
nales ; si , dans l'état actuel de nos connaissances , nous
pouvons nous livrer, avec espoir de succès, au grand
travail de la refonte entière des lois civiles : il se pro-
pose principalement d'établir que le droit coutumier
et d'habiles jurisconsultes suffiraient pour assurer aux
peuples une bonne administration de la justice. Selon
notre auteur, les lois positives sont essentiellement in-
suffisantes ; elles ne statuent que sur le plus petit
nombre de cas particuliers; trop souvent , elles por-
tent l'empreinte des passions et des préjugés du légis-
lateur. Le droit coutumier, au contraire , naît et croît
avec le peuple dont il règle les rapports de famille ou
de propriété ; il est le résultat de ses besoins , l'ex-
pression pure de sa volonté : toujours en harmonie avec
les mœurs, avec la nature du sol et du climat, le
droit coutumier a encore l'inappréciable avantage de
n'être jamais stationnaire ; il se développe successive-
ment : ses dispositions s'étendent , à mesure que les
relations sociales se multiplient. Les mœurs d'un peu-
ple changent , il est vrai ; mais alors ces mœurs nou-
velles introduisent , sans effort, dans la législation, les
changemcns qu'un état de civilisation plus avancé peut
rendre nécessaires. Pour prouver que cette théorie est
conforme aux faits et à l'expérience, M. de Savigny
nous transporte chez les Romains , chez ce peuple re-
nommé par sa sagesse, qui a subsisté long-tems, et
dont la civilisation, dans ses développement progres-
sifs , n'a été troublée par aucune force extérieure. Ce
qui a fait la grandeur de Rome , dit notre savant juris-
consulte , c'est ce sentiment d<- vie et d 'activité qui
ET POLITIQUES. 71
rendait les Romains capables de rajeunir, lorsqu'il le
fallait, leur constitution politique, de sorte cependant
que les institutions nouvelles qu'ils adoptaient, sem-
blaient ne servir qu'à développer celles qui étaient déjà
depuis long-tems établies. On reconnaît le même ca-
ractère de stabilité dans l'histoire de leur droit civil ;
les coutumes en formaient , sans contredit , la partie
la plus importante; et Ton doit remarquer, ajoute
notre auteur, qu'aussi long-tems que la science du droit
a fait des progrès chez les Romains , ils n'ont point
songé à rédiger un code de lois proprement dites ,
même lorsque les circonstances étaient le plus favo-
rables pour entreprendre ce grand travail. Ainsi, par
exemple, à l'époque qui peut être citée comme le tems
classique de la jurisprudence romaine , les trois célèbres
jurisconsultes, Papinien, TJlpien , Paul, furent succes-
sivement préfets du prétoire. On doit supposer qu'ils
prenaient un vif intérêt au perfectionnement de la lé-
gislation ; rien ne leur était plus facile que de composer
un excellent code des lois civiles ; les fonctions qu'ils
exerçaient leur donnaient le pouvoir nécessaire pour
le promulguer: cependant, l'histoire ne nous a laissé
aucune trace d'un essai de cette nature , et l'on ne doit
point s'en étonner ; les jurisconsultes du tems classique
de la jurisprudence n'avaient point besoin de codes.
Tel est le résumé fidèle des opinions de M. de Savi-
gny. Qu'il nous soit permis de faire quelques observa-
tions sur le système qu'il a adopté.
D'abord, pourquoi mettre en opposition formelle le
droit coutumier et la législation positive, quand l'ob-
jet principal de celle-ci , comme les nouveaux codes en
offrent la preuve, est de sanctionner ce que l'usage |et
les mœurs ont introduit de fait , d'abolir légalement les
7* SCIENCES MORALES
institutions qui ne sont plus en rapport avec les besoins
de la société, de faire cesser les controverses qui divi-
sent les jurisconsultes, de constater quelles parties de
l'ancien droit sont encore en vigueur, et quelles par-
ties ne subsistent plus?
1°. Je suppose, un moment, que le peuple romain
soit en effet parvenu, sans le secours de lois positives ,
à obtenir d'excellentes institutions politiques, et une
parfaite jurisprudence civile. INe pourrai-je pas dire,
avec raison, à M. de Savigny : Quel rapport y a-t-il
entre ce peuple-roi, comme rappellent si noblement
V irgile et Bossuet, et nos peuples modernes , qui tour
à tour ont subi le joug de la conquête, et qui , pen-
dant des siècles, ont été enveloppés dans les ténèbres
de l'ignorance et de la barbarie? Au milieu de circons-
tances aussi défavorables, l'intervention du législateur
n'a-t-ellepas été nécessaire, soit pour abolir d'antiques
coutumes qui n'étaient réellement que d'antiques abus ,
soit pour établir le mode de procéder devant les tribu-
naux , soit pour régler une foule d'objets importans sur
lesquels les coutumes n'avaient rien statué?
Enfin, pourrait-on objecter, sans doute le droit
coutumier a formé une partie considérable de la lé-
gislation privée des Romains; mais, n'est-co pas dé-
mentir le témoignage de l'histoire, que de prétendre
que ce peuple a montré de l'indifférence pour les lois po-
sitives? Le code des douze tables fut publié, à Rome, aux
applaudissemens <\\\ peuple , et à une époque qui , d'.i-
près voire système, aurait du être l'âge d'or du droit
coutumier. On sait , d'ailleurs , que l'es pi il < orM.mt de
la république était de suivre la lettre de la loi. Celui
qui, à l'appui de sa demande , ne pouvait pas présenter
un texte de loi. n'était pis écouté en justice. Pourquoi
ET POLITIQUE». ^
Canius , chevalier romain , ne put-il exercer aucun re-
cours contre Pythius , qui l'avait indignement trompé?
« C'est, nous dit Cicérou (i), parce que mon ancien col-
lègue Aquilius n'avait point encore publie ses formules
contre le dol. » Les citoyens ambitieux connaissaient
bien l'empire que le seul nom de loi exerçaitsurl'esprit
desRomains. C'est au nom des lois que le dictateur Sylla
exerce sa tyrannie; il abolit ou change les anciennes;
il en fait adopter de nouvelles. Pompée suit la même
marche au milieu des troubles et des guerres civiles,
dont Rome devient le théâtre. Dans les derniers teras
de la république , les lois proprement dites se multi-
plient à l'excès ; et c'est pour remédiera l'inconvénient
de cette multiplicité des lois, que César (l) , en posses-
sion de la souveraine puissance , forme le dessein de
réduire, sous un petit nombre de titres, tout ce qu'il y
avait de plus important et de vraiment nécessaire dans
i'ê droit civil. Ainsi, voilà un véritable projet de code
civil conçu , à Rome , par un génie supérieur. N'est-ce
pas encore pour restreindre l'arbitraire du droit cou-
tumier , que l'empereur Adrien chargea le juriscon-
sulte Salvius-Julianus de choisir, dans tous les anciens
édits des prêteurs , ce qu'il y avait de plus sages régle-
mens , et d'en composer un édit perpétuel qui servit
à jamais de loi, et duquel il ne fût plus permis de
s'écarter? Nous ne sommes entrés dans le détail de ces
notions historiques, puisées à de bonnes sources, que
pour prouver , contre l'opinion de M. de Savigny, que
le désir d'avoir des lois positives n'est point particulier
aux peuples modernes.
(i) Offices de Ciceron , livre 3, chap. i j.
(>) 'Suétone, eh. L\\.
|4 SCIENCES MORALES
Abordons maintenant la question de savoir si , an
dix-neuvième siècle, nous pouvons concevoir l'espé-
rance de composer et de rédiger convenablement le
code général de nos lois civiles. On veut , dit notre au-
teur, remplacer par un droit national une foule de
coutumes locales qui diffèrent entre elles. Aussi peu
d'arbitraire que possible dans l'administration de la
justice, et la plus grande uniformité dans l'application
des lois : voilà ce que l'on attend de la publication des
nouveaux codes. Le but est louable ; mais avons-nous
les moyens de l'a' teindre ? Bacon demande sur toutes
choses qu'un travail aussi important que celui de la
restauration des lois, ne soit entrepris que dans un
terns plus éclairé que les tems antérieurs : il serait
triste que les monumeus de la sagesse des siècles passés
lussent détruits par les téméraires essais d'une igno-
rance présomptueuse. De plus , on courrait risque , en
consacrant par le sceau de l'autorité publique le pro-»
duit de connaissances imparfaites, d'arrêter tous pro-
grès ultérieurs de la science du droit. Il ne faut pas se
Je dissimuler ; la jurisprudence n'est point, chez les
peuples modernes, dans un état prospère : en France,
par exemple , on ne connaît plus que de nom ces
grands jurisconsultes du seizième siècle , dont les tra-
vaux ont jeté un si grand jour sur l'élude du droit ro-
main. On ne connaît plus que Pothier. Sans doute, cet
auteur est estimable ; mais n'est-il pas absurde de
croire que toute la science du droit peut être renfermée
dans les ouvrages d'un seul jurisconsulte? Pendant tout
le dix-huitième siècle , l'Allemagne n'a offert qu'un
très petit nombre d'habiles jurisconsultes. Aujour-
d'hui, à la vérité, on semble y cultiver la science du
droit avec plus de succès; on est certainement daivs
ET POLITIQUES. ?5
une meilleure direction. Mais cetteculturede la science,
mieux dirigée, n'a encore produit aucun chef-d'œuvre
dont l'apparition puisse nous donner la confiance de
croire que nous sommes en état de composer et de ré-
diger un bon code civil. Au surplus, ajoute M. de Sa-
vigny , l'expérience est faite ; trois Etats puissans ont
successivement publié des codes généraux; ces codes ,
et en partie leurs effets , sont sous nos yeux ; il serait
impardonnable de dédaigner la leçon d'une semblable
expérience.
Les bornes que nous sommes obligés de nous pres-
crire , ne nous permettent point de suivre l'auteur dans
la critique qu'il fait des codes de la France , de la
Prusse et de l'Autriche. Quoique nous ne partagions
point toutes les opinions qu'il a émises dans cette par-
tie de son ouvrage, nous aimons à reconnaître qu'elle
renferme des détails pleins d'intérêt, et des observations
qui méritent de fixer l'attention des jurisconsultes.
Mais nous aurions désiré , uniquement à cause de l'es-
time que nous inspire le talent de M. de Savigny , qu'il
eût parlé avec plus d'égards de ces hommes d'État qui,
animés d'un amour siuc re du bien public , ont tra-
vaillé, avec un zèle au-dessus de tout éloge, à la rédac-
tion du code civil des Français. Que notre sévère cri-
tique se persuade bien que l'on peut être un très habile
jurisconsulte, sans appartenir à la nouvelle école
historique (i) , dont les travaux doivent, avec le tems ,
(i) Un attachement extrême à tout ce qui a subsiste pendant
long-tems, une étude approfondie du droit romain , l'espoir d'en
acquérir une connaissance parfaite, en l'ée!airanl par l'histoire de
toutes les modifications qu'il a e'prouve'es : voilà ce qui nous pa-
raît caractériser Yécole historique. INous pensons que les savan-
:(i SCIENCES MORALES
répandre des flots rie lumière sur la science du droit
et sur celle de la législation ! (i)
Après avoir révèle' toutes les imperfections qu'il a
découvertes dans les nouveaux codes, voici comme rai-
sonne M. de Savigiry. « Si les Français , avec toute
l'habileté , la facilité d'exécution que l'on se plaît à
leur accorder, n'ont publié qu'un code très défectueux:
si les Allemands , qui avaient à leur disposition les plus
riches matériaux, n'ont pas obtenu plus de succès , ne
doit-oji pas reconnaître que le siècle n'a aucune vo-
cal ion pour composer et pour rédiger un code généra!
de lois civiles? » Mais, dire que l'on n'aurait point dii
faire de codes, parce que les codes publiés jusqu'à ce
jour sont plus ou moins imparfaits, est-ce bien raison-
ner? Les lois doivent être jugées , d'après les effets qui
en résultent. 11 fallait donc , avant tout, établir une
comparaison impartiale entre l'ancienne et la nouvelle
législation ; et ce n'est qu'après avoir tout balancé ,
qu'on aurait pu voir si , dans la masse de leurs effets,
les nouveaux codes sont plus nuisibles qu'utiles. Aiiiàj,
par exemple , qu'il y ait des lacunes , des imperfections
dans Je Code civil des Français, c'est ce dont on ne
peut disconvenir. Mais que ces imperfections , ces la-
cunes soient un mal aussi grand que les ineonvéniens
estimables qui ont fondé cette école. Ml Allemagne , se laissent
entraîner par L'ardeur des recherches j qu'ils prennent le moyen
<le la science pour la fin , et ce qui n'est que l'instrument pour le
résultat.
(l)« Peut-être, dans mille ans . a nions-nous éclaire tout ce qu'il
■ .1 m< ore d'obseur dans les ili\ erses mattérei <lu droit romain. »
Delà nécessité d'un code général des loi I i viles pour l'Allemagne,
par A. F. .T. Thibaut , professeur en droit à Hetdelfeerg, et coi
respondant d< ission législative de Saiat-Wtefsbourg
ET POLITIQUES. 77
infinis qui résultaient de l'ancien état de la législation,
voilà ce que personne n'oserait affirmer. C'est sous ce
point de vue que la question a été envisagée par
M. Bentham (ij, jurisconsulte du premier ordre , qui
a consacré quarante ans d'une vie laborieuse à des tra-
vaux, sur la législation. Ce jurisconsulte philosophe ,
qui n'est rien moins qu'un admirateur des nouveaux
codes, déclare cependant qu'il ne pense pas qu'un seul
Français , quelles que soient d'ailleurs ses opinions po-
litiques , puisse mettre en doute les grands avantages
qui résultent pour la France de l'établissement d'une
législation uniforme. On conçoit , pourra-t-on nous
dire, que , dans les circonstances où la France était
placée au sortir d'une longue et terrible révolution ,
la publication des nouveaux codes devait être considé-
rée comme un véritable bienfait ; mais , le besoin d'une
réforme générale des lois civiles et des lois criminelles,
se faisait- il également sentir en Allemagne ? Des ju-
risconsultes allemands (2) , d'un profond savoir et d'un
très grand sens, nous paraissent avoir victorieusement
soutenu l'affirmative de cette question. Depuis long-
(1) Papers relative to codification, etc , published by Jeremy
Bentham. London, 1817. (Pièces relatives à la confection des
codes , renfermant une correspondance avec l'empereur de Russie
et avec diverses autorite's constituées des Etats-Unis d'Amérique,
publiées par Jérémie Bentham. Londres, 1817. )
(a) Il faut placer au premier rang de ces jurisconsultes M. le
conseiller aulique Thibaut, professeur en droit à l'Université de
Heidelberg. Nous pourrons un jour rendre compte de l'ouvrage
très court, mais très remarquable, qu'il a publié sous ce titre :
UeberJie RTothxvendigkeil eines allge meinen buergerlichen redits
juer Deutsckland. — De la Nécessité d'un code général de lois
civiles pour l'Allemagne. Heidelberg, chez Mohr et Zimmer,
)8i4j 6' 7 pag. ; in-b(J.
78 SCIENCES MORALES
tems , ou était d'accord , en Allemagne , que les an-
ciennes lois pénales ne se trouvaient plus en harmonie
avec l'état de la civilisation ; on reconnaissait aussi
qu'il était d'une absolue nécessité de réformer les lois
sur la procédure. Dans beaucoup de pays allemands ,
dit M. de Savigny lui-même, les procès sont intermi-
nables ; il est urgent que le législateur intervienne,
pour faire cesser des abus devenus tout-à-fait intolé-
rables. Mais, n'y avait-il pas une égale urgence de
publier de nouveaux codes des lois civiles? L'ancien
droit privé des Allemands se composait de deux partie»
distinctes : i° le droit particulier à la nation alle-
mande , c'est-à-dire, les coutumes germaniques, les
ordonnances des princes, les statuts locaux , etc. ; 2° les
lois romaines, adoptées comme droit subsidiaire. Sans
doute, le droit propre à l'Allemagne renferme un cer-
tain nombre de dispositions dont la sagesse a reçu la
sanction du tems. Mais, considéré dans son ensemble,
ce droit national ne répond plus aux besoins de notre
siècle ; c'est un amas confus de dispositions incohé-
rentes , contradictoires, et dont la diversité infinie a
le grave inconvénient de rendre les peuples , qui for-
ment la confédération germanique , entièrement étran-
gers les uns aux autres. Ces lois sont d'ailleurs si in-
complètes, que, sur cent questions qui s'élèvent de-
vant les tribunaux, quatre-vingt-dix douent être dé-
cidées d'après les principes du droit romain (i).
On trouve, il est vrai, dans les compilations de Jus-
31
(() C'est principalement dans les écrits de M. (ioenner de
Landshut, et dans ceux de M. le professent i hibaut, que nous
avons puisé ce que nous venons de dire sur 1 ancien droit dt
l'Allemagne.
ET POLITIQUES. 79
tinien , les matériaux les plus précieux , soit pour la
législation , soit pour la science du droit. Mais , tout
en rendant hommage aux lumières et au rare talent
des Papinien , des Ulpien et des autres jurisconsultes
du tems classique de la jurisprudence romaine , n'est-
il pas permis de croire que le droit romain , considéré
comme code des lois civiles, ne satisfait nullement aux
besoins des peuples modernes ?
i°. Que peut-on imaginer déplus contradictoire avec
le principe qui veut que les lois soient parfaitement
connues , que de se servir de lois étrangères , écrites
dans une langue morte , inconnue à la masse du
peuple?
2°. Ces lois étrangères ont été faites pour d'autres
tems , pour d'autres mœurs , pour d'autres rapports
de famille , de commerce , de professions. « Les lois ,
dit avec raison Montesquieu , doivent être tellement
propres au peuple pour lequel elles sont faites , que
c'est un grand hasard si celles d'une nation peuvent
convenir à une autre (1). »
3°. Pendant des siècles entiers , des hommes labo-
rieux , infatigables , doués d'une grande force d'at-
tention , se sont livrés avec une ardeur incroyable à
l'étude du droit romain ; et le droit romain, il faut
le dire , n'est point encore connu : la découverte d'un
manuscrit bouleverse les idées du jurisconsulte ; ce
que l'on regardait hier comme une vérité incontesta-
ble , n'est plus aujourd'hui qu'une erreur plus ou
moins spécieuse.
4°. Enfin, est-il raisonnable de donner force de loi
au droit romain, lorsque nous ne possédons pas même
(1) Esprit des Lois , liv. i,r, ch. 3.
So SCIENCES IMOKALES
Je texte authentique et officiel de cette législation
étrangère? Les nombreux manuscrits du droit romain
diffèrent essentiellement les uns des autres ; la masse
des variantes est prodigieuse; chaque jour, on en dé-
couvre de nouvelles. Ainsi, le sort d'une cause dépen-
dra de la variante que le juge croira convenable d'a-
dopter. En donnant à ces diverses observations les
dcveloppemens qu'elles sont susceptibles de recevoir,
on prouverait jusqu'à l'évidence, que la publication
d'un code de lois nationales était un des besoins les
plus pressans de la nation allemande.
Ce point de fait une fois bien établi , nous n'hésile-
rons point à aflirmer que les divers gouvernemeus de
l'Allemagne, qui, jusqu'à ce jour, ont publié des codes
de lois civiles ou de lois criminelles , out acquis des
droits incontestables à la reconnaissance des peuples.
Ces grands travaux de législation , même exécutés
médiocrement , sont un véritable bienfait , par cela
seul qu'ils nous aident à sortir du chaos de l'ancienne
jurisprudence.
M. de Savigny a donc eu tort de vouloir faire con-
sidérer les imperfections qui se trouvent dans les nou-
veaux codes, comme une preuve décisive que le teins
n'était pas venu de les publier. Au surplus, l'opinion
de notre auteur était déjà formée, avant qu'il se livrât
à l'examen critique des codes de I.i France , de l'Au-
triche et de la Prusse. 11 n'y a peut-être point un cha-
pitre de son ouvrage , oîi l'on ne trouve des t races d'une
forte antipathie pour les recueils généraux de lois po-
sitives. On ne songe jamais à les composer , selon M. de
Savigny , qu'à une époque de décadence ; ils sont inu-
tiles , lorsque la science du droit fait des progrès. Ayez
d'habiles jurisconsultes ; vous aurez rarement besoin
ET POLITIQUES. 81
de l'intervention du législateur. Voilà , en peu de mots,
tout le système de M. de Savigny ; il Fa développé avec
beaucoup d'art et de talent. Sa théorie du droit cou-
tumier est aussi fort ingénieuse. Mais où. est la vérité?
dans ces paroles de Montesquieu : « Les meilleures lois
politiques, et les meilleures lois civiles, sont le pi us grand
bien que les hommes puissent donner et recevoir. »
AUG. DUFRAYER ,
Professeur suppléant à la Faculté de Droit.
WVWVWVW^'WVWWWVWWVVWWWWVW
Transactions of the Historical and Literarj Co-
mittee of the American Philosophical Society ,
held at Philadelphîa for promoting use fui
hnowledge ,*
Transactions du Comité d'Histoire et de Littéra-
ture de la Société Philosophique Américaine,
pour le progrès des connaissances utiles (1).
Inverties illic et facta domeslicavobis
Scepe tibi pater est , sœpc tibi legendus auus.
Ovide.
Parmi les nombreux sujets que le nouveau monde
présente aux recherches des savans , il est un vaste et
fertile champ de découvertes qui bientôt leur sera fer-
mé pour jamais. Les nombreuses tribus d'Indiens, ha-
bitans aborigènes de l'Amérique septentrionale , fuient
de toutes parts devant les progrès des Européens , lors-
que des circonstances particulières ne viennent point
les attacher au sol. Ils aiment mieux déserter des can-
(t) Philadelphie , 1819. Vol. I; in-8° de 4^4 pages. Abraham
Sruall, Chesnut street, n° 112.
TOME VI. 6
&, SCIENCES MORALES
tons entiers, à mesure que les Américains les envahis-
sent , que de se laisser incorporer au milieu des blancs,
lis ne peuvent se résoudre à subir la première condi-
tion de la civilisation, qui exige la destruction des forets,
et à remplacer le tableau de cette ombre majestueuse,
par le triste aspect d'une terre défrichée. L'Indien n'a
jamais le courage de renverser les vieux arbres , témoins
des actions de ses pères, et dont l'écorce, couverte de
caractères gravés , lui offre encore le souvenir de leurs
exploits : présens partout dans l'histoire de ces peuples
qui ne construisent rien de durable, ils forment pour
ainsi dire une partie de leur existence. Comment ne
respecteraient-ils pas ces antiques monumens de leur
patrie, inséparables des habitudes de la vie présente,
et des traditions des tems passés? L'inévitable consé-
quence de ce mouvement uniforme et progressif, doit
être d'altérer et même d'anéantir des races entières ;
il faut donc se hâter de rassembler les faits épars, de
réunir les traditions dispersées , afin de conserver l'his-
toire de ces nations qui menacent de disparaître. Dans
quelques années peut-être on ne reconnaîtra plus les
Indiens primitifs; on ne trouvera que des hommes à
demi-civilisés, ni Européens, ni sauvages, dont les a ir-
ritables mœurs resteront inconnues, comme celles de
presque tous les peuples .ibongènes. Ces considérations
paraissent s'être présentées à l'esprit des membres de
la Société philosophique américaine de Philadelphie,
lorsqu'en i8i5, ils ajoutèrent aux six divisions de leur
association, Un septième comité, dont les travaux
devaient avoir pour objet de jeter une nouvelle
lumière sur l'histoire des Indiens; c'est le premier vo-
lume des recherches de cette nouvelle branche, que
nous nous proposons d'analyser aujourd'hui. Non
ET POLITÎQUES. 83
avons remarqué plusieurs Mémoires , en forme de rap-
ports ou de correspondance sur les langues de ces na-
tions : riches de détails curieux , contenant une dis-
cussion approfondie du système grammatical de la
langue Lenni Lenape ( Delaware) , ils exigent de longs
développemens , et échappent pour ainsi dire à l'ana-
lyse. Il n'en est pas de même d'un traité qui remplit la
presque totalité du volume , et présente un tableau
complet des mœurs des Indiens qui habitaient la Pen-
sylvanie et les provinces environnantes, avant que les
Américains ne se fussent emparés de leur territoire,
et n'eussent altéré leur caractère. M. John Heckewel-
der de Bethlehem , pendant un séjour de plus de trente
années au milieu d'eux, les a examinés sous tous les
rapports moraux et physiques : quarante chapitres
sont consacrés à leur histoire. Ne pouvant le suivre
dans cette foule de détails , nous nous bornerons à si-
gnaler quelques résultats généraux ; et , sans nous ar-
rêter à comparer les récits qu'il donne , avec ceux de
beaucoup d'autres voyageurs , nous suivrons, en décri-
vant ses observations, le même ordre , ou plutôt le
même désordre avec lequel il paraît les avoir faites.
M. Caspar Wistar, président de la Société philoso-
phique américaine ( et dont les Etats-Unis déplorent
la perte récente ), avait prié M. Heckewelder de com-
muniquer à la Société le recueil de ses notes sur les
Indiens , et ce dernier s'empresse d'offrir le résultat
de ses recherches , en hommage à la mémoire de son
ami.
L'auteur commence par prévenir qu'il n'a recueilli au-
cun des renseignemens qu'il présente, dans les ouvrages
d'écrivains antérieurs, mais qu'il tient tous les détails
de son livre de la bouche même des habitans. Laissant
6*
84 SCIENCES MORALES
de côte la grande question de l'origine de la popula-
tion du continent américain, il commence par donner
le résultat de ses observations sur les traditions géné-
ralement admises par les Indiens de la Pensylvanie.
Suivant leurs propres récits, lesïndiensDelawares (i)ou
Lehni Lenapc partirent , il y a plusieurs centaines
d'années /d'une contrée située vers l'ouest, pour émi-
grer vers l'orient ; parvenus jusqu'aux rives du Missis*-
sipi , ils trouvèrent dans les Iroquois ou Mengwe , de
formidables antagonistes , avec lesquels ils commencè-
rent une longue et sanglante lutte : entre le quinzième
et le seizième siècle, ces derniers , avec plusieurs autres
tribus, se réunirent en coalition contre les Delawares.
Sur ces entrefaites, les Français débarquèrent au Ca-
nada ; aussitôt la coalition tourna ses armes contre ces
nouveaux ennemis , et se vit exposée à la fois aux atta-
ques des étrangers et des Delawares. Les Iroquois,
pour sortir d'embarras, imaginèrent un expédient qui
suppose de profondes combinaisons de politique. Chez
ces peuples , les hommes ne peuvent jamais demander
la paix; jamais, de leur propre mouvement, ils « ti en-
terrent la hache île guerre, ; » leurs démêlés ne fini-
raient donc qu'avec l'extermination totale de l'un des
deux partis , si ce n'était, dans le nouveau monde, 1<-
doux privilège des femmes d'élever la voix pour arré-
(i) La Pensylvanie était habitée par un grand nombre de n;i
fions indiennes: la principale finit la Dcluwarc , qui a donné
naissance à plus de quarante tribus ; le mot Delaware est inconnu
dans les langues indiennes, et son véritable nom est Lenni Lenapc ,
qui signifie peuple du lever du sole.il (peuple oriental) ; Tiennent
ensuite les Iroquois, six nations dont le nom est \fengwe; et enfin
en français les Ilurons sont les Wyandois. TNous nous servirons
de ces noms Indifféremment.
ET POLITIQUES. 85
ter les combats. Jl paraît que, dans cette circonstance,
elles n'exercèrent pas leur ministère de réconciliation;
et les Iroquois , par une foule de discours artificieux ,
trouvèrent le moyen de persuader aux Delawares de
proposer la paix , et ainsi de devenir femmes : par ce
moyen , ils les avilirent dans l'esprit des autres nations,
et en firent une facile proie. Ce fut peu de teins après
qye Guillaume Penn vint s'établir au milieu de ces
sauvages: jamais les Delawares ne pourront oublier leur
frire aine Miquon{ c'est ainsi qu'ils le nomment), avec
lequel ils jurèrent une alliance qui devait durer «< aussi
long-tems que le soleil brillerait, et les rivières con-
tinueraient de couler. » Après de longues guerres , qui
se prolongèrent, jusqu'en i -^55 , les Mengwe reconnu-
rent l'indépendance et la bravoure de leurs ennemis,
et furent obligés de signer un traité solennel, par le-
quel ils déclaraient que les Delawares avaient cesse
« d'être femmes. »
Les henni Lenape revendiquent l'honneur d'avoir,
les premiers , accueilli les Européens , lors de leur des-
cente en Amérique: l'auteur raconte, d'après le récit
d'un vieux guerrier Delaware , et en conservant ses
propres expressions , les traditions qui existent parmi
les Indiens sur ce grand événement. Ils aperçurent d'a-
bord quelque chose de très grand , qui flottait sur la
mer ; les uns pensaient que ce devait être une vaste
maison, d'autres un énorme animal; mais lorsqu'ils
virent le vaisseau se diriger vers la rivière d'Hudson ,
Us ne doutèrent plus que ce ne fut « le grand Mann it to »
qui venait les visiter. Une assemblée générale fut con-
voquée, les devins furent consultés ; on résolut de ré-
parer les idoles pour sa réception , et au milieu du
désordre général , les danses et les sacrifices commen-
86 SCIENCES MORALES
cèrent. Un canot vînt aborder à la côte , il en sortit
plusieurs hommes ; l'un d'eux était habillé de rouge ,
et couvert de broderies d'or; « c'était sans doute le
grand Être lui-même ; » mais ils ne pouvaient com-
prendre « pourquoi le grand Mannitto avait la peau
blanche. >- Il fit apporter un vase plein d'une liqueur
limpide et jaunâtre (i) ; aucun d'eux n'osa l'approcher
de ses lèvres, lorsqu'un guerrier , ne voulant pas lui lais-
ser croire qu'on méprisait ses offres , épuise la coupe
d'un trait, et presqu'aussitôt tombe , et s'endort pro-
fondément : ses amis le croyaient mort , déjà les hur-
lemens funèbres commençaient, quand il se réveille
tout-à-coup , et raconte qu'il vient de jouir d'un as-
soupissement délicieux ; alors la coupe est de nouveau
remplie, et bientôt l'ivresse s'empare de toute l'assem-
blée. L'homme habillé de rouge leur fait des présens :
il demande d'abord la portion de terre qu'une peau
de bœuf peut couvrir; on la lui accorde: il découpe
alors la peau, et embrasse une grande étendue de ter-
ritoire. Les Indiens admirèrent cette finesse, mais en
conclurent qu'il n'était pas le grand Mannitto, et que
ces hommes blancs finiraient par envahir toutes leurs
possessions.
(i) Ce fui un vaisseau hollandais <jui débarqua le premier s iu-
les côtes de New-York; et cette liqueur, qui fui présentée aux
Indiens, n'était autre chose qu\ine boisson gpiritueuse. Encore
«te nos jours ils ne savent préparer aucune liqueur fermenter, ce
sont toujours les Européens <jui leur font ce funeste [«usent.
Avant la découverte «lu Nouveau-Monde, ils ne connaâssaientque
Tivresse produite par la fumée des feuilles de tabac, el de quel-
ques autres Nicotianes. Le vrai nom de l'île de New* York est
Manahachtanienkj dont on a fait par corruption Manhattan',
\\\ mol signifie, en langue delaware , « l'île où nous devînmes
lOUi il l'es, p .
ET POLITIQUES, 87
Iî est triste de lire les plaintes que ces peuples firent
à notre auteur sur la manière dont les Européens
n'ont cessé de les traiter. Les torts des blancs sont
gravés dans leur mémoire. Dans Tannée 1787, au mois
d'avril, le chef de l'une des tribus Delawares récapitu-
lait ainsi, devant M. Heckewelder, leurs griefs contre
les Européens. « J'accorde , disait-il , qu'il est possible
de rencontrer quelques bons parmi vous, mais sûre-
ment le nombre desméchans l'emporte ; leur nombre
doit être beaucoup plus considérable, puisque ce sont
eux qui gouvernent. Nous leur avons donné des terres
pour cultiver des plantes , ils y ont établi des canons.
Ils asservissent les hommes qui ne sont pas de leur
couleur , quoique créés par le même grand esprit. Ils
feraient de nous des esclaves, s'ils le pouvaient ; mais
comme cela leur est impossible, ils nous tuent. On ne
doit ajouter ^aucune foi à leurs paroles; ils ne sont
pas , comme les Indiens , ennemis à la guerre , mais
amis durant la paix ; ils diront à l'un de nous , mon
frère, le prendront par la main , et en même tems
l'opprimeront. » Les Delawares n'ont que trop de
motifs pour proférer ces plaintes amères : leur nation est
aujourd'hui presque détruite; il ne reste pas mainte-
nant de leur population , assurent les vieillards, autant
de centaines qu'il y avait jadis de milliers d'hommes.
L'Indien croit être l'ouvrage d'un esprit puissant et
bon, souverain maître de la nature et des hommes.
Avant que ces sauvages vissent des blancs, ils pen-
saient être les favoris du grand M annilto , et que s'il
s'abaissait jamais jusqu'à descendre sur la terre, ce
serait au milieu d'eux qu'il habiterait, comme leur
ami et leur chef. Ils admettent que tous les hommes
sont appelés à jouir également des biens de la vie ,
88 SCIENCES MORALES
et de cette opinion découle la pratique de l'hospitalité,
qui , parmi ces nations , est moins une vertu qu'un de-
voir. L'auteur de ces observations ayant un jour re-
présenté à des Indiens errans, qu'ils n'auraient pas dû
laisser entrer leurs chevaux dans un champ qui lui
appartenait, en reçut cette réponse : « Est-ce toi qui
as fait croître cette herbe? Ne te plains donc pas de ce
que nous avons pris notre part des faveurs que le grand
Etre t'accorde pour l'usage de tous. » Leurs attentions ,
leur respect pour les vieillards, leur profond sentiment
de justice, leur jugement doué d'une rare sagacité, ont
frappé M. Heckewelder. Il garantit l'exactitude du
fait suivant, arrivé en 1793 , au village de La Chine ,
près de Montréal , sur le Saint-Laurent. Deux Indiens ,
d'une taille gigantesque , se battirent à la suite d'une
querelle , et l'un d'eux tomba percé d'un coup de
couteau; son assassin parcourut tout 1« village, s'é-
rriant qu'il méritait la mort , et , prosterné dans la
place publique, il attendit en vain pendant long-tems
le coup du tomahawk (1). Dans son désespoir, il
courut se présenter à la mère de sa victime , la con-
jurant de le délivrer du fardeau de la vie ; cette femme,
touchée de son courage et de son repentir , l'adopta ,
et il ne cessa de l'aimer et de lui tenir lieu du fils que,
dans un moment de fureur , il avait sacrifié. Ces In-
diens n'ont aucun code de loi , et cependant leurs chefs
n'éprouvent aucune difficulté à les gouverner. Afin de
ne pas perdre le souvenir de leurs traités d'alliance,
(1) La hache de guerre des Indiens. Ces sauvages, naturellement
très braves, se servent à la guerre d'un assez grand nombre
d'armes offensives ; l'usage des armes défensive* leui csl totalement
inconnue j elles seraient regardées comme une marque do lâcheté.
ET POLITIQUES. 89
et de ne pas oublier leurs diverses relations politiques ,
ils ont coutume de se réunir une fois tous les ans, et
de repasser tous les faits de leur histoire. Sous l'om-
brage de quelques arbres, les Indiens sont convoqués
en assemblée générale ; le feu du conseil est allumé:
le plus habile orateur , faisant les fonctions de prési-
dent , range sur un large morceau d'écorce , ou sur une
«couverture, » les pièces justificatives de leur diploma-
tie; c'est le calumet de la paix , d'argile noire ou rouge ,
la hache de la guerre, de longues ceintures couvertes
de wampum (1) (coquillage qui leur sert de monnaie);
immobiles , ils écoutent le discours avec la plus grande
attention , mais sans regarder le rapporteur; la ma-
jorité des voix décide du résultat des délibérations. Ils
ont conservé de la vie et des actions de Guillaume
Penn des souvenirs si doux , que notre auteur les a sou-
vent vus assemblés dans un endroit retiré de la foret ,
choisir un lieu bien sec , et y dérouler les traités , ou ,
suivant leur expression , y étendre tes parûtes de cet
illustre philanthrope. « Aujourd'hui , disaient-ils à
M- Heckewelder , nous ne pouvons plus nous réunir
sous l'ombre de nos arbres ; nous n'avons pas même
une maison pour le conseil ; nous sommes contraints
de délibérer dans ces horribles lieux, entrecoupés de
digues et de fossés , en présence de ces armes terribles,
(1) Les Indiens appliquent avec beaucoup d'art ces coquillages
sur des morceaux de peaux ; ils les arrangent de mille manières ,
les teignent de diverses couleurs; et c'est avec ces productions
naturelles, dont ils se servent comme d'une écriture, qu'ils
rédigent les actes de leurs traite's. « Il est heureux , «lisent-ils , que
les blancs écrivent en noir sur du papier; car sans cela, ils s'em-
pareraient de tout le wampum , et il n'en resterait pas pour les
Indiens. »
9o SCIENCES MORALES
de ces canons dont la bouche béante semble toujours
prête à nous dévorer : comment pourrions-nous alors
dire librement notre avis, ainsi qu'il convient a des
frères ? »
Les Indiens sont, en général, physionomistes ; ils
jugent assez exactement du caractère par les traits. Fis
observent que les blancs parlent beaucoup trop , ce
qui ne convient qu'à des femmes : « Nous , nous par-
» Ions peu , et l'un après l'autre. » Ils ne peuvent con-
cevoir pourquoi les Européens travaillent toujours à
acquérir des richesses : « Un homme qui doit un jour
» mourir, doit simplement amasser assez de provisions
» pour parvenir jusqu'au pays des esprits. » Presque
tous les voyageurs ont parlé de leur éloquence , et d'a-
près notre auteur , ces récits ne sont point exagérés. Il
en cite une foule d'exemples , choisis dans des discours
qu'il a entendu prononcer. Une tribu de Deîawares
ayant été, à regret, excitée à la guerre contre les
Américains long-tems ses alliés, fit une expédition
heureuse dans leurs terres , et leur prit un grand
nombre de prisonniers. A son retour, le chef de la tribu
se présenta , à la tête de ses guerriers, devant l'officier
anglais commandant au Détroit , le 9 décembre 1810;
il fut reçu dans une nombreuse assemblée d'Indiens et
d'Anglais , parmi lesquels se trouvait M. Heckewelder ;
le chef , tenant d'une main sa hache de guerre, et de
l'autre un scaI/> humain (1), prononça un- long dis—
(1) La partie supérieure de la peau du erane, dont les Indiens
dépouillent leurs ennemis, Lorsqu'ils les oui tués dans le combat.
Un guerrier est d'autant plus estimé , qu'il peut en montrer un
plus grand nombre. Avant de citer un fragment il on discours
indien , il est. bon de remarquer qu'ils s'expriment toujours ca
parlant, dans la première personne.
ET POLITIQUES. 91
cours dont nous ne pouvons donner que les dernières
phrases : « Maintenant, Père (c'est ainsi qu'il appelait
> le général anglais) , voici ce que j'ai fait avec la
hache que tu m'as donnée (montrant le scalp). J'ai fait
> ce que tu as désiré , et j'ai trouvé que la hache était
tranchante. Cependant, je n'ai pas fait tout ce que
j'aurais pu faire ; non , je ne l'ai pas fait , mon cœur
a défailli; j'ai senti au-dedans de moi de la compas-
sion pour tes ennemis. \J innocence (les femmes et les
enfans) n'eut aucune part à nos querelles ; voilà
pourquoi j'ai distingué, j'ai épargné. J'ai pris de la
chair vivante que je t'ai envoyée ; Tu verras
qu'elle est de la même couleur que la tienne. Père ,
je me flatte que tu ne détruiras pas ce que j'ai
sauvé ; toi , Père , tu as les moyens de soutenir ce
qui, avec moi, périrait de faim; le guerrier est
pauvre , et sa cabane est toujours vide ; mais toi ,
» Père, ta maison est toujours remplie. » Cette péro-
raison nous paraît aussi remarquable par son élo-
quence laconique , que par le sentiment d'humanité
qui l'embellit encore. On pense bien que les prières de
l'Indien, qui conjurait le général anglais d'épargner
les prisonniers des Américains, autrefois ses amis, fu-
rent exaucées. L'auteur ajoute qu'il lui serait impos-
sible de décrire l'impression que ce discours, prononcé
d'un ton lent et solennel, produisit sur toute l'as-
semblée. Les Indiens aiment les métaphores , ils les
prodiguent dans leur style oratoire. Veulent -ils ex-
primer, que quoique la guerre règne dans toute sa fu-
reur, on ne doit point songer à la paix, ils disent :
>» Les rivières roulent du sang, mais il ne faut pas 1 a i s -
» ser croîtra l'herbe sur la roule qui mène au combat. »
Pour consoler un ami de la perte d'un parent, et pour
î)2 SCIENCES INI ORALES
raconter les devoirs pieux qu'ils ont remplis sur sa tombe.
ils emploient. cette jolie comparaison : « Je connais la
» cause de ta douleur ; j'ai couvert un endroit avec
» de la terre fraîche , j'y ai répandu des feuilles, et j'y
» aiplantéde jeunes arbres, pour t'en dérober la vue. >
Il n'existe peut-être pas sur la terre un peuple plus
cérémonieux, dans ses relations domestiques, que les
Indiens de la Pensylvanie ; le trait dominant de leur
caractère, c'est l'orgueil, et l'auteur en donne plu-
sieurs exemples que nous regrettons de ne pouvoir rap-
porter. Nous ne le suivrons pas non plus dans ses longs
détails sur leur adresse à surprendre leurs ennemis,
souvent en imitant les cris de plusieurs animaux, ou
le chant des oiseaux. Dans l'été de 1^55, un horrible
assassinat fut commis dans le village de Shamokin ;
les habitans voulaient en tirer vengeance sur un cé-
lèbre chef indien Delaware ; celui-ci répondit que sa
nation était incapable de commettre un tel crime, et
qu'il s'engageait à découvrir les meurtriers lise mit à
la tête d'un détachement de soldats , qu'il conduisit
lentement, à travers le plus épais de la forêt, dans un
endroit très boisé, situé sur le penchant d'une mon-
tagne ; il déclara alors qu'il était certain de trouver les
meurtriers dans le voisinage, parce que, disait-il, il
est sûr qu'ils ont passé par ce lieu ; en même tems , il fit.
remarquer aux gens de l'escorte que la mousse des ro-
chers avait été foulée par le poids de* pieds , qu'en
quelques endroits elle était déchirée et éparpillée; il
leur montra de petits cailloux qui , ayant été dérange-
de place par le choc , avaient roulé jusqu'au fond du
ravin; il ramassa des brins de bois qui avaient été
rompus: enfin , dit-il , « la couverture (le nrnnteau) d'un
Indien certainement a élé traînée sur ce buisson , cav
ET POLITIQUES. c/>
les feuilles y sont courbées, et beaucoup plus aplaties
que partout ailleurs. » Les soldats regardaient l'Indien,
avec étormement, et ne voyant rien de tout ce qu'il
indiquait, se croyaient trahis. Enfin, lorsqu'ils furent
arrivés à un endroit oii la terre était molle , leur guide
s'écria que les ennemis étaient au nombre de huit ; et
aussitôt, au détour d'une colline, ils aperçurent de
très près les feux d'un camp d'Iroquois Mengwee. Le
chefDelaware voulait commencer l'attaque; mais les
soldats , saisis de frayeur à la vue de l'attitude féroce
des sauvages, à moitié endormis et couverts de sang,
entourés de scalps humains nouvellement arrachés, se
retirèrent avec précipitation (r).
Ces Indiens montrent le plus grand respect pour les
ambassadeurs. Notre auteur a eu occasion de lire une
de leurs notes diplomatiques ; elle était ainsi conçue :
•< Je renvoie dans ton sein , sains et saufs , les messagers
» que tu m'as envoyés ; en réponse au discours que
» tu m'as fait adresser , mes jeunes guerriers sont
» allés te voir. » La nature de cette visite se devine ai-
sément ; elle annonce une invasion prochaine. Les
mœurs domestiques de ces Indiens offrent aussi plu-
sieurs particularités remarquables ; ils se conduisent
envers leurs femmes avec la plus grande douceur, et ,
dit notre auteur , « ne se donnent jamais la peine de
» disputer avec elles. » Lorsque des orages troublent la
maison conjugale, le mari prend son fusil, reste à la
chasse dix ou vingt jours , et ne rentre que quand il
juge la colère de sa dame apaisée. Ils endurent les
souffrances de la faim et de la soif avec un rare cou-
(i) C'est du chef Rolland , celui même qui conduisit les soldais,
que M. Heckewelder tient cette anecdote
9; SCIENCES MORALES
rage. L'auteur voyageait dans le nord de l'Amérique
avec une tribu Delaware ; les vivres vinrent à man-
quer ; heureusement, l'un d'eux tua un chevreuil , car
ils allaient se laisser mourir de faim, plutôt que de
manger un chat sauvage qu'ils avaient cependant fait
apprêter. Très recherchés dans leur toilette, ils sa cou-
vrent la peau de dessins et de figures peintes et non ta-
touées. Ils ont un grand nombre de médecins -sorciers ,
et encore plus de spécifiques. L'art de guérir se réduit ,
chez ces nations, à ce seul principe : Beaucoup d'une
bonne chose doit nécessairement faire beaucoup de bien.
Leurs médecins s'habillent d'une manière si horrible,
que l'un d'eux surprit beaucoup M. Heckewelder , qui
le rencontra dans une forêt : « ce n'est pas, disent-ils ,
pour effrayer le malade, mais pour épouvanter la ma-
ladie. » Dans le but de déraciner, chez ces Indiens, les
idées superstitieuses qui les tourmentent si souvent,
dans l'année 1776 un quaker nommé Anderson les as-
sembla, et déclara qu'il était prêt à s'exposer aux plus
terribles maléfices de leur plus habile sorcier. Après
plusieurs conjurations qui restèrent sans effet, Ander-
son se moqua tellement de la puissance des charmes,
que le magicien , craignant de perdre son état, prévint
rassemblée que « c'était le sel dont les blancs se nourris-
sent, qui détruisait la force de ses euchaiitenicns. » Cette
réponse satisfit les Indiens, et leur médecin continua
d'être plus sorcier que jamais. 11 ne faudrait pas croire
qu'au milieu de ces peuples sauvages , ce qu'on appelle
en Europe de V esprit , sans pouvoir le définir , soit to-
talement inconnu. M. Heckewelder cite un grand
nombre de réparties spirituelles , qu'il a entendu faire à
ces Indiens. Nous ne rapporterons qu'une seule de leurs
comparaisons, qui nous paraît offrir une allusion extrê-
ET POLITIQUES. 95
meruent ingénieuse. Les Delawares ont remarque , de-
puis Iong-tems, que les Anglais et les Américains, dans
leurs guerres continuelles, ne s'affaiblissent pas , et
que ce sont eux seuls qui souffrent de leurs démêlés. Us
comparent ces deux puissances « à un instrument qui
ressemblerait à des ciseaux, composé de deux lames
tranchantes disposées de manière que r lorsqu'on les
approche l'une de l'autre, elles coupent seulement ce
qui se trouve entre deux , sans perdre leur poli, ni
détruire leur tranchant. »
Nous négligeons une foule d'autres détails remplis
d'intérêt, pour arriver à leurs idées mythologiques, qui
renferment plusieurs circonstances originales. Us pen-
sent que la terre est la source commune de tous les
êtres vivans , et qu'ainsi que le germe des plantes, ils
vivaient dans son sein, avant d'en habiter la surface.
Us ont conservé le souvenir des animaux qui y demeu-
raient avec eux , et les traitent encore avec certains
égards; ils ne tuent pas le serpent à sonnette, qu'ils
appellent grand-père , ainsi que plusieurs autres du
genre crotalus ; ils épargnent surtout plusieurs petits
animaux rongeurs ( les lapins , les écureuils ) , parce
que, disent-ils , « il serait possible qu'ils fussent nos pa-
rens. » Notre auteur a recueilli des faits nombreux, qui
prouvent que ces Indiens se croient alliés à certaines
classes d'animaux. La première tribu des henni Lenape
est nommée la tribu de la Tortue , « l'Amérique ayant
été élevée du fond de la mer sur le dos d'une tortue; » la
tribu Loup occupe le second rang. M. Heckeweldfr
assure qu'ils sont très fiers de cette origine, et que ,
dans tous leurs traités , ils ont soin d'enregistrer le sou-
venir de cette noble extraction. Leur manière de
compter les saisons paraît assez simple : ils divisent
gB SCIENCES MORALES
Tannée en mois , qu'ils nomment d'après leurs pro-
duits principaux ; le mois d'octobre est le mois de la
Moisson ; janvier, le mois des Ecureuils. On n'a point
encore expliqué quel ingénieux instinct les guide dans
ces immenses forêts qu'ils parcourent dans tous les
sens , et sans jamais s'égarer : notre auteur pense qu'en
général les arbres sont moins couverts de mousse , de
lichens et d'autres plantes parasites, et qu'ayant l'é-
corce plus coriace du côté du tronc situé vers le nord ,
cette circonstance sert de boussole aux Indiens. Plu-
sieurs avaient déjàhasardé cette explication, qui laisse
beaucoup à désirer.
On a pu remarquer , dans le cours de cette analyse ,
que M. Heckewelder revient souvent , et toujours avec
plaisir, aux bonnes qualités des Indiens, et que son
ouvrage a plutôt l'air d'une apologie que d'une his-
toire. Mais il ne prétend point cacher une partie du
tableau , et si quelques traits des mœurs de ces peu-
ples , parmi lesquels il a vécu long-tems , lui ont ins-
piré un sentiment d'horreur, il a bien fallu cependant:
qu'il se résignât à les décrire. Les traitemens qu'ils font
subira quelques-uns de leurs prisonniers, ces hor-
ribles détails répétés jusqu'à satiété dans les ou-
vrages sur l'Amérique, sont confirmés par le récit
de notre auteur; il assure cependant que ces cruels sa-
crifices ont toujours été extrêmement rares, et n'ont
jamais lieu que lorsqu'une tribu a de grandes ven-
geances à exercer. 11 s'élève avec force contre le peu
dcsoin qu'on a apporté jusqu'ici à civiliser ces Indiens,
et se plaint vivement de ce qu'au lieu de travailler à
adoucir leurs mœurs _, on les ait presque constamment
excités à la guerre, soit contre les Européens , soit
entre eux. On leur a appris à regarder l'arrivée des
ET POLITIQUES. 97
blancs en Amérique comme un événement funeste ;
ils anticipent avec joie l'effet d'une de leurs prédic-
tions, dont ils attendent avec impatience l'accomplis-
sement , « que lorsque les blancs cesseront de tuer les
hommes rouges, et se seront emparés de toutes leurs
terres , alors la grande tortue qui porte cette île (l'A-
mérique ) sur son dos, se précipitera au fond de
l'Océan, et noiera tous les étrangers, comme cela est
déjà arrivé il y a très long-tems; et que lorsqu'elle
se sera élevée de nouveau au-dessus de la surface des
eaux, les Indiens rentreront une seconde fois dans la
possession de leur ancienne patrie. >»
Après avoir essayé de présenter quelques traits de
l'intéressant Mémoire de M. Heckewelder, qui , négli-
geant les phénomènes naturels , s'est principalement
attaché à décrire les mœurs et le caractère des Indiens
de la Pensylvanie , nous devons ajouter que ses nom-
breuses observations , fruit d'un long séjour chez ces
peuples , sont toujours racontées avec une absence de
prétention, une naïveté même, qui semble en garantir
la justesse. Il serait peut-être à désirer qu'il eût adopté
une marche plus régulière , plus d'ordre et de méthode ;
mais, ainsi qu'il le fait remarquer, le talent de l'écri-
vain peut difficilement s'acquérir parmi les sauvages
et au milieu de leurs forêts. Témoin de leurs bonnes
qualités, attaché à ces Indiens par les liens de la recon-
naissance et de l'amitié, il paraît avoir écrit dans le
but de détruire l'impression défavorable, que les récits
de quelques observateurs superficiels avaient laissée ,
et principalement de répondre aux accusations de cer-
tains hommes d'État , qui, fatigués de l'opiniâtre ré-
sistance de ces nations à l'oppression européenne, ont
trouvé qu'il était plus facile de les calomnier que de
TOME VI. 7
9» SCIENCES MORALES
les soumettre. Avant de prétendre dissiper les nuages
du préjugé qui enveloppaient leur histoire , l'auteur
paraît s'être dépouillé entièrement de toute idée de pré-
vention ou d'orgueil. Cependant, quoiqu'il ait tracé le
tableau de leurs habitudes d'une main hardie et fidèle ,
quoiqu'il n'ait dissimulé ni leurs défauts ni leurs vertus,
on s'aperçoit facilement, par la couleur générale de son
livre, qu'il reproche aux blancs d'être la première
source des crimes si souvent imputés aux Indiens. Le
tems n'est pas éloigné où leurs races primitives n'exis-
teront que dans le souvenir; où ces peuples ne seront
connus que par des traditions incertaines et dénaturées ;
où les progrès des arts et de la civilisation auront
adouci la sauvage indépendance de ces hommes de la
nature ; où , réunis à un gouvernement républicain ,
ils auront appris qu'il existe une liberté compatible
avec l'ordre social : alors, on sera trop heureux que
des voyageurs philosophes aient observé les mœurs de
ces tribus éteintes; et malgré d'aussi grands changement
dans la configuration physique et dans l'état moral
de l'Amérique, on aura au moins sauvé de l'oubli l'his-
toire des Indiens du nouveau monde. C. CoQUSREL.
VWVWWVVW VWWVWVVW VV\ \WWVV\V V \v
Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, aux
sources du Sénégal et de la Gambie , fait , en
1818, par Gaspard Molli en (i).
Depuis la mort du célèbre M ungo-Park , les tentatives
infructueuses de plusieurs autres voyageurs, et la mal*
(1) Paris, 1820. 2 vol. in-8°, ensemble de quarante-deux feuilles
«in quarl , plus une carte et des vues dessinées et gravées par
Ambroise Tardieu. Chez Ambroise Tardieu , v<uve Courcier,
Delaunaj, Policier, l'Advocat, Mongie aîné, Et. Ledoux , et
UoFsange frères. Prix, 12 fr.
ET POLITIQUES. 90
heureuse issue des expéditions récentes du major Ped-
die , du capitaine Campbell , enfin du capitaine Tuckey
en 1816, on ne conservait qu'une faible espérance de
voir pénétrer de nouveaux voyageurs un peu avant
dans l'intérieur de l'Afrique. En effet, l'insalubrité du
climat, la difficulté des transports, la férocité des
Maures, et une foule d'obstacles arrêtent à chaque pas
le voyageur le plus robuste et le plus intrépide. On
ignorait encore la véritable situation des sources du
Sénégal , de la Gambie et du Rio-Grande. Après une
année de courses pénibles à travers les déserts et des
montagnes incultes et escarpées , ou bien dans des
pays infestés de bêtes féroces, un jeune Français vient
de découvrir les principales sources de ces fleuves.
N'ayant pu parvenir jusqu'à celle du Niger, il s'est
procuré sur sa position des renseignemensqui semblent
positifs. Ces heureuses découvertes suffiraient pour pla-
cer M. Mollien au nombre des voyageurs distingués,
puisque le sort de nos relations avec le centre de
l'Afrique , pays si riche en métaux précieux , tient
beaucoup à la connaissance de la direction des ri-
vières , de la nature de leurs bords , des barres qui en
interrompent le cours , et des communications qui les
unissent : mais, il se recommande encore par des ob-
servations de mœurs très piquantes , et par la des-
cription soignée du sol et de ses productions. Le
théâtre de ses excursions ou de ses remarques est
vaste; il embrasse plus de neuf degrés en latitude,
près de douze en longitude. Sa description , simple et
rapide, est toujours attachante: moins il cherche à
produire des effets et des impressions, plus il émeut
vivement. Il introduit partout le lecteur , comme par
la main , soit dans les champs fertiles que baignent les
ioo SCIENCES MORALES
fleuves, soitdans des déserts sauvages, ou dansla case
hospitalière du nègre, ou bien à la cour des petits rois de
l'Afrique. Si vous vous attendez à des aventures extraor-
dinaires et romanesques , vous ne les trouverez pas
en lisant ce voyage ; mais si vous cherchez des pein-
tures de mœurs, des portraits neufs en leur genre,
une physionomie morale , différente de ce que l'on
connaît ; si vous vous intéressez au sort d'un voya-
geur qui court dix: fois le danger de périr, et qu'un
courage peu commun , une rare persévérance , et aussi
sa bonne fortune , arrachent à une mort certaine et
conduisent à son but ; vous serez pleinement satisfait
de la lecture de sa relation.
L'ouvrage a conservé la forme du journal que tenait
M. Mollien; et comme un itinéraire n'est guère suscep-
tible d'analyse, je me bornerai à en détacher quelques
traits.
L'auteur était un des passagers à bord de la Méduse,
naufragée en 1816 sur la côte d'Afrique. Du Cap-Vert,
ou ils étaient campés , M. Mollien fît d'abord des excur-
sions sur le continent, à Podhor et aux Escales , afin
de se familiariser avec la connaissance des nègres et
des Maures ou des Africains de race arabe , et de
prendre une première idée, soit des rives du Sénégal .
soit du Sahara ou grand désert, contrée affreuse que les
Maures seuls peuvent habiter. Nomade par habitude,
le Maure l'est encore par nécessité. En effet, il est
chassé d'un lieu à un autre , ou par les pluies du tro-
pique, ou par la marche des sables. Le sol où sa
tente même est assise, étant pour ainsi dire em-
portée par les vents, il est condamné à errer sans
cesse, et le chameau le transporte, lui, sa famille et
ses biens, des rives du Nil à celles du Niger, et de
ET POLITIQUES. 101
«:elles-ci à celles de la Gambie ou du Sénégal. Qui le
dirait? ces hommes , jaloux de leur liberté , ont des
esclaves qu'ils traitent avec la dernière barbarie ; et
tandis qu'ils prodiguent à l'étranger , non chrétien ,
l'hospitalité la plus généreuse , ils sont cruels et impi-
toyables pour leurs serfs. La tribu la plus féroce est
celle des Bédouins Oulad Ahmed. C'est celle qui en-
levait et assassinait, il y a vingt ans, les malheureux
Français isolés dans les déserts d'Alexandrie. Ces bri-
gandages n'annoncent que de la lâcheté ; mais la
guerre entre les chefs maures présente des traits
étonnans de bravoure et d'audace. Des enfans et des
femmes se font admirer par le même courage ; le
voyageur en apporte des exemples frappans.
Jetons d'abord un coup-d'oeil sur la configuration
physique du pays parcouru par M. Mollien, et des
contrées adjacentes sur lesquelles il a recueilli des no-
tions toutes nouvelles. Au sud du Sahara ou grand
désert, coule de l'est à l'ouest, et sur un sol uni et
sablonneux , le Bâ-Fing ou le Sénégal (1), par le dix-
septième degré de latitude. A deux degrés et demi
plus au sud , court parallèlement la Gambie sur un
terrain semblable ; enfin , a trois degrés plus encore
au midi,. le Rio-Grande coule dans la même direction,
et sur un sol également uni, formé de sable et d'ar-
gille. Ces trois fleuves viennent également du sud, et
(\)Ba-Jîng signifie le fleuve noir ; c'est ce quiavait faitconfondre
si long-tems , par les premiers voyageurs, le Niger des anciens
avec le Sénégal , et avait fait croire , contre le rapport d'Hérodote ,
et contre le fait , que le cours du Niger était de l'est à l'ouest. Le
Niger s'appelle Dialli-bd ou Joliba ; le Rio-Grande , Coni-bri;vt
la Gambie, Bd-Diman ; ce qui signifie ta rivière qui est toujnur\>
rivière ( ou jamais h sec).
ioî SCIENCES MORALES
leurs sources sont très voisines Tune de l'autre, sur-
tout celles des deux derniers. Le point culminant d'où
ils partent tous trois, est par quatorze degrés un quart
longitude ouest, et par dix et demi environ de latitude
nord , à peu de distance de Timbo. Le Sénégal fait un
grand contour par le nord-est, avant de se diriger
vers la mer, et la Gambie trace un arc moins grand
et concentrique ; tandis que le Rio-Grande va directe-
ment à l'Océan , à l'ouest de la grande chaîne. Mais
la Gambie revient sur elle-même vers le sud , pendant
plus de cinquante lieues, et elle ne reprend sa route
qu'après avoir traversé un défilé entre des montagnes.
Les bassins de ces fleuves, et ceux des affluens, sont
dessinés par des ramifications de la rhaîne principale
dont Timbo occupe l'un des sommets. C'est à huit
journées de cette petite ville, vers le douzième degré
de longitude , qu'est , selon M. Mollien , la vraie source
du Niger ou Dialli-bd , à onze journées au sud-est de
celles du Sénégal. De-là , en s'avançant vers l'est, le
terrain s'élève de plus en plus jusqu'au septième
degré de longitude. Le Niger coule entre deux mon-
tagnes qui partent de la grande chaîne, et se dirigent
au levant.
Toute cette contrée est divisée en une multitude de
petits royaumes; les principaux pays sont Cayor , le
Fouta-toro, qui a, dit-on, deux millions d'habitans ;
fiambouk , le pays des Yolofs , Sàlum , Oulli , Bondou ,
Fouladou , le pays des Mandingues, Tenda , Dentilia ,
Kabou , Sangala , Ouasselon , le Fouta-diallon , Balia ,
Kankan , Sangarari , Firia , Soliman et Kmn anko; c'est
entre ces deux derniers pays qu'est, selon M. Mollien,
la source du Dialli-ba. Au sud, est la Guinée.
Deux religions se partagent la contrée : l'islamisme et
ET POLITIQUES. io3
le paganisme. Les mahométans sont les plus civilisés ;
au milieu des payens mêmes, ils ont l'avantage du cré-
dit et de l'influence, et l'on est étonné que, depuis douze
siècles, la religion musulmane n'ait pas encore pénétré
partout : les prêtres mahométans s'appellent Mara-
bout ; ils obtiennent de la considération dans tout le
pays. C'est peut-être par ce motif que le voyageur
choisit pour guide un d'entre eux, appelé Diai-Boukari.
Cet homme a été pour lui du plus grand secours, quoi-
que sa fidélité se soit démentie une fois , dans une cir-
constance critique.
Outre la nation des Maures, qui exerce partout une
certaine supériorité, on compte plusieurs peuples dis-
tincts: les Yolofs , les Laaubés , les Mandingues , les
Foulahs , les Serracolets, etc. ; les uns sont payens , les
autres mahométans. LesFoulahs, ou Poules, originaires
du nord de l'Afrique , et de couleur rouge, habitent
plusieurs royaumes différens; ils diffèrent eux-mêmes,
suivant le gouvernement du pays ; ils sont tous ma-
hométans. Dans le Bondou , ils sont doux , affables ,
hospitaliers , affectueux ; dans le Fouta-toro , rudes ,
importuns, cruels et insolens. En revanche, les pre-
miers sont sans industrie, pauvres, mal vêtus; les
seconds, laborieux et adroits. Ici, le gouvernement
approchée de la forme républicaine ; là , il est monar-
chique et absolu. Jamais notre voyageur n'oublie de
faire ces rapprochemens instructifs ; on peut même
dire qu'il les pousse fort loin , puisqu'il va jusqu'à
comparer des pratiques sauvages avec les institutions
des peuples policés.
LesFoulahs, qui se sont alliés aux naturels, sont noirs,
ils sont aujourd'hui plus nombreux que les rouges. La
peuplade la plus hospitalière est ceJJe des Serracolel*
to4 SCIENCES MORALES
Le Yolof est d'une haute stature , ses traits sont
nobles et réguliers; mais il est mou et sans énergie:
son caractère est plus généreux que celui du Foulab
en général. Malgré la puissance absolue du damel ou
roi , ses sujets les plus puissans osent parfois lui ré-
sister; mais de-là il y a loin au régime féodal, dont
l'auteur croit avoir reconnu ici l'existence. C'est le
frère du damel qui lui succède , bien plus souvent
que son fils.
La nation Poule a encore une espèce de chef, appelé
almamy 5 c'est-à-dire iman ; celui du Fouta-toro ré-
side à Sedo, qui a six mille aines : son pouvoir s'exerce
sous le bon plaisir d'une sorte d'oligarchie théocra-
tique, qui nomme ou dépose le prince à volonté. Ce
qui prouve combien sa puissance est bornée , c'est que
la protection qu'il accorda à notre voyageur, ne put
le garantir des vexations des chefs. Le tableau que fait
M. Mollien de ce gouvernement , est curieux et digne
d'être étudié.
On ne s'attend pas à trouver en Afrique une police
exigeant des passeports ; c'est pourtant ce qui arriva à
l'auteur a Banaï, dans le Fouta-toro. Ne pouvant satis-
faire à cette formalité, il fut arrêté et détenu jusqu'au
retour des ordres de l'iman. On lui fournit, en atten-
dant, des provisions pour lui et les siens.
Un trait de courage , digne des Spartiates, est cité
par le voyageur. Dans un combat entre les gens de
Cayor et de 13aol , ceux-ci , pour se mettre dans l'im-
possibilité de fuir, chargèrent leurs habits de sable,
et , après avoir vendu chèrement leur vie , se firent
tous tuer jusqu'au dernier.
Les Yolofs, comme les autres peuples que j'ai nommés,
^ont superstitieux à l'excès : leur ignorance fait qu'ils
ET POLITIQUES. t«S
attachent une grande v«rtu à des talismans qui con-
sistent en des papiers écrits. Les Marabouts exploitent ,
à leur profit, cette excessive crédulité. Notre voyageur ,
qui s'en aperçut, ne dédaigna pas d'en tirer parti.
Quand il avait besoin de riz , il traçait des mots ou
des figures sur des morceaux de papier que ses hôtes
lui demandaient, afin de s'enrichir ou d'être guéris
de leurs maladies. Une fois , il passa un jour entier
avec Boukari à composer des gris-gris à qui mieux
mieux (c'est le nom qu'on donne à ces talismans) , et
il fut richement payé en miel et en lait.
Les Poules du Fouta-diallon , dont Timbo est le chef-
lieu , sont violens et avides. Leur humeur est triste et
farouche ; leurs femmes sont d'une rare effronterie ;
mais on trouve chez eux de l'adresse, de la propreté,
quelques notions des astres , une sorte de goût eu-
ropéen ; ils sont sobres et laborieux, le sol étant peu
fertile. Musulman fanatique, ce peuple déteste les,
payens et leur fait une guerre acharnée. Ils mettent
de l'art dans leur chevelure, et l'auteur a remarqué
qu'ils divisent leurs cheveux en petites tresses , à la
manière des anciens Egyptiens.
Voici le prix des denrées dans le pays. Un esclave,
ou cinq bœufs, ou cent pagnes (pièce d'étoffe très
étroite, longue d'une aune un sixième), s'échangent
pour un fusil à deux coups et deux bouteilles de pou-
dre ; une callebasse pleine d'eau , un litre de mil ,
une mesure de lait , ou une brassée de foin , pour
un collier de verroterie.
Dans plusieurs des pays que nous avons cités , le
voyageur trouva des écoles suivies par un grand nom-
bre d'enfans. Chose singulière , c'est la nuit qu'elles
sont fréquentées; ils lisent à la clarté du feu. Après
ia6 SCIENCES MORALES
les dangers qu'il eut à subi^ aucun tourment ne lui
fut plus incommode que l'importunité de ces enfans,
bourdonnant sans cesse autour de lui , plus de cin-
quante à la fois , occupés à le visiter, à le déshabiller
et à le fatiguer de toutes façons (i). « J'ai toujours, dit
le voyageur, frémi dans mon voyage à l'aspect d'une
troupe d'enfans ou de femmes ; ces êtres faibles sont le
tourment du voyageur dans l'intérieur de l'Afrique. »
M. Mollien a eu connaissance, dans le Fouta-toro ,
d'une confrairie semblable à celle des francs-maçons.
Il y a des épreuves : on renferme le récipiendaire
pendant huit jours ; on le met à la diète. Des hommes
masqués s'assurent de son courage; quand il est initié,
il jure de ne point révéler les secrets de l'ordre : ces
hommes sont devins , et passent, auprès de gens si cré-
dules, pour commander aux élémens.
Ce voyage renferme des observations curieuses sur
l'état des femmes en Afrique. L'auteur n'eut pas tou-
jours à s'en plaindre; il reçut plus d'une proposition
de mariage, et sans doute il n'eût tenu qu'à lui de
devenir un jour almamy ou damel. En général , les
femmes ne sont point belles ; cependant il rend justice
à celles du Fouta-toro. Voici le portrait qu'il en donne ;
plus d'un trait semble avoir été puisé en Europe.
« Les femmes sont jolies et bien faites; elles ont le
visage allongé, et les traits fins; leurs cheveux sont
(i) Peut-être 1rs jeune a Africains, rëcemmenl formés à Saint-
Louis , &ns l'école française , <t répandus maiateiianl tur les ri-
ves du Sénégal, parviendront-ils à communiquera leurs compa-
triotes quelques idées tle civilisation. Ils ont aidé leur maître à
composer un vocabuloii '< ivolof , mandingue el français. — (Voy.
la Revue Encyclopédique, T. V, p. 16G. el lé Journal cTEduca
tÎM ,T. VIII et I\
ET POLITIQUES. îo7
longs, elles les tressent autour de la tête; elles ont le pied
petit, mais les jambes un peu arquées; généralement
elles sont moins grosses que les négresses. Elles char-
gent leurs cheveux d'ornemens d'ambre jaune et de
corail ; leur cou , de verroterie ou d'or; elles mettent
un voile de mousseline sur la tête ; quelques-unes por-
tent une camisole à manches ; elles ont , comme les né-
gresses , une pagne autour des reins. Vives , passionnées ,
elles ont toujours un air riant , et semblent ne soupirer
qu'après le plaisir ; leur vertu résiste rarement à un
grain de corail ; elles sont peu susceptibles d'un atta-
chement délicat ou même durable ; très malignes ,
selon l'expression de mon marabout , elles emploient
leurs charmes pour secouer le joug et partager l'em-
pire de la case: ce ne sont plus des esclaves, comme
les femmes Yolofes ; ce sont des épouses , maîtresses de
maison. Elles obéissent, mais quand elles veulent,
et les maris sont souvent obligés de leur céder; quel-
quefois elles les menacent de les conduire chez le chef
du village pour divorcer : si les choses en viennent à
ce point , elles ont recours aux larmes pour toucher
leur juge. « Pourquoi maltraites - tu ta femme , dit
celui-ci au mari? Une femme est un être faible , sans
force , sans appui , tandis que l'homme possède tout ;
va rappeler la tienne, et, pour apaiser sa juste colère,
fais-lui un présent. » Jamais la paix n'est signée, qu'il
n'en coûte au mari un bœuf ou un esclave. Cette diffé-
rence de mœurs entre les Yolofs et les Poules , donne
lieu de penser que la civilisation est plus avancée chez
ces derniers que chez les nègres ; car on a observé que ,
dans les pays oit les femmes jouissent de quelques
droits , elle a fait plus de progrès que dans ceux oii elles
ne sont comptées pour rien. »
l05 SCIENCES MORALES
Les Serracolets sont moins galans que les Foulahs ;
ils préfèrent la propriété d'un âne de Cayor, si utile
pour leurs travaux , à tout , même à la possession d'une
femme. A la vérité, ce précieux animal, sobre ici, comme
il l'est partout, est de plus très fort, plein de rares
qualités et vraiment digne du panégyrique de Buffon.
Aussi notre voyageur lui a consacré plus d'une page ,
dictée par la reconnaissance.
On peut lire , dans le premier volume , la descrip-
tion d'une fête nuptiale; tous les convives étaient en
blanc. L'auteur compare la fête à une noce de village
très animée ; tous les assistans se livraient à la danse
et à la gaieté , excepté l'épousée qui semblait aban-
donnée à une profonde douleur. L'usage le veut ainsi.
M. Mollien vante beaucoup les mœurs hospitalières
des nègres ; mais , sans compter qu'on lui a refusé dans
plusieurs endroits, tout, même l'eau et le feu, je trouve
qu'il y a un peu de mauvaise humeur à envoyer les
Européens en Afrique, pour y chercher des leçons de
civilisation.
Le climat n'est pas partout aussi désagréable poul-
ies Européens ; en général , il est funeste dans les pays
plats, plus ou moins voisins de la mer, depuis Ovtare
et Bénin jusqu'au Sahara. Les pluies du tropique
durent six mois ; les eaux s'écoulent lentementdans les
régions qui sépareut les montagnes de l'Océan ; de-là,
les fièvres et les dissenteries. Dans les montagnes , l'in-
fluence des pluies n'est pas aussi malfaisante: c'est au
mois de mai qu'elles commencent , et elles continuent
avec une violence dont il est dimeile de se faire une
idée ; alors le pays est inondé comme par un déluge.
Selon M. Mollien, c'est le plus grand obstacle à réta-
blissement des Européens. Les monts Tangué ou Badou
ET POLITIQUES. i*g
sont les plus élevés sur toute la chaîne ; de-là on dé-
couvre le pays à plus de vingt lieues à la ronde ; les
nuages se forment au-dessous de la cime, et des torrens
de pluie s'y précipitent ; l'air y est très-frais ; le sol est
ferrugineux et granitique.
On ignore communément en Europe combien les
nuits sont froides en Afrique. Ce n'est pas seulement
par opposition avec la grande chaleur du jour; mais
la température descend en effet très-bas , quelquefois
même, mais rarement, jusqu'au terme de la congé-
lation. J'ai plus souffert du froid en Egypte qu'en
France , surtout dans le désert ; et je ne suis point
surpris que M. Mollien fasse la même réflexion.
C'est principalement dans le royaume de Bambouk,
à l'est du Bondou , que l'on trouve les mines d'or et
celles de fer. Notre auteur ne put s'y rendre, à cause
de la guerre ouverte entre ce pays et le Bondou ; mais
il recueillit des renseignemens qui se trouvent d'accord
avec ceux d'un voyageur appelé Cosle. Les puits d'où
on tire l'or à Satacou , sont au nombre de 1 200 ; le mi-
néral est mêlé de fer en grains et d'émeri ; on le lave
pour en séparer l'or. Cependant, selon d'autres ren-
seignemens que l'auteur a puisés dans le Fouta-
diallon , c'est le Kankan , situé à quinze jours à l'est
de Timbo, qui possède le plus d'or. Dans le village de
Bourré, on pratique sous terre de très longues gale-
ries , afin d'extraire le métal. Cet endroit mériterait
mieux que tout autre d'être surnommé le Pérou de
l'Afrique: c'est de-là que l'or est transporté à Tom-
buclou , et il est possible que les Achainties, chez
qui M. Bowdich a observé récemment une quantité
étonnante de ce métal précieux , le tirent de la même
contrée.
no SCIENCES MORALES
Le Fouta-toro est le pays le plus riche en mines de
fer; notre voyageur se rendit à celles de Canel. On
fait, à la surface des collines, des trous profonds de
quelques pieds ; on en tire des pierres jaunes très riches
en fer; c'est le minerai. On le fond dans des four-
neaux de forme conique et hauts de 6 pieds. Le fer
est d'une excellente qualité , parfaitement ductile ;
on en fait des chaudières battues. A Langue-Bana ,
village habité par des Serracolets , presque tous les
habitans ont des fourneaux. Ils battent le fer avec une
masse de granit , entourée d'une bande de cuir, la-
quelle est attachée à des courroies qui servent à sou-
lever la masse : par ce moyen , ils parviennent à former
des barres longues de huit pouces.
Les principales cultures sont le mil , le colon, l'in-
digo, le riz, le maïs et le tabac. Le plus grand arbre
connu est le Baobab ; plusieurs fournissent des bois
propres à faire des meubles, tels que des lits, des
écuelles , etc. ; quelques-uns donnent des fruits succu-
lens : le gommier est un des arbres le plus répandus;
les citronniers et les orangers qu'on rencontre dans le
Kabou , y ont été apportés par les Portugais.
On remarque une multitude de lions , de panthères,
d'hyènes , de chacals, de vautours, de serpens, etc.
La giraffc et le sanglier sont communs dans le 'pays
de Galam. Partout ou «oit le corbeau, la pintade,
la tourterelle, l'aigrette, le colibri , le lapin, la
perdrix , etc. Mais les autruches , les singes . I*S
éléphans, sont moins nombreux : ccux-ei sont arrêtés
par les montagnes du Fouta-diallon , el ne peuvent
les franchir. Dès que la nuit commenee , les hyènes
font entendre des hurlemens lAgàbres , el les lions,
â'affreui rugissemens ; alors, les chiens, frappés de
£T POLITIQUES m
terreur , n'osent aboyer. Il y a des serpens assez gros
pour dévorer des hommes et des bœufs. Les animaux
domestiques sont le chameau , le bœuf , l'âne , le
cheval , la chèvre, la poule, le chien, etc. : les che-
vaux sont rares et moins estimés que l'âne pour les
traversées des déserts ; celui-ci , comme le chameau ,
supporte la faim, la soif et la fatigue pendant plusieurs
jours de suite: l'âne noir est plus estimé que le rouge ;
peut-être est-ce par suite d'un préjugé contre la
couleur rousse.
La nourriture commune de l'Africain est une bouillie
faite de mil, appelée Kous-Kouf. Il fait usage du lait ^
du beurre , des pistaches , du miel , du sel et des œufs ;
sa boisson est l'eau pure ; il se nourrit aussi de poule*
et de viande.
Les principaux peuples que nous avons nommés
ont chacun son idiome ; le Foulah ou Poule , le Yolof,
le Mandingue , le Bambara ou le Serrère : cette der-
nière nation est indigène ; c'est elle que les Foulahs \
ou hommes à teint rouge, repoussés du nord vers le
midi, par l'invasion des Mahométans, trouvèrent en
possession des rives du Sénégal et chassèrent dans le
sud : leur mélange avec les Serrères et les Yolofs , a
produit une race mixte , appelée Torodos. Il est résulté
aussi de l'arrivée des Maures , que beaucoup de mots
arabes se sont introduits dans ces différentes langues.
L'auteur a rassemblé, à la fin de son ouvrage , trois
essais de vocabulaires yolof , poule et serrère.
Après avoir passé en revue ce qui regarde les mœurs,
le sol, le climat et les productions du pays, je dirai
une partie des fatigues et des dangers que le voyageur
a soufferts. Quoique ses aventures n'aient rien desail-
lant, elles sont instructives et propres à prémunir ceux
ni SCIENCES MORALES
qui auront le courage de marcher sur ses traces,
contre une foule de désagrémens ou de périls qui les
attendent , et qui peuvent faire échouer les plans les
mieux combinés. Les instructions que M. de Fleuriau ,
commandant la colonie française au Sénégal, avait
données à M. Mol lien, consistaient dans les points
suivans : i° découvrir les sources du Sénégal, delà
Gambie et du Niger; 2° s'assurer de l'existence d'uue
communication entre les deux fleuves ; 3° connaître la
distance du Sénégal à la source du Niger ; 4° observer
les montagnes , la nature du soi et les contours des
rivières; reconnaître les moyens de descendre le Niger
jusqu'à son embouchure ; 6° visiter les mines de Bam-
bouk. Le voyageur paraît avoir réussi complète-
ment sur les quatre premiers points ; sur le reste, il a
recueilli des renseignemens de la bouche des Mara-
boutes et des hommes instruits dupays. Ils lui dirent :
que les Poules étaient établis en deçà et au-delà de
Tombuctou , et que le Dialli-bâ se jette dans le Nil ;
mais, selon le major Remell, il coule dans un pays moins
élevé que celui ou Bruce a vu le Nil en Abyssinie. Peut-
être d'autres voyageurs , appuyés sur les découvertes
précédentes, résoudront ce fameux problème de géo-
graphie. Malheureusement, la mort de M. Ritchic .
dont l'entreprise était si bien commencée , recule en-
core nos espérances (i).
(0 Cette triste nouvelle vient, d'arriver à Londres, an moment
OÙ l'on se réjouissait du rétablissement de M. Ritcliie, qui av;ut
pris la fièvre à Mourzouk. On ne saurait trop déplorer la fiu pie
coce de cet habile et intrépide voyageur. Muni dYxeellens instru-
rnens, et «loin: de connaissances aussi variée^ qu'étendues, il
promettait les plus heureuses découvertes sur I intérieur de
L'Afrique. Son dessein était de la traverser du nord-est au sud-
ET POLITIQUES. u3
Notre voyageur partit de Saint- Louis, le 28 jan-
vier 1818; son bagage consistaiten deux fusils, dix livres
de poudre, trois livres et demie de corail , deux livres
d'ambre jaune, dix-huit masses de verroterie, quatorze
livres de tabac, une hache , une couverture, deux ou-
tres, deux poignards et trois boussoles. Il avait un
cheval et un âne chargés de ses provisions, trop peu
considérables pour tenter l'avidité des nègres et faire
échouer son entreprise.
M. Mollien avait cru d'abord devoir prendre l'habit,
maure ; mais les hommes de cette nation étant la ter-
reur des naturels , et le costume le défendant mal des
moustiques, il fut bientôt obligé d'y renoncer , et d'en-
voyer chercher à Saint-Louis ses vêtemens à l'euro-
péenne ; il continua de les porter pendant long-tems:
cependant , arrivé au Bondou , il se fit faire un habil-
lement à la manière des nègres. Quand on songe à la
différence de langue, de religion, de mœurs et de
caractère des peuples qu'il traversa , on a de la peine
ouest. Ildevait passer de Mourzouk à Bournou, compléter les ob-
servations de Hornemann, se rendre au Niger, le remonter jus-
qu'à Tombuctou , examiner le Wangara , et s'assurer si le fleuve
s'y perd ? ou si, au contraire , il tourne au sud pour se jeter dans
la mer Atlantique, soit à la cote de Guinée, soit par l'embou-
chure du Zaïre; visiter les villes de Ghana, Haoussa, Ouassena ;
ensuite se rendre aux comptoirs anglais , en Guinée. Peut-etreau-
rait-il pu passer au pays des Achanties, que M. Bowdich a ob-
serve' et décrit le premier avec tant de succès, et où l'Angleterre
entretient maintenant un consul. Ce vaste projet accomplira élevé
M. Kitcliie au-dessus de Mungo-Park , de Bruce, et de tous les
voyageurs en Afrique.
]\ous attendous avec impatience la publication du voyage fait
récemment par M. Cochelet dans l'intérieur de l'Afrique. M. Co-
chelet vient d'arriver à Paris.
TOME vr. 8
ni| SCIENCES MORAL ES
à concevoir comment un blanc . seul , en habit d'Eu-
rope , a échappé aux périls qui le menaçaient à cha-
que pas. Deux choses ont contribué à l'en sauver:
d'abord sa présence d'esprit et son courage, ensuite la
fidélité et le rare dévouement de son guide. Il paraît
aussi, d'après l'ensemble de son ouvrage, quoique
l'auteur n'en dise rien , qu'il parlait aisément le yolof.
Boukari avait amené son fils et. un esclave; mais, le
vovageur craignant qu'il n'en devînt plus timide, lui
déclara qu'il fallait le renvoyer à Saint-Louis. Ainsi,
il resta seul avec son guide. L'événement a prouvé
que sa hardiesse n'était pas de l'imprudence. A l'en-
trée dans le pays de Fonte , comme il voyageait la nuit
dans la foret, avec une petite caravane, un lion sortit
du fond d'un baobab, en poussant des rugisseinens ter-
ribles , et il les suivit à cent pas de distance pendant
un quart-d'heure. La terreur générale répandue dans
la troupe fit marcher tout le monde rapidement .
femmes , cnfans et traînards ; le lion s'arrêta. A Bala ,
premier village Poule , notre voyageur fut volé de son
poignard ; ses compagnons de voyage l'obligèrent de
retourner sur ses pas pour réclamer l'objet volé. Le
chef de Bala le fit retrouver, et lui envoya sou fils avec
un présent: chez nous on ne rend pas toujours la jus-
tice à si bon marché. A Diaba , le voyageur est arrêté
par une troupe considérable. En vain il allègue la
protection deBourb-Yolof , ou de l'empereur des Yolofc
et d'Almamy, qu'il venait de visiter. Un conseil devieil-
lards s'assemble ; la cause est plaidée avec une sorte
de solennité. Malgré les efforts de ses avocats , il est
condamné à retourner vers Almamy , et à laisser en
dépôt ses marchandises. Cependant il parvint à échap-
per à ce nouveau danger.
ET POLITIQUES. ti5
Son fidèle marabout était de Senopalé. Arrivé à ce
village , il y trouva sa sœur et sa nièce. L'accueil affec-
tueux qu'il en reçut , rejaillit sur notre voyageur qui
fut frappé d ela figure de ces deux femmes, à en juger
par le portrait suivant : « La sœur et la nièce de Bou-
kari s'étaient richement parées , pour nous faire hon-
neur : leurs oreilles, leurs cheveux et leur cou étaient
chargés d'or , de corail et d'ambre ; elles portaient aussi
beaucoup de grelots d'argent... Les deux parentes de
Boukari étaient jolies; elles avaient le visage long; les
traits fins , les formes délicates, la taille svelte et bien
prise, la peau d'un noir d'ébène... La modestie de ces
deux femmes m'enchantait ; chaque fois que je les re-
gardais , elles baissaient les yeux et se couvraient de
leur voile de mousseline, etc. »
Quand ils furent sur le point de quitter le Bondou ,
pour entrer dans le Fouta-diallon , Boukari refusa
obstinément de continuer, à moins qu'on n'emportât
deux outres pleines d'eau ; ce qui était à la fois inutile et
impraticable» M. Mollien prit la résolution hardie de
le congédier. Qu'on se représente maintenant notre
voyageur , enfoncé à cent quatre-vingts lieues dans les
terres , seul homme blanc , sans guide, ne sachant ni
le poule ni le mandingue, accablé de la fièvre, aban-
donné à lui-même au milieu de tous les périls, ayant
devant lui trois jours de marche dans un désert ; ce-
pendant il résolut d'avancer, et même il monta à che-
val pour continuer sa route. La nuit, un nègre le fit
entrer dans sa case. Comme il s'abandonnait à de
tristes réflexions , il y aperçoit son guide. L'ne 11011-
\elle dispute s'élève; Boukari ose le menacer avec un
fusil dont il s'était emparé. Dans cette lutte, le voya-
geur devait succomber infailliblement : une caravane
S*
ut> 8C1E1NCE5 MORALES
survint à propos pour les séparer. Enfin , Boukari sen-
tit ses torts ; et depuis ce jonr il s'attacha au service
de notre voyageur, comme l'ami le plus sincère et le
plus dévoué.
Souvent, pendant le cours du voyage, M. Mollien
fut le médecin malgré lui : l'opinion des nègres est
qu'un blanc est nécessairement versé dans la médecine,
et quand ils invoquent des remèdes, il faut absolument
qu'il les satisfasse. -A Boié , sa case devint un lieu de
consultation. Il fut obligé de prescrire des remèdes
aux femmes et aux vieillards. Les maux les plus com-
muns sont la siphylis , la goutte et les goitres.
A Niébel, un iman lui défendit de passer outre , et;
l'arrêta jusqu'à ce qu'il connut si Almamy de Timbo
consentait à son passage ; c'était un coup monté par
la femme de l'iman , afin d'extorquer des présens du
voyageur : elle-même vint le trouver, et lui demanda ,
d'un ton à n'être pas refusée, tout ce qui lui convenait
de son bagage. « Dans ce pays , dit-elle à Boukari , les
femmes conduisent les affaires de leurs maris; je puis
faire aller le blanc à Timbo. » Le voyageur ne douta
plus qu'elle ne lut la cause de son arrestation; il fut
contraint de lui donner beaucoup d'ambre et de corail
pour l'apaiser. L'iman vint à son tour prendre sa part
des dépouilles. Après l'avoir menacé d'un ton Furieux,
il exigea qu'on lui remit tout ce qu'il \ ou lui , il fallu!
céder : les habitans du village étaient tous disposés
ou ne peut plus mal. I o marchand d'esclaves . ;* j> pcl*
lioubou , prit la défense du voyageur dans cette occa-
sion ; M. Mollien chercha , par tous les moyens, à
se l'attacher , et celui-ci se décida à l'accompagner;
niais il cachait un dessein perfide, qui échappa à la
prudence de notre voyageur. \ mesure qu'ils s'avan-
ET POLITIQUES. u7
oaient vers le sud, ils s'élevaient toujours de plus en
plus. Enfin , M. Mollien arriva au pied de la grande
chaîne des monts Tangué ou Badou , dirigée du sud
au sud -est. Il eut une peine infinie à gravir la
montagne, entourée de précipices, et si escarpée,
qu'il lui fallut pousser son cheval par derrière, tandis
qu'un de ses compagnons le tirait par la bride. Par-
venu au sommet, il eut un immense horizon sous les
yeux : de-là on découvre le pays à vingt lieues à la
ronde. Mais la santé du voyageur commençait à s'affai-
blir par des marches pénibles, par la mauvaise qualité
et même le défaut d'alimens. L'épuisement fut au com-
ble , après deux jours entiers passés sans nourriture.
Enfin , à Fobé , on lui donna de l'eau, des fruits, du
miel et du maïs. Un chevreau , qu'il se procura , ré-
para un peu ses forces; son marabout, épuisé de faim
comme lui , refusa cependant d'y toucher , parce que
l'animal avait été tué de la main d'un payen. Bientôt,
les torrens d'eau pluviale qui inondèrent le pays , cau-
sèrent une humidité excessive; le voyageur fut saisi
d'un violent accès de fièvre. Le tamarin, dont il avait
usé avec succès , fut impuissant ; le quinquina lui man-
quait; il n'avait à sa disposition aucun autre remède
que l'eau et le riz. La dyssenterie se déclara , et fit
des progrès alarmans. Epuisé par le mal , M. Mollien
se préparait à mourir. Tl remit au fidèle Boukari ses
journaux , S3S effets et ses dernières volontés ; tout fut
disposé, jusqu'aux funérailles. Le lendemain, une crise
salutaire arrêta la fièvre ; mais ensuite le mal redoubla,
compliqué de vives douleurs aux mâchoires. Touché?
de sa situation, dos nègres lui apportèrent de prétendus
remèdes , entre autres un énorme pain de riz , cuil
au soleil, bien plus fait pour l'étouffer que pour le gué-
n$ SCIENCES MORALKs
rir. Pour comble de maux , son guide Boubou, chez
lequel il logeait à Bandéia, conçut l'affreux dessein de
se défaire de son hôte. Depuis long-tems , il convoitait
son bagage ; il crut le moment favorable: il fit servir
à M. Mollien et à Boukari , une poule empoisonnée.
A peine en eurent-ils goûté, qu'ils éprouvèrent de vio-
lentes douleurs ; un esclave qui en mangea une partie,
pensa mourir. Ce méchant homme avait défendu à ses
femmes de lui donner le moindre secours. Heureuse-
rnens, une d'elles, bravant ses menaces , eut l'huma-
nité de partager ce qu'elle possédait avec le malheu-
reux, voyageur, et le sauva de la mort. Pendant que
celui-ci était gissant, Boubou, furieux, vint lâchement
le menacer ; celui-ci eut le courage de saisir sou fusil
et de chasser le misérable de sa case. Ce ne fut pas la
seule entreprise que les gens du lien , soulevés par
Boubou, tentèrent contre lui. Comme on comnien-
çalt à savoir dans le pays qu'il avait visité les sources,
et qu'on eel très ombrageux sur ce point , il courait un
autre péril. Alors, il résolut de fuir , malgré le déla-
brement de ses forces, et d'aller à Geba , comptait
portugais, situé à plus de cent lieues de Bandât. 11
trouva heureusement un guide. On parvînt à l'asseoir
sur son âne, et il partit secrètement. Déjà il axait
atteint la rivière, lorsque le cruel Boubou accourut et
le força de rentrer au village. ]Notre voyageur trouve
un autre guide, car le premier l'avait trahi. A peine
.-tait-il en route qu'il est arrêté une seconde lois. Enfin ,
après mille difficultés, dont il ne se lirait jamais
qu'en distribuant du corail , de l'ambre et de la pou-
dre , il parvint à s'échapper à tous les pièges, et partit
pour Geba , dans vu état de faiblesse difficile à ima-
giner . toujours mine* par la fièvre, ,1e passe sous
'
ET POLITIQUES. 119
silence les fatigues sans nombre de ce nouveau voyage.
C'est dans les bois qui couronnent les montagnes de
Bourré qu'habite l'orang-outang. Le singe y est très
commun; son cri ressemble à celui d'un épagneul; il est
dépourvu de queue. A l'aide des branches d'arbres , il
se forme une espèce de case ; on prétend que sa rencon-
tre est dangereuse pour lés négresses. L'orang-outang
n'est pas le seul singe qui soit dans ce cas. Dans le pays
de Galam , une femme portant du miel et du lait, fut
attaquée par une troupe de singes, de trois à quatre
pieds de haut (l'auteur n'en dit pas l'espèce) ; ils lui
jetèrent des pierres et la frappèrent avec des bâtons.
Les habitans du village voisin se rendirent à l'endroit
où était la troupe ennemie , et en tuèrent plusieurs à
coups de fusil ; mais ils furent eux-mêmes blessés à
coups de pierre ou mordus grièvement.
En se rendant à Géba , M. Mollien traversa plusieurs
fois le Rio-Grande. Le caïman y est commun et très
dangereux pour les voyageurs. Les ânes sauvages sont
en grand nombre dans le pays. Arrivé à Jarun , il
trouva des cases construites en pierre. Depuis trois
jours , il éprouvait les horreurs de la faim : le pays
souffrait de la disette. Pour obtenir un peu de riz , il
fut obligé de le payer avec le chapeau et la tunique
de Houkari , son ambre et son corail n'ayant pas de
prix aux yeux des habitans. La fièvre et la dyssenterie
ne le quittaient point. Dans cette triste situation , quel
remède qu'un repas composé de noyaux écrasés et
bouillis ensemble ! cependant ij fut obligé d'en accepter
plusieurs aussi délest. ables. Souvent ses compagnons de
voyage crurent qu'il allait succomber. Arrivé à Kanso-
raly , il envoya Roukari avec une lettre ù. Géba , qui n'en
était q u'à six lieues. Le lendemain . il le vil revenir avec
120 sciences morales
du vin, du pain Irais, du sucre et du tabac , que lui en-
voyait le gouverneur portugais , M. Dirqui. Personne
n'avait pu comprendre sa lettre écrite en français ; un
Yolof avait servi d'interprète entre Boukari etle gouver-
neur. Celui-ci, touché des souffrances de notre voya-
geur, le fit presser vivement de venir résider à Géba,
pour se rétablir. Ainsi, après cinq mois des plus cruelles
privations , M. Mollien allait retrouver une nation
européenne. 11 fit son entrée à Géba dans un état digne
de pitié, se soutenant à peine sur son àne, la barbe lon-
gue et épaisse, avec un costume de nègre, en lambeaux.
Le récit de ses malheurs éloigna les soupçons ; les soins
de la femme du gouverneur contribuèrent à le rétablir.
Géba est un gros village , bâti dans le pavs des
Mandingues ; les maisons sont en terre; ce lieu est
très mal-sain ; la population est composée de noirs et
de mulâtres. Dans ce comptoir, on reçoit les cuirs, la
cire , l'ivoire et les esclaves qu'on transporte à Hissa o,
fort portugais , à soixante lieues au sud-ouest. Notre
voyageur obtint une barque pour s'y rendre par la
rivière de Géba , dont les eaux fangeuses recèlent beau-
coup d'hippopotames. Il arriva, percé par la pluie ;
depuis trois jours il n'avait point mangé. Les nègres et
les habitans l'insultèrent et le couvrirent de huées. Le
gouverneur de lùssao , M. de Mattos, sans être dé-
tourné par l'aspect misérable <\u vovageur, l'accueillit
avec bonté et. lui fit donner une chambre, des habits
neufs , des aimions choisis et les soins les plus géné-
reux. La fièvre l'avait tellement épuisé, qu'il garda le
lit jusqu'à la (in de la saison pluvieuse. Des officiers
portugais , jaloux d'un accueil aussi bienveillant , cher-
chèrent à indisposer contre lui le gouverneur , en rap-
pela ni la prise ne Lisbonne par l'année française , et
ET POLITIQUES. lii
l'attaque de Bissao par. une de nos frégates; mais rien
ne put altérer la bienveillance de M. de Mattos , qui
lui fournit encore le moyen de se rendre sur la Gambie.
Les maisons de Bissao , sur la côte , sont de pierre ,
et ert terre dans l'intérieur ; il y a un grand fort bâti
en pierre. La garnison , composée de noirs et de mu-
lâtres avec quelques blancs , est sans souliers , sans
uniforme. Toute leur solde consiste en feuilles de tabac.
Le gouverneur et le commandant sont les seuls qui
mangent du pain et boivent du vin. Le commerce
consiste en ivoire , en sel , en cire , en or et en esclaves.
La place est à la discrétion des Papels pour les vivres.
M. Mollien fut témoin de la paix conclue entre eux et
les Portugais , qui se soutiennent dans ce comptoir ,
par leur condescendance envers les habitans, plutôt
que par la force ; aussi sont-ils préférés à toute autre
nation européenne : il y a peu d'années que les Bisa-
gos massacrèrent la garnison anglaise établie à Bulama.
La cire se vend 20 à 24 piastres le quintal ; la livre
d'ivoire, 6 fr. ; un esclave, 1 25 piastres ; le riz, i piastre,
les 3o livres ; la poudre , 70 piastres le quintal ; le ta-
bac . de 3o à 4° piastres ; un fusil , 6 à 8 piastres , etc
L'auteur , pendant son double séjour à Bissao, re-
cueillit une foule de renseignemens neufs sur les
Bisagos , les Papels , les Balantes qui se nourrissent de
rats , les Yolas , et divers autres peuples qui commer-
cent avec le comptoir; sur leurs mœurs, leur nouri-
ture, leur culte et leurs habitudes guerrières, ainsi
que sur les productions de leur pays.
Le 1er novembre 1818 , le voyageur prit congé de
M. deMattos, et monta une pirogue pour retourner à
Geba ; les Mandingues qui étaient à bord se prirent
de querelle : en voulant séparer les combattans ,
,aï SCIENCES MORALES
il fut blessé d'un coup de lance. AGeba, il s'assura
d'un guide qui devait le conduire à Brouko sur lu
Gambie. Comme il allait se mettre en route , il ap-
j>rend l'arrivée d'une goélette française à Bissao ; il y
retourne: deux bâtimeus français y étaient mouillés,
mais l'un était destiné pour le Rio-Pungo; l'autre, pour
les îles du Cap-Vert. Ce contre-tems lui causa un accès
de fièvre mortel ; une forte dose d'émétique le rendit
à la vie. Enfin, l'arrivée d'une goélette destinée pour
Gorée , contribua à le rétablir ; il s'embarqua le 3 jan-
vier 1819, et aborda le 8. De-là il se rendit à cheval
à Saint-Louis, ou il arriva le i5, après un an d'ab-
sence. Le fidèle Boukari , sur la demande de M. Mo!-
lien , obtint uncadeau de marchandises, et du terrain
pour y bâtir une. maison en brique. La santé de notre
voyageur continuant d'être altérée partant de fatigues
et de privations, il partit pour la France au bout
d un mois de séjour, et débarqua heureusement an
Havre, le 23 mars 1819.
Tel est le récit abrégé du voyage de M. Mollien. On
trouvera , dans la lecture même de sa relation , beau-
coup de faits instructifs et dignes d'être médités par
ceux qui entreprendraient des excursions semblables.
Le détail de son itinéraire, village par village , est
placé à la suite dosa relation ; les intervalles sont me-
surés en milles , et les directions de la route sont
■mraaées par les rhumbs de la boussole.
11 me reste à rendre rompt»* de la partie gro^ra-
pfiique; mais je n'entrerai point dans le-. de\ cloppe-
niens. Déjà l'un des habiles rédarleurs des Annales des
Voyages , M. Kyriès, a su apprécier ce qu'il y avait de
neuf dans ce vovage , et ee<|u'il ajoutait aux a 11 ri en ne»
découverte!
ET POLITIQUES. i23
Sans cloute , il est fâcheux que M. Mollien n'ait pas
été muni d'instrumens , pour fixer d'une "manière
exacte la position et la hauteur des lieux qu'il a visités,
surtout celle des montagne? du Fouta-diallon, où la
Gambie, la Falémé , le Rio-Grande et le Sénégal
prennent leurs sources ; cependant comme sa route est
tracée entre des points bien connus, tels que Saint-
Louis, Gorée , Géba, Bissao, etc. , et qu'il a pris soin
de noter sur son journal les distances mesurées en
milles et les directions de la route, il est possible de
tracer une carte assez bonne de tous les pays qu'il
a parcourus , supérieure du moins à celles qu'on a
eues jusqu'à ce jour, et plus étendue que celles de
Mungo-Park et de Durand. M. Mollien avait soin de
mesurer partout la profondeur des puits : il avait
par-là une indication delà proximité des rivières, et
de leur niveau. Ainsi que l'a déjà remarqué M. Eyriès,
la source du Bâ-fing ou Sénégal , dans la carte de
Mungo-Park , comparée à celle de M. Mollien , est
trop à Test de plus de quatre degrés et demi ; celle de
la Falémé , de près de trois degrés ; celle de la Gambie,
de deux degrés un tiers. Les latitudes sont plus d'ac-
cord ; cependant celle de la source de la Falémé 4
selon Mungo-Park, est encore trop septentrionale de
près d'un degré un quart, et celle de la Gambie ,
de près d'un demi-degré. Le célèbre et infortuné
voyageur n'avait point vu ces trois sources , et il les
avait placées d'après les récits des habitans ; tandis
que M. Mollien les a visitées, ainsi que celle du Rio-
Grande. Déplus, ayant souvent traversé ou cotové
ces rivières , il en a rectifié le cours. Cependant il
n'aurait pas été possible de tracer sur la carte de
M. Mollien , comme on l'a fait, le cours entier de la
t*4 SCIENCES MORALES
Gambie, sans la carte du voyage de Munko-Park,
qui porte , en partie , sur des observations exactes de
latitude et quelques-unes de longitude.
Malheureusement le fâcheux e'tat de la santé de
notre voyageur, et les obstacles qu'il éprouva delà
part des habitans à Timbo , l'empêchèrent de se rendre
à la source du Niger, point capital de .son voyage ;
mais il se procura du moins des notions qui paraissent
assez précises. Il en résulte que la source du Dialli-bâ
ou Niger est à huit journées au sud-est de Timbo, et
à onze de celle du Sénégal , dans les chaînes qui sé-
parent le pays de Kouranko de celui de Soliman , vers
le onzième degré quarante minutes de longitude ouest :
tandis qu'on l'avait placée jusqu'à présent entre le
huitième et le neuvième degré. M. Mol lien observe
judicieusement qu'en ce dernier endroit , le fleuve a
une largeur de deux portées de fusil.
M. Mollien devait vérifier l'existence d'une commu-
nication présumée entre la Gambie et le Sénégal ; il
l'a trouvée à peu près dans le même endroit que l'avait
soupçonnée le P. Labat , dans sa Relation de l'Afrique
occidentale. C'est la rivière de Nérico, qu'il traversa ,
en passant du Fouta-toro dans le P>ondou. Ainsi, les
marchandises du rovaume de Oulli, et celles du Fouta-
diallon pourront arriver à Saint-Louis par le Sénégal,
si toutefois le Nérico est rendu navigable. Ce fait im-
portant le devienl davantage, par la proximité plus
grande, qui résulte de la carte de M. Mollien, entre le
Niger et le Sénégal.
On doit encore à notre voyageur la connaissance du
pays fertile de Tenda-maié , à l'ouest du Fouta-dial-
lon , dont aucun voyageur (l'avait parlé jusqu'à pré-
sent, et de beaucoup d'autres qui sont autour du Foula-
ET POLITIQUES. ia5
diallon. Il donne la description de ceux-ci , à la fin du
chap. VII, d'après les habitans , jusqu'à un mois de
marche à l'est , là où sont les anthropophages du Ma-
niana , dont Mungo-Park avait déjà fait mention. Ce-
pendant, un nègre de Ségo assura à l'auteur que son
roi avait détruit ces sauvages, qui, au reste, vivent
d'araignées et de scarabées, aussi bien que de chair
humaine.
Il aurait été peut-être à désirer que M. Mollien eût
saisi une occasion aussi favor-able pour se procurer un
pi us grand nombre de notions surTombuctou , Ouas-
seua , le Wangara et l'Afrique intérieure, mais, il
était assailli par tant de difficultés , et il a procuré tant
d'autres notions utiles , qu'on aurait mauvaise grâce à
exiger de lui plus qu'il n'a fait. Au reste, deux Fou-
lahs lui ont tracé la route qu'ils avaient suivie pour se
rendre à Tombuctou ; en sortant du Fouta-diallon, ils
s'embarquèrent sur le Niger, dans le Balia , passèrent
par Bourré , et arrivèrent à Ségo , en 3 ou 4 mois (i).
A une grande distance de cette ville , selon leur rap-
port , le Niger forme un lac immense qui s'écoule , di-
sent-ils, dans le Nil d'Egypte. Ségo et Tombuctou
sont les entrepôts du commerce de l'Afrique du nord;
avec le Kankan et l'Ouasselon , pays les plus riches en
or et en esclaves. Je supprime les récits contradictoires
de ces marchands sur le sort de Mungo-Park. '
Notre voyageur a remarqué que le vent de l'est , qui
ailleurs embrase l'atmosphère , est extrêmement froid
dans le Fouta-diallon. Il conjecture de-là qu'avant d'ar-
river dans ce pays , il en traverse d'autres très élevés.
(1) Ce rapport donnerait une idée fausse «Je la position de
Ségo.
ia6 SCIENCES MORALES
Cette observation est juste; mais elle est trop vague
pour en conclure la hauteur relative du sol sur lequel
coule le Niger.
Étant à Timbo , M: Mollien apprit que trois Anglais
étaient venus de Sierra-Leona , dans le but de visiter
les sources. Mais , leur dessein ayant été connu , ils fu-
rent obligés de se retirer prompîement. Ce n'est pas la
seule entreprise de ce genre qui ait échoué faute de
circonspection de la part des voyageurs. En i 794 > deux
autres Anglais , Watt et V\ interbottom , avaient tenté
de pénétrer par le Fouta-diallou jusqu'au Niger ; mais,
ils ne purent aller plus loin que Timbo ; les habitans
s'y opposèrent de toutes leurs forces.
En 1791, le major Houghton avait voyagé au-delà de
la Gambie et reconnu , le premier , que le Niger coulai t
de l'ouest à l'est ; opinion que Lalandc avait déjà soute-
nue: on sait que Mungo-Park l'a mise hors de doute. H
reste aujourd'hui à reconnaitrele cours du Niger , et à le
descendre jusqu'à son embouchure. Les Anglais ont fait
des efforts inouis pour y parvenir. L'expédition du
major Peddie , qui fut si malheureuse, et qui eut lieu
quelques années avant le voyage de Al AJollien , était
aussi dirigée sur le Niger par le Fouta-diallou. Après
avoir passé Jjodé, dans le Pond ou , M. Mollien apprit
que la troupe du major, beaucoup trop considérable ,
avait donné de l'ombragé aux Degrés, et qu'on lui
avait refusé le passage. Plus tard , le capital ne Gampbe II
éprouva le même sort que le major Peddie. Knfin, en
1816, le capitaine Tuckey, de la manne rovalc, fnf
chargé de remonter le /aire ou Congo , BUSSÎ liant que
possible, sur un bâtiment approprié à ce dessein. Il
avait ;i\ee lui des naturalistes, des observateurs et dei
collections d'instrument de toute espèce. Au bout de
ET POLITIQUES. u7
trois mois , dix-huit personnes de l'expédition , sur cin-
quante-six, avaient péri par les fièvres et l'épuisement;
savoir: le capitaine Tuckey et son lieutenant , les trois
naturalistes, et treize autres personnes. Le Journal du
malheureux capitaine renferme cependant des notions
curieuses sur le cours du Congo ; mais on n'y trouve
que des conjectures sur ce qui touche au Niger. Il pen-
sait que le Congo communiquait avec le Niger par le
lac de Wangara. Au reste , c'était le sentiment de
M. Maxwell, et de Mungo-Park lui-même, que le Congo
devait être l'issue du Niger ; tandis que le major Ren-
nell admet que celui-ci se perd dans le Wangara :
quant à sa chute dans le Nil , le savant géographe l'a
regardée comme impossible , parce que le Nil traverse
des pays plus élevés que celui où Mungo-Park a vu
couler le Niger.
Nous terminerons ici ces remarques, déjà bien éten-
dues, en ajoutant qu'on trouve , à la fin de l'ouvrage,
une analyse du fer et du minerai rapportés par
M. Mollien. Ce fer, si grossièrement forgé , a été
reconnu d'une qualité excellente. M. Rerthier, ingé-
nieur des mines, l'a soumis à divers essais, et l'a
trouvé très-beau, très-ductile et homogène. Un des
échantillons de minerai contenait 77 pour 100.
Jomard , de l'Institut,
iî8 SCIEJNCES MORALES
V\V VWV W VVVVWV wvvv vvvvuwv vv\ vvx v\\
Histoire de la Monnaie , depuis les tems de la plus
haute antiquité jusqu'au règne de Charlemagne ;
par M. Garnier. associé libre de l Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres (i).
On peut considérer cet ouvrage sous deux aspects
différens , comme ouvrage d'économie publique , et
comme un ensemble de recherches sur l'état de la mon-
naie chez les peuples anciens. Sous le premier point de
vue, l'auteur s'est déjà placé au premier rang parmi les
écrivains qui ont plus spécialement cultivé la science
de la richesse des Etats et de la manière dont cette ri-
chesse se divise entre leurs habitans. La juste réputation
qu'il s'est acquise en ce genre, doit garantir que la
portion de son nouvel ouvrage qui s'y rapporte, y sera
traitée comme elle doit l'être par un bon maître»
Quant à la seconde, elle contient une bonne réunion
de faits extraits des auteurs de toutes les époques de
l'antiquité: plus d'une fois M. Garnier les présente sous
un jour lout-à-fait nouveau , et les explique par des
conjectures qui lui sont particulières. Il n'admet point,
par exemple , qu'aucun peuple de l'antiquité , parvenu
à ce degré de civilisation qui est marqué par la prati-
que des arts utiles et de quelques arts d'agrément, ait pu
ne pas connaître l'usage de la monnaie comme sigue
général des échanges , telle que nous la concevons dans
notre Europe, réglée, signée par l'autorité publique:
aussi , ne se range-t-il pas du côte «le ceui qui supposent
que l'Egypte <^^s Pharaons n'eut point de monnaie. Il
esl vrai que jusqu'ici on ne connaît aucune pièce d'au-
(1) Paris, i8f<). i vol. in- 8°. Mad. Agasse. Prix , 10 f. , et i *?. f
par la poste
ET POLITIQUES. 129
cun métal qu'on puisse, avec certitude, attribuera
l'Egypte primitive; mais M. le marquis Garnier ne
trouve pas une autorité suffisante à cette preuve néga-
tive , lorsqu'il voit d'ailleurs que Joseph est vendu pour
vingt pièces d'argent, à des Ismaélites qui se? rendaient
en Egypte; que ce»méme Joseph, ministre d'un Pha-
raon, vend pour de l'argent ses blés mis en réserve;
que Jacob envoyant ses enfans acheter dublé en Egypte,
leur remet l'argent nécessaire pour en payer le prix ;
que cet argent est retrouvé dans les sacs de blé , et
rapporté de nouveau à Memphis. D'autres passages de
la Bible parlent , dit-on, de l'argent au tems même
d'Abraham , et l'auteur en conclut qu'il était égale-
ment connu des Assyriens , des ChaMéens et des Babv-
Ioniens, comme de l'Egypte avant l'invasion des Perses.
Nous ferons remarquer, toutefois, combien est suspecte
une autorité à laquelle notre auteur paraît accorder
beaucoup de confiance : c'est celle de M. Ha mil ton qui,
dans ses slEgyptiacœ (pag. i35), prétend avoir vu sur
un bas-relief, à Thèbes d'Egypte , le pillage d'une ville
prise d'assaut, et les vainqueurs se jetant avec avidité
sur des sacs de monnaie ou d'argent monnayé, comme
on l'a dit ailleurs. Mais il n'y a ici qu'une chose de
certaine ; c'est que M. llamilton a cru voir, sur un bas-
relief , des sacs remplis d'argent ( money bags ) , et
qu'il l'a dit : la saine critique et ses conclusions, rigou-
reusement déduites d'un grand ensemble de faits bien
observés , rejettent sans hésitation l'assertion de M. lla-
milton.
M. Garnier examine ensuite le poids et 1rs divisions
des monnaies égyptiennes et assyriennes; et, dans le
•chapitre d'Isis, il recherche ce que furent le bœuf d'ar-
gent et la brebis d'or, retrouvant le bœuf comme l\ pe
TOME VI. Q
,3o SCIENCES MORALES
sur de très anciennes monnaies , et réunissant les pas-
sages selon lesquels, iQ dans la Bible, le roi de Gérave
fit à Sara un magnifique présent de bœufs et de brebis;
Eliézer, demandant Rebecca pour Abraham, dit que
celui-ci possède en quantité des brebis et des bœufs ;
Jacob paye ioo brebis un champ dans la terre de Ca-
naan ; les os de Joseph sont ensevelis dans un champ
achetépar Jacob au prixde ioo brebis neuves; — 2° dans
Homère , l'armure de Glaucus , qui était d'or, est éva-
luée ioo bœufs, et celle de Diomède, qui est de bronze,
à 9 bœufs seulement; — 3° dansles lois des rois de Rome,
les amendes pour vol et pour injures graves sont fixées
à un maximum de Zo bœufs , et à un minimun de 2 bre-
bis ; sous la république, en l'an 3oo de Rome , une loi
estime en monnaie de cuivre la brebis d'or et le bœuf
d'argent. L'auteur en conclut que , dans tous ces pas-
sages, il s'agit de pièces de monnaie d'or signées d'une
brebis, et de pièces d'argent signées d'un bœuf, et dont
elles avaient porté le nom. Cette manière d'entendre ces
passages et plusieurs autres analogues , est au moins
neuve et fort importante, si la critique et le tems vien-
nent à laconfirmer. Il'enestde mêmedece que l'auteur
avance , sur de nombreuses considérations , de l'unité
d'un système de monnaies chez tous les peuples de l'an-
tiquité, comme d'autres érudits ont avancé qu'ils
n'eurent qu'un seul et même système de mesures.
Dans ses conclusions relatives aux peuples de l'an-
tiquité , M. Garnier comprend aussi les Romains .
dont il examine plus particulièrement les monnaies
dans le second livre de son ouvrage; et l'on trouve,
sur ce sujet, beaucoup de recherches, et surtout
beaucoup d'explications propres à l'auteur, soit sur
le système en lui-même, soit sur les réformes qu'il
ET POLITIQUES, i3ï
éprouva , par la réduction de l'as romain , ou par la
loi Papyria. L'auteur s'occupe enfin de la monnaie de
compte des Romains : il avait déjà publié, en 1817,
un Mémoire spécial sur la valem des monnaies de
compte chez les peuples de l'antiquité 7 etc. Pour être
historien exact , nous devons dire que ce Mémoire
donna lieu, dans le sein de l'Académie des Belles-Let-
tres , à une discussion fort utile à l'examen de ce sujet,
sur lequel M. Letronne, contradicteur de M. Gar-
nier, a publié un Mémoire généralement considéré
comme conforme aux doctrines les plus accréditées par
les auteurs et par les monumens. A ces nouvelles con-
sidérations sur les monnaies de compte chez les Ro-
mains , M. Garnier ajoute un chapitre relatif à la ré-
forme des monnaies romaines parConstantin , lesquelles
subsistèrent jusqu'à Charlemague, et des recherches
sur la paye des soldats romains et sur le prix moyen
du blé dans les tems anciens. Ceux qui liront cet ou-
vrage d'un publiciste distingué à tant d'égards, con-
viendront qu'il a atteint le but louable qu'il s'était pro-
posé , et qu'après avoir tracé l'histoire de la monnaie
des peuples anciens, pour établir la valeur réelle et
intrinsèque des mesures pécuniaires dont ils faisaient
usage , il a , comme il le désire , marqué la route à
ceux qui cherchent à s'instruire de l'administration des
finances de ces peuples , et de l'état de leur économie
publique et privée- F.
9*
LITTERATURE.
Marie Stuart, tragédie en cinq actes et en 'vers,
par M. Pierre Lebrun (i).
Marie Stuart, traduction J^?Fr. Schiller, publiée
par 31. de Latouche (i).
Marie Stuart, traduite de Schiller par Hesse (3).
Lorsque la prise de Constantinople par les Turcs
força les savans grecs de chercher un asile dans les di-
vers Etats de l'Europe , déjà la civilisation avait com-
mencé à se perfectionner , et la littérature marchait de
frotit avec elle. Sorties dusein des institutions du moyen
âge, sans le secours d'aucune circonstance étrangère,
1rs lettres étaient alors eu parfaite harmonie avec les
institutions sociales, dont elles n'étaient en quelque
sorte que le reflet. Grossières et rudes à leur origine,
elles se seraient polies peu à peu , en suivant le perfec-
tionnement graduel de la société.
Déjà le théâtre français, à sa naissance, avait com-
mencé par oii le théâtre grec avait commencé lui-méine
L'identité entre les idées des deu\ époques , avait
amené celle des produits de leurs arts. Qu'étaient en
effet les premières pièces dramatiques grecques, quê-
tait le drame, avant EmIivIc et du tenis d'Eschyle?
rien autre chose qu'une cérémonie religieuse. Sans an-
noncer, à beaucoup près, la même puissance de génie
(i) Paria, 1820. Ladvocat, galerie de bois, n° 197. Prix, 3 fr,
fa) Paris, 18-20; 1 Toi. in-8°, i8j pag Bataille, galerie de bois,
n°3|f>. Prix, 3 fr. 50C
(3) Paris, 18165 1 vol. in-8°. J. J. Pasphoud, libraire, rue Ml
larine, n°aa. Prix, 3 IV. 5o o«
LITTERATURE. .53
clans leurs auteurs, nos mystères français manifestaient
l'application du même principe. Quelques années de
plus, et, par une gradation naturelle , ces cérémonies
religieuses eussent fait place aux cérémonies nationales ;
à la vénération pour les saints, aurait succédé l'enthou-
siasme pour les héros. Accoutumés à chercher autour
d'eux les grandes choses et les grands hommes, nos
poètes auraient appris à concevoir une plus haute estime
d'eux-mêmes et de leurs concitoyens ; et cette estime,
à son tour, aurait réagi sur leurs lecteurs et sur leurs
auditeurs, pour fortifier à la fois l'esprit national et la
morale publique. Telle est la marche qu'eût suivie la
littérature, si elle eût été abandonnée au cours naturel
des choses. Mais l'apparition subite des chefs-d'œuvre
de la Grèce, et l'admiration qu'ils excitèrent chez un
peuple sensible et ardent comme les Français, ame-
nèrent une révolution prématurée dans les doctrines
littéraires.
En comparant leurs esquisses imparfaites avec les su-
blimes tableaux qui leur étaient présentés pour la pre-
mière fois, nos auteurs, semblables à un timide et
simple bourgeois admis à la cour, commencèrent à
rougir d'eux-mêmes et de la stérilité de leurs propres
efforts. Le dédain affecté par les bannis de Constanti-
nople , qui traitaient de barbares leurs nouveaux hôtes,
hâta encore l'abandon des compositions nationales. On
était tout-à-fait honteux d'être Français, et chacun à
l'envi ne songeait plus qu'à se faire Grec. Ce fut sur-
tout dans le drame que ce prétendu perfectionnement
se fit sentir. Comme les vieux poètes avaient choisi des
sujets religieux, les poète* de la nouvelle école se firent
un devoir de n'en plus traiter aucun. Dans leur impuis-
sance de remplacer leur Système par un meilleur, ils
i34 LITTÉRATURE,
trouvèrent plus facile de copier servilement les formes
suivies par les modèles qui leur étaient imposés. Sans
considérer s'ils se trouvaient placés dans les mêmes
circonstances que les Grecs , s'ils avaient les mêmes ha-
bitudes morales et politiques , les mêmes goûts, la mê-
me manière de sentir et d'exprimer leurs sensations ,
ils transportèrent sur la scène française la tragédie
grecque, telle qu'elle leur avait été donnée. Pour qu'il
n'y manquât rien, après avoir naturalisé les chœurs,
ils forcèrent la langue française à se plier, en dépit
d'elle-même , au joug de la langue grecque , et ils vou-
lurent que nous eussions des vers iambiques et dactyli-
ques , par l'unique raison que les Grecs en avaient eu
avant nous.
Leurs successeurs , frappés de la bizarrerie d'une
telle union , tentèrent d'introduire l'ordre dans ce
chaos. Sans oser s'écarter des modèles imposés, ils
sentirent que, puisqu'ils donnaient l'histoire de tems
inconnus , il fallait du moins mettre à peu près au
fait des époques qu'ils représentaient , et des événe-
mens qui les avaient précédées. De-là , la nécessité des
longues expositions et des confidens. Les Grecs ne
connaissaient ni l'un ni l'autre de ces expédiens , et
n'en avaient pas besoin; chaque spectateur, aussitôt
que le personnage avait prononcé je suis Agamem-
Jion , Je suis Orcslc , était immédiatement instruit de
ce qu'on allait lui soumettre. 11 devenait inutile de lui
faire un long récit des événemens de l'avant-scène , et
de lui décrire les mœurs des tems, si les hommes et les
choses étaient trop rapprochés de lui, pour qu'il put
se laisser abuser sur la vérité de l'imitation. La ré-
flexion qui porta les Français à introduire leurs longues
expositions et leurs fastidieux confidens , avec leur*
LITTÉRATURE. i35
récits monotones , n'était donc pas dépourvue de jus-
tesse. Il fallait bien transporter le lecteur dans les
tems passés , le rendre concitoyen de tous les héros
évoqués devant lui, et l'environner d'un tel prestige
qu'il crût être Romain à Rome , Thébain à Thèbes.
Voilà, sans doute , quel était leur but. Mais, pour y
atteindre, de profondes études historiques étaient in-
dispensables, et les poètes ne sont pas toujours des
érudits. Il y eut peu d'hommes capables , comme le
vieux Corneille , de créer d'un mot un cercle magique
d'illusions, et, par la grandeur inattendue des idées,
de nous révéler une nouvelle nature, de nous reporter
dans cette Rome antique où son ame habitait ; peu
d'hommes capables , comme Racine, de nous ouvrir
le temple du Dieu des juifs, de nous dévoiler l'intolé-
rante ambition de ses prêtres, et de répandre, comme
en passant, des torrens de lumières sur l'histoire de
tout un peuple. On trouva donc plus simple de se
contenter des noms grecs et romains, et, quant aux
mœurs , de les représenter d'imagination ou de saisir
celles qu'on avait sous les yeux. Les romanciers l'avaient
fait ; les poètes en usèrent de même. Ainsi , pour ex-
poser les aventures de Louis XIV, on emprunta les
noms de Titus et de Bérénice ; celles de la princesse de
Clèves furent reproduites sous celui de Germanicus.
Lors même que les poètes eussent été doués de toute
l'instruction nécessaire , il resterait encore à examiner
si la méthode qu'ils ont adoptée, était la plus propre à
remplir leur objet; si la monotonie d'un récit, même
fort beau , dans le moment ou l'action n'était pas en-
gagée , n'inspirait pas plus d'ennui que d'intérêt ; si
cette exposition épique arrachait bien en effet l'auteur
aux tems et aux lieux dans lesquels il vit, pour le faire
i3G LÏTTÉRATURB,
contemporain des personnages de tems et de lieux dif-
fe'rens. 11 est manifeste que , malgré tout le respect des
littérateurs pour le théâtre grec, il fallait, en lui
donnant une foi nie moderne, y introduire le change-
ment qu'exigeait la peinture de mœurs étrangères,
offertes au spectateur français. Mais on prétend que
ce changement se déduit nécessairement des formes
antiques. Les critiques anglais et allemands soutien-
nent que les Français se trompent ; que leur innova-
tion défigure la forme grecque ; et que , dans la
nécessité où Ton se trouvait de la violer, il fallait en
appeler à la raison, et à l'esprit dans lequel les tra-
giques de l'antiquité avaient conçu leurs ouvrages.
Ils ajoutent que, dans la nécessité absolue d'établir
ces nouveaux rapports, il ne fallait pas hésitera sacri-
fier la lettre à l'esprit, la forme au fond.
A ne considérer la chose que sous ce point de vue,
il est vrai que les tragédies de Shakespeare et de Schil-
ler agissent tout autrement que les nôtres sur l'esprit
du spectateur. Le Goriolan, le .Iules- César , le Roméo
et Julliettc du tragique anglais , s'emparent de vous ,
des les premières scènes. \ Ous êtes à Rome et à A é-
rone, déjà identifiés avec les personnages. Le voile est
tombé, qui vous séparait du passé. Vous n'êtes plus à
voué; vous appartenez tout entier au poète , qui vous
fait à son gré L'habitànl de son univers.
Ce que Shakespeare avait, découvert par le seul ins-
tinct de son génie , Schiller le dut à \m jugement sur,
fortifié par l'observation , agrandi par l'étude de
l'histoire, et épuré parla philosophie (i). Guillaume-
(i) En parlant de Schiller, je ne nui* laisser < i bapper l'occasion
de rappeler le succès qu'obtinrent al'Athè'né'c les Leçons de Litté-
rature allemande , de M. Michel l»»n. Ne" pourrait- il pas publier
LITTÉRATURE. i37
Tell , Wallenstein et Marie Stuart , sont celles de ses
pièces où il a montré le plus grand respect pour les
vérités éternelles , et pour les vérités locales. De ces
trois pièces , Guillaume Tell est sans doute celle qui
paraîtrait la plus v régulière et là plus désordonnée à
un spectateur français , et cependant Schiller n'y perd
pas un instant de vue son objet; celui de représenter
les simples paysans de la Suisse, forcés, par les flétris-
santes vexations d'une tyrannie continue , à ne prendre
plus conseil que de leur désespoir, pour conquérir leur
liberté. Il a voulu peindre l'excès de l'oppression pro-
voquant l'unanimité de la résistance , et il a parfaite-
ment réussi. Sa pièce , jouée en Suisse, et peut-être
en d'autres pays , doit assurément faire trembler les
Gesslers. La préface, placée par M. Benjamin-Cons-
tant à la tête de son imitation de Wallenstein, nous
dispense de parler de cette dernière pièce. Nous ne
pouvons qu'engager le lecteur à recourir à cette ex-
cellente dissertation, dans laquelle néanmoins des
littérateurs d'une autre école ont cru pouvoir signaler
quelques erreurs.
La même fidèle observation de l'histoire distingue
éminemment la tragédie de Marie Stuart. Schiller n'y
a rien omis de ce qui pouvait mieux faire connaître
l'époque à laquelle se rattache la catastrophe. Jus-
qu'à la description du tournois donné par Elisabeth
à l'ambassadeur de France, qui était venu demander
sa main pour le duc d'Anjou, tout y est d'une éton-
nante vérité.
<c qu'on connaît déjà de son Cours? A en juger par l'approbation
que lui ont donnée plusieurs hommes de lettres, qui bnl entendu
ou In quelques-unes de ces leçons, le public lui Bâtirait bon gre
de cette tentative.
,38 LITTÉRATURE.
La comparaison, aisée à établir, entre la Marie Sluait
de Schiller , et l'heureuse imitation qu'eu vient de faire
M. Lebrun, pourra jeter plus de jour sur les nuances
qui distinguent les deux théâtres. Commençons par la
pièce allemande.
Fille de Henri VITI et d'Anne de Boulen, Elisabeth
avait été marquée , à sa naissance, de la tache d'illégi-
timité, par la condamnation de sa mère. Cependant , la
gloire deson règne, l'appui qu'elle donnait à la nouvelle
religion , et l'assentiment universel du peuple anglais,
l'avaient légitimée à tous les yeux, excepté aux sien s.
La reine d'Ecosse vivait : elle avait des droits au trône ;
c'était à elle et à son fils , Jacques VI d'Ecosse, depuis
Jacques Ier d'Angleterre , qu'il était réservé de lui suc-
céder. Elisabeth avait même vu , jusque dans sa cour ,
des hommes puissans prendre parti pour sa rivale. En
vain tenait-elle Marie dans unesévère captivité : dufond
de sa prison, ses malheurs et sa beauté lui créaient des
défenseurs. La jalousie de femme venaitencorese join-
dre à la politique de reine, pour accroître la haine
d'Elisabeth. Plusieurs fois, elle avait vu ses propres
amans échanger les faveurs de sa cour contre la péril-
leuse tentative de briguer l'amour de sa prisonnière.
Elle sentait qu'il n'y avait de paix pour elle que dans la
mort de sa rivale.
« Elle est (1) la furie de mes jours ; c'est un esprit de
tourmens que m'attache la destinée! Où je me suis mé-
nagé une espérance, est placé sur le chemin ce serpent
de l'enfer. Elle m'arrache mon amant, me ravit mon
époux. Chacun de mes malheurs s'appelle MaiueStuart.»
« Maria Stuai t
Hcisst jedes Ungliick das mich niederschlaegl !
(0 Monologue du 4r acte , traduction de M de Latouchc.
LITTÉRATURE. ï3$
Ses courtisans , les uns par bassesse , les autres par
superstition , ceux-là par la persuasion où ils étaient
des complots de Marie , pressaient Elisabeth de con-
sentir à sa mort ; mais Marie était reine ; tous les princes
catholiques intercédaient pour elle , et une condam-
nation éclatante eût pu susciter des troubles. Elle
laissait donc planer cette condamnation sur la tête de
Marie , attendant , ou que l'apparence d'un nouveau
complot vînt en justifier l'exécution , ou qu'une main
dévouée frappât sa captive dans l'ombre , et la sauvât
elle-même du reproche de cruauté. Mais les complots
tardaient à se montrer, et le gouverneur de la prison
de Marie, le chevalier Paulet, était un homme sévère
et incorruptible. Son neveu, Mortimer, jeune homme
courageux et passionné , paraît propre à frapper le
coup. Il a gagné la confiance d'Elisabeth , en lui livrant
les secrets commis à sa foi par les exilés écossais , et
c'est lui qu'elle charge du soin d'exécuter en secret
le crime qu'elle n'ose sanctionner publiquement.
Toutefois , loin d'être dévoué à Elisabeth et à son
parti , Mortimer avait cédé à la puissance invincible
des yeux de Marie ; il était passé sur te continent, avait
vu les parens et les amis de Marie , s'était entendu
avec eux, avait embrassé la foi catholique, et obtenu
du pape l'absolution de tous ses péchés passés et
futurs. Marie Stuart , convaincue de son aveugle
dévouement , lui défend de rien entreprendre pour
sa délivrance sans en faire part au comte de Lei-
cester , amant reconnu d'Elisabeth, mais épris en
secret de Marie dont il est aimé. La première entre-
vue de Mortimer et deLeicester est tracée, par Schiller,
eu poète qui connaît les cours :
i4o LITTÉRATUKE.
LEICESTER.
Qu'avait votre oncle?
MORTIMER.
Je l'ignore; l'estime inattendue que m'accorde la reine d'Angle-
terre....
leicester, le regardant fixement.
IMeritez-vous, chevalier, que l'on se fie à vous?
mortimer, de même.
C'est à vous que je fais cette question, comte de Leicester.
LEICESTER.
Vous aviez à me communiquer un secret?
MORTIMER.
Assurez-moi premièrement que je puis l'oser.
LEICESTER.
Qui est-ce qui m'assure «le vous-même? INe soyez pas ofiense
de nia défiance , je vous vois montrer deux visages à cette cour;
l'un est nécessairement faux : lequel est le vrai?
MORTIMER.
Je me trouve dans le même cas «pie vous , milord.
LEICESTER.
Qui commencera la confidence ?
MORTIMER.
Celui qui a le inoins à risquer.
LEICESTER.
Eli bien, c'est vous.
MORTIMER.
C'est vous. — Votre témoignage, relui d'un lord ri honoré,
si puissant, pourrait m'accablerj le mien M peut rien contre
votre rang et la faveur dont vous jouissez.
i.EK im i i;.
Vous vous trompez, chevalier: à tout autre égard, je suis
puissant ici: mais, sur le point délicat qu'il me foui maintenant
livrer a votre Foi, |c suis l'homme Je plui > faible de cette cour : le
jilus vil témoignage peut me perdre.
LITTERATURE. i+i
MORTIMER.
Hi le puissant lord Je Leicester s'abaisse à me faire une pareille
confidence, je dois penser plus hautement de moi-même, et lui
donner un exemple de générosité.
LEICESTER.
Donnez-moi celui de la confiance , je Je suivrai.
mortimer, tirant rapidement sa lettre.
Voici ce qui vous est adressé par la reine d Ecosse.
leicester , effrayé.
Parlez bas , chevalier.
On conçoit tout le mépris que le bouillant et impé-
tueux Mortimer doit ressentir , pour un courtisan qui
fait servir son amour à son ambition. Il s'est mesuré
à lui, et s'en est estimé davantage. Il a vu que , seul ,
il pouvait sauver Marie ; mais r avant de la sauver , il
veut que l'absolution qu'on lui a donnée d'avance
serve à sa passion, et il cherche à satisfaire les fré-
nétiques désirs que la vue de Marie allume dans son
sein. L'infortunée reine n'échappe qu'à peine à ce
forcené.
Cependant Leicester agit de son côté. Par tout ce que
la ilatterie a de plus persuasif, il décide Elisabeth à
voir pour la première fois sa prisonnière. Une partie
de chasse servira de prétexte au voyage. Une rencontre
ménagée déguisera l'entrevue. La porte du cachot s'ou-
vre ; et les bosquets du parc de Fotheringîiay cachent
les murs de cette prison plus vaste. A l'aspect de cette
jeune et fraîche nature , l'aine de Marie s'ouvre au
plaisir et à l'espérance ; sa tête s'exalte ; elle se sent
comme enivrée de parfums et de lumière, et son lan-
gage devient un langage lyrique. La poésie allemande,
dont le rhytiime est plus varié que le nôtre, a permis
§4a LIT1ÉRATLRL.
à Schiller dépeindre, dans tout leur désordre , les pre-
miers transports d'une femme long-tems renfermée,
qui s'élance de rathmosphère infecte d'une prison ,
dans rathmosphère embaumée d'un jardin en ileurs.
Tout le reste de la tragédie est en vers endécasyllabes
non rimes ; ce morceau seul est rimé sur un rhythmc
nouveau. On rencontre souvent de pareils changemens
de mesure dans les tragédies grecques.
Dort, wo die grauen Nebelberge ragen (i),
Faengt meines Reiches Graenze an,
Lînd dièse Wolken, die nacb Mittag jagen ,
Sie suchen Frankreichs fernen Océan.
Eilende Wolken! Segler der Liïfte!
Wer mit euch wanderte, mit euch schifl'te !
Griisset mir freundlicb mein Jugendland !
Ich bin gefangen , icb bin in Bandcn ,
Ach, ich hab'keinen andern Gesandten!
Frey in Luften ist eure Bahn •
llir seyd nicht dicser Koenigin unterthan.
Dort legt ein Fischer den INachcn an!
Dièses elendc Wcrkzeug koennte mich retten ,
Braechte mich schnell zu bcfreundeten Staedten.
Spaerlich naehrt es den diirftigen Mann.
Beluden wollt ich ihn reich mit Schaetzen ,
Einen Zug sollfer thun, ivie cr kcinen gethan ;
Das Gluck sollt'cr fniden in scinen Net zen ,
Nachmer mich ein in den rettendcn Kahu.
Conduite par Leicester, Elisabeth s'avance vers le
(i)« Là où dans les brouillards gri^Urcs s'élèvent ces montagnes,
commencent les limites de mon empire; et ces nuages qui volent
au midi, cherchent l'océan lointain de la r'rancc. >■>
((O nues fugitives, navigateurs des airs , que ne puis-je navigua
et voguer avec vous? Saluez pour moi tYCC bienveillance le pays
de ma jeunesse. Je suis captive, je suis dans les fers; hélas! j<
LITTÉRATURE. i|3
même lieu. C'est là que se trouve cette scène si belle
et si naturelle , devenue familière aux lecteurs fran-
çais , par l'éloge qu'elle a obtenue de Madame de
Staël. Cette scène produit un effet terrible. Chaque
spectateur voudrait, comme Leicester et Talbot , en-
chaîner les paroles de Marie ; on sent que dès ce mo-
ment sa mort est arrêtée. Dès long-tems elle avait
été résolue dans le coeur d'Elisabeth; cette dernière
rencontre vient de l'avancer; et si Elisabeth n'en signe
point sur-le-champ l'arrêt , c'est qu'une querelle par-
ticulière n'est point une excuse assez ostensible encore.
Le complot d'un fanatique barnabite, qui tente, sur
le chemin de Londres , d'assassiner une reine protes-
tante, d'un poignard catholique, est l'avant-coureur
du coup qui va frapper Marie. Dès ce moment, Elisa-
beth est justifiée en apparence. Le criminel est Français,
et, loin de pouvoir prier pour un autre, l'ambassadeur
de France est lui-même soupçonné. La seule ressource
désormais laissée à Marie, est l'audace de Mortimer;
avec quelques amis affidés , il est décidé à tout oser ; il
l'enlèvera du château , après avoir massacré tous ceux
qui le gardent : la nuit prochaine verra l'exécution de
ce projet sanglant. Marie était sauvée , si l'amour , qui
l'avait toujours si mal servie , ne lui eut pas fait placer
sa dernière affection sur un lâche. Leicester, soup-
çonné , ne voit d'autre ressource pour se sauver, que
n'ai point d'autres messagers que vous. Votre carrière est libre
dans les airs; vous n'êtes pas, vous, sous le joug de cette reine.
« Là-bas un pêcheur aborde avec sa nacelle; ce frêle esquif me
pourrait sauver, me conduirait rapidement vers des villes amies :
il nourrit à peine son indigent possesseur; je le voudrais charge]
de richesses. Jl aurait trouve' la fortune dans ses filets, s'il m'ac-
oucillaitdans sa barque libératrice. »(Trad. de M. de La touche )
iï'f LITTÉRATURE.
tle faire lui-même arrêter Mortimer, de le dénoncer
connue coupable à Elisabeth , et de sacrifier, connue le
dit Marie , le cœur aimant au cœur orgueilleux. Mor-
timer arrêté se poignarde. Elisabeth signe L'arrêt fatal ,
et Leicester, en expiation du soupçon qui plane sur lui ,
est chargé de veiller à l'exécution de la sentence. Tra-
hie par celui qu'elle aimait , Marie , seule sur la terre,
se résout aisément à la mort. Détachée de toutes les
affections terrestres , elle n'a plus besoin que de l'appui
de la religion, c[iii lui est offert, d'une manière inat-
tendue , par un de ses anciens sujets , que le pape a en-
voyé pour lui donner ces dernières consolations. F purée
à ses propres yeux par l'aveu de ses fautes , et fortifiée
par sa réconciliation avec la Divinité-, Marie meurt
tranquille, abandonnant à leurs remords Leicester et
Elisabeth.
Deux traductions en prose de la pièce de Schiller ont
paru en français: l'une, par M. Hesa, e>( écrite avec
simplicité et assez consciencieusement; mais M. lîos,
je ne sais pourquoi , a cru pouvoir atténuer l'effet de
quelques passages de Schiller.
M. de Latouche, auteur de la seconde traduction ,
qui vient de paraître, a suivi un système lont-a-fait
opposé. Persuadé que le principal mérite iVui\ traduc-
teur est de laisser voir toute- le> formes du modèle, i
travers le voile de la traduction , il .1 su, sans jamais
casser d'êl re Français . nous conserver la couleur dé I <>-
riginal. \ l'exception de quelques légères erreurs, ai-
sées à corriger, sa traduction peut servir de modèle à
celle que le public français attend des autres ouvrages
dramatiques de Schiller, et des auteurs dramatiques
allemands qui se distinguent aujourd'hui,, comme Grill
Panser, Oehlen9chlaoger, Millier et \\ orner. .*>
LITTÉRATURE. 145
L'impatient audileur français n'aurait pu supporter,
à la représentation, une grande partie de ces détails
historiques, dont le but lui était caché. Saisissant plus
promptement qu'aucun autre spectateur, et entendant
presque à demi-mot, il veut que l'action marche, et
il se refuse à attendre le poëte qui veut l'arrêter, pour
lui mieux faire obser\er le pays. M. P. Lebrun con-
naissait bien cette impatience française; aussi, eu
transportant sur notre théâtre la pièce deSchiller, n'en
a-t-il conservé que ce qui était indispensable à la mar-
che de l'action , et a-t-il supprimé tout le reste. Il ne
fallait pas un talent vulgaire , pour naturaliser la Marie
Stuart allemande sur notre scène, même avec tous ces
retranchemens. Les spectateurs doivent donc savoir
gré à M. Lebrun d'avoir osé affronter leurs préjugés.
Il était du petit nombre des poètes de notre époque,
qui pouvait se le permettre impunément. Toujours
sage dans ses conceptions, il unit à un tact juste, à
un sentiment délicat des convenances théâtrales, un
stvle pur, naturel, et généralement élégant. Pour
entraîner le spectateur, il fallait de toute nécessité
une versification facile et pure, qui ne l'arrêtât jamais,
fût-ce même pour arracher ses applaudissemens sur
un morceau d'une facture plus brillante: c'est là, en
effet, le caractère de la versification de M. Lebrun ; il
y a bien , de tems à autre, quelques négligences , mais
elles se remarquent peu à la représentation.
En traitant ce sujet, M. Lebrun renonçait parle fait
à la gloire de l'invention. Son véritable et son grand
mérite, c'est d'avoir tellement disposé sa pièce, qu'elle
produit sur des Français l'impression que la Marie
Stuart deSchiller produit sur des Allemands. L'action
«■nI , il est vrai , moins étendue, on n'y voit pas le ta-
tomf. vi. i0
i/,(j LITTÉRATURE.
bleau frappant de l'époque historique à laquelle se rat-
tache cette catastrophe, ni le développement des grands
intérêts qui comprimaient ou excitaient la détermina-
tion d'Elisabeth. L'action est réduite à une querelle de
reine à reine, de femme à femme; mais, pour perdre en
instruction, elle n'en est pas moins at tachante. Si, d'un
coté, M. Lebrun a peint d'une manière moins pronon-
cée le caractère de Mortimer , de l'autre , il a relevé un
peu celui de Leicester , et prolongé l'attente et l'in-
térêt, par l'ordre que ce dernier donne à Seymour
de faire évader Mortimer. S'il a supprimé le noble
caractère de Talbot, il l'a fait revivre dans Melvil. On
a accusé M. Lebrun d'avoir emprunté beaucoup à
Schiller; mais il est plus riche avec de pareils emprunts,
que bien d'autres ne le sont avec leurs stériles in-
ventions.
La Marie Stuart française suivant presque la même
marche que la Marie Stuart allemande , il me semble
d'autant plus inutile d'en donner l'analyse , que tout le
inonde l'a vue ou l'ira voir. Je me contenterai d'en
citer quelques morceaux, pour justifier les éloges que
j'ai donnés au style du poète français. On peut com-
parer, par exemple, les premières exclamations de
M.irie, au sortir de sa prison obscure, avec l'original
allemand que nous avons cité plus haut :
El si Cfl n'est qu'un songe, ah! laisse-moi du moins,
Soulevant un moment ma chaîne douloureuse,
Réyer que Le suis libre et que je suis heureuse.
Ne respiré-je pas sous la voûte des eieux?
Un espace sans borne est ouvert i mes > eux.
\ nis-tu oet horizon qui M prolonge imiueii
Cest l.i qu'est mon pai ■ : là fELcosse comment
Ces Quagei errata , qui traversent le <iel ,
Peut-être, hier, ouf vu mon palais paternel j
LITTÉRATURE. i47
Ils descendent du nord , ils volent vers la France.
Oh! saluez le lieu de mon heureuse enfance!
.Saluez ces doux bords qui me furent si chers!
Hélas! en liberté' vous traversez les airs!
Si l'on veut avoir une autre preuve du mérite de la
versification de M. Lebrun, on la trouve dans cette
réponse de Melvil à Elisabeth :
Je la confie au cœur de Votre Majesté'.
Le ciel à votre sexe a donné la bonté'.
Que ce royaume heureux s'aperçoive, madame,
Que la main qui le guide est la main d'une femme !
Lorsque ses fondateurs autrefois ont permis
Que le sceptre des rois aux reines fût commis ,
Sans doute ils ont voulu , j'en crois mon espérance,
A côté du pouvoir faire asseoir la clémence.
Parmi plusieurs morceaux remarquables que nous
regrettons de ne pouvoir citer , il suffira d'indiquer
ici la scène entre Burleigh etPaulet, au premier acte ;
celle entre les deux reines, qui est peut-être un peu
trop coupée, au troisième acte ; et le monologue d'Eli-
sabeth, avant la signature de la condamnation de
Marie.
Les critiques ne pouvant contester, ni l'intérêt de
la pièce , ni la pureté soutenue du style , ni le succès
complet de Marie Stuart, se sont rejetés sur l'obliga-
tion rigoureuse de règles absolues , et , Aristote à la
main, ils ont voulu prouver qu'on avait eu tort d'ap-
plaudir à Marie Stuart; ils ont prétendu que c'était là
un genre nouveau ; que, dans une véritable tragédie, il
devait toujours y avoir une série d'actions qui retardent
ou avancent le dénoûnient de l'action principale , et
qu'elle ne pouvait exister là où il n'y avait pas d'es-
pérance, et où l'auteur s'arrêtait sur une situation
10*
i{« LITTÉRA'J LKt:.
unique, pour la décrire, la développer, et en faire
sortir ces émotions sympathiques qui vont droit au
cœur. Le Philocittc de Sophocle les réfute assez, et jus-
tifie le sujet choisi par M. Lebrun et la manière dont
il est traité.
Quel sujet était en effet plus dramatique que celui
de Marie Stuart? quelle action pouvait mieux arra-
cher les larmes de nos jeux desséchés par nos propres
malheurs publics? Marie eut-elle même été coupable,
qui ne plaindrait une femme jeune et belle , qu'une
sombre politique et une jalousie plus atroce encore
ont reléguée au fond d'un cachot, pour y attendre, plus
de dix-sept ans , la mort suspendue sans cesse sur sa
télé? Est-il une faiblesse que ne puissent expier de
telles souffrances ? Mézence était bien plus coupable ;
il est dévoué par toutes les générations à la haine im-
mortelle réservée aux oppresseurs du peuple ; et ce-
pendant, Virgile a su nous faire verser sur son sort les
douces larmes delà pitié. Marie, moins coupable peut-
être , ne pouvait nous trouver insensibles. Aussi , à
peine eut-elle péri sur l'échafaud, le mercredi des cen-
dres 1^87, à quatre heures du matin, qu'il parut de
tous côtés une suite de drames sur ce terrible sujet.
Le plus ancien que je connaisse, est celui de Mont-
Chrestien. Sou Écossaise, ou le Desastre , 11 est autre
chose qu'une succession de Fougues et froides conver-
sations , dénuées de naturel, eut remêlées de chœurs a
la manière antique.
La tragédie dédiée par Regnault au cardinal de Ri-
chelieu , est bien supérieure , non-seulement au drame
de Mont-Chrcstien , mais encore à toutes les pièces sur
< B -ujet, qui . avant la tragédie de M. Lebrun, avaient
LITTÉRATURE. 149
«Ité produites sur notre théâtre (1). Il y aurait peut-
être fort peu de changemens à y faire , pour la représen-
ter a uj ou rd'hui avec quelque succès. Tes trois premiers
actes comprennent la conspiration du duc de Norfolk
en faveur de Marie, et sa condamnation par les États ;
les deux derniers, la condamnation et la mort de Marie.
On aimera peut-être à retrouver ici le monologue
d'Elisabeth au cinquième acte : il est assez intéressant,
comme point de comparaison. L'ordre de l'exécution a
été donné ; Elisabeth, incertaine , la désire et la craint ;
elle s'écrie :
Quoi ï souffrant le succès d'une telle advanture .
Veux-je ensemble offenser le ciel et la nature?
Quoi ! veux-je, en violant, toutes sortes de droits,
Arrouzer l'eschaiaut du sang mesme des rois?
Mon La postérité souillerait ma mémoire
Sur le sujet sanglant d'une tragique histoire,
Et noircirait ma vie, afin de se venger
Du trophée odieux que l'on va ru'ériger.
Mais, sonffrirai-je aussi qu'à mon désavantasr
Et par ma lâcheté ma gloire se partage;
Que mon superbe empire adore deux soleils,
Et reçoive le jour de deux astres pareils?
De mouvemens divers, je me sens combattue :
L'ambition m'anime, et la crainte me tue.
Chaque penser que j'ai me plaist et me déplaist.
Depuis que j'ai donné ce rigoureux arrest.
Mille appréhensions me repassent dans l'ame;
Je romps incessament les desseins que je trame;
Je rêve , je médite ; et de tous les costèz
Je ne puis découvrir que des extrémités.
(1) J'ai trouvé cette tragédie dans une collection en ifo vo-
lumes in-4°, qui renferme, par ordre de matières , toutes les tra-
gédies de divers auteurs, sur un même sujet, qu'on a pu ras-
sembler. On y voit, par exemple, plus de vingt tragédies
d'OEdipe; et plus de dix volumes, sous les titres de IVlédée , de
i5o LITTÉRATURE.
Dans ce dédale obscur où ma raison se trouve ,
Je quitte un sentiment, sitôt que je l'approuve;
Je veux perdre Marie, et je ne le veux pas :
Je crains également sa vie et son trépas....
Je serais porté à croire que Schiller a pu avoir
quelque connaissance de cette pièce , à laquelle parais-
sent avoir été empruntées plusieurs des situations du
poëte allemand , et tous ses personnages. Le comte de
Kent, le comte de Shrewsbury , Melvil , Amias Paulet 7
l'ambassadeurde France Pomponne de Bellièvre, se re-
trouvent avec les mêmes traits dans la pièce de Schiller
et dans celle de Regnault. On doit bien plus féliciter Re-
gnault d'une telle ressemblance, qu'en accuser Schiller.
Les pièces de Rotrou et de Regnault nous prouvent qu'on
était alors dans une bonne route. Les fades et insipides
galanteries de Louis XIV ont amolli , depuis , la trempe
vigoureuse du caractère français , et la nature fut
trop souvent sacrifiée au goût de la cour. Il fallait
tout le génie de Racine pour créer Athalie et Britanni-
cus dans un tel pays, et avec de tels hommes.
Plusieurs tentatives gnt été faites postérieurement.
Boursaut a traite le même sujet, avec l'absence de ta-
lenl tragique qui le caractérise toujours.
Une Marie Sluart anonyme, repré>rnt<;c en 1734,
ne vaut guère mieux que la sienne.
Enfin, M. Lebrun est venu, et. nous a donnésa Marie
Stuart qui restera certainement au théâtre. Puissent
ses premiers sucées n'être que l'annonce de travaux
plus solides, et d'une gloire plus vraie encore !
J.-A. BuCHOfT.
la liuuil.-, etc. Cette collection curieuse est en vente chez
M. Royer , rue du Pont-dc-Lodi , n° j. Elle serait excellente
;« place! dans lu bibliothèque «le l*oo de Qoadeux thciUrcs fiançai».
LITTERATURE. i5i
VWVWWVVWWVW\AW»WVV\/*VWV
LITTÉRATURE ANGLAISE.
Poems descriptive of rural life and scenery, by
John Clare ^ a Northamptonshire peasant;
Poèmes descriptifs sur la vie champêtre et les
beautés de la campagne; par John Cl are,
paysan du comté de Northampton (i).
Ces poésies, remarquables par leur simplicité, parle
charme des descriptions et l'harmonie des vers , sont
précédées d'une introduction qui renferme plusieurs dé-
tails curieux sur l'auteur, et ajoutent encore à l'intérêt
de cet ouvrage. Nous en donnerons quelques extraits.
John Clare, auteur de ces poésies, naquit à Help-
stone , près de Péterborough, comté de Northampton ,
le i3 juillet 1793. Il est fils unique de Parker et d'Anne
Clare, qui habitent le même village , et y ont toujours
vécu dans une extrême pauvreté. Parker Clare trou-
vait cependant moyen de gagner sa vie , en se louant
comme laboureur chez les fermiers du voisinage ; mais
un rhumatisme dont il fut attaqué , à l'époque de la
moisson , le mit hors d'état de travailler, et même de
se mouvoir sans aide. Il eut recours à la générosité de
lord Milton qui l'envoya à l'infirmerie de Scarborough,
où. il éprouva bientôt un grand soulagement. En re-
tournant chez lui, il voulut faire une partie de la route
à pied , afin d'éviter la dépense. La fatigue et le mau-
vais tems lui rendirent ses douleurs, et le réduisirent
à un état plus déplorable que jamais. Il est mainte-
nant perclus de tous ses membres et a la charge de la
paroisse, qui lui accorde cinq schillings par semaine.
John Clare a toujours demeuré chez ses parens ; là ,
(1) Londres, 1820. 1 vol. iu-8°. M. Taylor. Prix, 5 sch. 6 pen.
l5a LITTÉRATURE
il a vu la pauvreté sous ses formes les plus hideuses.
Aussi , lorsqu'il eu parle, comme dans son ode à l'A-
bondance, page 48, il ne peint point des maux ima-
ginaires, mais le tableau de ce qu'il a constamment
éprouvé ou senti.
« Oh ! tristes enfans de la pauvreté I s'écrie— t—iï ,
victimes condamnées au malheur ! qui pourrait pein-
dre les tournions de ceux que le chagrin et le besoin
assiègent tour à tour ? La honte et la timidité font ca-
cher tant de souffrance ; et celui qui l'éprouve , en
connaît seul l'amertume. »
D'après l'état de misère de ses parens , il peut sem-
bler extraordinaire que Cl are ait trouvé moyen d'ac-
quérir quelque savoir. Ce fut en travaillant fort jeune
comme garçon de charrue , et en aidant son père soir
et matin à battre le bled , qu'il put gagner assez d'ar-
gent pour s'instruire. Le travail de huit semaines lui
rapportait généralement dequoi payer un moisd'école;
et dans le cours de trois ans, il reçut à différente! épo-
ques assez d'instruction pour lire très bien dans la Bible.
Il déclare qu'il doit beaucoup aux encouragemens de son
maître^ de qui il obtenait quelquefois six sous par se-
maine, en récompense de son application. Il lui en
donna même un jour jusqu'à douze, pour avoir récité
par cœur le troisième chapitre de Job. Clare employa
co> petites sommes i s'acheter quelque! livres.
Lorsqu'il sut passablemenl lire , il emprunta d'un
de ses Compagnons l'oUvrage favori des enfans, Robin-
»oa Crusoé, et cette lecture augmenta encore son désir
de s'instruire. Il avail traite ans, lorsqu'un autre de
camarades lui montra les Saisons de Ihomson (1).
(1) Il esl aises remarquable que et* fui aussi i.« lecture au Saû
00 a qui excita dans futOC de Robert Rloomfiild son premier
LITTERATURE. i53
tls travaillaient alors ensemble dans les champs ; et ,
plus d'une fois , Clare quitta ses travaux pour parcou-
rir ce poëme, qui éveilla dans son ame la passion de
la poésie. 11 résolut d'avoir cet ouvrage en sa posses-
sion ; et dès qu'il eut épargné un schelling pour Tache-*-
ter, il partit pour Stamford de si bonne heure , qu'au-
cune des boutiques n'était ouverte lorsqu'il y arriva :
c'était par une belle matinée du printems. Lorsqu'il
eut fait son emplette, en traversant pour retourner
chez lui le beau parc Burghley, il composa sa première
pièce de vers qu'il appela « Promenade du matin. »
Celle-ci fut bientôt suivie de la «Promenade du soir, »
et de quelques autres pièces fugitives.
Il y a maintenant treize ans que Clare composa son
premier poème. Pendant tout ce tems , il a continué
à cultiver secrètement son goût et son talent pour la
poésie , sans un seul encouragement, et sans la moin-
dre perspective de récompense. Combien cette passion
devait-elle être pure et forte, dès son origine, puis-
qu'elle a pu se soutenir tant d'années au milieu du
besoin , de la peine et d'une misère sans espoir! On
imaginerait que les travaux de Clare dans les champs,
et dans tontes les saisons , auraient dû le dégoûter des
objets qu'il admirait d'abord: mais, loin de haïr la cam-
pagne comme Je théâtre de ses fatigues et de ses souf-
frances, il peint ses beautés avec délices , et l'on sent
en le lisant qu'il lui a dû de vives jouissances.
Ce fut par un incident assez bizarre que ces poésies
furent publiées. En décembre 1818, M. Edward Drury,
libraire de Stamford, trouva par hasard le sonnet
penchant pour la poésie. Cet homme, non moins extraordinaire
que Clare, était simple garçon chez un fermier, et il composa un
poème intitulé The bar mer s Boy, le Garçon de Ferme , où il
décrit tous les travaux des champs.
i5j LITTÉRATURE.
adressé au soleil couchant , écrit sur un morceau de
papier qui servait d'enveloppe à une lettre, et signé
John Clare. S'étant informé du lieu où résidait l'au-
teur, il alla à Helpstone où il vit quelques autres
pièces de vers dont il fut fort satisfait. A sa demande ,
Clare rassembla ce qu'il avait écrit , et ces poésies fu-
rent envoyées à Londres, où l'éditeur choisit celles qui
composent ce volume. Le manuscrit original est entre
les inaius de MM. Tayloret Hessey (i).
Les poésies de Clare sont presque toutes du genre
descriptif; sa vie et ses habitudes champêtres lui ont
donné un grand avantage sur ces poètes qui chantent
les plaisirs de la campagne au milieu du tourbillon des
villes , et ne tracent qu'une esquisse sans couleur et
sans vie de ces beautés toujours si animées et si riantes.
Clare a observé la nature jusque dans ses moindres dé-
tails , et il la dépeint avec une admirable richesse d'ex-
pressions. Tout fait image dans sa poésie ; c'est une
scène mouvante et variée. Si quelque objet qu'il ne
peut définir dans le langage ordinaire attire son atten-
tion , il essaie d'en donner l'idée par une tournure de
phrases souvent aussi heureuse qu'elle est singulière.
C'est ainsi qu'il fait quelquefois un verbe d'un subs-
tantif ou d'un adjectif ( hardiesse qui est petit** être
plus supportable dans la langue anglaise que dans la
nuire ).
Lorsqu'il décrit une soirée d'été , il ne manque point
de remarquer a?6G Shakc-pca re le vol du corbeau vers
(i) L'écriture en est bardie.el lisible. Il contient plusieurs poè-
mes qui n'ont pas été compris dans cette première publication ,
linsi que des lettres et une liste de ses liyrcs. Ces derniers sont
presque tous des ouvrages de poésie j mais il <st remarquable
qu il- "ni l.i plupart de l'école de Tope, à laquelle Clare n'a pas
emprunté une seule image , et à peine une sfcule expression.
LITTÉRATURE. 1 55
son nid, le chant de ralliement de la perdrix, l'hiron-
delle se reposant sur le sommet des cheminées , la
chauve-souris commençant ses cercles aériens, les sauts
delà grenouille effrayée , « qui fait jaillir du gazon, ou
* du calice de la fleur, la goutte de rosée qu'elle ren-
» ferme. Maintenant le brouillard bleuâtre s'étend le
» long des plaines et des collines , et l'oiseau a cessé
>» de faire entendre ses chants. Les fleurs se courbent
» sur leurs tiges, et semblent se livrer au sommeil.
» Les marguerites se referment ; le bouton d'or ras-
» semble ses feuilles pour empêcher que la rosée du
» soir ne souille son éclat : la rose et le chèvrefeuille
» attendent les sourires du matin. »
Cette faible traduction ne peut que rendre bien im-
parfaitement la grâce de l'original , qui possède ce
grand charme si difficile à trouver dans la poésie des-
criptive ; celui d'animer ses tableaux , et de les faire
apparaître à l'imagination du lecteur.
Les meilleures pièces de vers de ce recueil sont celles
qui sont intitulées : « Midi, — la Matinée de la Mois-
son » ; les lignes écrites sur le tombeau d'un enfant ,
celles qui sont adressées à une marguerite du mois
d'avril , « le Soir d'été» , « la Matinée d'été», « les
Premières lueurs du génie » , et « les Sonnets » (i). S.
(i) La vente de cet ouvrage est entièrement au profit de l'au-
teur. L'éditeur espère que les lecteurs de ces poésies ne borne-
ront pas leur encouragement à quelques louanges stériles, mais
qu'ils s'empresseront de seconder ses louables intentions ; il prie,
en conse'quence , les personnes qui voudraient secourir l'infor-
tuné* poète , de ne pas le faire de suite, et partiellement , mais
de manière à lui assurer une aisance honnête et durable. On pro-
pose d'ouvrir une souscription pour Clare: l'estimable éditeur
de ses œuvres, et quelques hommes de mérite, qui s'intéressent
à lui, se chargent de surveiller l'emploi des sommes rennes.
vvvvvvvvvvvvvvv\\^>v\^<vvvvvvvvvvvvv^^lvvvvv^^/vvvvvvvvvv^
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMÉRIQUE.
ÉTATS-UNIS.
i. — A Topographical Description oj thc State oJ'Ohio, lu
fîiaua tcrritory, and Loiiuui/ia, etc. — Description topographique
de I*Etat de L'Ohio, du territoire d'Indiana et de la Loui-
siane, etc., à laquelle on a joint l'intéressant journal de M. Chas:
Le Raye , captif chez les Sioux ; par un ancien officier de l'armée
des Etats-Unis. Boston, in-12, avec grav., 181a.
2. — f^'wws of thc Ctimpaigns oj the norlh-weslern armj , etc.
— Aperçues des campagnes de l'armée du nord-ouest ^contenant
des de'tails sur les campaguesdes généraux Hull et Harrison , avec
une relation intéressante du combat naval livre sur le lac Eric,
des anecdotes militaires, etc. Par vSamuel H. Browk. Troy,
l\ew-York. 1 vol. in-12, 181 \.
3. — Le.tlers front the south , writlen tluring an excursion m
the summer of 1816, etc. — Lettres écrites du midi, durant une
excursion dans cette partie pendant l'été de 1816. Par l'auteur*
de John Bull et de Brothcr Jonathan. New-York, 2 vol. in-12,
1817.
{: — Lettersjromthe Sritish Seulement in Pennsylvania, etc. —
Lettres de l'établissement britannique en Pensyrranie, auxquelles
on a joint la Constitution des Etats-Unis el celle* de la Pensyl-
ranie, et des extraits des lois concernant les étrangers el les ci-
toyens naturalisés. ParC. B.Jounsow, M. 1). Philadelphie, 1 vol.
in-12, avec une carte, 1819.
5. — A llistory of JS'irginia ftom ils discovery ta the year
ij8i, etc. — Histoire de la Virginie depuis sa décourerte jusqu'en
1781, avec des aperçus biographiques sui les personnages les plus
distingués, lorsqu'elle était colonie anglaise, et pendant et après
la révolution. Par J. AV. Campbeu. Philadelphie j in- 1 .» , iSi.'i.
1 Nous indiquerons , par un astérisque f* placé à c^té du titre
de chaque ouvrage, ceui des livres étrangers on français qui
paraîtront digues d'une attention particulière , el dont nout
rendrons quelquefois compta dans la section des analyses.
LIVRES ÉTRANGERS. i57
6.— Sketch of the internai improvements already made by
Pennsylvania , etc. — Aperçu des améliorations intérieures intro-
duites en Pensylvanie, etc.; orné d'une carte de cet Etat. 2e édi.
tion revue et augmentée. Par Samuel Breck , membre du sénat
de Pensylvanie , etc. Philadelphie; in-8°, 1818.
7. — Historical Memoir of the war in Jf^est Florida and
Louisiana in i8i4~i5, etc. — Mémoire historique de la guerre
dans la Floride occidentale et la Louisiane en i8i"4-i5, avec un
atlas; par le major A. Lacarrière Latour, ingénieur en chef
du 7e district militaire de l'armée des Etats-Unis ; écrit d'abord
en français , et ensuite traduit en anglais par H. P. Nugent, esq.
Philadelphie ; in-8°, 1816.
8. — Blunts' strangers' guide to the city of New- York , etc.
— Le Guide des étrangers à New-York; par Blcnt. Orné d'un
plan de la ville et de vues des monumens publics. New-York;
1 vol. in-12, 1817-
EUROPE.
ANGLETERRE.
9. — Prince Maximilian's travels in Brazil , during the years
T 8 1 5 , 1816 and 1817, handsomely printed in-quarto , with maps ,
and numerous engravings. — Voyages du prince Maximilien dans
le Rrésil, pendant les années i8i5, 1816 et 1817. Vol. in-j0,
orné de cartes et de nombreuses gravures. Londres, 1820. Col-
burn. C'est la traduction de l'ouvrage que nous avons annoncé
( tom. V, pag. 554 )•
10. — Travels in the interior of^4frica to the sources of the
Sénégal and (Jramhia . undertaken by order of the french govern-
rnent, and perjormed in 1818, by G. M. Mollien. Edited by T. E.
Bowdich, Esq., conductor of the mission to Ashantce. Printed
uniformly with Park's travels, in-quarto, and illustrated with a
rnap and numerous plates. Price 2 1. 2 s. — Voyages dans l'inté-
rieur de l'Afrique aux sources du Sénégal et delà Gambie , entre-
pris par M. G. Mollien, en 181 8, d'après l'ordre du gouverne-
ment français. Editeur T. E. Rowdich, Esq., chef de la mission
envoyée à Ashantie. Même impression que les Voyagesde Mungo-
Park. Londres, 1820. Colburn; in- 40; ornés d'une carte et de
plusieurs gravures. Prix : 2 1. a si». , cartonné. (Voyez ci-dessus,
i58 LIVRES ETRANGERS.
pag. 98, le compte rendu de l'ouvrage original dont nous annon-
çons ici la traduction. )
ii. — Privale Education; or a practical plan for the étudies
ofyoung ladies , with and address to parents , private governesses,
and their pupils : by Elizabeth Appletox. — Education particu-
lière , ou Plan pratique pour les études des demoiselles ; dédié
aux parens , aux institutrices et à leurs élèves: par Elizabeth
Appleton. 2e édition. Prix : 7 shellings et demi. — Londres, 1820.
Colburn, libr. Cet ouvrage est un Manuel d'éducation littéraire
et morale.
12. — New Letters front lord Chesterfield to A. C. Stan-
hope , esq., relative to the éducation ofhis Lordship's godson, Phi-
lip , the late Earl, now Jïrst published front the originals. Second
édition. — Nouvelles Lettres de lord Chesterfield à A. C. Stan-
hope , écuyer, relatives à l'éducation du filleul de sa Seigneurie,
Philippe , dernier comte de ce nom : publiées, pour la première
fois , d'après les lettres originales. Seconde édition, in- 12. Prix :
cinq shellings.
i3. — George the third, his court and famil.y : embellished
with eighteen portraits. — Georges JI1, sa cour et sa famille \
2 vol. in-8°, ornés de 18 portraits. Londres, 1820, Henri Col-
burn. Prix: 28 shel., cartonné.
Cet intéressant ouvrage renferme plus d'anecdotes originales
concernant d'illustres personnages , qu'aucun de ceux qui ont
déjà été offerts à la curiosité du public. On y trouve aussi plu-
sieurs de ces traits caractéristiques qui ont particulièrement
distingué le dernier roi d'Angleterre, pendant un règne si long
et si fertile en événemens.
i.j. — Memoirs cftb.e laie <]uc<n , front aullientic documents;
by John Watkins. — Mémoires de la feue reine, d'après des
documens authentiques ; par John Watkins , auteur de la f^ie
de Sheridan , du Dictionnaire biographique-, etc. : contenant de
nombreuses anecdotes propres a mettre au grand jour lllistoire
Secrète de la cour d'Angleterre, pendant les cinquante ans qui
viennent de s'écouler. Ln gros vol. in-8°, orné de portraits et
autres gravures. Prix : i5 shellings, cartonné*
1 :>■ — 1 fiankxin's Memoirs, comprisinghis posth unions Wlitingt
publUhedfrom the originals. — Mémoires de Franklin, renfermant
LIVRES ÉTRANGERS. i59
ses écrits posthumes, publies d'après les originaux par son petit-
fils William Temple Franklin, esq., 5e et 6e vol. in-8°.
Les Mémoires du docteur Franklin sont maintenant complets ,
en 3 vol. in-4° , ou en 6 vol. in-8°. Prix : 3 liv. 12 shel. Chaque
partie se vend se'parément.
16. — Country- Neighbours-, and the Shipwreck; by miss
Burney, autlwr of Clarentine , etc. — Les Voisins de campagne ,
et le Naufrage ; par mîss Burney, auteur de Clarentine et de
plusieurs autres ouvrages. Londres, 1820. Colburn ; 2e édition ,
3 vol. Prix : 24 shel.
1^. — Allàsotv's picturesqueviews of the celé brated antiquitiesof
Pola , in I stria. — Vues pittoresques des célèbres antiquités de
Pola en Istrie , gravées par W. B. et G. Cooke , H. Moses et
C. Armstrong , d'après les dessins de Th. Allason , architecte.
Un vol. grand in-fol.; prix: 90 fr. et i32 fr. papier français. Lon-
dres, Murvay.
Ce volume renferme i£ belles gravures ou plans de toutes les
antiquités qui existent à Pola. Elles ont été rarement visitées , et
cependant elles méritent bien de fixer l'attention de l'antiquaire,
tant par leur beauté que par le goût singulier qui a préside à
leur construction. L'amphithéâtre surtout excite l'admiration :
c'est un édifice magnifique, et le plus complet de tous les chefs-
d'œuvre d'architecture antique qui nous restent en Europe.
L'arc de triomphe est moins grand que ceux de Rome , mais il
les surpasse sous le rapport de l'élégance et de la régularité. Le
temple d'Auguste fait également honneur au siècle où il fut
construit. Ces trois grands objets, et d'autres ruines moins impor-
tantes, sont représentés dans l'ouvrage de M. Allason, avec
toute l'exactitude dont l'art du dessin est susceptible.
ALLEMAGNE.
18. — lissai d'un exposé geognostico- botanique de la flore
du monde primitif, par Gaspard, comte de Steïwberg , traduit par
M. le comte de Brat, ministre de S. M. le roi de Bavière, prés
S. M. l'empereur de toutes les Russies , et président de la Société
botanique tte Ratisbonne, etc. Un vol. in-fol. avec i3 gravures
enluminées. Leipsick, Fred. Fleischer. Londres , Paris et Stras-
bourg, Treuttel et Wurtz. Prix : 24 fr.
,6o LIVRES ÉTRANGERS.
L'auteur de cet ouvrage est célèbre parmi les naturalistes.
Propriétaire Je mines <le charbon étendues, situées en Bohême ,
il a eu occasion d'observer exactement la formation du charbon
déterre, et de se procurer une collection précieuse d'exem-
plaires d'arbres et de graines fossiles , et d'empreintes caractéris-
tiques appartenant à la Flore du monde primitif. Il s'est donc
proposé de présenter, dans une suite de cahiers qui paraîtront
successivement et dont nous annonçons le premier, le résultat
des recherches et des observations qui l'ont occupé pendant
quinze ans. Son principe est que la forme de la végétation du
globe a subi les mêmes changemens que la surface , et il croit
reconnaître trbié différentes époques de la végétation. Les obser-
vations qui servent à démontrer ce fait, sont décrites avec sim-
plicité et clarté. Le nombre des cahiers qui suivront celui-ci ne
peut être exactement fixé. L'auteur a rassemblé les matériaux
pour quatre cahiers. La présente livraison contient treize plan-
ches , gravées par le célèbre dessinateur de plantes M. Sturn, et
coloriées avec là plus grande délicatesse.
ic). — AJilitaeriscJie Blaetter, etc. — Feuilles militaires- ouvrage
périodique rédigé par F. de Mauvillon , colonel au service de
S. M. le roi de Prusse • chez Baedecker, libraire à Essen ( Bas-
Rhin ). — A dater du icr janvier 1820, il paraît, tous les mois,
un cahier de ce recueil ; 12 formeront un vol. Prix d'abonne-
ment par année , 5 écus de Prusse.
Il manquait à l'Allemagne un ouvrage où l'ensemble des sciences
militaires fut présenté, dans Pétai dg perfection auquel il est
parvenu ; une collection où toutes les observations, fruit d'une
expérience de trente ans de guerres, fussent consignées. C'est ce
iju'<*nir»-pi tiitl un officier distingué par son mérite et ses pro-
fondes connaissances, qui s'est associe- des collaborateurs aussi
nombreux que marquans. Non-seulement le but de cet ouvrage
périodique <ist d'offrir un tableau «lu passé . el d'exposer les pro-
grès des différentes branches de l'art militaire; mais aussi de
seconder le mouvement d'amélioration qui leur < >sl imprimé
cites toutes les nations civilisées. La théorie <t la pratique, les
innovations, les projets , les décoUI rites , la littérature mili-
l.iiie, doivent être traités successivement el selon un ordre sys-
'iiitu|ue. dans eé nouveau recueil qui pourra mériter le titrt
LIVRES ÉTRANGERS. 161
cl Encyclopédie des sciences militaires. Il était impossible d'at-
tendre un travail semblable d'un seul homme , et aucun traité
particulier ne pouvait atteindre à ce but. Ce n'est donc que par
le concours de plusieurs personnes, que le rédacteur a pu s'enga-
ger dans une aussi vaste carrière; se réservant la direction, le
choix et Tépurement de tout ce qui lui serait offert. Le nom de
M. de Mauvillon, connu dans les annales littéraires, faisait
déjà présumer avantageusement des succès de son nouvel ou-
vrage ; les deux cahiers qui ont paru justifient complètement
l'attente publique. L'ordre , un jugement excellent, un style
parfaitement approprié aux matières et, surtout, une noble im-
partialité des opinions justes et éminemment libérales, carac-
térisent cette production littéraire et scientifique.
Le rédacteur aborde avec franchise, dans un des numéros pré-
cités, une question qui a depuis été traitée en France: les Ray-
ports du militaire avec le gouvernement constitutionnel. Il la
traite avec force et habileté, et il prouve que les sentimens libé-
raux, communs à tous les pays et à tous les Etats , seront tou-
jours la base la plus solide des gouvernemens , et le plus ferme
appui des institutions sociales. Non-seulement l'ouvrage de M. de
Mauvillon est précieux pour l'Allemagne- mais il offre également
aux militaires de toutes les nations une source de connaissances
générales, et un moyen d'approfondir les branches auxquelles
ils se sont particulièrement voués. Alex, de Novilli-.
20. — Snells kurzer ylbriss (1er Oeschichte der Philosophie. — >
Précis de l'histoire de la Philosophie. 2e partie , contenant l'his-
toire de la philosophie du moyen âge et des tems plus modernes ;
par J. F. Snell. Giesen, 255 pages, 1819.
Ce second volume de l'histoire abrégée de la philosophie forme
le tome 8r du Manuel de philosophie , publié successivement par
les deux frères Snell, dans le dessein d'offrir un ouvrage élémen-
taire aux personnes qui ne font point de la philosophie l'objet
spécial de leurs études. Considéré sous ce point de vue , le \<>
lume que nous annonçons mérite les plus grands éloges. L'auteur
a indiqué avec justesse et clarté le caractère et les principes tics
différens systèmes qu'il avait à développer. Il divise son histoire
de la philosophie du moyen âge en trois sections : philosnpbie
scholastique , systèmes renouvelés des Grecs, philosophes indé-
TOME Vf. II
i62 LIVRES ÉTRANGERS,
pendans des anciens systèmes. L'histoire de la philosophie m-
dénie se compose également de trois divisions. Dans la première,
l'auteur analyse les systèmes de Descartes, Malebranche , Spi-
nosa , Hobbes , Locke, Berckeley , Leibnitz , Wolf et plusieurs
autres. La seconde comprend Hume, Hartley, Priestley, Con-
dillar, Robinet, Voltaire ; les encyclopédistes, Lambert, Basedow,
Mendclsohn , Eberhard , Tetens , l'eder, Lossius. Enfin , la troi-
sième offre le tableau de la révolution opérée par Kant, avec le
développement des systèmes et des idées de Reinhold, Beck ,
Scbulze, l'ichte, Schelling, Bouterweck , Bfrdi et Jacobili. L'ou-
vrage est terminé par une table analytique des meilleurs ouvrages
sur les différentes parties de la philosophie.
•2i . — Pries System der Logik. — Système de Logique , par J. Y ■
li us. Heidelberg , 18199 648 pag. in-8°, -2e édition.
Cet ouvrage tient sans contredit un des premiers rangs parmi
les Traités de Logique de l'Ecole de Kant. L'auteur qui , dans ces
derniers tems, s'est acquis une nouvelle célébrité par son carac-
tère et ses opinions politiques, a su donner un intérêt particulier
à son système de logique, et en faire disparattre la sécheresse
ordinaire à ces sortes d'ouvrages, en alliant, beui eu sèment sa
doctrine avec le développement des principes de la psycologie.
On ne saurait contester qu'une théorie de la nature intime de
l'esprit, une explication de l'organisation et des phénomènes de
la vie spirituelle, ne soient la base nécessaii ede la véritable logique.
C'est sous ce rapport, surtout, (pie le travail de INI- Fries mérite
les plus. grands éloges. In style clair et précis, no langage pur
et facile , ajoutent encore au mérite d<' L'ouvrage.
32. — Sibyllinische Blaetter des JMàgus in Vfcrden. — Oracles
sibyllins du mage du nord, publiés par F. Cramer. I d \"l in 8°;
366 pages. Leipsick, Brockhaus.
Le nom de Mage «lu nord esl donne à Jean ( ieorge llamann. de
K.cenigsberg , connu eu Allemagne par son esprit excentrique ,
par ses originalités! sa \ie presque vagabonde <\ ses écrits d [>eu
près inintelligibles. Aussi , de Bon rivant . ne fit-on pas grand «ai
de ces dernici>. 11 mourut en 178S, après avoir OCCUpé en dei
nier lieu la place de garde-magasin , dans sa \ ille natale. Toute-
fois, ses écrits renfermenl d. s pensées sublimes \ el des hommes
tels (pie Goethe, Herder, Jacobiet J.-P. Richter, eu ont su appre
LIVRES ÉTRANGERS. i63
cier le mérite. C'est sous les auspices d'autorités aussi impo-
santes, que M. Cramer de Halberstadt n'a pas hésité de tirer de
i oubli les productions de ce génie fécond, en recueillant, dans
dix-sept ouvrages différens qu'il a produits, un nombre considé-
rable de passages piquans, ou plutôt d'aphorismes philosophiques
et politiques , qui forment le contenu du présent volume. Tout
porte à croire que celui-ci ne sera que l'avant-coureur d'une col-
lection complète des OEuvres de ce littérateur singulier.
23. — Raupachs dravimatische Dichtungen. — Poésies dra-
matiques de D.-E. Raupach, conseiller aulique et professeur
d'histoire à Pétersbourg. 458 pages in-8°. Liegnitz, Kuhlmey.
L'auteur qui offre ici les premiers essais de sa muse drama-
tique, sort de la classe de ces écrivains modernes contre lesquels
tant de justes plaintes se sont élevées, et que l'on accuse d'avoir
contribué à la décadence de l'art dramatique en Allemagne.
Bien éloigné de leur mauvais goût , M. Raupach suit les préceptes
de l'ancienne école, et ses ouvrages méritent un rang distingué
parmi les productions dramatiques de nos jours. Ce volume con-
tient trois pièces: Timoléon, Laurent et Cécile et les Princes
Chawansky. Les deux dernières pièces sont des tragédies , et la
première est un drame , pour lequel l'auteur a adopté la forme
des ouvrages dramatiques des Grecs. Toutes les trois pièces sont
u'crites en vers.
2 j. — Kadmus oder Forschungen in den Dialekten des Sentie
tischen Sprachstammes. — Radinus, eu Recherches sur les dia-
lectes de la famdle des langues sémitiques ; par le docteur Fré-
déric Stckler. lre partie , explication de la Théogonie d'Hésiode.
Hildburghausen , 1818, in-/f°.
M. Sickler, connu par un grand nombre d'ouvrages d'érudi-
tion , a entrepris d'expliquer la mythologie «les Grecs parles éty-
mologies prises dans les langues de la famille sémitique, c'est-à-
dire phénicienne. L'auteur fait observer qu'Hérodote ne dit nulle
part que les Grecs, quoique redevables aux Egyptiens d'une
partie de leur culte, aient emprunté à la langue égyptienne les
noms de leurs dieux- tandis qu'il est constant que des peuplades
sémitiques, surtout les Phéniciens, ont porté de bonne heme en
Grèce leur civilisation et leurs usages religieux. En conséquence,
M. Sickler se croit fondé à rechercher, dans ce qui nous reste
II*
,64 LIVRES ÉTRANGERS.
des langues st-mitiques, entre autres dans l'hébreu, l'origine du
culte des Grecs. La dissertation sur KaJmus n'est que la pre-
mière partie de ce grand travail. 11 explique non-seulement chaque
nom de divinité grecque par un nom correspondant en hébreu ;
niais de plus il montre la correspondance de ces mots pour arriver à
un système , véritable but de ses recherches. Ce système consiste
à découvrir dans la mythologie grecque une cause complète et
physique et de cosmologie. En voici un petit exemple : Goia, qui
est la Terre des Grecs, répond , selon M. Sickler, au mot hé-
braïque Ckhaia, dont la racine signifie vivre ou animer; d'où
Tailleur conclut que Gaia représentait le principe procréant.
C'est ainsi que L'auteur cherche à expliquer toute la mythologie.
Son système n'a peut-être pas le mérite de la nouveauté ni la soli-
dité d'une vérité démontrée • mais il est soutenu par une grande
érudition. M. Sickler a joint à sa dissertation uu tableau compara-
tif des mots les plus ressemblans en grec et en hébreu.
25. — Die. Weroglyplwn im àem Mylhus des Alsculapius- —
Les Hiéroglyphes de la fable d'Esculape, avec deux dissertations
sur Dédale et sur l'Art plastique chez les Cananéens ; par le doc-
teur Sickler. Memmingen, 1819.
Ce Mémoire est une suite du précédent: l'auteur y applique sa
métuodj et son système à tout ce que les auteurs et les monu-
mens anciens rappellent relativement au culte d'Esculape. Il
retrouve dans 1rs langues et chez les peuples sémitiques tous les
noms qu'on donnait à ce dieu , toutes les opinions sur les attribu-
tions de ce dieu , et tous les usages de son culte. 11 paraît que
l'auteur a préparé en manuscrit des travaux semblables sur le»
autres divinités des Grecs.
SUISSE.
«jf>. — Och's (îcsrfiirhlf (1er Starft wid Landschaft Base!. —
Histoire do la ville de BÉla cl dea contrées qui y appartiennent;
par Pierre Ochs. 3 e vol. B;1le , l6lQ> tiio pages in-8°.
L'auteur de cet intéressant ohm âge a travaillé d'à près les docu-
Btens authentiques que lui fournissaient le. s archives du pays. Son
ityk aat impie et grave; il ne cherche point à plaire à des lec-
teurs frivoles. Sou seul but est d instiuiie. (Je .V volume com-
prend L'espace qui s'étend depuis iji>i jusqu'en ij^S; on y
LIVRES ETRANGERS. i65
trouve une foule de particularités peu connues sur le célèbre
concile de Bâle, la bataille de Saint-Jacques, les négociations
avec le dauphin qui en furent la suite , ainsi que des détails très
étendus sur l'irruption des Armagnacs et la peste de 1439. L'au-
teur a joint à chaque période de son histoire , des observations
sur la législation et les mœurs. Un supplément présente des ren-
seignemens curieux et importans sur les actes du concile, qui
sont déposés dans les archives de Bâle.
ITALIE.
27. — Saggianalitici. — Essais analytiques sur les eaux miné-
rales du territoire de Pozzuoli , etc. ; par François Lakcellotti ,
professeur de chimie appliquée aux arts, dans l'Université de
Naples. — Naples , 1819, in-4°.
Cet ouvrage présente un catalogue très exact des eaux médi-
cinales, nommées vulgairement de Gurgitiello , dans l'île d'Jschia,
et de celles qui coulent dans le territoire de Pozzuoli , savoir :
l'eau de la Pietra , l'eau thermale de Cavalcanti , l'eau de Subveni
homini, celle du Cantarello ou de tulliero , l'eau thermale de
Serapis , et l'eau Media.
28. — Correspondance astronomi'/ue , géographique , hydrogra-
phique et statistique du baron de Zach, avec cette épigraphe :
Sans franc-penser en V exercice des lettres, il n'y a ni lettres , ni
sciences, ni esprit, ni rien. Plutarque. — Gênes, 1820. Chez
A. Ponthenier, imprimeur-fondeur , place Pollaroli , n» 1.
Les premier et deuxième cahiers de 1820 ont déjà été publiés.
Nous avons parlé en détail et avec éloge de cet ouvrage pério-
dique, dans le cours de l'année 1819 (Voy. tom. I, pag. 197-205).
29. — Vwgg'w da Tripoli di Barheria aile frontière occiden-
tali dell' Egitto , falto nel 181 7 dal DTt P. Della-Cella , etc. —
Voyage de Tripoli, de Barbarie aux frontières occidentales de
FEgypte. — Gênes, 1819. 1 vol. in-8°. Pontenier, imprimeur-
fondeur, à Gênes, place Pollaroli, n° 1. (Nous avions annoncé
d'avance la publication de cet ouvrage; tom. III , pag. 582. )
30. — Dirittopublico un'wersale, etc. — Droit public et univer-
sel, ou Droit de la nature et des gens; par Gio: M. LAMPREDi,eto.
Pavie, 1818- 4 v°l- in_80. Chez Gio: Torri.
i% LIVRES'ÉTRANGEHS.
Lampredi avait écrit cet ouvrage en latin. Le Dr Sacchi l'a tra-
duit en italien , pour propager ses principes. Il y a joint aussi des
notes et des éclaircissemens, et surtout relativement aux maximes
(pion a développées après la mort de Fauteur, arrivée en 1793.
3l. — Délia decisione délie cause dubbic , etc. — De la décision
des causes douteuses dans les procès civils • par le C. trancesco-
J^igilio Harbàcovi. Milan, 1817. A. F. Stella.
On observe que l'auteur, dans sa théorie, emploie les prin-
cipes de la justice morale , et néglige entièrement ceux de la jus-
tice dite politique; que , par conséquent, les rapports de l'homme
et du citoyen ne semblent pas trop bien conciliés par lui. Cepen-
dant il arrive souvent que ce qui est juste sous un point de vue,
nV'st pas toujours juste et utile .sous un autre, comme l'a démon-
tré, d après Wolf , le savant professeur G. D. Romagnosi.
3^. — Délia istoria iVltalia antica e moderna , con carte geo-
graûche a tavole incise inrami^dalcau. Luigi Hossi . Sono useiti,
7 volumi:, il totale sarà di i5 vol. — De l'Histoire de l'Italie
ancienne et moderne, avec des cartes géographiques et des gra-
vures, par le chevalier Louis Bossi. Milan, 1819, 7 vol. in-8° , à
(i lr. le vol. , et in- 18 , ; fr. le vol.
•kJ. — Schinfena e Sua. — Poè'me épique de Cavile, contem-
porain d'Os si m , etc. , traduit en vers italiens par Qius. Bel-
lim.kri. Milan, 181 7, chez Placido Maria Visai.
L'auteur de ce poè'me semble travailler pour la propagation d<
la nouvelle école de poésie.
ESPAGNE.
>j. — Tratado sobre les conocimientos que deven acomparuu
a los compradores de seda en rama . etc. — Traité sur les connais-
sances que les acheteurs de soie non filée, DU filée el non tordue,
doivent avoir, et sur les moyens dont ils pourront faire 11 ^;i - «
pour reconnaître les imperfections du filage, par /). Antoine
lli..\s; publie1 par la Société d'agriculture de Parisa. Brochure
in-8°. Madrid, I uenlenebro, 1819.
Le ver â Boie, qui avait été en Espagne , depuis }c s* siècle
l'objet d'une branche d'industrie manufacturière e1 commerciale
considérablement augmentée par les Maures arabes , comment •
1 être négligé sous le yî^iu- de Charles V. Les Jnifn, !<■< Maures
LIVRES ETRANGERS. 167
et les Mauresques avaient été expulsés de l'Espagne, après s'y être
enrichis parles manufactures et le commerce de la soie. Le petit
nombre d'Espagnols qui avaient imite leur exemple, trouvèrent,
dans l'émigration à l'Amérique, un moyen facile de s'enrichir plus
vite ; et le ver à soie subit bientôt la même décadence que toutes les
autres anciennes branches de l'industrie et du commerce. Déjà il
fallut, sous le règne de Philippe II, promulguer quelques ordon-
nances, pour encourager la culture de la soie nationale. Cela ne
fut pas suffisant: la fabrication déclina de manière que, tandis que
Séville a eu, sous le règne de Ferdinand et Isabelle , 16000 ateliers
d'étoffes de soie, l'Espagne entière n'en possède pas autant aujour-
d'hui. En 1619, il y avait encore , dans les deux villes de Séville
et Grenade , 24000 ateliers, et cependant l'ignorance des princi-
pes de l'économie politique lit défendre , à cette époque, l'intro-
duction de la soie non-manufacturée, en permettant l'introduction
des étoffes de soie. D'autres causes encore, dont je ne ferai pas
l'énumération , se sont réunies pour l'anéantissement de cette
branche de l'industrie nationale; mais, les préventions ayant com-
mencé à cesser, et.les lumières à se répandre en Espagne, sous le
règne de Charles III , on reconnut bientôt le besoin de restaurer les
manufactures de soie.
M. Regâs inventa un tour à filer qui, après beaucoup d'expé-
riences comparées avec le résultat des autres tours connus en
France , en Italie et en Espagne , fut déclaré parle gouvernement,
plus simple, moins coûteux et plus propre à filer la soie avec
une plus grande perfection. L'administration multiplia à ses frais
les exemplaires de ce tour, les répandit dans les provinces de
l'Aragon,de Catalogne, de Valence, de Riola , de Cuença, de
Murcie et de Madrid , où on l'employa avec beaucoup de succès,
surtout , depuis que M. Regâs eut été envoyé dans ces provinces
pour y enseigner la manière de filer, et pour faire planter des
mûriers blancs, dont les feuilles sont la nourriture des vers à
soie qui produit celle de première qualité.
M. Regâs, poursuivant ses travaux sur la fabrication de la soie,
parvint à filer, tordre et blanchir celle qui devait être employée
pour la fabrication des bas de soie, avec une telle perfection,
qu'on ne pouvait les distinguer des bas de soie fabriqués à Gan-
ses. Quelque tenu après ( le 26 février 1 788 ), il communiqua
i68 LIVRES ETRANGERS.
ait gouvernement les moyens d'empêcher que les bas de soie ne se
raccourcissent, et ne perdissent leur lustre. Dans le courant de
novembre 1790, il fit voir comment on pouvait donner aux bas de
soie la teinte argentée , d'une manière permanente , et il alla , en
personne, communiquer son procédé aux teinturiers de la ville
de Sarragosse, ainsi que celui pour donner à la soie la couleur
grise et d'autres.
Il fit connaître la manière de faire au métier les mitaines, et
autres ouvrages de velours, qu'on ne connaissait pas encore en
Espagne, ainsi que les moyens d'utiliser la bourre de la soie , en
tissant des bas d'une qualité inférieure. Il fit voir qu'on pourrait
tirer 24000 livres de bourre de soie, chaque année, de l' Aragon.
Il y obtint une seconde récolte de soie, aussi blanche et aussi fine
que la première , au moyen de l'éducation du ver, né à l'époque
de la première récolte, avec la seconde feuille du mûrier blanc.
Charles IV ayant ordonné à la Société patriotique de Madrid
de faire des expériences, pour savoir si la soie pouvait être filée
a près sa préparation dans l'eau froide, et la Société en ayant chargé
M. Regas,l'un de ses membres- celui-ci en fit voir, non-seulement
la possibilité, contre l'opinion commune, mais encore il démontra
qu'en y employant les tours de son invention , le fil est aussi parfait
el aussi fin, que si la soie eût été préparée dans l'eau chaude. Posté-
rieurement, M. Regâs découvrit aussi que la chrysalide pouvait être
détruite au moyen des fumigations, sans que la qualité de la
soie en souffrît 5 ce qu'il pratiqua pour la première fois à Logrogno,
(ii 180.J, lorsqu'il y fut envoyé par le roi, pour encourager, amé-
liorer et perfectionner la fabrication de ce textile dam la province
<fe JAiola.
M. Ilegas, désireux d'augmenter dans si patrie cette branche
d'industrie, écrivit trois petits traités: le premier, sur les pro-
cautions dont on doit faire usage • l'égard des feuilles du mûrier
blanc, employées pour la 1 utnfion du ver à soie , le second , >ur
les opérations relatives à la couvée et à I 1 nutrition du v< r à soie,
• t à l'art de filer la soie; le troisième, sur la manière de recon-
naître les fraudai qui peuvent BVOtt lu ■ dans «< I!. partie.
(à: troisième traite tut Miivi d'un quatrième, qui est eelui que
nous annonçons. Dans celui-ci , M. Regâs explique quelles sont
tairei à ceiui qui achète la soie brute, ou
LIVRES ÉTRANGERS. 169
filée et non tordue ; car l'expérience a fait voir , dit-il, que quel-
ques acheteurs dépourvus de ces connaissances ont paye , en Es-
pagne, au même prix que la soie fine, celle qui n'avait que les
quatre cinquièmes de sa valeur.
« Il convient avant tout, dit notre auteur, que la soie soit
achetée par une personne qui possède un tact fin et délicat : il est
constaté par l'expe'rience, que ces personnes sentent bien plus fa-
cilement que les autres , l'aspérité, la dureté, l'inflexibilité' delà
soie, l'inégalité et les autres imperfections du fil.
« La soie du cocon est toujours blanche ou jaune. C'est une
erreur nuisible que de filer séparément la soie blanche et la soie
jaune : celle-ci prend très bien la Couleur blanche , ou telle
autre que ce soit , lorsqu'elle est mêlée avec un tiers ou un quart
de soie blanche. La soie qui est blanche dans le cocon , n'a pas
autant de vigueur et de force que la jaune ; et, sans le mélange,
l'étoffe sera peut-être d'une blancheur éblouissante , mais d'un
tissu faible: ce qui est reconnu déjà en France , où l'opinion op-
posée, qui avait prévalu pendant très long-tems, a été dé-
truite. »
L'auteur continue son traité, en instruisant les marchands de
soie de tout ce qui peut être utile à leur négoce. La Société pa-
triotique de la ville de Parela , province de Cuença , dont M. Re-
gâs est membre, ainsi que de celle de Madrid et de plusieurs
autres villes, a fait publier ce traité, pour généraliser les ins-
tructions importantes qu'il renferme.
M. Reg&s fut destiné jpar la nature à faire faire des progrès ex-
traordinaires à la mécanique; car non- seulement il a inventé le
tour à filer la soie, mais encore plusieurs autres machines utiles
à l'amélioration de l'agriculture et des arts : nous allons en faire
une briève énumération. 11 présenta à la Société patriotique d'A-
ragon: i° une machine hydraulique, avec laquelle huit pompes
élèvent l'eau au même tems, en se mouvant par l'impulsion de l'eau
elle-même mise en mouvement par un seul homme ; 1.0 une ma-
chine au moyen de laquelle un seul homme scie quatre pierres
avec quatre scies en même tems; 3° une machine pour donner
aux canons de l'artillerie de la marine une direction fixe, malgré
les mouvemens alternatif; des vaisseaux de guerre; \° un bateau
plat portant au moins qnatre canonH , sur Jrqucl l'équipage est
i7o LIVRES ETRANGERS.
à l'abri du canon de l'ennemi , et où les rameurs peuvent facilement
prc'parer leurs armes pour l'abordage • 5° un instrument, nomme'
en espagnol trillo, espèce de traîneau pour battre le ble' , plus
commode et plus efficace que les anciens- 6° et 70 la ebarrue et
le semoir, dont nous avons déjà parle ( T. V , p. ?.ç/> et 297).
M. Regâs a fait dessiner toutes les machines que nous venons
d'indiquer, et il en a répandu les exemplaires graves en taille-
douce. Il est bien à désirer que l'Espagne possède beaucoup
d'hommes aussi utiles à sa civilisation et à son industrie que l'a
été' M. Regàs. .1. A. Llorf.!*te.
PORTUGAL.
35. — Os precursores do Anti-Christo : historia profética dos
mais Jamosos impios que teni liauido desde o cslablecimento da
igreja aie os nossos dias ; o a reuoluzao franceza proj'etizada por
S. Joâo Evangelista , corn, huma disertaedo sobre a vinda ej'uturo
reinado do Anti-Chris io. — Les précurseurs de l'Antéchrist :
histoire prophétique des impies les plus fameux qui ontexisté, de-
puis l'établissement de l'Eglise jusqu'à l'époque de la révolution
française, prophétisée par saint Jean KKvangéliste ; avec une
dissertation sur la vie et le règne futur de Y Antéchrist : Lis-
bonne, in-8° (600 Reis).
C'est la traduction d'un ouvrage français qui parut en 1817,
et qui eut un succès si extraordinaire, que six éditions furent en-
levées en peu de jours. Il paraît que l'auteur a obtenu aussi les
suffrages des Portugais. %
3(>. — Theoria do discurso applicada de Lingua Portngueza ,
em que se moslra a estreita rclac/to c mutua dépendaient dos
qualm sciencias intcllcctuacs , hsabers Ideologia , ( •ramdlira , Lo-
gica, c Hhclorica , por Antonio I.cili I\u:v.ir.o. — Théorie i\u dis-
cours appliquée à la langue portugaise, dans laquelle on dé-
montre l'étroite relation et la dépendance mutuelle des guatre
sciences intellectuelles, savoir : L'idéologie, la grammaire, la
logique et la rhétorique. Par Antoine Leiti Ribeiro. 1 vol. in-8°.
Lisbonne, 1819 (/J80 Reis).
Gel ouvrage élémentaire pour l'étude des belles-lettres, est le
premier qui ait été écrit avec clarté et précision on portugais.
«-1 oui soit digne d'être offert à la jeunesse portugaise qui se de
LIVRES ÉTRANGERS. 171
tine à la carrière littéraire. L'auteur, qui occupe la chaire de
professeur de philosophie, d'histoire et de géographie au collège
royal militaire , a dédié son ouvrage au prince Pedro d'Alcan-
tara.
3^. — Tratado da f^ersiûacûo portugueta. — Traité de la
Versification portugaise , par le professeur Pedro José da
Fonseca. Lisbonne, 1817, in-8° ( 820 Reis).
Ce traité, écrit par un littérateur estimé, est le meilleur ou-
vrage sur la versification que la littérature portugaise possède.
Les règles qu'il renferme , sont précises et claires ; elles sont ac-
compagnées d'exemples tirés des meilleurs auteurs nationaux.
38. — A Lyra anacreontica , por J. Agosûno de Macedo. —
La Lyre anacréontique , par Joseph Augustin de Macedo.
Ce volume de poésies contient cent odes traduites d'Anacréon,
et une ode traduite d'Horace j toutes suivant le rhythme de Fau-
teur original.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
39. — lets ouef de armoede, enz. — Un mot sur la pauvreté
et le défaut d'occupation , par rapport à l'économie politique
et statistique, par D. F. van Alphen. (Extrait du quatrième
volume, première partie du Magasin pour l'état des Pauvres, etc.)
Leyde, chez D. du Mortier et fils.
• 4°' — Examen de cette question : Cicéron dans ses préceptes
dialectiques a-t-il péché, ou non, contre les principes de la mo-
rale ? Ouvrage en forme de lettres adressées à M. Schroeder par
M. van Hall , avocat ; Amsterdam , chez van des Hey, 1819.
M. Schroeder avait lu dans une assemblée publique de la So-
ciété des Sciences et Arts , un discours intitulé : Préceptes de la
logique de Cicéron comparés à ceux de la loi morale , et particu-
lièrement à ceux que nous impose l'amour de la vérité. C'est ce
qui a donné lieu à l'ouvrage que nous annonçons.
4i • — Seerpii GrAtAma, antecessoris Groningani, prœlectiones
ad prolegomena et partent primarn institutionum justinianearum,
commodo discipulorum suoq e typis expressœ. Leçons sur les pro-
légomènes et la première partie des Institutes de Justinien, par le
professeur de Groningue Gratama , à l'usage de ses élèves. Gro-
ningue; C. M. J. van Bolhuis, 1818, in-8°.
i3a LIVRES ETRANGERS.
42. — Jielangryhe tafereclen , etc. — Tableaux intéressant
pris dans la jurisprudence criminelle, et particularité'* remar-
quables de la vie des malfaiteurs secrets , d'après des renseigne-
mens authentiques , par J. B. Christemeyer. Amsterdam, chez
van Kesteren , 1819 , in-8° de 2 18. Recueil estimable et qui n'est
pas intéressant seulement sur le titre.
43. — abrégé de V Histoire de la Hollande , formant aujour-
d'hui la partie septentrionale du royaume des Pays-Bas , ouvrage
posthume de Philippe Gigot , professeur de belles - lettres ,
membre de plusieurs Sociétés savantes. Bruxelles , frères
Delemer.
4 \. — De kwade Vrouw verlebeberd , enz. — La Méchante
femme corrigée, ou la double Métamorphose; opéra imité du
français ( Le Diable a quatre ou la Femme acariâtre ). Par M. G.
Engelman , musique de Solié. Amsterdam, J. C. van Kes-
teren.
45. — De Mensch , etc. — L'Homme, poème en trois
chants, par C. Loots. Amsterdam , van der Hey, 1819, in-8°.
Ce que nous connaissons de M. Loots nous fait espérer qu'a-
près Y Essai sur C homme , de Pope, dont la littérature hollandaise
possède une belle traduction, par M. van }Vinlery fils, il ne sera
pas trouvé dans cette tentative
Impar congressus AchUli.
M. Loots vient encore de publier Ilulde , hommage à la mé-
moire de Juste van den Vondel, le coryphée, le géant du
pâmasse Batavc.
Le même libraire, van der Hey, a publié un quatrième volume
des oeuvres poétiques de M. Wiselius. Nous avons annoncé les
trois premiers.
46. — H. G. OosTmnYK de Lierzangcn , etc. — Les odes d'Ho-
race, traduites en vers hollandais, par H. G. Oûsti-roy*. Har-
lem , veuve Loosjes , 1818, in 12.
47- — Kenophontis Ephesii de jfnthid et Habrocomc Ephesia-
cnruni Libri J^ , gnrcè et lati/u- ne ensuit , adnntationibus aliorum
n mus illustiuu'it Petrus Hofm.w I'i 1 1 i.kamp. — Les amours d'A-
Drocome et d'Anthia, par Xénophon d'Ephèse , revus pour le
texte grec el la traduction latine , et enrichis de nouvelles notes,
LIVRES ETRANGERS. i73
par Pierre Hofman Peerlkamp. Harlem, 1818, 1 vol. in-4°, veuve
Loosjes.
48. — Letter-en Oudheid-hundige verhandetingen. — Mé-
moires philologiques et archaeologiques de la Société hollandaise
des Sciences, résidant à Harlem, tom. 111, part. 1.— Harlem,
veuve Loosjes, 1818, in-8®.
LIVRES FRANÇAIS.
/Jq. (*■) — Du Thé , ou Nouveau traité sur sa culture » sa récolte,
sa préparation, et ses usages; par F. Marquis jeune, marchand de
thés de S. A. R. Monsieur, Comte d'Artois. Orné de gravures
colorie'es , faites d'après nature et d'après des peintures originales
de la Chine. Paris, 1820, 1 vol. in-r8. Prix, 5 fr.; INepveu, li-
braire , passage des Panoramas, n° 26.
Livré spécialement au commerce des feuilles du précieux ar-
buste qui nous a donné le thé, à portée d'en comparer les diverses
espèces et les qualités plus ou moins agréables, M. Marquis a
voulu ajouter aux notions acquises par sa propre expérience ,
toutes celles que pouvaient lui procurer, sur le même objet, les
recherches des voyageurs et des naturalistes les plus estimés. Les
principales sources où il a puisé, sont : Un manuscrit d'un direc-
teur de l'ancienne compagnie des Indes; le f^oyugc de M. de
Guignes , qui a résidé pendant une vingtaine d'années à Canton •
l' Histoire du Japon , par le docte Kœmpfer, et celle du P. Le-
cornte. En ce qui regarde les propriétés salutaires attribuées au
thé , les autorités invoquées par M. Marquis sont, entre autres ,
les célèbres médecins Lémery, Tonquet,Tulpius et Bontekoè'. Il
règne beaucoup d'ordre et de clarté dans la disposition des élé-
mens réunis par l'auteur. On y voit successivement exposés la
description des diverses espèces de thé , leurs caractères distinc-
tifs, leurs modes de culture, les époques de leurs récoltes, la
manipulation des feuilles, les différentes préparations qu'elles
subissent pour le breuvage, les précautions prises pour les livrer
au commerce , etc. Suit un aperçu des essais sur l'introduction
de cet arbrisseau en Europe et en France particulièrement, avec
un exposé des moyens les plus propres à conserver les feuilles de
thé sèches. Enfin , dix planches d'une très belle exécution, ren-
i74 LIVRES FRANÇAIS.
dent sensibles au lecteur, les détails dans lesquels M. Marquis a
dû entrer pour bien remplir son objet.
5o. — Les Ruines, de M. de Volney, si souvent reproduites par
la presse, et toujours accueillies avec un nouvel empressement,
viennent de recevoir les honneurs d'une sixième édition, et se
présentent cette fois en un volume iiwS, qui renferme eu outre
la Loi naturelle du même écrivain. Ce format commode et portatii
convient aux personnes qui aiment à consacrer des promenades
solitaires à de grandes et utiles méditations. Le coup-d'œil phi-
losophique jeté par Fauteur sur les révolutions des empires , forme
un de ces tableaux qui sont surtout recherches avidement dans
les tems de reformations politiques. L'ame alors a besoin de se
reposer sur le spectacle des siècles , et d'écouter, pour ainsi dire,
les leçons imposantes du passé.
Les Ruines parurent, pour la première fois, en 171)1 , époque
de tourmente, à laquelle près de trente années n'ont pu faire en-
core succéder un calme profond: ce livre de méditations est ana-
logue à la situation des esprits. Sans cette réflexion , qui semble
donner aux diverses apparitions de cet ouvrage une espèce d"ù-
propos , nous aurions cru pouvoir nous borner à une simple an-
nonce du titre : la réputation des Ruines est faite, et le nom de
son auteur est la plus belle recommandation.
M. de Volney a rencontré, surtout chez nos voisins , des mo-
dèles dans ce genre de composition ; mais il lésa plutôt effacés
qu'imités: ceux-ci n' étaient pas appropriés au caractère de sa na-
tion. Des lectures qui conduisent à une sombre misanthropie,
ne sauraient plaire qu'à des tempéramens disposés aux atteintes
du spleen; il ne faut, à des Français, qu'une mélancolie douce et
passagère, pendant laquelle se fasse entendre le langage de la rai-
son el d'une philosophie courageuse. Ce sonl ces instans d'une
rêverie salutaire que produisent les Ruines, où l'ame et l'esprit
se complaisent en outre dans la variété des tableaux, et recon-
naissent , au charme et à la pureté du style et des annotations, !e
littérateur profond qui a médité sur le génie des langues.
La /'" naturelle est un ouvrage tellement dépendant du pre-
mier, que nous nous bornerons à faire remarquer l'avantage de
le rencontrer dans le même \ olume. i !et te < <lii ion , qn 'à son exé-
. ution typographique on croirait due aux soins de iMM. Didot ,
LIVRES FRANÇAIS. i?5
sort des presses de MM. Baudouin frères que paraît guider le
goût des belles impressions, comme le choix des bons ouvrages.
Planches et gravures , tout est digne de ce joli présent fait au
public. — Un vol. in-i8de plus de 4^o pages. Edition corrigée de
nouveau par l'auteur. Prix, 3 fr, et 3 fr. 75 c. par la poste.
Baudouin frères , imp.-lib. , rue de Vaugirard , n° 36.
5i. (*)• — De V Economie publique et rurale des Perses et des
Phéniciens ; par L. Reynier. Paris , 1819, 1 vol. in-8°, J. J. Pas-
choud, rue Mazarine, n° 22; et à Genève, même maison de
commerce.
52. (*). — Essai historique sur le commerce et la navigation de lu
Mer-Noire , ou Voyages et entreprises pour établir des rapports
commerciaux et maritimes entre les ports de la Mer-INoireet ceux
de la Méditerranée : ouvrage enrichi d'une carte où se trouvent
tracés, i°la navigation intérieure d'une partie de la Russie euro-
péenne et celle de l'ancienne Pologne ; 20 le tableau de l'Europe ,
servant à indiquer les routes que suit le commerce de Russie par
la mer Baltique et la Mer-JNoire , pour les ports de la Méditer-
ranée; 3° le plan des ca-taractes du Niéper , par M. Anthoine,
Baron de Saint- Joseph , officier de l'ordre royal de la Légion
d'honneur, ancien maire de Marseille , membre de l'Académie de
cette ville, etc. ie édit., 1820. 1 vol. in-8°. Paris, Mad. Ve Agasse,
Treuttel et Wiïrtz, et Arthus-Bertrand.
Depuis iong-tems, M. de Saint-Joseph parcourt avec hon-
neur la carrière du commerce; depuis long-tems, par consé-
quent, il a pu en suivre et en observer les divers mouvemens, au
milieu même des circonstances pénibles où se sont trouvées la
France et l'Europe. Habitant de la Provence, ses relations d'in-
térêt devaient naturellement le porter vers le Levant, dont le
commerce, quelque avantageux qu'il pût être, lui parut encore
susceptible d'une grande extension. Il jeta les yeux vers la Mer-
INoire. Dès-lors, tous ses elforts ont constamment tendu à renou-
veler dans ces parages , au profit de la France comme à celui de
la Russie, les rapports fréquens de commerce que les Gêno:s y
entretenaient autrefois. M. de Saint-Joseph, mu par cette grande
idée , recueillit tous les documens que sa position le mettait à
même de se procurer; il dressa des Mémoires , et les soumit, à
,:6 LIVRES FRANÇAIS.
Constantir.ople , aux ambassadeurs de France et de Russie , qui
ne virent pas avec indifférence un projet conçu dans L'intérêt
des deux nations, et le communiquèrent à leurs cours respec-
tives.
L'auteur quitta bientôt Constantinople pour se rendre sur les
lieux. Il passa ensuite à Pétersbourg, rassemblant sur sa route et
dans cette capitale, tous les renseignemens qu'une juste considé-
ration pouvait lui acquérir. Là, le prince Potemkin, l'impératrice
Catherine elle-même, qui avaient connaissance de ses travaux ,
voulurent bien l'encourager, et lui accordèrent différentes faveurs
pour qu'il pût fonder à Cherson l'établissement qu'il piojetait.
Par sa position, la Pologne semblait devoir profiter des faci-
lités qu'offraient les ports de la Mer-Noire pour l'exportation de
ses denrées. Frappé de ces avantages, M. de Saint-Joseph ne
tarda pas à se rendre à Varsovie , où l'on reconnut également la
justesse de ses vues. Mais la terrible révolution qui démembra
tout le royaume pour le partager entre la Russie, la Prusse et
l'Autriche, vintdétruire les desseinsque la cour de Varsovie avait
pu former. A Versailles, on ne perdait pas de vue le jeune et ha-
bile négociant qui cherchait à ouvrir à la France de nouveaux
débouchés pour ses produits, et à lui procurer de nouvelles res-
sources pour ses approvisionnemens. M. de Saint-Joseph obtint
en France quelques faveurs et quelques privilèges que pouvaient
justifier son zèle et son dévouement. Il en jouit jusqu'aux mal-
heureuses circonstances qui vinrent suspendre le cours de ce
commerce à peine naissant, et dont on peut le regarder coninu
le fondateur, du moins pour ce qui concerne la France.
C'est l'histoire de ce commerce, c'est sa marche progressif
(pie nous présente M. de Saint-Joseph. Un tel sujet demandai!
un écrivain habile et un homme qui eût jugé des ehoses par lui-
même, an homme cnliu dont les rapports pussent être bases sui
l'expérience. Déjà la première édition de eel ouvrage , public
en i£o5,a reçu du public l'accueil le plus favorable : celle-ci l'ont'
porte par la richesse des doousnetts aourreaui qu'elle renferme , e4
par les additions considérables et importantes que Ton y ren-
contra
Outre que la plupart des chapitras ont reçu de notables addi-
tions, il < m eat plu leurs ( 49-54 ) qui sont entièrement neufs el
LIVRES FRANÇAIS. 177
qui ajoutent à l'intérêt de l'ouvrage. Ils traitent du commerce
entre la Mer-Noire et lu mer Caspienne ; des routes que peut
prendre le commerce en Perse et dans les Indes orientales , par les
ports asiatiques de la Mer-Noire ; et du commerce des ports de
l'Asie, sur la Mer- Noire. Ici, l'auteur passe en revue les peu-
plades qui habitent le Couban, la Cireassie, l'Abaza, la Mingrélie,
l'Irnirette, le Guriel, l'Arménie , le pays des Daces et la Natolie, et
donne une idée de leur genre de trafic. Au ehap. 5-2 , il est ques-
tion du commerce de la Perse et des Indes , il Constantinople , par
la Mer-Noire; on y trouve un Mémoire intéressant de l'auteur,
fait en 1781. Viennent ensuite des notions concernant Obitoehney
ou Nogaisk, -ville nouvellement fondée sur les côtes septentrio-
nales de la mer d'Azof, par M. le ge'ne'ral Maison. L'ouvrage est
terminé, comme dans la première édition , par les observations
nautiques sur la Mer-Noire, d'après lesquelles l'auteur recomman-
dait de diriger la navigation de ses navires. Quant à la carte qui
accompagne cet important ouvrage, divers motifs nous interdisent
d'en faire l'éloge (1) ; seulement, nous observerons que le nom de
son auteur est un sûr garant des soins qui ont été apportés à sa
confection. Cette carte curieuse justifie pleinement les opinions
et les faits consignés dans le livre de M. de Saint-Joseph.
Nous hasarderons une observation que nous soumettons, au
reste, à la sagacité du savant auteur. Peut-être eût-on vu avec
intérêt reproduire ici , toutefois avec les changemens et les mo-
difications que la fréquence des relations et la concurrence au-
raient pu apporter dans les prix , le compte simulé des marchan-
dises importées dans les ditlérens ports de la Mer-Noire , et de
celles exportées , qui se trouve à la première édition. C'eût été,
à notre avis , un point de statistique commerciale , dont l'écono-
mie publique eût pu tirer des conséquences importantes.
Dans cet ouvrage , remarquable par l'intérêt des matières qu'il
traite, M. de Saint-Joseph a réuni tout ce qui pouvait paraître
susceptible de fixer l'attention depuis le traité de Kainardgy (177^),
dont la conclusion a opéré une si grande révolution dans le com-
(1) L'auteur de cette carte est M. Barbié-du-Rocage, l'un de
nos collaborateurs, père de l'auteur de cet extrait , et l'un de nos
plu9 savans et de nos plus laborieux géographes. (N. d. R. ;
TOME VI. 19.
i:8 LIVRES FRANÇAIS.
mercc de la Mer-Noire; Cest un ouvrage essentiel , l'on peut
même dire classique clans son genre, et que Ton ne saurait trop
recommander à cens qui se livrent à clés opérations de commerce,
et à ceux qui en étudient l'histoire. Alex. Barpié du Bocage.
53. — ■ Cours complet d'enseignement mutuel , par le chevalier
Eusèbe Gorgehet , chef d'institution. Paris, 1820 , un vol. in-8°,
chez l'auteur , rue de l'Abbaye-Saint-Germain , n° 3.
Parmi les instituteurs qui se vouent tout entiers à l'instruction
de la jeunesse , il faut distinguer l'auteur de cet ouvrage. Le
meilleur moyen , sans doute , pour démontrer l'excellence d'une
méthode dans Tordre de l'instruction , c'est d'en faire juge le
public, qui se trompe rarement sur ses ve'ritables intérêts. Aussi
JVÏ. Eusèbe Gorgeret en appelle-t-il avec raison aux lumières des
hommes sensés. Convaincu que les formes mystérieuses , en pa-
reille circonstance, se ressentent toujours plus ou moins d'un
vernis de charlatanisme , il expose avec naïveté et sans préten-
tion la manière de procéder d'après la doctrine de l'enseignement
mutuel, ainsi que les diverses opérations des écoles qui ont
adopté cette méthode.
]\oii-seulement M. Gorgeret applique à lalecture, à l'écriture et
à l'arithmétique le mode de l'enseignement mutuel, il en fait en-
core usage pour les langues anciennes et les langues vivantes.
Mais ce qui doit lui assurer plus particulièrement le suffrage
des parens et de tous ceux qui s'intéressent aux progrès de l'en-
fance, c'est un cours de lecture actuellement sous presse et qui
ya paraître incessamment. Au moyen du plan adopte- par l'auteur,
on procède de la synthèse à l'analyse, pour apprendre, par des
dessins analogues, à lire avec facilité, avec plaisir, et dans la même
séance , des mots entiers, les syllabes dont ces mots sont compo-
sés, les sons et les articulations qui en résultent. On saura enfui
lire en In' s peu de tems, et distinguer toutes les difficultés de la
langue française, soit, dans la prononciation, soit dans l'orto-
graphe d'usage. Nous avons assistés plusieurs leçons de cet lia-
bile instituteur, et nous pouvons assurer que jusqu'à présent il
d existe point , pour apprendre à lire de moi en plus facile, plus
s.iti faisant et {dus proportionné à l'intelligence des jeunes élèves.
Nous appellerons epeore l'attention sur le traité d'arithmétique
qui se trouve à la suite des exercices d'enseignement mutuel. 11
LIVRES FRANÇAIS. 179
nous a paru conçu'dans une forme nouvelle , bien détaillée et fort
aise'e à saisir. L'enseignement mutuel en forme la base, et l'on ne
lira pas, sans intérêt , les moyens sûrs et rapides employés par
M. Gorgeret pour accélérer dans cette partie, comme dans la lec-
ture, les progrès des jeunes gens confiés à ses soins.
P. F. Lavaud, ancien professeur au collège royal de Versailles.
54. (*) — ' Recueil complet des lois et ordonnances du royaume ;
année 1814 ; par M. Isambert , avocat aux conseils du Roi et à la
Cour de cassation. Paris , 1820. 1 vol. in-8° de 826 pages;
prix 9 fr. 5 à Paris, chez l'éditeur, rue Saint-Antoine , n° 62.
Eymery, libraire , rue Mazarine , n° 3o. JNève , libraire, au Palais
de Justice.
Ce volume contient d'abord, sous le titre modeste de Notice,
des recherches curieuses sur la composition du Bulletin des lois ;
puis , les lois et les ordonnances publiées dans le Bulletin , à
compter du Ier avril 18 14. 'Il est enrichi de notes courtes et
précises , indicatives des dispositions de la législation antérieure
que les lois nouvelles expliquent, modifient ou abrogent. Ces
notes seules sont un ouvrage important ; elles forment une espèce
de commentaire perpétuel singulièrement utile; on a pu en
juger par celles qui accompagnent la Charte, laquelle a paru
séparément.
L'auteur donne, dans Tordre de leurs dates, tous les actes
du gouvernement provisoire du sénat , du ier au 14 avril; ceux
du gouvernement provisoire de Monsieur, du 14 avril au 2 mai;
ceux du gouvernement du Roi, avant la Charte , du 2 au 4 juin.
Les actes du gouvernement constitué , du 4 juin au 3j décembre
1814, sont ensuite placés dans Tordre chronologique. La Charte,
qui est la loi des lois, est en tête de la première partie, et en ca-
ractères plus gros; la première partie est composée de toutes les
lois, dans Tordre de leur promulgation. Les ordonnances ou lesré-
glemens d'administration publique forment la seconde partie.
Le volume est^terminé par un appendice dans lequel l'auteur
a rassemblé les lois, traités, ordonnances et autres actes omis au
Bulletin des lois. La plupart étaient inconnus, et ils sont d'une
haute importance historique , politique ou législative. On y trouve
les actes du gouvernement royal extérieur, de 1^92 à i8i4 , dont
deux du régne de Louis XVII , et six actes des années premier*
12*
i8ô LIVRES 1RAINÇA1S.
deuxième, neuvième, dixième et dix-huitième du règne extérieur
de Louis XVIII; les traités deValençay, du 1 1 de'cembre i8i3, et
du 20 juillet t 81 4 > avec le roi d'Espagne; les articles secrets de
la convention du 23 avril et du traité du 3o mai i8i4; le traité du
1 1 avril avec Napoléon ; les actes politiques relatifs à rétablisse-
ment delà Charte; la loi du i3 août 1814, omise au Bulletin des
lois; les réglemcns de la Chambre des pairs et de celle des dépu-
tés; enfin, les actes relatifs à l'organisation judiciaire et adminis-
trative des colonies.
Cet appendice a près de 200 pages. L'auteur fera sans doute
une récolte pour le moins aussiabondante , aussi curieuse , pour ses
volumes de 1 8 1 5 et des années suivantes. Celui-ci est précédé d'uue
table chronologique, beaucoup plus ample que celle du Bulletin,
et qui renvoie à une foule d'ordonnances restées occultes , dont
l'auteur n'a pas pu se procurer des copies ; il est terminé par une
bonne table des matières.
C'est le répertoire le plus complet , ou plutôt le seul complet ,
qui existe pour cette époque de notre législation. Avec d'aussi
grands avantages sur le Bulletin des lois, ildoit devenir h- manuel
de tous ceux pour qui l'étude de notre législation est un devoir ou*
un besoin, c'est-à-dire, de tous les Français éclairés.
Làrjuinais.
55. — Le Droit civil français f suivant Tordre du code; par
M. Tottllier. doyen dMge et de service de la faculté de droit de
Rennes, etc. , 2e édit. , revue et corrigée. Paris, 1819 et 1820,
in-8°, huit vol. Warée oncle, libraire.
Cette nouvelle édition , bien exécutée , et publiée avant
que la première ne suit Unie, prouve de plus en plus combien
cet excellent ouvrage a de succès. Le sa\ant auteur y joint cons-
tamment les théorie! les plus profonde! aux doctrines pratiques
les plus exactes. Les numéros de cette nouvelle édition corres-
pondent à ceux de l'ancienne; mais on a double, triplé, certains
numéros pour y joindre de! additions et corrections assez nom-
breuses. Par exemple, le n° /i(><) b(tt tom. 111 , coutient une addfl
tion importante sur les propriétés souterraines et superfioiairs!
nomme caves, aqueducs et cloaques indditiés, qu'il ne faut jamai>
confondre avec les servitudes. Les tables et les suppléinens de la
première édition vont bientôt paraître, et le neuvième volume va
être mis sou» presse Lamuinais.
LIVRES FRANÇAIS. 181
36. — Extrait du Bulletin des lois. Lois commerciales , droits
des tiers , majorats ; recueil compose' pour la commodité' des fonc-
tionnaires publics et des citoyens, par commission spéciale de
M. le garde-des-sceaux , du 20 fév. 181 8: par M. Dupin, docteur
endroit, avocat à la cour royale de Paris. 1820, 1 vol. in-8°.
Paris, Guillaume.
Nous avons annonce' les quatre pre'cédens volumes de cette col-
lection , d'autant plus recherchée qu'elle est oflicielle , mise en un
bel ordre par un de nos premiers jurisconsultes, et accompagnée
de ses notes et de ses préfaces ou avertissemens fort instructifs.
Nous citerons , en particulier, l'avertissement du recueil sur le$
droits des tiers, et celui qui concerne les majorats. Nulle part,
jusqu'à présent, on ne trouvait les droits des tiers traités dans
leur ensemble et avec quelque étendue.
Dans ¥ avertissement sur le recueil des lois et des ordonnances
ou réglemens relatifs aux majorats (car les lois, proprement dites ,
sont toujours confondues, ici comme dans le Bulletin, avec ce qui
n'est que règle subordonnée aux lois mêmes), l'auteur examine
deux questions importantes , savoir : dans l'état présent de la lé-
gislation non abrogée , les majorats sont-ils ou non fondés en loi?
Sont- ils ou non compatibles avec la Charte constitutionnelle ?
L'auteur discute ces questions; mais il ne prend pas sur lui de
les résoudre :
Etfugit ad salices et se cupil ante videri.
Que pouvait-il, que devait-il faire de plus dans un ouvrage pu-
blié par décision d'un ministère où se créent et journellement s'ad-
ministrent par privilège les majorats? Jl désire qu'on ait une loi
sur ce sujet j et voilà qu'en même tems, un pair de France a fait,
en la Chambre des pairs, dans le mois de mars dernier, une propo-
sition formelle de loi générale , pour faciliter et multiplier en
France l'établissement des majorats, pendant qu'en Espagne
même , et depuis plus de quarante ans , l'autorité agit
pour les détruire ou en diminuer le nombre (1). Lànjlinais.
S7. (*) — Histoire abrégée des Jésuites et des Missionnaires
Pères de la foi , où il est prouvé que ces religieux et toutes corpo-
(i) f^. Revue Encyclopédique, tom. V, p. 579; Ilistoriade los
vinculos y maynrascos por I). Juan Sempen- y (juarinos ; Madrid ,
i8o5; 1 vol. in-12; et Sismondi, Economie politique, livre III ,
chapitre 2.
i8a LIVRES FRANÇAIS.
rations ecclésiastiques régies par 1 institut de la Société de Jésus „
ne sont tolérables chez aucunes nations policées; suivie d observa-
tions faites au lloi et aux deux Chambres , sur cet important sujet.
Avec cette épigraphe : « Les jésuites sont.... les ennemis de l'Etat
» et couronne de France, les corrupteurs de la jeunesse, les per-
j> turbateurs du repos public. » Edit d'Henri 1P^, du n jan-
vier i5o5. Paris, 1820, 2 vol. in-8°; Delaunay, libraire, Palais-
Royal , galerie de Bois, n° 2 p. Prix , 12 fr., et iG fr. par la poste.
58. — Examen critique de l'équilibre social , ou Abrégé italique
politique et militaire; par M. le baron R***. Paris, 1820; un vol.
in-8° de 2;8 pag. , avec une carte. Magimel , rue Dauphinc.
Sous ce titre, M. le baron R*** publie six traités distincts, sur
Y éducation , les constitutions politiques , les élections, les finances,
Y équilibre des puissances, et sur la force militaire des États de
l'Europe. A la vérité, il y a, entre ces traités et la matière dont
chacun d'eux est l'objet, des rapports suilisaus pour motiver leur
réunion en un seul corps d'ouvrage.
Il faut distinguer dans ces traités les idées générales et déjà
connues, des idées ou des systèmes nouveaux. L'auteur se plaint
de vc que notre éducation, toute dirigée vers le développement
des facultés intellectuelles, néglige trop la culture des qualités
du cœur; il voudrait que la vertu fût admise, en concurrence
avec les talens, pour les places et les récompenses publiques. Ce
vœu mérite d'être accueilli et médite' j .r tous les hommes qui
s'occupent de l'.éducation pufelique. M. il*** propose d'instituer
des électeurs et des éligibles moraux; il les fait entrer, comme
élément, dans les nouvelles constitutions politiques : cette idée
le conduit à proposer, dans le chapitre des élections , la formation
d'un jury d'honneur et l'établissement d'un registre de vie fonda-
mentale où le jury consignerait ses opinions, en tant qu'elles se-
raient honorables aux citoyens , et serviraient à éclairer leur
choix pour la nomination des éligibles: système qui conduit à
une espèce d 'inquisition morale qui n'effraie point M. Il***, et
dont il prononce franchement le mot. Je suis moins hardi que lui,
et j'avoue que toute inquisition m'est suspecte de partialité,
dans les tema de dissensions et de partis; d'usurpation, dans les
tenis calmes et tic conlianec.
M. \\r" jette un coup-d'œil rapide sur l'équilibre des puis-
sances européennes , et ne se dissimule point qu'il est rompu; à
LIVRES FRANÇAIS. »83
l'est, par l'accroissement rapide et colossal de la Russie; à l'ouest,
parles vaisseaux et l'or de l'Angletfl(fce. L'Allemagne, plus oc-
cupe'e des souvenirs du passe que des menaces de l'avenir, se
cuirasse du côté de la France, dont elle n'a plus rien à craindre,
tandis qu'elle demeure à découvert et sans défense du côté de son
seul et formidable ennemi. La France a adopté une autre poli-
tique; soit impuissance , soit calcul, elle néglige d'élever forte-
resses contre forteresses.
M. R*** propose une double ligue: l'une à Test, entre l'Autri-
che , la Prusse et la Suède ; l'autre à l'ouest , formée de la France ,
de l'Espagne et de INaples. Cette ligue offrirait quelques chances
périlleuses pour la Russie et l'Angleterre ; tandis que, dans l'état
actuel d'isolement des Etats du second ordre, il n'y a que des
chances de succès pour les deux grandes puissances, etd'iné\itable
ruine pour les autres Etats.
Ces considérations sont exposées avec beaucoup de force et de
clarté. Le chapitre sur les finances , et celui sur l'équilibre des
troupes régulières et des milices ou gardes nationales, paraissent
dignes des méditations des publicistes et du suffrage des bons
citoyens. A.
5g. — Petit Catéchisme a l'usage des Français, sur les affaires
de leur pays.; par M. de Pràdt, ancien archevêque de Malines.
Paris, 1820, in-8° de iqt pag., chez Béchet, quai des Augustins,
n° 57. Prix , 3 fr. 5o c. , et 4 fr. i5 c. franc de port.
On ne voit pas sans étonneraient dans cette brochure, en géné-
ral très libérale , que l'auteur adopte la fausse et pernicieuse dis-
tinction des articles prétendus réglementaires dans notre loi fon-
damentale, et qu'il invite à les changer, sans délais, sans formes
spéciales, comme on abroge une loi secondaire; c'est dire, appa-
remment sans y penser, que la France n'a pas de constitution
écrite, qu'elle est soumise au bon plaisir des trois branches du
pouvoir législatif constitué. On remarque d'autres fautes encore
dans ce catéchisme utile , mais écrit avec trop de précipitation.
Laivjuiiv.us.
60. (*) — De la Révolution actuelle de l'Espagne, et de ses
suites; par M. de Pradt, ancien archevêque delVJalines ; avec cette
épigraphe : U injustice à la fin produit l'indépendance. Paris, 1820;
brochure in-8° de 222 p. Béchet aîné, libraire-éditeur, quai des
184 LIVRES FRANÇAIS.
Augustins, n° 5^, et à Rouen, Réchet fils , libraire, rue Grand-
Pont , n° ^3. Prix, 4 fr- 4flp* ■> e* ^ fr. 5o c. par la poste.
La haute importance du sujet, l'honorable célébrité de l'au-
teur qui s'en est emparé pour l'instruction des peuples et des
gouvernemens, exciteront sans doute un vif intérêt parmi toutes
les classes de lecteurs- mais, c'est aux hommes d'Etat, surtout,
que la lecture doit en être le plus profitable , s'ils y apportent
les mêmes dispositions qui semblent avoir animé M. de Pradt, en
composant cet écrit. INous nous bornons à en indiquer les prin-
cipaux objets. L'auteur, après avoir dédié son ouvrage à la noble
nation qui fixe aujourd'hui sur elle les regards de l'univers, se
livre successivement à l'examen des questions suivantes : L'Es-
pagne pouvait-elle échapper à une révolution? — Comment se
forment les élémens des révolutions , et comment s'est arrangée
celle d'Espagne? — Comment a régné Ferdinand ? — Quels se-
ront les résultats de cette révolution par rapport à l'Europe, à
l'Amérique , au monde entier et à la royauté ? — Que doit faire
l'Espagne pour mettre à profit ce grand événement?
« Ce n'est pas tout, dit M. de Pradt, que d'être assistant au
spectacle où se jouent les -grandes scènes dont s'alimente l'his-
toire; il faut encore chercher d'où elles viennent et où elles con-
duisent: sans ces considérations, l'histoire reste sans leçons, et
ne dépasse pas de beaucoup une fable sans moralité ; et dans ce
cas , ce n'est guère la peine ni de regarder, ni de lire. »
M. de Pradt a rempli lui-même, avec cette supériorité qu'on
lui connaît, la tilche qu'il signale aux historiens.
Ci. — R< flexions sur le nouveau projet de loi des élections , pré-
senté a la Chambre des députes le \5 février 1820; par M. T. E. Es-
quire , électeur futur; brochure in-8° de i5 pag. Prix, 5o cent.
Paris, Delaunay, au Palais-Royal.
Brochure écrite dans un esprit très constitutionnel.
C2. — Lettre h M. le baron Mounier, sur la a usure ; Lettre de
J .-J. Rousseau à A7. le comte de Girardin , sur la destitution de
ce dernier. Réflexions sur l'état du christianisme en Fr.ince: par
IM. Kkratry , du Rinistère. Paris, 1820. Belin , rue des Mathu-
rins-Saint-Jacques, n° 1^.
C3. — Mémoire sur les Cent Jours , en forme de lettres , avec des
notes etdes pièces justificatives; par M- Benjamin Constant; première
LIVRES FRANÇAIS. i85
partie ; in-8°. Prix , 3 fr. et 3 îc . ;5 c. franc de port. A Paris , chez
Béchetaîné, libraire, quai des Augustins. n°57, et à Rouen , chez
Béchet fils, libraire, rue Grand-Pont , n° 73.
64. — Des Proscriptions, par M. Rignon. Paris, 1820, 2 vol. in-8°;
Brissot-Thivars, rueNeuve-des-Petits-Champs,n°22. Prix, 12 fr.
L'auteur a divisé son ouvrage en cinq livres. Le 1er traite des
proscriptions dans les républiques anciennes et modernes , ou du
combat de la liberté et de la tyrannie ; le JIe, des proscriptions
politiques, dans les monarchies modernes, ou du combat de la
royauté absolue, soit avec la noblesse féodale , soit avec les na-
tions elles-mêmes ; le IIIe, des proscriptions religieuses, ou du
combat de la liberté de conscience contre l'intolérance et la per-
sécution ; le IVe, des proscriptions dirigées par la noblesse contre
le peuple , ou par le peuple contre la noblesse , ou du combat de
l'esprit d'égalité et de l'esprit de privilège; le Ve, de la proscrip-
tion simultanément dirigée par divers gouvernemens contre la
liberté de la presse et contre les hommes qui réclament des cons-
titutions représentatives, ou du combat de la fausse politique des
cabinets contre l'esprit d'indépendance des peuples. L'auteur est
conduit à jeter un coup-d'œil sur le congrès de Carlsbad , les dé-
crets de la diète de Francfort, et le congrès actuel de Vienne. Ce
livre est terminé par un résumé général de l'ouvrage.
65. — » Correspondance entre un Anglais et un Français, relative
à l'état actuel de leurs nations, et aux différens partis qui les di-
visent; contenant une relation exacte du massacre de Manchester,
l'acte d'installation du second congrès de la république de Vene-
zuela , et l'histoire du théâtre français que l'on essaya d'introduire
à Londres en 1749? et que l'on y a clandestinement établi en i8i3.
Publié par Ricord aîné, ancien oflicicr supérieur. Paris, 1820,
1 vol. in-8°. Prix, 5 fr. Chez J. Brianchon, libraire, quai des
Augustins , n° ri.
66. — Essai Historique sur Thadée {lisez Thaddée) Kosciuszho.
Paris , à la librairie politique. 1820. in-8°de 12 p. Signé A. deLow,
et dédié a monsieur le duc de Cazes.
67. (*) — Parga, poè'me ; par J. P. G. Viennet, capitaine au
corps royal d'état-major, chevalier de Saint-Louis et de la Légion
d'honneur, membre de la Société philotechnique, de la Société
i86 LIVRES FRANÇAIS.
loyale académique de Paris, etc. ; imprime au be'néfice des Par-
ganiotes. Paris, i8ïo. Delaunay, libraire, Palais-Royal. — Bro-
chure in-B° de 3i pages. Prix, 1 IV.
Nous nous proposons de rendre compte de cette intéressante
production, à la suite d'une notice historique sur Parga, qui
paraîtra dans l'un de nos prochains cahiers.
68. — De l'Etat des gens de lettre s et des Hautes Ecoles sous
le régime actuel de la commission de l 'instruction publique ; par
M. Prunelle, ancien médecin des armées françaises, professeur
à l'Ecole de Médecine de Montpellier, etc. Paris, 1819. Brochure
in-8° de G\ pa.;. Méquignon-M arvis , libraire pour la paitie de
médecine, rue de l'Ecole-de-Mèdecinc , n° 3.
Nous recommandons à l'attention publique cet excellent opus-
cule d'un savant distingue.
69 (*)• — Discours choisis de Ciccron. Traduction nouvelle,
avec le texte en regard, par P. C. lî. Gueroclt, ancien conseiller
titulaire de l'Université. Paris, 1820J 2 vol. in-8°. Prix, lafr. Chez
Renouard, rue Saint-André-des-Ar#.
A cette époque de l'histoire moderne où, clans presque tous les
Etats de l'Europe, les intérêts des peuples sont enfin devenus
l'objet de discussions publiques, le nom de Ciceron semble ré
clamer une nouvelle attention, et commander, en quelque sorte,
un respect religi ux. En effet, il nous rappelle cet être privilégie
de l'art et de la nature , que près de vingt siècles ont proclame le
modèle de l'homme d'Etat et de l'orateur, Aussi, une traduction
nouvelle de ses discours choisis doit peut-cire moins encore intè-
resser les simples amateurs delà belle littérature, que tous ceux
qui, parmi nous, siègent ou sont appelés à siéger dans l'enceinte
de la représentation nationale. S'il est vrai qu'indépendamment
du courage , il faille encore au guerrier de bonnes armes pour
l'attaque et la défi os< de même, il ne sullit pas aux mandataires
du peuple d'avoir des Vues à la lois justes et étendues, des inten-
tions de bien public immuables: il leur faut encore l'art de dis-
cuter leur opinion , de la rendre victorieuse, de commander aux
autres p.n la puissance de la parole, selon l'heureuse expression
de Billion. Eh! quel meilleui guide à suivre que celui qui, pen-
dant le cours d'une longue vie (trop tôt bornée, cependant, par
le crime des triumvirs; , consacra tous ses talons à la patrie , et
LIVRES FRANÇAIS. r87
marqua par cent chefs-d'œuvre , la hauteur de l'éloquence
latine!
Mais , telle a été' la fécondité de ce prince des orateurs romains,
que' ia traduction complète de ses œuvres semble ne pouvoir être
l'ouvrage d'un seul homme. Aussi, les principaux traducteurs
qui s'en sont occupés , Dubois , Saint-Réal , Mongault, d'Olivet,
Bou'iier, Prévost, Wailly, ont- ils choisi, parmi ses productions,
celles qu'un goût particulier ou le genre même de leur talent les
appelait davantage à traduire. A leur exemple, M. Guéroult,
connu déjà par une excellente traduction des extraits de Pline-
l'Ancien, vient d'en publier une nouvelle des discours choisis de
Cicéron. Parmi ses chefs-d'œuvre oratoires, il s'est livré de pré-
férence à ceux qui lui paraissaient marquer, pour ainsi dire, les
différens âges de son talent ; ainsi, il fait suivre au lecteur les dé-
veloppemens de ce beau génie, depuis l'époque fameuse où,
n'ayant pas encore atteint sa vingt-septième année , Cicéron en-
treprit courageusement la défense de Roscius contre le favori
tout puissant de Sylla, jusqu'à l'émission de la i4c Philippique,
dernier ouvrage de sa vieillesse, mais empreint de toute la force
et de toute la chaleur de son jeune âge. Chacun de ces discours
est précédé d'une introduction, et suivi de notesqui facilitent l'in-
telligence du sujet, et rendent plus sensibles les beautés du texte.
De plus, ces discours, composés pour le barreau, la tsibunc et le
sénat, et qui de tout tems ont appartenu à l'éloquence par leurs
beautés oratoires, rentrent aussi dans le domaine de l'histoire ,
par leur relation avec les événemens politiques auxquels ils se
rattachent. Plusieurs même, tels que ceux de Signis, de Suppli-
ciis , pro Marcello , et les Phllippiques , sont aujourd'hui nos seuls
guides pour la connaissance de quelques faits purement histo-
riques: les Philippiques , surtout, donnent les renseignemens les
plus positifs qui nous soient parvenus sur les suites de la mort
de César, et sur les derniers troubles qui consommèrent la ruine
de la république et de la liberté.
Nous ne dirons qu'un mot de la traduction elle-même ; c'est
qu'elle est tout ce qu'elle doit être, à la fois sage , correcte , élé-
gante, partout appropriée à la nature du sujet, et reproduisant
toujours, autant que possible, les formes de style de l'original.
Le nom de M. Guéroult, attaché à la traduction d'un classique,
i88 LIVRES FRANÇAIS.
9
pourrait , sans doute , dispenser de tout éloge ; mais il est diffi-
cile de ne point se montrer inférieur à soi-même , après qu'un
succès brillant a couronné de premiers essais i à cet égard , nous
oserions affirmer que les admirateurs de Cicéron ne seront pas
moins redevables à M. Guéroult que les lecteurs de Pline.
70. — Choix de Rapports , Opinions et Discours prononcés a la
tribune nationale , depuis 1789 jusqu'à ce jour. 20 vol. in-8Q, ornés
chacun de six portraits des principaux orateurs. Prix, 5 fr. sans
portraits , et 7 fr. avec les portraits. Paris , A. Eymery , rue Ma-
zarine, nw 3o. Le 9e volume de cette collection est en vente ; le
10e est sous presse. C'est le premier de la Convention.
Les rédacteurs et éditeurs de cette collection ont annoncé que ,
sans interrompre le cours des livraisons , ils se proposent de
publier la session de 1819, qui sera rédigée dans les mêmes prin-
cipes, et paraîtra immédiatement après lu clôture des Chambres.
Cette session formera un volume in- 8°, qui sera vendu séparé-
ment aux personnes qui n'ont pas souscrit à la collection entière,
et ne sera livré qu'à son ordre numérique aux souscripteurs qui ne
voudraient pas le prendre maintenant. 11 y aura, comme pour les
autres volumes , des exemplaires avec et sans portraits.
71 (*). — Les Orateurs français. — Discours et Opinions de
Mirabeau , précédés d'une Notice historique sur sa vie , par
M. Barthe, avocat, et de l'Oraison funèbre prononcée par Cé-
rutti, lors de ses funérailles. Paris , Kleffer et Aug. Caunes , rue
d'Enfer-St. -Michel, n° 2 ; 3 vol. in-8». Prix 18 fr.
11 était juste de consacrer à Mirabeau les premiers volumes de
la collection des œuvres des Orateurs français. Il en a été le chef,
POU -seulement par l'éloquence, mais par les doctrines. Aussi,
les éditeurs de cette collection importante ont eu un autre désir
que celui de faire connaître des SStrvres oratoires; ils ont voulu
répandre en même tems les principes de l'art social et l'amour des
libertés publiques. Ils préviennent qu'ils n'ont pas cru devoir
faire un choix dans les discours prononces par nos premiers ora-
tiurs politiques • et nous jugeons , en efiel , que l'opinion qui au-
rait dicté la composition du choix, ertt pu n'être pas toujours
celle du public. 11 n'y a pas, d'ailleurs, d'inconvénient pour les
hommes forts à rester grands comme nature; et ce sont les
faibles , dont les écrits, de même que les traits , ont besoin ûVétre
LIVRES FRANÇAIS. 189
déterminés dans de justes proportions. Cette collection des
œuvres oratoires de Mirabeau est donc la plus complète qui ait
paru jusqu'à ce jour- Elle se compose non-seulemont des dis-
cours insérés dans les divers journaux, mais encore d'autres dis-
cours qui, n'ayant pas été prononcés à la tribune, ne furent im-
primés que par les soins de l'auteur. Dans cet ordre exactement
chronologique d'écrits sur des matières aus>i importantes que
diverses, mais que des sommaires faits avec soin lient entre elles,
il en est qui, admirés par les contemporains, trouveront, dans
tous les tems, comme l'a dit M. Garât , une place parmi les mo-
dèles d'une éloquence élevée et majestueuse. Le discours par le-
quel Mirabeau proposa à l'assemblée des Etats -généraux de se
constituer sous le titre de Représentans du peuple-, la vive et
noble apostrophe à M. de Brezé, grand -maître des cérémonies^
le projet d'adresse de l'Assemblée nationale à ses commettans, et
deux autres projets d'adresse au Roi, pour le renvoi des troupes
et des ministres ; les discours sur le serment des troupes , sur le
veto royal, sur la banqueroute, sont des titres qui eussent pu
faire la réputation de plusieurs orateurs ou hommes d'Etat. Mi-
rabeau soutint la sienne par la proposition brillante et profonde
d'assujettir à une marche graduelle les membres des différentes
administrations; par son discours sur la question de savoir si la
nation doit déléguer au Roi l'exercice du droit de paix et de
guerre ; par son rapport, au nom du comité diplomatique, sur
les traités avec l'Espagne; et par son opinion sur l'émission des
assignats. C'est dans sa réplique à la proposition de se constituer
sous le titre de Représentans du peuple, que Mirabeau rappela
que Chatam avait renfermé dans un seul mot la charte des na-
tions , en disant la majesté du peuple.
Wous n'avons encore indiqué que les travaux de Mirabeau aux
Etats-généraux et à l'Assemblée nationale; mais les éditeurs ont
pris soin de recueillir aussi les discours et opinions qu'il pro-
nonça aux Etats de Provence, et c'est là, en effet, que com-
mença sa carrière publique. Il y combattit l'exclusion des Etats
de la province, imposée, par les nobles possédant fiefs , aux
membres de la noblesse qui ne réunissaient pas à leurs titres la
possession d'un fief. Sa voix se fit entendre surtout en faveur du
tiers- état, qu'il appelait déjà la nation. La réponse de Mirabeau
i9o LIVRES FRANÇAIS.
aux protestations faites, au nom des prélats et des po9sédans-fiefs,
contre son discours et ses principes , est remarquable par l'enga-
gement solennel qu'il y prit, entre les mains des communes , d'être
jusqu'au tombeau l 'homme de la liberté publique , l'homme de la
constitution. iSi de ces grands monumens oratoires, nous voulons
passer à une composition plus touchante, mais également pleine
de noblesse et d'éloquence, nous pouvons citer la proposition de
Mirabeau sur la mort de Franklin ; et nous n'hésitons pas à re-
garder ce discours, nouveau dans son objet et dans son genre,
comme un modèle de pensées et un chef-d'œuvre de style et de
concision.
L'édition que nous annonçons, est précédée d'une Notice histo-
rique sur la vie de Mirabeau, par M. Rarthe, avocat, dont le
style, bien approprié au sujet, est toujours simple et facile,
mais s'élève avec l'homme public. M. Rarthe retrace avec intérêt
les faits qui peuvent servir à caractériser Mirabeau, comme ci-
toyen , et quelques-uns des principes qui le caractéi isent, comme
législateur. Il venge aussi Mirabeau de toutes ces calomnies qui
s'attachent au nom d'un grand homme, comme la rouille sur le
fer le mieux trempé, mais que le tems, contraire ici à ses effets
ordinaires, efface progressivement des réputations. M. Rarthe se
montre toujours digne d'apprécier l'orateur que la liberté a ins-
piré, et qui sut le mieux la comprendre. Sa notice est suivie de
l'oraison funèbre de Mirabeau, par Cérutti , et des jugemens por-
tés sur Mirabeau , par Chénier et M. Garât. Ces trois morceaux ,
déjà connus, ont été appréeiés. Le premier volume est enrichi
aussi d'un parallèle entre Mirabeau et le cardinal de Retz, par
M. Roissy d'Anglas , pair de France , ancien membre de 1 As-
semblée constituante.
On aime à voir l'ami de Malesherbes rendre justice à Mirabeau j
et , dans cette comparaison tics différences plutôt que des rap-
ports entre deux personnages aussi opposés parle caractère, qu'é-
loignés entre eux par le teins, M. Roissy d'Angla> remarque ju-
dicieusement que, si Richelieu , en lisant l'ouvrage du cardinal
de Retz, jugea que son auteur serait un factieux qu'il fallait ré-
primer, il aurait , dans les écrits de Mirabeau, démêlé avec la
même sagacité, le génie et l<s lumières d'un homme d'Etat, et
peut-être eût-il senti qu'il pouvait en foire un auxiliaire utile.
LIVRES FRANÇAIS. 191
IVousnous persuadons, en effet, que Mirabeau, qui a été l'Her-
cule de la re'volution , eût fini par en être le modérateur , et que
s'il fût arrive' au directoire républicain , comme vin e'erivain Ta
ingénieusement supposé (1), il eût pu y devenir le fondateur
d'une nouvelle gloire nationale. Celui qui a dit qu'il ne fallait,
pas prendre l'exaltation des principes pour le sublime des prin-
cipes, et qu'il voulait que^ même dans la poursuite du bien,
l'on n'excédât aucune borne, ne pouvait être un factieux que
pour ses ennemis, et un perturbateur de la paix, que pour ceux
qui le regardaient comme un perturbateur des privilèges et des
abus. Ce parallèle, ou plutôt cet an ti- parallèle, bien tracé, qui
est annoncé comme extrait d'un plus long ouvrage inédit, ne
peut rien ajouter à la célébrité politique de M. Boissy d'Anglas ;
mais il confirme ses titres littéraires.
Cette édition des œuvres oratoires de Mirabeau est ornée d'un
beau portrait de Mirabeau, dessiné par Le Mire, et gravé par
Dequevauviller, et d'uny«c simile d'écriture.
Parent-Réal.
92. — Manuscrits de la bibliothèque d'Orléans , ou Notice sur
leur ancienneté , leurs auteurs , les objets qu'on y a traités, le
caractère de leur écriture , l'indication de ceux h qui ils ont appar-
tenu , etc.; précédés de notes historiques sur les anciennes biblio-
thèques d'Orléans, et en particulier sur celle delà ville ; par
A. Septier, bibliothécaire d'Orléans, chanoine honoraire de la
cathédrale, et membre titulaire de la Société des Sciences, Arts
et Belles- Lettres de la même ville. Un vol. in-8° de 287 pages,
léans. R.ouzeau-Moutaut.
Cet. ouvrage se recommande aux bibliographes instruits, par la
réunion des différens mérites propres à ce genre de compo-
sition.
7.3. — Mémoire sur quelques antiquités de la ville dAgen
(^gi7z/2H/»des]Nitiobriges), lu à la Société royale des antiquaires de
France; par M. le baron Chaudruc de Crazannes. Paris. J. Smith,
î8jo. in-8° de 3i pages.
Ce Mémoire fait partie du tome II de la Collection de la So-
(1) M. Lacretelle aîné. Fragmens politiques et littéraires , t. i«r,
pag. 43.
i9a LIVRES FRANÇAIS.
ciété royale des antiquaires de France. Le savant à qui nous le
devons , est du petit nombre de ceux qui cultivent , dans notre
pays, l'étude des antiquités; étude si difficile, qui exige tant de
sagacitéet de connaissances variées, et qui est si peu récompensée,
faute d'appréciateurs. Si l'étendue du plan de la Revue ne lui a
pas permis d'admettre des Mémoires développés sur des points
spéciaux d'antiquité, elle ne négligera jamais de signaler à l'atten-
tion des savans les travaux qui en paraîtront dignes. M. Chau-
druc publie dans son Mémoire les principales inscriplions anti-
ques trouvées dans les environs de l'ancien Aginnum. Quelques-
unes étaient inédites. La plupart n'étaient ni difficiles ni impor-
tantes ; mais rien n'est à dédaigner dans les fragmens de l'anti-
quité. D'ailleurs, ce qui n'eût offert qu'un médiocre intérêt étant
isolé, devient précieux comme faisant partie d'un ensemble, et
servant à le compléter. Une Statistique antique des villes et pro-
vinces des Gaules serait un beau monument à élever ; mais il
ne peut être construit par une seule main; il faut être du pays ou
s'y être naturalisé pour bien connaître les localités, les traditions,
les vestiges de monumens qui offriraientje sujet de l'ouvrage. Kn
attendant, le Mémoire de M. Chaudruc peut être considérécomme
une des plus belles pierres d'attente qui devront concourir à la
formation de l'édifice. A. .M.
y4- (*) — Collection de moralistes français (Montaigne , Char-
ron , Pascal, La Rochefoucauld, La Bruyère , F 'auvenargues ,
Duclos ) ; publiée avec des commentaires et de nouvelles notices
biographiques ; par Amaury Duval, membre de l'Institut ( Aca-
démie royale des Inscriptions et Relies-Lettres ). Paris , i8.'.o:
clic/ Chassériau,. libraire , au Dépôt bibliograpbique, rue de
Cboiseul, n° 3. — Prix: 5 fr. le volume par souscription, et
6 fr. 5o cent, pour les non-souscripteurs. La souscription sera
fermée aussitôt que la seconde livraison paraîtra.
"j5. — Collection ries auteurs classiques latins , in-S°, a\cc «le--
notes , des dissertations , des cartes géographiques, des planches
gravées , des portraits; et des Index universels ( Voy. tom. III ,
pag. irjf , et tom.V, pag. 3fij ), publier par IN. E. Li mai.1,! , pro
frssrur de poésie latine à la Faculté des Lettres ( Académie d<
Paris). 4° livraison , composée des 8e et c)p volumes de la Collée
tion ; elle renferme :
LIVRES FRANÇAIS. i93
i*. Le tome 2 de César, contenant la guerre civile, la guerre
d'Alexandrie , d'Afrique et d'Espagne , et un supplément à la
guerre d'Espagne, qui en décrit l'issue et. qui remplace les der-
nières feuilles perdues de l'auteur original.
Le texte a été revu sur plusieurs manuscrits de la bibliothèque
royale, indiqués par des numéros authentiques.
Les commentaires anciens sont choisis avec goût; les nouveaux
sont écrits avec une élégante clarté par MM. Achaintre et
N. E. Lemaire ; et , ce qui n'étonnera personne, c'est que Bossuet
lui-même en a fourni quelquefois la matière. On trouve encore
dans ce volume :
Une belle carte d'Espagne, par M. Barbie du Bocage , membre
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Une planche soigneusement gravée, qui retrace la tour et le
musculus dont César s'est servi pour le siège de Marseille.
Un grand tableau, combiné d'après Polybe, Végèce et Juste-
Lipse , qui représente l'enceinte , la forme et les fortifications
des camps romains.
Un tableau synoptique et complet des fastes de la guerre
civile; il démontre la concordance des événemens et des époques
qui se sont succédés depuis la dernière année de la conquête des
Gaules par J. César , jusqu'au jour de son assassinat par les séna-
teurs; c'est-à-dire, durant les six années qui ont décidé du sort
de la république et du monde entier.
Enfin , le supplément de Vossius, qui remplit l'intervalle de la
guerre des Gaules à la guerre civile.
Chaque livre est précédé de son analyse, faite avecla plus scru-
puleuse exactitude.
On lit, après la guerre d'Afrique, trois supplémens , par
M. Turpin de Crissé et M. Cuvier, sur les passages importans et
non encore expliqués de cet ouvrage.
.Le catalogue de tous les hommes illustres , et l'indication pré-
cise des chapitres où sont rapportés leurs actions et leurs discours.
L'explication des abréviations ajoutées à celles du ier volume.
La table générale des Matières.
Ce volume sort des presses de M. Firmin Didot, et ajouterait à
sa réputation, s'il était possible.
•20. Le tome premier des OEuvres complètes d'Ovide, qui com-
TOME YI. 1 3
,94 LIVRES FRANÇAIS.
prend toutes les Héroïdes • une élégie sur la mort de Drusus ; ta
Consolation à Livie ; les fragmens intitulés Hafieuticon , l'Elégie
Je Nucc, et toutes les variantes inédites de Rich. Bentley.
Les Héroïdes d'Aulus Sabinus , placées à la suite de celles
d'Ovide , auxquelles elles servent de réponse.
La irc Epître d'Ovide traduite en grec , vers pour vers.
Une réponse d'Hippolytc à Phèdre, de 3:22 vers, par Sidronius
Hosschius.
Ces deux pièces, très rares, ne se trouvent dans aucune édition
d'Ovide.
Le texte a été revu sur les meilleurs manuscrits, et sur l'édi-
tion Heinsio-Burmanniana ; les notes sont l'ouvrage de M. Amar,
l'un des conservateurs de la bibliothèque Mazarine, professeur
émérite de l'Université, connu par son élégante facilité pour
écrire en latin. Son commentaire est, en grande partie, neuf.
Ce volume, qui sort des presses de MM. Dondey-Dupré,
père et fils , est imprimé avec des caractères fondus par M. Mole',
dont la réputation en ce genre ne le cède point aux artistes les
plus renommés, ainsi qu'on a pu s'en convaincre à la dernière
exposition des produits de l'industrie nationale.
M. Dondey-Dupré (ils, qui joint à l'amour de son art beaucoup
de connaissances en littérature, a revu scrupuleusement toutes
les épreuves, après les savans que nous venons de nommer ; et
ce volume , par son élégance typographique, se place dans les
premiers rangs des imprimeurs de Paris.
Nous rappellerons aux amateurs des beaux et bons ouvrages,
les conditions de la souscription. Le prix de chaque volume in-8°
sur papier lin satiné est de 10 fr. Le prix des exemplaires sur
papier vélin est de 20 fr.; il n'en reste (/uedeux exemplair* s. Les
cartes el planches qui seront peu nombreuses, se paient séparé-
ment; mais les portraits des ailleurs, gravés par P. Audouin ,
sont délivres gratis aux souscripteurs.
Conformément au Prospectus, depuis la mise en vente de oette
L* livraison, les sept premiers volumes sont de 1 ■>. fr. papier lin
el 9 j fr. papier vélin , pour ceux qui souscrivent à dater de cette
livraison; niais les volumes <S et 9 dont elle se compose, seront
li\res au prix de la première souscription. ( l'oy. le Prospectus.)
On BOUSCIÎ1 à Paris, chez :
MM. J. Latlitte et COmp., banquiers et bailleurs de fonds dl
LIVRES FRANÇAIS. i95
cette entreprise, rue de la Chaussée d'Antin , n° n ; N. E. Le-
maire, éditeur, boulevard Italien, n° 22 ; H. Nicolle, libraire,
rue de Seine, n° 12 , faub. Saint- Germain ; et chez tous les li-
braires de France et des pays e'trangers.
76. (?) — OEuvres complètes de madame la baronne de Staël, pu ■
bliées par M. de Staël, son fils. Paris, 1820; trois premières li-
vraisons. 9 vol., formats in-8° et in-12. Treuttel et Wiirtz, rue de
Bourbon , n° 1 7. Prix de chaque vol. iu-8°, 6 fr. , et in-12 , 3 fr.
On vend aussi séparément Delphine, 3 vol. in-8°, 18 fr., et 3 vol.
in-12 , 9 fr. • et Corinne, 2 vol. in-8°, 12 fr., et 2 vol. in-12 , 6 fr.
La publication de cette inte'ressante collection se poursuit avec
activité', et toujours avec les mêmes soins et le même succès. La
2e livraison (ou tomes 5, 6, 7) contenant Delphine, avec un nou-
veau dénoûment et des réflexions sur Je but moral de l'ouvrage,
a paru , il y a peu de tems- la 3e livraison ( ou tomes 8 et 9) con-
tenant Corinne, revue et corrigée par l'auteur, vientd'être publiée.
Nous nous proposons de rendre incessamment un compte spécial
du contenu des OEuvres complètes de madame de Staël.
77. — Nouveaux synonymes français , à l'usage des jeunes de-
moiselles, par mademoiselle Faure, directrice d'une école d'en-
seignement mutuel. Paris, 1819. 1 vol. in-8°. Eymery, libraire,
rue Mazarine, nc 3o. Prix, 4 fr.
Un célèbre écrivain a dit, en parlant de J.-J. Rousseau, qu'il
écrivait avec son cœur, et que c'est à cette source qu'il puisait la
supériorité, le charme et la séduction de ses écrits. Cette vérité
peut être appliquée généralement aux femmes qui s'occupent,
en littérature , d'objets qui ont rapport aux affections de l'ame $
elles en raisonnent avec une sagacité, une délicatesse que nul
homme ne saurait atteindre. Cette supériorité, qui ne leur est
point disputée, et qui appartient en quelque sorte à leur nature
plus qu'à la nôtre, ne se borne pas cependant à la peinture des
sentimens du cœur. La métaphysique , qui paraît être exclusive-
ment du domaine des hommes , perd de son obscurité et de sa
sécheresse , sous la plume d'une femme de mérite.
L'ouvrage de mademoiselle t'aure , sur ce qu'on peut appeler
la métaphysique de la langue française, vient à L'appui de notre
observation. Vouée à l'instruction des jeunes demoiselles, elle a
pensé qu'un choix de synonymes, entre les mots qui doivent ex-
i3*
li}6 LIVRES FRANÇAIS.
primer ou nos sentiracns ou les idées ,dont 1 influence est si puis-
sante sur notre conduite, et par conséquent sur notre bonheur
ne pourrait qu'être utile et intêicsser cette classe de lecteurs • elW
a su restreindre sou travail aux mots dont on se sert le plus coin
munément dans le monde. On sait que s'occuper des synonymie
c'est prouver qu'à la rigueur il n'y en a point, et c'est faire sentir
seulement les nuances différentes qui existent entre les mots qui
paraissent synonymes au premier aperçu. Moins scientifique que
ses devanciers , moins savante, mais peut-être plus naturelle et
plus spirituelle, mademoiselle Faure a sur eux l'avantage d'avoir
accompagné l'explication des mots, par des traits d'histoire ou
des réflexions morales qui , en gravant les préceptes dans la mé-
moire , les rendront inséparables de la citation.
Ce recueil ne se recommande pas seulement par la pureté , le
charme du style, mais encore par l'amour de la patrie, auxiliaire
heureux et presque toujours inséparable du talent, du savoir ei
de la vertu. Voici comment s'exprime mademoiselle l'aure sur ce»
mots prétendus synonymes, être digne, mériter. «On est digne
par ce qu'on vaut, on mérite par ce qu'on fait. Un soldat nu
rite la croix-d'honneur par un trait héroïque , il en est digne
par son courage. On est digne de la reconnaissance publique , par
cela seul qu'on travaille à la mériter. Rien n'est plus digne de
l'attention du législateur que l'éducation delà jeunesse, et rien
ne mérite plus nos regrets que les braves qui meurent en défen
dant la patrie. » Faure Beatlieu.
78. — Alémoires historiques relatifs a la fonte et a l'<U^>atior>
de la statue équestre de Henri IV ; par M. Ch. J. Lakoi.ie , con
servateur des monumens publics de Paris- x vol. in-8° deJaopag
Paris, 1819. Le Normant.
Si ces Mémoires ne se composaient effectivement que du récit de>
faits relatifs à l'inauguration de la statue équestre de Henri IV, ils
n'offriraient qu'un intérêt borné. Mais ce titre , auquel s'est ar
rêlée la modestie de l'auteur, n'en est pas moins relui il'un ouvrag»
savant où , dans une introduction étendue , M. Lafolie développe ,
en archéologie, des connaissances vastes et approfondies. Il y
traite «le l'art de la fonte, chez les peuples anciens, depuis 1Y
poque où l'on suppose que cet art. a pris naissance chez les Orien
taux, jusqu'aux tem s modernes. Cette introduction sera, pour oettr
LIVRES FRANÇAIS. 197
classe Je lecteurs entre les mains desquels ne se trouvent point
habituellement Pausanias , Pline, Winckelmann et Potier , la meil-
leure notice sur un art porté à un si haut degré de perfection par
les anciens, et cultivé avec non moinsde succès par les modernes.
79. — Plan topographique de la ville de Marseille^ sur l'é-
chelle d'un 25ooc, en quatre grandes feuilles, et sur très beau
papier ^ par M. Desmarets. Chez fauteur, rue de Vaugirard,
n° 60. Prix, 10 fr. par feuille, payables à mesure que chaque
feuille est livrée. ( Voy. T. IV, p. 200. )
Tout le monde connaît la haute et antique réputation de la ville
de Marseille. Sa position géographique et commerciale est une
des plus heureuses de l'univers ; elle offre à tous les vaisseaux
marchands un des ports les plus sûrs de la Méditerranée- rem-
placement en est pittoresque, et la première fois qu'on arrive à
la f^iste , on est frappé d'admiration , en découvrant la mer qui
se perd au loin sous l'horizon, et la multitude des maisons de
plaisance qui couvrent le territoire. Marseille a, de tout tems,
été renommée par la beauté de son site , la douceur de son climat,
la splendeur de son commerce et la richesse de ses habitans.
11 serait difficile de trouver un sujet de travail qui offrît au ta-
lent dun géographe plus d'attrait, et de plus puissans motifs
d'intérêt : outre l'utilité publique, ce puissant mobile des âmes
élevées, l'ingéuieur rencontre, dans les difficultés d'un terrain
très accidenté, dans la célébrité des lieux qu'il explore, dans la
régularité et la magnificence des monumens, tout ce qui peut
l'exciter à développer les ressources de l'art qu'il exerce. Ne doit-
on pas être surpris, d'après ces rapprochemens, que la ville de
Marseille manque néanmoins encore d'un plan de son port et de
son territoire? car on ne peut donner le nom de plan à plusieurs
cartes fort inexactes et faites sans art , dans le seul but de servir
de guide aux étrangers.
M. Desinarest , habile ingénieur-géographe , sorti de l'école Po-
lytechnique, n'a mesuré ni les difficultés de cette entreprise, ni
l'étendue des sacrifices qu'il devait faire ; il a triomphé des unes,
et s'est soumis aux autres, depuis quinze années. Sa carte doit
être formée de quatre grandes feuilles, et il livre aujourd'hui l«
première à ses souscripteurs. Cette feuille est exécutée avec le
plus grand soin • les meilleurs graveurs y ont travaillé Les plus
i98 LIVRES FRANÇAIS.
petits mouvemeus de terrain, les moindres sinuosités de la côte,
les derniers vestiges d'antiquités, enfin le Lazaret même, y sont
marque's avec une scrupuleuse exactitude. TSous devons féliciter
l'auteur du talent dont il a fait preuve dans ce beau travail, et en-
gager les amis des arts et des sciences à le seconder dans cette
entreprise, en se faisant inscrire parmi les souscripteurs.
Francoeiîr.
80. — Samuel à" Harcourl , ou l'Homme de lettres ; par Abel
Dufresne. 2 vol. in-12. Paris, 1820. Le Rormant, rue de Seine,
n° 8. Prix, 4 fr. 00 c, et 5 fr. 5o c. par la poste.
La préface est en vers assez mordans • Fauteur écrit, de son gre-
nier, et il adresse à son modeste réduit des apostrophes philoso-
phiques. Les chapitres qui suivent, transportent le lecteur en des
lieux hiendiiTércns j dans un boudoir, chez une femme charmante.
On y voit qu'à quelque chose malheur est bon. Le danger de
prêter sa plume porte à faire plus d'une réflexion chagrine. Les
amours poétiques , le songe et la complainte , le journaliste , etc.,
sont les titres d'autant de chapitres , qui présentent de6 tableaux
piquans des mœurs du jour; et dans le second volume, la mélan-
colie d'auteur, les cloches , les comédiens de campagne et le ser-
mon, le retour à Paris et le caj'édes poètes , la prison et Poraison
junchre, amènent une co/zc/usio/i qui, sans être trop prévue, étonne
et plaît en même tems. D. B.
OUVRAGES PÉRIODIQUES (i).
81. — Journal de pharmacie et des sciences accessoires , rédigé
par MM. Bouillon La Gra:*ce , Cadet- Gassicocrt , etc. ,6*
année, 1820. Paris , chez L. Colas fils , imprimeur-libraire, rue
Dauphine, n° 32.
On remarque, dans l'un des derniers cahiers de cet excellent
recueil, une notice intéressante des principaux ouvrages pério-
diques et recueils académiques, qui se publient sur h s sciences
en diverses langues. iVous réunissons, depuis quelques mois , les
matériaux d'une Bibliogrjphie scientifique , du même genre , que
(i) Pour pi us d'ordre et de régularité, toutes les fois que nous
devrons annoncer un ouvrage périodique, nous le comprendrons
dans une subdivision spéciale , exclusivement consacrée à cette
brauche de la Bibliographie.
LIVRES FRANÇAIS. 199
bous publierons lorsqu'elle sera à peu près complète. Nous invi-
tons nos correspondans à nous procurer les renseignemens néces-
saires sur les titres, la nature , le plan , l'esprit, le mérite de ces
sortes d'ouvrages publiés dans les pays qu'ils habitent.
M. A. J.
82. — annales chimiques de la Société de médecine-pratique de
Montpellier. — 11 en paraît un caliierde cinq feuilles, dans les pre-
miers jours de chaque mois, ou un cahier de dix feuilles tous les
deux mois. On s'abonne, à Paris, cher ïreuttel et Wiïrtz, rue
de Bourbon , n° 17 j à Strasbourg et à Londres, même maison
de commerce. Prix : 22 fr. pour la France , 28 fr. pour les pays
étrangers.
Ce recueil , rédigé par une commission de la Société de méde-
cine-pratique de Montpellier , offre un choix d'observations et.
de Mémoires sur les différentes parties de la Médecine , et sur
les sciences qui s'y rattachent; un tableau concis de la littérature
médicale ; des extraits, et quelquefois la réimpression des meil-
leurs Mémoires qui se trouvent dans les recueils périodiques re-
latifs à la clinique.
83. — Revue médicale historique et philosophique , rédigée par
MM. Rérard , Prunelle, DelpeCh , Double, Esquirol , Roc-
zet, Nicoo , etc. — Ce journal paraît régulièrement, tous les
deux mois , en un vol. de 12 a i5 feuilles in-8°. Le prix de l'abon-
nement est 22 fr. par an pour Paris , et 2 j fr. ( franc de port )
pour les départemens. A Paris, Gabon et Béchet jeune, libraires,
rue de l'Ecole-de-Médecine.
Les premières livraisons, qui viennent d'être publiées, font
naître l'espérance que nous aurons enfin un recueil périodique de
médecine, capable de soutenir le parallèle avec les ouvrages de en
genre dont on jouit chez nos voisins, et notamment en Angle-
terre. Pour justifier dans toute son étendue le titre de leur re-
cueil, les rédacteurs se proposent de joindre, dans chacun de
leurs numéros , à l'analyse des ouvrages nationaux et étrangers ,
une Lettre sur l'étal de la médecine et de l'enseignement médical
en France , et particulièrement à Paris. Ces lettres , qui promet-
tent d'être aussi instructives que piquantes , ne contribueront
pas peu à assurer le succès d'un journal recommandable par le
mérite connu de ses rédacteurs.
;uu LIVRES FRANÇAIS
84- — Nouveau Journal de Alédecine, rédigé par MM. BÉCLARi>y
Chomel, Ci.oqlet , Orfila et Rostan. Tome \1I, février 1820,
Ce journal forme 3 vol. in-8° par an; chaque volume renferme
quatre cahiers au moins de 128 pages chacun. Le= mémoires ,
lettres, et ouvrages imprimés, doivent être adressés, francs de
port , chez MM. Migneret , rue du Dragon , n° 20 , faubourg
Saint-Germain, et Crochard , rue de Sorbonne , n° 3 , où Ton
reçoit les abonnemens. Le prix de l'abonnement est, pour Tannée,
de 20 fr. pour Paris, et de 24 fr., franc de port , pour les dé-
partemens. On peut se procurer, en souscrivant , les collections
de toutes les années du journal , depuis sa formation.
85. — Bibliothèque physico - économique instructive et amu-
sante , par une société de savans , et rédigée par M. Thiebaut de
Berneaud; XVIIIe année de souscription, IVe de la nouvelle
rédaction, 1820. Paris, Arthus Bertrand , rue Hautcfeuille, no 23.
86. (*) — Chronique religieuse , rédigée par une société d'évêques,
de prêtres , de magistrats et de gens de lettres ; in-8°. Paris, Bau-
douin j et Londres, Treutlel et "W iïrtz. Il paraît chaque mois un
cahier de six feuilles d'impression.
Nous avons en France deux recueils consacrés à la propagation
et à la défense du culte antique de nos pères. L'an s'intitule
l stmide la religion et du Roi; imprudent ami , qui fait beaucoup
de tort aux deux objets de son zèle , que d'ailleurs il sacriiie en
toute occasion à l'esprit jésuite et ultramontain. Le second re-
cueil est celui que nous annonçons. Ici, sont conservées avec vi-
gilance et défendues avec fermeté , les doctrines de St. Paul qui
fut l'apôtre dé la Grâce, de St. Augustin qui en fut le docteur ,
de St. Prosper qui en fut le poète; là, comme autour d'un dra-
peau, sout rassemblés quelques hommes savans et pieux , hono-
rables soutiens des traditions religieuses et libérales de l'antique
Gaule et de la vieille France. Gerson , Robert Sorbon , Edmond
Richer, Etienne Pasquier, les deux Arnauld, Saint-Gyran , Bos-
suet,Duguet, reconnaissent en eux leurs continuateurs, à la
pureté de leurs doctrines religieuses , à la science profonde de
leurs écrits.
Gn caraelére particulier des auteurs de la Chronique religieuse,
et dont les catholiques éclairés sentiront toute l'importance, c'est
que, toujours fidèles aux principes les plus libéraux et les plu*
LIVRES FRANÇAIS. aoi
iolérans , ils se sont montrés néanmoins d'une rigueur qui n'ad-
met aucune concession en matière de foi , et d'une séve'rite' pré-
cieuse toutes les lois qu'il s'est agi de la discipline générale de
l'Église. On ne les a jamais vus , par de lâches condescendances à
la philosophie humaine, donner prétexte à l'accusation de déisme,
que , chez d'autres nations surtout, des écrivains , d'ailleurs esti-
mables, ont pu quelquefois mériter.
La Chronique religieuse fut entreprise à l'époque où l'Eglise de
France ,déjà opprimée par deux concordats, était menacée d'en
subir un troisième, pire que les deux premiers. Il et permis de
croire que les savans écrits de deux des principaux auteurs de la
Chronique (MM. Grégoire et Lanjuinais) ont beaucoup contri-
bué, en éclairant les esprits, à faire échouer, du moins en partie,
cette funeste entreprise. Il ne nous est pas possible de signaler ici
tout ce qu'il y a de remarquable dans les trois volumes déjà publiés.
Nous nous contenterons d'indiquer les sujets principaux qu'on y a
traités. Aucun ouvrage utile ou important, sur les matières religieu-
ses, ne paraîtdansaucune partie du monde, qu'il ne soit bientôt soi-
gneusement analysé et jugé impartialement dans la Chronique
Des notices biographiques y sont publiées avec exactitude, sur
les ecclésiastiques ou écrivains ecclésiastiques, à mesure que la
chrétienté a leur perte à regretter. Les mandemens des évêques
et vicaires-généraux ; les actes de l'administration civile, relatifs
à la religion ; les superstitions religieuses 5 les réclamations de
tout genre auxquelles peuvent donner lieu les abus d'autorité
ecclésiastique ; enfin , les recherches et travaux de toute espèce
sur la doctrine chrétienne, l'histoire et les antiquités religieuses :
tels sont les principaux objets que la Chronique traite habituelle-
ment , aveê cette profondeur de savoir et cette pureté de doctrine
que nous ne saurions trop proclamer. Puisse cet excellent ou-
vrage, répandu parmi notre clergé, le ramener au véritable esprit
de l'Evangile! Nous ne saurions trop le recommandera tous ceux
qui souhaitent voir la religion et la liberté former une sainte
et indissoluble alliance. A. M.
VVVVWlWVW \A\ IWWVVWVVV VWVVVVVWVVVV*/WVVWWV VWV\'VVV*VWWVV\\ www ww%*
IV. NOUVELLES LITTÉRAIRES
ET SCIENTIFIQUES.
AMÉRIQUE.
ÉTATS-UNIS.
Extrait d'une lettre de JVew - l'ork, du i^ janvier 1820. —
Navigation intérieure. — Histoire naturelle. — Le grand travail
que le gouvernement tic New-York avait fait entreprendre pour
réunir les eaux du lac Champlainaux eaux de la rivière IhuLon ,
se continue avec la plus grande activité. Lorsqu'il sera
termine , on pourra se rendre par eau de New- York à Mont-
réal, qui en est éloigné de quatre cents milles. Ce premier
cana' est indépendant de celui du centre et de l'ouest, qui
doit joindre les rivières Mooh et lludson aux lacs E rie et On-
tario, et parcourir un espace de 12,000 milles. L'n Français,
M. Milbert, qui est maintenant dans ce pays, et attaché à la
commission chargée du nivellement et du tract- du premier ca-
nal, a eu l'occasion de visiter les travaux du second , don! une
branche commence à la petite ville de JJuff'a/o, L'autre à Utica,
Un espace immense, que doivent traverser les eaux, est encore
couvert d'épaisses forêts ; cependant le travail avance, et une
partie du canal est déjà navigable.
M. Milbert a été très bien accueilli par M. le consul de
France , qui Ta chargé de s'occuper de la recherche d'objets d'his-
toire naturelle. En conséquence, il a entrepris i\cux grands
voyages mis les lacs; il a dessiné la chute du Niagara, ainsi que
beaucoup d'autres chutes moins considérables, il esterai, mais
très grandes, en comparaison de celles qu'on voit en Europe. Ces
cataractes offrent des faits géologiques intéressans à étudier.
M. Milbert ■ déjà envoyé aux professeurs du musée dhistoire
naturelle de Paris, le bœuf sauvage d'Amérique, el un grand
nombre de curiosités.
Philadelphie. — Nomination. — La Société philosophique amé-
ricaine pour l'extension des connaissances utiles, séante à Phila-
delphie , a admis au nombre de ses meinl iv*. M. Laoglés ,<h' 1 lo-
tit ut , conservateur de la bibliothèque du roi , etc. Cette Société
AMERIQUE. 20 j
a joint à l'envoi du diplôme , un exemplaire des Mémoires de son
comité' historique et littéraire, dont il sera rendu compte dans
un des prochains cahiers.
RÉPUBLIQUE D'HAÏTI.
Port-au-Prince. ■ — Journal. — Le Télégraphe est le journal
officiel de la république ; il est rédigé en français, et fort bien im-
prime'. Le n° du 19 décembre 1819 contient la relation d'un
voyage que le président a fait dans 1 arrondissement de Jacmel ,
et ses discours aux différentes autorités. Nous citerons presque
en entier celui qu'il a adressé aux membres de l'ordre judiciaire.
« Les obligations qui vous sont imposées , ne se bornent pas uni-
quement à vous réunir dans l'enceinte d'un tribunal, pour pro-
noncer des jugemens. L'amour du bien public doit vous porter,
comme moi, à désirer de voir disparaître l'esprit de chicane , qui
semblait menacer de faire de grands progrès, en divisant les fa-
milles L'expérience m'a prouvé qu'il dépendait toujours des
juges d'empêcher leurs concitoyens de s'abandonner aux intrigues
de quelques hommes tracassiers, qui n'agissent que dans des vues
d'intérêt particulier, en engageant les citoyens dans des procé-
dures que la bonne foi leur eût fait e'viter. Considérez-vous comme
pères de famille , lorsque vous êtes appelés à statuer sur les dif-
férens de vos compatriotes. Soyez plutôt des arbitres dans leurs
discussions , que des juges inexorables ; et déplorez la situation
de l'innocent, qui souvent perd sa cause, parce que les formes,
embrouillant le fond, jettent l'affaire dans un dédale inextricable.
Les lois, sous une forme austère, ne s'adressent qu'à l'obéissance ;
elles ne savent pas déposer leur sévérité pour parler aux hommes,
comme un bon père parle à ses enfans. C'est à ceux qui en sont
les organes, à saisir le sens le plus favorable qu'elles offrent, pour
en faire jaillir la bonté sur ceux qui les réclament. Souvenez-
vous encore que la justice et l'équité doivent présider à vos
actions. Eloignez de vous toute prédilection; ne «'jetez jamais
les pauvres de votre sein, et ne vous épargnez pas non plus
les fatigues et les dégoûts des charges que vous avez acceptées ;
vous serez certains de mériter l'estime de vos concitoyens, et
d'obtenir cette paix intérieure qui parle plus haut que toute
chose dans le cœur de l'homme juste. »
•io4 AMÉRIQUE. ASIE.
— Un très beau moulin à vapeur a été' établi sur l'habitation
Dumonteuil.
as je.
Serampore. — Société baptiste des missions {baptist missionary
society). — Cette Société fut fondée le 2 octobre 1792; elle ré-
side à Serampore; ses missionnaires ont publié les traductions
suivantes: en samskrit, le Nouveau-Testament; le Pentateuque
et les livres historiques. — Dans les langues bengali et orissa
toute la Bible. — En hindou, le Nouveau-Testament; les livre*
historiques ; les Hagiographes et les Prophètes. — En mahraUe,
le Nouveau-Testament; le Pentateuque et les livres historiques.
— En danois , les missionnaires ont des caractères de quatre di-
mensions- avec le plus petit, l'Ancien-Testament excède peu en
grosseur une Bible ordinaire, in-81^. Ils ont imprimé toute la
Bible. — En talinga , le Nouveau-Testament. — En bredjc-bhdchd,
le Nouveau-Testament. — Y.npouchlou ou ajj'ghane, ba/outchi et
assanii , trois Evangiles sont terminés. — Dans le Canarin , le
Konhénij le Moultdni, le Sindhi, le Kachemir , le Népal, le
Boukanir, YOudéypour, \eMaravar, le Djéypcmr% le Khassay , et
les langues des Burinas , l'Evangile de Saint -'Mathieu : on traduit
lesautres Evangiles. (foy. un article de M. Langlés, sur le même
sujet, dans les ylnnalcs encyclopédiques , année 1817. )
Chine. — Poésie. — L'empereur de la Chine a reçu l'odr
à l'Etre -Suprême de Gabriel liomanovtcht , poète russe; il
l'a fait traduire , copier dans les deux laugues , sur une étoile pré-
rieuse, et suspendre dans l'intérieur de son palais.
Calcutta. — Dictionnaire samshiit-anglais , par le dr Wilson.
— Cet important ouvrage, que lesOrientalistcs attendaient depuis
iong-temsavec impatience, a été teiminéau mois d'octobre dernier.
et le bâtiment qui ( a apporte les premiers exemplaires en Europe,
doit arriver sons peu de jours en Angleterre. Cette publication
formera une époque mémorable dans les annales de la littérature
en Europe, où Ton ne compte encore que bien peu de sav.uis. tels
que MM. Chézy,Bopp,cle. , qui se soient livres a \ ec succès à l'étude
de la langue sacrée des Brahmanes, n'ont la connais 11 1 10 ■ dans l'Inde
est le partage exclusif d'un petit nombre de Pandits et de studieux
Anglais. C'est pour faciliter l'intelligence d'une vaste compilation
samskritfl de jurisprudence, à l'usage des éléresdu collège du fort
ASIE. AFRIQUE. ao5
William de Calcutta, que M. le docteur Wilson s'est engage
dans cette grande entreprise. Ce Dictionnaire renferme toutes les
racines de la langue samskrite, lesquelles sont omises dans tous
les dictionnaires originaux, parce qu'elles doivent faire le sujet
d'une compilation particulière. Je ne répéterai pas ici tous les
détails que j'ai donnés sur la langue samskrite, et sur l'ouvrage
dont il s'agit, dans le Moniteur du mardi.... novembre t8i6,
lorsque j'en eus reçu les 3oo premières pages imprimées, de M. Loc-
kett, mon honorable confrère à la Société asiatique de Calcutta.
Je ne terminerai pourtant pas cette courte annonce sans payer
un juste tribut d'éloges et d'estime à M. le docteur Horace, qui
n'est pas lui-même un des membres les moins distingués de cette
illustre Académie.
Le même savant indianiste, à qui nous devons le premier dic-
tionnaire samskrit, rédigé suivant l'ordre alphabétique et expli-
qué en langue européenne, a publié, en 181 3, à Calcutta , le texte
samskrit et la traduction en vers anglais d'un poème fort agréable
du célèbre Kdçlidda, intitulé Mégha douta, le Nuage messager.
Les notes de l'élégant traducteur décèlent une vaste connaissance
de la littérature , delà géographie et de l'histoire indienne, et
une connaissance non moins étendue des littératures anciennes
et modernes de l'Occident.
La haute et juste importance que nous attachons au monu-
ment littéraire que M. le docteur Wilson vient d'élever à sa
propre gloire et pour l'utilité de tous les indianistes de l'Europe ,
ne doit pas me faire passer sous silence la traduction anglaise
de deux Traités très estimés sur les lois d'adoption chez les Hin-
dous. Ces deux Traités écrits en samskrit sont intitulés : Dat-
takamyanmésa et D ]attaka-7 'chandj-ika ■ lesnotesque M. Suther-
land a ajoutées à sa traduction , et surtout le Précis de la même
loi, donnent un nouveau degré de mérite et d'utilité à l'ouvrage
que nous annonçons. L. Langlès.
AFRIQUE.
Sénégal. — Progrès de la civilisation. — Enseignement mutuel.
— Ce qu'avait annoncé notre honorable collaborateur , M. Jo-
mard, sur la possibilité de répandre quelque civilisation dans
l'intérieur des pays voisins du Sénégal , au moyen de l'école de
206 AFRIQUE.
Saint-Louis, commence à se réaliser. Les rois de Galam et de
ttambouk ; à phw de .200 lieues dans les terres, ont envoyé leurs
enfans à cette école, où Ton enseigne le français à cent cinquante
Yolofs et autres Africains , par le; procédé de renseignement mu-
tuel j et à laide de tableaux cpmposés dans les deux langues.
]\ous avons pensé que nos lecteurs seraient curieux de lire les
deux rapports ci-joints où ces laits remarquables sont consignés.
(Voy. ci-dessus T. IV , pag. 177-179. )
Extrait tVune Lettre écrite par M. Dard, directeur de l'Ecole
du Sénégal, à AI. Jomard, secrétaire de la Société pour l'ins-
truction élémentaire, etc., etc. — Saint-Louis , 20 janvier, 18.20.
« M. le baron de Mackau, commissaire du roi, envoyé au Sé-
négal pour inspecter les établissèmens, porteur de la présente, est
chargé de vous remettre, de ma part , la grammaire Wolof ( ou
Yolof), et le dictionnaire manuscrit j vous y recevrez en même
ternis le manuscrit des tableaux de lecture Wolofs , classés d'a-
près la méthode mutuelle.
w La maladie que je viens de faire ne m'a pas permis de conti-
nuer la traduction de Simon de .Yantwi , non plus que d'acbever
le recueil de fables VVolofes (jue je vous avais annoncé. Ma traduc-
tion de l'Ancien et du Nouveau-Testament est terminée , sauf
quelques corrections.
» Vous recevrez, avec la présente , une copie du rapport que
l'ai fait, à M. de Mackau , sur l'Ecole de Saint-Louis. Vous y ver-
rez l'état actuel de l'institution des garçons. L'école mutuelle des
filles, dirigée par les respectables sœurs Saint-Josepb , est en
pleine activité. Elle comprend déjà cinquante élèves , dont la
plupart ont fait de grands progrès dans la lecture et l'écriture.
(.enendant , comme les petits garçons, elles ont grand besoin de
la grammaire et du dictionnaire Wolofs.
» M. Daspru est encore avec moi , et m'a été d'une grande uti-
lité lois de nia maladie. Je crois que, sous peu de joins , il par-
tira pour (Jorée ou pour Dagana, \illage nègre de l'intérieur.
Plusieurs moniteurs ont été instruits, pour les nouvelles écoles que
M. le gouverneur se propose de former dans l'intérieur. Veuillez
croire que rien n'a éle négligé pour la propagation île la nouvelle
méthode d'enseignement. Les princes de l'intérieur sont souvent
AFRIQUE. 207
venus visiter l'école , et trois d'entre eux ont pris des notions du
système mutuel , clans l'intention de le mettre en pratique pour
l'enseignement du Coran. Je dois vous annoncer aussi que je
compte parmi mes écoliers quatre enfans des rois de Gala m et
de Bambouk , lesquels doivent apprendre les langues wolofe et
française, pour les enseigner ensuite dans leur pays.
» Comme le royaume de Brak ou de Walo vient d'être ce'de'àla
France, j'espère qu'aussitôt que mon ouvrage sera impi'imé, et
que je pourrai mettre les tableaux wolofs entre les mains des en-
fans du Sénégal, l'instruction élémentaire se propagera rapide-
ment dans cette partie de l'Afrique. Alors la Société fondatrice
des écoles mutuelles se glorifiera d'avoir perfectionné la vie mo-
rale des nègres qui avoisinentle Sénégal, et de les avoir ramenés
à une existence plus digne du rang que le Créateur leur as-
signa. »
Extrait d'un rapport sur l'Ecole mutuelle du Sénégal. — Cent
vingt enfans fréquentent en ce moment l'Ecole de Saint Louis
du Sénégal, qui déjà a été renouvelée entièrement. Prés de
cent cinquante élèves nègres ou mulâtres y ont été instruits , et
possèdent assez bien l'instruction primaire , et même quelques
notions des sciences exactes. Plusieurs d'entre eux sont déjà em-
ployés par le gouvernement ; d'autres se sont livrés au commerce,
et quelques-uns à la navigation.
Parmi les enfans qui fréquentent l'école en ce moment, plu-
sieurs sonl déjà fort avancés; et l'on pourrait, sans dépeupler
l'école de moniteurs T en prendre une douzaine propres à diriger
des institutionsdans l'intérieur. La huitième classe , qui comprend
les élèves les plus avancés en instruction, contient 20 enfans ; la
7e en a 25; la 6e, 17 ; la 5e, 12; et la ire, 5.
Généralement, tous les enfans du Sénégal sont doués d'une
grande intelligence; ils écrivent et calculent très bien, lisent on
ne peut mieux , mais comprennent, difficilement la langue
française. J'ai souvent été forcé de m'écarter des rcglemcns des
écoles mutuelles, en cherchant à remédier à ce petit retard dans
les progrès de la langue française. Après bien des essais , je me
suis convaincu qu'il était absolument nécessaire, pour que les
enfans du Sénégal répondissentaux vues bienfaisantes du gouver-
nement qui vent les instruire, de leur faire lire et écrire leur
ao8 AFRIQUE. EUROPE.
langue naturelle, en même tems que la langue française qu'il
s'agit de leur enseigner.
A cet effet, j'ai cru devoir m'occuper sérieusement de la langue
wolofe; j'ai fait des tableaux wolofs et français, dont le résultat
a surpasse mes espérances • je me suis livré à des recherches qui
n'ont pas été infructueuses , et j'ai découvert que cette langue
avait des principes clairs , simples , précis, et qu'elle était sur-
tout a imirable dans la composition de ses verbes. J'ai formé une
grammaire wolofe , à laquelle j'ai ajouté un grand nombre de
thèmes et de proverbes dans les deux langues; ensuite j'ai tra-
vaillé au dictionnaire français-wolof et wolof- français ; enfin ,
j'ai classé une grande quantité de mots wolofs pour la formation
des tableaux d'une école mutuelle v\ olofe-française.
Tel est le travail dont j'ose aujourd'hui provoquer l'impression,
persuadé que ce serait avoir peu fait que d'avoir enseigné aux
enfans du Sénégal à lire et écrire la langue française, si on ne
leur procurait ensuite les moyens de profiter de cet enseigne-
ment, en l'appliquant à leur langage naturel, à leurs professions
respectives, et en les entretenant ainsi dans la pratique de
l'étude, de la vertu et des bonnes monirs.
Quoique déjà 1 on puisse se féliciter, en considérant les succès
qu'a obtenus l'école mutuelle du Sénégal au milieu de tant de
diflicultés ; je ne le dissimulerai point : il y a encore beaucoup à
faire ; l'entreprise est commencée, la carrière est ouverte, niais
elle est immense. Le but qu'on s'est proposé ne peut être atteint
en trois années; il faudra soutenir ce qui a été créé, le perfec-
tionner, l'étendre successivement. I ne école secondaire, où se-
raient reçus les enfans du Sénégal , sortant de l'institution mu-
tuelle, ne serait peut-être pas inutile. On pourrait y enseigner les
mathématiques , la géographie el l'agriculture avec beaucoup d<
■uccéi
EUROPE.
ANGLETERRE.
Eoimbodhg. — Société-dés Arts. — 'On doit formera Edimbourg
nue nouvelle Société des \rts. semblable ù celle de Londres. 11
EUROPE. 209
y aura une salle pour déposer les modèles, etc., comme à
ï'y/delphi (t).
Arts mécaniques. — Horlogerie. — La Revue d' Edimbourg , du
dernier trimestre 1819, contient, entre autres morceaux remar-
quables, une vue comparative des arts et de l'industrie de la irance
et de V Angleterre. Les ouvrages fiançais qui servent de base. a
cet examen, sont : i° l'Industrie française, par M. Chaptal, dont
la Revue Encyclopédique a déjà rendu compte (tom- II, pag. 3o
et suiv. ); 20 l'Essai sur l'administration de l'agriculture, du
commerce, des manufactures, etc. , par M. Costaz , (tom. III,
p. 5i et suiv.), 3° la notice sur les travaux de la Société d'en-
couragement pour l'industrie nationale , par E. J. Guillard-Se-
nainville (tom. I, p. 3^2 et suiv.).
Cet article , où le talent s'unit à l'érudition, est néanmoins en-
taché de beaucoup de préjugés nationaux, et l'auteur manque
souvent de justice envers la France. Cependant, nous citerons le
passage suivant, dans lequel il rend hommage à l'un de nos ar-
tistes les plus distingués.
« Les arts mécaniques, cités par M. Chaptal, comme ayant été
extrêmement perfectionnés en France, pendant ces trente der-
nières années , sont, pour la plupart originaires de l'Angleterre.
On peut les ranger en deux classes; savoir : i° les arts utiles au
commerce , i° les arts uiilos aux sciences. Parmi les premiers ,
nos filatures (Spi/ining- -mehines) ont tout l'avantage. Au nombre
des seconds, l'horlogerie vient d'abord, et le nom dedéguet
s'offre naturellement à la pensée. Nous aimons à saisir l'occasion
de rendre justice à un artiste d'un mérite aussi extraordinaire.
M. Brc'guet est, sans contredit , l'homme de ce siècle qui a eu le
plus grand nombre d'heureuses inspirations sur l'art qu'il cultive
Ses inventions sont aussi nombreuses que brillantes, et chaque
branche de l'horlogerie lui doit quelque nouveau perfectionne-
ment. Mais, M. Bréguet, malheureusement pour lui et pour les
sciences, s'est trouvé placé dans un pays où la profondeur et la
justesse de ses vues n'ont point été assez généralement appréciées,
(ï) Vstdelphi est un bâtiment public fondé à Londres par la
Société d'encouragement des arts et de l'industrie, à peu près
sur le même modèle que notre Conservatoire des arts et métiers
TOM F. VI. \r-
ai© EUROPE.
et où, par une suite nécessaire, ses pensées ont e'të détournées
du but vt:rs lequel son gënie l'appelait. Selon nous, l'excellence
de l'horlogerie consiste dans la mesure exacte du tems appliquée
aux grandes sciences de l'astronomie , de la géographie et de la
navigation. Mais, en France, la partie chronomëtrique est né-
gligée pour tout ce qui tient à l'ornement ou à la commodité per-
sonnelle de l'acheteur. Aussi, les montres qui marquent toutes
les divisions du tems , les jours de la semaine , des mois , tt sou-
vent le mois même, sont-elles particulièrement bien exécutées
en France. 11 ne faut pas moins de savoir et d'industrie pour
atteindre à la perfection dans ce genre que dans l'autre j mais on
ne peut s'empêcher de regretter que le talent ne se tourne pas
vers un plus noble but, qu'il ne s'efforce pas de seconder les
grandes entreprises, d'aider aux progrès des sciences utiles, et
aux découvertes qui agrandissent les vues et améliorent la situa-
tion du genre humain.
9 Cependant, M. Bréguet n'a point négligé de s'occuper de la
partie scientitique de son art. Ses horloges et ses montres astro-
nomiques sont d'une admirable exécution , et se distinguent par
plusieurs perfectionnemens dus au génie de ce célèbre artiste.
Nous remarquerons , en passant , que M. Chaptal attribue à
M. Bréguet plusieurs inventions nouvelles, qui sont depuis fort
long-tems d'un usage commun en Angleterre : tels que l'échappe-
ment (escapement) détaché, le ressort du balancier cylindrique,
et le balancier composé; tandis qu'il ne fait pas mention des dé-
couvertes dont IV1. Bréguet a réellement enrichi son art. Quoi-
qu'il y en ait un grand nombre, nous nous bornerons à en citer
quelques-unes : i° Le parachute destine' à empêcher le pivot du
balancier de se rompre, si la montre vient à tomber, ce qui est
très commode pour les montres de poche j 2° le tourbillon, par
le moyen duquel le balancier, outre son mouvement de vibra-
tion, exécute une révolution sur son axe, au bout d'un certain
tems, de manière que, supposé le chronomètre dans une position
donnée , chaque extrémité du balancier ■ successivement été la
plus élevée au moment du repos • et toutes les inégalités qui peu-
vent se trouver dans son poids ou au centre, sont compensées
pendanl chaque révolution j 3° un échappement (ncapement)
qu'il appelle naturel, et qui peut se passer d'huile; et /je un
double échappement ^double escapement).
EUROPE. 3I1
» M. Bréguet a dernièrement exécute' une idée digne de la gran-
deur de son talent. Il a fait un certain nombre de montres marines
(marine time-pieces) sur les mêmes principes et avec les mêmes
dimensions, de manière que les parties homologues de chacune
d'elles puissent s'ajuster dans toutes les autres. L'échappement
(escapement) qu il a adopte, est celui d\Earnshaw ; mais il en a
forme' un système à part, qui, :ans aucun pre'paratif , peut être
enlevé d'une montre, et placé dans une autre , seulement en des-
serrant deux vis : en sorte que, si un accident arrive à l'un, on
peut le remplacer par un autre, en moins de cinq minutes.
M* Bréguet n'a point encore fait connaître au public son invention
de l'échappement naturel (natural escapement). Le double échap-
pement (double escapement) est simplement une montre double,
pourvue de deux échappemens et. de deux balanciers pour la ré-
gler; elle réussit merveilleusement à corriger les erreurs. La
même idée a été aussi appliquée aux pendules , en y ajoutant un
second régulateur; et M. Bréguet a déjà rassemblé quelques faits
très intéressans sur la transmission du mouvement, par les corps
qui sont eux-mêmes en repos.
» Personne n'est plus disposé que M. Bréguet à rendre justice à
la supériorité de l'horlogerie en Angleterre; et la preuve, c'est
qu'il préfère tirer de ce pays les parties les plus délicates de ses
précieux chronomètres , qu'il a si habilement perfectionnés.
M. Molyneux, artiste anglais, doué de beaucoup de mérite et de
modestie, lui a fourni , à notre connaissance, depuis quatre ans,
un nombre d'échappemens , de balanciers composés, etc., égal à
celui que nous imaginons devoir être demandés en France à
M. Bréguet. Le talent de ce dernier ne se trouve nullement com-
promis par l'emploi qu'il fait délémens étrangers dans ses ma-
chines, puisqu'il a tout le mérite de les ajuster et de les perfec-
tionner. M. Bréguet, qui est originaire de la Suisse, et non de la
France , est le seul artiste de ce royaume qui puisse rivaliser
avec nos Arnolds, nos Earushaws, nos Harolys, etc., etc. »
Nous ne chercherons point à combattre les préjugés et les pré-
ventions quidom Dent dans plusieurs passages de cet article , eÇ
qui sont souvent exprimés avec une ironie et une aigreur aux-
quelles le talent devrait toujours rester étranger j mais, puisqu'on
veut enlever à la France l'honneur d'avoir donné le jour à M. Bré-
•4*
aia EUROPE.
guet, on nous permettra de rappeler que c'est a un étranger, à
un Français (M. Brunel), que l'Angleterre doit plusieurs de se^
plus merveilleuses inventions. TSous riterons, entre autres, la ma-
chine à poulie { block - machine ry) , qui reçoit l'arbre en nature
le divise, le coupe à égales longueurs, l'arrondit, le polit, le
creuse, et après lui avoir fait subir neuf opérations, donne une
poulie parfaitement complète dans toutes les parties, et d'un tra-
vail aussi fini que celui de l'ouvrier. Cette découverte, qui
épargne à la fois le tems, l'argent et les hommes , est d'autant plus
précieuse pour l'Angleterre, qu'il faut à chaque vaisseau de ligue
près de quinze cents poulies de différentes grosseurs, et que cette
seule partie de la construction coûtait à l'Etat des sommes con-
sidérables. jNous n'examinerons pas jusqu'à quel point une décou-
verte semblable eût pu être utile en France, où la marine est.
depuis long-tems, presque nulle : cette discussion nous mènerait
trop loin. M. Didot, frère de M. Firmin Didot , de Paris, connu
par les nombreux pcrfectionncniens qu'il a fait subir à la typo-
graphie, s'est aussi établi en Angleterre, et y ;i inventé une ma-
chine pour faire du papier d'une longueur indéfinie: cette fabrique
est mise en mouvement par un moulin situe SUT les bords de la
rivière l'y ne. (Voyez les Mémoire» sur la manne ci les pnnts-et-
chanssecs tle France et tt Angleterre , par M. CJi . Dupi/i, dont
nous avons rendu compte ( f. 111 , pag. 2.Î9 ).
Ir.nseignement mutuel — On compte maintenant, en Angle-
terre, 14G7 écoles établies d 'après le système du docteur l'.ell , et
9.9^ d'après celui de Laneaster- en tout , 1 *yt>4 écoles d'enseigne-
ment mutuel.
LoMiHKs. — Librairie. — Dans la rue de PatemostW nnv et
dans quelques rues adjacentes, où m trouvent plusieurs librairies
considérables , on expédie, Ls dernier jourde chaque mois , .>,ooo
ballots contenant 5o à 60 mille exemplaires de journaux qui pa -
missent par cahiers, sans Dompter les livres et les brochures. —
Le nombre des exemplaires de gazettes et de journaux publiés
journellement, et expédiés par semaine, est de »jo,ooo, et celui
des feuilles de différentes provinces, de a5o,ooo. — 11 nanti an-
nuellement , en Angleterre, environ 800 livres nou\eau\. ■ — Le
commerce de la librairie rapporte par an un million de litres
sterling (^jj millions de France}.
EUROPE. 2ï3
— Nouveaux ouvrages périodiques. — Le nombre des jour-
naux de Londres a été' augmenté, celte année, par deux feuilles
hebdomadaires d'un caractère fort sérieux. Le Rapporteur chré-
tien {T lie Christian Reporter) et Le Gardien {The Guardian). Tous
deux s'occupent de politique , de religion et de morale. Le Rap-
porteur annonce qu'il n'écrit que pour le « public chrétien, pour
» ces hommes vénérables qui , nourris de seutimens et de prin-
» cipes plus élevés que ceux des gens du monde, voient cons-
» tamment les desseins de la Providence s'accomplir dans les
3> événemens de la vie sociale et civile. » Z-e Gardien donne la
même direction à ses vues , mais il diffère du Rapporteur, en ce
qu'il déclare la guerre à l'opposition.
— The London magazine and Monthly critical and drumatic
Review. Ce journal critique et dramatique paraît depuis le Ier
janvier , chez Gold et North-house.
— Armais of oriental Littérature. ( annales de Littérature
orientale. ) Cet ouvrage , dont il paraît un volume in-8° tous les
trois mois, à dater du ier avril 1820, contient des essais origi-
naux, des traductions, des critiques d'ouvrages orientaux, et des
nouvelles littéraires.
— Traduction des Mémoires sur le royaume de JVaples. —
Plusieurs feuilles publiques annoncent qu'on s'occupe d'une tra-
duction anglaise des Mémoires sur le royaume de JVaples , par
M. le comte Orloff. L'auteur, qui est dans ce moment à Paris,
travaille lui-même à terminer cet ouvrage, dont le troisième vo-
lume est sous presse , chez F. Didot. On a entrepris , depuis peu ,
une traduction russe de ces Mémoires.
— Georges Bidder. — Georges Bidder, enfant qui par sa mer-
veilleuse facilité pour le calcul, a fixé l'attention de toute l'An-
gleterre, qu'il parcourait, en montrant sa science de ville en ville,
vient d'être tiré de sa situation précaire et humiliante par une
souscription ouverte à Edimbourg. Les sommes reçues sont des-
tinées à donner à cet enfant une éducation qui puisse développer
ses talent. Plusieurs savans, membres de la Société Royale et de
l'Université où il vient d'être placé, se proposent de surveillerses
progrès , et de les seconder de tous leurs efforts.
— Hommage h fVolIcol. — Une souscription a été ouverte
pour ériger à la mémoire du célèbre poète Jean Wollcot , connu
ai4 EUROPE.
sous le nom de Peter Pindar, un monument, dans l'église de Dod-
brook , sa paroisse.
— Beaux -Arts. — Peinture. — M. Turner, membre de l'Aca-
démie royale de peinture, est de retour à Londres. 11 a passé près
de deux ans en Italie, pour dessiner, par ordre du prince-régent,
les plus beaux sites de ce pays. Il rapporte de nombreuses esquis-
ses, et va composer des tableaux qui seront placés dans le palais
de Carlton-House.
— Gravure. — Les graveurs les plus distingués de la capitale ,
Warren, Engleheart, tinden, Fittler, Wedgwood, Worthing-
ton , etc., travaillent à un ouvrage national. C'est une collection
de portraits des poètes anglais, dessinés par Thurston , d'après les
originaux les plus authentiques. Ce que les connaisseurs en ont vu
dans les ateliers des artistes, répond à la haute idée qu'on s'était
formée de cette entreprise.
RUSSIE.
Marine — M. de Boucher , Français , conseiller d'Etat de
S. M. l'empereur de Russie, a trouvé un moyen pour rendre
incorruptibles les vivres destinés à la marine. Sa décou-
verte a été approuvée par la Société économique et par le Comité
de médecine. Lne médaille d'or lui a été décernée.
M. de Boucher a dû présenter aussi à la Société économique
un modèle de vaisseau insubmergible , qui a obtenu l'approbation
d'un habile constructeur.
Sociétés bibliques. — Ces Sociétés sont très nombreuses en
îîussie, et ont beauenup d'activité. Celle qui est établie à Abo, a
reçu dernièrement d'Angleterre les planches stéréotypes du Nou-
veau-Testament en grec moderne , au moyen desquelles on
pourra tirer 3oo,ooo exemplaires. A Tula et à // onmèseh , des
• laines pieuses ont établi des boutiques , «mi Pou ne débile d'autre
livre (pie la Bible. Le patriarche Paul , à Coqs tan tinople , a onert
de contribuer au but des Sociétés bibliques. Les limâtes . peuple
payen en Sibérie, ont témoigné le désir de posséder, en langue
mongole, la parole du Dieu uuujuc (c'esl ainsi qu'ils appellent la
Bible), et ils ont recueilli, par souscription, la somme tic 10,000
roubles, qu'ils destinent à l'impression du livre sacré. — Le trait
suivant est remarquable : Quelques paysans du cercle de Dubo-.v.
EUROPE. «n5
dans la principauté de Saratow , ont offert à la Société biblique
de lui donner chacun , par an , la somme de 5o kopecks ^environ
2 j sous), a IXous sommes pauvres , disent-ils, mais Dieu aime ce-
» lui qui donne de bon cœur. »
Mythologie. — fable d' Hercule. — M. OuvarofT a fait insérer
dans les Mémoires de l'Académie impériale des Sciences de Pé-
tersbourg , un Examen critique de la fable d' Hercule (v.\ pages
in-4° ).- H se propose spécialement de combattre l'opinion do
Dupuis qui considérait Hercule comme l'emblème du soleil, et
les douze travaux du demi-dieu comme le symbole des douze
signes du Zodiaque ; mais il n'entreprend pas d'expliquer ce
mystère de l'antiquité : il affirme seulement que l'opinion rela-
tive à l'identité d'Hercule et du soleil, est née à l'époque où les
platoniciens, tels que Plotin, Proclus, Jamblique, etc., ten-
tèrent de donner de l'unité au polythéisme. De nos jours, selon
M. OuvarofT lui-même , on a reconnu unanimement les vastes et
nombreux rapports qui établissent une liaison intime entre toutes
les parties des traditions religieuses de f antiquité. Ce point fon-
damental de leur étude doit servir d'excuse aux tentatives,
même malheureuses, qui ont pour but de porter la lumière dans
les vastes ténèbres où est encore enveloppée la véritable con-
naissance des institutions sacrées des anciens peuples. Les pré-
jugés, ou des intérêts, ont de bonne heure un peu trop matéria-
lisé ces institutions, qu'on devrait moins se presser de qualifier,
puisque l'intolérance et l'erreur ont presque seules instruit , rap-
porté et jugé cette grande affaire. Encore quelques bonnes obser-
vations authentiques, et les anciens ne seront peut-être plus ni
aussi payens ni aussi idolâtres qu'on se plaît à le répéter depuis
dix -huit siècles.
A l'occasion du Mémoire de M. OuvarofT, nous indiquerons la
lettre , publiée par M. llaulhac , sur la signification du nom
d1 Hercule y et sur la nature de ce dieu; lettre extrait»: d'un
ouvrage plus étendu, et dans laquelle l'auteur s'est proposé de
démontrer, par le rapprochement d'un grand nombre de passages
d'auteurs anciens, et d'observations faites dans diverses contrées
où se trouvent des dénominations tirées du nom d'Hercule , que
l'histoire de cet homme-dieu n'est que le symbole d'un grand
nombre de faits physiques, produits par de grands effets de Pair.
EUROPE.
SUÈDE.
Instruction publique. — Le roi a ordonne la fondation d'un
lycée pour l'éducation classique, d'une grande école primaire, et
i\ autres moins considérables. S. "M. destine annuellement à
ces divers etablissemens une somme d'environ 00.000 francs et
c)^o tonneaux deblc'. Le lycée doit avoir si* professeurs , dont les
honoraires sont fixés, pour chacun des deux premiers, à 6,000,
et des quatre au 1res, à j,ooo lianes.
Antiquités. ( Voy. T. V de la Iic\>u<- , p. 5g3. ) L'été dernier,
quel (lies ouvriers ayant fait, des fouilles dans un champ de la terre
deDalsland, en B alstad hocken, ont trouvé une quantité considé-
rable d'anciennes monnaies et d'objet s d'argent fin, tris que neuf
bracelets tic quatre différentes formes, et des entrelacs d'argent ,
qui paraissent aussi avoir servi de bracelets. Parmi •>. \i monnaies
HsibleS, 87 sont des monnaies anglo-saxonnes, qui, à l'exception
de ,'i , ont été frappées sous Je régne du roi Athelred ; deux sont.
«lu régne de son père Edgar ; M'5 portent l'année 1006. Le reste ,
à l'exception de deux monnaies k.ufiennes , l'une, de fan de l'hé-
gire 20(1, et l'autre, del'an.'loS, sont des monnaies allemandes,
frappées sous les régnes des empereurs Olbon I cl 111 et de l'im-
pératrice Adélaïde.
AJusif. — On s'occupe de fonder, à Stockholm , un Musée sem-
blable à ceux de Paris et de Londres.
DANEMARCK.
Asttonomie géographique, — M. Schumacher, capitaine
d'artillerie à Copenhague, a inventé une nouvelle espèce dé fu-
sées, qui pourront être d'une grande utilité pour l'astronomie
géographique. Elles sont beaucoup plus grosses que les fusées .1
la Congn m . et -.'élèvent à une hauteur prodigieuse. \ni\,
leur point culminant, elles éclatent en répandant une lumière 81
vive, qu'on en'voil la lûeor à trente lieues de distance. L'inven-
teur s'est rendu à la petite île de Ilielm au Cattegat, où il a fait
monter plusieurs «le ce^ fusées. Son frère était .1 l'observatoire d 1
Copenhague j et, quoique n la distance dé prés de trente lieues,
muni seulement d'un télescope ordinaire, il les a vues très dis-
tinctement brilKr connue dus étoiles de la première grandeur*.
EUROPE: 217
Cette expérience et d'autres encore , prouvent qu'il n'y a pas de
meilleur moyeu pour propager les signaux. Os fusées seront aussi
fort utiles pour mesurer les plus grands arcs de cercle.
Instruction publique. — C. F. Severin , professeur à Co-
penhague , a publié un petit ouvrage sur l'instruction populaire
en Danemarck. Il paraît, d'après cet écrit, qu'on doit rapporter
la naissance et les premiers progrès do cette instruction au règne
de Frédéric IV, qui fonda, en une seule année ( 1721 ), deux
cent quarante écoles. Christian VI ne montra pas moins de zèle
pour la culture des sciences et des lettres ; mais le premier collège,
destiné à former de bons instituteurs, ne fut établi qu'en 1^91 ,
sous le règne de Christian VII , près de Copenhague , et servit de
modèle à plusieurs autres, qui depuis ont été fondés dans les pro-
vinces. A l'exemple du gouvernement, les grands propriétaires
ont établi différentes écoles sur leurs propriétés.
foyages. ■ — Le roi de Danemarck vient d'accorder une
pension de 2ooécus, pendant deux ans, à quatre hommes dis-
tingués, pour les encouragera faire des voyages dans les pays
étrangers. Ce sont MM. Bask, homme de lettres 5 Jujeman, poète;
Clausen, théologien • et N. Gœde, naturaliste de Kiel. Le bota-
niste Schew et le naturaliste Leisse ont aussi reçu les sommets
nécessaires pour continuer leurs voyages. Les travaux réunis de
ces six voyageurs promettent des résultats intéressans et utiles.
ALLEMAGNE.
Vienne. —Invention d^unjlucon pour mesurer les gouttes en
pharmacie. — L'apothicaire Joseph-Charles Schmter, de Tyrnan,
a inventé des flacons propres à mesurer exactement les gouttes,
pour l'usage pharmaceutique. Les essais qui en ont été faits par
la Faculté de Médecine, à Vienne, ont constaté que tous les
fluides employés en médecine peuvent, au moyen de cette inven-
tion , être dispensés selon la quantité prescrite et rigoureusement,
déterminée. Ces flacons sont aussi très utiles dans les analysée
chimiques, surtout quand on travaille sur de petites quanfit. 1,
DussELnoRF. — Instruction publique. — Des ordres viennent
d'être donnés pour établir dans cette ville une École poh technique
et une Académie des Beaux* Arts. Le gouvernement accorde, pour
ces institutions, une somme annuelle de a8,oot fr.
nS EUROPE.
Bavière. — Enseignement de la Chimie. — Une ordonnance
du roi, en date du ^décembre, crée, près du laboratoire de
chimie de l'Académie des Sciences de Munich, une école destinée
à former un certain nombre de candidats pour renseignement de
la Chimie. La direction en est confiée à M. le professeur Vogel.
Darmstadt. — Ouvrages périodiques- — Instruction popu-
laire. — Depuis le commencement de Tannée dernière, il paraît à
Darmstadt, chez les libraires Heger et Leske, un ouvrage pério-
dique exclusivement consacré à l'instruction populaire. 11 est
intitulé : Ereymiïthige Jahrbûeher der al/gemeinen Deutschen
y~olksschulen. Ces annales , qui se rapportent principalement
aux écoles populaires de l'Allemagne occidentale et méridionale ,
sont rédigées par le professeur de théologie et conseiller ecclésias-
tique Schwarz à Heidelberg, le conseiller ecclésiastique Wagner
à Darmstadt, le président du consistoire d'Autel à Stuttgart, et
le conseiller ecclésiastique .Schellenberg à Wisbaden. Voici quelle
est la division des matières : I. Etat actuel des écoles populaire t.
II. Aperçu chronologique de tout ce qui a été fait depuis 181 5 ,
pour le perfectionnement de l'instruction populaire. III. Revue
annuelle de la littérature qui se rapporte à l'instruction popu-
laire , et parallèle entre les établissemens d'instruction publique
en Allemagne, et ceux des autres nations. IV. Théorie et Critique.
La première embrasse les élémens de l'instruction; la seconde
offre des extraits de tous les ouvrages de quelque importance, qui
ont été écrits pour contribuer à l'instruction, et par conséquent
à la civilisation du peuple. V. Application pratique. Cette dernière
section est écrite pour les instituteurs et pour les païens : elle leur
fait connaître tout ce qui est relatif au perfectionnement des mé-
thodes d'enseignement et de l'éducation domestique. Cet murage
est publie' :'i des époques indéterminées, par livraisons de seize à
dix-sept feuilles d'impression.
Autriche. — Publication prochaine. — M. Antoine Strauss, li-
braire à \ ienne, se propose de publier ineess. miment un ouvrage
qui jettera un grand jour dans l'histoire générale <bvs Ëtats com-
pris dans la monarchie autrichienne. Cet ouvrage, intitulé Topo-
graphie ecclésiastique de FAutrichey contiendra des notice)
taillées sur chaque paroisse, d'après les chroniques existantes
dans les églises, ou d'après d'autres documena tués des archive».
EUROPE. 219
des chapitres et des couvens, ou de celles de l'Etat. L'histoire de
chaque paroisse sera précédée de la description géographique et
physique de cette paroisse, ainsi que d'une notice sur ses anti-
quités, ses raonumens, ses écoles, ses hôpitaux.: le nombre des
paroisses est de plus de i,5oo , et il reste encore plus de soixante
chapitres et couvens, renfermant presque tous des documens pré-
cieux et intéressans. Le plan de cet ouvrage est le même que celui
que sir John Smelain a composé sur l'Ecosse.
— Lithographie. — Une Société s'est formée à Vienne , pour
encourager la lithographie, et surtoutpouren obtenir des copies
des tableaux les plus estimés de l'ancienne école et des maîtres
modernes C'est le libraire Gérold qui a fait cette entreprise li-
thographique.
A Pest, la lithographie a fait de grands progrès sous la direc-
tion de MM. Greipel et Richter. Le premier a publié , en 181 8 ,
un très joli atlas du royaume de Hongrie , et M. Richter a dessine
des paysages et des portraits qui ne laissent rien à désirer.
Prusse. .— Antiquités. — D'après les ordres du prince chance-
lier d'Etat, on rassemble au Musée de Bonn les antiquités ro-
maines et germaniques qui se trouvent dispersées dans les pro-
vinces Westphaliennes du Rhin. La surveillance en est confiée au
docteur Dorow , dont la collection , provenant di-s fouilles faites
dans le pays de Nassau, a été réunie à ce Musée. Chaque proprié-
taire a le droit d'entreprendre des fouilles sur ses terres ; mais il
ne peut déplacer les antiquités qui, par le lieu qu'elles occuptnt,
sont des raonumens historiques.
Des savans ont formé, en Silésic , une réunion qui s'occupe
d'expliquer et de publier les antiquités trouvées dans cette pro-
vince. Une Société semblable s'est formée dans la Thuringe , à
Naumbourg.
Bavière. — Peinture sur verre . — L'art de peindre sur verre se
pratique depuis long-tems avec succès à Ober-Ammergau , en
Bavière. On voit , deux fois par an , aux foires de Munich , une
boutiqoeoù l'on étale des peintures sur verre, d'après les célèbres
originaux de la galerie de Munich. Ces peintures sont d'autant plus
recherchées, que leur prix est très modique.
Saxe. — Nécrologie. — M. le docteur Roscn-Muller , conseil-
sa» EUROPE.
1er aulique , et professeur d'anatomie à l'Université de Leipsick ,
est mort , le 59 février dernier.
M. le docteur Eschenburg , conseiller de justice, et professeur
à Brunswick, honorablement connu par un grand nombre d'ou-
vrages, et notamment par une traduction complète de Shakesk
peare, est mort le 29 février, à l'âge de 77 ans.
SUISSE.
Canton de vaud. — Société des Sciences naturelles — M. Per-
ret, docteur-médecin, a lu, à cette Société dont il est membre,
les observations qu'il a faites sur l'action fébrifuge de la racine de
plantain {Plantago major, minor et lantifolia de Linnéc). Il lui a
paru que cette racine peut être employée dans le traitement des
fièvres intermittentes: il engage les médecins à répéter des obser-
vations, dont le succès enrichirait, la pharmacie d'un fébrifuge
indigène, déjà employé par la médecine domestique, dans quelques
contrées de l'Allemagne.
Genève. — Monument en l'honneur de J .-J . Rousseau. — Une
Société de souscripteurs genevois et étrangers, vient de charger le
célèbre Canova d'exécuter, en marbre blanc, la statue de J.- J. Rous-
seau. Déjà la même Société avait fait placer au Jardin-des-Plantes
le buste de ce grand homme.
ITALIE.
Milan. — Hydraulique. — M. Morosi, membre de l'Institut
impérial et royal de cette ville , est parvenu à faire produire, à
une chute d'eau, un effet double de celui qu'on avait obtenu jus-
qu'à présent. Il atteint ce résultat, soit en ajoutant un rebord de
six lignes au disque employé par les physiciens dans leurs expé-
riences, soit en plaçant sur le milieu des aubes des roues hydrau-
liques, une planchette saillante de deux pouces, (l'est ainsi,
qu'avec une chute d'eau à peine suffisante d'après les données de
la théorie reçue, il est parvenu à faire mouvoir les usines de la
nouvelle fabrique de tabac, établie par lui à Milan.
Toscane. — Enseignement mutuel. — Les efforts des autorités
civiles et du clergé, unis à ceux des citoyens , ont fait obtenir
à Renseignement mutuel les plus rapides progrés en Toscane. Une
école a été ouverte dans le séminaire de Mon ta Ici no; d'autres ont
• te fondée- à Macerata , Pesaro, Forli , etc
EUROPE. 221
Home. — Défense de publier un Cours d'Astronomie. — M. Set-
tele , professeur à l'Archi-Gimnasio délia Sapienza , se proposait ,
sur l'invitation de ses supérieurs, de faire imprimer son Cours
d'Astronomie. Comme il y enseigne le système de Copernic, ainsi
que la révolution de la terre autour du soleil, on remit sur le ta-
pis la vieille question de savoir si l'on peut autoriser et approuver
à Rome, une the'orie réfutée par tant de passages positifs de la
sainte Ecriture ; tels que celui-ci : Le soleil se levé et se couche ,
mais la terre repose éternellement; et par le miracle de Josué, qui
commanda au soleil de s'arrêter. Benoît XIV a permis par un res-
crit d'enseigner cette théorie hypothétiquement, mais non pas
positivement. La censure, conformant sa décision à ce rescrit, a
défendu l'impression de l'ouvrage. On dit que l'auteur se propose
de demander une résolution définitive aux congrégations del
Santo OJficio et dell' Indice.
Lombàrdie. — Bibliographie. — Dans la Lombardie, on a im-
primé et publié, en 1819, pour la valeur de 2,720,613 francs, en
ouvrages de sciences et littérature; 56o,32o id. , en livres reli-
gieux et de dévotion ; ^op/xo id. , en almanachs , abécédaires et
autres livres pour les écoles ; 499?200 id. > en ouvrages de mu-
sique; 5oo,ooo id. , en gravures et estampes; 4^0,000 id. , en
journaux politiques et officiels. Total 5,280 ,353 francs.
Beaux-Arts. — foyûge. — M. de Dreux, architecte, quia
été, pendant cinq ans , pensionnaire du roi de France à Rome , est
parti, il y a quelque tems, pour faire en Grèce un voyage, dont
le but est d'observer les monumens de cette terre classique.
Antiquités — Les fouilles faites à Quintiliolo , près de Tivoli
prouvent combien de trésors la terre recèle encore. On a décou-
vert un très beau fragment de la statue d'un jeune homme, ainsi
qu'une uéréïde; on croit que ces morceaux seront placés dans le
nouveau musée Borghèse.
INaples. — Antiquités. — En poursuivant les travaux entrepris
à Pompeia, on a découvert dernièrement plusieurs édifices, dans
la belle rue qui conduit aux temples d'Isis, d'Hercule, et au théâ-
tre. Dans une maison, qu'on suppose avoir appartenu à un savant,
on a trouvé quelques instrumens de chirurgie, d'un travail par-
fait, ainsi que plusieurs peintures représentant des finit» et de»
animaux , imités avec beaucoup de vérité.
333 EUROPE.
GRECE.
Instruction publique. — Le prince régnant de Valachie,
Alexandre Soutzos , Grec de naissance, se propose d'envoyer, ù
ses irais , dans les écoles les plus célèbres de l'Europe , plusieurs
jeunes gens , pour y faire leurs études. — On projette aussi d'é-
tablir un grand collège à Andrinople : le plan en a été formé
sous les auspices du baron George Sakellarios, l'un des plus
riches marchands grecs établis en Autriche. Ce négociant , né à
Andrinople , a ouvert une souscription et excité le zèle de ses
compatriotes , auxquels il a écrit dans les termes les plus pres-
sans. L'archevêque d" Andrinople , M. Proïos , natif de Chios ,
homme d'une grande érudition, et qui a long-tems résidé à.
Paris, a déployé toute son éloquence on faveur de cet établisse-
ment. Une personne inconnue a contribué pour une somme
de 34,000 fr.
PORTUGAL.
Journaux littéraires et ouvrages périodiques. — Les recueils
littéraires et périodiques , publiés en Portugal , sont peu nom-
breux , mais ils sont composés avec soin. Ceux qui méritent le
plus d'attention , sont: iy O obsevador portuguez. Les rédac-
teurs donnent des notices fort intéressantes sur la littérature
portugaise , et rendent compte de l'état des sciences et des arts •
cependant, ils pourraient offrir , sur chacune des parties dont
ils s'occupent , des notions plus complètes. On conserve encore
dans ce journal l'ancienne ortographe , mais le style est très
moderne et d'une grande pureté. ^y. O J ornai </■■ Coïmbra, Les
hommes de lettres les jdus estimés du royaume contribuent à ce
recueil, qui embrasse toutes les branches des connaissances hu-
maines. $i^ cahiers forment un volume. Prix, 4800 luis. \\Q () Jn-
vestigador portuguez. 11 en paraît tous les six mois un volume qui
renferme des mémoires , des notices, des dissertations ei autres
écrits fort instinctifs , lesquels ont pour principal objet L'histoire
ancienne et moderne. Ce recueil est publié à Lisbonne de-
puis 1 1> j 7- Prix, 5,320 Rei-
EUROPE. 223
ROYAUME DES PAYS-BAS.
Histoire naturelle. — M. de Teramink , d'Amsterdam, charge
par S. M. le roi des Pays-Bas de Fachat des objets d'histoire
naturelle pour les Universités de la Belgique , vient d'envover à
celle de Liège une riche collection zoologique, dans laquelle se
trouvent beaucoup d'animaux de l'Amérique et de la Nouvelle-
Hollande, et dont le prix s'élève à 12,000 fr.
Amsterdam. — Nouvelle Sociale biblique. — Il vient de se for-
mer , à Amsterdam, une association pour la Bible , à bord des
vaisseaux , et parmi les marins des différentes nations.
Ouvrages périodiques. — Parmi les ouvrages périodiques qui
paraissent dans le royaume des Pajrs-Bas , nous citerons : Boek-
zaal, ou Journal pour les églises protestantes des Pays-lias ; pu-
blié à Amsterdam. Un Almanach annuel pour les Israélites, en
hébreu , à Amsterdam. L'Observateur belge, 17e volume , 5e
année , à Bruxelles. Le Mercure belge , par une société d'hommes
de lettres, 6e volume , à Bruxelles. Annales belges des Sciences ,
des Arts et de la Littérature • il en paraît un numéro chaque
mois, à Gand. Journal général de médecine pour les provinces
belges, rédigé par une société de médecins et d'hommes de
lettres, sous l'inspection de MM. Van Pune et Dubar. Vol. I de
la première année , à Gand.
JYombre des ouvrages qui ont paru dans les Pays-Bas , pendant
le premier trimestre de 1820. — Ouvrages originaux , en hollan-
dais, 60 ; en français, 95 en flamand, 4 , en latin , 4 ; en d'autres
langues, 11. — Traductions et imitations , en hollandais, 3o- en
français, !\. — Réimpressions et continuations, en hollandais,
27 5 en français , 6. — Recueils de Lois , Catalogues , Pam-
phlets , etc., en hollandais, y|8 j en français, 27; en d'autres
langues, 5. > — Ouvrages périodiques, en hollandais, 4°; en fran-
çais, 8; en d'autres langues, 3. — Livres élémentaires pour les
écoles , en hollandais, 33 ; en français , 2 • en flamand , ï . — Pu-
blication.*, relatives aux beaux-arts. Musique, 61 ; gravures, 3.
Total, 386.
Beaux - Arts. — M. de Meulemeestre s'est rendu à Anvers, où
il va occuper la place de professeur de gravure à l'Académie
royale- il a reçu, à son passage à Gand, l'accueil que méritent
334 EUROPE.
son talent et ses qualités personnelles. On s'est empressé de voir
ses dessins à l'aquarelle , d'après Raphaël , et les amis des arts ont
été uuanimes dans les éloges qu'ils ont donnés à ces intéressantes
productions.
FRANCE.
Amiens. — Electricité , Paratonnerres. — D'ingénieuses expé-
riences , faites par M. Lapostolle, professeur de physique et de
chimie à Amiens , semblent prouver que la paille est un conduc-
teur de l'électricité, préférable à tous les conducteurs métalliques
employés jusqu'à présent. Sa puissance est telle, qu'on peut,
avec un bout de corde de paille, d'un pouce de longueur, soutirer
tout le fluide électrique du plus fort, appareil, sans éprouver la
plus légère secousse. M. Lapostolle pense qu'on parviendrait à
mettre les campagnes à l'abri des ravages de la foudre et même
delà grêle, en élevant sur le sol, par carré de soixante arpens ,
une fiche de tilleul de vingt pieds environ , destinée à supporter
une corde de paille surmontée d'une pointe métallique : le prix
de chaque fiche n'excéderait pas trois francs On doit désirer vi-
vement que l'expérience confirme une pareille conjecture.
INàmcy. — Couleur jaune minérale. — JM. Henri Braeoniiot.
chimiste de Nancy , qui aval! déjà trouvé, dans Je Datisca , une-
couleur jaune supérieure à celle de la gaude , est parvenu à fixer
sur les tissus , le sulfure d'arsenic ou réalgal, et à obtenir ainsi
une couleur jaune minérale qui remporte . par son éclat et sa so-
lidité, sur tous les jaunes végétaux employés en teinture. 11 arrive
à ce résultat, en dissolvant dans un vxvîs d'ammoniaque le sul-
fure d'arsenic artificiel . et en plongeant dans la liqueur ainsi ob-
tenue, la laine, la soie, le coton, le chant re, le lin qu'il \ eut teindre.
Les avantages de cette couleur sont : r'.le pouvoir donner aui
étoffe* toutes les nuances imagina blet , %° de conserver sou
éclat jusqu'à l'entière destruction îles tissua; >" «le résiste! à tous
les agens chimiques , exce] té aux alkalis . et par < onséquant de
pouvoir être employée, avec succès, dans la fabrication destapis-
xies, i\vs velours et de toutes les étoffes qui ne doivent être ai
lessivées, ni savonnées, et même dans celle des papiers peinl
4° enfin , d 'être d'un prix très modique et d'une application
1res facile. On peut encore employer le sulfure d'arsenic eapem-
EUROPE. 225
ture, en évitant de l'associer avec des oxides métalliques qui
pourraient ternir son éclat.
Brest. — Enseignement mutuel. — Une école d'enseignement
mutuel est établie à Brest, depuis le mois de mai dernier, pour
les apprentis employés dans l'arsenal ; elle est placée sous la sur-
veillance de M. Arnaud, ingénieur des constructions navales.
Cette école comptait 3oi élèves à la lin de 1819, et^dentreeux,
reconnus suffisamment instruits, avaient été renvoyés dans leurs
ateliers. Ces résultats sont d'autant plus satisfaisans , qu'afin de
détourner, le moins qu il est possible, les apprentis de leurs tra-
vaux habituels , on ne leur donne que cinq leçons par semaine. Il
est à présumer que l'instruction sera plus rapide en 1820. Pour
exciter encore l'émulation des élèves , il sera accordé des prix aux
sujets qui se distingueront.
INevers. — Bibliothèque publique. ■ — ■ S. M. a fait envoyer à la
bibliothèque de la ville de Nevers, le grand ouvrage surl'E^ypte.
Foix. — Culture du thé. — {V. t. V , p. 69^, article Toulous'-.)
Le thé bouho ou bohea a très bien réussi en 18:9 , dans une pro-
priété de M. de Morteaux, au Bourdette, près de Foix, départe-
ment de l'Arriége.
Marseille. — f^oyage. — Les naufragés français du brick la So-
phie, qui s'est perdu ,dans le mois de mai 1819, sur la côte occi-
dentale d'Afrique, sont arrivés à Marseille. Tombés, après un com-
bat, au pouvoir des Arabes du grand désert, ils ont éprouvé,
pendant cinq mois , tout ce que l'esclavage a de plus affreux. En-
fin , sur les vives sollicitations de M. Sourdeau , consul général
de Fiance à Tanger , et de M. Colaço, consul général de Portu-
gal, l'empereur de Maroc consentit à les racheter avec les fonds
généreusement fournis par M. Gabriel Delessert M. Cochelet, l'un
des naufragés, se propose de publier la relation de son naufrage et
du voyage qui en a été la suite.
PARIS.
Petite machine a vapeur , exécutée par M. Daret. — Un élégant
appareil, servant à la fabrication du chocolat, est établi dans la
maison de M. Pelletier, rue de Richelieu. Cet appareil est formé
de deux portiques en fer, soutenus par deux tables, qui sup-
portent chacune une pierre horizontale, destinée ù recevoir la
TOME VI. l5
22G EUROPE.
mature du chocolat. Une machine à vapeur est placée entré le?
deux portiques , et n'occupe que 8 pieds de long sur 4 de large.
Le mérite de M. Daret est d'avoir resserré toutes les parties de
cette machine dans un petit espace, sans gêner leur action, et
sans que les réparations deviennent dilliciles ; enfin, sans qu'on
ait à craindre aucun accident. On doit ajouter que cette cons-
truction , très soignée , a dans sa marche toute la régularité
d'une pendule.
Les résultats obtenus par M. Pelletier prouvent , contre
l'opinion reçue, que l'emploi des petites machines à vapeur peut
être très avantageux. Au lieu de sept ouvriers par jour, et même
de quinze, qui seraient nécessaires si l'on voulait autant de
finesse dans la trituration, il n'en faut que deux , et la machine
donne i5i livres de chocolat en 12 heures. On ne dépense, pen-
dant ce tems , que 2 fr. 25 c. de houille , au lieu de 4 fi'- qu'il en
conterait, pour chantier les sept pierres dont on aurait besoin
afin d'arriver aux mêmes résultats par les moyens ordinaires.
M. trancœur, rapporteur du comité des arts mécaniques, a
proposé à la Société d'encouragement d'accorder à M. Daret
une médaille de première classe, et de le féliciter par écrit sur
son succès. — On trouve, chez M. Daret, rue du 1 our Saint-
Germain, n° 22 , des machines à vapeur de toutes les dimen-
sions.
Diaphanéité de la comète observée en juillet 1819. — Daprr> tes
calculs du célèbre astronome Olbcrs , de Brème, cette comète a
dû passer devant le disque du soleil le 96 juin au matin, et se
projeter sur cet astre pendant trois heures et demie environ : les
résultats obtenus parlNl. Bouvard, à l'Observatoire île Paris, ne
différent de ceux-ci que de i3 minutes. A l'époque du passage.
aérai de Lindener, à CJalz, observait le soleil pour en voir
les taches, et il n'en a point aperçu. On peut, donc conclure de
ce fait , que nnn-sculcim ut la < hevelure de la Comète n'intercep-
tait pas la lumière d'une manière appréciable: mais encore que
le noyau lumineux, pioprement dit , était entièrement diaphane.
ou , du moins , servait d'enveloppe à un corps solide et opaque,
qui, par sa petitesse , échappait aux observations.
Des expériences faites le > juillet 1819, sur la lumière de cette
même comète, par un des rédacteurs des si finales de physique et
EUROPE. ab}
de chimie, et auxquelles ont pris part MM. Humbalt, Bouvard,
Mathieu et Nicollet, sembleraient prouver que, maigre ! l'absence de
toute phase perceptible, les comètes ne sont pas des corps lumi-
neux par eux-mêmes, et qu'elles réfléchissent la lumière solaire
qui les pénètre de toutes parts. Mais, comme ledit lui-même,
avec une grande modestie , l'auteur des expériences , il est néces-
saire que de nouvelles observations confirment ce fait curieux et
digne de l'attention des savans.
Librairie. — Il existe chez M. Royer, libraire, rue du Pont-de-
Lodi, n° 7, une collection des anciennes pièces du théâtre fran-
çais, depuis les Mystères jusqu'à Rotrou, en 162 vol. in-4°- On
trouve chez le même libraire, un magasin de livres rares, de cu-
riosités littéraires, de monumens historiques inédits , et de ma-
nuscrits précieux.
SOCIÉTÉS SAVANTES ET D'UTILITÉ PUBLIQUE.
Institut. — L'Académie royale des Sciences de l'Institut de
France a tenu sa séance publique annuelle , le lundi 27 mars
1820, sous la présidence de M. Sané. — Après l'annonce des
prix décernés , et la lecture des programmes des nouveaux sujets
de prix, on a entendu les lectures suivantes : i°. Discours sur
les progrès des sciences et des arts de la marine , depuis la paix,
par M. Dupin ( Voy. dans ce vol. , pag. 8). 20. De l'influence
des agens physiques et moraux sur le courage , notice médicale
et anecdotique , par M. Percy. 3°. Eloge historique de M. Pali-
sot , baron de Beauvois, par M. Cuvier, secrétaire perpétuel.
L'Académie avait , pour la seconde l'ois, proposé dans la séance
publique du 16 mars i8i8; pour le sujet du prix de mathéma-
tiques qu'elle devait adjuger dans cette séance, le théorème de
Fermât , savoir : que passé le second degré , il n'existe aucune
puissance qui puisse se partager en deux autres puissances du
même degré. Les Mémoires envoyés n'ayant pas rempli les condi-
tions du programme, l'Académie retire ce sujet du concours j
elle a arrêté que la somme qui était destinée à ce prix sera re-
portée sur la question des tables de la lune , pour laquelle elle a
reçu deux pièces singulièrement intéressantes.
L'Académie avait, proposé, dans la séance publique du 16 mars
328 EUROPE.
1 8 1 8 , ponr sujet du prix de mathématiques -qu'elle devait pro-
clamer dans cette séance , la question suivante :
former par la seule théorie de la pesanteur universelle , et en
n'empruntant des observations que les élémens arbitraires , des ta-
bles du mouvement de la lune , aussi précises que nos meilleures
tables actuelles.
L'Académie a décerné un prix de 3ooo fr. à chacun des deux
Mémoires qu'elle a reçus pour ce concours.
Le premier, enregistré sous le n° i , porte pour épigraphe:
Astre bizarre et irrégulier qui ne marche quen dévoilant des
inégalités différentes et accumulées, et qu'on ne peut saisir, comme
le Protée de la fable , qu'en épuisant la variété de ses formes
successives.
L'auteur est M. Damoiseau.
Le second Mémoire enregistré n° i , a pour épigraphe :
Malè loquuntur, qui methodum aliquam aliâ magis minùsve
exaclam pronunciant. Ea enim sofa methodus problema soluisse
censeri potest , per quant quemvis prœcisionis gradum attingere
saltcm in pot< state est. (Gauss. Thcoria molûs corporum cœles-
tiiini, pag. 167.) Les auteurs sont MM. Carlini et Plana.
Un anonyme ayant offert une somme à l'Académie , avec l'in-
tention que le revenu en fût affecté à un prix de plvysiologie
expérimentale, à décerner chaque année à l'ouvrage imprimé ou
manuscrit qui lui paraîtra avoir le plus contrihué aux progrès
de la physiologie expérimentale , le roi a autorisé cette fondation
par une ordonnance en date du 11 juillet 1818.
Parmi les ouvrages envoyés au concours, l'Académie a consi-
déré comme devant être mis au premier rang, chacun dans leur
genre, le Mémoire de M. Serre sur les lois de fosféogénie , et
celui de M. Edwards, sur l'influence des agens physiques sur les
animaux vertèbres. Ces deux ouvrages étant trop peu compara-
bles pour que Ton puisse leur assigner un rang entre eux, l'A ca
demie a rru devoir les couronner tous les deux , en faisant la
dépense d'un second prix.
Elle a décerné* l'accessit au Mémoire de MM. Breschct et
Fillerme, sur les phénomènes du cal • et accordé une mention
honorable, comme encouragement, aux essais de M. Isidore
Uourdon , sur le mécanisme de la respiration
EUROPE. 229
Un anonyme ayant légué une somme de sept mille francs ,pour
être place'e en rente sur l'Etat , au profit de l'Académie des
Sciences, et employée en une médaille d'or équivalente à la
somme de cinq cent trente francs , produit de la rente 5 le roi
ayant autorisé l'Académie, par une ordonnance en datedu22 oc-
tobre 1817 , à distribuer annuellement un prix de cette valeur à
l'ouvrage publie' chaque année, et qui, à son jugement, con-
tiendra les recherches les plus utiles à la statistique delà France;
les ouvrages envoyés cette année pour concourir au prix de
statistique, n'ont point paru à l'Académie devoir mériter le
prix. L'Académie le remet , et le fonds sera tenu en réserve
pour être joint à celui de l'année prochaine. Elle a cependant
arrêté qu'il serait fait une mention honorable des noms de
M. Gondinet, sous-préfet à Saint-Yrieix, département de la
Haute-Vienne , qui a envoyé une statistique manuscrite et assez
étendue de cet arrondissement ; et de M. Rouget, auteur d'un
ouvrage imprimé sur la statistique de la ville et du canton du
Vigan , département du Gard.
Deux pièces ont concouru pour le prix d astronomie. La pre-
mière offrait un grand travail sur la lih;ation de la lune. L'au-
teur , M. Nicollet, astronome attaché à l'Observatoire de Paris,
ayant rassemblé et calculé les observations de MM. Rouvard et
Arago, y avait ajouté trente observations, faites par lui-même ,
et qui ont confirmé les conséquences qui se tiraient des pre-
mières.
La seconde offrait les calculs et les résultats de M. Encke ,
directeur adjoint de l'observatoire de Gotha , qui était parvenu
à représenter avec une exactitude remarquable , et par une
ellipse unique , les quatre apparitions de la comète observée en
1786, 179e», i8o5 et 1819.
L'Académie a partagé le prix également entre les deux ou-
vrages.
Prix proposés pour 182T et 1822. — Le prix de mathématiques
sera décerné au meilleur ouvrage, ou /Mémoires de mathémati-
ques pures ou appliquées , qui aura paru , ou qui aura été com-
muniqué a F Académie, dans l'espace de deux années qui sont ac-
cordées aux concurrens.
Le prix sera une médaille d'or de la valeur de 3ooo francs. Il
2io EUROPE.
sera adjugé dans la séance publique du mois de mars 18:22. Le
ternie de rigueur pour l'envoi des ouvrages et dessins est le
jer janvier 1822.
Feu M. Alhumbert ayant le'gué une rente annuelle de trois
cents jrancs , pour être employée aux progrès des sciences et des
arts, le roi a autorisé les Académies des Sciences et des Beaux-
Arts à distribuer alternativement chaque année un prix de 64 ttt
râleur. L'Académie propose le sujet suivant pour le concours de
cette année :
Suivre le développement du Triton ou Salamandre aquatique
dans ses dijjercns degrés, depuis l'œuf jusqu'à P animal parfait t
et décrire les changement quelle éprouve h Vinté-riur , princi-
palement sous le rapport de l'osleogénie et de la distribution des
vitisseiiux.
Le prix sera une médaille d'or de la valeur de 3oo francs. Il
sera adjugé dans la séance publique du mois de mars 1822. Le
terme de rigueur pour l'envoi des mémoires et des dessins est
le icr janvier 1822.
L'Académie adjugera une médaille d'or, de la valeur de quatre
cent quarante Jrancs f à l'ouvrage imprimé ou manusciit qui loi
aura été adressé d'ici au r'1' janvier 1821, et qui lui paraîtra
avoir le plus contribué aux progrès de la pbysiologie expéri-
mentale.
Celui qui, au jugement de l'Académie, se sera rendu le plus
digne d'un prix de Mécanique de la valeur de 5oo francs
fondé par un anonyme), en inventant ou en perfectionnant
\\i-s instrumeus utiles aux progrès de l'agriculture, des arts
mi < a niques, , et des sciences pratiquai el spéculatif es , obtiendra
ceprà <|"i sera adjugé dans la séance publique du moitda mai*
1821. Le prix pourra être donné à toute machine qui sera venue
.1 la connaissant v de L'Académie avant la fermeture du eotMours,
dans quelque p«iys qu'elle ait été inventée. Les machinas qui
n'auraient pai été connues à teans «le l'Académie, seront prises
en considération l'année suivante. L A< a<l< mie invite 1rs auteurs
pii croiraient avoir des droits à ce prix, à lui communiquer leurs
inventions avant le irr janvier 1821.
L'Académie royale des Sciences rappelle qu'elle a publié, l'an-
née dernière 1 UU programme sur Ai Maturation ,/< s Jruits , etc., et
EUROPE. 23*
une Description comparative du Cerveau dans les quatre classes
d'animaux vertébrés, etc.
Ces deux prix seront adjuges dans la se'ance publique du mois
de mars 1821.
On a distribue' dans la même se'ance Y analyse des travaux de
l'Académie , pendant l'anne'e 1819; analyse divisée en deux
parties : partie physique , par M. Cuvier , et partie mathématique,
par M. Delambre. Elles forment ensemble 126 pages in-40.
On y remarque les résultats suivans sur Paris : cette ville con-
tient 714,000 habitans, dont 25, 000 ne sont pas domicilies- le
nombre moyen des naissances est de 21,000 ; le rapport des nais-
sances des garçons et des filles est de 25 à 24 ; le nombre des feux
ou ménages, 225,000 • celui des habitations, 26,801. La consom-
mation du pain , en une anne'e , est de 1 1 3, 880, 000 kilog. , ce qui
donne moins de i£ onces et un huitième , de l'ancien poids , par
jour, pour chaque personne. La consommation de la viande est
d'un sixième de kilogramme. On consomme, chaque anne'e,
y 0,000 bœufs, 9,000 vaches, 78,000 veaux, 340,000 moutons,
72.000 porcs. 74,000,000 d'oeufs, 900,000 pigeons, 1,200,000 pou-
lets ; 870,000 hectolitres de vin, 1,160,000 stères de bois.
Nomination. — L'Académie des Sciences de l'Institut, dans sa
séance du 9 avril , a élu iM. Du Petit-Thouars, pour remplacer,
dans la section de botanique, M. Palisot de Beauvois. M. Du
Petit-Thouars a eu pour concurrent M. Poiret.
— La Séance publique annuelle des quatre Académies a eu lieu,
lundi 24 avril, sous la présidence de M. Layay directeur de l'Aca-
démie française. IN.ous rendrons compte de cette séance dans notre
prochain cahier, ainsi que des séances publiques annuelles de la
Société royale et ct/itrale d1 Agriculture , de la Société d'encoura-
gement pour l'industrie nation jle, et de la Société philotechnique.
INous sommes aussi forcés d'ajourner le compte rendu des der-
niers travaux de la Société pour renseignement élémentaire et de
la Société pour le perfectionnement des méthodes.
Société de Médecine. — Cette Société propose pour sujet d'un
prix de 3oo fr. , dont elle doit le fonds à la munificence de
M. Ane, l'un de ses membres honoraires, la question suivante :
« Déterminer la nature, les causes et le traitement des convul-
a3a EUROPE.
sions qui surviennent pendant la grossesse, dans le cours du tra-
vail de l'enfantement, et après la délivrance. »
Les Mémoires, écrits en latin ou en français, et portant une
épigraphe répétée dans un billet cacheté, qui contiendra égale-
ment les noms, qualités et demeures des auteurs, devront par-
venir francs de port à M. le secrétaire-général, avant le 3i oc-
tobre 1820.
Philologie. — Promotion académique. — M. Poltier qui, dans
quelques numéros de V Hermès classique , avait traité peut-être
avec un peu de sévérité quelques philologues allemands, que
l'opinion publique elle-même, en Allemagne, ne place pas au pre-
mier rang, et dont le faux système tendait, selon lui, à renverser
les principesde la saine critique, mais qui d'ailleurs s'est toujours
plu à rendre hommage aux véritables savansdans tous les genres,
qui se rencontrent en grand nombre en Allemagne, vient dêtre
nommé membre honoraire de l'Académie d Iéna. M. Pottier, forcé
par des circonstances particulières de suspendre V Hermès clas-
sique, se propose de réunir en corps d'ouvrages les observations
qu'il avait dessein de publier dans et tte feuille périodique, et de
donner successivement, d'après sa méthode , un traite des diffé-
rentes parties du discours, et une nouvelle édition de Virgile,
avec un dictionnaire de ce poêle.
Publications nouvelles. — Supplément au Glossaire de la
langue romane; par M. de Roquefort. Paris, chez Chasseriau
etHécart, rue de Choiseul , n° 3. Ce supplément t qui forme le
tome lil du glossaire, publie en 1808 par le même auteur, est
précédé de deux dissertations: Tune sur l'origine des Français,
par un membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres;
l'autre, sur le génie de la langue française, par M. Anguis, de
plusieurs Sociétés savantes.
— Souscription. — OKvres posthumes de madame Varrot,
( née Cabrol).
l'eu connue dans la république des lettres, nous ne poUTOni
mieux faire apprécier madame Varrot, qu'en indiquant les titres
qu'elle a acquis à l'estime de ses compatriotes, par la publica-
tion di B oui i;iges qu'elle a laissés.
Les difiéiens genres qu'elle se plaisait à cultiver, sont : le.
Roman, le 'J'hcdlre, la JJolitique et l 'Histoire
EUROPE. 233
Elle a composé deux romans intitulés , l'un Lanski, ou une
victime des troubles d'Avignon en i8i5 ; l'autre, la fête d ' Argen-
teuil. Lanski est son dernier ouvrage. Elle fit ce livre en dix
jours , et huit semaines avant sa mort. La première édition a paru,
il y a quelque tems , et se trouve déjà épuisée.
Les deux pièces qui restent de madame Varrot, sont : Eugénie,
ou l'épouse coupabie , drame en trois actes en prose , et Monsieur
de fierenville , comédie en cinq actes en prose.
Littérature et philosophie. — Cette partie se compose de mé-
langes et d'une correspondance littéraire et philosophique.
Madame Varrot a laissé un ouvrage intitulé : Essai philanthro-
pique. De tous ses écrits, c'est celui auquel elle attachait le plus
d'importance ; elle y démontre la possibilité, par l'établissement
d'ateliers nationaux de prévoyance , de faire disparaître , sans
violence et avec peu de moyens , la lèpre de la misère.
Politique. — Cette partie est formée de documens , mémoires et
autres pièces. Entre autres choses, il s'y trouve une opinion sur
la question du trône et de la légitimité de sa possession. L'auteur
ne se borna point à être philanthrope envers ses compatriotes;
elle le fut envers l'humanité tout entière : sa bienveillance em-
brassa la défense de ces peuples que l'égoïsme et la barbarie en-
lèvent encore à la Guinée, pour les transporter esclaves dans
le pays de la liberté : elle a tracé une défense des nègres ; pro-
duction qui aurait suffi pour lui faire un nom dans la littérature
Ces divers ouvrages forment cinq volumes , qui paraîtront suc-
cessivement. Prix , 25 fr. On souscrit , à Paris, chez Brissot-
Xhivars , libraire , rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 22.
Théâtres. — Théâtre- français. — L'auteur du Médisant ,
M. Gosse, vient d'éprouver un revers. Après J. -B. Rousseau et
M. Lantier, il a essayé de traiter le flatteur. Moins heureux que ses
prédécesseurs , il n'a pas même obtenu le succès de la nouveauté-
Ce n'est pas qu'on ne trouve dans sa pièce une foule de vers heu-
reux, même quelques jolies scènes ; mais l'action a paru froide ^
décousue , romanesque , et le caractère principal , tout-à-fait
manqué.
*—Odéon. — L'Homme poli. — Cette pièce, qui' a quelque ana-
logie avec le flatteur, a malheureusement éprouvé un destin à
peu près semblable. Elle est loin cependant d'être sans mérite.
Les trois premiers actes auraient réussi complètement, s'il»
TOME VI. ï6
33 1 EUROPE.
n'eussent point été suivis de deux autres, au moins inutiles , el
durant lesquels l'action renaît, pour languir et mourir. Le carac-
tère principal , celui de l'homme poli , n'est pas tout-à-fait tel que
l'annonce le titre, et il pouvait être beaucoup mieux trace. INous
reprocherons encore à l'auteur de reproduire habituellement des
caricatures , des effets de scènes, des plaisanteries de l'ancienne
come'die j toutes choses qui pouvaient être comiques encore au
commencement du siècle dernier, mais qui ont cesse' de l'être ,
depuis le jour où elles ont disparu de nos mœurs. Il nous est
également impossible de garder le silence sur des locutions tri-
viales, et même des fautes de langage , qui déparent un style dans
lequel on trouve, d'ailleurs , une teinte générale de franchise et
même de fermeté. L'Homme poli est de M. Merville , à qui l'on
doit déjà la Famille Glinet.
— Conradin et Frédéric. — Cette tragédie, qui est comme
l'avant- scène des f^épres siciliennes , a obtenu un succès brillant.
Elle est aussi d'un jeune homme , officier du génie , nommé
M. Liadières. Des situations pathétiques ont appuyé le succès de
cette pièce ; et néanmoins, il ne faut pas dissimuler que quelque
talent qu'il signale dans son auteur, l'ouvrage en lui-même et
la manière dont il est traité, ne présentent qu'un genre do mé-
rite un peu secondaire. Aussi, la vérité des faits s'y trouve con-
sidérablement altérée- la couleur locale et historique y est à peine
sentie 5 on ne rencontre point dans les caractères , la profondeur
et l'énergie suffisantes. Les situations les plus dramatiques n'y sont
souvent qu'indiquées ou quelquefois même abandonnées, lors-
qu'elles pouvaient encore prêter à de beaux développemens.
C'est ainsi que La Fosse , Lamottc-Houdart , Campistron , fai-
saient des tragédies, qui obtenaient des succès contemporains,
mais qui n'ont pas su conserver clans l'avenir l'estime des hommes
d'un esprit éclaire. On entrevoit néanmoins , dans Je coup d'es-
sai de notre jeune auteur, le germe d'un talent susceptible de
parvenir à une certaine maturité'.
NÉCBOLOGir.. — Blagden. — Sir Charles BlACDHir, secrétaire
de la Société royale de Londres, et l'ami depuis un demi-siècle
de sir Joseph Hanks, connu par des recherches sur la chaleur et
la formation! de la glacé, el par rlifferena travail* de physique et
de chimie, es! mort subitement à Arcueil, chez M. Rerthollet,
qui était lie avec lui par une ancienne amitié. Les plus rares qua-
EUROPE. s3 1
lités recommanderont toujours la me'moire de cet homme excel-
lent • sous des dehors calmes et quelquefois impassibles, il cachait
tm cœur bienveillant et ge'ne'reux. Depuis Cavendish, nul homme
connu dans les sciences, n'a possède plus d'égalité dans le carac-
tère, plus de sérénité dans l'aine. Nul n'était plus exact, plus
constant dans ses habitudes , plus ponctuel dans les devoirs
qu'il s'imposait. Le plus grand chagrin qu'on pût lui causer,
si un tel homme était susceptible de mauvaise humeur ,
était de contrarier les occupations assignées par lui à chaque
instant du jour. A quatre-vingts ans, toutes les infirmités de la
vieillesse lui étaient inconnues. A la promenade, en société, par-
tout on l'eût pris pour un homme dans l'âge mûr- une gaieté
douce et même un teint fleuri animaient son visage: sans doute,
c'est à la régularité de sa vie invariable, qu'il a dû en partie le bon-
heur, si rare à son âge, de jouir d'une santé parfaite. Quoiqu'il pro-
nonçât le français avec quelque peine, on recherchait sa conver-
sation, souvent piquante et toujours instructive. La tranquillité
de sa fin est une parfaite image du calme de sa vie. Le dimanche
26 mars, à six heures du soir, après avoir soutenu avec ses amis
une conversation animée, et dîné comme à l'ordinaire, il voulut
prendre du café ; aussitôt il sentit une faiblesse qui l'empêcha de
porter la tasse à sa bouche ; un fort vomissement succéda ; on le
porta sans connaissance dans son lit, où, pendant cinq heures,
il ne donna aucun signe de sentiment. Malgré une saignée copieuse
à la jugulaire et aux tempes , rien ne put arrêter l'épanchement
du sang dans le cerveau ; à onze heures du soir, il expira.
M. Blagden a rendu des services inappréciables à tous les sa-
vans français qui sont allés étudier les arts et les sciences de l'An-
gleterre , depuis la paix de 181/j ■ Il leur a ouvert toutes les portes,
et surtout la maison du vénérable chevalier Banks , qui ne cesse
de combler nos voyageurs de ses prévenances les plus généreuses.
Tous ceux qui ont eu besoin de son secours , n'oublieront jamais
les bons offices qu'ils en ont reçus ; ils aiment à confondre ces deux
savans dans leurs sentimens de reconnaissance. On a peine à con-
cevoir comment un homme de cet âge, et en apparence dépourvu
d'activité, pouvait suffire à la correspondance qu'il entretenait en
France et en Angleterre; personne n'était plus au courant que lui
des voyages nouveaux, des recherches dans les sciences, des dé-
couvertes industrielles , des productions de toute espèce. Son
236 EUROPE.
journal était tenu exactement ; on a trouvé sur son bureau , celui
du dimanche matin déjà rempli. Il e'crivait assiduement de longues
lettres à son ami Sir J. Banks, sur tout ce qu'il apprenait de neuf
à Paris, soit dans le monde, soit dans la conversation des savans,
et il lui rendait compte chaque semaine de toutes les séances de
Tlnstitut. Jamais il ne manquait un courrier; il recevait en
échange des lettres non moins étendues, où Ton admirait égale-
ment la mémoire , la présence d'esprit, la gaieté, la finesse de
son respectable correspondant , qui, infirme et octogénaire, n'en
préside pas moins avec assiduité les travaux de la Société royale.
Hélas! il ne devait pas s'attendre à survivre à son ami!
Pour retrouver à Paris les habitudes qu'il avait en Angleterre,
il a liait, tous les jours, à la même heure, dans une maison amie où,
comme chez le chevalier Banks, dans Soho-Square, il trouvait les
journaux anglais.
"M. Blagden avait été médecin en chef dans les armées. Il y
avait amassé une assez grande fortune ; ensuite, Cavendish lui
laissa 40050°o fr« $a modération extrême lui permettait d'aug-
menter de plus eu plus ses revenus; mais, autant il avait d'ai-
sance, autant il était généreux, même magnifique dans ses libé-
ralités.
A Arcueil , il ou\ rait généreusement sa bourse aux pauvres 5 il
coopérait à des actes de bienfaisance , ù des établissemens d'uti-
lité publique. On pourrait citer de lui encore plus de preuves de
bonté d'ame , que de traits de singularité ou de bizarrerie.
Sir Charles lilagden avait voyagé en Amérique, en Italie, en
Allemagne; mais, entre tous les pays, il aflcctionnait la France,
île prédilection. Tous les ans, il venait passer plus de six mois *
Paris ou à Arcueil. Aucun de ses compatriotes n'a rendu plus de
justice au* travaux et aux découvertes des Fiançais, et n'a plus
contribué que lui aux heureuses communications qui existent,
depuis six ans , entre les savans de la France et de l'Angleterre.
— Les sciences , la philosophie et l'humanité viennent de faire
mie perte cruelle et imprévue dans la personne de M. île Volney ,
pair de Fiance, membre île l'Institut, qui est mort, le J2 avril
iSmi, ftgé seulement de tf3 ans. Nous consacrerons une notice
dans notre prochain cahier , à cet estimable savant , que nous
nous honorions de compter au nombre do nos collaborateurs.
REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
OU
ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquables dans la
Littérature , les Sciences et les Arts.
</V*VVVVVVVV*VVVVVVVAWVVV\VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV/VV
I. MÉMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MELANGES.
MÉTÉOROLOGIE.
Sur un Tableau météorologique, gravé et colorié , re-
présentant les variations de la température et de la
pression de l'atmosphère à Paris, pendant Vannée
,8i9.
Comme il existe des rapports nécessaires de la na-
ture extérieure et de la constitution atmosphérique
avec l'homme , I'influence des climats est un
point de vue général qui a fixé l'attention des phi-
losophes, soit physiologistes et médecins , soit mé-
taphysiciens ou moralistes, soit publicistes, législa-
teurs, ou historiens. L'influence delà température
journalière sur la santé, sur le caractère, sur l'hu-
meur , sur les dispositions morales et intellectuelles ,
sur la population , sur les récoltes , sur la richesse des
Etats-, influence souvent invisible ou inaperçue, et
tome vi. 17e Cahier. 17
238 MÉTÉOROLOGIE,
néanmoins continue et toujours agissante , mérite
d'être observée avec soin par chaque individu. C'est
d'après cette considérât ion que, dans un livret, on ins-
trument pratique pour mesurer la vie , intitulé
BiOMtTitE ou Mémorial horaire, publié, il y a
quelques années (i), Fauteur a cru devoir consacrer
la seconde colonne du tableau analytique dos divers
emplois de l'existence journalière, à l'indication des
variations de la température, qui déterminent
souvent, même à notre insu, des ehangemens dans
nos humeurs , et qui dérangent l'économie de notre
vie habituelle.
Le même motif nous a fait présumer qu'il serait
agréable à nos lecteurs de trouver, chaque année ,
dans re recueil, un Tableau des variations de la
température atmosphérique , à Paris , dressé de
(l) Hiomètre ou Mémopial horaire • Thermomètre d'emploi
du tenu, servant à indiquer le nombre d'heures données par
jour à rha< une des divisions et. subdivisions , i°dela Vie inté-
rieure et individuelle, considérée sous les rapports physique,
moral et intellectuel j 2° de la Vie extérieure et sociale , pour
l'année 18.., ou TabUSTTES destinées à procurer le moyen de
recueillir en une minute, et sur une seule ligne, pour chaque
intervalle de vingt -quatre heures, tous les divers emplois et les
principaux résultats de la vie pendant le même espace de teins;
par M. A. Julueiv , auteur de VJSsseisur Cemptoidu tenu. Mi-
lan , Imprimerie royale, 1 8i 3. Se trouve à Paris , chez J. J. Pas-
choud, libraire, rue Mazarine, n. 22, et au bureau de la Revue
Encyclopédique. — On trou\r,au\ mêmes adresses, I'Agenda ai
néral, ou Mémorial portatif universel t livret pratique d'emploi
du tems, composé de tablettes utiles et commodes , d'un u lagfl
journalier j 1 vol. in-8° relié. 3e édition. Paris, 181 5. Prix, 5 fr.
( YjTla&log** «zL ûep '•*• ut Seav .
3X
3g gj -rr-Trrj l-J/t-j-t-zt^p— n^n-TI-^JT-^ rr-^T--^n--^nuaT-JTi-wi-JT.-jT'-jrr^iJ^'
T AB LE, AU DE S V ARLYL' IONS DE LA. TE MPERAT IHE D F.
LAIMO SPHÈRE; APARIS,PENDANT LANNÉE MÉTÉOROLOOIQI B IrtlQ
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■ ; iir»v,r ■n.y™*.k»TÏÏ7Tw)..™..„j a .rZZTrn-:: »?
y ,u, n,rr„„ ,„.., ...,.,r ,/r,t, V,.r „ /., /.,/<>„,/,- ' ,1- ^ •<<••> m minuter
MÉTÉOROLOGIE. 239
manière à faciliter la confrontation des diverses
températures dans les différens mois de l'année.
Le premier tableau de ce genre que nous pu-
blions , et que nous croyons devoir faire précéder
d'une courte explication , est celui de l'année mé-
téorologique 1819; il offrira l'ébauche encore im-
parfaite d'un tableau général et annuel que chacun
des départemens de la France et des Etats de l'Eu-
rope pourrait faire établir, pour déterminer la
température moyenne de chacun des points princi-
paux où l'on recueillerait, dans cette vue, les ob-
servations nécessaires. L'auteur de ce tableau ,
M. Champion , ingénieur-géographe, déclare n'avoir
rien négligé pour s'assurer de l'exactitude des faits
météorologiques qu'il est parvenu à rassembler ([).
On y distingue , au premier coup-d'oeil , la tempéra-
ture moyenne de chaque mois de l'année , le jour le
plus froid de l'hiver , toujours compris dans notre
hiver météorologique (2) , et le jour le plus chaud
(1) Les observations météorologiques employées pour dresser
ce tableau, sont, établies d'après celles qu'on a recueillies à l'Ob-
servatoire royal «le Paris. — Les observations d'après lesquelles ou a
estimé la température moyenne delà zone torride, en distinguant
celle de l'hiver et celle de l'été , et que Ton voit figurées sur le ta-
bleau par deux petites bandes horizontales, coloriées en jaune,
sont tirées des observations faites au Sénégal par les Français, et
aux établissemens anglais, sur la rivière de Gambie, par les An-
glais, rapportées dans le Voyage au Sénégal, publié il y a quel-
ques années par Golberv.
(2) On doit reconnaître ici l'utilité de la substitution de Vannée
météorologique à Vannée civile, pour les observations météorolo-
giques : en effet, le plus haut degré de froid d'un même hivev
i7*
2io MÉTÉOROLOGIE.
de l'été, approchant plus ou moins de la chaleur de
la zone torride.
L'année météorologique , que nous substituons à
Tannée civile ou commune , pour les observations
rapportées à notre but , diffère de cette dernière , en
ce quelle commence à l'équinoxe d'automne ( s3
septembre) et qu'elle ne se compose que de deux
saisons , hiver et été, comprenant chacune six
mois (i). Ces deux parties de l'année , très distinctes
dans nos climats, et déterminées par le cours appa-
rent du soleil ou par les positions successives de la
terre , dans sa révolution annuelle autour de cet
astre, sont indiquées, au moyen de l'écliptique fi-
gurée dans la partie supérieure du tableau, par la
ligne courbe sur laquelle sont inscrits les noms des
douze mois de l'année, dont chacun a sa colonne
peut appartenir à deux années civiles différentes , selon qu'il se
rencontre avant ou après le ier janvier; et le plus haut degré de
froid ayant eu lieu cette année le n janvier, il nappai tient plus
à Tannée 1819, dont il s'agit de rendre compte en 1820 Pour
mieux apprécier les motifs de la préférence que paraît mériter
l'année météorologique sur l'année civile, «on peut consulter l'ou-
vrage publié sous le titre de Climatologie de lu fronce, ou Elude
de ses différens climats , pour servir aux progrès de la géographie ;
un cahier avec figures. Pélicier, libraire, au Palais-Royal.
(1) Nous employons ici les expressions mêmes de M. Cham-
pion. Mais nous croyons devoir observer qui les passages «lu so-
leil par les solstices occasionnent dans les saisons des variations
remarquables, dont L'auteur ne paraît tenir aucun compte dans la
nouvelle division de l'année qu'il propose. 11 sera difficile que,
dans nos climats, le public consente à supposer que l'été est déjà
commencé le a 2 mars.
MÉTÉOROLOGIE. 241
qui lui est affectée. Cette courbe est traversée par
une ligne horizontale représentant l'équateur. Le
passage du soleil par l'équateur à l'équinoxe d'au-
tomne, et son séjour de six mois , ou de 180 jours ,
au-delà du cercle équinoxial , relativement au point
que nous occupons sur l'hémisphère, forme l'hiver
météorologique , qui comprend l'automne et l'hiver
de l'année civile ou commune. Le retour du soleil
par léquateur, qui détermine l'équinoxe du prin-
tems (21 mars), et les six mois ou les i85 jours
qu'il demeure dans l'hémisphère septentrional où
nous nous trouvons , forment l'été météorologique
qui comprend le printems et l'été de l'année civile.
(Voyez, sur le tableau, les deux petits hémis-
phères , qui indiquent la position de Paris comme
le lieu où se font les observations.) Le résumé
placé au bas du tableau pour chacune des deux
grandes saisons, hiver et été, complète les explica-
tions nécessaires. Les teintes figuratives qui en dis-
tinguent les différentes parties , doivent en rendre
l'intelligence plus facile : la teinte rose ou couleur
de carmin , formant des colonnes plus ou moins
élevées , représente la liqueur du thermomètre; la
teinte grisâtre et sombre caractérise la saison d'hiver et
les degrés de froid; enfin , la teinte jaune et couleur
d'or figure la saison d'été , la présence et l'action du
soleil (1).
(1) Nous devons reconnaître ici que ce tableau , dont l'idée
principale est bonne, mais qui aurait pu être exécute d'après un
plan plus judicieusement combine, ne saurait satisfaire entière-
242 MÉTÉOROLOGIE.
Un des résultats remarquables du môme état des
variations de la température, dressé pour Tannée
1 8 1 4 i a été que la température moyenne du mois
de mars, qui était à zéro ou à glace, s'est trouvée
plus basse que celle de tous les autres mois de
l'année : circonstance rare , et que Ton regarde
comme défavorable à la récolte des fruits. Une autre
observation établit que la température moyenne du
môme mois de mars 1 8 1 4 sest trouvée égale à celle
du mois de décembre précédent, mois le plus froid
de l'année i8i3.
Pour augmenter l'intérêt et l'utilité que peut offrir
ce tableau , l'auteur a joint aux observations sur la
température atmosphérique , qui en sont le princi-
pal objet, le résultat des observations sur la pres-
ment les savans , et nous aurions tâché d'en perfectionner l'exécu-
tion, dès cette année, si l'auteur ne l'eût, pas tiejà fait graver, lors-
qu'il nous a été présenté. Par exemple , au lieu de faire occuper
à la figure du thermomètre une place trop étendue, on aurait dû
de préférence élargir les espaces destinés aux mois. Il eut été utile
de ne graver sur la hauteur que les degrés usités, afin que, les
degrés conservés ayant plus d'étendue , les inégalités de tempéra-
ture eussent 'té mieux marquées. On aurait aussi pu facilement
indiquer les deux graduations de ftéaumur et centigrade. Enfin ,
au lieu d'un escalier formé d'une série d'horizontales, une pour
chaque mois , on aurail mieux fait de tracer une courbe continue
Alors, on aurait plaré la planche sur sa largeur, et chaque mois
ayant occupé une colonne d'environ i • millimètres, on aurait,
mesuré, pour ainsi dire, d'un coup-d'reil , les dates de la gelée ,
du dégel, tic l'accroissement de la chaleur, etc. — Outre la
courbe dont on vient de parler, ce tableau pourrait contenir en-
core, flans la région supérieure, la courbe des variations baromé-
triques.
MÉTÉOROLOGIE. 343
sion de l'atmosphère, déterminées à l'aide du baro-
mèfre, ainsi que la plus grande élévation et le plus
grand abaissement des eaux de la Seine à Paris,
comme donnant une idée de la plus ou moins grande
abondance des pluies , et de la plus ou moins grande
sécheresse ; enfin , la déclinaison de la boussole ou
de l'aiguille aimantée, variant chaque année, est et
sera indiquée, d'après ce qu'en pubiie annuellement
l'Observatoire de Paris (i).
Des observations météorologiques du même genre,
mais faites avec plus de précision , disposées avec
plus de méthode, acquerraient un bien plus haut
degré d'importance , si elles étaient reproduites à
la fois dans beaucoup de lieux diflérens , d'après
une division de l'année bien déterminée , et si elles
étaient recueillies , d'après un modèle commun , ap-
prouvé par des juges compétens , de la manière la
plus propre à donner une idée exacte des variations
de la température -, en sorte qu'on pourrait compa-
rer , tous les mois , ou à la fin de chaque année, les
accidens météorologiques de chaque pays , et con-
naître quel tems on avait à Londres , à Rome, à
Vienne , à Pétersbourg , quand le ciel de Paris était
(i) MM. les physiciens des départemens, qui, ayant l'intention
de faire dresser de semblables tableaux dans les lieux qu'ils habi-
tent, n'auraient pas à leur proximité, pour les faire exécuter,
des graveurs et des imprimeurs en taille-douce, pourront s'a-
dresser pour cet objet à M. Champion, inge'nicjr-geographc, au-
teur du tableau ci-joint, en lui envoyant leurs lettres } franc de
port, rue St-lionoré , n° 363.
244 MÉTÉOROLOGIE,
serein, ou pluvieux et chargé de nuages. On rappro-
cherait aussi, pour des époques correspondantes ,
les faits analogues et importans , relatifs à la popu-
lation , à la santé publique , aux épidémies , aux
bonnes ou mauvaises récoltes, etc., sur lesquelles ces
variations de la température auraient pu exercer
quelque influence.
Dans toutes les branches des connaissances hu-
maines , dans toutes les sphères où peut s'exercer
l'activité intellectuelle, il serait également utile et
philosophique d'établir des rapports suivis, des com-
munications régulières , faciles , rapides , presque
télégraphiques (1) entre les hommes instruits répan-
dus sur tous les points du globe , qui se consacrent
à la noble destination d'étendre les conquêtes de
l'homme sur la nature , et qui aiment à bouleverser
la terre, non comme les conquérans qui la ravagent ,
mais à la manière des laboureurs qui la fécondent.
(i) « Les gouvernemens conservent aujourd'hui à leur disposi-
tion l'usage exclusif des télégraphes , qui seront un jour appliques
aux relations commerciales et individuelles . et qui ajouteront
à la facilite, à la multiplicité des communications et des échanges,
première cause de tout avancement social, comme l'ont fait les
grandes routes, les canaux de navigation, les voitures, les vais-
seaux, les postes aux chevaux , les postes aux lettres • l'écriture ,
l'imprimerie, la monnaie, les lettres de change, la lithographie, etc.
Non-seulement les gouvernemens et tes chefs des nations sont
intéressés a voir se multiplier les découvertes, dont il-> jouissent
les premiers, et dont la gloire rejailli! toul entière Bur eux,
iU le sont enrôle à les nieltre à la portée <lu puhlic , à les
propager et ;'i les répandre. Us en tirent eux-mêmes de |>lna
grands avantages- ils donnent naissance à de nouvelles inveu-
MÉTÉOROLOGIE. 245
Les moyens de rapprochement , de comparaison et
de combinaison des faits remarquables et instructifs
en tout genre , qui résulteraient d'une semblable
correspondance , permettraient à la grande famille
humaine d'obtenir, en quelques années , des résul-
tats d'avancement et d'amélioration , qui , vu les
lenteurs et les difficultés des communications et des
échanges entre les producteurs de la pensée, comme
entre les producteurs des objets industriels , et par
un effet nécessaire de l'état d'isolement et de faiblesse
auquel se trouvent souvent condamnés les hommes
les plus laborieux et les plus utiles , ne seront obte-
nus qu'après une longue suite de siècles. La pensée
philanthropique et fondamentale de la Revue Ency-
clopédique est d'offrir un point central de correspon-
dance à tous les amis des sciences , des lettres et de
l'humanité , dont les efforts divergens sont dirigés
vers un même but , et qui ont besoin de s'aider les
lions ou à des perfectionnemens dont ils sont encore les pre-
miers à profiter. Un examen plus gênerai, fait par un plus grand
nombre de personnes, et plus publiquement, avance Fart ou la
science. •» {Esquisse d'un Essai sur la Philosnpltie des Sciences ,
contenant un nouveau projet d'une division générale des connais-
sances humaines, par M. A. Jullien, etc. Paris, 1819; in-8°.
— 2 fr. 5o c. — Se trouve au bureau de la Revue Encyclopé-
dique, et cbez Eymery, libraire, rue Mazarine, n° 3o. )
[/application des télégraphes aux correspondances particulière»
est un perfectionnement social, impérieusement réclame parles
besoins de l'époque où nous vivons; et le gouvernement qui en
donnera le premier l'exemple, acquerra des droits à la reconnais-
sance de tous les hommes éclairés.
3j6 PROJET
uns les autres pour abréger le tems , pour multi-
plier leurs forces , et pour corriger , autant qu'il dé-
pend de nous , les deux immenses obstacles dune vie
fugitive qui nous échappe sans cesse , et d'une intel-
ligence bornée à laquelle se dérobe sans cesse une
nature infinie. M. A. Jullien, de Paris.
IW\ VVN W» W\W\ \V\ W\ W* W\ W ' vv\
PROJET D'INSTITUT NOMADE,
Par C. L. Cadet de Gassicourt, Docteur de la Faculté
des Sciences de Paris.
§ Ier. — Tous ceux qui étudient les sciences avec
l'intérêt qu'elles doivent inspirer, sont frappés de l'ex-
trême lenteur avec laquelle les connaissances utiles se
propagent. Dans les arts, et surtout dans l'agriculture,
la routine s'oppose à l'adoption des perfectionneinens.
L'homme veut voir et revoir la même chose , avant de
changer ses habitudes. Il faut qu'un intérêt bien évi-
dent le porte à faire des innovations dans les méthodes
qu'il a adoptées. « Quel bien produisent l'Institut, les
Sociétés savantes , les Recueils périodiques des travaux
des sava-is? Les moyens employés par les associations
les plus célèbres, pour agrandir la sphère de nos idées
et la somme de nos connaissances, sont trop circons-
crits. Les communications particulières , la corres-
pondance dans l'intérieur , les relations avec les sa-
vans étrangers , les discussions publiques et la critique,
ne produisentquedes résultats tardifset incomplets(i). >»
(i) Société ambulante des technographes , par E. M. Siauve.
Broch. , an Y, Pag. 4-
D'INSTITUT NOMADE. a47
On publie des découvertes ; mais , ceux qui pourraient
directement en profiter, ne lisent pas de longs Mémoi-
res , ordinairement écrits d'un style peu attrayant.
Depuis cinquante ans , les agronomes n'ont pu discré-
diter le système des jachères. A peine deux ou trois
départemens , voisins de Paris , ont adopté un cours
raisonné de moissons (i). Dans quel pays sait-on fer-
tiliser les terres par leur simple mélange ; dans quel
département connaît-on parfaitement les avantages et
les variétés des prairies artificielles , et toutes les espèces
de céréales? Dans quel vignoble a-t-on reçu et mis en
pratique les principes de l'œnologie {art défaire le vin)
éclairée par M. Chaptal?
Il serait facile de faire un tableau très étendu des
connaissances précieuses qui s'enfouissent dans les ar-
chives des Académies. Il est donc nécessaire de porter
la lumière à domicile , comme on porte des secours
aux indigens. Dans les grandes villes , telles que Paris ,
Bordeaux, Rouen, Marseille, etc., et à un très petit
rayon autour d'elles , les manufactures sont au cou-
rant des connaissances modernes. Plus loin , on ne
trouve que l'enfance de l'art, et l'on ne conçoit pas
comment ceux qui entreprennent des fabriques , peu-
vent être aussi étrangers aux perfectionnemens connus
depuis long-tems. Ainsi , l'art de la distillation , si par-
fait dans le midi de la France, est encore grossier dans
beaucoup de départemens.
§ II. — On s'est beaucoup occupé de statistique , sous
(i) La connaissance de la géonomie, des assolemens, et la ma-
nière de faire alterner les cultures, ont double le revenu des
fermes où Ton a appliqué ces connaissances.
243 PROJET
le gouvernement directorial et sous l'empire. Les pré-
fets ont dressé des tableaux intéressans. Plusieurs agro-
nomes ont publié de très bons Mémoires ; mais , ce
ne sont que d'utiles matériaux qui serviront à élever
un édifice plus grand, plus complet et plus régulier.
Le cadastre de la France a été conçu dans un système
trop compliqué. Il est impossible d'obtenir des ren-
seignemens exacts, sur les simples déclarations des au-
torités locales : on aura bien un calcul de population
et d'étendue, un aperçu sur la valeur des biens ; mais ,
cela ne suffit pas pour établir l'égalité dans la réparti-
tion de l'impôt (i).
Quand un propriétaire prend possession d'un do-
maine agricole, il ne se contente pas de l'arpentage;
il veut connaître la nature de ses terres, leur situa-
tion, et le parti qu'il peut en tirer. Supposons que la
France soit un seul domaine à exploiter: le seigneur
ne doit-il pas faire un terrier , savoir combien il y a
de terres propres à la culture, et combien de stériles ;
combien de bois, de prés, de vignes, de terres à
grains , etc. ?Ne doit-il pas connaître l'état de prospé-
(i) On a pris sans doute <lc grandes précautions pour lever le
plan «les moindres propriétés, indiquer leurs divers genres de
produits , et faire connaître, d'après une classification convenue,
la valeur de chaque terrain, suivant l'objet de culture auquel il
est employé ; mais, en procédant ainsi pour approcher le plus
possible delà vérité, on n'a encore que des l>;isC's insuffisantes :
i° parce que le même genre de culture ne donne pas partout le
même produit; 2° parce (pie les cultures, changeant sur les mêmes
terrains, t'ont ehanger les rapports; 3* parée que les mutations
de propriétés et les nouvelles clôtures apportent sans cesse des
modifications, qui nécessitent, de nouvelles déclarations. Pour
D'IKSTITUT NOMADE. 249
«rite ou de langueur de l'agriculture, dans les différens
cantons? Pour obtenir ce résultat, pour dresser une
carte agrotechnique, une bonne topographie raisonnée
de la France , il faut parcourir le pays , non en per-
cepteur d'imposition, ruais en savant , en géologue,
en philosophe , qui embrasse l'ensemble et classe mé-
thodiquement les détails.
§ III. — Il est une science bien importante qui ne
s'apprend pas dans les livres , une science à laquelle
l'esprit, la raison et la probité ne peuvent suppléer :
c'est la science de V administration. Pourquoi avons-
nous de si faibles administrateurs , des ministres si
étrangers aux affaires ? C'est que nulle éducation , en
France , ne prépare les hommes aux fonctions admi-
nistratives (1). Un ambitieux se croit fait pour gouver-
ner, quand il a lu la Richesse des nations , par Smith ;
le Compte rendu de Necker ; le Traité a" économie po-
litique de Say ; les Ecrits des économistes, et quelques
autres ouvrages de ce genre. Aussi , les Sully, les Col-
bert, les Turgot sont-ils rares ; aussi, avons- nous des.
budgets par trop enflés; aussi, le peuple souffre- t-il de
être juste, le cadastre aurait besoin d'être recommencé tous les
dix ans. Il faut prendre ses points d'observation de plus haut,
e'tablir des e'valuations plus ge'nérales, les fonder sur la compa-
raison des mêmes produits agricoles dans les différens départe-
mens, tenir compte de la facilité ou de la difficulté des transports
et des échanges. Les renseignemens pris par l'institut nomade,
et transmis à la commission chargée du cadastre, peuvent être
d'une grande utilité.
(i)« On a pu jusqu'à présent appliquer à notre siècle et à la plu-
part des Etats de l'Europe, ces paroles judicieuses de Bacon :
« Lorsque les rois ont à faire choix de ministres capables de gé-
25o PROJET
l'assiette des impôts , tandis que le commerce est para-
lysé , et le crédit dans une oscillation perpétuelle.
Il est de toute vérité qu'un ministre qui entre en
place , quelque zèle qu'on lui suppose , perd six mois à
se mettre au fait de son ministère et au courant des
affaires ; pendant ce tems , il commet mille erreurs ,
que son ignorance ne peut excuser. 11 en est de même
de tous les administrateurs en chef. Leur impéritie né-
cessite toujours une augmentation de dépense, et leur
éducation administrative est ruineuse pour la nation.
Il est donc indispensable de créer en France une
rer les affaires publiques, ils trouvent autour d'eux un vide éton-
nant d'hommes de cette espèce, parce qu'il nous manque des
collèges spécialement consacrés à cet objet, où les hommes que
la nature semble avoir composés et organisés tout exprès pour de
tels emplois , puissent , outre les autres genres de connaissances ,
faire une étude particulière de l'histoire, des langues modernes,
des livres et dos traités de politique (d'économie politique, de
Statistique , d'administration , de diplomatie), pour arriver en-
suite aux fonctions civiles , avec une provision suffisante d'ins-
truction, et une capacité convenable. » (Bacon, trad. tVAnt.
Lasallc, t. i,p. '2^6.)... Les rois manquent souvent d'auxiliaires et
d'instrument pour bien gouverner. Cette seule cause a fait chan-
celer et tomber des monarchies...
)>On fait lin long apprentissage pourêtre serrurier cordonnier,
horloger, mécanicien; pour devenir ouvrier adroit et habile, fa-
bricant industrieux, négociant verse dans les affaires, juiiscon-
sulte instruit , avocat éloquent, militaire à la fois praticien et
théoricien. L'art de gouverner et d'administrer, le plus important,
le plus difficile de tous, celui d'où dépendent le bonheur et la
gloire des gouvernemens et des peuples, ne doit-il pas exiger un
apprentissage proportionné à son importance et à .sa difficulté? »
( Es aigént r il <T Education physique , morale et intelU < tut Ile , et
PI n d'éducation pratique} par M. A. Jcllif.n , 1 vol. in-{°, avec
tableaux. Paris, 1808. l'irmin Didot. Avertissement, p. vij etviij. )
D'INSTITUT NOMADE. 25i
institution qui apprenne à ceux qui sont destinés aux
grandes places, quelles sont les véritables ressources
de l'État , ses richesses agricoles et industrielles , les
avantages et les inconvéniens de chaque localité, l'in-
fluence des mœurs et des climats, l'action générale du,
commerce, les rapports de population, de force et
d'instruction dans chaque département.
§ IV. — - Tous les philosophes qui ont écrit sur l'é-
conomie politique ont gémi de la condition du soldat,
pendant la paix. Son inertie ou ses occupations pure-
ment automatiques influent , d'une manière fâcheuse ,
sur ses facultés morales, et nuisent à la société. Un
militaire , en tems de paix , est un désœuvré , un fai-
néant, qui ne prend qu'un exercice inutile et qui ne
peut dissiper l'ennui résultant de la monotonie de ses
devoirs , qu'en se livrant à ses passions et aux désor-
dres qu'elles entraînent. Dans les villes de l'intérieur
où séjournent des corps de troupes , le peuple est tou-
jours plus paresseux , p'us débauché , plus corrompu.
Beaucoup d'écrivains ont regardé comme nécessaire
d'occuper le soldat pendant la paix. Les Romains ap-
pliquaient leurs légions aux grands travaux publics,
à la construction des ponts, des aqueducs et des mo-
numens, qui attestent encore aujourd'hui leur gloire.
On a quelquefois suivi cet exemple. La route de
Paris à Neuilly a été creusée par les régimens des
Gardes-Françaises et des Suisses. Il est des travaux
très considérables qui seraient longs et dispendieux,
si l'on employait des ouvriers ordinaires , et qui de-
viendraient économiques et rapides , si l'on se servait
de soldats (i).
(i) IMohamed-Ali, pacha d'Egypte, nous en fournit un exemple.
a5a PROJET
Mais , il faut honorer ce travail ; il faut que l'esprit
militaire ne souffre pas de cette occupation utile ; il
faut que le soldat ne se croie pas avili : il serait très
impolitique de l'appliquer , soit au nettoiement des
villes , soit à celui des ports; on assimilerait par-là
son sort à celui des galériens. Le soldat se révolterait,
ou perdrait son énergie , et nos troupes deviendraient
bientôt de simples automates.
Donner au militaire le désir d'être admis dans les
travaux auxquels l'appellerait l'Etat , et lui faire trou-
ver dans ces travaux la récompense de ses services et
de ses exploits : tel est le problème à résoudre.
§ V. — Les quatre considérations précédentes m'ont
donné l'idée de composer le plan d'un Institut 720-
made, qui , parcourant la France dans un tems donné,
y recueillerait toutes les observations qui peuvent éclai-
rer l'histoire et l'administration , répandrait partout
la connaissance des découvertes utiles, ferait mettre
« Il a entrepris dernièrement de rétablir l'ancien canal du Nil , à
Alexandrie, et d'ouvrir ainsi une communication intérieure avec
ce pays, qui dispensera de franchir le Boghaz de Rosette, si dan-
gereux pour la navigation; ce qui était un obstacle continuel au
commerce et à la prospérité du pays. Par la multitude d'ouvriers
employés à ce grand ouvrage, le pacha d'Egypte a rivalisé avec
les exemples des tems anciens. En février el mars 1819, il n'y
t\.iit pas moins de 25o,ooo hommes occupés à la fois à creuser
ce canal. » {Lettre de J\l. Briggs , à sir Sydney Smith. Voyez la
liei'. Encyclop. , tom V, pag. 270.) C'est avec les troupes intré-
pides qui l'aidèrent à soumettre les Wahabis que Le pacha exé-
cute cette entreprise. Ce que peut le chef «I un peuple à peine
rendu à la civilisation, serait-il donc impossible à la nation la
plus éclairée, la plus féconde en ressources de i<ms genres; e1 l<-
soldat français, soumis à la discipline, serait-il moins industrieux
que l'Arabe inquiet et vagabond ?
D'INSTITUT NOMADE. 253
en pratique les moyens nouveaux de perfectionnemens ,
établirait un cadastre statistique, etc.
A cet Institut, seraient attachés un corps d'élèves et
deux corps militaires : le premier, pour profiter de
toutes les lumières que donnerait cette institution ;
les deux autres, pour exécuter lesdéfrichemens , dessé-
chemens et constructions que l'Institut jugerait néces-
saires , sans empiéter sur les droits et les attributions
des ingénieurs des ponts-et-chaussées.
En demandant deux corps militaires , nous laissons
au gouvernement le soin de juger quels doivent être
les élémens dont ils seront composés. Il paraîtrait dif-
ficile de faire sortir deux régimens du cadre de l'ar-
mée , surtout si ces corps devaient être attachés à des
travaux de longue durée , à des cultures suivies. Ils ne
ne seraient plus disponibles , et on les réunirait diffi-
cilement. Au lieu de l'organisation régimentaire , peut-
être préférera-t-on celle d'ateliers qui rempliraient
sans inconvénient le même objet.
Si ces corps ne devaient être appliqués qu'à des tra-
vaux temporaires, susceptibles d'être interrompus et
repris , on pourrait y employer quelques détachemens
des régimens existans. Ce dernier moyen aurait l'avan-
tage de faire utiliser, pour des travaux importans et
pressés , les régimens de sapeurs , et même de mi-
neurs. Les ateliers pourraient être composés de l'armée
de réserve; à la tête de chaque atelier serait un ser-
gent , sous les ordres d'un sous-lieutenant ou lieute-
nant qui aurait un arrondissement déterminé, et qui
serait lui-même subordonné au capitaine établi pour
son département.
Déjà plusieurs écrivains ont projeté une partie de ce
plan, les uns pour l'agriculture et les arts , les autres
tomi: vi. 18
,:,4 PROJET
pour l'instruction particulière de quelques individus.
En fructidor de l'an v ( 1798), M. Siauve publia le
projet d'une Société ambulante de tcchnograplies ,
basée sur des considérations fort analogues aux nôtres.
m II manque, disait-il, à la France une institution propre
à reculer les bornes de l'industrie : c'est une société
ambulante de savans et d'artistes choisis par le gou-
vernement, parcourant successivement toutes les par-
ties du territoire français, décrivant tous les sites,
examinant, analysant les productions de la nature;
soumettant au creuset de l'expérience les procédés de
l'industrie ; rappelant à des principes certains , établis-
sant sur des bases fixes et invariables , les opérations de
l'économie rurale ; répandant l'instruction dans \e<
campagnes; y détruisant, par la persuasion, les pré-
jugés nuisibles aux progrès des arts ; laissant dans tous
les lieux des traces sensibles et des monumens durables
de ses travaux. »
« Les technographes de M. Siauve devaient recueillir
des renseignemens sur les productions du sol et de
l'industrie dans chaque canton, sur les méthodes em-
ployées pour la culture des terres, sur la salubrité ou
l'insalubrité du climat, sur les moyens pratiqués pour
détruire l'effet des émanations dangereuses; sur les
canaux à ouvrir, soit pour rendre à l'agriculture des
marécages et d'autres terrains abandonnés . soit pour
donner plus d'action au commerce ; sur la manière de
construire les habitations rurales et les bàtimens d'ex-
ploitation , sur les différentes branches de l'économie
rurale , domestique et politique : sur les fouilles an-
ciennes et modernes , sur les mines, les carrières , les
usines , les ateliers de confection ; sur les manufacturc-
eu général , sur les niouiunens, sur les sites remarqua-
D'INSTITUT NOMADE. a55
blés, sur les idiomes dont l'analogie avec les langues-
mères pourrait éclaircir des faits historiques , et parti-
culièrement les émigrations des peuples. »
Ce plan se rapproche beaucoup de celui que nous
exposons; mais le nôtre remplit un plus«grand nombre
d'indications.
En 1789, M. le chevalier Voyo de Rigny avait pro-
posé l'établissement d'un corps national et militaire
d'agriculture. Ce projet reposait sur deux observations
que nous avons admises dans nos motifs déterminans.
L'une avait pour objet la grande quantité de landes et
de friches qui sont en France ; l'autre, le désœuvrement
funeste des troupes pendant la paix. M. de Rigny com-
posait sa petite armée d'agriculteurs militaires , de
5,572 soldats travailleurs , 60 sergens , 60 caporaux ,
60 sous-lieutenans , autant de lieutenans, autant de
capitaines. Ce corps devait être commandé par un
colonel-général , prince du sang , un colonel-com-
mandant, un colonel en second, huit officiers d'état-
major; il aurait eu une musique formée de 12 tam-
bours et de 60 musiciens.
Le personnel de cette armée , divisée en six corps ,
aurait donc été de 5,955 hommes ; il aurait coû-
té 4^000,000. Mais, l'auteur du projet prouvait que
l'Etat aurait été promptement couvert de ses avances
et aurait fait des bénéfices considérables. Il nous
semble qu'on peut obtenir ces grands bénéfices, en
employant moins de monde et plus de tems.
Examinons séparément les deux bases du projet.
Il n'est point de sol qui ne comporte un genre quel-
conque de productions ; pour le seconder, il ne s'agit
que d'en connaître la nature, et celle des semences ou
des plantes qui lui conviennent. 11 n'est donc aucun
*r,6 PROJET
mauvais fonds qu'une culture réfléchie , l'examen
même des plantes et des arbres qui y croissent naturel-
lement, des engrais et quelques mélanges de terre , ne
puissent élever à la qualité du meilleur sol. Tl n'est
pas jusqu'à des roches dont un cultivateur intelligent
ne puisse tirer parti. En observant ces crevasses où
filtrent des eaux chargées de sels et de terres grasses,
il verra naître et prospérer certaines plantes, et parti-
culièrement la vigne, sans le secours d'aucun effort
humain.
Or , il n'est point de province qui n'offre de vastes
terrains que n'a point ouverts le soc de la charrue.
M. de Rigny n'en excepte pas la Normandie elle-même,
quoique l'agriculture y paraisse plus florissante que
dans les autres provinces de France.
Arthur Young croit que le cinquième environ de la
superficie de la France est en friches , landes , routes ,
marais, étangs et jachères. D'autres évaluent les ter-
rains non productifs à 36 millions d'arpens (i). Dans
ce nombre, Chabert dit qu'il y a plusieurs millions
susceptibles d'excellentes cultures (p.). 11 faudrait , dit
cet agronome , dix millions par an , pendant dix ans .
(i) Peuchefc, dans sa Statistique , estime qu'il y a 2o,Sj5,tf5o
arpens en friche.
(2) Chabert compte les friches et landes connues de cette ma-
nière :
En Poitou. 200,000 arpens.
Les maraude Bourgoin. 20,000
de Ponlhicu. 28,000
de Gournajr et Beauvais. 4»000
de Brêles, en BeauYoisis. 4>no°
de Saintongft. 3o,ooo
— , di* Nantes. 6,000
D'INSTITUT NOMADE. 257
pour mettre tout en valeur ; après dix ans, le revenu
serait immense : mais de pareils défrichemens , des
travaux aussi considérables , ne peuvent se faire par des
particuliers, ni même par des compagnies agricoles.
Des militaires seuls , semblables aux troupes romaines
qui labouraient les terres conquises distribuées par la
loi agraire , pourraient mettre en culture ces landes
immenses , et rendre ces déserts fertiles. Cette idée
de M. de Rigny a été reproduite par d'autres écrivains,
à différentes époques. On lit , dans le Journal du com-
merce, de politique et de littérature (n° du 7 mars
1818), un article sur les défrichemens parles mili-
taires. L'auteur explique ainsi les moyens d'exécution :
« Que chaque légion départementale soit autorisée
à former une caisse dont les fonds soient fournis par les
officiers qui ont de la fortune et par les fonctionnaires
publics du département, au moyen d'actions dont les
intérêts seraient payés à cinq pour cent par an ; la lé-
gion achèterait en son nom une portion quelconque de
terres incultes parmi celles que désignerait le ministère.
» Les soldats commenceraient par défoncer le meil-
leur terrain et y planter les principaux légumes , pour
avoir sous la main et en abondance une partie des
vivres nécessaires ; ils formeraient ensuite des pépi-
nières d'arbres propres au terrain , que l'on planterait
Les marais cffsigni et Carentan. 4°>000 arpens.
de Montbrison. 20,000
Sur les bords de la Méditerranée. 5o,ooo
A Ponteau , en Brie. 1,000
Les lamles de Bretagne. Sans nombre.
Les landes du Bordelais. a5 lieues.
Les friches de Saint- Quentin. Sans nombre.
»58 PROJET
à mesure qu'il serait en état de recevoir le plan. C'est
ainsi qu'en peu d'années, et presque sans frais, la
France se garnirait de nouvelles forêts, et ne crain-
drait pas de long-lems la disette de bois dont on l'a
souvent menacée.
» Quand la portion de terre achetée par la légion
aurait été mise en pleine valeur, le conseil chargé de
présider aux opérations, et tous les actionnaires, pour-
raient la vendre pour en acquérir d'autres. Les inté-
rêts des fonds étant payés, et la première mise réservée,
le bénéfice serait partagé entre tous les individus com-
posant la légion ; par conséquent, les officiers person-
nellement intéressés surveilleraient les travaux avec
zèle, et les soldats se prêteraient volontiers à des oc-
cupations (jui tendraient à leur assurer, au sortir du
service, une honnête existence (i). »
Comment nos soldats ne se livreraient-ils pas à un
travail qui tournerait à leur profit, eux que l'on a
vus , non-seulement à Boulogne, mais en Egypte , en
Italie , en Espagne, en Hollande, où presque toujours
ils manquaient de pain , se plaire à élever des chau-
mières, à y former de petits jardins , qu'ils étaient obli-
gés d'abandonner peu de jours après! (?.) A l'exemple
des phalanges invincibles des Romains , ils iraient , des
(i) Nous n'adoptons pas l'avis «le cet autour, relativement au
partagede8b4nefices.il tant, sans doute, que la soldat ouvrier
en profite; mais c'est mal connaître L'esprit «1rs soldats, que «le
leur taire des distributions de sommes un peu fortes. Cet argent,
« 'ils le dépensent sur-le-champ, est toujours mal employé; et ,
s'ils le gardent, ils en prennent du souci et deviennent mauvais
soldats: donc, point de sommes distribuées ; mais une haute-pa je
pendant la durée des travaux.
(a) I u 1809, quand une partie de l'arnn V Française, apiès la
D'INSTITUT NOMADE. S$g
travaux de la campagne, à la victoire, et de la vic-
toire, préparer aux champs de nouveaux triomphes.
Ils y puiseraient un plus grand amour de la patrie.
Comme l'a fort bien dit un philosophe ancien, qui fut
peut-être le plus grand capitaine de son siècle ( Xéno-
phon) : Les gerbes donnent à ceux qui Les font croître
le courage de les défendre y elles sont, dans les champs,
comme un prix au milieu des jeux pour le vainqueur. »
Lorsque Catherine II nomma dix-huit gentilshommes
parmi les élèves les plus distingués de son école mili-
taire, pour voyager dans les différentes cours de l'Eu-
rope , dans le dessein d'y étudier et d'y suivre les pro-
grès de la civilisation, ou proposa au cabinet de Ver-
sailles d'imiter cet exemple utile; mais aucun des
projets présentés ne renfermait des vues aussi étendues
que celles qui m'ont dicté le plan dont je vais tracer
une esquisse (ij.
§ VI. — Composition de V Institut nomade.
Le chef de cette institution serait un général , pair
de France, et, s'il se pouvait, membre de l'Institut
national. Il aurait un conseil permanent , composé de
dix membres , savoir :
bataille d'Essling, se retrancha dans l îleLobau , les soldats se ba-
raquèrentj et quoiqu'ils s'attendissent à repasser le Danube d'un
moment à l'autre, ils bêchèrent et semèrent quelques planches
de terre , autour de leurs baraques. Quand nous traversâmes cette
île, un mois après, pour aller à Wagram, nous vîmes ces petits
potagers où poussaient un peu de salade et quelques fleurs.
(i) Voyez dans la Hev. Eacycl. , T. IV, p. 289, le résume d'un
plan présenté au premier consul Bonaparte, pour la formation
d'une commission enryclopi dique et d'une légion* polytechnique ,
chargée de préparer et de publier des tables Otxnueliet d f 1
lisation comparée sur tous les point t du (flobt
sGo PROJET
i°. Un secrétaire gênerai et perpétuel , garde des
archives, chargé de la rédaction des procès-verbaux,
des rapports annuels , et de la correspondance.
2°. Ihi physicien géomètre et géographe, connais-
sant bien la mécanique, l'hydraulique et la technologie
manufacturière.
3°. Un chimiste , bon naturaliste.
4®. Un minéralogiste, ingénieur et métallurgiste.
5°. Un agronome, botaniste et vétérinaire.
6°. Un médecin , bon physiologiste.
7°. Un historien, archéologue et antiquaire.
8°. Un peintre, sachant dessiner tous les genres.
C)°. Un jurisconsulte publiciste.
io°. Un littérateur sachant les langues anciennes.
Ces dix savans auraient le titre de Conseillers-Pro-
fesseurs.
Il y aurait, à Paris, une commission permanente
composée d'un pareil nombre de savans. Cette com-
mission serait présidée par un conseiller d'Etat. Elle
serait chargée de rédiger, sur les notes et observations
envoyées par V Institut nomade , un corps d'ouvrage ,
dans le genre de celui de la Campagne de l'armée
et 'Egypte , ou un grand Tableau statistique et pitto-
resque de la France. Elle ferait passer au conseil de
l'Institut nomade tous les Mémoires imprimes ou
manuscrits , toutes les instructions utiles qui paraî-
traient, les instruinens , modèles , dessins ou plans oui
seraient nécessaires aux voyageurs , ainsi que les graines
et autres productions bonnes à acclimater.
Le corps d'élèves ne pourrait excéder deux cents
jeunes gens , Agés au moins de dix-huit ans, et au plus
de vingt-cinq. Ils seraient à la nomination du Roi ,
D'INSTITUT NOMADE. 2G1
sur la présentation du conseil de l'Institut qui forme-
rait une liste triple du nombre de places à donner.
Les élèves, nommés par le Roi , seraient équipés et
nourris; les uns aux frais du gouvernement, les autres
avec demi-traitement que compléteraient leurs familles:
quelques-uns seraient admis à leurs frais, comme dans
les lycées et dans les écoles militaires.
Les élèves porteraient un costume particulier , espèce
d'uniforme, conforme à leur genre de vie. Ils voyage-
raient à pied , sauf les cas de maladies.
Pour être reçu élève , il faudrait avoir fait complè-
tement ses études , avoir suivi des cours de mathéma-
tiques , de physique, d'histoire naturelle; savoir le
dessin linéaire , et avoir une santé robuste.
Les élèves pourraient être divisés en deux ou trois
classes, suivant le degré de mérite dont ils auraient
fait preuve au concours d'admission.
Deux corps de troupes, attachés à l'Institut, se-
raient composés d'un bataillon d'infanterie , d'un ou
de deux escadrons de cavalerie, avec six tambours et
douze musiciens.
Ces deux corps seraient sous le commandement im-
médiat du général président, qui s'entendrait avec
le ministre de la guerre pour les augmenter ou les
diminuer, selon les besoins de l'Institut.
11 y aurait , à la suite des corps, une quantité suf-
fisante de charrois pour porter les effets de campement
des troupes , les instrumens nécessaires à l'Institut et
aux travaux des soldats.
L'état-major du général se composerait de trois offi-
ciers , dont l'un ferait les fonctions de secrétaire parti-
culier; le second, celles de trésorier-payeur ; ie troi-
sième serait chargé de prévenir les autoritéf locales
a6a PROJET
de l«i marche de l'Institut , et de pourvoir aux appro-
visioimemens et aux logemcns.
Le général président, son état-major, et les conseil-
lers professeurs, voyageraient, le plus qu'ils pour-
raient , à pied ou à cheval ; cependant , il y aurait des
voitures pour les conduire , ainsi que les élèves que la
fatigue forcerait au repos.
fl serait difficile de faire marcher simultanément
l'Institut et les corps militaires , parce que les travaux
d'observation emploieraient inoins de teins que ceux
d'exécution. L'Institut proposerait et arrêterait les tra-
vaux qui seraient confiés aux corps militaires , et alors
on dirigerait , sur les points où ils devraient s'exé-
cuter, le nombre de troupes ou les ateliers nécessaires.
Les soldats stationnaires opéreraient sous la direction de
quelques élèves de la première classe, (jui rejoindraient
l'Institut aussitôt qu'ils auraient assuré l'exécution du
plan.
§ VIL — Itinéraire de V Institut nomade.
L'Institut nomade pourrait parcourir la France en
six ans. Ce tcms suffirait pour l'instruction des élèves ;
mais il faudrait environ douze années d'observations ,
d'expériences et de perfectionnemens , c'est-à-dire deux
voyages complets de l'Institut , pour que le gouverne-
ment put recueillir les avantages immenses qu'il aurait
droit d'en attendre.
La division la plus naturelle et la plus commode que
nous puissions proposer! est celle qui partage la France
en neuf régions bien distinctes
lre REGION , du Nord. Klle comprend onze départe-*
iniMis : le Pas-de-Calais , le département du Nord, ceux
le I' \isue, de Seine, de Seine-et-Marne, de Seiu<-et-()i<e.
D'INSTITUT NOMADE. ^63
d'Eure-et-Loir, d'Eure, de Seine-Inférieure , de la
Somme et de l'Oise.
jjme R£GIONj du Nord- Est. Elle se compose de dix
départemens : les Ardennes , la Meuse , la Moselle, le
Bas-Rhin, le Haut-Rhin, les Vosges, la Haute-Marne,
l'Aube , la Marne et la Meurthe.
\\\m* Région , de l'Est. Neuf départemens : laCôte-
d'Or , la Haute-Saône, le Doubs , l'Isère, la Loire,
Saône-et-Loire , l'Ain, le Rhône et le Jura.
jyme R£G10V ^ du Sud-Est. Neuf départemens : la
Haute-Loire, î'Ardéche , la Drôme, les Hautes-Alpes ,
les Basses-Alpes, les Bouches-du-Rhône , le Var, le
Gard et Vauciuse.
Vme Région, du Sud. Dix départemens : la Corrèze ,
le Cantal , la Lozère, l'Hérault, les Pyrénées-Orien-
tales, l'Aude, le Tarn , le Tarn-et-Garonne , le Lot;
et l'Aveyron.
yjme Région, du Sud-Ouest. Huit départemens : la
Gironde , la Dordogne , le Lot-et-Garonne , la Haute-
Garonne , FArriège , les Hautes-Pyrénées, les Landes
et le Gers.
VIIme Région, de V Ouest. jNeuf départemens : la
Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, l'Indre-et-Loire .
la Haute-Vienne, la Vienne, la Charente, la Cha-
rente-Inférieure, les Deux-Sèvres et la Vendée.
VIIIme Région , du Nord-Ouest. Neuf départemens :
la Manche, leCalvados, l'Orne, la Sarlhe, la Mayenne,
le Morbihan, le Finistère , l« s Côtes-du-Nord , l'Jlle-
et-Vilaine.
lXmc Région , du Centre. I luit déparlemens : leLoir-
ct-Cher, le Loiret, la Nièvre, l'Allier, le Puy-de-
Dôme, la Creuze , l'Indre et le Cher.
L'Institut nomade serait, oblige de parcourir une
,r,\ PROJET
région et demie par an. La première année, il aurait
quinze départemens à visiter ; la seconde et la troisième
année, treize et demi seulement; mais l'industrie et
l'agriculture étant plus avancées dans les départemens
du Nord que dans les autres , vingt à vingt-cinq jours
doivent su/lire dans ces départemens , quand les autres
réclameront un mois.
Maintenant que nous avons une idée précise de l'or-
ganisation et de la marche de V Institut nomade , sui-
vons-le dans ses voyages.
Il se rend dans un département et se dirige vers le
chef-lieu , après avoir prévenu le préfet et les autori-
tés. Là , le conseil s'assemble; il expose au préfet et
aux maires le but et les moyens de l'Institut , et il
prend sur le département tous les renseignemens sta-
tistiques qu'on peut lui donner. Alors, le travail s'or-
ganise et se distribue. Le conseil se sépare, et chacun
des conseillers professeurs part avec un nombre
d'élèves , à son choix, pour examiner les différens ob-
jets qui concernent la partie qu'il professe. A une épo-
que convenue, tous reviennent au chèf-lieu , et il se fait
une assemblée générale où les élèves assistent. Là, cha-
que conseiller professeur lit un rapport sur la tour-
née qu'il a failc. Le physicien géomètre rend compte
de l'état du sol , relativement à son élévation , au
cours des rivières, à leur force, à la possibilité d'y
établir des usines; Tl présente le tableau de l'industrie
manufacturière et indique les machines que l'on pour-
rait mettre en œuvre , dans ce département, pour sou-
lager les bras ; les communications qu'on pourrait
établir, soit par des routes, soit par fies canaux, pour
faciliter les transports. Il offre quelques calculs sur la
population et. les produits: il fixe l'attention du cou*-
D'INSTITUT NOMADE. 265
seil sur les constructions rurales et urbaines. L'archi-
tecture dans les campagnes est très-vicieuse. Les habi-
tations ne présentent ni salubrité , ni commodité. La
France est peut-être le pays où l'on a le plus négligé
les constructions rurales. C'est un objet d'étonnement
pour la plupart des étrangers qui voyagent chez nous,
surtout pour les Anglais et les Allemands. Le chimiste
ferait connaître les productions naturelles , les plantes
usuelles, et celles qui sont propres aux arts; la nature
des terres et des pierres , celle des eaux et des sources
minérales. L'ingénieur métallurgiste rapporte des échan-
tillons de minerais. Il a visité les carrières , les mines
et les montagnes. Il trace le plan géologique du dé-
partement ; il indique les endroits où l'on peut faire
des fouilles et des recherches utiles (i). L'agronome
expose l'état de l'agriculture, les méthodes adoptées
dans le département, et les réformes dont elles sont
susceptibles. Il a vu les instrumens aratoires , les va-
riétés des grains cultivés, les races des animaux de
ferme et de basse-cour. Il fait sur ces objets les remar-
ques qu'il croit utiles ; il propose des expériences pour
acclimater des espèces nouvelles, pour transplanter
des végétaux exotiques. Il désigne les terrains qu'il
convient de défricher , les étangs qu'il est avantageux
de dessécher , ou les marais qu'il faut convertir en
étangs. Le médecin s'est occupé des objets de salu-
brité , soit dans les villes, soit dans les campagnes ; il
(i) On objectera peut-être que tout ce qui tient aux mines et
aux carrières a sa direction particulière qui relève du ministre de
l'intérieur; mais, cette direction n'agit pas dans le même but que
l'institut nomade ; et celui-ci, qui dépendrait également du mi-
nistère de l'intérieur, pourrait adresser au directeur des mines des
notes et tics observations très utiles à s;: direction.
a66 PROJET
a parcouru les hospices, les prisons, les hôpitaux ; il
B étudié la nature du climat et son influence sur la
santé ; il Tait part de ses observations hygiéniques; il
conseille les précautions nécessaires pour1 prévenir les
épidémies et les épizooties. L'historien archéologue
trace l'histoire des monumens que renferme le dépar-
tement, *'t l'ait la description de ses antiquités. Le
peintre B dessiné les plus beaux sites, les machines,
les modèles et les productions particulières dont le
conseil a désiré conserver ou transmettre la connais-
sance. Le publici.ste met au jour les considérations qu'il
aura puisées dans les mœurs des habitans , dans leurs
richesses et leurs échanges, dans le prix de la main-
d'œuvre et la quantité des produits comparés à la con-
sommation. Il se rend compte de la manière dont les
lois sont exécutées dans le département. Enfin , le iil-
témteur, après avoir visité les écoles , fait connaître
les modifications que la langue française éprouve par
les idiomes particuliers, les patois, les jargons des
provinces. Il en cherche l'origine et propose les moyens
qu'il croit propres à les détruire. Il fait connaître les
ressources que présente le département , soit dans les
bibliothèques qu'il possède, soit dans les Sociétés sa-
vantes ou littéraires qui peuvent y exister.
Sur ces différons rapports , le conseil règle les tra-
vaux que L'en doit confier aux troupes, ordonne les
léfricheoatns , les fouilles, l<-s plantations, les d^ssi--
ttemens , les transports de terre demandes par les
conseillers professeurs; Pendant ce tems , lesétèveset
quelques professeurs font uue excursion dans plusieurs
communes du département : ils visitenl les principales
fermes el les fabriques les moins perfectionnées ; ils
font connaître aux agriculteurs et aux artisans les non-
D'JNSTITUT NOMADE. 2C-
, elles découvertes , les procédés applicables à leur état,
[ls font des expériences pour les convaincre , et tien-
nent note des succès qu'ils ont obtenus. Ils simplifient
le plus qu'ils peuvent la théorie. Les professeurs distri-
buent des graines, des dessins, des instrumens , ou
des modèles, des instructions imprimées, enfin tout
ce qui peut tendre à une amélioration prochaine.
Cette seconde tournée terminée à jour fixe , le conseil
annonce le départ de l'Institut pour un autre départe-
ment. La veille, une assemblée générale et publique,
à laquelle assistent toutes les autorités , occupe la ma-
tinée. Le secrétaire-général y présente le tableau som-
maire des observations faites par l'Institut , et le soir
une fêle simple et modeste consacre les bienfaits des
sciences.
§ VIII. — Instructions préliminaires.
Chaque année, avant de se mettre en route , l'Ins-
titut nomade recevrait de la commission permanente,
qui résiderait à Paris , des instructions sommaires sur
les trois régions qu'il doit parcourir. Ces instructions
porteraient sur les points les plus importans à observer.
Pour donner une idée , et non un modèle de ce genre
d'instruction, examinons rapidement une des régions
querinstitutnomadedoitparcourir, la première année.
Messieurs, pourrait-on dire au conseil voyageur,
vous allez visiter, cette année, les régions du nord,
du nord-est et de l'est de la France. Les onze départe-
mens qui composent la première de ces régions, vous
offrent des observations importantes à vérifier. Vous
devez d'abord vous rendre à Arras. On estime l'éten-
due territoriale du département du Pas-de-Calais ^ à
447 lieues carrées , et sa population à 570,000 indi-
vidus. Il s'est formé de l'ancienne province d'Artois .
■tW PROJET
du Calaisis et du Boulonnais. Vous vous demanderez
la raison qui engage les habitans du -Pas-de-Calais à
brûler de la tourbe et du charbon de terre , quand ce
département possède 109,3 1 1 arpens de bois. Ce pays est
fertile en grains , et l'on y cultive assez bien les arbres
fruitiers* On y voit quelques carrières de marbre com-
mun de Sergues , de pierre blanche , dile de marquise,
de terre de pipe. On y cultive le houblon , les plantes
oléagineuses et les plantes textiles , surtout le lin. 11 est
utile d'y bien observer les procédés de rouissage et de
filature , soit à la main , soit à la mécanique. La
pèche maritime y fournit le hareng, le merlan , le
maquereau, le turbot, la raie, etc. Ne pourrait-on
établir, sur les cotes , une fabrique de colle de poisson?
On y remarque des verreries, des manufactures de
porcelaine et de fer- blanc. Ces différentes fabriques
y sont-elles à la hauteur des connaissances actuelles?
trouve-t-on, dans le département, le kaolin et le pétunsé
nécessaires à la fabrication de la porcelaine, ouïes
tire-t-on du département de la Haute- \ ienne?
Le département du Nord a un des meilleurs sols de
la France. Il a :\oq lieues carrées, et sa population est
de 880,000 individus. Pendant votre séjour à Lille ,
vous aurez occasion de visiter les fabriques de toiles
fines, de batistes, de dentelles. Il y a dans ce dépar-
tement des savonneries , des tanneries . des raffineries
de sucre; des manufactures d'étoiles de laine, de tapis-
series, de nankin. On y fait un assi 1 grand commerce
d'huile de Colza , de navette', <le lin. On compte, dans
ce département-, 1 10, 1 1 3 arpens <!<• bois, la culture
de la betterave V prospérerait. On pourrait y intro-
duire quelques graines oléagineuses qui n'y sont pas
connues. Les carrières de marbre, les eaux minérales
D'INSTITUT NOMADE. 269
et les boues minérales doivent fixer l'attention, ainsi
que les forges de Hayon , de Landrissart, et les cendres
fossiles dont on se sert pour engrais.
Le département de V Aisne n'est pas moins fertile:
le vin que l'on y fait , dans la partie méridionale , n'est
pas bon , et il est possible d'y améliorer les vignes. La
race de mouton y est médiocre ; on peut la rendre
meilleure.
Vous chercherez à quelle cause est due la supériorité
des haricots et des artichauts, dans ce pays. Vous
y trouverez à peu près les mêmes fabriques que dans
le département du Nord; des brasseries, des huileries,
de belles filatures. Vous examinerez comment les cen-
dres de tourbe pyriteuse , appelées cendres noires ,
agissent dans les terres où on les met comme engrais.
Les fabriques de St. -Quentin faisaient environ pour
i5 millions , par an , de batistes et de linon ; on n'en
fait que le quart aujourd'hui. Quelle peut être la cause
de cette diminution? Vous visiterez la belle manufac-
ture de glaces de St.-Gobin , qui occupe 1200 ouvriers ;
la fabrique de sulfate de fer, établie à Urcel , et des
papeteries près de Laon. La population du département
de V Aisne est de 443, 000 individus , répartis sur
492 lieues carrées. On y compte 217,517 arpens de
bois.
Le département de Seine-et-Marne donne une
grande quantité de blé. Il renferme d'rxcellens pâtu-
rages ; mais Ton n'y fait qu'une espèce de fromage,
et c'est un des pays où l'art du fromager pourrait être
le mieux exercé. Ce serait le cas d'y répandre des ins-
tructions sur les différentes manières d'y traiter le lait.
On trouve dans ce département , des manufactures de
verre à vitres, de toiles peintes, de porcelaine et de po-
TOME VI. M)
2^o PROJET
terie anglaise; de belles papeteries ; des tanneries, une
belle aciérie à Soupes, canton de Nemours, et des fabri-
ques de meules à moulin. Son étendue territoriale est de
3o5 lieues carrées , et sa population de 3o4,ooo indi-
vidus. Cette population est trop disséminée ; il est vrai
que l'on y compte i5o,393 arpens de forets et de bois.
Le département de la Seine pourrait être négligé
par l'Institut nomade, parce qu'il est censé parfaite-
ment connu , qu'il est le centre des lumières et de
toutes les ressources ; cependant , si l'autorité désirait
que l'on en fît une topographie exacte, l'Institut pour-
rait s'en occuper.
Le département de Seine-et-Oise , fertile en grains ,
en fourrages et en fruits, fournit aux approvisionne-
mens de Paris. On y nourrit beaucoup de bestiaux , et
l'on y fait d'excellent beurre. Le vin qu'on y récolte,
est très-médiocre ; celui d'Argenteuil s'est amélioré
depuis quelques années , et celui d'Andrezy , qui a
toujours été fort agréable, prouve que l'œnologie peut
faire des progrès dans cette partie de la France. Sa
statistique , comparée à celle des autres départemens,
peut éclairer sur les causes et les moyens de prospé-
rité. Il n'a que 38i lieues carrées ; sa population est
de 43i,ooo habitans. On y compte i56,7i5 arpens de
bois. Il y a de belles et nombreuses carrières de pierres
à bâtir, de craie, de grès et de plâtre. La lithologie
de ce département est importante à connaître. On ne
s'est pas encore occupé de l'exploitation des tourbières
qui existent dans le bassin de la rivière d'Essonne. Les
fabriques et manufactures y sont nombreuses ; celles
de Jouy , de Versailles , de Sèvres , de Mcudon , méri-
tent un examen particulier.
Le département à' Eure-et-Loir est très remarqua-
D INSTITUT NOMADE. 271
ble , par la quantité et la qualité du froment qu'on
y récolte. Il y a peu de manufactures dans le pays
chartrain ; elles se bornent à la draperie commune , à
la bonneterie et à la tannerie. La navigation intérieure
augmenterait les richesses de ce pays , si l'on exécutait
le projet de jonction du Loir avec l'Eure. Ce départe-
ment a 402 lieues carrées ; sa population est de 266,000
individus. On n'y compte que 90,349 arpens de bois.
Le département de Y Eure possède de bons pâturages.
On y récolte une grande quantité de chanvre et de lin.
Ses forges de fer fournissent beaucoup de boulets, de
bombes, et des ustensiles de cuisine en fonte. Les draps
de laine, et les toiles que l'un y fabrique , ont de la
réputation. Les tanneries y sont belles. On peut encore
citer, parmi les manufactures de Y Eure , les fabriques
d'épingles de Rugles , qui , avec celles de Y Aigle
( Orne ) , sont les seules en France de ce genre , et
dont les produits ont quelquefois soutenu la compa-
raison avec ceux des fabriques anglaises. A la vérité,
elles sont , depuis deux ans , tombées dans un état de
décadence, dont il serait intéressant de rechercher
les causes. La culture de la gaude , pour teinture, et
celle du chardon, pour le lainage des draps, ont réussi
près du Vaudreuil. Ce département a 435 lieues carrées;
sa population est de 422,000 individus ; on y compte
192,531 arpens de bois.
Le département de la Seine-Inférieure est très im-
portant à étudier , sous le rapport de la richesse du sol ,
et de son industrie qui est d'une activité supérieure,
et d'une plus grande variété que partout ailleurs. Les
herbages d'une excellente qualité permettent d'élever
des bestiaux de la plus belle race , des chevaux , des
moutons. Les beurres et les fromages y sont exceliens.
■9*
•7*3 PROJET
On n'y récolte point de vins ; niais le cidre et le poiré
doivent y fixerl'attention des chimistes. La bonneterie,
les draps, les toiles, les étoffes de coton, la tannerie,
les verreries, la chapellerie, les raffineries, la faïen-
cerie, les filatures de toutes sortes occupent les bras
que n'emploie pas l'agriculture. La pêche maritime y
fournit des poissons en abondance. Le parcage des huî-
tres doit être étudié , sous le rapport de l'hygiène. Le
commerce de ce département , soit comme exportation ,
soit comme entrepôt , est considérable. Son étendue ter-
ritoriale est de 3()5 lieues carrées ; sa population , de
643,ooo individus. On y compte l 'j^S^S arpens de bois.
Le département de la Somme est un pays de grandes
cultures , fertile en grains , en lin , chanvre , houblon ,
colza , navette , gaudes , rabettes , etc. Ses fabriques
nombreuses d'étofies de laine, de tapisseries, de mé-
rinos , de toile de coton , de siamoises , de toiles de
chanvre et de lin, donnent à ce département un grand
mouvement commercial. Son territoire est de 401
lieues carrées , et sa population , de 49^,000 individus.
Il y a 1 12,732 arpens de bois.
Le département de Y Oise produit beaucoup de ble .
de chanvre , de lin et de navette. On y élève plus de
volailles que dans les départemens voisins. On y fabri-
que de petites étoffes de laine, et coton , ou de laine et
fil , des toiles peintes, de la dentelle , de la poterie, et
surtout des éventails. Il est intéressant de rechercher
pourquoi , dans ce département , l'industrie s'est portée
sur des objets de peu de valeur , et qui ne demandent
que de faibles capitaux. L'étendue du département de
Y Oise est de 383 lieues carrées ; sa population est de
384,ooo individus, et l'on y compte 177,31 5 arpens de
bois.
D'INSTITUT NOMADE. a73
Ces instructions sommaires ne sont ici qu'indiquées ;
celles du conseil permanent renfermeraient sans doute
tout ce qui est relatif à la population , à la nature du
sol et des climats , aux rapports qu'ils ont entre eux ,
à tous les genres d'industrie et d'améliorations, au
progrès des bonnes méthodes , à la connaissance des
découvertes , à toutes les branches de l'économie
rurale et domestique , et à tous les détails statistiques.
§ IX. — Défrichemens militaires.
Les Sociétés d'agriculture ont proposé souvent au
gouvernement l'établissement de fermes nationales
d' expériences et de fermes départementales qui pus-
sent servir de modèles aux agriculteurs. Les essais que
l'on a tentés ont toujours été encourageans. L'Institut
nomade pourrait créer ces fermes sur les terrains dé-
frichés par les troupes , et une partie de ces domaines
pourrait être donnée aux corps militaires agriculteurs.
De cette manière, la France verrait disparaître les
landes, les friches, les déserts; son produit agricole
serait augmenté d'un cinquième , et le soldat français
trouverait le prix de son courage dans la propriété du
sol qu'il aurait défendu. Cet apperçu est fondé sur la
facilité, la promptitude et l'économie avec lesquelles
des troupes bien commandées peuvent défoncer, dé-
fricher, féconder des champs et faire des mélanges de
terre , ce que les particuliers ne peuvent exécuter qu'à
grands frais. Ainsi les landes de Bordeaux, les friches
de Bretagne, les marais de Sologne, les plaines craieu-
ses de la Champagne, peuvent être rendus à l'agricul-
ture , en très peu de tems , à peu de frais , si des troupes
les labourent, les sèment , les plantent, et si des corps
de cavalerie y campent, en y laissant tous leurs fu-
miers.
2;4 PROJET
Pendant qu'une partie des troupes défricherait une
étendue assez considérable pour former une ferme ,
une autre partie des mêmes troupes pourrait cons-
truire , sous la direction d'un ingénieur civil , et d'une
manière économique (en pisé, par exemple), les bâ-
limens d'exploitation. Cette ferme , munie des instru-
mens aratoires, serait louée par le Gouvernement, au
profit du corps agricole, ou ce corps pourrait choisir
dans son sein un fermier , auquel on ferait les avances
nécessaires. Enfin , on choisirait le parti le plus avan-
tageux pour faire de ces terres défrichées des récom-
0 penses militaires.
M. de Rigny, dans son projet des régimens agricul-
teurs , fait valoir quelques considérations qui s'appli-
quent parfaitement à notre système. « Quand des ca-
pitalistes , dit-il , dans la vue de doubler leurs fonds ,
se sont réunis pour exécuter quelque vaste projet, il
est presque toujours arrivé que leurs agens subalternes
(même ceux de la dernière classe) , ne trouvant qu'un
intérêt faible et précaire au succès de l'entreprise ,
supposant d'ailleurs à leurs riches commettans une
avidité insatiable, qui ajoute au sentiment de leur
propre misère, ont procédé à l'exécution avec tant
«l'indolence que le projet ne pouvait manquer d'é-
chouer. » L'auteur fait sentir ensuite l'avantage d'em-
ployer des soldats pour les grands défrichemens , sur-
tout si l'on choisit dans l'armée ces fils de cultivateurs
qui se sont exercés dès l'enfance à tous les travaux de
la campagne. Voyez ces mêmes hommes retourner
ensuite dans les camps et manœuvrer devant l'ennemi '
« Qu'on juge de la force qu'ils déploieraient dans les
différentes opérations qui leur seraient confiées. Ha-
bitués à vivre au sein de la terre comme dans leur élé-
D'INSTITUT NOMADE. a:5
nient, qui saurait mieux ouvrir une tranchée, com-
bler un fossé , diriger une mine à travers les rochers
les plus durs ? Quelle troupe pourrait se vanter de
manier le sabre ou la hache avec autant de vigueur
que le soldat agricole ? » Quelle est la vie de nos mi-
litaires dans leurs garnisons ? Cette funeste oisiveté ,
dont on connaît les suites , n'ôte-t-elle pas aux âmes
toute leur énergie ? Est-il possible de croire qu'après
avoir passé des années entières dans un état d'inertie ,
exposés à tout ce qui provoque le libertinage et l'in-
tempérance , ils porteront au camp cette ardeur qui a
si souvent décidé de la victoire? Le soldat cultivateur,
au contraire , ne verra dans ses exercices militaires
qu'une sorte de délassemens.
En rendant les corps militaires propriétaires, et les
individus qui les composent agriculteurs , on prendra
le vrai moyen d'améliorer le moral du soldat, et de le
détourner pour toujours de cet esprit de gaspillage et
de destruction auquel il s'abandonne si facilement en
campagne , malgré les ordres du jour, les proclama-
tions et les exécutions prévotales. Le soldat français
est peut - être plus enclin que tout autre à cette
espèce de désordre ; avec des iclees de propriété , il
aura des idées d'ordre et de conservation , et l'on ne
verra plus chez l'ennemi , et souvent chez nous-mêmes
ou chez nos alliés, une escouade de douze hommes
démolir une maison , en brûler les débris pour faire
cuire un boisseau de pommes-de-terre , et disperser ou
détruire, avant de décamper, tout ce qu'elle n'aura
pas pu consommer.
Aussitôt qu'il se pourra , on formera une ferme na-
tionale de cinq cents arpens de terre défrichée.
Arrivée sur le terrain , la troupe agricole commen-
rfi PROJET
cera par y camper ; elle fera un arpentage exact pour
apprécier et répartir le travail par subdivision ou es-
couade. Le terrain serait subdivisé , de manière à pou-
voir planter cent cinquante arpens de bois, dont cent
seraient rais en taillis, et cinquante destinés à croître en
futaie. Dans quelques cantons, cette dernière partie de
bois serait semée d'herbages. Partout , il ne serait mis
en vergers qu'un très-petit nombre d'arpens ; 3oo ar-
pens seraient exploités comme terres labourables , di-
visées par pièces de dix arpens , parfaitement closes et
entourées d'arbres fruitiers. A l'égard des vignobles , la
nature du sol porterait le Conseil à adopter une autre
division ; mais , autant que ce même sol et. le climat
le permettraient , on laisserait toujours subsister le
tiers de la ferme en terres labourables (i).
Une telle ferme pourrait être louée , même au com-
mencement , 5,ooo francs de rente.
En admettant que , dans les terrains les moins in-
grats, le corps d'agriculture établît, par an, cent de
ces nouvelles fermes ( à soixante ouvriers défricheurs,
par chacune d'elles), les travaux d'une année créeraient
un capital de 10 millions et un revenu de 5oo,ooo fr.
Vingt années de ce régime mettraient deux mille fer-
mes en valeur, et un capital de deux cents millions
dans les coffres de la nation ; mais , si l'on calcule main-
tenant le produit de toutes ces fermes, pendant les
vingt années, on verra qu'elles auront, réalisé en reve-
(0 I*es grands tr;iv.ui\ serait nt cw-eu'es par le plus ^r.nul
nombre possible de soldats, pour employer moins de teins,
mais, après avoir défriché!) planté, enclos le terrain de fossés
ou de haies, lait les b&timens d'exploitation et les canaux «Técou-
lement, les troupes n« laisseraient qu'une e-e0uade à résidence
pour les premiers travaux do culture
D'INSTITUT NOMADE.
ai
Ta
nus la somme de quatre-vingt-quinze millions. Quelles
richesses et quels moyens de récompenses !
Dans les seuJs domaines du roi , il y a plus de sept
millions d'arpens qui ne produisent rien , et qui pour-
raient (à 5,ooo fr. la ferme de 5oo arpens), produire
70,000 fr. par an. Il suffit, pour s'en convaincre, de
parcourir seulement les environs de Paris ; on verra
que sur l'Anti près Chanteloup , dans les paroisses de
Vauxréal, Pierrelay, les Champeaux , les Berceaux, au-
dessus de Montmorency, le grand et le petit Val, le
Plessis-Picqoet , les environs du parc de Versailles, de
Marly, de Saint-Germain, et d'Orgeval , on pourrait
établir au moins cinquante nouvelles fermes. Quelle
prodigieuse quantité de denrées de tout genre, enle-
vées jusqu'à ce moment à la subsistance des habitans
de Paris !
RÉSUMÉ.
L'Institut nomade aurait donc trois buts bien dis-
tincts :
i°. Augmentation de richesses territoriales, et moyen
d'améliorer le sort du soldat , en l'occupant pendant
la paix ;
2°. Propagation rapide et sûre des lumières; appli-
cation directe des inventions et découvertes , moyen de
régulariser et d'accélérer l'opération du cadastre , et
d'obtenir Un tableau de statistique générale ;
3°. Instruction propre à former des administrateurs
et des hommes d'Etat. En effet , qu'on réfléchisse un
moment à l'immensité des connaissances acquises par
un élève intelligent qui aura visité toute la France, au
milieu des savans , et sans rencontrer aucun obstacle ;
qui aura vu le peuple industrieux et le peuple agricole ;
qui aura comparé les différens sols, les différentes pitH
a58 PROJET
vinces ; qui aura parcouru et étudié toutes les sources
des richesses naturelles et commerciales ; qui aura
suivi dans toutes ses branches les progrès de la civilisa-
tion, et reconnu ce qui , dans les mœurs , les habitudes
ou les préjugés, s'oppose à la propagation des lumières.
Que peut-on désirer de plus ; et où trouvera-t-on de
bons préfets , de bons chefs d'administration, de bons
ministres , si ce n'est dans l'Institut nomade? Heureux
le père de famille qui pourrait y placer son fils !
Cette esquisse ne peut donner qu'une faible idée de
cette institution, à laquelle se rattacheraient toutes
celles qui ont pour but l'instruction publique. Ce n'est
qu'en réfléchissant long-tems sur les effets qu'elle doit
avoir , sur son influence physique et morale , que l'on
appréciera les avantages immenses qui doivent en ré-
sulter. Il est encore beaucoup de questions à résoudre ,
beaucoup de points à développer , pour compléter l'or-
ganisation de l'Institut nomade ; mais nous n'avons
voulu tracer que l'ensemble ; et si ce premier aperçu
faisait concevoir la possibilité de l'exécution , il serait
facile de remplir le cadre. Le conseil central et perma-
nent tracerait la marche de l'Institut, pour qu'il fît
le moins de chemin possible, inutilement; il réglerait
le mode de voyager et de séjourner, dans l'hiver; il
déciderait le costume, le régime et la discipline des
élèves; il pourvoie rai t an renouvellement des troupes
agricoles, lorsque l'Institut aurait assigné des travaux
au corps militaire qui doit l'accompagner; il présen-
terait au Gouvernement un devis de la dépense né-
cessaire pour fonder cette institution, des honoraires
• les conseillers-professeurs, et des pensions des élèves
boursiers.
La commission permanente de Paris publierait une
D'INSTITUT NOMADE. s:o
relation périodique des opérations de l'Institut nomade,
en prenant soit la forme d'un journal , soit celle d'un
rapport.
Supposons la France en possession de fait, comme
elle l'est de droit , de toutes les libertés que lui assure
la Charte, et des institutions salutaires qui doivent en
découler ; alors, nous dirons aux hommes d'État char-
gés de veiller à ses destinées : Considérez les services im-
portans que les savans qui voyagent, ont rendus depuis
un demi-siècle. Si Pallas , Humboldt, Bonpland ont fait.
Faire tant de progrès aux sciences naturelles, en par-
jurant les pays étrangers; si les membres de l'Institut
l'Egypte près du Nil ; si Andréossi , sur les rives du Bos-
phore, Alexandre La Borde en Espagne , Biot, Gingem-
bre , Huzard fils et Darcet, Charles Dupin et Dutems
en Angleterre , ont recueilli tant de matériaux utiles;
combien d'observations précieuses ne doit-on pas atten-
dre de savans Français , voyageant en France , avec un
but déterminé , ettout l'appuiqueleur donnerait l'auto-
rité? Bientôt, nous aurions un tableau de la France,
considérée géologiquement; bientôt, nous connaîtrions
toutes les variétés de son sol , de son climat et de ses
productions ; les méthodes perfectionnées seraient par-
tout adoptées, les inventions connues et appliquées.
3n verrait disparaître les landes , les friches et les
gruyères; on verrait s'éteindre la mendicité; les pro-
priétaires seraient encouragés à planter et à défri-
jher ; on ne se plaindrait plus de la fainéantise et de
l'oppression des militaires pendant la paix; une ému-
lation fréquemment excitée s'entretiendrait entre les
agricul leurs , les manufacturiers et les autorités
ocales ; les richesses minéralogiqucs seraient véri-
fiées et augmentées ; la navigation intérieure serait
«8o PROJET D'INSTITUT NOMADE,
perfectionnée , et les collections départementales de-
viendraient des monumens ou s'accumuleraient les
preuves de notre industrie et de nos connaissances;
enfin, des communications , des leçons et des corres-
pondances multipliées, donneraient plus d'uniformité
à la langue française, et détruiraient peu à peu les
accens et les différences bizarres de patois ou d'idiomes.
Si Ton considère les grands défrichemens comme des
colonisations; si l'on confie, par exemple, les nou-
velles fermes de la Bretagne à des cultivateurs auver-
gnats, celles des landes de Bordeaux à des Normands,
et celles de la Sologne ou du Berry à des Picards, les
langages s'altéreront en se confondant, et l'instruc-
tion élémentaire trouvera plus de facilité à faire adop-
ter les locutions régulières, la bonne prononciation et
les principes de la grammaire.
Il y a quinze ans que j'ai conçu ce projet. Je ne l'ai
point publié sous l'empire , quoiqu'il me parût conve-
nir au génie eutreprenant de l'homme extraordinaire
qui gouvernait ; mais , parce que je ne voulais pas aug-
menter la force d'un pouvoir absolu. Je le présente
aujourd'hui, parce que nous pouvons jouir, si nous
le voulons, d'une juste mesure de liberté ; parce que
les prétentions féodales et sac -erdotales , quelque au-
dacieuses et entreprenantes qu'elles pu isseal rire, n'ont
pas encore rendu mon plan impraticable , el qu'il peut
atténuer la funeste influence des divers obstacles qui
s'opposent au libre développement de l'industrie et de
la prospérité publique.
C. L. Cadet de Gassicolrt.
28 1
VW«/WWVW»'WVWWWVVV»'WVVWWWWW
NOTICE
Sur V exposition annuelle des produits des manufactures
rojales de porcelaim:s de Sèvres, de tapisseries des
Gobelins et de Beauvais , et de tapis de la Savonnerie.
Cette exposition a eu lieu au Louvre , selon l'usage ,
dans la galerie d'Apollon , depuis le 27 de'ceinbre 1819 ,
jusqu'au 6 janvier 1820. Les produits les plus dignes de
l'intérêt des connaisseurs, sous le rapport des arts du
dessin , et que, par ce motif, j'examinerai plus parti-
culièrement, sont ceux de la manufacture de Sèvres.
Ces produits, de plusieurs natures, peuvent être
classés ainsi qu'il suit : d'abord , des ustensiles de por-
celaine (1), destinés, en apparence, à des usages ordi-
naires et journaliers , mais qui , par l'élégance de leurs
formes et la manière précieuse et riche dont ils sont
ornés , deviennent de véritables objets de luxe et de
curiosité; ensuite, des vases et d'autres ornemens se
rapprochant des productions de la sculpture , tous dé-
corés , avec une grande munificence, de ce que la pein-
ture et la dorure peuvent offrir de plus somptueux ;
enfin, des tableaux sur porcelaine , qui forment une
classe toute particulière et, sans contredit, la plus
importante et la plus curieuse.
(1) On faisait autrefois à Sèvres deux sortes de porcelaine: la
porcelaine dure, et la porcelaine tendre Cette dernière, plus lé-
gère et plus transparente, a été abandonnée, parce qu'elle alté-
rait la santé et abrégeait la vie des ouvriers qui la fabriquaient.
Si Ton s'en rapportait à cette foule d'itinéraires qui se disputent
le droit de conduire les étrangers dans les environs de Paris, on
ferait encore à Sèvres de cette porcelaine tendre, dont la fabri-
cation a cessé depuis plus de dix ans.
rï82 IN0T1CE SUR L'EXPOSITION
Je crois que , relativement à la fabrication , nous
n'avons plus à envier aux peuples de l'Asie , que la lé-
gèreté et la ténuité de leurs ustensiles ; à cet égard ,
nous ne sommes pas encore parvenus à les égaler. Mais ,
sous le rapport de la beauté des formes et de la richesse
des ornemens , surtout , nous les avons surpassés.
Les produits de la manufacture de Sèvres offrent
un exemple frappant, à l'appui de ce que je disais dans
l'introduction du compte rendu de l'exposition des ta-
bleaux (i) : « que les arts industriels sont un miroir
fidèle de l'état des arts du dessin. » On peut voir en-
core, à Sèvres, des objets manufacturés du tems où les
Bouclier, les Vanloo brillaient au premier rang ; qu'on
les compare à ceux que l'on fabrique maintenant!
Ceux-ci ont cette simplicité de formes dont les anciens ,
nos maîtres en tout, ne s'écartaient jamais, et sans
laquelle il ne peut y avoir ni grâce, ni beauté dans
les arts; ceux-là sont tourmentés , contournés, et n'of-
frent aucune trace d'élégance, ni dans la forme, ni
dans les ornemens.
Une chose digne de remarque , c'est que , dans le
même tems ou le mauvais goût le plus décidé dirigeait
la fabrication à Sèvres , les artistes et les ouvriers de
cette manufacture avaient sous les yeux une superbe
collection de vases grecs , nommés étrusques ; mais on
ne les regardait même pas. 11 fallut qu'il survînt une
révolution complète dans 1rs arts du dessin , dont le
premier effet fut le retour à l'étude de V antique et des
monumens de la Grèce et de Rouir , échappés au ra-
vage des tems, pour faire enfin reconnaître qu'on
(i)Voj.T. lV,pag.353.
DES PRODUITS DES MA1NUFACT. ROYALES. 283
avait , sous la main, des modèles parfaits (i). Le direc-
teur actuel de cette manufacture a fait reproduire en
porcelaine plusieurs de ces vases grecs, dont on a fait
des théières, des vases à glaces, des pots à crème, etc. ,
et tout le monde a paru satisfait de cette idée.
On trouve encore , au moins c'est mon opinion , une
trace de ce mauvais goût dans le décor des grands
vases dont les formes sont en général très belles. Quoi !
des cartels , des encadremens sur des formes tour-
nantes! c'est fatiguer l'œil à plaisir. Les fonds de ciels,
les paysages font tache sur ces vases ; les encadremens
en altèrent la forme ; enfin , il est impossible de voir
les figures peintes dont i!s sont ornés. Si je considère
un vase de dix-huit pouces de diamètre, ce qui est
déjà une dimension exL ordinaire , la plus grande
partie de la surface que je puisse envisager, ne va pas
au-delà de u. . ' pouces. Alors l'ensemble du sujet re-
présenté, ou rnên. d'une seule figure , m'échappe ; je
n'en puis voir toutes les parties, que successivement,
en tournant la tête tantôt à droite , tantôt à gauche ;
et la difficulté de voir se trouve encore augmentée par
la manière dont le jour glisse sur une surface vernie et
polie, comme est celle de la porcelaine, ce qui fait
disparaître entièrement les plans fuyans.
M. Leguay, qui a peint un vase, forme Médicis,
d'une proportion inférieure à celle que je viens d'indi-
quer, a imaginé de représenter les hommages que les
differens états de la société rendent à la vertu. Ou voit ,
(i) C'est un fait qui devra trouver sa place dans l'histoire gé-
nérale de l'art. C'est ainsi, qu'au moyen .1^e, Les écrivains élég&ns
de l'antiquité étaient délaissés et remplacés par des auteurs dont
le nom seul est maintenant à peine connu.
•284 NOTICE SUR L'EXPOSITION
tout de suite, que le peintre a cherché un sujet où cha- •
que figure pût être considérée isolément ; mais cette
nécessité même laisse fort peu de champ à l'imagina-
tion ; et si cette composition s'adapte bien à l'objet
auquel elle était destinée , elle ne satisfait pas le goût
sous les rapports les plus importans. Je crois que les
objets de cette nature ne comportent , comme orne-
mens de peinture , qu'une ou deux figures , selon la
dimension du vase , sveltes et appliquées sur le fond
même ; conséquemment , point de ciels , ni âe paysages ;
et ce que l'on pourrait faire de mieux, peut-êlre, serait
de se borner à les enrichir d'ornemens. ,1e sais que les
anciens ont peint des figures isolées , et même des
sujets , sur des vases ; mais ce n'étaient que des indi-
cations appliquées sur une surface mate, se détachant
presque toujours sur un fond plus vigoureux , et dans
lesquelles on ne cherchait pas à imiter la nature d'une
manière complète.
Je passe maintenant aux tableaux sur porcelaine
exécutés par Mmc Jaquotot et MM. Georget et Cons-
tantin.
Ici le manufacturier disparaît, pour ainsi dire, et
l'on ne voit plus que le peintre. Cependant , le rôle du
manufacturier est encore fort important C'est de lui
que l'artiste reçoit la plaque de porcelaine sur laquelle
il a peint son tableau , et les couleurs qu'il a em-
ployées; et c'est lui qui est eharg<; de soumettre au
l'eu ses productions. Ces trois conditions n'ont pas en-
core atteint toute la perfection nécessaire. La cuisson
•urtout, la plus importante de toutes, puisqu'elle peut
détruire en un instant le fruit d'un long travail , n'est
pas encore mesurée avec la précision désirable. La py-
rotechnie devra beaucoup augmenter la certitude de
DES PRODUITS DES MANUFACT. ROYALES. 285
ses procédés , avant que les peintres sur porcelaine soient
sans inquiétude , lorsqu'on livre leurs ouvrages à Fac-
tion dévorante du feu.
Mme Jaquotot ; dont la supériorité dans ce genre est
reconnue par tous ceux qui font autorité , a exposé
une copie du tableau , connue sous le nom de Portrait
du Titien et de sa maîtresse , par le Titien. Les gens
instruits savent maintenant que ce tableau , dont il
existe deux répétitions , avec des variétés plus ou moins
notables, indiquées dans une notice que M. Ticozzi a
publiée à Venise , en 1816 , représente réellement
Alphonse Ier, duc de Ferrare , et Laura Bianti.
Mme Jaquotot a exécuté cette copie avec un talent
digne des plus grands éloges. Il me paraît impos-
sible qu'elle se surpasse elle-même, à l'avenir; cepen-
dant, comme avec elle, il est dangereux de dire: nec
plus ultra, je me bornerai à rapporter que tous les
connaisseurs ont témoigné une grande admiration à
la vue de ce nouvel ouvrage. La poitrine est modelée
avec une finesse remarquable ; les parties de la tête qui
reçoivent la lumière , et celles qui sont dans la demi-
teinte, sont liées avec beaucoup d'art ; lestons de chair
sont d'une vérité et d'un éclat qu'il semblait impossible
d'atteindre; enfin, les accessoires sont peints avec une
grande habileté. L'ensemble de cet ouvrage est tel
qu'on peut affirmer qu'il reproduit, tout à la fois, la
couleur et le dessin du maître, et qu'il peut, à beau-
coup d'égards, remplacer l'original. Voici donc encore
un des plus beaux tableaux de l'école d'Italie, déjà
bien altéré par l'effet du tems , et couvert de repeints ,
que Mmc Jaquotot a soustrait à une destruction totale
plus ou moins éloignée.
Les amis des Arts n'ont point oublié la vive sensation
TOME \ T. '10
286 NOTICE SUR L EXPOSITION
qu'ils éprouvèrent, à la vue du tableau de M. Gros,
représentant François Ier et Charles - Quint visitant
l'église de Saint- Denis. M. Georget s'est chargé de
le copier sur porcelaine , et il s'en est acquitté avec
habileté.
C'était une entreprise qui offrait plusi°urs sortes de
difficultés. D'abord , il fallait, s:>us le rapport de la
couleur, se tenir le plus près po ; ble de l'original.
Ensuite, c'était la première fois que l'on tentait de
reproduire sur porcelaine, et dans une certaine di-
mension, un tableau contenant un grand nombre de
figures sur des plans très différens. Si toutes ces diffi-
cultés n'ont pas été entièrement vaincues , au moins
M. Georget s'est assez approché du but pour donner
une heureuse opinion de sou talent; toutefois , je vais
lui faire quelques observations que je crois fondées,
et qui prouveront le soin que j'ai mis à examiner son
travail.
Je trouve que la télé de François 1er n'a pas toute
la finesse qu'a su lui donner M. Gros ; celle de Charles-
Quint est plus près de l'original. Les figures placées
dans les tribunes viennent trop en avant ; plusieurs au-
tres offrent de la crudité de tons. Le personnage qui a
déjà descendu quelques marches de l'escalier qui con-
duit aux caveaux , est d'une couleur lourde et fausse.
A ces remarques , qui ne sont pas sans importance , j'en
ajouterai quelques autres d'un ordre inférieur. 11 m'a
paru que la fumée qui sort de l'encensoir manquait
de légèreté et de vérité ; les vétemens de soie blanche
laissent aussi quelque chose à désirer ; et, cependant ,
cette copie , dans son ensemble , rend assez bien l'effet
général du tableau ; elle a de l'aspect, et c'est avoir
beaucoup fait.
DES PRODUITS DES MANUFACT. ROYALES. 287
Lorsqu'en rendant compte de la dernière exposition
de tableaux , je conseillais à M. Constantin de copier
les coloristes (1) , je ne m'attendais pas que mon vœu
serait aussi prompternent réalisé. Ce peintre a repro-
duit un tableau du Corrège , nommé le Mariage de
mainte Catherine.
Je ne puis m'empêcher de dire qu'il n'a pas vu son
original avec enthousiasme , et que même il a exagéré
dans sa copie l'aspect jaunâtre qui , dans cet original ,
est un outrage du tems. J'avais déjà remarqué, par-
ticulièrement à la dernière exposition, la tendance de
ce j>eintre à donner à ses tableaux la couleur que je
viens de lui reprocher ; et cette copie du Corrège m'a
convaincu que c'est un système qu'il a adopté , puis-
que là, où, dans le tableau du Corrège, il y avait
des tons gris , j'ai trouvé dans sa copie des tons jau-
nâtres. Je dois reconnaître néanmoins que M. Cons-
tantin a su trouver de grandes ressources dans les
couleurs de la porcelaine , et qu'il a beaucoup d'exé-
cution.
Parmi les autres productions de la manufacture de
Sèvres , j'ai remarqué une fort belle console , soutenue
par des balustres peints en bleu lapis et surmontés
d'une frise ornée de peintures et d'attributs. Ce meuble,
d'une grande magnificence, n'offrait de prise à la cri-
tique que dans la saillie , trop petite , du marbre ser-
vant de corniche , qui le recouvrait. Une table , d'une
très grande dimension (2) , dont le tableau recouvert
d'une glace était orné de peintures représentant des
(1) Voy. T. V,pag. 277.
(2) Le plateau de cette table, d'un seul morceau, a 1 mètre
8 centimètres de diamètre.
20*
>bS îNOTiCK 8UK L EXPOSITION
vues des salles des Antiques, où l'on a introduit des
personnages vivans, a paru fixer aussi l'attention du
public.
Si j'osais , je dirais encore que c'est un mauvais em-
ploi de peinture. Que faire d'une table couverte de pein-
tures précieuses, mais que l'on ne peut voir qu'à travers
une glace? Ce ne peut être qu'un objet de curiosité;
dans ce cas, j'aimerais mieux que le talent qui a été
employé à peindre cette table, l'eût été à faire des
tableaux, qu'on pourrait au moins voir à son aise.
Il me reste à parler des ouvrages de haute-lice , au
premier rang desquels il faut incontestablement placer
les tapisseries des Gobelins.
Ce genre de décor, qui a été long-terns fort en hon-
neur dans les pays septentrionaux, et qui tenait lieu
des peintures à fresque de l'Italie, a été remplacé par
des tentures, moins riclies à la vérité, mais peut-être
plus agréables , et à coup sûr moins ci.ires. Cepen-
dant, il faut avouer que. dans nos climats froids,
c'était un fort bon usage que de couvrir les murs d'é-
toffes de laine , dont quelques-unes étaient richement,
travaillées ; mais, la mode, devant laquelle toutes les
considérations disparaissent , les a rejetées de l'usage
ordinaire. Toutefois les tapisseries des Gobelins font
exception ; et , dans l'état de perfection où elles sont
récemment parvenues, elles forment un des plus beaux
ameublemens que l'on puisse employer pour les palais
royaux.
Considérées sous le rapport de l'ail , 0t <• ans le but
,«\owé d'imiter les effets de la peinture à l'huile, elles
donnent lieu à une controverse assez vive. Les uns di-
>t'tii qu'indépendamment de> a\ Mfiftgi • '{u'elles offrent
Comme tenture, elles peuvent, dans l'état de perfec-
DES PRODUITS DES MAMJFACT. ROYALES. agg
tion où elles sont arrivées, tenir lieu de tableaux. Ils
ajoutent même que les objets représentés par la tapis-
serie peuvent être vus de toutes les parties de la salle
où ils sont exposés, tandis que la surface lisse et vernie
des tableaux à l'huile exige que l'on se mette exacte-
ment au point de vue.
D'autres , sans nier ces avantages , objectent que l'on
arriverait plus constamment à un résultat qui ne lais-
serait rien à désirer , si , au lieu de chercher à imiter
la nature d'une manière complète, on se bornait à in-
diquer la forme.
Je me range à cette dernière opinion que j'essaierai
de justifier, en rappelant, d'abord, que les Italiens ont
fait aussi, du tems de Raphaël et sur les dessins de ce
maître (i) , des tapisseries très précieuses que l'on con-
serve encore au Vatican , et que l'on ne montre au pu-
blic qu'une fois l'an ; mais ils n'ont employé que le
nombre de couleurs nécessaire pour donner du relief
aux figures, et ils n'ont pas essayé de faire illusion
sous le rapport de la couleur.
Les deux principaux objets exposés cette année me
fourniront le second exemple. C'étaient la copie du
P/erre/deM.5VeM£e/2,etcelleduportraitdeS. A. R. Mon-
sieur , par Gérard. Ce dernier ouvrage était peu satis-
faisant, tandis que la copiedu tableau de M. Steuben ren-
dait avec assez de vérité l'effet général de ce tableau.
Cette différence de résultats n'est pas difficile à expli-
quer. Dans le premier de ces deux ouvrages, la tapis-
serie avait à reproduire des couleurs vives, tranchées,
et c'est là où elle excelle. Dans le second, il fallait
\) C'est ce que l'on nomme les Carions Je Raphaël.
3go NOTICE SUR L'EXPOSITION, etc.
qu'elle imitât des tons de chair fins , délicats, habile-
ment fondus , et elle a échoué , parce qu'il est impos-
sible de fournir à un ouvrier en tapisserie toutes les
nuances qu'un peintre , comme M. Gérard , sait trouver
sur sa palette.
J'ai peu de chose à dire , sous le rapport de l'art , des
tapis de la Savonnerie ; je me bornerai à remarquer
que les couleurs employées dans les ornemens man-
quaient de vivacité et d'harmonie , quoique le dessin
en fût assez élégant. A la vérité, on disait que les
principaux ouvrages de cette manufacture avaient été
mis en place avant l'époque de l'exposition. Quant
aux tapisseries de Beauvais , elles offraient un éclat
de couleurs très surprenant. J'ai distingué, entre au-
tres, une portière sur laquelle il y avait des ornemens
dont la disposition pourrait peut-être donner lieu à
quelque critique , mais dont l'exécution est certaine-
ment ce que j'ai vu de plus remarquable dans ce genre.
Les fleurs étaient modelées avec autant de finesse, de
fermeté et de précision, que si elles avaient été faites à
l'huile par un pinceau très habile.
P. A.
* WVWVW i\n VVVVVVVVVVVV\A.VV\A^\A,VVV\\VVVVVVVVV\/VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVV
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
Essai philosophique sur les Phénomènes de la.
vie, par sir Th. Ch. Morgan, membre de la
Société royale de Médecine de Londres ,• traduit
de T anglais sous les yeux de V auteur 9 avec des
corrections et des additions (ij.
Les corps organisés et vivans forment la plus belle
moitié de notre univers; et par suite, la physiologie,
qui traite des phénomènes de ces corps , doit occuper
un des premiers rangs parmi les sciences naturelles.
Long-tems cette science fut dédaignée des gens du
inonde; et tandis que la physique , par exemple, cette
étude des phénomènes les plus généraux de notre globe ,
attire , depuis plus d'un siècle , leur curiosité , et éveille
leur imagination, il n'y a qu'un petit nombre d'an-
nées qu'ils connaissent seulement de nom la physiolo-
gie ou la science des corps vivans.
Quel intérêt puissant est néanmoins attaché à l'étude
de cette science! Les phénomènes des corps vivans ne
sont pas moins merveilleux que ceux qui se mani-
festent entre les élémens généraux de notre globe , et
qui règlent les rapports des substances minérales entre
elles. Plusieurs même sont encore plus étonnans; tous
les phénomènes de la sensibilité, par exemple, qui,
sans contredit, sont les plus incompréhensibles et les
(i) Paris, 1819; 1 vol. in-8° de 4;5 Pag- Chez P. Dufart , li-
braire , quai Voltaire, n° 19.
^ SCIENCES PHYSIQUES.
plus admirables. Tous sont d'ailleurs très rapprochés
de nous , puisqu'ils se produisent en nous-mêmes ; et à
ce dernier titre, la physiologie est véritablement la
seule science capable de nous faire pénétrer le mystère
de notre existence. Elle seule , éclaircissant notre na-
ture, peut donner des bases solides à ce qu'on appelle
Vhygïene , ou l'art de conserver la santé, soit appliqué
à l'individu isolé et dans sa vie privée, soit appliqué
aux hommes réunis en société , et formant des corps
de nation. Elle seule , étudiant dans toute leur profon-
deur, et avec une attention soutenue, les facultés de
notre esprit et de notre cœur, peut fonder Yidrologie,
ou la science de l'entendement humain , et poser les
règles de la morale, ou de nos rapports sociaux avec
les autres hommes. A l'aide de son flambeau , l'homme
s'affranchit de mille superstitions civiles , politiques et
religieuses, qui toutes sont plus ou moins déshono-
rantes, et versent sur sa vie de nombreuses douleurs.
Par elle, enfin , il peut parvenir , sinon à se traiter lui-
nieuie dans ses diverses maladies , au moins à se garan-
tir des dangereux charlatans que ses infirmités ras-
semblent en foule autour de lui , et à bien juger
l'influence d'un art qui , pour être souvent impuissant .
et presque toujours d'une application di/ïicile, n'en
est pas moins réel et d'une utilité incontestable.
Combien n'est-il donc pas h désirer que la science
de la physiologie, qui est, à proprement pnrler, la
science de l'homme lui-même, devienne de plus en
plus générale, et que ie goùl s'en répande dans toutes
les classes de la société, comme s'est déjà répandu
celui de toutes les antres icicucci naturelles. C'est ce
but ({ne s'est proposé sir Morgan, par la composition
de l'ouvrage dont, nous allons occuper nos lecteurs; et
SCIENCES PJfïSIQUES. a93
nous pouvons dire , par avance, que, si cet ouvrage ne
suffit pas pour leur donner une connaissance entière
de la 9cience qu'on veut leur faire étudier, au moins
il est bien propre à leur en faire comprendre toute l'é-
tendue, et à la leur faire aimer.
Ce qu'il fallait d'abord, c'était, sans contredit, de
bien caractériser l'être vivant , et d'indiquer ses diffé-
rences d'avec les autres corps. C'était là , en effet , isoler
de tout autre le corps dont on se propose de faire l'his-
toire, et bien spécifier son sujet. Aussi est-ce par-là
qu'a commencé sir Morgan, dans le premier chapitre
de son ouvrage , intitulé du Caractère et des Causes de
la Combinaison organique. Dans tout corps naturel ,
quel qu'il soit, il y a deux choses , et deux choses seu-
lement à étudier : la structure du corps , et les actions
par lesquelles il se conserve et tient sa place dans
l'univers. Sous l'un et l'autre point de vue , l'être vi-
vant est entièrement différent du corps inorganique.
Ainsi, sous le rapport de la structure d'abord , le corps
inorganique n'a rien de constant dans sa forme ni
dans son volume; les élémens qui le constituent sont
unis entre eux par les lois chimiques ordinaires: il esl
toujours tout solide, ou tout liquide, ou tout gaz;
mais, il n'offre jamais une réunion de parties solides et
de parties fluides ; il peut passer impunément d'un de
ces états à l'autre, sans cesser d'être; il est enfin homo-
gène dans sa composition ; c'est-à-dire , que , dans tous
les points de sa masse, il est composé de parties qui
sont toujours les mêmes, qui ont toujours les mêmes
propriétés phvsiques , la même nature chimique, et
qui remplissent partout les mêmes usages. Les corps
vivans, au contraire, ont chacun leur forme et leur
volume déterminé* et cousions; 1rs élément qui 1rs
ag SCIENCES PHYSIQUES.
forment , sont associés entre eux dans des combinaisons»
contraires aux lois chimiques ordinaires , et que la vie
seule peut fonder et entretenir ; toujours , il y a en eux
réunion de parties solides et de parties fluides , des
humeurs contenues dans des vaisseaux ou un tissu
spongieux; leur masse enfin, loin d'être homogène ,
présente un concours de parties différentes entre elles ,
de forme , de structure et surtout d'usages ; c'est-à-dire,
qui remplissent chacune, dans l'économie de l'être,
un o/nce différent, et qu'on appelle des organes. La
structure des corps vivans est, en un mot, ce qu'on
appelle u:!e organisation; c'est-à-dire, une réunion de
parties différentes appelées organes, exécutant, cha-
cune dans l'économie de l'être, une action diverse,
mais concourant toutes néanmoins, par leur ensemble,
à fonder son individualité.
Sous le rapport des actions , les différences sont en-
core plus frappantes. Par exemple, le minéral est pro-
duit par une cause mécanique qui le détache de la
masse d'un autre minéral dont il faisait partie , ou par
une cause chimique qui détermine l'union des molé-
cules qui le constituent. Une fois formé, il lui suflit,
pour se conserver, de la persistance des conditions ex-
térieures qui l'ont fait naître; et, capable d'une durc'e
indéfinie , il ne sera détruit que par l'application
de forces extérieures à lui. Pendant tout le tems que
se prolongera son existence , il ne sera susceptible d'é-
prouver de changemens que dans sa forme , son vo-
lume et sa masse. Sa fin sera le produit des mêmes
forces physiques et chimiques auxquelles il a dû son
origine. Enfin, il ne pourra donner l'être à un autre
minéral, qu'en cessant lui-même d'exister. Le corps
vivant, au contraire, a pour origine une génération ;
SCIENCES PHYSIQUES. a95
c'est-à-dire, qu'il provient toujours d'une molécule qui
a été portée par un individu semblable à lui , et qui ,
après une suite de développemens déterminés , l'a
formé. Sa conservation est le fruit de son activité pro-
pre; elle fonde ce qu'on appelle une nutrition, et consiste
en un mécanisme dans lequel l'être , d'un côté , prend
sans cesse au dehors de lui de nouveaux matériaux
pour recomposer ses organes , et de l'autre , rejette en
égale proportion quelques-uns des matériaux qui les
formaient préalablement , et devient ainsi un foyer où
entre et d'où sort continuellement de la matière. Pen-
dant la durée de son existence , il présente des muta-
tions constantes et déterminées , qui sont ce qu'on
appelle ses âges. Sa durée est limitée, et, dans chaque
espèce, proportionnée à la solidité du mécanisme in-
térieur nutritif qui le conserve. Sa fin , qui n'est pas
plus que son origine le produit des forces extérieures
générales , constitue ce qu'on appelle une mort. Le
corps organisé enfin jouit de la faculté de se reproduire ;
c'est-à-dire , du pouvoir de donner l'existence à un
autre individu , sans cesser d'être lui-même. En un
mot, son mode d'activité est ce qu'on appelle un&vie ;
c'est-à-dire , une existence caractérisée surtout par les
deux facultés de nutrition et de reproduction , au
moyen desquelles se conservent , et l'individu , et
l'espèce.
Tels sont, en effet, les caractères constitutifs de l'être
vivant ; et il était d'autant plus important de les expo-
ser d'abord , que c'était spécifier de suite ce qu'on
appelle les phénomènes de la vie , par conséquent les
phénomènes dont on se propose de faire l'histoire par-
ticulière. C'était réellement fixer d'avance la distribu-
tion de tout son travail. On voit, en effet, qu'il s'agit
296 SC1EISCES PHYSIQUES,
maintenant d'étudier avec détail, d'abord, Yorgani-
sation ou la structure du corps vivant ; ensuite, la vie
ou le mécanisme intérieur par lequel il se conserve ,
comme individu par la nutrition, et comme espèce par*
la reproduction.
C'est aussi la marche que suit^SVr Morgan. Le second
chapitre de son ouvrage traite de Yorganisation , mode
de structure caractérisé surtout en ce (ju'il y ■ réunion
de parties solides et de parties fluides, et concours
à'organes ; c'est-à-dire , de parties différentes de forme
et affectées chacune à des usages spéciaux. Toute or-
ganisation peut être réduite, par la pensée, à deux
systèmes vasculaires : l'un ouvert à l'extérieur de l'être .
y puisant les matériaux réparateurs et les condui-
sant dans l'intérieur du corps; l'autre, ouvert au de-
dans du corps dans toutes les parties , y reprenant les
matériaux usés et les rejetant au dehors. Mais les êtres
vivans sont très divers entre eux ; et le mécanisme
de la nutrition et de la reproduction étant plus ou
moins compliqué dans les uns et les autres , il doit en
être nécessairement de même de l'organisation , du
nombre et du caractère des organes qui forment le
corps. C'est ce qui est eu effet : d'abord , les corps vi-
vans se partagent en deux grandes classe^, les végétaux
et les animaux , et de-là déjà deux grands types d'orga-
nisation , la végétale et V animale ; ensuite, chacune
de ces deux organisations est elle-même plus ou moins
complexe.
Il en est de meme de la vie. Il faut déjà distinguer
la vie végétale et la vie animale . ei voici ce qui les
différencie. Dans le végétal , tous les actes par le con-
cours desquels s'effectuent la nutrition et la reprodue-
tion , cjuelijue nombreux (jii'ils .«-oient , offrent Ion-
SCIENCES PHYSIQUES. 297
cette particularité, qu'ils se produisent irrésistiblement
dans l'individu, sans qu'il en ait la conscience et qu'il
puisse influer sur eux par sa volonté. Au contraire ,
dans l'animal , plusieurs de ces actes , tous ceux qui
commencent la nutrition et la reproduction, qui con-
sistent , par exemple , dans la préhension des maté-
riaux réparateurs , sont laissés à la volonté et à la j>er-
ception de l'individu , qui ainsi se sent vivre et qui est
constitué jusqu'à un certain point l'arbitre de sa vie.
L'animal , en un mot , a , de plus que le végétal , la
sensibilité ; c'est-à-dire, la faculté de percevoir des
impressions , phénomène vital sans contredit le plus
élevé de tous , et certainement le plus surprenant de
tous les phénomènes de la nature.
La faculté de nutrition , celle de reproduction , et
la faculté de sensibilité , tels sont donc les principaux
phénomènes de la vie ; ou du moins tous les phéno-
mènes , quels qu'ils soient, qui se produisent dans un
être vivant, peuvent être ramenés à l'un ou à l'autre
de ces trois grands résultats. Mais , chacun d'eux, dans
les divers animaux , comprend un nombre d'actes ou
de fonctions plus ou moins grand ; et, pour descendre
par degrés des généralités aux faits particuliers , il
restait à l'auteur à indiquer les différences que présen-
tent les animaux sous ce triple rapport. C'est ce qu'il
fait dans le troisième chapitre de son ouvrage , intitulé :
De la combinaison des organes et des fonctions.
Ainsi, sous le rapport de la nutrition, il faut sa-
voir que toute nutrition comporte, nécessairement, que
quelques matériaux soient pris par l'être vivant dans
les corps extérieurs à lui ; que, parmi ces matériaux,
doit être nécessairement de l'air, ou au moins un et
ses principe* , l'oxygène ; que ce- matériau* ne sont
298 SCIENCES PHYSIQUES.
pas appliqués à l'être vivant sous leur forme propre ,
mais sont d'abord élaborés par lui ; et que ce n'est
qu'après toutes ces opérations qu'ils sont assimilés aux
organes , en même tems que ceux-ci sont dépouillés
de quelques-uns des matériaux qui les composaient
préalablement. Or , il y a quelques êtres organisés dans
lesquels ces actions diverses, toute cette série de phé-
nomènes, semblent s'effectuer en même tems et au même
lieu, et être confondues ensemble; tandis qu'il en est
d'autres dans lesquels ces actions sont produites par
des organes différens, en des tems différens , s'enchaî-
nent et se succèdent entre elles, de manière à ce qu'on en
fasse autant de fonctions séparées dont la nutrition sera
le résultat.
Par exemple , dans les derniers animaux, les plus
simples de tous , la nutrition ne résulte que du con-
cours de deux fonctions , une absorption et une exha-
lation ou transpiration. Par la surface externe du corps
sont, en effet, absorbés l'air et les divers élémens nutri-
tifs qui peuvent être en suspension dans son sein ; en
même tems que ces matériaux sont ainsi absorbés ,
ils reçoivent la forme nouvelle sous laquelle ils
sont propres à être assimilés à l'être; et comme celui-
ci a peu de volume, la matière , ainsi absorbée et éla-
borée , est de suite appliquée aux organes et assimilée
à leur substance. La part qu'a l'air à la nutrition, et
que nous verrons cl i e ailleurs isolée sous le nom de
respiration; l'action par laquelle le fluide nutritif , qui
résulte de l'absorption , est porte aux organes où il doit
être mis en œuvre , et qui est aussi ailleurs isolée, sous
le nom de circulation; tout cela est ici confondu en
une seule action , V absorption. En même tems , une
exhalation effectuée aussi par la surface externe de
SCIENCES PHYSIQUES. 299
l'être, le débarrasse d'une quantité de matière égale à
celle qu'il a acquise.
Mais déjà, en beaucoup d'animaux, l'élément am-
biant dans lequel l'être vit , ne contient plus , ainsi
tout disposés à être absorbés , les matériaux nutritifs ;
il faut que ce soit l'animal lui-même qui leur imprime
cette disposition, et cela en les introduisant dans une
cavité qu'il a au-dedans de lui, où ils sont élaborés,
et où dès-lors l'absorption va les saisir. Alors, évidem-
ment, la nutrition exige pour se faire une fonction de
plus , qu'on appelle la digestion. Cette digestion n'est
en effet qu'une fonction préparatoire de la nutrition ,
une action qui donne à la matière nutritive la forme
sous laquelle l'absorption peut la saisir.
Or, quand il existe une digestion , comme c'est alors
dans une cavité intérieure que se fait l'absorption de
la matière nutritive, on conçoit qu'il n'est plus aussi
possible que soit absorbé, en même tems, l'air néces-
saire à toute vie. Cette impossibilité devient surtout
complète, lorsque l'animal a un peu de volume. Alors
l'absorption de l'air devient une fonction séparée de
celle des autres élémens nutritifs , et elle fonde ce
qu'on appelle une respiration.
Enfin, lorsque dans le mécanisme de la nutrition
d'un animal , il y a concours d'une digestion et d'une
respiration , comme le fluide que l'absorption a re-
cueilli dans la cavité digestive n'est apte à nourrir
les organes qu'après qu'il a été modifié par le contact
de l'air , il en résulte que le plus souvent il faut que
ce fluide aille se soumettre au contact de cet air dans
l'organe de la respiration , pour être porté ensuite aux
parties qu'il doit nourrir. Pour cet effet , ce fluide est
reçu dans une suite de vaisseaux qui le portent d'abord
3oo SCIENCES PHYSIQUES,
de la cavité digestive à l'organe de la respiration , et
ensuite de cet organe de la respiration à toutes les
parties qu'il doit nourrir : or , c'est là ce qu'on appelle
la circulation.
Ainsi , la nutrition comprend dans sa généralité deux
ou cinq fonctions , savoir : i° digestion , qui consiste
dans la préhension des alimens, et leur élabora-
tion dans une cavité intérieure ; i° absorption , qui
agissant sur ces alimens élaborés dans la cavité diges-
tive , digérés , en retire un suc , un fluide propre à
nourrir les organes; 3° respiration, qui saisit l'air utile
à la vie , l'applique au fluide dérivé de la digestion et
de l'absorption , pour rendre ce fluide propre à entre-
tenir la vie et nourrir les organes ; 4° circulation , qui
n'est qu'une action mécanique de transport , par la-
quelle le fluide destiné à nourrir les organes est con-
duit, d'abord de l'appareil digestif où il est absorbé à
l'appareil de la respiration où son élaboration s'achève
par le contact de l'air ; et ensuite, de cet organe de
la respiration à toutes les parties du corps où il doit
être rais en œuvre ; 5° enfin, transpiration , ou exha-
lation cutanée , par laquelle une partie de la matière
qui composait préalablement l'être, est rejetée. Souvent
aussi, cette action de décomposition est multiple; et
au lieu d'une seule transpiration, il y a plusieurs ex-
crétions ; celle de l'urine , par exemple. Comme dans
la conservation matérielle du corps , est aussi com-
prise l'idée de l'entretien de sa température ; sou-
vent aussi on fait de ce résultat une fonction à part ,
sous le nom de calorification.
Mais , non-seulement le mécanisme de la nutrition
varie par le nombre de fonctions qu'il exige , il
diffère eneore par le degré de complication de eha-
SC1ENGES PHYSIQUES. 3oi
cune d'elles. L'appareil digestif, par exemple , offre
mille différences déstructure, selon le genre d'alimens
dont il doit effectuer l'élaboration. L'absorption est
réduite à la préhension des produits digestifs, ou de
plus s'exerce sur d'autres sucs provenant de l'économie
elle-même. La respiration saisit l'air eu nature, ou
l'air mêlé à l'eau, et elle est effectuée avec des pou-
mons ou des branchies. La circulation s'accomplit ,
ou avec des vaisseaux seuls , ou avec le concours réuni
de vaisseaux et de cœurs : elle est simple ou double,
selon que les fluides des absorptions ne vont pas ou
vont, au contraire , à chaque cercle circulatoire passer
en entier par l'organe de la respiration. Enfin , les
excrétions sont bornées à une transpiration effectuée
par la surface externe du corps , ou sont multiples ,
et comprennent la fonction de la dépuration urinaire.
L'espace nous manque pour donner à ce tableau tout
le développement qui serait nécessaire.
Voilà pour la nutrition. Le mécanisme de la repro-
duction n'est pas moins variable. Dans les cas les plus
simples, la reproduction est, comme on dit, \fissipare
ou gemmipare ; c'est-à-dire qu'à une époque déter-
minée de sa vie, l'être vivant se partage eu plusieurs
fragmens qui forment autant d'individus nouveaux, ou
détache des bourgeons qui deviennent de nouveaux
êtres. Plus haut, cette reproductionexige le concours de
sexes y mais qui, tantôt sont réunis sur un même indi-
vidu , qui est ou n'est pas hermaphrodite , cl tantôl sont
portés chacun par vn individu , ce cjuî partage alors
l'espèce vivante en deux individus séparé», le mâle et
la femelle. Dans ce dernier cas, tantôt le germe fourni
par l'organe sexuel femelle est vivifié par le principe
fécondant du sexe mâle , lorsqu'il est déjà sorti du
TOME VI. 21
3oa SCIENCES PHYSIQUES,
sein de la femelle; tantôt c'est le contraire , et il y a
alors ce qu'on appelle une copulation , un accoiij)lc-
tnenl. Enfin, tantôt le germe féconde porte en lui-
même tousses élémens de subsistance jusqu'à son éclo-
sion , et se détache de sa mère sous forme d'ccuf,
comme dans tous les ovipares : tantôt , ce germe n'a
pas en lui tous ses élémens de subsistance et de dé-
veloppement; il doit les puiserdans le sein de sa mère,
auquel il adhère pour cela par de véritables racines ;
et même, après son éclosion, qui se fait au-dednns de
sa mère, il doit encore recevoir d'elle pendant quel-
que tems sa nourriture , comme cela est dans les
\ivipares.
Enfin , les animaux ne diffèrent pas moins par leur
sensibilité et sous le rapport de leurs fonctions de
relation , que par leurs fonctions organiques : de-
puis celui chez lequel l'existence de la sensibilité
est douteuse ou bornée seulement à un tact faible
et à un goût obtus, jusqu'à l'homme qui, par ses
cinq sens, apprécie les diverses qualités de l'univers ,
qui , par son intelligence, petit ajouter au monde
réel un monde imaginaire, dont les nombreuses fa-
cultés affectives sont la source de mille jouissances
comme de mille douleurs, et qui a enfin des phéno-
mène! expressifs en rapport par leur nombre et leur
richesse avec le nombre des sensations qu'ils ont à faire
connaître ; il y a mille intermédiaires tenant au de-
gré de développement de la partie du corps qui est
l'instrument de la sensibilité*, c'est-à-dire, le système
nerveux. Nous n'avons pas besoin de dire, en effet ,
que l'organisation a Varié dans le même rapport que
les fonctions; et que, selon que la vie A\w\ animal
a embrassé une digestion, une respiration, une
SCIENCES PHYSIQUES. 3o3
circulation, des sexes séparés, des sens nombreux, un
moral et un intellect étendu , il y a eu dans la struc-
ture de cet animal des organes digestifs, respiratoires ,
circulatoires, sexuels, sensoriaux, un cerveau, un
système nerveux plus ou moins composé, etc.
Toutefois, par cette analyse trop rapide, sans
doute, mais que nous ne pouvions cependant étendre
davantage , on voit comment notre auteur a pu spé-
cifier tous les phénomènes de la vie sans exception ,
et en indiquer le caractère. C'était, en quelque sorte ,
avoir de suite achevé la tâche qu'il avait en vue. Ce-
pendant, ce que nous venons de présenter ne forme
que la moitié de son ouvrage; et il reste encore trois
chapitres dont nous devons entretenir nos lecteurs.
L'un, intitulé des Lois de U action vitale , est destiné
à faire apprécier , autant que possible , comment
se produit chacun des divers phénomènes qu'on vient
de faire connaître d'une manière générale. Tous ont
exigé le jeu d'un organe, l'action d'une i]es parties
constituantes de l'être vivant ; chaque organe n'a agi
que lorsqu'il y a été provoqué par le contact, la pré-
sence d'un stimulus quelconque; chacun de ces organes
est construit de manière à n'entrer en jeu que sous
l'influence de ses stimulus propres; et enfin, dans son
jeu, rien ne peut être ramené aux forces physiques et
chimiques générales , et tout au contraire fonde une
exception aux lois universelles; exception qu'on est
convenu d'appeler vitalité, jusqu'à ce qu'on soit par-
venu à en pénétrer le lien avec le reste de la nature.
-I surtout dans ce, chapitre , et dans |es Miiv.t.iï,
que l'auteur justifie le titre qu'il a donné à sou livre,
à'JEssai philosophique sur les phénomènes de La
11 y cherche à ramener tous les faits à leur plus
21*
3o4 SCIENCES PHYSIQUES.
haute généralité; et cela même nous interdit d'eu
entretenir nos lecteurs, car les généralités ne sont en-
tendues, qu'autant qu'elles rappellent de suite à l'esprit
tous les faits particuliers dont elles sont l'expression ,
et la physiologie n'est pas encore assez universellement
étudiée pour qu'on en soit arrivé à ce point . C'est dans
ce chapitre que l'auteur traite de {'habitude, qui a sur
les elres vivaus une influence si marquée ; des sym-
pathies , c'est-à-dire de ces connexions si intimes qui
existent entre les diverses parties constituantes d'un
être vivant, et dont on ignore souvent la cause maté-
rielle ; enfin, de ce phénomène curieux du sommeil,
qui ne porte que sur les actions sensoriales, et semble
tuer l'animal, en respectant l'être organisé.
Le cinquième chapitre e*>t consacré tout entier à
l'étude des phénomènes intellectuels , dont l'impor-
tance et le caractère élevé justifient assez l'étude plus
spéciale que veut en faire faire l'auteur. Ces phéno-
mènes ont aussi , dans la structure des4 animaux, un
organe affecté à leur production ; ils dépendent des
mêmes causes que les phénomènes le plus évidemment
matériels et organiques. Consécutivement aux impres-
sions sensitives envoyées au cerveau par tous les or-
es du corps, ce cerveau a des perceptions, •■! se
fait mille idées qui n'ont aucune ressemblance avec
leurs prototypes extérieurs , mais qui entraînent ave<
elles la conviction de la réalité de ces prototypes. Des
actions succèdent à ces impressions, tantôt immédia-
tement, et alors elles sont dites instinctives'; tantôt
consécutivement aux associations que l'impression
< Kcite , et étant dirigées d'après la conscience de la
lin qui doit être produite, et alors elles sont dites
volontaires. Mais de même que dans les fonctions nu-
SCIENCES PHYSIQUES. 3o5
tritives , l'application des stimulans , la sensation de
leur présence, et la réaction conséquente des tissus con-
tractiles, avaient déterminé irrésistiblement l'ordre
de la production des phénomènes; de même aussi dans
les phénomènes de la sensibilité relative: et quoiqu'on
en ait dit du libre arbitre, il n'y a pas moins de nécessité
dans les déterminations de la raison , que dans celles de
l'instinct; ou mieux , il ne faut plus distinguer ces deux
choses, qui ne diffèrent que du plus au moins. Notre
auteur appuie beaucoup sur ce principe de la nécessité
morale, et dit que, sans lui, l'expérience ne fournirait
aucune conjecture pour l'avenir; et la sagesse , accu-
mulée d'âge en âge , serait sans liaison et sans utilité.
D'après lui , les passions ne peuvent pas être contenues
par un simple acte de la volonté, mais leurs limites
naturelles sont dans leur balance mutuelle qui , dans
les animaux bien organisés, est toujours proportionnée
aux besoins du moment. En même tems que sir Mor-
gan agite ainsi dans ce chapitre des questions de haute
morale, il en traite aussi d'importantes relativement
à l'idéologie. Selon lui , on a tort de distinguer les
facultés de mémoire, de jugement, d'imagination;
les phénomènes qu'on leur rapporte tiennent seule-
ment à l'association des idées. A l'occasion du rai-
sonnement , il précise l'influence du langage sur l'art
dépenser. Dans toute cette exposition , beaucoup de
propositions mériteraient d'être relevées; mais cela
demanderait un espace qui nous manque.
Enfin , le sixième et dernier chapitre de l'oiurage
contient des observations générales sur la nature des
maladies et des remèdes. Dans un tableau des phéno-
mènes, de la vie, il ne suffisait pas en effet, de traiter
de ceux qui se produisent pendant la sauté; il fallait
.Wî SCIENCES PHYSIQUES.
encore considérer ceux qui éclatent pendant les mala-
dies. La maladie n'est pas moins naturelle à l'être vi-
vant que la santé, et conséquemment elle entre de même
dans la généralité de la science de la vie. La vie dépend
des élémens dont l'être vivant est momentanément
entouré ; la santé exige absolument une certaine pro-
portion entre la force des stimnlans extérieurs, et celle
du principe intérieur de réaction ; et les fonctions sont
dérangées , quand la machine reçoit des impressions
dans une autre série ou dans un autredegréd'intensité
que ceux qui sont coordonnés à ses besoins. D'après cela
les principales sources des maladies doivent être cher-
chées dans les agens qui contribuent immédiatement à
la vie, savoir Y ait4 et la diète. ïci, l'auteur juge successi-
vement l'influence de ces deux agens qui peuvent être
si divers en eux-mêmes. Faisant voir en outre qro les
maladies suivent la balance de l'organisation , il les
montre différentes en chaque âge, selon les divers
tissus du corps, etc. Niant l'existence d'aucun spé-
cifique, il cherche à caractériser le mode d'action de
chacune des classes principales de remèdes, saignées ,
purgatifs, toniques, diffusibles, etc. Nous sommes
d'autant plus autorisés à ne pas le suivre dans ers dé-
tails, ([ne, destinés à des médecins de profession , ils
lie pourraient que fatiguer nos lecteurs.
I< m: p. t noire ingénient, sur l'ouvrage
désir aiorgaH. Sans contredit, cet ouvrage prouve dans
son auteur dé ?ast< naissances et un esprit habi-
tué à généraliser , et à le faire le p ■ I s >uvenl avec jus-
!! esl peu de pages qui ne présentent des i<
arquantes, et exprimées âtec bonheur. L'amour
de l'humanité et de la philo s'y fait ressentir
partout; etsouvenl les obstacles que les institutions et
SCIENCES PHYSIQUES. 3<>7
les gouvernemens apportent à l'amélioration des so-
ciétés, ont inspiré à l'auteur une honorable indigna-
tion. Mais deux défauts borneront l'influence heu-
reuse que pouvait exercer ce livre : le manque de
méthode , d'une part; et un langage métaphysique et
trop abstrait , de l'autre. Par ces motifs, ce livre sera
toujours plus lu par ceux qui savent, que par ceux
qui veulent apprendre. Bien que sir Morgan dise , en
plusieurs endroits de sou livre , qu'il l'a surtout destiné
aux personnes étrangères à la science médicale ; ce
livre supposant tous les phénomènes de la vie connus ,
ne les considérant que dans leur plus haute généralité,
n'en parlant que dans des termes métaphysiques et
abstraits , ne pourra jamais être goûté que de lecteurs
déjà instruits. Souvent, ceux-ci même ne peuvent suivre
qu'avec efforts l'auteur, qui se borne à indiquer les
plus hautes généralités, sans faire connaître la succes-
sion des faits individuels qui l'y ont conduit. Toutes les
fois qu'un écrivain oblige ses lecteurs à le deviner , il
s'expose à n'être pas entendu, et à voir substituer à ses
idées celles des autres. C'est surtout dans les sujets
très complexes que la méthode est de rigueur ; elle
est, à proprement parler , l'exposition philosophique
des choses ; et elle est d'indispensable nécessité dans les
questions de physiologie. Son défaut absolu dans l'ou-
vrage de sir Morgan , a produit la gêne que nous avons
éprouvée nous-mêmes dans l'analyse que nous wnons
d'en faire ; et nous ne pouvons trop engagor l'auteur
à y porter remède dans les éditions nouvelles qu'il est
appelé à donner de son ouvrage.
\nn«v, D. II. P.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Histoire de la guerre entre les Etats-Unis
d'Amérique et l'Angleterre, pétulant les an-
nées i 8 1 2 , 1 8 1 3 , 1 8 i 4 et 1 8 1 5 ; par H. M.
Brackenridge, citoyen américain $ traduite sur
la seconde édition par A. de Dalmas (i).
Pakmi les ouvrages dont l'histoire politique et mili-
taire s'esl enrichie depuis quelques années en France,
ou regrettait d'autant plus de ne pas trouver une re-
lation de la guerre entre les Etats— t nis d'Amérique et
l'Angleterre, pendant les années 1812, 181 3 , 181J et
iSi5, que les Français ne peuvent rester indifférens a
la gloire d'un peuple dont ils ont favorisé l'émanci-
pation.
Plusieurs écrivains américains se sont exercés sur ce
sujet. M. Brackenridge esl celui donl l'ouvrage a eu le
plus de succès , soit par l'exactitude des faits , soit par
l'intérêt que l'auteur a su répandre dans sa narration ,
soit par l'art avec lequel il a retracé sans confusion
1rs événemens d'une guerre qui avait pour théâtre une
si grande étendue de coi es et de frontières , soit enfin- ,
parla sagesse, le patriotisme et la philanthropie éclairée
qui respirenl dans toutes ses pages. Nous devons savoir
gré à M. de Dalmas d'avoir fait passer dans notre lan-
gue un ouvrage que toutes nos bibliothèques atten-
daient , et féliciter M. Brackenridge d'avoir rencontré
un interprète dont le s t > 1 e est plein d'énergie e1 de
(0 P. iris, i8ao. a vol. m-8". avec une ente rln théâtre de la
pierre. libraire, <jmi dea Grands-Augttstint, d° 63.
ix: m Ir. , et 10c de port.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 3og
chaleur , sans qu'il cesse jamais d'être élégant et na-
turel.
M. Rrackenridge , dans une introduction tracée a.
grands traits , déroule le tableau des attentats dont
1rs Anglais, depuis la paix de 1783, ne cessèrent de
se rendre coupables envers l'Amérique , pour étouffer
cette république naissante qu'ils n'avaient pu vaincre
les armes à la main. Il rappelle comment, au mépris
des lois de la neutralité , les navires américains ne pu-
rent plus parcourir l'Océan que sous le bon plaisir des
Anglais ; comment ceux-ci, en pleine paix, arrachè-
lent des vaisseaux de l'Union leurs meilleurs matelots ,
sous prétexte d'exercer la presse , cette indigne prati-
que nommée à si juste titre la traite des blancs ; com-
ment , enfin , foulant aux pieds tous les droits des na-
tions, ils engagèrent, par des menées sourdes et per-
fides , les peuplades indiennes à porter le carnage et
la ruine sur les terres de la fédération. A une con-
duite si odieuse, le gouvernement des Etats-Unis
n'opposa long-tems que des remontrances pacifiques ;
mais sa longanimité eut un terme, et, le if) juin 1812,
le Congrès déclara la guerre à la Grande-Bretagne.
A cette époque, les troupes de ligne de l'Union ne
montaient qu'à près de 5, 000 hommes, et encore ces
troupes étaient dispersées sur un territoire immense.
Les officiers qui avaient servi dans la guerre do la ré-
volution, élaient âgés , et avaient perdu, dans un long
repos, l'habitude des combats. Le présidenl iïil au-
torisé à accepter les services de 5o,ooo volontaires , et
à appeler sous les armes 100,000 hommes de milices.
Mais ces volontaires, ces miliciens pouvaient-ils être
opposés avec succès à des troupes aguerries , et le gou-
vernement devait-il compter sur leur empressement à
3i<S SCI FiNŒS MORALES
répondre à ses réquisitions , et sur leur soumission aux
ordres de leurs chefs?
Si, dans quelques circonstances, on éprouva de la
peine à réunir les milices, dans d'autres on ne put
accepter les services de tous les volontaires qui se pré-
sentaient. Souvent la bouillanle ardeur qui animait
ces soldats-citoyens contraria les opérations militaires,
et leur insubordination, surtout au commencement
de la guerre, oii ils abandonnèrent quelquefois les
chefs qui avaient perdu leur confiance ou provoqué
leur mécontentement, ne fit que trop sentir l'inconvé-
nient des troupes levées à la hâte , et qui n'ont pas
encore eu le tems d'apprécier l'importance d'une dis-
cipline exacte et sévère pour le succès et le salut même
des armées. Aussi , les premières opérations militaires
eurent-elles les plus fâcheux résultats.
Le généra] llull , homme saut talent et sans énergie,
qui n'avait d'autre titre à la confiance de ses conci-
toyens que d'avoir déjà servi pendant la guerre de la
révolution, était entre'* dans le Canada, dès le com-
mencement des hostilités, et avant que lei anglais
eussent pris aucunes dispositions de défense. II pouvait
s'emparer aisément du fort Malden , l'un (\t'> priiu i-
pauz postes de la frontière canadienne; mais, sans
profiter de son avantage , il perdit en vains préparatifs
le tems le plus précieux; et bientôt, à l'approche de
quelques bataillons anglais, il se retira sur le terri-
toire de l'Union , oii , suivi par 1 ennemi , il ne tarda
pas à signer une capitulation honteuse, qui livrait eux
Anglais l'armée qu'il commandait, ainsi que tout le
pays confié à >a garde.
Ce1 événement excita an plus haut degré I indigna-
lien de tous les citoyens de i aion; ils sentirent que
ET POLITIQUES. 3it
l'honneur national était compromis , et ils mirent tout
en œuvre , pendant l'hiver, pour préparer les moyens
de venger Je cruel affront qu'avaient éprouvé leurs ar-
mes. Des troupes de ligne furent enrôlées; 1rs milices
et les volontaires furent formés à la discipline ; et, dès
Je commencement de i8i3, le courage avec lequel la
faible garnison du fort Meigs soutint les attaques d'une
armée anglaise, et la força même de se retirer, prouva
suffisamment que les Américains n'étaient point dégé-
nérés , et qu'ils étaient les dignes desccndans de ces
courageux patriotes qui avaient scellé de leur sang
l'indépendance de leur pays. D'autres faits d'armes ,
tels que les deux prises d'\ork, capitale du haut Ca-
nada , les victoires du général Jackson sur les Creeks ,
et la belle défense de la ville de Sackettsharbour , dé-
pôt naval des Américains sur le lac Ontario , recom-
mandent cette même campagne de i8i3. Dans celle de
1 8 1 4 j les Américains se couvrirent de gloire, aux ba-
tailles de Chrppewa et de Niagara , et surtout dans la
brillante sortie qu'ils firent pendant qu'ils étaient as-
siégés dans ie fort. Erié ; sortie qui eut pour résultats
de détruire en deun. heures des ouvrages immenses ,
qui avaient coulé aux Anglais plus de six semaines
de travail, et de mettre ceux-ci dans l'impossibilité de
continuer le siège qu'ils avaient entrepris.
Enfin, dans la dernière action de la guerre, le 8
janvier i8i5, jour à jamais célèbre dans les fastes de
L'Union, le général Jackson, secondé par trois ou
quatre mille Américains, fit éprouver aux armes an-
glaises, dans les environs de la Nouvelle-Orléans, une
humiliation peut-rire pins complète encore que celle
qu'elles avaient subie en Fr en i8i.j, sous 'cs
murs de Toulo:
3ia SCIENCES MORALES
Si, pondant cette guerre mémorable, les armées de
terre eurent de nombreux et brillans avantages,
la faible marine des États-Unis, composée seulement
de quelques frégates et de quelques corvettes, et qui
semblait devoir être anéantie par les puissantes flottes
de l'Angleterre, obtint, dès le commencement des
hostilités , des succès qui tiennent du prodige. Lorsque
le congrès se rassembla, au mois de novembre i8«2,
c'est-à-dire, cinq mois seulement après la déclaration
de guerre , il fut prouvé, par des rapports authentiques,
que déjà 25o navires, dont 5o d'armés, 3ooo prison-
niers et 5yS canons étaient tombés au pouvoir des
vaisseaui de l'Union. L'Angleterre, blessée dans le
principe même de sa force , fut cruellement mortifiée.
Vainement chercha - t - elle à dissimuler les affronts
qu'elle avait essuyés . elle ne put les cacher : et, en dé-
pit de ses nombreuses escadres qui parcouraient toutes
les mers à la poursuite de la marine américaine, celle-
ci conserva de tels avantages , que les Anglais en vinrent
au point de refuser tout engagement naval, lorsqu'ils
n'avaient pas une grande supériorité de forces. L'au-
teur retrace avec soin les exploits des commodores
Rodgers , Chauncey , Decature, Porter, Bainbridge ,
Perry ctMacdonough; des capitaines Stull, Jones, fteid :
et cette partie de l'ouvrage n'en esl pas la moins inté-
ressante. M. Brackcnndgc accuse quelques généraux
et amiraux anglais d'atrocités inouies dans les guerres
modernes, et réfute avec chaleur les prétextes dont le
gouvernement anglais a cherché à couvrir ces atrocités.
L'incendie de Washington que ce gouvernement n'a
pas désavoué, et qui a excité une indignation générale,
même en Angleterre, fut sans contredit l'événement
qui contribua le plus à l'heureuse issue que la guerre
ET POLITIQUES. 3i3
eut pour l'Amérique. Eu effet, à la nouvelle de cet
horrible attentat, digne des siècles de barbarie , tous
les Américains se réunirent dans un besoin commun de
vengeance; l'esprit de parti, qui avait jusque-là paralysé
en quelque sorte les opérations du gouvernement , dis-
parut tout-à-coup ; la même opinion , les mêmes senti-
rnens régnèrent d'un bout à l'autre de l'Union, et l'on
vit, dit l'auteur, une nation d'hommes libres prête à se
lever dans sa force pour repousser des hordes barbares.
Après avoir fait connaître succinctement les princi-
pales circonstances de cette guerre importante, nous
aurions désiré pouvoir entrer dans quelques-uns des
détails pleins d'intérêt que donne l'auteur, tant sur la
manière dont les Américains s'y étaient pris pour in-
troduire chez les Indiens un commencement de civi-
lisation, que sur les machinations perfides employées
pour entraîner ces malheureux à s'armer contre leurs
bienfaiteurs ; mais nous sommes forcés de renvoyer à
l'ouvrage même, où nous pouvons assurer qu'on pui-
sera , d'après des preuves multipliées , la conviction que
l'Amérique-Unie, grâces à ses institutions généreuses,
aux nobles sentimens qui animent ses citoyens , est déjà
une grande et puissante nation , digne de l'admiration
de tous les amis d'une sage et véritable liberté.
Pour justifier ce que nous avons dit du style du tra-
ducteur, et faire connaître les résultats généraux de la
guerre, nous croyons devoir transcrire ici le portrait
d'un chef indien, tué à la bataille de la rivière
Thames , et les réflexions qui terminent l'ouvrage.
« Ainsi périt Tecumseh, le plus grand , le plus illustre
de tous les guerriers qui levèrent jamais contre nous
le Thomahawk (i) ; avec lui s'évanouit le dernier es-
(i) Hache de guerre des Indiens.
3,4 SCIENCES MORALES
poir des Indiens. Depuis nombre d'années, ce vaillant
chef travaillait sans relâche à unir toutes les tribus
indiennes pour opposer une digue insurmontable aux
progrès de la civilisation ; et il est à croire que , si les
premiers Européens qui vinrent habiter l'Amérique
avaient eu affaire à un pareil homme , ce vaste et riche
continent serait encore inculte et sauvage. ïecumseh
avait à peine quarante ans ; depuis son enfance, il s'é-
tait trouvé à tous les engagemens contre les blancs ;
jamais il ne montra la froide férocité de ses compa-
triotes : terrible au milieu des combats , il faisait rare-
ment des prisonniers ; mais quand une fois il avait
donné quartier à un ennemi, il le protégeait contre
toute insulte. Ou le vit, après l'action où le colonel
Dudley perdit la vie, tuer de sa propre main un chef
indien, pour avoir massacré des hommes qui avaient
déposé leurs armes. Tecumseb avait reçu de la nature
le sceau delà grandeur; etsi le hasard l'avait fait naître
au siégedes lumières, nul doute que, par ses émineutes
qualités, il ne se fut placé au nombre des hommes les
plus distingués : doué de la plus vaste intelligence, de
l'aine d'un héros, il y joignait l'aspect le plus impo-
sant, et qui seul suffit pour le faire reconnaître parmi
les morts, quoiqu'il ne portât aucune marque distiuc-
tive. Lorsque le général Proctor lui annonça que le
roi d'Angleterre le faisait brigadier général , en ré-
compensedesa conduite à Browstowo et à V. a, et
qu'il voulut lui ceindre uneécharpe de soie, il refusa ce
présent avec une noble fierté. Sans autre titre que son
génie supérieur, il exerÇa un empire sans bornes sur
se> compatriotes, et jamais aucun chef n'osa lui dis-
puter la prééminence
« On rapporte que le sage Franklin , entendant nom-
ET POLITIQUES. 3i5
mer notre première lutte contre l'Angleterre , la guerre
de V Indépendance y s'écria : Dites donc , la guerre de la
Révolution ; celle de V Indépendance est encore à venir !
Elle est maintenant terminée, et elle a mis fin pour
jamais à l'espoir que l'Angleterre conservait encore
de nous ramener tôt ou tard sous sa domination.
Notre superbe rivale vient d'apprendre , à ses dépens ,
qu'il est moins coûteux de nous rendre justice que de
nous forcer à nous la faire nous-mêmes. Deux mille
navires capturés au détriment de son commerce, sa
marine militaire humiliée , les débouchés de ses ma-
nufactures considérablement diminués , son énorme
dette accrue de plusieurs millions sterling : tels furent
les fruits qu'elle recueillit d'une guerre à laquelle ses
criantes injustices avaient pu seules nous porter. Mais
ce n'est pas tout; durant cette guerre , elle eut encore
l'amer chagrin de voir que nos braves marins avaient
une supériorité marquée sur les siens, et que ses projets
de conquêtes, quand elle voulait les mettre à exécu-
tion, n'avaient d'autres résultats que de conduire à la
mort l'élite de ses armées. En rapportant, quand, on
le lui demandait, ses ordres du conseil, en renonçant
volontairement à l'odieux usage de presser nos matelots,
l'Angleterre pouvait éviter tous ces malheurs ; mais
l'orgueil de sou gouvernement ne voulut rien céder,
et il nous fallut prendre les armes pour la forcer à re-
connaître nos droits, et à nous traiter avec le respect
du à une grande et indépendante nation. »
« Quant à nous, ne perdons jamais de vue les im-
portantes leçons que l'expérience nous a données. Ayons
une politique franche, loyale et basée sur la justice.
Restons en paix, tant que nous le pourrons avec hon-
neur; mais ne souffrons aucun affront , et soyons tou-
3i6 SCIENCES MORALES
jours prêts à venger ceux qu'on pourrait nous faire.
Enfin , soyons bien convaincus <[iic , si nous ne devons
pas aspirer à la gloire funeste des conquêtes, nous
sommes du moins assez puissans pour repousser toute
agression étrangère. » DuPÉRON.
»W\W\VV1W«\\VUVWV«>\V\VV«WV
Histoire de Russie, par AI. Karamsin, traduite
par MM, Saikt- Thomas et Jauifuet (i).
M. KaràMSIN passe pour un des meilleurs auteurs vi-
v.'ins de la Russie; quelques essais littéraires avaient
commencé sa réputation ; son ouvrage historique Ta
fondée solidement. Ce livre a valu à l'auteur de grandes
distinctions de la part de son souverain; cependant ,
ces récompenses ne prouveraient que la satisfaction
du gouvernement , si les suffrages du public n'étaient
pas venus s'y joindre. Indépendamment du mérite
réel de cet ouvrage, on doit attribuer eu partie le
grand succès qu'il a obtenu à ce que la Russie man-
quait d'une véritable histoire nationale et complète:
ce n'est pas qu'elle n'eut auparavant des historiens
,-issez estimés; mais ils avaient écrit dans un teins OÙ
beaucoup de documens étaient encore ensevelis dans
l'oubli , et ou l'art d'écrire n'était point parvenu
en Russie au degré de perfection oh il est actuelle-
ment. Il a été long-tems «lu bon Ion dans les hautes
classes de la Russie , comme dan-; les cours d'Allema-
gne , de cultiver le français aux dépens de la langue
nationale : cette préférence, honorable pour la lan-
i Paris, îSirj. — L'outrage entier doîl avoir Imit volume!
\ <»n» / l'annonce détaillée d<- < et te traduction . H< i . /■',•/</.. T. II,
ET POLITIQUES. 3i7
gue française , pouvait être blâmée chez les hommes
qui lui sacrifiaient leur idiome maternel ; mais on a
senti enfin en Russie, et peut-être aussi dans les pe-
tites cours allemandes , que s'il est du bon ton de
parler une langue étrangère, il est de la bonne édu-
cation de connaître à fond celle de son pays.
L'histoire écrite par M. Karamsin a donc fait une
grande sensation , comme un des ouvrages les plus im-
portans et les mieux écrits que la littérature russe ait
produits jusqu'à ce jour. Elle avait de plus le mérite
d'être le fruit de longues recherches qui ont été se-
condées par le gouvernement et par les grands de
Russie ; circonstance essentielle pour l'histoire d'un
pays qui ne possède pas , à beaucoup près , ce grand
nombre de livres imprimés , dont les bibliothèques his-
toriques des autres pays de l'Europe sont abondamment
fournies. Enfin , ce qui achève d'assigner à l'auteur un
rang supérieur à celui de ses devanciers, c'est qu'on re-
marque dans son ouvrage une diction élégante et pure ,
une imitation quelquefois heureuse des grands modèles
historiques de l'antiquité, une suite de récits atta-
chans , et souvent pleins d'intérêt; enfin, des faits
éclaircis à l'aide d'une critique judicieuse.
Hors de la Russie , cette réunion d'avantages fera
peut-être regretter que l'auteur n'ait pu en ajouter un
autre non moins important pour l'historien, et qu'il
ne dépend pas toujours de lui de se donner ; je veux
dire , une position tellement indépendante , que l'his-
torien puisse dire , sans aucun ménagement , la vérité
tout entière. On s'aperçoit, dès le début, que l'au-
teur n'a pas été entièrement libre d'exprimer sa
pensée ; il fait observer, avec raison , que l'histoire est ,
en quelque sorte , le livre sacré des nations , le testament
TOME VI. 22
3i8 SCIENCES MORALES
laissé par les ancêtres à la postérité ; le complément et
V 'explication du jjrése/it , le guide de l'avenir. Puis, il
continue eu ces termes : « Les souverains et les législa-
teurs agissent d'après les indications de l'histoire; ils
en consultent attentivement les pages, ainsi que les na-
vigateurs consultent leurs cartes marines. La sagesse
humaine a besoin de tant d'expérience, et la vie est si
courte î II importe de connaître comment , de toute
antiquité , les passions séditieuses ont troublé la so-
ciété , et par quels moyens le pouvoir bienfaisant de la
raison a su réprimer leur choc impétueux , afin d'éta-
blir l'ordre, de concilier les divers intérêts des hommes,
et de leur procurer tout le bonheur qu'on peut se pro-
curer sur la terre. Un simple citoyen même doit éga-
lement; lire l'histoire : elle le réconcilie avec l'appa-
rente imperfection des choses, en la lui présentant
connue l'apanage de tous les siècles. Pour le consoler
au milieu des calamités publiques, elle lui en montre
de semblables et de plus terribles encore auxquelles
l'État n'a pas succombé. Elle nourrit nos facultés mo-
rales; et, par ses arrêts équitables, elle dispose l 'aine à
la justice, cette précieuse base de notre bien-être, qui
établit la concorde parmi les hommes. »
Si L'historien avait écrit son ouvrage en Angleterre
ou en Amérique , il aurait , ce me semble, indiqué
avec plus de française la véritable utilité de l'histoire.
Cette science, aurait- il dit, donne de grandes Leçons
aux princes et aux peuples; elle enseigne aux uns que,
s'ils méconnaissent les droits de l'humanité , s'ils usur-
pent un pouvoir arbitraire, s'ils prodiguent la fa\eur
et les privilèges à une elasse aux dépens des autres,
s'ils oublient enfin qu'ils ne gottl rruen t que pour re-
présenter la volonté des nations, ils préparent des ru-
ET POLITIQUES. 3 19
ïamîtés sans nombre à leurs Etats , et hâtent là chute
de leur dynastie. Elle enseigne aux nations que la
vraie grandeur des États est fondée sur la liberté, le
patriotisme, la justice et les lumières de la raison; que
plus les peuples sont éclairés , plus ils ont de source de
prospérité; et, qu'en respectant toujours le repos et
l'indépendance des autres peuples , ils assurent leur
propre tranquillité. Enfin l'histoire offre des instruc-
tions et des consolations au simple citoyen ; elle lui
fait voir que l'homme possède tous les moyens de se
rendre heureux; que , réuni en société , il est toujours
assez fort pour résister à l'oppression, et pour éloigner
de lui les calamités accidentelles, ou du inoins pour
en diminuer les effets.
L'histoire de Russie offre, comme celle de tous les
autres peuples de l'Europe, une suite malheureuse-
ment trop longue de guerres civiles , d'invasions , de
conquêtes , d'actes de barbarie , et de règnes despo-
tiques. La législation, les mœurs, le culte, tout con-
serve , pendant près de dix siècles , l'empreinte de la
grossièreté des tems d'ignorance et de superstition. Ce-
pendant , l'histoire des autres peuples de l'Europe
offre au philosophe un sujet de consolations dans ces
efforts continuels que fait la société civile pour conser-
ver ou pour recouvrer sa liberté primitive , et pour
préserver au moins une partie de ses droits des at-
teintes du pouvoir et de la force. On voit renaître de
tems en tems des institutions presque aussi anciennes
que la société , et inventées pour en garantir les droits .
Quelques peuples ne les ont même jamais perdues, et
en jouissent depuis un tems immémorial. Ge sonl là les
véritables titres de la gloire des n;i lions; ils prouvent
qu'elles ont su conserver leur dignité morale , et
22*
320 SCIENCES MORALES
qu'elles ont connu la valeur du dépôt précieux que
leur avaient transmis leurs ancêtres.
Les premiers parlemens et les États-généraux, en
France, rappelaient les assemblées populaires des
Francs ; le jury existe en Angleterre, depuis le tems des
Saxons; les Allemands ont conservé long-tems des restes
de la liberté germanique. L'histoire de Russie ne pré-
sente pas , malheureusement , un spectacle aussi conso-
lant. Depuis les tems anciens jusqu'à notre siècle, le
peuple y <•> été condamné à une soumission passive , et
. xclus de toute participation aux affaires publiques,
l'ordre de succession même, qui était une loi fonda-
mentale dans tous les autres pays , dépendait en Russie
de la volonté arbitraire des autocrates : c'était tantôt
le frère aîné du prince , tantôt un des fils , tantôt le fils
aîné, qui succédait au père. La servitude appesantit
encore son joug, en Russie, sur des milliers de malheu-
reux. Quant à ces institutions conservatrices de la li-
berté publique, que notre génération , avertie par les
malheurs du passé, a raison de réclamer avec tant de
constance, partout où elles n'existent pas encore, et
partout où elles ont été détruites , on n'en trouve que
de faibles traces dans la longue barbarie des habitans
de la Russie. C'est à cause de leur rareté même «pièces
indices deviennent précieux; et il serait digne du ta-
lent d'un Russe patriote de recueillir avec soin toutes
les données qui se rapportent , dans l'histoire de sa pa-
trie, à ces lueurs d'un régime libéral : j'en indiquerai
quelques-unes que M. Karamsin fait connaître , dans
les intéressans aperçus moraux par lesquels il inter-
rompt fort a propos, de tems en tems, à la manière de
Voltaire et des bons historiens de nos jours, le récit
long et embrouille des événemens historiques.
ET politiques. ;;2t
«• Dans une copie du Code d'Yaroslof , trouvée àNo-
vogorod, dit l'auteur, on lit que, dans tous les procès,
le demandeur devait paraître avec l'accusé devant
douze citoyens jurés assermentés, qui, selon leurame
et conscience, devaient en discuter toutes les circons-
tances , laissant d'ailleurs aux juges le droit de déter-
miner la peine et de la faire appliquer. » Puisqu'il n'est
plus fait mention de l'institution du jury dans les siè-
cles suivans, il est évident que les successeurs d'Yaros-
lof ont dépouillé leurs sujets de cette garantie pré-
cieuse de la justice; et, sans doute, le peuple, trop
ignorant pour en sentir le prix, n'a rien fait pour
conserver la jouissance d'une institution qu'il devait
vraisemblablement aux Varègues ou pirates et aven-
turiers du nord , qui donnèrent les premiers princes à
la Russie.
Le système représentatif n'était pas non plus entiè-
rement inconnu aux anciens Russes; mais l'autocratie
avait tant d'intérêt a détruire toutes les bornes de son
pouvoir , qu'il ne faut pas s'étonner si l'histoire en fait
à peine connaître les élémens. « Monomaque, affligé
du spectacle de l'anarchie et du désordre qui régnaient
en Russie, dit M. Karamsin , voulut remédier à un mal
si funeste, en instituant des conseils généraux ou as-
semblées de princes, qui rallumassent dans les cœurs
l'amour de la patrie. » Mais, comme pour nous dé-
goûter de ces conseils généraux , l'historien ajoute aus-
sitôt: « Ce fut à la suite d'un de ces conseils que l'in-
fortuné Vassilko fut privé de la vue, et que Gleb de
Resan trempa ses mains dans le sang de ses frères. »
On ne voit point, par ces passages , s'il existait aupara-
vant en Russie un système représentatif quelconque ;
©n n'y voit pas non plus si , dans ces conseils généraux.
332 SCIENCES MORALES
le peuple était représenté comme la grande noblesse ;
mais, deux siècles après, c'est-à-dire, vers i3oo, l'his-
torien fait mention du rétablissement momentané des
diètes instituées par Monomaque. « Sviatopolk et An-
dré, dit notre auteur, ne pouvant, ni l'un ni l'autre,
réprimer par la force les princes apanages, crurent à
propos d'essayer les voies de conciliation, pour par-
venir à ce but si désirable. On voyait également siéger
dans ces assemblées solennelles les ecclésiastiques de la
plus haute distinction, interprètes, des lois sacrées de
la vérité et de la conscience. La première de ces assem-
blées se tint à Dmitrof , à la mort de Féodor D'\aros-
lavle. André y termina à l'amiable tous les différens
avec son fils Daniel, ses neveux Jean et Michel ; etc. »
Les diètes de Monomaque étaient donc, comme il
résulte de ce passage , plutôt des conseils d'arbitrage
que des assemblées nationales, et on ne s'y occupait
que des affaires des princes. Dans la suite de l'histoire
de Russie, il n'est plus question de ces diètes ; et l'au-
tocratie des czars , appuyée sur l'aristocratie des
bovars et la hiérarchie du clergé, établit un empire
absolu dans lequel se perdirent aussi les droits des com-
munes que possédaient d'abord quelques villes puis-
santes, telles que Novogorod et. Kief , résidences des
princes souverafns. Novogorod, qui avait un système
municipal semblable à celui qui régissait, dans le
moyeu âge, presque toutes les villes de l'Europe,
essaya même d limiter les bornes du pouvoir des
princes, qui tiraient leur autorité de la possession de
te ville-, riche de son commerce avec l'Allemagne.
M. K.arattisiri représente ces efforts des Noivogorediens
i omme une sorte d'usurpation et de licence. « Les con-
seils publics c'est ainsi qu'il désigne leur assemblée
ET POLITIQUES. 3a3
municipale ) donnaient leurs avis au prince , lui pro-
posaient leurs prétentions , et décidaient quelquefois de
son propre sort en législateurs suprêmes. » L'historien
avoue que le droit de voter dans cette assemblée légis-
lative , n'était acccordé qu'aux plus anciens citoyens,
aux boyards, aux militaires et aux marchands. Mais il
paraît que ce faible rempart de l'indépendance des ci-
toyens succomba bientôt aux atteintes du pouvoir , et
que le peuple se soumit dès-lors sans résistance au joug
de ses maîtres.
Il m'a semblé qu'à une époque où les nations repro-
duisent avec orgueil les monumens de leur liberté,
pour prouver qu'elle est plus ancienne que le despo-
tisme , et où celles qui n'en ont pas , en élèvent de nou-
veaux plus dignes de notre siècle éclairé , que les
débris informes dès institutions du moyen âge , il serait
intéressant de faire voir que , dans la Russie même,
ces institutions n'ont pas été entièrement inconnues ;
si elles y ont laissé de plus faibles traces que partout
ailleurs, il faut probablement en attribuer la faute à
la position particulière de cet empire , qui , ayant eu
pendant long-tems plus de rapports avec l'Asie qu'avec
l'Europe , a dû prendre plutôt les mœurs asiatiques ,
que celles des Européens civilisés. Le règne des Tartares
n'a pas dû contribuer à diminuer cette longue bar-
barie. Mais , aujourd'hui , des relations multipliées à
l'infini unissent la Russie aux Etats d'Europe ; les
lumières y pénètrent sans obstacle , et il est impossible
que la servitude n'y fasse bientôt place aux institutions
libérales, que l'esprit du siècle regarde avec, raison
comme les plus propres à régir les nations , et à ga-
rantir la stabilité des États.
Une remarque qui n'échappera , sans doute, à, au-
324 SCIENCES MORALES
cun lecteur attentif de l'Histoire de Russie, c'est que
les soulèvcmcns du peuple y ont été' aussi fréquens que
les actes violens et arbitraires des princes , et que les
sujets, accablés par la force despotique , se sont vengés ,
dans beaucoup de circonstances , par des révoltes et des
trahisons ; la servitude avait abruti le peuple , et le
sentiment de sa faiblesse le poussait à la perfidie. Ce-
pendant, dans ces trahisons mêmes, les Russes gar-
daient encore la naïveté de leur caractère primitif.
J'en citerai un exemple, qui fera connaître en même
tems la manière de narrer de l'historien , et le style de
ses traducteurs.
Le grand prince Igor , après la mort de Vsevolod ,
fit rassembler devant le palais les habitans de la ville
de Kief ; il exigea d'eux un double serment de fidélité ,
et les congédia ensuite ; l'historien continue ainsi i
«« Les citoyens, dont les désirs n'étaient point encore
entièrement satisfaits , se rassemblèrent de nouveau en
conseil public , oii ils appelèrent leur prince ; le frère
d'Igor arriva seul et demanda ce qu'ils désiraient : « La
justice ! s'écria le peuple ; les juges nommés par Vsevo-
lod ont opprimé les faibles; Ralscha a dévasté Kief,
et Youychegorod l'a été par Goudar. Sviatoslaf,
jurez pour vous et pour votre frère , que désormais
vous serez vous-mêmes nos juges , ou que vous choi-
sirez, pour vous remplacer, les seigneurs les plus di^nc-
de ce noble emploi. " Le prince descendit de cheval .
baisa la croix, et promit au peuple que le nouveau
souverain remplirait envers le peuple tous les devoirs
«lu père le plus tendre ; qu'ils n'auraient plus de dila-
pi dateurs pour juges , mais les seigneur-, les plus connus
par leur probité, qui se contenteraient de l'impôt légal,
au lieu <\r> surcharger les accusés d'autres conlribu-
ET POLITIQUES. 3s5
lions. « Agréez le tribut de notre reconnaissance ,
dirent les citoyens , et comptez maintenant sur notre
fidélité. » Le grand prince Igor renouvela les mêmes
protestations aux députés du peuple , et croyant la
chose terminée , il se mit tranquillement à table. Ce-
pendant , la populace rebelle se précipita en foule , pour
piller la maison de l'opulent Ratscha , qu'elle avait en
horreur, et ce ne fut qu'avec les plus grandes peines
que Sviatoslaf parvint à rétablir l'ordre. »
Igor, oubliant bientôt ses sermens , ferma les yeux
sur les vexations des boyards ; alors , les habitans
de Kief, ne reconnaissant plus un prince parjure,
comme souverain légitime , appellent secrètement le
prince Ysiaslaf , pour régner sur eux. Ils continuent
d'assurer Igor de tout leur zèle ; mais, dès que Ysinslaf
approche de la ville , ils se déclarent pour lui. Igor
marche au-devant de son compétiteur au trône , sans
qu'ils y mettent obstacle ; il perd la bataille , et il est
enfermé dans le cachot d'un couvent , par son vain-
queur qui prend sa place dans la ville de Kief.
Il n'a encore paru de la traduction de l'ouvrage de
M. Karamsin , que les quatrepremiers volumes. Ainsi,
nous ne pouvons porter un jugementsur l'ensemble de
cette Histoire, à laquelle l'auteurparaîtencore travail-
ler, quoiqu'il en ait déjà publié huitvoluraes. Les traduc-
teurs ont eu une grande difficulté à vaincre, en repro-
duisant dans une autre langue les mots et les phrases
d'une langue qui a si peu d'analogie avec le français ;
ils ont heureusement surmonté cet obstacle , et à peine
vs'aperçoit-on , à la lecture de leur traduction, que
l'ouvrage a été composé en russe ; leur version se
recommande encore par la fidélité , puisqu'elle a été
revue et approuvée par Tau leur lui-même. Dbpfii
JnÔ SCIENCES MORALES
WWYYWVVWVWVWIWWV.VV WVVWWVVXWW
Annales des Lagidfs, ou Chronologie des Rois
Grecs et d? Egypte , successeurs d ' Alexandre-
le-Grand ; ouvrage couronné par ï Académie
royale des Inscriptions et Belles- Lettres de T Ins-
titut de France , au Concours de Cannée 1818 ,
et. accompagné de tableaux chronologiques et
de deux planches de médailles, par AI. ChA.m-
POLLION-FlGEAC (l).
Ceux qui suivent avec quelque assiduité les-travaux
des diverses Académies de l'Institut, ont pu voir, dans
le rapport imprimé en 181 4 , sur ceux de l'Académie
des belles-lettres, que l'auteur de l'ouvrage cmio nous
annonçons s'occupait de recherches sur les calendriers
de l'antiquité. C'était , à quelques égards , un sujet
tout neuf; et l'extrait des premières Communications
faites à l'Institut par le mémo auteur , laisse déjà entre-
voir les résultats dont ses annales des Lagidcs présen-
tent une importante explication. On avait , en effet .
jusque-là beaucoup de systèmes de chronologie géné-
rale; mais ceux qui avaient étudié la matière à fond
savaient aussi apprécier le peu de valeur de ces sys-
tèmes et toute leur inexactitude, lorsqu'ils se rappe-
l.i 1 eut oue les auteurs , et. même les monumens de l'an-
h(|nité, contenaient une foule de dates de laits histo-
(i) Paris. i<Sm>. >. vol. in -S0. Charpenal , rue Christine , cl JNi-
colle, rue «le Seine. Prix, i5 fr. , et 18 fr. p;ir la poste.
INous devons ajouter que cet ouvrages été* plusieurs fois men-
tionné très honorablement dans 1<- rouis d'histoire professé au
Collège royal «te Fiance, par M. Daunon, auquel il a servi de
guide pour L'histoire de l'ancienne Egypte. W. d. R.
ET POU TIQUES.
riques,sur lesquelles on n'avait rien obtenu d'assuré ,
parce qu'on n'avait pas la conviction d'avoir rapporté
exactement sur l'année julienne ces mêmes dates ex-
primées selon divers calendriers peu oumal connus. On.
a donc justement applaudi au zèle ardent avec lequel
M. Champollion-Figeac a entrepris de restaurer , pour
ainsi dire , tous ces calendriers , de faire connaître les
concordances qu'il y a entre eux et leurs rapports avec
l'année julienne, afin d'avoir une traduction exacte
des dates de ces faits historiques , et quelques points
certains pour la chronologie ancienne , au milieu de
tant d'autres incertitudes , dans le long espace de tems
qu'elle embrasse.
Il serait facile de faire voir que l'ouvrage qui nous
occupe , justifie déjà toutes les espérances qui furent
alors conçues ; mais le suffrage imposant qui le recom-
mande au public , est une assez forte garantie en faveur
de notre assertion. « On s'y propose, dit l'auteur, de
» présenter la chronologie des rois grecs macédoniens
» d'Egypte, successeurs d'Alexandre-le-Grand ; de
» réunir, sur la for des monumens et des auteurs les
» plus accrédités , les faits qui appartiennent à l'his-
» toire de ces rois , et de rapporter à des dates précises
» tous ceux de ces faits dont l'époque peut être cxacte-
» ment déterminée. » C'est, en effet, ce que l'Aca-
démie des Inscriptions et Belles -Lettres avait demandé
par son programme.
L'auteur s'est exactement conformé à ce xœu , et il a
présenté , selon l'ordre des tems , la succession des roi
de la famille de Lagus , ou des Ptolémées , et le tableau
des faits importans de chaque fègfte. iNous ne pou-
vons le suivre pas à pas dnns son 'ravail, le mode de
rédaction que nous imposent l;i fwttire et l'esprit d<
328 SCIENCES MORALES
ce recueil, ne nous le permettant point. Ainsi, nous
dispensant d'entrer dans les détails de la méthode
usitée par Fauteur pour obtenir les résultats nouveaux
que son livre présente en assez grand nombre, nous
nous bornerons à mentionner l'heureux en^ploi qu'il a
lait des travaux des anciens astronomes grecs , et
notamment de Y Aima geste du fameux Ptolémée ,
pour bien connaître les époques générales et particu-
lières de l'histoire des Ptolémées , rois d'Egypte, en
rapprochant quelques-unes de ces époques de certaines
observations célestes recueillies par les astronomes
grecs , et dont M. Champollion-Figcac détermine d'a-
bord la date en style julien. Nous ne donnerons aussi
qu'une simple indication de la plupart des princi-
paux faits nouvellement acquis à l'histoire par notre
savant auteur; tels sont les suivans : i°. D'après le
canon des rois qui précède Y Almagcstc , on ne
comptait ordinairement pour les Ptolémées , que dix
règnes dans l'espace de 294 années ; leurs Annales font
reconnaître seize princes, formant quatre branches,
et qui donnèrent, dans cet intervalle, vingt et un règnes
successifs. 20. L'auteur des Annales propose , ausujetdu
classement des médailles des Ptolémées , quelques vues
générales d'une grande utilité , en même tems qu'il
explique les diverses ères selou lesquelles ces médailles
sont datées. 3°. M explique aussi une médaille de Géo-
pâtre, deux fois publiée par Pellegorin, dont l'opinion
était adoptée par le célèbre Eckhel et autres savans
numismatiques; et il fait voir, le premier , que la
double date de cette médaille appartient au règne de
Cléopâtre et à l'ère qu'elle institua, lorsqu'elle prit le
titre de Nouvelle Déesse; ce qui est confirmé par un
fragment #rec de Porphyre, que M. Champollion cor-
ET POLITIQUES. 3^9
nge fort heureusement, et qu'il applique à cette cu-
rieuse médaille qu'il a nouvellement publiée. 4°« Des
inscriptions grecques , récemment découvertes en
Egypte , apprenaient des faits absolument ignorés , re-
latifs à quelques-uns des Ptolémées : ces faits sont exac-
tement recueillis dans leurs Annales, et ces inscrip-
tions , pour la plupart inédites , sont rapportées
textuellement dans Y Appendix. 5°. On remarque aussi
dans cet Appendix un aperçu géographique de l'expé-
dition de Perdiccas contre la basse Egypte, d'après le
texte de Diodore de Sicile ; une explication sur
quelques citations faites dans l'ouvrage, d'après le
texte égyptien de la célèbre inscription de Rosette , dont
l'auteur détermine aussi la date julienne exprimée
dans le monument , selon le calendrier égyptien et se-
lon le calendrier macédonien ; un tableau des surnoms
royaux et populaires des Ptolémées , dressé dans l'inten-
tion d'éclaircir les doutes formés sur ces surnoms ,
par suite de l'incertitude des anciens eux-mêmes.
Un curieux Mémoire explicatif de la date égyptienne
d'une inscription grecque , gravée sur le colosse de
Memnon, à Thèbes d'Egypte (avec sept médailles); en-
fin , la concordance des années de Nabonassar avec
l'année julienne , pendant la durée de l'empire des
Lagides, et un tableau de, tous les calendriers employés-
dans cet ouvrage. Nous devons dire aussi que les faits
qui s'y trouvent consignés , sont résumés dans un canon
chronologique dressé selon l'année julienne, les olym-
piades, l'ère égyptienne de Nabonassar, l'ère des La-
gides et les années de leurs règnes, et qu'une ample
table alphabétique des matières termine le second
volume.
Cette indication sommaire des diverses parties de cet
33o SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
ouvrage , si rempli de notions historiques , recueillies
par une critique sage, variée et fort érudite , doit le
recommander particulièrement aux savans , surtout
pour le soin que l'auteur a eu , comme il l'annonce lui-
même, d'y répandre beaucoup de détails , susceptibles
d'éclairer également d'autres questions de teins , et qui
ramènent la chronologie à ses principes élémentaires.
C'est un soin dont on ne peut que lui savoir gré, car ces
détails ont presque toujours pour objet d'expliquer des
dates anciennes; et, jusqu'ici , cela nous a paru bien
plus difficile, que de faire des systèmes généraux de chro-
nologie; car, le nombre de ces systèmes , tous difïérens
entre eux , ne nous paraît guère propre à en recom-
mander aucun. Mais on peut espérer aujourd'hui que
cette branche essentielle des sciences historiques ne res-
tera plus en arrière des autres , qui ont déjà faitd'im-
portans progrès; et certes, l'ouvrage dont nous venons
de rendre compte , devra contribuer efficacement à sa
progression. Nicolo-Poulo.
N. B. Nous sommes informés qu'on vient de publier de Nou-
velles recherches sur V époque de la mort iV Alexandre et sur la
chronologie des Ptolomces , ou Examen critique de Pouvrage de
Al. Champollion- Figeac , intitulé Annales des Lagides, par
M. J- Saint' Martin ( \ri pag. in-^8°)'j et que IM Champollion -
I i « .ic v.i publier aussi une Nouvelle exposition de ta Chronolo-
gie des Annale \s îles Lagides. N. D. K.
LITTERATURE.
HISTOIRE LITTÉRAIRE.
Mémoires historiques sur la vie de M. Suard , sur
ses écrits, et sur le dix-huitième siècle, par Do-
minique-Joseph Garât (i).
Lorsque, pour la première fois, l'on entend parler
du livre de M. Garât , et que , pour la première fois ,
on jette les yeux sur son frontispice, une reflexion vient
naturellement à l'esprit ; c'est l'étrange rapprochement
du nom qui partage, avec le xvmc siècle , l'honneur de
faire le sujet de ces Mémoires. Chacun mesure d'un
coup-d'œil la disproportion de taille du bel-esprit
académicien , avec l'imposante stature du siècle qui
fut celui de Voltaire et de J.-J. Rousseau , et encore
celui de l'Assemblée Constituante et de la Convention.
Cette impression ne s'efface pas après la lecture de
l'ouvrage ; mais , si l'on ne se croit pas autorisé à pro-
noncer la justification complète de l'auteur, sur le
choix de son cadre , ou trouve du moins des motifs de
l'excuser. D'abord , on est presque séduit par les ingé-
nieux artifices de l'amitié , sans cesse occupée à relever
l'importance ou le mérite de l'objet de son panégy-
rique , et l'on admire, presque involontairement , l'ha-
bileté avec laquelle tlM. Garât s'efforce d'élever son
héros , au moins jusqu'à la hauteur du piédestal de ce
siècle , qui fut grand , plus encore que le grand
siècle. Vaincu par la force des choses, plus d'une fois
l'historien a négligé l'académicien , pour le géant; et,
n'ayant garde de soumettre celui-ci au lit de Procuste,
il l'a dessiné dans sa grandeur et dans sa majesté , dout
(i) Paris, 1820. ?. vol. io-8°. A. Ik'lin. Prix, 14 h-
33a LITTÉRATURE.
quelque éclat se reflète sur le secrétaire perpétuel île
l'Académie. Il est juste encore d'ajouter que , si par le
XMiie siècle, on consent à n'entendre que cette bril-
lante éjDoque où quelques salons de Paris , remplis
d'hommes de génie et d'hommes spirituels, donnaient
l'impulsion à l'esprit humain, M. Suard fut un des
témoins de ce siècle; témoin d'autant plus précieux,
qu'il en apporta , tout près de nous , les plus lointaines
traditions.
En ces tems « que je viens d'indiquer, M. Suard parut
dans les salons de madame Geoflrin , d'Helvétius , du
baron d'Holbach ; il y apporta un esprit fin , un goût
pur, une instruction variée, quoiqu'un peu superfi-
cielle ; un tact parfait des convenances sociales. Là, on
lut des traductions, des brochures, des articles de
journaux, écrits par M. Suard , et qui attestaient déjà
qu'il était doué du sentiment des arts , et qu'il possé-
dait bien les formes et les règles de sa langue ; là , il
était assis à côté de d'Alembert , de Diderot, de Jean-
Jacques, de Raynal , de Marmontel , de La Harpe , de
Thomas ; il conversait, il disputait avec eux ; il sem-
blait occupé de travaux analogues ; il est même pro-
bable qu'il en berçait son avenir. Dès-lors , il devient
facile d'expliquer comment , après l'avoir vu habituel-
lement le commensal de tant d'hommes célèbres du
siècle dernier, on a pu se persuader qu'il était aussi leur
compagnon de gloire. Cette opinion propagée, surtout
autour de M. Suard , a dû, par suite, trouver un accès
facile dans l'esprit de M. Garât ; et c'est ainsi que s'ex-
plique le rapprochement de M. Suard et du xviur
siècle, fait pour étonner la plupart des hommes de
celui-ci , qui déjà sont la postérité.
Toutefois , quand un homme de talent aura ma]
LITTÉRATURE. 333
choisi son sujet, ou qu'il lui aura tracé des limites
inexactes , il ne s'ensuivra pas nécessairement qu'il
aura fait an mauvais ouvrage. Il est probable, au
contraire , ou plutôt il est certain que, partout où il
se sera retrouvé sur la ligne des idées justes et vraies ,
le talent de l'écrivain aura repris tous ses avantages.
C'est ce dont on s'aperçoit fréquemment dans l'ouvrage
de M. Garât; il ne faut pas se dissimuler, d'ailleurs ,
que , soit par l'effet de circonstances fortuites , soit par
son habileté personnelle, M. Suard a joui long-tems
d'une assez grande influence dans le monde littéraire :
à tort ou à raison , il avait en effet sa voix dans ces
salons philosophiques si célèbres , où l'opinion dictait
ses arrêts alors qu'elle était véritablement une puis-
sance, et non, comme de nos jours, une reine détrônée.
Lui aussi, simple traducteur ou journaliste, il a eu
l'honneur d'attirer les regards de ces princes accourus
du nord de l'Europe, pour voir la cité des littéra-
teurs et des philosophes , comme autrefois la reine
de Saba était venue, du midi de l'Afrique, contem-
pler la magnificence du temple de Salomon. Enfin,
M. Suard fut , pendant environ quinze ans , secrétaire
perpétuel de l'Académie française , ou de la classe de
l'Institut qui l'avait remplacée ; et , quoiqu'il ait paru
méconnaître l'importance réelle d'une classe des scien-
ces morales et politiques , dans l'Institut ; quoiqu'il ait
paru attacher plus de prix aux souvenirs , respectables
sans doute , des anciennes constitutions académiques,
qu'à leur moderne organisation , plus philosophique
et plus régulière , on ne peut nier qu'il n'ait joui d'une
grande influence sur les concours , et principalement
sur les nominations académiques.
Aussi, puisque M. Garât avait promis une biogra-
TOME VI. 23
334 LITTÉRATURE
phie , et celle d'un homme qui s'était trouvé en
relation intime avec des hommes de génie , je dois
dire que l'intérêt de son récit souffre plus d'une
fois des nombreuses digressions du narrateur. Quel-
ques-unes de ces digressions sont les morceaux les plus
brillans de l'ouvrage ; car c'est là qu'on rencontre les
portraits de Voltaire , de Fontenelle et de Montesquieu ;
ou l'on reconnaît le pinceau magique et suave du
peintre de St. Bernard , dans Y Eloge de Vabbé Suger.
A la différence des digressions des jeunes écrivains ,
qui sont ordinairement courtes et brusques , celles de
M. Garât sont amenées et abandonnées tour à tour
avec beaucoup d'art; elles sont étendues, mais non
pas longues , parce qu'elles sont pleines de souvenirs ,
de pensées et d'idées expérimentales ; mais enfin , ce
sont des digressions; elles rompent nécessairement l'u-
nité , le fil des événemens , que des interruptions trop
fréquentes ou trop long-tems prolongées , doivent faire
perdre de vue ; et je n'oserais pas assurer qu'elles n'aient
fatigué quelques lecteurs plus avides de faits que de
réflexions, et, en toute lecture, pressés d'arriver au but.
Pour bien jnger l'ouvrage de M. Garât , il faut l'en-
visager sous deux points de vue : comme Biographie
de M. Suard , et comme Mémoires littéraires sur le
xvme siècle. La Biographie est incomplète, mais elle
offre beaucoup d'anecdotes piquantes ; les Mémoires
sont aussi incomplets , mais ils offrent un grand nombre
de choses très remarquables sous divers rapports; et
quelques pages qui doivent compter parmi les belle-»
pages de la langue française.
Je connais une biographie de M. Suard , beau-
coup plus complète que celle qu'a écrite M. Garât.
<:<>lle-ci obtient un succès public et brillant ; l'autre
LITTÉRATURE. 335
n'obtient qu'un succès mystérieux ; ceux à qui il a été
donné de la connaître apprécieront la justesse de l'ex-
pression. Ceci est le secret d'une femme, qui ne l'a dit
qu'à trois cents personnes , sous la condition du si-
lence. Chacun de ces trois cents élus n'a fait confi-
dence du secret qu'à deux amis intimes , et je me trouve
compris dans le total. D'ailleurs , comme l'éditeur
défend expressément de parler de l'ouvrage dans les
journaux, je m'abstiendrai d'en donner le titre ni le
format, et surtout d'en nommer l'auteur. Je serais
même tenté , pour entrer tout-à-fait dans ses vues ,
d'inviter nos lecteurs à garder le secret sur mes demi-
confidences. Il faut bien que je dise encore pourtant,
que c'est là que j'ai appris les prénoms de M. Suard; il
se nommait Jean-Baptiste-Antoine , circontance que
M. Garât avait négligé de relater, et qui m'a prouvé
tout de suite , qu'il n'était pas du tout propre à tenir
les registres de l'état civil de la littérature. Je n'en ai
plus douté surtout, lorsque je me suis aperçu qu'il
n'avait pas su trouver, dans 2 vol. in-86 , la place pour
indiquer le jour de la naissance ni l'année de la mort
de M. Suard.
J'ai encore quelques observations du même genre à
faire à M. Garât, à son éditeur et même à son prote.
Je me plains à M. Garât de ce qu'il n'a pas mis une
seule date en chiffres , dans le cours du récit de la vie de
M. Suard , et de ce qu'il a négligé de donner la liste
de ses ouvrages (1).
(1) Voici lu liste de ces ouvrages , qu'il est bon d'indiquer ici,
pour faire comprendre quel peut être le rang littéraire que doit
occuper M. Suard : la traduction de V Histoire île Charles-Quint ,
pfl* Roberfson ; des Lettres, sut les querelles musicales des Gluc
23*
336 LITTÉRATURE.
Je reproche à l'éditeur des Mémoires de M. Garât ,
de n'avoir point placé une table alphabétique à la fin
de son ouvrage, etd'avoir placé entête une longue tablç
analytique y qui ne peutservir à rien faute d'indication
des pages, et qui semble postée là tout exprès , en fa-
veur de ces journalistes peu consciencieux , comme on
dit qu'il en est, qui rendent compte des livres san»
prendre la peine de' les lire ; précaution tout-à-fait
superflue pour un ouvrage aussi piquant que ces Mé-
moires. Enfin, je reproche au prote de M. Garât d'avoir
laissé échapper un assez grand nombre de fautes ty-
pographiques, qui , par un hasard assez malheureux,
tombent souvent sur des noms propres ou sur des mots
étrangers, ce qui les fait trop ressembler à des négli-
gences ou à des erreurs (i).
kistesctdcsPiccinistes, sous le voile de Vanonyiue de I au^irard;
des éditions de Vauvenargues , dé La Rocheioucault et de La
Bruyère, avec des JVolices sur ces auteurs; plusieurs Discours en
qualités de membre, président, ou secrétaire de l'Académie fran-
çaise; la traduction d'une brochure de Hume, sur ses démêlés
avec J. J. Rousseau; un pamphlet public, en 1814, à l'occasion
de la discussion de la loi sur la liberté de la presse; enfin un grand
nombre d'articles dans divers journaux, dont les meilleurs ont
été recueillis , en 4 vol. in-8° et in-ia, sous le titre tic /■ "di
littéraires, et en 5 vol. in-8" , sous le titre de Mélanges de Lilté-
raturt
(1) En voici plusieurs exemples, J'. 1. p. fa. « le chàMeau de
Pierre- Ancise u ( deux fois dans la même page ), lisez : Picrrc-lin-
cise. — Ibid., p. 282 : «Les étiquettes avaient beau vouloir mettrr
les classes à plus grandes distances des goûts, etc. 5», lise/. \'<li
quette. — Ibid. , p. 3a8 : « Les éditions des Géorgiques française*
se multipliaient sous les presses de Belin », Use/ : de Biquet
— T. II, p. Ç)j. : II) umour (mot anglais , lisez : humour. -r- Ibid. .
p. ï'jîi , Drury-fanes ("nom d'un théâtre de Londres \ lise» Drur* -
LITTÉRATURE. 337
Une observation que je ne dois pas dissimuler , c'est
que M. Garât a poussé si loin , à l'égard de M. Suard ,
les préventions de l'amitié , qu'elles ne lui ont pas per-
mis d'adresser une seule fois le plus léger reproche,
ni à ses écrits , ni à son esprit, ni à son caractère. Quel-
que disposé que je sois à recounaître que M. Suard
fut un homme estimable et un homme d'esprit, je
me persuaderai difficilement qu'il n'ait jamais payé
son tribut, soit dans ses actions, soit dans ses ou-
vrages , aux imperfections de l'humaine faiblesse. Je le
croirai d'autant moins , qu'en étudiant le caractère de
M. Suard, même dans le panégyrique de M. Garât,
il m'a été facile de voir qu'il fut doué d'un de ces na-
turels circonspects qui font éviter les grands écueils ,
qui suffisent peut-être dans les tems et dans les circons-
tances ordinaires, et permettent d'obtenir ce qu'on
appelle de la considération , mais qui laissent quelque-
fois un homme au-dessous du degré de vertu qu'on
pouvait exiger de lui. Ainsi, par exemple, M. Garât
justifie M. Suard du reproche d'avoir participé à la
mesure qui priva l'Institut de quelques-uns de ses
membres les plus distingués , parmi lesquejs nous avons
la douleur de compter M. Garât lui-même. Sans doute
on admettra volontiers la justification ; mais de cela
seul qu'elle a pu être nécessaire , il demeurera cons-
tant , que le secrétaire perpétuel de l'Académie fran-
çaise n'a pas déployé l'énergie et la noble indépendance
qu'on devait attendre de son caractère public, contre
lane. — Ib'ul. p. 218: le ministre (de Portugal), /Hnmbal, lisez
Ponbal. — Ibitl. p. 287 : M. Morin, lisez Marin, trois fois dans
le même feuillet (c'est celui dont il est question dans les Mémoi-
res de Beaumarchais). Ibid. , p. 358: /îrthm- Pung, lisez /îrthw-
. Yonng
338 LITTÉRATURE.
une opération ministérielle qui blessait à la fois les
lois et les convenances.
Mais, laissons M. Suard , et occupons-nous un peu du
peintre du XVIIIe siècle. Son talent va s'agrandir avec
son tableau , et nos éloges , cette fois , exigeront bien
moins de restriction. Ce n'est pas qu'on ne pût discuter
souvent, tantôt les opinions, tantôt les raisonnemens ,
tantôt même les expressions de l'auteur. Mais , il faut le
dire aussi , les peintures brillantes , les vues profondes ,
les pensées philosophiques , les idées originales, les mots
piquans , les anecdotes curieuses se présentent en foule
sous la plume de M. Garât , et font de ses Mémoires une
lecture attachante et instructive. Que de digressions on
pourrait retrancher de ce livre, sans qu'il fût moins
complet, et que cependant on serait désespéré de n'y
pas rencontrer. On y retrouve parfois ce charme qui
s'attache au récit des témoins oculaires, lorsque l'au-
teur nous parle des écrivains célèbres du siècle passé ;
tantôt , c'estM. Garât qui les a connus personnellement,
quoiqu'il évite , avec une modestie remarquable , de
se mettre, en scène; tantôt, et plus souvent, c'est
M. Suard qui en parle lui-même , d'après les souvenirs
de sa jeunesse, contemporaine des derniers jours du
siècle deFontenelle. Rien n'estplus piquant que les pages
qui concernent ce philosophe , et , en les lisant , j'ai cru
lui être présenté dans" le salon de madame Geoffrin.
On serait tenté de penser que l'auteur de ces Mé-
moires, scrupuleusement fidèle aux impressions de sa
jeunesse, à l'égard des philosophes du dix - huitième
siècle, a conservé pour leurs doctrines une admiration
vague et générale, que j'accorderais plus volontiers à
la droiture de leur cœur, et à la générosité de leur
ame. Ils ont eu le mérite incontestable et assez grand
LITTÉRATURE. Î53ç>
sans doute, d'entraîner tous les esprits à la recherche
do la vérité, et même de déblayer la plupart des er-
reurs qui s'opposaient à sa manifestation ; mais , on ne
saurait disconvenir qu'ils ont plus d'une fois dépassé
le but sans l'atteindre , et que leurs doctrines ont été
souvent, erronées en morale, incomplètes en métaphy-
sique, inexactes ou inachevées en économie politique ,
indécises ou paradoxales dans la politique théorique
et spéciale.
Nous recommanderons les opinions littéraires de
M. Garât à l'attention des personnes qui commencent
à s'apercevoir qu'il a existé jusqu'ici des préjugés en
littérature, comme en religion et en politique. Elles
verront qu'il n'est pas de ces exclusifs qui admirent
et dénigrent sur parole , et qui consentiraient volon-
tiers à ne pas laisser passer un hémistiche, sans un
certificat d'origine latine ou grecque. «Ecrivez, dit-il,
comme Racine , et osez tout ce que peut concevoir
l'esprit le plus hardi, quand il n'est pas faux : vous
serez porté aux nues, aujourd'hui, demain, ou dans
un siècle. >* M. Garât analyse avec discernement et ap-
précie avec enthousiasme ce bel ouvrage de madame
de Staël, sur V Allemagne. Ecoulez-le : « Qu'uii jeune
homme en doute s'il recèle dans son imagination et
dans son ame quelque étincelle de génie dramatique,
lise ces deux volumes (les premiers) , et qu'il étudie
ensuite le théâtre allemand Ces essais du théâtre
allemand si plein d'un génie créateur... allumeront,
son enthousiasme par l'impression très nouvelle de
leurs beautés , et exalteront son talent. » Les conseils
de tant de littérateurs philosophes qui ont prêché les
mêmes doctrines , ne seront pas perdus. Leur influence
se fait sentir dans plusieurs productions uouvelles. Notre
34« L1TTÉRATIRJ
littérature dramatique surtout est en travail de change*
nient; et l'un des plus heureux symptômes de cette ré-
volution est l'adoption presque exclusive, dans la tra-
gédie moderne, de sujets nationaux , ou, ce qui re-
vient au même , de sujets qui appartiennent aux
grandes familles des peuples Goths , Germains et
Scandinaves, depuis qu'ils ont embrassé le culte chré-
tien. Dans la comédie , la révolution dramatique com-
mencée par les drames de Diderot , de Mercier, de Sé-
daine (que nous sommes loin toutefois d'approuver
sans restriction ), et par quelques traductions heureu-
sement transportées sur notre scène, fait sentir son
influence d'une manière sensible dans les théâtres de
M. Picard et de M. Alexandre Duval ; mais il nous reste
encore beaucoup à faire en celte partie, avant d'avoir
égalé nos voisins dans le naïf et dans le pathétique.
M. Suard ayant traversé la révolution que le dix-
huitième siècle a vu cclore et. parcourir quelques-unes
de ses phases, M. Garât n'a pu éviter de consacrer à
cette grande période , une place dans ses Mémoires. On
dirait ce pendant qu'il n'aborde ce sujet qu'avec répu-
gnance , soit à cause des difficultés de tout genre qu'il
présente pour certains esprits et certains caractères ,soit
plutôt à cause de l'embarras où devait nécessairement
cire placé un homme tel que M. Garât , condamne, par
la lâche qu'il s'est imposée , à louer sans cesse , et. à peu
près sans restriction, celui dont l'aine lui si peu faite
pour les pensées de notre époque, qu'il sut ne pas se
laisser entraîner au mouvement de 89 , cl qui depuis
ne cessa pas un instant de lutter, d.-ms sa BphÀre ,
contre le cours indomptable du siècle; il esl résulté de-
là , que l'historien ne dit pas avec assez de franchi
à mon gré, ce qui doit être dit de M. Suard , seule-
LITTÉRATURE. 341
ment dans l'intérêt de la vérité historique; et qu'il
tourne un peu court sur une époque qui remplit un
grand espace dans la vie de M. Suard , et dans l'histoire
du dix-huitième siècle. Quelquefois même on serait
tenté de croire que M. Garât s'est un peu trop pénétré
de l'esprit de celui dont il raconte la vie, d'après le
soin extrême qu'on lui voit apporter à ne blesser au-
cune opinion, ni aucune situation politique : précau-
tion superflue, qui n'apaisera point les hommes ré-
solus d'avance d'être implacables, et qui mécontentera
peut-être quelques-uns de ces caractères énergiques ,
qui ne tolèrent pas qu'on épargne aucune erreur , ni
qu'on voile aucune vérité. C'est ainsi que , dans un pas-
sage de son livre, M. Garât présente une théorie du
mécanisme du parti ministériel et du parti de l'op-
position, dans les gouvernemens représentatifs ; théorie
certainement très ingénieuse et très subtile , mais qui,
je pense, ne sera pas admise, par ceux qui ont cru qu'il
valait la peine de sacrifier leur fortune et leur repos
à leur conscience politique. Cette théorie pourrait con-
soler sans doute beaucoup de ministres et de minis-
tériels des outrages de la presse et des amertumes de la
tribune ; mais elle désenchanterait trop ces âmes géné-
reuses et ardentes qui ne veulent pas être désenchantées,
et qui ne mettent pas de bornes , du moins dans l'avenir,
à leurs vœux philanthropiques. Au reste, lors même qu'il
nous arrive de ne pas accéder entièrement aux opinions
politiques de M. Garât, personne 71e rend plus de jus-
tice que nous à la touchante pureté de ses vœux , à la
droiture irréprochable de sa pensée. Nous signalerons
même tout ce qui concerne le 18 Fructidor, journée
dont M. Suard fut l'une des victimes, et que M. Garât
a jugée digne de fixer long-tems et profondément sa
?4a LITTÉRATURE.
méditation , comme un des morceaux de l'ouvrage, qui
doit le plus attirer l'attention du lecteur, et souvent
même piquer sa curiosité, par le récit d'une foule de
circonstances dignes d'observation. Cette fois encore ,
nous n'adopterons pas sans restriction toutes les opi-
nions de l'écrivain; et, néanmoins, il nous semble qu'on
n'avait rien écrit jusqu'à ce moment de plus précieux ,
sur une époque fameuse, où l'on rencontre, en l'exami-
nant de sang-froid, plus de droiture d'intention que
l'événement n'a permis de le supposer , et qui , avee
un peu d'habileté, devait être le dernier cahotement de
notre révolution.
Après avoir présenté des observations sur les masses
générales qui composent ces Mémoires , il resterait en-
core à parler du style qui les décore. On sait, et les vieux
concours de l'Académie française l'alteslent,que M. Ga-
rât est un de nos maîtres en cet art. Chez lui, Ton ren-
contre a. chaque instant des comparaisons ingénieuses
ou brillantes, des expressions pittoresques, des pages
pleines de force, et plus souvent de suavité; d'un bout
à l'autre de son livre, la langue française déploie tour
a tour sa précision , sa richesse ou sa grâce. Néanmoins,
j'ai cru remarquer dans la couleur générale de ce style,
une manière qui n'est plus celle de notre époque, et
qui pourtant ne lui est pas supérieure. Les formes de
cette diction sont toujours savantes, les phrases en sont
habilement travaillées ; mais peut-être l'art qui préside
à ce mécanisme n'est pas suffisamment voilé , ou du
moins il nuit quelquefois à la franchise de l'allure de
IVrrivain. Aujourd'hui , peut-être, nous accorderions
moins d'attention au nombre de la période, à l'ha-
bileté de l'inversion ; et nous céderions plus volontiers,
surtout eu écrivant des Mémoires , à un abandon
LITTÉRATURE, 343
élégant mais facile, qui ne dispense jamais de la pureté
et de la correction , mais qui , dans son naturel et dans
sa simplicité , a bien aussi son charme et ses grâces, et
qui fait rencontrer parfois de ces beautés de style inat-
tendues, auxquelles tous les efforts de l'art ne sauraient
jamais atteindre.
Il appartenait à la Rrvue Encyclopédique de donner
sur l'ouvrage de M. Garât une opinion motivée, et
tout-à-fait indépendante des considérations de per-
sonnes et de circonstances. Trop souvent, et peut-être
cette fois , les journaux quotidiens auront fait parler
leur haine ou leur faveur. Pour nous , nous avons
cru devoir faire violence en cette occasion à la plus
juste estime , pour signaler, avec une impartialité que
nous croyons rigoureuse , de légères taches qui se ren-
contrent dans un bel ouvrage. Mais nous espérons avoir
réussi à inspirer à nos lecteurs le désir de connaître
un livre, dont les défauts même ont quelque chose de
brillant. Nous ne doutons point, d'ailleurs, que les
Mémoires de M. Garât , sur le dix-huitième siècle, ne
trouvent place dans toutes les bibliothèques littéraires,
à côté de ceux de Marmontel , et des Confessions de
Rousseau, et auprès des Correspondances de Grimm, de
Galiani , de madame Du Deffand , de madame d'Épinay ,
de mademoiselle de Lespinasse. Peut-être même les jeunes
gens feront bien de commencer, parle livre de M. Garât,
leurs lectures en cette partie piquante de l'histoire litté-
raire ; il en formera tout naturellement l'introduction ,
il doit même la rendre plus intéressante, et surtout
d'une intelligence plus facile.
A. Mafiul.
344 LITTERATURE.
lMlV\*W\VVVXWWVWV\VVV\V\WVW
LITTÉRATURE ITALIENNE.
Il Conte di Carmagnola , tragedia di Alessandro
Manzoni ,*
Le Comte de Carmagnole ^ tragédie; par
M. Alexandre Manzoni (i).
L'auteur de cette tragédie est le petit-fils du célèbre
Beccaria , auteur du Traité des délits et des peines. Ses
qualités personnelles l'autorisent à se glorifier d'une
telle descendance.
Le comte Manzoni est connu chez 1rs Italiens par
des poésies remarquables pour l'intérêt des idées, la
beauté des images, la correction du style , et le carac-
tère de la versification. Nous avons précédemment an-
noncé son apologie de la morale catholique. ( Voy.
Revue Encyclopédique, an. 1819, T. IV, p. 225. )
La tragédie qu'il vient de publier à Milan , est un
nouvel essai de son talent , et comme une esquisse de sa
manière d'envisager le genre dramatique.
Dans une préface bien conçue , il expose avec rapi-
dité et précision la théorie qu'il s'est proposé de sui-
vre , et reproduit tout ce que les romantiques ont dit
de mieux contre les deux unités, de tems et do lien. On
serait presque tenté de partager son opinion , lors-
qu'il raisonne avec toute la rigueur de l'analyse, si l'on
n'avait pas , au moins, jusqu'à présent, assez de raison
de craindre que le fait ne répondît point suflisa minent
à la théorie. Nous avons indiqué ailleurs de quelle
manière il faudrait comparer ces deux prétendus gen-
(1) Milan, 1820. 1 vol. in-8°, \\i p. A Paris, chez 1/. Fayolle,
libraire, rue Saint-Honore, n° atty-
LITTÉRATURE. 345
res , classique et romantique , pour décider lequel
me'rite la préférence (i). 11 peut cependant être utile
de multiplier ces essais de la nouvelle manière, ne
fût-ce que pour nous mettre encore plus à même de
profiter des résultats, moyennant quelques conces-
sions plus ou moins avantageuses aux progrès de l'art
et à l'intérêt des productions dramatiques. Voyons
maintenant de plus près quel est le plan que M. Man-
zoni a suivi dans sa tragédie.
Ami de la gloire nationale , il a senti de quelle impor-
tance il était de transporter sur la scène les fastes de l'I-
talie. En conséquence , il a choisi pour sujet desa pièce
la mort du comte de Carmagnole , qu'il nous fait con-
naître par une biographie critique. François , fils de
BarthélemiBussone , paysan, naquit à Carmagnole , en
Piémont , lieu dont il prit le nom . vers l'année 1390.
D'abord pâtre , puis soldat sous les ordres de Facino
Cane , eusuite chef de partisans dans les troupes de
Philippe-Maria Visconti , duc de Milan , enfin , général
de ces mêmes troupes , il conquit , en peu de tems ,
vingt villes à ce nouveau prince ; et , nommé comte de
Castelnuovo, il devint l'époux d'une Visconti. Bientôt
il perdit la faveur de son prince, à qui pesait trop
sans doute le souvenir de ses éclatans services; et,
contraint d'abandonner l'Etat qu'il avait , pour ainsi
dire , conquis, il espéra se venger , en excitant contre
ce prince la haine des Italiens. Il réussit à lui faire
déclarer la guerre par les Vénitiens , qui le créèrent
général de leur armée de terre; et c'est ici que com-
mence la tragédie de M. Manzoni.
Elle nous représente successivement l'incertitude et
(i) lies». End. Tora. IV, p. f)?*
346 LITTÉRATURE,
la détermination du sénat, avant de confier au comte
de Carmagnole le commandement de ses troupes (act.
Ier) ; le dissentiment bien marque des généraux ennemis
dans leur camp, sur l'opportunité de l'attaque , et les
ordres que Carmagnole donne , sous sa tente , pour rece-
voir l'ennemi (act. II); la générosité du comte, qui,
après la victoire , donne, suivant l'usage de guerre de
son tems , la liberté à ses prisonniers, et les soupçons
qu'en conçoivent les commissaires du gouvernement
(act. III) ; la délibération du sénat qui le rappelle du
camp, et la confiance avec laquelle le comte se rend
à Venise (act. IV); enfin, la surprise du comte qui,
du sénat, se voit traduit à un tribunal secret, et de-
là amené pour être décapité , le 5 de mai i432 (act. A ) :
tous ces événemens principaux, et d'autres plus ou
moins accessoires qui s'y rattachent, se succédèrent
dans un espace de huit années ; et quoique la pièce
n'ait pas besoin de tout ce tems pour se développer,
elle ne saurait atteindre le but, sans en employer
une grande partie. Ainsi , l'on voit la scène tantôt à
Venise, dans le sénat , chez le comte, au conseil des
dix, et dans la prison ; tantôt dans les divers cainpe-
racns, près de Maclodio, de Crémone et ailleurs.
On croit voir exactement représentée l'histoire de
cette époque ; mais l'auteur ne manque pas de l'animer
par des épisodes de son invention. Tel est , sans doute ,
celui de Marco, un des sénateurs, qui, lié d'amitié
avec le C. Carmagnole, prend d'abord sa défense avec
chaleur, dans toutes les occasions, mais qui, bientôt
entraîné par la fatalité de sa passion , et cédant au
despotisme ombrageux du Sénat de Venise, semble
finir par prendre part à la mort de son ami, et, sui-
vant les ordres du gou\ernemeut . se rend à Thessalo-
LITTÉRATURE. 3f:
nique, accablé du poids de sa honte et de ses remords.
Le premier personnage de la pièce est doué de qua-
lités qui rattachent un vif intérêt à sa personne et à sa
destinée. Il est magnanime , fier , loyal , innocent , à
la fois bon mari et bon père ; et , condamné à la mort ,
il s'y résigne en guerrier, en chrétien. Quoiqu'il eût
pu se souvenir de la maison de Visconti , et éprouver
quelques troubles intérieurs, voisins du repentir,
pendant la guerre qu'il faisait contre son ami , contre
son parent, circonstance qui , peut-être , l'aurait rendu
plus tragique; l'auteur, néanmoins, paraît s'être fait
un scrupule d'altérer le caractère historique, en attri-
buant de pareilles hésitations à son héros. Sa femme et
sa fille même, qui eussent pu ajouter à l'intérêt dra-
matique de sa position, ne paraissent qu'à la fin de
la pièce, pour déplorer sa mort.
Ceux qui cherchent des rapports nécessaires entre les
épisodes et les événemens dramatiques , reconnaîtront
bientôt que quelques-uns de ceux qu'a employés M. M**,
ne dépendent pas nécessairement les uns des autres.
On peut, en effet , regarder comme tel l'épisode de
Marco ci-dessus cité, et la discussion des généraux
du duc de Milan ; mais, pourquoi relever et exagérer
ces prétendus défauts, s'ils trouvent leur raison daiia
le système adopté par l'auteur ? Il vaudrait donc mieux
analyser ses principes, et discuter plutôt les défauts de
sa théorie, que ceux de sa pièce. Je donne la préférence
à la première discussion , en ce que , malgré les avan-
tages que nous promet le genre romanesque, et les
dangers auxquels il nous expose , le succès qu'il a ol>l< -
nu jusqu'à présent n'est pas aussi imposant qu'on I a-
vait espéré. Si l'on excepte quelques pièces de Schiller.
qui a pu, joignant la théorie à la pratique, se former
348 littérature:.
un système d'après le mode de Shakespeare , auquel
le génie tenait lieu de règles, dans un tems où l'on n'en
connaissait aucune, presque toué lesautres partisans de
cette école ont prouvé, par leur exemple, que l'on
dédommage trop faiblement le public des inconvé-
niens auxquels l'art dramatique se trouve exposé par
de semblables innovations. Peut-être les adeptes nous
donneront-ils, à l'avenir, de meilleurs essais de leur
école; mais, jusqu'à présent, on ne paraît pas bien
content de la plupart de ceux qui ont paru.
Malgré ces imperfections, qui peuvent appartenir
aux auteurs comme au genre, M. Manzoni a montré
assez de talent pour se faire distinguer parmi les pro-
moteurs de la nouvelle école. Bien que le style, dans
quelques détails , ne semble pas toujours égal , ce qui
pourrait être aussi une des qualités constitutives de la
manière qu'il a adoptée (i) ; on y rencontre souvent
des traits remarquables par la force et le pathé-
tique. Le principal mérite de l'auteur consiste dans la
noblesse, la clarté et la correction. Quant aux pensées
et aux sentimens , ils attestent toujours cette morale
patriotique et pure qui, encore si rare, distingue par-
ticulièrement l'auteur. À la vérité, il s'est conformé à
la manière de penser de l'époque à laquelle se rapporte
le sujet de sa pièce; il s'est étudié à nous peindre les
caractères et les mœurs de ce teius-là ; mais , on entre-
voit toujours le bon esprit du poète national, et c'est
ce (jui doit lui mériter les suffrages des véritables
Italiens.
(i)Lessing, Engel et d'autres littérateurs allemands', préten-
dent en efl'et (pie l'inégalité du Style est une consrquenee ni
taire de la variété des caractères et des paSliOAS qu'admet le
genre romantique.
LITTÉRATURE. 349
La preuve la plus décisive qu'il donne de sa manière
de sentir, est le chœur qu'il a mis à la fin du second
acte , et le seul qu'il emploie dans sa tragédie. Ce sont
des citoyens qui déplorent l'acharnement de deux
partis formés en Italie, affaiblissant la patrie par leurs
dissensions , et préparant les voies à l'étranger qui épie
le moment de profiter de leur épuisement : il y a du
lyrique et du pathétique tout ensemble dans ce chœur;
mais, ce qui est plus important, il est aussi vrai que
poétique.
Hélas ! dit-on quelque part, qui a le premier tiré
son épée sacrilège pour blesser son frère? O moment ca-
lamiteux! Quelle est l'horrible cause de ces exécrables
cojffbats? On l'ignore : chacun de ces guerriers s'est
présenté ici pour donner la mort et la recevoir, sans
colère , comme sans motif) chacun est vendu à un ca-
pitaine , vendu lui-même ; chacun combat sous lui ,
sans en demander la raison.
La vérité plaît toujours, alors même qu'elle est dé-
pouillée des grâces du style poétique. Le poëte nous
retrace encore avec beaucoup de naturel l'image du
paysan qui, assis à l'entrée de sa paisible habitation,
indique l'orage fondant au loin sur les champs qu'il n'a
pas labourés : il lui compare l'Italien qui observe ,
avec la même indifférence, les troupes années faisant,
autour de lui, le recensement de leurs morts et des
villes incendiées.
Tout le chœur marche sur le même ton : il comprend
128 vers octonaires , et est, sans contredit , un peu trop
long, si on le compare avec la plupart des chœurs
que nous connaissons ; mais c'est aussi dans la manière
de M. Manzoni. S'il était vrai, comme on l'a dit , que
tome vi. 24
35o LITTÉRATURE.
Je célèbre dithyrambe du Redi (i) eût été fait pour ses
notes ; ne pourrait-on pas dire de même de la tragédie
de M. Mansoni , qu'elle semble avoir été faite pour sou
chœur? Nous hasardons ce rapprochement, persuadé
d'ailleurs de l'excellence du morceau qui en est l'objet.
Il est à désirer que ce premier essai du talent tra-
gique de M. Manzoni,soit suivi d'autres encore plus
distingués. Que cet estimable écrivain continue à il-
lustrer l'histoire de son pays , si riche en événement
d'une haute importance; que, loin de s'effrayer des
difficultés de sa noble entreprise, il mette tout à profit,
même les censures injustes ou exagérées auxquelles ses
productions pourraient donner lieu ; enfin , qu'il serve
d'exemple à ceux de ses concitoyens qui sont capables
d'apprécier, de partager ses louables et généreuses in-
tentions. Nous ne désirerions pas moins qu'il voulût
s'essayer en même teins dans le genre classique; peut-
être que l'avantage qu'il en retirerait , le dédomma-
gerait amplement du sacrifice qu'il lui ferait de sa li-
berté : alors, de nouveaux succès le réconcilieraient
infailliblement avec le genre classique , dans lequel il
a si bien figuré sous plusieurs rapports. F. Salfi.
(0 François Redi fut un des plus Bavant; médecins e! dei pre-
miers naturalistes «In dis septième siècle. Ses expériences phy-
siques , et principalement celles <|n il (it sur le venin des vipères,
lui acquirent beaucoup de crédit. IV:, études aussi sérieuses ne
l'empêchèrent point de devenir un des poètes les plus corrects et
les plus originaux, dans nn siècle trop déprécié, comparative-
ment au siècle précédent , qui avait |eté un si grand éclat sur
ritalie. Le dithyrambe de Kedi, la meilleure pièce en ce genre
qui ait paru depuis les Grecs, et dont la littérature italienne t>e
glorifie avec raison, esl intitulé Bucco m Toicana. L'auteur Y
I oignit des Y<>/ •> d'une érudition remarquable , «1rs recherches
d'un grand intérêt , d'une haute importance : c'-est ce qui donna
lieu à cette observation plaisante « que le dithyrambe ;ivait été
i.iii pour les notes. » Le même perte avaîl commence un autre
dithyrambe surl'/uu* , qui no lut pas achei
WV WVVWVVVWWVWVV VWVW VW VW WV WV V wvw vw vw vw wv w\ www vw wv vw www
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMERIQUE.
ÉTATS-UNIS.
87. — A Hislory of the introduction and use of scutellaria la-
terifolia ( scull-cap ) as a remedyfbr preventing and curing hydro-
phobia occasioned by the bite oj'rabid anima/s, witk cases accom-
paniedwilhaplateofthe plant; £v*Lyman Spaldiiyc , D. M. — Mé-
moire sur l'introduction en médecine de la scutellaria laterifblia
( scull-cap ) , comme remède préservatif et curatil" contre l'hy-
drophobie causée parla morsure d'animaux enragés- à l'appui
duquel plusieurs exemples de cures opérées par le moyen de
cette plante : lu devant la Société historique de New-York , le 14
septembre 1819, par Lyman Spalding, D. M.
Cet ouvrage a été envoyé au Muséum d'histoire naturelle
de Paris, par M. Hyde de Neuville, ambassadeur de France
aux États-Unis. New-York, 1819. 1 vol. in-8° de 3i pages.
Collins et Jonsen, libraires.
88. — An Essay on the necessity of improving the American
national forces , etc. — Essai sur la nécessité de perfectionner
les forces nationales de l'Amérique, par M. William Theobald
Wolfe-Tone , ex-officier de cavalerie légère, aide-de-camp au
service de France , et membre de la Légion d'honneur. New-
York, 1819.
Le but de cet ouvrage est de prouver au peuple des Etals-
Unis, qu'il s'endort maintenant dans une fausse sécurité, et que
des préparatifs de guerre sont indispensables pour réprime]
l'ambition de la Grande-Hretague , ou pour s'opposer aux nan-
ti,) Nous indiquerons , par un astérisque (' plac< h ité du titre
de chaque ouvrage , ceux des livres étrangers ou français qui
paraîtront, dignes d'une attention particulière, et dont nous,
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses.
2/f*
35a LIVRES ÉTRANGERS.
velles invasions qu'elle pourrait tenter sur le territoire des États-
Unis. L'auteur commence par l'examen des changemens impor-
tons qui se sont opères depuis quelques années dans la force mi-
litaire et dans la politique nationale du gouvernement anglais.
Cet intéressant sujet est traité avec talent. M. Tone recommande
fortement aux Américains de grands préparatifs et beaucoup
d'activité , l'augmentation de l'armée , la formation de nouveaux
arsenaux et de nouvelles écoles militaires.
a La jalousie de l'Angleterre, dit le colonel Tone, est principa-
lement dirigée contre les États-Unis. Les Anglais n'ignorent pas
que leur puissance maritime , fondement de toute leur grandeur,
a plus à redouter de l'Amérique que du reste du inonde. Ils ne
peuvent attaquer les sources de la prospérité de ce pays • les
causes de cette prospérité sont hors du pouvoir de l'Angleterre,
el même de l'homme. C'est la situation géographique de l'Amé-
rique , son immense territoire, la nature d'un gouvernement
libre, et le caractère éclairé de ses peuples, qui lui assurent un
bonheur indépendant. Mais la Grande-Bretagne peut arrêter ses
progrès; elle peut lui causer de terribles secousses, et l'Améri-
que doit, se tenir en garde contre cette redoutable rivale. Le
second chapitre contient une analyse de la dernière guerre des
Anglais contre les États-Unis, considérée spécialement sous les
rapports militaires.
Cet ouvrage remarquable renferme des aperçus justes et inté-
ressans sur la puissance et la politique, de l'Angleterre; il a fait
sensation aux États-Unis, et plusieurs journaux américains l'ont
cité avec éloge, en invitant la nation à suivre les avis de l'auteur.
Hq. — ViniMciœ Uibernicee , or Ir&land i <inàicatod , etc. —
L'Irlande justifiée; essai pourdéyeloppex el réfuter quelques-vues
des nombreuses erreurs et des «alunîmes mensongères qui se
trouvent dans les histoires d'Irlande de Ma) , de Tcinpl.
Whitelock , de Rorlase, de Rushwot th , de Clarendon , de Cox ,
tic Carte, de Leland , de Warner, de [Nlacaule\, de Hume, et
de plusieurs autres écrivains, particulièrement dam :s légendes
Bur la conspiration et le prétendu massacre de if>p, pai M. Ca-
iœy. Philadelphie, 1819. ( Voy. T. V , pag. >j. )
Cet ouvrage n'est point une servile compilation des auteurs
LIVRES ETRANGERS. 353
anglais , ni une misérable copie des préjugés de cette nation ,
comme la plupart des livres américains. 11 est dédié à « ces es-
prits supérieurs qui méprisent le joug de la fraude, de l'impos-
ture et du fanatisme ; qui ont sacrifié leurs préjugés sur l'autel
de la vérité 5 qui possèdent enfin les bienfaits d'une liberté ré-
vérée, acquise par leurs efforts contre le despotisme: ces âmes
élevées sympathiseront avec ceux qui ont lutté , quoique sans
succès, contre la plus cruelle oppression qui ait jamais pesé sur
une nation noble et généreuse, ceux qui ont embrassé la noble
cause défendue par Léonidas, Épaminondas , Brutus , le prince
d'Orange , Guillaume Tell , Lafayette , Hancock , Adams, Frank-
lin et Washington. » Il est aussi dédié à la mémoire immortelle
des Desmonds, desO'JNiels, des OVlonnels , des O'Moores , des
Prestons, des Mountgarrets , des Castlehavens, des Fitzgeralds,
des Sheareses , des Tones, des Emmetts, et de ces myriades d'il-
lustres Irlandais , qui sacrifièrent leur vie et leur fortune pour
émanciper une contrée favorisée de tous les dons de la nature.
EUROPE.
ANGLETERRE.
90. — A Sketch oj the economy of man. — Essai sur l'éco-
nomie de l'homme. Londres, 1819. Longman. Prix, 7 shellings.
Cet ouvrage, publié par un auteur anonyme , renferme une
analyse incomplète, mais fort remarquable , des facultés du corps
humain. Il est divisé par chapitres: le plan parait bien ordonné.
Après une explication des facultés générales du corps , l'auteur
passe aux sensations, puis aux mouvemens intellectuels et mus-
culaires, enfin à l'expression de ces mouvemens par les organes
des sons et de la vue, et par le moyen des signes extérieurs.
Vient ensuite une description du phénomène du sommeil, et
des causes qui en produisent les différens degrés , depuis l'as-
soupissement jusqu'au plus profond sommeil; il explique ce der-
nier état par le système nerveux, qui, parvenu à un certain
point d'irritabilité , la perd tout-à-fait. Quoique cetouvrage
n'offre rien d'absolument neuf, il est curieux, et mérite d'être
remarqué pour l'ordre , la clarté, et la justesse des idées qu'on
y trouve.
354 LIVRES ÉTRANGERS.
91. — A History of the wcst Indies , etc. — Histoire des
Indes occidentales, renfermant l'histoire naturelle, civile et ec-
clésiastique de chaque île; avec un récit des missions instituées
dans ces îles, dès le commencement de leur civilisation. Ouvrage
posthume du révérend TlwmasQoKT.; S vol. in-8°, orne's de cartes
et de gravures. Londres, 1820. Colburn. Prix, 1 1. 4 shellings,
cartonne.
92. — Information relative to the United States of America ,
etc. — Informations relatives aux. Etals-Unis d'Amérique et aux
colonies anglaises; par William Ktngoom. Prix, 10 shellings
6 pences.
g3. — Travcls in Italy , Greece , and the Ionian islands , ele
— Voyages en Italie , en Grèce, et dans les îles Ioniennes , divi-
ses par lettres, et publies par H. W. Williams. Londres, 1820.
2 vol. in-8°. Prix, 2 liv. 2 shellings.
<)/j. — -A new and impartial history of 1 rcland , etc. — Histoire
nouvelle et. impartiale de L'Irlande, depuis les premières traditions
jusqu'à nos jours; par INI. Permot ; publiée par livraisons in-8°.
Cowic , lib. , à Londres , et Coync , à Dublin. On peut se pro-
curer chez ces deux libraires , depuis le numéro premier jusqu'au
numéro 11. Prix, 1 shelling, chaque numéro ; ou le premier vo-
lume complet, prix, 12 shellings, cartonné. L'on vi âge mtiei
formera 5o numéros ou \ vol. in-8°.
Le premier volume de celle histoire, qui vient délie offert
au public, contient une réfutation des doutes et des conjectures
exprimées" p;ir Ledwich et Macpherson , sur l'authenticité d<
anciennes annales irlandaises ; quelques détails Lntéressans sur
les premières peuplades de lue; un examen de cette question
« Quelle fut l'origine des habttansde l'Irlande? etc.... » U sein
mine à l'extinction du druidisrae et à l'introduction de la religion
chrétienne dans cette Ile. Le second volume finira à l'invasion de
l'Irlande par Henri 11 , qui complète l'histoire ancienne de ce
pays : les deux autres contiendront son histoire moderne jusqu'à
nos jours. On trouvera dans cet ouvrage une description des an-
tiquités de l'Irlande; des détails exactt sur sa constitution poli-
tique, ses !<>is, elc...; la littérature du moyen âge; les carac
tères Ogham et les élémens alphabétiques du langage y seront
LIVRES ETRANGERS. 355
aussi dépeints. Le but de l'auteur est de pre'senter un tableau
complet du génie , des coutumes, des lois et des mœurs de la
nation irlandaise.
g5. — The literary Gazette, and Journal of belles- Lettres,
arts , sciences, etc. — Gazette litte'raire, ou Journal des belles-
lettres, des arts, des sciences, etc. — Ce nouveau journal, con-
tenant quarante-huit colonnes d'impression , se publie une fois
par semaine tous les samedis régulièrement.
Le Ier cahier du trimestre de 1820 vient d'être complète' par la
publication du n° 166, le 25 mars ; il contient des revues critiques
de plus de cinquante-deux ouvrages , dont cinq français; l'Histoire
de Venise, par M. Daru; le Voyage de M. Mollien en Afrique, etc.;
vingt-trois articles originaux sur des sujets neufs , et. propres à
intéresser les savans, les littérateurs et les hommes du monde.
Les nouvelles scientifiques , contenues dans le premier cahier
de ce recueil, sont au nombre de i5, savoir : une notice sur la dé-
couverte des monnaies anglo-saxonnes en Suède ; — un traité sur
les antiquités de Wiesbaden ; — des détails sur les antiquités
arabes en Pologne ; — sur l'astronomie des Orientaux ; — sur
la mesure d'un arc du méridien , par le docteur Olbers; — sur
l'expédition arctique ; — sur les expériences de Bracconot pour
extraire du vieux linge une matière sucrée ; — exemple d'une
combustion spontanée sur le corps humain; — • effets remarqua-
bles de la foudre ; — nouvelle méthode pour imprimer les cartes
de géographie ; — montagne mouvante à INamur ; — la sidéro-
graphie, ou nouvelle manière de graver sur l'acier pour empêcher
les contrefaçons; — • des turquoises; — Journal météorologique
de chaque semaine; — progrès de la vaccine dans l'Inde.
Ce journal rend compte aussi des expositions publiques , des
découvertes qui intéressent les arts, des productions remarqua-
bles en sculpture , peinture , etc. . des séances des Académies
anglaises et étrangères , et en général des principales corpora-
tions savantes. On y trouve plusieurs critiques sur le théâtre an-
glaisées analyses des meilleures pièces anglaises et françaises;
des détails biographiques sur des hommes célèbres; enfin, sous
le titre de mélanges, des anecdotes, des essais sur la société
et les mœurs. On s'abonne au bureau de la Gazette littéraire ,
n° 362. Strand, à Londres. Le prix de chaque livraison, publiée
une fois la semaine, est de 8 pences ( iG sous de notre monnaie).
356 LIVRES ETRANGERS.
96. — Popular Voyages and travch , comprising the tour of
Europe, etc. — \ojages populaires, comprenant le tour de
l'Europe ; abrégé à l'usage des écoles et des jeunes gens 5 suivi de
remarques sur le caractère et les mœurs des différentes nations
européennes ; par le révérend T. Clarke. Londres, 1820. 1 vol.
in-8° de 455 p. Colburn.
Cet abrégé manquait depuis long-tems à l'instruction de la
jeunesse. Les différens changemens qui se sont opérés parmi les
nations de l'Europe et dans leurs gouvernemens , avaient jeté
beaucoup de contusion dans la partie historique de la géogra-
phie. L'auteur de cet ouvrage a entrepris de faire connaître la
situation actuelle des peuples et des pays. 11 compte publier in-
cessamment un aperçu sur le même plan , de l'Asie , de l'Afrique
et de l'Amérique.
97. — The scholar's remembrancer. — Le moniteur de l'éco-
lier, contenant des tables d'arithmétique, d'histoire , île géogra-
phie , d'écriture , de chronologie et de biographie. Londres ,
1820. 1 vol. in-12, même adresse.
98. — The art of instructing the infant deaf and dunib. —
L'art d'instruire les sourds-muets, par J. P. Arrowsmith ; orné
de gravures, dessinées et exécutées par le frère de l'auteur , ar-
tiste sourd-muet de naissance. Londres, 1820. Colburn. 1 vot.
in-8°. Prix, 10 shellings 6 pences.
99. — The glory of regality , etc. — La Gloire de la royauté,
nu traité historique de l'onction et du couronnement des rois et
des reines d'Angleterre ; par Arthur Taylor. Londres, 1820.
Payne. 1 vol. in-8°. Prix, i5 shellings.
Cet ouvrage contient des remarques curieuses sur l'ancienne
manière de créer les rois, et sur l'origine des cérémonies exis-
tantes; l'histoire des prérogatives royales; la description
ornemens royaux \ quelques détails intéressans sur la cour des
privilèges , SUT les fonctions des grands ollîciers de l'Étal , et sur
les services féodaux et les processions , avec tout w rituel en
usage à l'inauguration ilesi<,i, d'Angleterre , el une chronique
des couronnemens anglais depuis l'origine de cette cérémonie.
100. — The Monaatery, hy the attthonf IVaverly. — Le Mo-
naatert, par l'auteur de Waverly, de L'Antiquaire, de la Prisou
LIVRES ETRANGERS. 357
d'Edimbourg, etc. Londres, 1820. Colburn. 3 vol. in-12. Prix,
1 liv. 4 shellings.
La fe'conditc' du mystérieux auteur de tant de charmans ou*
vrages tient du prodige ; il a publié , cette année, 10 à 12 vo-
lumes, et Tannée précédente n'a pas été moins productive.
101. — The Biography and obituary , etc. — Biographie
annuelle et nécrologue pour 1820 , ouvrage orné de portraits à la
silhouette. Londres , 1820. 1 vol. in-8°. Prix, i5 shellings.
Cet ouvrage, à la fois curieux et utile, renferme des détails iu-
téressans sur deux ou trois mille hommes publics de tous les
pays, vivans en 1820.
POLOGNE.
102. — Dissertation sur le Gaz-acide-muriatiq ne , parle comte
Alexandre Chodkiewicz. Varsovie, 1819, in-8°.
io3. — Parnioutka po dobréy matre. — Souvenir d'une bonne
mère et ses derniers conseils adressés à sa fille, par une dame po-
lonaise (Clémentine Tanska). Varsovie, 1819, in-8°.
104. — Dzieie Panowania. — Histoire du règne de Sigis-
mondlll, roi de Pologne , par Jul. Urs. INiemcewicz. Varsovie ,
1818-1819. T. l-IIl, in-8°, figures.
Le premier volume de cet ouvrage a été annoncé avec éloge
dans la Revue. (T. IV, p. 219.) L'abbé Lavoisier se propose de
le traduire en français.
io5. — Wiadomosci historyczno krystyczne , etc. — Mémoires
historiques et critiques pour servir à l'histoire littléraire de la
Pologne, par le comte Ossolinskt. Cracovie, 1819, t.. I et II.
Cetouvrage, rempli d'érudition ctde bonne critique, contient,
outre la biographie des hommes illustres de Pologne, diverses
dissertations-
106. — Janociana , sive clarorum alque illustrium Poloniœ auc-
torum, Mecenatumquc Memoriœ miscellœ ; volumen III, Varso-
via, 1819, in-8°. — Mémoires sur les auteurs céièbres de la Po-
logne et sur leurs Mécènefe, par Janocki.
Les deux premiers volumes de l'ouvrage de Janocki, de son
vivant bibliothécaire de la Bibliothèque Zalusskiana, trans-
portée, en 1793, de Varsovie à Pétersbourg, furent publiés eu
1776 et 1779- Le troisième volume, qui yienl d être retrouve et
358 LIVRES ÉTRANGERS.
publie par le savant M. Linde, est une acquisition précieuse
pour la littérature polonaise.
107. — Les Templiers , tragédie de M. Raynouard, traduite en
polonais par M. Brodzinski. Varsovie, 1819.
ALLEMAGNE.
108. — lYeue Annalen der Mecklenburgïsc lien Landwirth-
schafts Gesellschaft. — Nouvelles Annales de la Société d'écono-
mie rurale de Mecklerabourg , publiées par F. C. L. Kàrsten,
professeur à Rostock. Chez Stiller, à Rostock.
Ce recueil qui paraît depuis i8i3, occupe un rang distingué
parmi les ouvrages périodiques allemands qui traitent des mêmes
objets. L'économie rurale est portée dans le Mecklembourg à
un haut degré de perfection , et l'Université de Rostock est cé-
lèbre pour renseignement de cette science. Le recueil que nous
annonçons forme déjà une collection de 14 volumes, d'environ
/Joo pages in-8°.
109. — F ollstdndiges Lehrbuch der Géographie der Staaten des
deutschen Blindes. — Manuel de géographie des Etats de la Con-
fédération germanique : par Kràmer. Brème , chez Heise. 2 vol.
in-8°. 786 pages.
La géographie politique de l'Europe , particulièrement celle
d< !9 Etats de l'Allemagne , avait perdu dans les dernières guerres
toute espèce de base et de fixité. Chai) ne année, un nouveau traite
changeait la face du continent et bouleversait par conséquent les
systèmes géographiques de l'année précédente. L'étal actuel de»
choses offre plus de stabilité à la géographie et à la statistique.
M. de K ramer a puisé SCS maté] i;m\ dans les meilleure | sources ,
et son trayait est rédigé a\ec beaucoup de soin.
110. — Umblik aufeiner Reise von Constantinopoi nnch Jirussa
und den Olympns , etc. - — Relation d'un voyage de Constanti-
nople à Brussa et à l'Olympe, et du retour par Nicéfl el 'Nicomé-
die ; par J. nE Hammkr. Avec gravure !S .1 cul. i1 lh, 1819.
200 pages in-8y.
Le célèbre auteur de cette relation a , mu la plupart des voya-
geurs qui visitent les contrées orientales, l'inappréciable avan-
de connaître à fond les langues «t les mœurs de ces paj 1
connaissance précieuse, qui facilite singulièrement les observa-
LIVRES ÉTRANGERS. 359
tions, et. qui seule peut les préserver d'une foule d'erreurs et
d'inexactitudes. Ce voyage n'embrasse qu'un espace assez res-
serre' ; mais cette circonstance même a permis à l'auteur de s'é-
tendre sur chaque objet avec d'autant plus de détail. M. de Ham-
mer , à l' époque de son voyage , secrétaire d'ambassade à Cons-
tantinople,, quitta cette ville au mois d'août i8o:j. pour visiter,
avec deux amis , les côtes de l'Anatolie et le Mont Olympe. Il
décrit avec un charme poétique le pays délicieux , les plaines
fertiles , les villes célèbres qu'il traversa. Les observations his-
toriques , le tableau fidèle qu'il trace de l'état actuel de ces
contrées , les particularités intéressantes qu'il donné sur les
mœurs , la religion , les usages des habitans ; la discussion de
plusieurs points intéressans de philologie et de géographie , tout
enfin concourt à rendre la lecture de cet ouvrage aussi agréable
qu'instructive.
ii t. — Donau Farthcn. — Voyage sur le Danube. Manuel
pour les voyageurs, par J. A. Schdltes. i vol. in- 12, avec cartes
et gravures. Vienne, 1819.
L'auteur donne une description topographique très détaillée
des villages , bourgs , châteaux et villes qui bordent le Danube.
Il y a joint des notices statistiques et des détails intéressans sur
l'histoire naturelle de ces contrées. La carte qui accompagne ce
premier volume, représente la source du Danube- elle est faite
avec beaucoup de soin et d'exactitude.
H2. — Polilik nach Platonischen Grundsaetzen. — Principes
de politique, d'après Platon, appliqués au tetns actuel 5 par
Fr. Kopr-Eiv. Leipsick, Fleischer, 1818. 35i pages in-8°.
Cet ouvrage se compose de six chapitres sou> les titres sui-
vans : Introduction j Souveraineté; Ktat ; Gouvernement; Lé-
gislation; Droit.
Dans son introduction , l'auteur cherche à définir la diversité
des vues et des systèmes politiques des anciens et des modernes.
Il signale dans le système de Platon, le principe qui fait considé-
rer l'Etat comme un individu , soumis aux règles éternelles de
la morale, et assujetti aux mêmes devoirs et aux mêmes besoins.
Il observe qu'au contraire, dans le système de la politique mo-
derne , le bien public est entièrement dégagé de tout rapport
avec la morale ; que le but de l'association civile peut être at-
36o LIVRES ETRANGERS.
teint sans aucune intention -vertueuse de la part des citoyens •
que même, dans la rigueur des principes de ce système , il fau-
drait faire abstraction de toute intention de cette nature. L'édu-
cation publique , partie si essentielle de la législation ancienne ,
est donc entièrement étrangère à la politique moderne , dont
1 influence, en quelque sorte négative, se borne , suivant notre
auteur, à empêcher le ma] et à maintenir l'ordre. Partant de
cette distinction , il examine les principales questions de la
haute politique, qifil traite d'après les principes de Platon. Il
s'occupe d'abord de la souveraineté , qu il considère comme le
centre de toute constitution politique et de tout droit , comme
le principe sans lequel aucun système politique ne saurait exis-
ter. La souveraineté, selon lui, est l'usage libre et spontané du
pouvoir, usage qui prend sa source dans la liberté. La liberté
est l'idée de l'absolu dans la philosophie. Nous ne suivrons pas
l'auteur dans les déductions ultérieures qu'il fait de ces prin-
cipes , et qui l'engagent dans les abstractions les plus ardues de
la métaphysique.
Dans Le chapitre où il traite de VEtat, M. koppen parle d'a-
bord de 1 essence et du but de l'État , et ensuite de ses rapports
avec V Eglise. Sans donner une nouvelle définition de l'Etat,
iM. Koppen revient, à ce qu'il a dit dans son introduction sur
la nature de celle association , et donne à ses idées de nouveaux
développemens. Le but de l'Etat, selon lui , est d'élever, de
former les citoyens à la liberté morale ; pour appuyer cette pro-
position , il établit un parallèle entre i l.t.n et la famille, entre
la souveraineté et la puissance paternelle. L'auteur considère
ensuite les rapports de l'Eglise avec l'Etat , principalement
sous le point de vue historique. Après des observations géné-
rales Bur l'influence que Le christianisme a exercée sur la politique,
il examine l'Eglise devenant peu à peu un Etat dans L'État; si-
tuation qui fut changée par la i < Formation . à L'ai antage de I l i.it
et de L'Eglise elle-même. Dans ce chapitre , l'un des plus i n I <
sans de l'ouvrage, l'auteur traite avec UU rare talent toutes les
grandes questions relatives à la nature de 1 Eglise , sou principe,
son but, ses relations avec le souverain, etc.
Le chapitre qui traite du Gouvernement se subdivise en trois
->.tions, dont la première traite de l'essence de tout gouverne
LIVRES ETRANGERS. 3Gc
nent ; la seconde, des constitutions en général ; la troisième ,
in gouvernement représentatif. Nous nous bornerons à incliquer
juelqucs idées de Fauteur à l'égard de celte dernière matière
[ni est maintenant , surtout en Allemagne , l'objet de tant de
liseussions. L'auteur distingue entre la représentation par les
itats et les constitutions représentatives proprement dites • il
examine l'institution de la noblesse et du clergé dans L'ancienne
institution de l'Allemagne ; il soutient que non-seulement la
propriété , mais encore l'industrie et le savoir ont droit à la
epréscntation ; il conteste au cierge' le droit d'être représente'
:omme corps • il démontre les suites funestes qui résulteraient
l'un système où l'on admettrait la représentation du clergé ,
urtout lorsqu'il conserve ses relations avec la hiérarchie ro-
naine. Après avoir traité plusieurs autres questions relatives
i cette matière, l'auteur se demande s'il est avantageux d'admettre
leux chambres dans le gouvernement représentatif; question
[ui , selon lui , ne peut être résolue d'une manière absolue , et.
[ui devra être décidée par les circonstances locales.
Le chapitre sur la Législation traite d'abord de la législation en
;énéral , et ensuite de son principal objet , qui est l'éducation,
je but de la législation est le bien public, le perfectionnement
noral des citoyens. C'est d'après ce principe que l'auteur exa-
nine les principales questions qui se rattachent à cette matière,
t surtout celle de l'inûuence de la législation sur l'éducation et
es mœurs publiques.
Le chapitre sur le Droit, qui termine cet écrit , n'est , pour
linsi dire, qu'une récapitulation de ce que l'auteur a déjà dit à
:e sujet dans le courant de son ouvrage , qui , au reste , par son
mportance et par le talent distingué avec lequel IV1. Koppcn a
raité son sujet, mérite d'être recommandé à la méditation de
ous ceux qui s'occupent de politique.
ti3. — Karl IVilte. — Histoire de l'éducation de Charles
Witte, publiée par son père le doyen , Cn. VlTTB. 'i vol. , Leip-
ick , 1819.
M. Witte acquit, dès sa première jeunesse, une grande célé-
brité par ses connaissances étendues et ses talent extraordinaires
■t précoces. L'histoire de son éducation, écrite par son père lui-
ae . ne peut qu'être da plus grand intérêt; elle sera lue et nié-
362 LIVRES ETRANGERS.
dilue avec beaucoup de fruit, par tous les pareils et instituteurs
qui ont à cœur de cultiver les facultés intellectuelles et morales
de leurs enfans.
1 14- — Erzahlungen von Fanny Tarnow. — Contes de Fannv
Tarnow, i vol. in-8°. 33^ pag. Leipsick,Eugehnann. Prix, 7 fr.
L'auteur de ce petit volume raconte agréablement , et ses contes
ornent pour la plupart quelques-uns de ces jolis almanachs
que les libraires allemands font paraître en si grand nombre, à
Tapproche de la nouvelle année , pour offrir aux dames eus
etrennes élégantes. C'est surtout pour son sexe que Fanny Tarnow
écrit, et les quatre contes que renferme ce volume contiennent
d'excellentes leçons pour les jeunes femmes.
11 5. — Kru^s encyclopedisches Handbuch der wisscnschajt-
lichen Literatur. — Manuel encyclopédique de la Littérature
scientifique, par N. F. Krug. Troisième et dernier vol. in-8°-
Ziillichau, Drumman, 1819.
Cet ouvrage est un Manuel indispensable à tout homme de
lettres allemand qui, sans faire de grandes recherches, désire
embrasser d'un seul coup - d'oeil le vaste domaine de la Littéra-
ture, tant ancienne que moderne. Le premier volume contient la
philologie, l'histoire , les mathématiques et la philosophie. Le
second renferme la politique, la physique, la médecine, la juris-
prudence et la théologie. Le dernier volume , que nous avons
sous les yeux , n'est qu'un supplément aux deux premiers.
116. — Athenauiu , Humanistische ZeiUchritf. — ■ Athénée,
journal des lettres humaines , publié par les professeur! Guntulr
et Wasciimuth. Halle, chez Hemmerde.
Ge journal, consacré aux éludes philologiques, paraît depuis
181G, par trimestre, et offre des observations neu\es, et des re-
cherches profondes. On y rencontre entre autres des remarques
fort intéressante! sur les grammaires grecque et latine, sur la
lexicographie de ces deux langues, sur le caractère <!< - auteurs
classiques, d'apre! les particularité! de leur style, leur système
philosophique, etc. On y trouve aussi une comparaison générale -
des différentes langues, plusieurs dissertations sur des passages
difficiles d'anciens auteurs, dei traduction! de morceaux inU
ins des meilleurs poêles et psosateUM grées et UttAi, des
analyses d'ouvrages nouveaux, etc. Les rédacteurs cherchent en
LIVRES ÉTRANGERS. 363
même tems à tenir leurs lecteurs au courant des nouvelles décou-
vertes qui sont faites dans le domaine de la philologie , des nou-
veaux établissemens d'instruction publique, et des nouvelles
publications philologiques, etc. Les articles de MM. Gunther et
Wachsmuth décèlent particulièrement des connaissances pro-
fondes en philologie.
ITALIE.
117. — Del Proteo Anguino di Laurenti, monografia publicata
dal professore Pietro Configltacchi e dal dottor Mauro Aujconi.
Pavie, 1819, in-fol. , pag. 119, avec des planches coloriées.
Proteus-anguinus (Laurent) Siren anguina (Sch. ), noms
différens du protée, animal qui, outre des poumons intérieurs,
porte, comme les larves des salamandres, trois branchies de
chaque côté, en forme de houppes , qu"il paraît conserver toute
sa vie. C'est le seul animal , encore connu, qui conserve à la fois
des branchies et des poumons, pendant toute la durée de son
existence.
Les deux auteurs du traité ont suivi d'abord M. Guvier dans
leurs observations, et en ont fait de nouvelles sur le protée.
L'ouvrage est divisé en neuf chapitres. On y traite : i° des
zoologues qui ont écrit sur le protée , et du lieu où il naît;
20 de ses formes et de ses habitudes ; 3° de son squelette; 4°» 5°,
6° et 70 de ses organes de digestion , de circulation, de respira-
tion, de génération ; 8° de ses sécrétions ; 90 de ses organes des-
tinés aux sensations. Les auteurs se croient fondés à regarder le
proteo angulno comme un reptile parfait, et non comme un am-
phibie à double circulation , ainsi que l'a jugé M. Cuvier.
118. — ■ JYuova drscrizione di lîoma antica e mode ma ede suoi
Monlorni, etc. — Nouvelle description de Rome ancienne et mo-
derne, de ses environs et de ses raretés, surtout après les nou-
velles découvertes obtenues par les fouilles; enrichie «les vues les
plus intéressantes, rédigée pour l'usage des voyageurs instruits,
par l'avocat Charles Fea. , etc. Rome, 1820, tom. 3, in-8Q.
L'auteur est déjà très connu par ses éclaicissemens joints à l'ou-
vrage deWinkelmann, et par d'autres tiaités d'archéologie.
119. — Rapporto delviaggio aile AI ado nie. , etc. — Rapport du
36\ LIVRES ÉTRANGERS.
voyage aux Mmlonie , imprime aux frais du gouvernement, et
publie par Dominico Sein A , à l'occasion des tremblemens de terre
arrives en 1818 et 1819. Païenne, i8iQ,in-8°.
On appelle Madotùt ces montagnes de la Sicile que les anciens
nommaient Lebrodesr. L'auteur en détermine les hauteurs, la
constitution géognostique , les substances bitumineuses dont elles
abondent, et la cause des derniers tremblemens de terre, qu'il
attribue au développement des gaz souterrains. Il donne aussi on
catalogue des plantes qui croissent à diverses hauteurs des 31a-
flonie.
120. — NotiziP. astmnomiche , etc. — Connaissances astrono-
miques mises à la portée de tout le monde , par M. Cagînoli. Mi-
lan, 181 8, in-i 2 , avec 3 planches.
L'auteur est connu par des ouvrages profonds de ma the'ma ti-
ques et d'astronomie. 11 a voulu, dans celui-ci, faire saisir les
premières notions de l'astronomie aux jeunes 1 K ves-qui n'ont pas
la connaissance préalable des mathématiques , nécessaire pour
approfondir les théories de cette science. L'ouvrage contient
27 chapitres, que l'auteur av. lit déjà publiés séparément en divers
almanachs.
121. — Letterefamiliari astronomiche, etc. — .Lettres familières
astronomiques du C. Jacques Filmai. Venise, 1818 , in-8°.
Les savans ne se sont jamais occupés autant, qu'aujourd'hui de
mettre les connaissances à la portée de la plus grande partie de la
nation, pour accélérer sa civilisation.
122. — Dizionario portatile ili geologia , litologiae mineralogia,
del cavalière Luigi Bossi, enn otto lavole in m me. I\lit<mo, 1819,
fr. j — Dictionnaire portatif de géologie, lithologie et minéra-
logie , par L. Bossi.
12.Î. — Cenni di rifbrma, etc. — Projets de réformes pour l'inté-
rieur des orphanotropheê ( hospices des enfans trouvés ) , par le
C. FOLCHIWO SCHIZZT. Crémone , l8l8, in-N".
Ce jeune auteur esl déjà connu par son Essai sur les établisse'
mens publics de bienfaisance , el par V Eloge historique du oh lue.
abbé Tiraboschi. 11 s'est fait remarquer par la correction de son
style, ei plus encore par --on patriotisme.
Ji|. — DelP antichissima sapienz* degt Italiaiù, etc. — D
LIVRES ÉTRANGERS. 365
l'ancienne philosophie des Italiens, tirée des locutions latines,
par J. B. Vico. 2e édit. Waples , 1817, in-8°.
Ce traite avait été écrit en latin, sous le titre De antiquissimd
Italorum sapientiâ , et publié en 17 10 ; il formait la première par-
tie d'une Philosophie des anciens, dont l'auteur avait conçu le
plan. On le traduisit à Milan, en 1801 , et il fut publié en 1816.
C'est la même traduction qu'on a reproduite dernièrement à Na-
ples. L'ouvrage contient des recherches très curieuses, mais
quelquefois un peu sophistiques.
12D. — Compendio délia storia dl Polonia, de Tambroni. 2 vol.
in-8°. Milano , 1808, 8 fr. — Abrégé de l'Histoire de Pologne de
Tambroni.
126. — yttti délia Societa patriolica di Milano. 3 vol. in -4°,
con rami, fr. 3o. — Actes de la Société patriotique de Milan.
127. — Awenture letterarie di un giorno, oconsiglidi un gala n-
tuomo avavj scrittori, in-8°. Milano, 1816, fr. a. — Aventures
littéraires d'un jour, ou conseils d'un galant homme à divers
écrivains, par Borsieri.
128. — Intorno alV ingiustizia di alcuni giudizj letterari Ita-
liani. In-8°, Milano, 1816, ! fr. — Sur l'injustice de quelques
jugemens littéraires des Italiens, par de Brème.
ESPAGNE.
129. — Compendio de materna ticas , etc. — Abrégé des mathé-
matiques pures et mixtes; par M. Vallejo ( Joseph-lMariano )
2 vol. in- 12. Madrid, Oréa; 1819.
Cet abrégé pourra être utile à ceux qui, après avoir étudié les
mathématiques, ont employé leur tems depuis à des occupations
étrangères à cette science, et qui désirent renouveler des idées
peut-être obscurcies ou confuses. L'auteur a cherché à réunirdans
deux volumes la quintessence de toutes les connaissances humaines
concernant les sciences mathématiques. Il a été moin* concis sur
quelques objets d'une importance extrême, et sur ceux qui ne
sont pas encore très ordinairement connus. H traite avec a
d'exactitude de l'arithmétique , de l'algèbre, de la g< <>mrti:<-, de
la trigonométrie , et de la géométrie pratique. DaH9 le toote a,
l'auteur explique succinctement .l'application del'algl In» à la
métrie, les sections coniques, le calcul diliérenti ' et intégral ,
TOMF. VI. 25
366 LIVRES ÉTRANGERS.
la mécanique et ses parties, la statique, la dynamique, l'hydros-
tatique. Il discourt successivement sur la cristalographie, la py-
rologie, l'électrologie, la magnétologie, la pueumatologie, la gazo-
logie, rhigrométrie, l'anemologie, l'acoustique, l'optique, la
météorologie , l'astronomie , et enfin sur la théorie des probabili
tés. L'ouvrage est à peu près au niveau des découvertes et des
opinions modernes ; ainsi le globe terrestre y est divisé en cinq
parties dont la cinquième est YOcéanie. J. A Llorente.
PORTUGAL.
l3o. — f^idade J ' esus-Christo , conforme os quatro ev ange lista s ,
posta em portuguez por Francisco Manoel do IXascimento , et
dada a luzpelos devotos congregados du Santa- f^ia- Sacra ; e Ca-
ridade do Arcanjo S. Rafaël, etc., a benejicio da inm>a e Jilhos
de Manoel M onteiro de Caivalho , hum dos licos suppliciados a 18
octubrode 1817 : par 600 reis. — Vie de Jésus-Christ, conforme au
texte des quatre Évangiles , par François-Emmanuel du INasci-
mento , publiée par les membres de la pieuse congrégation , dite:
de ia Santa- J^ia- Sacra , et de la Charité de l'Archange Saint
Raphaël, etc.; au bénéfice de la veuve et des enfans d'Emmanuel
Monteiro de Carvalho, l'un des condamnés exécutés le 18 oc-
tobre 1817. Prix, pour les souscripteurs, 480 reis.
Le nombre des souscripteurs a été si considérable, que leurs
noms remplissent plusieurs pages d'impression. Les plus petites
villes et bourgs ont pris 5o à 80 exemplaires de cet ouvrage.
i3i. — O sîmigo d<is mulheres. — L'Ami desjcmmes. Seconde
édition. a vol. in-8° , Lisbonne , 1819.
L'auteur de Cet ouvrage jette d'abord un coup-d'ceil rapide sur
le rang que les femmes occupent dans la société , et sur leur état
politique, en général ; il établit ensuite les bases da genre d'ins-
truction qui leur convienl le plus; il passe en revue leurs occu-
pations, leurs amusciuens , leur luxe j il examine leur caractère
et leurs facultés intellectuelles; il lait l'éloge le plus complet de
leurs vertus ; enfin , il trace un tableau charmant de leurs amours ,
du mariage et de l'éducation des enfans.
l3o. — fiesposfa h analyse < iitun dus irdactores do Investiga-
dor contra as lieflexôes sobre a conspiracao de 1817. — Réponse
à l'Analyse critique faite par les rédacteurs de Y Investigateur y
LIVRES ÉTRANGERS, 36?
de l'ouvrage intitule Réflexions sur la conspiration de 1817. —
Volumes I, II, III, in-4°- Lisbonne, 1819 (48o reis).
Cet ouvrage , qui traite fie divers sujets historiques et poli-
tiques, offre une lecture fort intéressante. On y trouve, entre
autres , des recherches sur les causes de plusieurs révolutions
arrivées en Europe ; sur l'influence de la franc-maçonnerie dans
le système politique des gouvernemens ; sur l'origine de la souve-
raineté du Portugal et de son indépendance de la couronne d'Es-
pagne ; des considérations sur le droit de conquête 5 sur la liberté
de conscience j sur l'Inquisition- sur la liberté de la presse; sur
les gouvern emens constitutionnels, etc.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
i33. — Uren aan den godsdienst gewyd, etc. — Heures consa-
crées à la piété ; traduit de l'allemand , d'après la troisième édi-
tion, par J. M. L. Roll, pasteur de l'église de la Confession
d'Augsbourg. Amsterd. Ten Bnnk et de Vries, tome I, 1819,
in-8°de4i3pag.
Trente-cinq méditations composent le premier volume de cet
excellent ouvrage.
i34- — Watis waarheid ? etc. — Quelle estla vérité? Quedoit-
on craindre? Que peut-on encore espérer ? Ou la révolution
hollandaise de 18 13, considérée avec impartialité dans les ré-
sultats qu'on en attendait , et dans ceux quon en a obtenus.
Amst. , P. den Hengst et fils, 18 19, in-8° de 139 pag.
C'est l'ouvrage d'un optimiste politique bien intentionné, mais
bien superficiel, et qui écrit assez mal sa langue.
i35. — Oordcelkundige beschryving , etc. — Description cri-
tique de quelques-unes des principales opérations chirurgicales,
qui ont eu lieu dans l'hôpital (nosocomium) académique de Gro-
ningue, de novembre 1810 à novembre 181 5, par P. Heivdrik^z,
docteur en médecine et en chirurgie à Groningue. Groningue,
Schierbeek, 1816, in-8° de i3i pag. , avec fig.
Des cas de litholomie ou d opération de la pierre, d'opération
de la cataracte, d'amputation et de castration, composent cet esti-
mable recueil.
,36. — Lessen der Wyssheid , etc., — Leçons de la Sagesse,
présentées dans des tableaux de l'Histoire Romaine, à l'usage da
jeunes gens comme il faut. La Haye , van Cleef, 1819 , iu-8°.
25*
368 LIVRES ÉTRANGERS.
Ce petit ouvrage , destine à l'éducation, mais avec une restric-
tion un peu aristocratique, est bien fait dans son genre- compost
de douze traits de l'Histoire Romaine, représentés en autant de
gravures, il se recommande également par la forme et par le style.
i3^. — Magazyn voor Kindcren , etc. — Magasin des Enfans
de madame le Prince deBeaumont, a vol. La Haye, Thierry, ÎVlen-
fiing et fils, 1819.
Madame A. B. Van Meerten , née Scuii.peroort, a eu
1 heureuse idée de refondre l'ouvrage de madame le Prince- d'y
approprier le progrès des connaissances physiques , géographi-
ques, historiques, depuis sa première publication 5 de le natio-
naliser- le tout en conservant son ton de simplicité et de bonho-
mie, et elle a bien réussi dans son entreprise.
1 38. — lluUlc aande nagedachtenis , elc. — Hommage à la
mémoire de Jean-Baptiste Hellebaut, professeur en droit à l'A-
cadémie de Gand, par J. M. Schrant. Gand, lloudin, 1819, in-8°.
de G3 pag.
Cet éloge recommande également à l'estime et son auteur et
celui qui en est l'objet. INé à Gand, en 1774 , Ih-llvlxiut fut , a l'Age
de 19 ans, honoré d'une pompe triomphale, à Louvain , comme
prunus en philologie; il était le quatrième Gantois à qui, depuis
environ trois siècles, arrivât cette distinction, préluda d'une
carrière non moins signalée par la science et le talenl que parla
probité, soit au barreau, soit dans la chaire académique, llelle-
baut est mort dans sa ville natale, le a^ octobre 1819.
139. — De tlnotl Tti/i harel. — La Mort de Don Carlos, prince
royal d'Espagne, Iragedieen r> actes. Amsterdam, Héritiers Garl-
man et Vandcr-Hey. 1819, in -8°.
L'auteur anonyme regrettait que ce sujet, déjà traite par les
poètes dramatiques «le diverses nations, dans le nombre desquels
il donne la palme à ,l!fitii , ne l'eût p;is encore été pour le
théâtre hollandais; et, il s'est déterminé à iyar lui-
même. Il était déjà fort avancé dans son travail, quand il eut
connaissance du Thédtn de Ckjnior, 11 trouva dans son Phi-
lippe Second les caractères <!n roi, d'Elisabeth de Valois, <lr
don Carlos , du cardinal Spinola el du prince d'Eboli , tracés
comme il les avait conçus : « Toutefois ( «lit -il avec mo-
)> dgStie), la mavebe, et surtout le dénomment «le la pièce, me
» Semblèrent préférables à mon propre plan, et j'en ai fait mon
LIVRES ÉTRANGERS. 369
}> profil ; j'ai adopté presque en entier le cinquième acte. » Hol-
landais, Fauteur a voulu nationaliser son sujet : les apologistes
de Philippe , dans sa conduite envers son fils , ne l'ont point per-
suadé ; il devait se conformer à la commune renommée (Jhmam
sequi ) ; autrement , ses concitoyens eussent été en droit de lut
dire :
Quodcunque ostendis mlhi sic , incredulus odi.
Don Carlos qui, bien que fidèle à la foi de ses pères, n'aime
pas l'inquisition; qui entretient des relations avec les Belge9 ré-
voltés; qui, depuis que Philippe a épousé Elisaheth de Valois ,
auparavant destinée à son fils, est dévoré d'un noir chagrin, in-
dice de ses secrètes affections; Don Carlos est mal vu à la cour de
son père. Le cardinal Spinola , grand inquisiteur, nourrit les
préventions et les défiances du roi, et il épie l'occasion de perdre
l'héritier du trône. Celui-ci est engagé dans une périlleuse expé-
dition contre les Maures. Spinola aimerait à l'y voir échouer ; il
ne manquerait pas de tirer parti de sa défaite , pour acheminer
ses projets hostiles. Mais Don Carlos vient de remporter sur les
Maures une victoire décisive, et il accourt pour déposer aux
pieds de Philippe l'épée de leur chef qu'il a désarmé. Philippe
laisse ce trophée au vainqueur 5 mais il n'en devient que plus
inquiet des suites de la profonde mélancolie où Don Carlos
demeure absorbé, au milieu des fêtes qui se pi'éparent en son hon-
neur. Spinola se prévaut de ces dispositions; mais Elisabeth est
le grand obstacle à ses vues. Eboli le rassure, en lui apprenant
que Philippe n'est plus le même pour Elisabeth, et que déjà il
songe à une nouvelle alliance. Sur ces entrefaites, le comte de
Rergues et, le seigneur de Montigny arrivent des Pays-Bas : ils
sont porteurs d'énergiques remontrances contre le duc d'Albe qui
en est le fléau , et ils cherchent à intéresser Elisabeth et Don
Carlos à la cause de leurs compatriotes. De-là des entrevues trop
peu ménagées , ainsi que des rapprochemens suspects entre la
reine et le prince héréditaire. Les apparences accusatrices se
multiplient et s'aggravent d'un instant à l'autre dans l'esprit de
Philippe , tyran ombrageux et mari jaloux. Spinola et Eboli en
■profitent avec une infernale astuce. Philippe finit par livrer son
fils entre les mains de l'inquisition, qui le condamne à périr par
le poison. Elisabeth partage volontairement le sort de Don Carlos.
37o LIVRES FRANÇAIS.
Le poète tragique n'est pas, à la -vérité, rigoureusement as-
treint à la vérité historique, mais nous craignons que l'auteur
n'ait abusé de la permission de s'en écarter. Son ouvrage est es-
timable ; il offre de fort belles scènes ; mais il nous a semblé
manquer d'intérêt , parce que l'intrigue en est trop faiblement
nouée. D'un côté , Philippe révolte par l'odieuse franchise de
son système tyrannique. De l'autre, les apparences de tort s'ac-
cumulent trop contre le héros delà pièce, dont, à cela près, le
caractère est tracé d'une manière attachante. Le tableau de sa
mort est de main de maître, ainsi que celui de la mort d'Elisa-
beth, qui expire en accablant Philippe d'imprécations prophéti-
ques. A quelques passages près, le style nous a paru bon et la
diction pure. M.
LIVRES FRANÇAIS.
m
i4o. — Mémoire sur l'inflorescence des graminées et des cy/u
racées, comparée avec celle des autres végétaux sexifères, suivi de
quelques observations sur le disque • par M, Tukpin. In-4°, G7 p-,
avec 1 planches contenant 45 figures. Paris, 1820.
Si Panai omie comparée a fait faire à la zoologie des progrès m
rapides, il était bien naturel de penser que cette- méthode d'étu
dier les êtres organisés, deviendrait aussi en botanique la smur.
d'une foule de connaissances nouvelles. Déjà , depuis les beaux
travaux de Gcertner sur la carpologie, des savansillustresavaicnt
porté dans l'étude de quelques familles naturelles le flambeau
de l'analyse comparative ; mais l'imperfection de nos connaissan-
ces fondamentales, a attaché jusqu'ici aux monographies, d'ail-
leurs si utiles, le grave inconvénient de multiplier les mol-- d'une
manière effrayante ■ et les faits nouveaux dont la botanique s en-
richissait chaque jour , ne tendaient qu'à compliquer sa nomen-
clature déjà si étendue: il était donc important de reprendre l'é-
tude de l'organographie , première base de toutes les classifica-
tions, et de l'éclairer par la méthode comparative, afin de relev< 1
les funestes erreurs qui avaient déjà fait créei un langage parti-
culier pour quelques familles naturelles. C'est dans ce but j > i ■ ■
losophique que M. Turpin a entrepris l'essai que nous annonçons,
et pour lequel il a trouvé duiiles secours dans des travaux mç
de mes.
LIVRES FRANÇAIS. 37i
Il n'est peut-être point de familles naturelles qui aient été le
sujet d'un aussi grand nombre de recherches que les graminées
et les cypéracées ; et cependant l'époque n'est pas encore bien
éloignée, où un savant illustre a , le premier, dévoilé la nature de
leurs enveloppes florales, et a démontré leur analogie avec les
bractées, que l'on rencontre à la base des fleurs d'une foule d'au-
tres végétaux. M. Turpin a repris, en quelque sorte, les travaux
de M. Richard , qu'il a étendus et accompagnés de considérations
neuves et philosophiques sur les divers modes d'inflorescence,
qui , suivant lui, dérivent tous d'une seule et même loi, savoir :
que la fleur est solitaire, axillaire et terminale. Partant de ce
principe, il prouve que l'épi simple n'existe point dans les gra-
minées, et que les tiges des plantes de cette famille présentent
toujours plusieurs degrés de végétation, ou nœuds vitaux. Cette
disposition existe au contraire généralement dans les cypéracées,
dont les fleurs naissent réellement sessiles sur Taxe qui les porte,
dans l'aisselle d'une écaille destinée à les protéger. Cependant
quelques genres présentent une seconde écaille adossée à l'axe t
constituant un second degré de végétation, qui forme le passage
de l'épi simple des scirpus et des schœnus aux panicules les plus
composées des saccharum et des arundo.
De-là , l'auteur passe à l'examen des enveloppes florales, dans
les deux familles dont il s'est proposé Tétude ; et, après avoir fait
voir la similitude des fonctions de l'une de ces enveloppes avec
la spathe des palmiers , il lui donne le nom nouveau de spathelle-,
dérogeant ainsi au principe énoncé par lui-même , que le même
organe ne doit avoir qu'un seul et même nom. Il présente des ob-
servations sur les rapports de structure et d'insertion de la glume
et de la balle , qui complètent les travaux de M. Richard sur le
même sujet ; et, pour mieux faire ressortir les avantages de sa
méthode descriptive, il offre un exemple de plusieurs descrip-
tions faites d'après cette méthode, comparativement avec celles
des mêmes espèces faites par les auteurs les plus estimés.
M. Turpin a terminé son ouvrage par un Essai de monographie
du disque. Rien n'est plus utile, sans doute, que les monographies
d'organes , mais rien n'exige de plus longues recherches et un
esprit plus réservé dans ses jugemens: nous pensons que Tauli'in
n'y a pas toujours apporté assez de sévérité, et que, se bornant
fyi LIVRES FRANÇAIS.
quelquefois à des considérations trop superficielles de forme et de
ressemblance , il a confondu , sous le même nom , des organes
tout-à-fait distincts, comme les vraisdisques des crucifères, avec
1 s glumelles des graminées et les nectaires des renonculaeécs; or-
ganes différens les uns des autres par le caractère le plus impor-
tant. , l'inser! ion relative.
Cependant, maigre les imperfections que nous venons de signa-
ler, l'ouvrage de M. Turpin se recommande à bien des titres, et
les inexactitudes que l'on rencontre dans la seconde partie, dis-
paraîtront sans doute dans le travail plus étendu qu'il se propose
de publier incessamment sur le même sujet.
Victor Jacquf.vont.
i { i . — annuaire viedico-chimrgical des hôpitaux et hospices
civils de Pans, ou Recueil, de Mémoires et observations , par les
médecins et chirurgiens de ces ctablisserncns , publié au bénéfice
desdits bopitaux. Paris, 1819. Un volume in-.j° de texte, et atlas
grand in-fol. de planches, représentant les sujets de grandeur na-
turelle, exécutées par dos premiers artistes. Pi i\ , .'!(> fratu s. Ou
en a tiré aS exemplaires sur papier vélin , dont le prix est du dou-
ble. Crocbard, hbraire, cloître Saint-Benoît , n° i(>.
Les personnes qui suivent avec quelque intérêt les progrés d< s
sciences dobseï \ alion , concevront facilement ton- lis avantages
que promet, la publication d'un recueil contenant, les obscr\..
tions des médecins et chirurgiens des bopitaux de Paris, sur les
maladies les plus remarquables qui ont été, chaque année , l'objet
de leurs soins , et sur les nouveaux moyens de guérison <|u ils au-
raient pu employer. Le choix des hommes placés à la tète des di-
vers hôpitaux île la capitale, 1 immense quantité' de faits rares et
de médecine et île chirurgie, soumis à leui ' Ofbseï \ ai LOB et à leur
l'i.injue; lée cas importons que la différence dTâge . de sexe, dé
profession, de passions, de circonstances imprévues, font naître
et di\eisilient de mille manu'i es , la facilité de classer les maladies
par familles, dYn constater la nature parleur rapprochement,
de combattre plus victorieusement lenrs s\ niplmn< s par des mo-
des de iiaitenu-ns inusités. d^sseoir'ptus solidement1 le proriostic
«le le rectifier même, selonla présence ou l'absence constanl
certains phénomènes, d'après les données ei \< - signes les plus
positifs ; certes , une telle richesse de faits et di toit oflrii
LIVRES FRANÇAIS. 3:'i
aux savans toute espace de garantie, et aux étudiansun véritable
code sur la meilleure manière de voir et d'observer en médecine.
Honneur à l'administration des hôpitaux et hospices civils de Pa-
ris, qui a conçu l'exécution d'un travail si important au progrès
de la science et au bien-être de l'espèce humaine!
i^2. — Nouveau formulaire médical et pharmaceutique ; par
Etienne Sainte - Marie , docteur en médecine de la Faculté de
Montpellier, membre de l'Académie de Lyon, de la Société de
médecine de cette ville , etc. Paris, 1820 ; Rey et Gravier, quai
des Augustins , n° 55. 1 vol. in-8°. 5 fr. pour Paris, et 6 fr. 5o c.
par la poste.
Cet ouvrage nous a paru digne de l'attention des jeunes méde-
cins et des pharmaciens en général.
i43. — Des hémorroïdes , ou Traité analytique de toutes les
affections hémorroïdales 5 par A. J. de Montegre, médecin de la
Faculté de Paris. 1 vol. in-8w. Nouvelle édition, publiée par sa
veuve. Prix, 5 fr., et 6 fr. %5 c. franc de port. Paris, L. Colas,
imprimeur-libraire , rue Dauphine, n03i.
Cet ouvrage, indépendamment de l'intérêt du sujet, fixera
d'autant plus l'attention générale, que l'auteur, distingué comme
médecin et comme philanthrope, est mort victime de son zèle
pour l'humanité. ( Voy. la Rev. /ùicyc, T. I, pag. 186. )
i44- — Considérations sur la confection de corsets et de cein-
tures propres h s'opposer a ta pernicieuse habitude de V onanisme ;
par G. Jalade-Lafond , docteur en chirurgie de la Faculté de
Médecine de Paris, ex-chirurgien aux Gardes-Françaises et aux
hôpitaux militaires , chirurgien-herniaire de la cour du prince de
IValdeck et de l'institution académique des nations étrangères ,
auteur du Bandage réuixigrade, ou nouvelle espèce de brayeTj
breveté du gouvernement , etc. Brochure in-8° de 17 pages, avec
deux planches explicatives. Paris, 1819. Chez l'auteur , rue de
Richelieu, n°/f(>; au Palais-Royal , n" (>8 ; et chez Méquignon-
Vlartil , libraire, rue de l'Ecole-de-Médecme , n" 9.
1 j5. — Dianucl rural < ( Jorcslicr , ou Recueil des lois, .mêlés ,
décret*, K-lcni.iis d'administration et ordonnances du Roi, pu-
bliés depuis 1789 jusqu'au mois de mais 1818, etc. Nouvelli
-■dit ion ; prix , (> fr. et 7 fr. 5o c. , liane de port. Paris, \ntoine
Bavoux , rue Gît le-Cœur , n° 4-
3h4 livres français.
Ce Manuel doit tenir lieu d'un code rural , eh attendant l'é-
poque probablement éloignée où cette partie de la législation sera
complétée. Car il ne p;iraît pas encore qu'on veuille y rien inno-
ver , si ce n'est pour rendre une loi précise sur les cbemins vici-
naux, et une autre sur la police des eaux considérées dans l'usage
au uel les usines et manufactures peuvent les employer de ma-
nière à combiner les intérêts de l'industrie avec ceux de l'agricul-
ture. Ainsi, à l'exception de ces deux objets, les propriétaires
ruraux et forestiers peuvent considérer ce Recueil non-seulement
comme le dépôt de la législation existante , mais d'une législation
permanente: c'est assez faire connaître son utilité.
1 4<3- — Manuel il Economie rurale et domestique , ou Recueil
de plus de 700 recettes ou instructions excellentes pour l'éco-
nomie rurale et domestique, pour la santé et les agrémens de la
vie : tirées des ouvrages les plus estimes sur cette matière, et
garanties par des savans d'un mérite reconnu. — Traduit de l'an-
glais par M***. Un gros volume in-12. Prix , 3 fr. 5o c, et l\ fr.
5o c. par la poste. Paris, Alexis Eymery, libraire, me JVIa-
zarine , n° 3o.
i\rj. — (*) Essai sur les entraves que le commerce éprouve en Eu-
rope ; par L. F. de Tollenare (de Nantes). Paris, 1820, 1 vol.
in-8c de 5oo pages. Prix , G fr. , et 7 fr. 5o c, franc de port par la
poste. Janet et Cotelle, rue Neuve -des-Pctits-Chanips, n° 17.
i£8. — (*) Système analytique des connaissances positives de
l'homme, restreintes à celles qui proviennent directement ou in-
directement de L'observation. Par M. le chevalier de Lamarck,
membre de L'Académie royale des Sciences de Paris, de la Légion
d'honneur, et de plusieurs Société» savantes de l'Europe, pro-
fesseur de zoologie.au Muséum d'Histoire naturelle. Paris, 1820.
Chez l'auteur , au Jardin-du-Roi , et chez A. Beltn, impr.-libr.,
rue des Mathurins-Saint-Jaoques , n° 14.
1 |q. — Histoire abrégée des Sciences métaphysiques , morales
et politiques , depuis la renaissance des Lettres, traduite de l'an-
glais, de DtJGALD Stew art, et précédée d'un Discours prélimi-
naire, par J.-Â. Ruc.no>-. irr partie, (> fr. Pans et Strasbourg .
cbez Levrault.
i5o. — Si l'institution du jury convient à la &uisse;oMfngit dans
lequel on trouvera le tableau complet de la jurisprudence crimi-
LIVRES FRANÇAIS. 375
nelle des cantons de la Suisse, et celui du jury tel qu'il est pratiqué
en Angleterre, en France et dans les autres pays où il est en
usage. Par M***, jurisconsulte à Lausanne. Brochure in-8° de
120 pages, imprimée à Besancon.
Avant d'entrer dans l'examen de la question qu'il se propose ,
l'auteur présente, comme il l'annonce dans le titre de l'ouvrage,
le tableau complet de l'e'tat actuel des lois et de l'instruction cri-
minelle dans les divers cantons de la Suisse , ainsi que les elé-
mens qui composent le jury en France et en Angleterre. 11 ob-
serve que c'est du Nord que vinrent les premiers changemens que
la raison et l'humanité réclamaient dans la jurisprudence crimi-
nelle. Il rappelle le Code Frédéric. elï Instruction de Catherine II,
comme ayant précédé les premières lois de réformation de la
France , en 1780, et les réglemens de Joseph II, en l 786 et 1787.
Il remarque que l'Italie vit aussi s'élever au milieu d'elle un mo-
nument admirable de législation , par l'ordonnance du grand-duc
de Toscane- mais que la Suisse, attachée à ses vieilles coutumes,
ne se laissa point entraîner au mouvement de réforme opéré dans
les autres Etats ; que si la révolution française vint bientôt lui
commander ce mouvement , les cantons rétablirent, dès qu'ils le
purent, ce qui avait été détruit. Ce n'est aussi qu'après avoir
expliqué en quoi consiste le jury , comment il est organisé et mis
en pratique dans les pays qui l'ont reçu ; après avoir marqué
les vices et les inconvéniens qui semblent s'y attacher; montré
l'influence que les événemens politiques peuvent avoir sur cette
institution , et donné quelques aperçus sur les effets qu'elle pro-
duit, selon les teins et les circonstances, que l'écrivain croit
pouvoir examiner avec fruit si l'on peut la transporter en Suisse
IVIais ici, nous devons l'avouer, l'auteur non-; a mis en défaut
par ses solutions, et peut-être s'est-il trompé lui-même. 11 .1
donné à la question, nous n'en doutons pas, toute l'attention
dont il est capable ; mais, il est du moins remarquable que m
travail, dont, son écrit est le principal objet, ait été resserré en
six pages. Quoi qu'il en soit, après avoir proposé les avantage!
que l'on veut s'assurer par le jury, Fauteur décide Bur chacun
que la Suisse peut se passer de cette institution. 11 delinit d'ail-
leurs, avec tous les publicistes, le jury, le jugement des pairs . li
jugement du pays. Pourquoi craint-il donc que cet établisse-
376 LIVRES FRANÇAIS
ment ne puisse se réaliser en Suisse, sans obstacle et même sans
danger? Ce ne saurait être parce qu'il faudrait faire un Code
pénal et un Code d'instruction criminelle, car l'objection n'est pas
sérieuse ; mais c'est principalement parce que la Suisse est déjà
libre ; que ses gouvernemens , ses conseils souverains, ses tribu-
naux étant composés de simples citoyens, en général tout accusé
y est déjà jugé parles siens
Ce que l'auteur conclut de l'institution du jury, par rapport à
la Suisse, nous paraît erroné- mais, il a posé tontes les ques-
tions, ri il .1 bien fait, connaître celle qui est la principale et qui
conduit à faire regarder le jury comme un mode d'instruction ,
inséparable de la liberté. Cet ouvrage ne sera donc pas seulement
utile à la Suisse; mais, il peut éclairer aussi la jurisprudence
française et celle des autres États. 11 est attribué à un Français
naturalisé Suisse (M. MangOtâ) j a \ oral, distingué du canton de
Vaud, ancien membre du Grand-Conseil , établi à Yverdun , et
jouissant d'une Considération gener.de dans le canton.
Parent- Rr. ai..
in. — Dictionnaire d' l-'.mulat ton , à l'usage de la jeunesse,
contenant une définition claire et précise des qualités, des pas-
sions et des vertus dont l'homme est susceptible; appuyée
d'exemptes frappans , tirés de l'histoire ancienne et moderne , des
actions et des faits historiques qui en ont été la conséquence j
par M. le chevalier de Pkopiac . membre correspondant de l'Aca-
démie de Dijon. Ln fort vol. in-i ». , avec gravures. Prix, 3 f r .
et 4 fr- franc de j>oif. — Paris, à la Librairie d'éducation, chez
A. Fymei v, rue Ma/.arine , n. 30.
Présenter un tableau fidèle de tout ce qui peut ennoblir, élcvei
et illustrer notre existence par des exemples1 dont les ci inséquences
puissent être aroaées par la religion , le respect pour les lois et
l'amour de la patrie et le l'humainlé ; tel est le but que s'est pro-
posé railleur de eet ouvrage.
i5^. — Elémens de Morale , par Ch. RenouAro; *.»/" édition.
Paris, 1820. Un vol. in-ra. Prix, a fr. ?.5 c, et 3 fr. franc de port.
On n'a pas Oublié <jne cet excellent livre a obtenu un prix de-
01 m' par la Société d'eilucal i<>n. Les suffrages du public Ont par-
faitetnent confirmé ceux de la Société. En effet , une morale pure
et douce \ es» offerte sous des formes claires et précises. Les
LIVRES FRANÇAIS. 3::
"►rejuges, les passions, n'y sont jamais flattes, et cependant on
r chercherait vainement un prétexte pour les irriter. Aussi, les
h'ie'mcns de Morale se sont introduits sans difficulté dans toutes
es écoles, où ils servent à former d'honnêtes gens et de bons ci-
oyens. Une élégante simplicité et une clarté parfaite distinguent
e style de M. Renouard , et rendent la lecture de son ouvrage
igréable aux hommes de tous les âges.
i53. — Le Visiteur du Pauvre ; Mémoire qui a remporté leprix
)roposé par l'Académie de Lyon sur la proposition suivante :
: Indiquer les moyens de reconnaître la véritable indigence , et
le rendre l'aumône utile à ceux qui la donnent comme à ceux qui
a reçoivent • par M. le baron Degerando. Paris, 1820, 1 vol.
n-8°. Colas, libraire, rue Dauphine, n° 32.
Le nom de l'auteur se rattache à tout ce qu'il y a de bon
:t d'utile dans l'administration publique et dans les établis-
emens de bienfaisance. Cette production lui assure de nou-
veaux droits à l'estime, à la reconnaissance de ses concitoyens.
^es hommes instruits y retrouveront l'administrateur habile,
'homme d'Etat éclairé autant que le vrai philanthrope ; toutes
es classes de lecteurs le béniront : les uns, pour s'être occupé
le leurs souffrances ; les autres, parce qu'il leur enseigne ie>
noyens d'exercer leur charité d'une manière plus profitable
iu malheur, plus satisfaisante pour eux, plus digne entin des
lesseins de la Providence , fini , selon les nobles expres-
lions de l'auteur , n'accorde la puissance à l'homme , que
jour lui servir de ministre. M. Degerando observe , dans une
ettre adressée à l'Académie de Lyon, placée à la tête de l'ou-
vrage, qu'il n'a que le mérite de la rédaction, faisant honneur
les vues précieuses qu'il renferme, à quelques- uns de ses
lignes amis : c'est la charité sous le voile de la modestie.
Après s'être élevé, dans ce Mémoire, à des considérations philo-
sophiques du plus haut intérêt, et avoir indiqué le vrai but et le
:aractère essentiel de la charité , Fauteur approfondit les causes
physiques et morales des misères humaines, en homme qui c>n-
sacre tous les jours de sa vie à les soulager. Quand on a lu le
Visiteur du Pauvre , on croit à la vérité de l'axiome de lîullon :
le style , cest l'homme ; on aime, ou vénère Fauteur, on se .sent
disposé à pratiquer les vertus qui lui sont familières et ,
3:8 LIVRES FRANÇAIS.
sous ce rapport encore , son livre est non-seulement une bonne
action, mais il en inspirera une foule d'autres auxquelles, sans lui,
on n'aurait peut-être pas songe : nul cloute qu'il ne devienne le-
catechisme des âmes sensibles, et le manuel de l'administrateur
éclaire. Faure-Beaulieu-
i5^. — fessai d' arithmétique élémentaire, par L. L***, pro-
fesseur de mathématiques. Brochure in-8° de 122 pages. Paris,
iS'20. Bargeas fils, libraire , rue des Grands-Augustins , n° ai.
Dans l'introduction de cet ouvrage, l'auteur, par une méthode
claire et facile , cherche à intéresser l'esprit de l'élève , dans ses
études sur les premiers démens du calcul, en n'offrant à sa mé-
moire (pue des choses déjà connues et rendues piquantes pur l'at-
trait de la curiosité. Il a eu l'idée heureuse de placer en tête de
l'Arithmétique, comme base de ses calculs, l'explication du sys-
tème métrique dont il tire toutes ses applications , et qu'il achève
de développer dans la théorie des fractions décimales , par l'iden-
tité des unitésdes différens ordres avec les noms des mesures nou-
velles correspondantes. Cette marche est peut-être la seule qui
puisse rendre populaire , en France, ce système admirable. La
théorie des fractions ordinaires est rejetée après celle des propor-
portions et des problèmes qui s'y rapportent.
1 55. — Les petits marchands ambulans, eu F Education de la
Nécessita , par madame L. P. Langloisj orné de jolies gravures-
Paris, 18:20, Librairie d'Education d'Alexis Eymery, rue Maza-
rine , n° 3o , 3 vol. in-18, 5 fr.
Ce petit ouvrage répond parfaitement au but que i auteur s'est
proposé, d'instruire, d'éclairer et d'amuser la classe industrieuse.
Lne morale pure, douce, s'j l'ait partout sentir. Le charme des
détails et l'intérêt du récit font trouver plu^ aimables les vertus
qu'on y met en action , le style en est facile, ei toujours naturel,
sans être trivial. C'est l'histoire de trois orphelins, abandonnés à
eux-mêmes. L'afné, comme le plus raisonnable, propose à ses
frères d'employer la modique somme de trois cent vingt lianes,
lègue.' par leur père, à fat liât de quelques mai vliainlises qu "ils
iront vendre de ville en Aille. Ce plan est adopté: ailles d'un
honnête marchand qui avait connu cl estimé leur mère, ils com-
plètent une petite pacotille. Leurs voyages aux environs île Paris,
LIVRES FRANÇAIS- 379
leurs aventures heureuses et malheureuses, sont racontées d'une
manière attachante, et renferment des leçons utiles : ces aimables
enfans prospèrent de plus en plus, grâce à leur probité, à leur
bonne conduite, et à rattachement qu'ils se portent tous trois
réciproquement. On pourrait bien reprocher à l'auteur quelque
peu d'invraisemblance dans les événemens qui terminent, son his-
toire ; mais, elle a fait ses héros si vertueux et si intéressans, qu'ils
méritent bien tous les avantages qu'ils finissent par obtenir.
i56. — Grammaire allemande , où fauteur s'efforce de déve-
lopper le mécanisme de cette langue dans son ensemble; à l'usage
de S. A. S. Monseigneur le Duc de Chartres. Cet ouvrage est
précédé d'un précis de grammaire générale, servant d'introduction h
cette grammaire allemande ; par M. Simon, professeur d'allemand
de S. A. S. Monseigneur le Duc de Chartres, à l'école d'application
du corps royal d'état-major ; au collège royal de Louis-le-Graud,
et au collège royale de Henri IV. — Paris; 1819, chez l'auteur»
Passage du Commerce, cour de Rohan, n° 3, quartier de l'Ecole-
de-Médecine; Théophile Barrois fils, quai Voltaire, n° 11, et
Treuttel et Wùrtz, rue de Bourbon, n° 17.
157. — De V Eloquence politique et de son influence dans les
gouvernemens populaires ou représentatifs; par M. P. S. Lau-
rentie , répétiteur à l'Ecole polytechnique. Paris, 1819; 1 vol.
in-8° de 458 pages. Pillet aîné, rue Christine, n° 5.
L'auteur s'est proposé de développer cette pensée de Cicéron
( de inventione ) , que la sagesse , sans l'éloquence , est peu utile
aux empires ; mais que l'éloquence , sans la sagesse , leur est
souvent funeste , et jamais avantageuse. Envisagée simplement
sous le rapport littéraire , cette nouvelle production n'est cer-
tainement point sans mérite; on y remarque de savantes recher-
ches sur les divers genres d'éloquence des anciens et des mo-
dernes , de même que sur les principaux résulats obtenus par la
puissance de la parole , dans les grandes conjonctures et les
crises des Etats. Le style de l'ouvrage est , d'ailleuts , élégant et
pur. Mais l'auteur, naturellement conduit par son sujet à s'occu-
per de politique , a traité cette partie avec des préventions que
nous ne partageons point, et sur un ton où il n'est pas possible
de méconnaître le langage de l'exagération.
i58. — Réflexions sur U art de la comédie ; pai M- Alt-xandra
38o LIVRES FRANÇAIS.
Dur Ai. , membre de l'Institut (Académie française). Paris, 1820.
Brochure in-8°, de o.\ pages. Ladvocat , libraire, éditeur des
fastes de la Gloire, Paiais-Royal, galerie de bois, nos 197-198.
Ces Réflexions , dont la lecture a précédé celle dune comédie
intitulée VOrateur anglais ou V Ecole des députes , faite à l'Aca-
démie française, dans sa séance extraordinaire du 4 avril 1820,
offrent, rassemblés dans un petit cadre, des aperçus également
neufs et ingénieux sur l'origine de l'art, ses progrès, les varia-
tions qu'il a éprouvées, et les causes qui ont plus ou moins fa-
vorisé ou entravé sa marche. L'auteur s'attache à rendre sensible
cette vérité , que de nouvelles habitudes, de nouveaux besoins .
résultats de nouvelles idées , s'étant introduits parmi nous , il
importe moins aujourd'hui d'étudier les manières extérieures des
hommes , que leurs passions et les formes de leur esprit. 11 in-
dique les principaux sujets que peuvent traiter les auteurs co-
miques. 11 veut que désormais le théâtre ne soit , pour l'auto-
rité , que l'écho de l'opinion, le châtiment du ridicule , l'école
de la inorale publique ; et il fait voir comment ce résultat dé-
sirable pourrait être facilement obtenu.
159. — Léenfùffi on le Départ et le Retour; par Alad. J. O. L%
auteur des folies a la Mode, à vol. in- 13. 5 fr. . et (> fr. par la
poste. Paris, Lymery, libraire, éditeur du Choix de rapports , opi-
nions et discours , rue iMazarine, n° jo-
Ce roman offre autant d'agrément par 1 intérêt des situations
que par la variété et l élégance du style.
169, — J'ah/cs noui-el/i w , suivies de pièces fugitives en v< 1 fl .
par IM. l'abbé G , de plusieurs Sociétés. I n volume m ru de
•260 pages. Paris , Arlhus Bertrand, libraire, rue Haut» 'feuille ,
n° 23.
Ces fables, précédées d'un excellent discours préliminaire où.
l'on fait voir comment l'apologue a été envisagé <t traité par les
anciens et les modernes , méritent d'occttpef une pla< e distin-
guée parmi les meilleures productions de 1 e genre. Indépendam-
ment di b'ur mérite intrinsèque, elles <n ont ne particulier,
propre :i les faire rechercher, cfesl que la plupart des sujets ont
été fournis à l'auteur par les grandi événenseus de notre révolu-
tion , et qu'il paraît s'être proposé de rectifier nos idées sur «les
points essentiels au bonheur de l'homme. Les fables nouvelle*
LIVRES FRANÇAIS. 38 1
sont donc à la fois l'ouvrage d'un bon citoyen et d'un litte'rateur
distingue.
l6i. — Epig ranimes choisies cZ'Owen , traduites en vers fran-
çais ; par feu M. de Kerivalant; publiées par M. de Labouisse.
Lyon. Madame J. Buynaud née Bruiset, libraire , rue du Plat,
n° 8. 1819. 1 vol. in-18.
Jean Owen , e'pigrammatiste anglais , vivait dans la dernière
moitié du xvie siècle. Il eut d'abord une si grande réputation qu'on
le compara à Martial : mais la postérité qui assigne aux ouvrages
d'esprit le rang qu'ils méritent, a beaucoup restreint l'exagéra-
tion de cet éloge j néanmoins, Owen occupera toujours parmi
les épigrammatistes un rang distingué. M. de Labouisse vient
de publier un choix des épigrammcs de ce poète , traduites en
vers, par feu M. de Kerivalant. 11 y a joint la traduction, aussi
en vers , de quelques monostiques de Michel Vérin. Chaque
épigramme latine est suivie d'un certain nombre d'imitations en
vers français , dont le choix est fait avec goût , mais peut-être
avec trop de profusion. Ce défaut se fait d'autant plus remar-
quer , que l'éditeur n'a pas donné le texte en regard , ce qui sem-
blait pourtant indispensable dans un travail du genre de celui-ci,
et surtout dans un recueil d'épigrammes dont quelquefois tout
le sel consiste dans les mots. Une légère négligence que nous re-
procherons à l'éditeur, c'estde n'avoir pas soigneusement placé les
imitations par ordre chronologique. Quant au mérite des traduc-
tions et imitations, nous ne croyons pouvoir mieux faire que
d'en rendre juge M. de Kerivalant lui-même, et pour cela nous
nous contenterons de rapporter la traduction qu'il a donnée du
distique si connu de Martial , en contestant néanmoins la vérité
de la pensée que contient le dernier hémistiche du deuxième vers:
Du bon, du médiocre, encor plus du mauvais,
Voilà mon livre • ainsi tous les livres sont faits.
Au reste, la part de M. de Labouisse dans ce travail, est beau-
coup plus grande que sa qualité d'éditeur ne pourrait le faire
croire; il est le véritable auteur de ce volume, qui lui fait honneur
comme poète , et qui prouve surtout ses connaissances en his-
toire littéraire.
i(')2. — /''pitre h un honnête homme qui veut devenir intrigant
TOME VI. 9.f>
38a L1VKES FRANC A J S.
par madame la princesse de Salm. Paris , chez Arthus-fiërtrand
1820 ; in-8° de 16 pages. Prix, 1 fr.
Au milieu des révolutions dont nous avons été tour à tuur les
témoins et les victimes , lesintrigaus ont joué tous les rôles, pris
tous les masques , commis tous les crimes • ils ont scandalisé, ef-
frayé les âmes vertueuses : la poésie seule pouvait peindre con-
venablement ces fléaux de la société 5 mais, il fallait pour cela un
esprit juste, joint à un grand caractère. Madame la princesse de
Salm possède dans un degré éminent ces deux rares qualités. Elle
a pénétré dans tous les replis de l'âme des intrigans ; les portraits
divers qu'elle a tracés se font remarquer par la vérité et la justesse
des traits ; mais, le plus ressemblant est celui de l'hypocrite qui
se couvre du masque de la religion, pour satisfaire son ambition
démesurée et ses passions haineuses :
Mais, qu'entends-je? quels cris! quelle ardeur inquiète!
D'où part ce chant sacré que partout on répète?
Quel est l'audacieux qui du saint nom de Dieu ,
Pour couvrir ses desseins ose se faire un jeu?
Faut-il le demander, Armand, c'est l'hypocrite!
Sous la bure, cachant le trouble qui l'agite,
A la fois, de respects, de pouvoir altéré ,
11 s'avance à pas lents, de la foidc entouré
Dans ses yeux l'onction se mêle à la colère ;
D'un ciel toujours vengeur il menace la terre:
Pour faire racheter, en troublant tous les oœurs,
Par de terrestres biens de célestes faveurs ,
Amour, hymen , devoir, pour lui tout est un crim
L'entends-tu? de L'enfer il semble ouvrir l'abîme .
\ ses cris, à sa voix qui condamne .1 jamais,
Chacun se réfugie au sein d'un dieu «le paix ,
Sans doute, confondu de voir tant «le coupables
Dans des (ils, des époux , des hommes respectables.
Mais, qui vient aux autc!- porter encer ses maux?...
Quel lugubre appareil !.. c'est celui des tombeaux.
I 11 père de famille a fini sa carrière:
\\dut de confier ses restes à la terre,
LIVRES FRANÇAIS.
On vient les déposer sous ce parvis sacre;
Triste et dernier devoir du respect éploré.
Ali! du moins le voilà , dans son dernier asile,
A l'abri... Qu'ai-je dit? espérance inutile !
On l'arrache des lieux voues à l'Éternel •
La haine, la vengeance ont profane l'autel.
O prodige inoui dans le siècle où nous sommes!
Au nom d'un Dieu mourant pour le salut des hommes,
A l'homme qui n'est plus, on a vu refuser
La terre »ù , pour toujours, son corps va reposer.
Arrêtons... laissons-la ce véritable impie,
Et qu'il aille grossir cette iiorde ennemie
D'effrontés intrigans, de lîlches , de jaloux,
Tous effroi de l'honneur, et qu'il surpasse tous.
C'est en lisant de pareils vers que l'on reconnaît, avec un grand
publiciste de nos jours, que la littérature est l'expression de la
société : madame la princesse de Salm est plus faite que toute
autre pour la peindre, cette société. Quoique très bien née , elle
a éprouvé toutes les vicissitudes de la vie ; le rang où ses talens
l'ont élevée, ne l'a point éblouie : il ne sert qu'à {lui faire déve-
lopper de plus en plus les excellentes qualités dont la nature l'a
douée,, ou qu'elle doit à ses réflexions.
Que madame la princesse de Salm continue à nous envoyer des
épîtres marquées au coin d'une morale aussi vraie- toutes les âmes
élevées lui répondront parles suffrages les plus flatteurs. Barbier.
i63. — La Maçonnerie. — Poème en trois chants , avec des notes
historiques, étymologiques et critiques; un volume in-8° , avec
gravures, vignettes, etc., papier fin. Prix pour Paris, 7 francs;
par la poste, 8 fr. 7.5 cent. Pap. vél., orné des premières épreuves
sur papier de Chine, et des eaux fortes, i:\ fr. et i5 fr. a5 c. par
!a poste. — Paris, Arthus Bertrand, rue Hautefeuille, n° -iS.
Dans un moment où les recherches des Cailliaud , des Bel-
zoni, en fournissant de nouveaux renseignemens mu l'Egypte
que Ton croyait complètement connue, semblent assigner aux
pyramides une destination plus auguste que celle à laquelle, jus-
qu'à ce jour, l'on avait borné leur emploi; à l'instant même où
M. Ouwaroll complète l'éclaircissement des mystères anciens,
26*
384 LIVRES FRANÇAIS
et M. de Hannner, celui des ordres secrets, du moyen âge , uu
jeune auteur, rempli de verve et d'imagination, n'a pas craint
d'aborder le sujet, encore neuf, des initiations modernes : il vient
de l'exploiter au double profit de la poésie et de la science.
Rien n'est plus hardi que son système : s'il faut l'en croire , la
franche-maçonnerie ne se rattache point aux misérables aggré-
gations des Gorets et des Freymaurer, ni aux ligues ismaéliennes-
elle ne descend pas même de l'ordre du Temple , malgré la con-
nexité qu'elle eut avec lui, car elle lui est antérieure. Elle n'est
autre chose, en un mot, qu'un dernier anneau de cette chaîne
non interrompue des mystères d'Eleusis, d'Egypte et de Perse,
qui remonte aux premiers âges de la civilisation. Loin qu'elle
doive être considérée comme une copie d'institutions connues .
elle est l'archétype de ces institutions, qui n'en sont que des dé-
membremens. Tout est sorti de son sein ; et, comme le Rhin à
la fin de sa course, si elle paraît méconnaissable, si elle a perdu
sa grandeur, elle a conservé son identité. Cette opinion avait déjà
trouvé des partisans j le Manuel de M. Razot en contient le germe,
et M. Alexandre Le Noir, dont l'autour du poème que nous an-
nonçons, paraît n'avoir pas connu les recherches, s'est vu con-
duit à adopter un système analogue • mais jamais , il faut l'avouer
cette opinion , plus que probable, n'avait été présentée avec au-
tant d'ensemble , et fortifiée de plus de preuves.
Nous ne suivrons point M. *** dans la comparaison du Vlr Livre
de Virgile, avec la maîtrise maçonnique , du calice du Rose-
Croix, avec le vase appelé le Saint-Graaf, qui n'est autre que
le Djcmschid persan; du tablier des maçons, avec celui des
Esséniens et avec la nebride; nous ne rapporterons pas mille
autres concordances curieuses, ni l'explication aussi ingénieuse
que satisfaisante , qu'il donne du grade , en apparence eUrayant,
de maître Elu. Laissant aux investigateurs de la vèrii . le soin
d'apprécier en détail ce qu'il peut y avoir de hasarde dans l< »
conjectures du savant nous passerons aux éloges que rédaupe
le poète.
Les Muses n'admettent point le doute , la certitude s attache
aux inspirations de ces li lies divines. < oniine aux ONU les de la
\ érité. On pense bien que l'auteur regarde connue évident al rc
cunnu. dans §«s vers, ce qu'il cherche à prouver dans Ma notes j
LIVRES FRANÇAIS. 385
une autre méthode , une timidité' mal placée , eussent arrêté son
vol , et rétréci la sphère de son sujet, en le privant de nombreux
et de magnifiques souvenirs. Aurait-il pu placer, par exemple ,
ia description de ce temple de Salomon , où se déploient si bien
les pompes de la poésie :
A sa voix s'éleva ce temple si vanté ,
De qui la renommée atteste la beauté.
Dans l'aride Sion tous les arts se rendirent ;
Des neiges du Liban, les cèdres descendirent •
Le marbre façonné s'élança dans les airs.
Surpris par le chasseur , l'éléphant des déserts
Livra pour ces travaux sa dent éblouissante,
Cependant que dn Roi la flotte obéissante
Rapportait dans Joppé, sous l'aile du zéphir,
Les largesses d'Hiram et l'or lointain d'Ophir-
Ce n'est pas que des faits plus modernes ne lui aient aussi
fourni d'heureux morceaux. Nous nous contenterons d'indiquer
dans ce genre, le passage qui concerne Belle et Bonne, et les
Loges des dames ; et de citer le court tableau des Loges d'ar-
mée.
J'ai vu, (la foudre encore grondait à l'entour d'eux)
J'ai vu plus d'une fois l'élite de nos preux ,
Se dérobant soudain à la foule trompé^-
Contre un faible maillet échanger leur épée ,
Allier du maçon les cordons passagers
Aux cordons, noble prix du sang et des dangers ,
Et citoyens du monde, au sein du bruit des armes .
Accorder au malheur une obole et des larmes.
Cet ouvrage promet au Parnasse français un poète de plus. Dr.
légères incorrections, quelques négligences de style, trop de re-
dondance peut-être dans la versification, en décelant la jeunesse
de l'auteur, ne fortifient que mieux les espérances qu'il donne.
Le plus grand défait t du poème de la Maçonnerie , est de n'a-
voir qu'un épisode important et neuf, la vision du second «liant.
Les autres épisodes n'ont pas assez d'étendue. Au risque de.
.s'écarter un peu de la vérité, nous croyons que l'auteur aurait
pu tirer plus de parti des traditions du Nord et de l'Orient, en
386 LIVRES FRANÇAIS.
fouillant dans les Edda , clans Séthos , dans les voyages de
Fythagore. Ainsi que M. Ouwarofl' et le savant distingué qui a
publié ses mystères, et nous aussi, nous croyons qu'il tut uni
époque où le genre humain n'était point dégradé; et que cette
chute de l'homme, dont le ié( it se retrouve chez tous les peuples,
cache un sens mystique qui sYxpliquera plus tard. D. Baillot.
i6j. — L'Intrigant) comédie en cinq actes et en vers, par
M. Aug. Lambert, membre et correspondant de plusieurs Aca-
démies. In 8°.
« il est si difficile de se résigner à l'entier sacrifice d'un ouvrage
■» qui nous a coûté plusieurs années de travail! » dit l'auteur de
cette comédie, dans sa lettre, en forme de dédicace, à IY1. le
comte de 3/oriolles ; et cet aveu d'une faiblesse, bien naturelle
dans un auteur, explique suffisamment les tentatives réitérées
de M. Lambert pour faire recevoir son ouvrage par les comédiens ,
et, en dernier lieu, la résolution qu'il a prise de le livrer au public
par la voie de l'impression. Les membres des deux comités» de
lecture de VOdéon et du Théâtre-Français se sont accordés dans
le jugement qu'ils ont porte' de cette comédie, dont ils ont trouvé
le principal personnage odieux, et même ut nue; raison sur la-
quelle ils ont motivé leur refus. Sans entrer dans les détails d'une
analyse «rue le défaut d'espace ne nous permet pas , nous citerons
les deux passages suivans, qui prouveront au moins que M. Lam
bert peut écrire fotjbtbicn les vers comiques:
Maintenant tout se fait par la bureaucratie.
On ne peut concevoir la puissance infinie
Qu'exercent certains chefs de ces petits Etats
Ils sont dans leur palais comme des potentats.
AveZ-VOUS besoin d'eux , ils ne sont pas x i-^ihb
INlais ils ont des anus fort doux, très acoeesibli
J'en ai vu quelques-uns, je veux les \oii eneor;
J'ai tranché dans le vif, je leur fais un pont d'or
El aillcni
LE COMTE.
J'ai pour moi la justice.
PRANTAX,.
Eh! mon cher . aujourd'hui
Malheur à qui n'aurait qu'elle pour tout appui'
LIVRES FRANÇAIS. 38;
Que me sert mon bon droit, si l'on me dit d'attendre?
Si toujours à demain l'on remet à m'entendre?
C'est peu d'avoir raison et de se présenter ;
Il faut se faire lire, ou» se faire e'couter.
En vain-Ton donnerait mémoire sur mc'moire 5
Des cartons d'un bureau, vous pouvez bien m'en croire,
Si quelque grand du jour ne daigne en prendre soin,
Ils ne feront qu'un saut cbez l'épicier du coin.
LE COMTE.
Quel siècle! mon ami ; la peinture est outrée.
Tout en n'osant désapprouver le refus de MM. les comédiens,
nous croyons pouvoir féliciter M. Lambert sur le parti qu'if a
pris de faire imprimer son ouvrage. 11 pourra offrir quelque in-
térêt au lecteur, et servira du moins à prouver que son auteur,
s'il n'a pas réussi cette fois , a tout le talent qu'il faut pour obte-
nir des succès.
i65. — Annibal, tragédie en 3 actes , par M. F. Dîdot. Paris,
1820, in-8° de 94 pages • prix, 3 fr. chez F. Didot , rue Jacob
Une tragédie sans femmes! Voilà , pour des spectateurs fran-
çais, une épreuve au moins hasardeuse. Nous ne ferons cepen-
dant pas un reproche à l'auteur d'avoir suivi une route presque
nouvelle j nous le blâmerions davantage, si, à l'exemple de Mari-
vaux, il avait rendu Annibal amoureux. Mais, en se privant vo-
lontairement du ressort d'une passion toute -puissante ur les
âmes, il fallait le remplacer par des situations fortes et atta-
chantes; et peut-être trouvera-t-on dans cet ouvrage , du genre
admiratif , plus de discussions politiques que de véritable action.
— Annibal est à la cour de Prusias, roi de Bithynie, dans lequel
il espère trouver un allié contre Home ; déjà il a bu attirerdans srs
intérêts le fils de ce prince, le jeune Nicoinéde , qui partage ses
vues avec tout l'enthousiasme de son ;lgc Prusias, lui-même,
penche en faveur d' Annibal' mais Arbate, son capitaine des
gardes, croit servir son maître en le détournai. t d'épouser la
querelle de ce dernier. Flaminius, ambassadeur romain, vient
exiger de Prusias le bannissement d' Annibal. Cependant ses
hauteurs n'ont fait que l'irriter , et l'engager à serrir la cause de
cet ennemi mortel de Rome . lorsqu'une révolte . opérée en feveui
:;ss livres français.
de ce dernier, et que Nicomède a excitée, vient changer les dis-
positions de Prusias. rlaminius lui persuade que son fils , de con-
cert avec Annibal, ne cherche qu'à le renverser lui-même du
trône- c'est alors que Prusias fait arrêter Nicomède, et déclare
à Annibal qu'il doit opter, ou de quitter sa cour, ou d'abandon-
ner ses projets contre Rome. Les choses en sont là, lorsque Fla-
minius, qui craint toujours que l'influence d'Annibal ne détruise
ce qu'il a fait, se décide à s'emparer par trahison de la personne
de ce général.
A qui sert son pays tout devient légitime,
s'est dit rlaminius j et, secondé des Romains qu'il a amenés avec
lui et auxquels se sont joints d'autres Romains réfugiés depuis
long-teins à Prusa , il vient pour surprendre Annibal. IMais ce-
lui-ci, averti par son confident Hiarbas, le charge de lui prépa-
rer le poison qu'il portait toujours sur lui; et llaminius, ainsi
que Nicomède, qui , délivré par l'armée , accourait sauver Anni-
bal , n'arrivent l'un et l'antre que pour voir expirer ce guerrier,
qui lègue, en mourant, à Nicomède , sa haine contre Rome et
l'épée qu'il a reçue d'Amilcar.
La trop grande simplicité de cette action, qui pourrait jeter
de la froideur sur la représentation , n'offre pas le même incon-
vénient à la lecture; et, dans le silence du cabinet, on verra pas-
ser avec plaisir devant ses yeux plusieurs persounages dont leu
caractères sont habilement tracés.
Nous citerons quelques vers â l'appui de celte assertion; d'a-
bord ceux qui terminent le monologue d'Annibal au icl acte :
Oui, sous ton Capitole, objet de tant de haine ,
Cette main portera la hache et le flambeau ;
Dùt-il, croulant sur moi , me servir de tombeau.
Ce vers du '.'»'' acte, très beau dans la bouche d'Annibal :
Rome, Annibal mourant te livre enlin la tene
Cette apostrophe de l'ambassadeur romain à Prusias :
. . . à quel titre épousez-vous les droits
D'un banni, qui partout va, s'alli;int aux roi
Porter comme une dot sa haine contre Rome ?
LIVRES FRANÇAIS. 3&,
Et ces quatre vers, places dans la bouche de Prusias :
Si jadis les Romains , étalant un saint zèle ,
Des champs de la Phrygie appelèrent Cybèle,
C'est que Rome, à l'aspect d'Annibal furieux ,
Ne crut pas dans ses murs avoir assez de dieux.
Ce sont-là autant de traits qui peignent parfaitement Annibal ,
et la crainte qu'il avait su inspirer aux Romains.
Nous citerons encore cette belle repartie de Nicomède à Pru-
sias, qui lui assure que ce n'est nullement par un motif de ja-
lousie qu'Arbate s'élève contre Annibal :
. . . Non, Seigneur, je le crois , comme vous :
Il est des noms si beaux qu'on n'en est point jaloux.
Et la réponse que ce même prince fait à Flaminius , lorsque ce-
lui-ci lui dit , au ie acte :
Je reviendrai peut-être , et le fer à la main.
NICOMÈDE.
Nous vous épargnerons la moitié du chemin.
Voilà de beaux vers et de beaux caractères ; deux choses qui doi-
vent placer l'ouvrage de M. F. Didot au rang des productions
dramatiques les plus estimables.
166. — (*) Les Nuits Altiques d Aulu-Gelle , traduites en fran-
çais , avec le texte en regard, et accompagnées de remarques ;
par Victor Verger. Paris, F. I. Fournier. 1820. 3 vol. in-8°.
Prix , 18 fr.
167. — Nouvelles recherches sur V époque de la mort d'A-
lexandre et sur la chronologie des Ptolémées , ou FAamen critique
de l'ouvrage de M. C hampollion - ïigeac , intitulé : Annales des
Lagides , par M. J. Saint-Martin, avec l'épigraphe M agis arnica
veritas. Paris, 1820, 1 vol. in-8° de 9 feuilles, imprimerie royale.
L'auteur, rue Hautefeuille , n° 10.
168. — Jehovah , (lettre à M. le comte Volney , pair de France j
par M. J. Lingay. ) Paris. Chanson. 1820. Brochure in- 8° de i5
pages.
M. Lingay s'est proposé, dans cet écrit, d'attribuer une éty-
mologie désormais fixe et invariable au nom de Jehovah , quelle
que soit son ortographe, et dans quelque langue qu'on essaie de
3go LIVRES FRANÇAIS.
le transporter. C'est , selon lui, le nom qui appartient à Dieu
chez tous les peuples , avant toutes les langues écrites ou con-
venues ; un nom natif, inné, antérieur à toute société, et com-
posé de toutes les sensations réunies de l'homme en l'état de na-
ture ou d'enfance. Il est formé de la réunion de tous les sons na-
turels que fait entendre la bouche de l'homme : i. e. o. u. a. Il
n'est guère possible de présenter isolément les conjectures à la
fois plausibles el hardies , par lesquelles l'auteur s'efforce d'étaycr
son système; conjectures qu'il appuie d'ailleurs sur les traditions
des langues, et plus encore sur des considérations morales et
historiques.
1C9. — Discours sur les médailles d'Auguste et de Tibère , ou
rei'ers de l'autel de Lyon; suivi d'un Mémoire sur les recherches
d'une statue éauestre, faites vert l'emplacement de l'ancien temple
d? Auguste ; par F. Attaud , chevalier de la Légion d'honneur,
directeur du Conservatoire des arts et du Musée de Lyon , etc. ,
etc. Un vol. in-.j0, accompagné de 12 planches et de 3 vignettes.
Lyon, imprimerie de Lambert-Gentot. 1820.
M. Artaud, (jiii s'occupe d'un ouvrage important ; sur les anti-
quités de la ville de Lyon , rend le public confident de ses tra-
vaux , rt lui en livre successivement quelques parties qui «.loi-
vent faire juger favorablement de l'ensemble. Il a publie , il y a
plusieurs années, de belles mosaïques trouvées dans cette ville;
il donne aujourd'hui ses conjectures sur l'emplacement et les
dimensions du temple et de l'autel d'Auguste, et il décrit des
fragmens d'architecture et d'inscriptions qui ont été trouvés
dans la Saône. Ces recherches l'ont porté à développer quelques
idées ingénieuses sur les médailles d'Auguste et de Tibère, qui ont
pour revers l'autel de Lyon, et de rectifier des conjectures ha-
sardées , et même des erreurs , de plusieurs écrivains qui en ont
parlé avant lui.
Le discours de IM. Artaud a été lu en séance publique à l'A-
cadémie des Sciences , Belles-Lettres et Arts de la ville de Lyon.
Les notes historiques el critiques qui accompagnent cet ou-
vrage, ajoutent beaucoupà son intérêt par des recherches pleines
d'érudition» Le goût de l'étude des antiquités te répand de plus
en plus dans nos département , et on doit à ceux qui l'encou-
ent , comme INT. Artaud , par leurs travaux et leurs écrits.
LIVRES FRANÇAIS. 39i
la conservation de beaucoup de monumens inte'ressans pour
l'histoire et pour les arts. Dumersan.
170. — Bibliolheca americo-septentriona/is. — Collection d'ou-
vrages écrits en diverses langues, qui traitent de l'histoire, du
climat, de la géographie , etc., etc. , de l'Amérique septentrio-
nale. Paris, Kouzou , i8r20,in-8° de 1^7 pages.
Ce catalogue , à cause de son but spécial , s'élève au-dessus de
l'intérêt ordinaire des^ ouvrages de ce genre. Il aurait pu être
rédigé avec plus de méthode ; mais, tel qu'il est, c'est un ou-
vrage souvent utile à consulter.
171. — Annales de la musique, ou Almanach musical île Pa-
ris, des départemens et de l'étranger, pour l'an 1820 ( seconde
année ) , contenant: Listes des Artistes , etc., classés par genre
de profession et par ordre alphabétique ; — École royale ( Pro-
fesseurs, Répétiteurs, Elèves, employés ) 5 — Nécrologie ; —
Journaux ; — Livres ; — Gravures • — Répertoire de la musique
(1819) classée par genre- — Sur Paésiello, par M. Lesueur; —
Sur INicolo , par M. Evarisle Dumoulin; — Sur Sophie Gail, par
M. Lemontey ; — Sur Duport jeune , par M. Pallier; — Sur Au-
guste Richer; — Sur la veuve Dalavrac; — Bibliothèque musi-
cale, que publie à Munich M. Fr. Cramer; — Sur le Chiroplaste
de M. Logicr; — Rapport fait à l'Académie des Beaux- Arts, le
?> avril 1819 , sur les Inst.rumens de M. Chanol ; — Eloge de Gré
try; — Ecole de M. Sudre , établie à Toulouse: — Sur le Chrono
mètre musical de M. Despréaux ; — Etat présent de la musique
à Londres; — Analyse des .Mémoires de Grétry ; — Sur le talent
de madame Calalani; — Sur Don Manuel Jagarte, compositeur
espagnol; — Sur le Parnasse musical , ouvrage de gravure de
M. Reinaldi, qui paraît à Heidclberg; — Sur le Journal de Mu-
sique de Vienne; — Sur un ouvrage de madame Anna-Mai ia IY1
legrini Ccloni, intitulé : Granimaticà , 6 siano rëgolè per ben
cantate ; — De \JAenese de M. Paè'r; — Sur le Pianissimo inventé
par M. Schortmann ; — Sur le Journal général de musique de
Leipsi- k , par M. Lambry ■ de Metz; — Sur la Société des ama-
teurs de musique des Etats autrichiens; — Cours île Musique de
M. />. Galin\ etc., etc. 1 vol. in-18. Prix, 3 fr. f»o c. , et £5 C
de plus, liane de port, par la poste. A Paris, au bureau, rue
Montorgucil , no (J'y.
392 LIVRES FRANÇAIS.
OUVRAGES PÉRIODIQUES.
172. — Recueil agronomique , publie par les soins de la Société
des sciences, agriculture, et belles-lettres du département de
Tarn-et-Garonne. Montauban, tom. I, nos 1 et 2. Ce journal pa-
raît une fois par mois, par cahiers de deux feuilles d'impression.
Prix pour un an, 5 fr. On souscrit chez P. A. Fontanel, impri-
meur de la Société, grande rue St. -Louis, et chez Laforgue, libr.,
place de la Grande-Horloge , n° 6.
Ce journal d'agriculture sera fort utile au département de Tarn-
et-Garonne, l'un des plus fertiles de la France, et dont quelques
procédés mieux entendus amélioreront encore le territoire.
17J — Journal général de Législation et de Jurisprudence , par
MM. Barthe , avocat à la cour royale ; Bérenger, ancien avocat-
général; Berville, avocat à la cour royale; Cerclet, 1 J. ; Cou-
sin, professeur de philosophie; Debeaufort , avocat; Dupim
jeune , id. ; Girod (de l'Ain) , conseiller à la cour royale ; Hei herg,
publiciste danois; Lan juin aïs, pair de France; Llorente, pu-
bliciste espagnol; Mérilhou, avocat à la cour royale; Odillon-
Barrot, avocat à la cour de cassation ; Joseph Ret (de Grenoble),
avocat à la cour royale de Paris; de Schonen , conseiller à la cour
royale ; A. Tuiery, publicistc ; et autres jurisconsultes et publi-
cistes français et étrangers. irc livraison; tome I. On souscrit :
au bureau du Journal, rue des Grands-Augustins, n° 26, et chez
les principaux libraires de Paris , des départemens et de l'é-
tranger.
Ce recueil est divisé en cinq parties : i° Théorie du droit, lé-
gislation, et législation comparée; 20 analyse des ouvrages de lé-
gislation et de jurisprudence ; 3° législation positive j j° jurispru-
dence judiciaire, proprement dite, et administrative: 5° mé-
langes. — INous recommandons cette entreprise à l'attention de
tous les hommesde loi, magistrats, avocats ou officiers judiciaires.
t 74- — T-c Télégraphe de la littérature , des spectacles , des
sciences et. des arts. Toulouse , 1820, Beniehet aîm- ; 1 \ol. in-8°.
Cet ouvrage paraît par livraisons à tics époques indétermin
formant pour trois mois dix feuilles in-8°. Prix : 5 fr. pour »li\
feuilles ; 8 fr. pour vingt feuilles; i5 fr. pour quarante feuille-
VVVt\^VVVVVVVVVVVtVX^VVVkA(VVVVVV\.VVVVVVVVV»*VvVVVVV».VVVVV\,V\VVVv\V.XV\\VVV\V\\\.%>
IV. NOUVELLES LITTÉRAIRES
ET SCIENTIFIQUES.
AMÉRIQUE.
Etats-Unis. — New-York. — Bâtiment a vapeur. — On a construit
dans le port de New-York un très beau bâtiment à vapeur, de ^So
tonneaux, appelé le Robert- tulton , qui doit servir de paquebot
entre New-York et la Nouvelle -Orléans. Il est fait en chêne,
cèdre et pin de la Caroline, doublé en cuivre, et peut contenir
200 passagers. La machine à vapeur, entièrement séparée du
reste du bâtiment, ne pourra, en cas d'accident, exercer aucun
efl'et fâcheux sur les logeniens des passagers • elle a même donné
les moyens d'établir des bains très agréables pour les voyageurs.
Découverte de mines de cuivre. — Il existe de grosses masses
de cuivre natif sur les bords des rivières qui débouchent dans la
partie sud du lac supérieur : M. le gouverneur Gass , qui doit se
rendre par le nord-ouest du lac supérieur, et par la prairie du
Chien et Greenbay au lac Michigan, est chargé par le gouverne-
ment américain d'examiner le gisement de ce métal.
Society for the prévention of pauperism in the city of New-
York. — - Société pour prévenir la pauvreté dans la ville de iWw-
York. — L'objet de cette institution , éminemment recomman-
dable, est d'obtenir des renseignemens positifs sur le nombre,
l'état et les habitudes des pauvres fie New- York ; d'aviser ensuite
aux moyens d'améliorer à la fois leur position physique et mo-
rale- de rechercher les expédiens les plus propres à retirer ces
êtres infortunés de l'état d'engourdissement et de dégradation
où ils sont plongés; de réveiller et de stimuler toutes leurs fa-
cultés, par l'encourageante perspective d'un bien-être prochain,
facile à acquérir; de leur procurer l'occasion et les moyens de se
livrer à des occupations utiles; de les amener insensiblement à
comprendre la nécessité de faire quelques épargnes sur le produit
de leur industrie, pour se ménager nu avenir moins précaire j
enfin, d'anéantir le fléau de la mendicité , et d'en prévenir le re-
tour, autant qu'il est possible.
Cette Société, fondée eu 1818, a déjà publie deux Mémoires <lt
ses opérations, sous le titre «h- /{apport* annuels nuus uou- pro-
j9j AMÉRIQUE. ASIE.
posons, vu leur importance, tien rendre compte dans un de no.»
prochains cahiers.
Brésil. — Voyages scientifiques. — Plusieurs savaus voyageurs
ont, depuis quelque tems , visite les diverses provinces du Bré-
sil , avec l'autorisation du gouvernement portugais, et aux frais
des gouveruemeus Autrichien , Bavarois et toscan. L'Autriche a
envoyé le professeur Mikau pour l'histoire naturelle en général .
et la botanique en particulier^ le docteur Folil , pour les recher-
ches en minéralogie j M. JNatterer, pour la partie zoologique ;
M. Kuder, comme peintre de paysages ; M. liackherger , comme
peintre de sujets botaniques ; et M, l'rick , comme peintre d'his-
toire. La Bavière a fourni le docteur Spitz , zoologiste, et le
professeur Martens , botaniste. Le docteur Badi a été envoyé
comme naturaliste pour le grand-duc île Toscane.
Amérique méridionale. — Géographie* — Découverte d'une île.
— Le navire anglais le M ' ULam, se rendant de Monte-\ ideo à
Valparaiso, a découvert, à la hauteur du cap Jlorn, une nou-
velle île située sous je 61e degré de latitude et le Ô.V de longi-
tude. Dans un second voyage, le capitaine du H "iUiam , étant
descendu à terre, a trouvé cette île couverte de neifle et inha-
bitée: les mers des environs abondent en baleines et en veaux
marins.
ASIE.
Indes orientales. — Découverte de la vaccine. — Un Anglais
revendique cette belle découverte en laveur des lmlous On
trouve , dit-il, daus un ouvrage sanscrit , attribué à d'Hauvan-
t.111, le précepte Bùivant : « Prenez, avec la pointe d'une lan-
cette , le fluide du bouton qui se tonne sur te pis des vaches:
piquez le bras entre l'épaule et le coude, jusqu'à cëqsc leasing
paraisse; le fluide se mêlant avec le sang, il en résultera la
lièvre de l.i petite vende , et cette maladie icinli.i nulle toiitt
autre tentative d'inoculation naturelle, » Ce passage (|mi sans
la découverte de Jenner, serait probablement reste' bien des
siècles enseveli dans l'ouvrage sanscrit , ne peut dioainmarien rien
la gloire de ce grand homme, avant lequel la petite \en>le moi •-
tonnait des générations entières.
— Posta anglaise* pur eau. — Les anglais onl établi, entre
Bagdad et Basson, des bâtimensda poste qui descendent l'Eu*
ASIE. 3g5
phrate en très peu de tems et remontent ce fleuve en douze
jours. La distance totale est partagée en cinq stations, dont la
dernière est Hilla , où les courriers quittent le fleuve , et font
le reste de la route par terre jusqu'à Bagdad.
Calcutta. — Requête tendante a empêcher les veuves de se
briller. — On croit généralement que les veuves de Tlndoustan,
qui se brûlent sur le bûcher de leurs maris, remplissent un de-
voir prescrit par la religion des Jndous. Le fait que nous allons
citer prouve la fausseté de cette opinion.
Le gouvernement anglais de l'Inde avait, il y a quelques an-
nées, pris des mesures pour détruire cette coutume barbare. D'a-
bord, quelques habitans Indous de Calcutta réclamèrent près
du gouverneur général- mais, dans ces derniers tems, ce même
gouverneur a reçu de plusieurs Indous, les plus recommandables
de la même ville, une requête, dont voici quelques passages:
« C'est avec autant de surprise que de douleur que nous
avons été instruits des démarches faites auprès de votre seigneu-
rie, pour lui demander la révocation de ses ordres. Il est évident,
par le contenu de cette requête , que ceux qui l'ont signée , ou ne
connaissent pas leur loi, ou sont des hommes féroces , n'importe
à quelle caste ils appartiennent. » Après avoir rapporté quelques
faits, les pétitionnaires continuent ainsi : « Grâce à la sagesse
politique du gouvernement anglais, nos lois sont imprimées et
traduites- il est impossible d'y rien intercaler ou de les inter-
prêter à contre-sens. Eh bien ! conformément à ces lois, tous les
faits que nous venons de rapporter sont des suicides , condamnés
sous les peines les plus sévères par notre religion. » Et plus loin :
<( Suivant l'opinion de plusieurs de nos brainines les plus instruits .
opinion fondée sur les Schastras } toute espèce de suicide est dé-
fendue. Les f^êd.ms qui renferment l'essence de tous les fédas
de même que le G héla, interdisent toute action faite dans l'espoil
d'une récompense temporaire à venir. Parmi lis livres d'autorité
inférieure, les uns, tels que les Schnstras AJirilli, détendent d«.
se donner la mort par violence- et d'autres, tels que le A/< /</
cksehoura, déclarent que mener une vie vertueuse vaul mieux que
mourir sur le bûcher d'un époux défunt. Il n'y en a qu'un bien
petit nombre qui soutiennent qu'il y a plus «le mérite ;'i se brûler ■
et ce sont ceux qui ont le moins de droit BU respect des [ndous.
39G ASIE.
Nous avons donc vu avec plaisir et reconnaissance les mesures
adoptées pour empêcher les mères de sacrifier leurs infinis à
GongaSagor, les réglemens en vigueur contre les barbares Hadj-
pouts, qui regardent comme un devoir de leur caste, de faire
mourir leurs enfans du sexe féminin, et contre la pratique, si
fréquente autrefois , de tuer un paient malade. Le meurtre doit,
dans tous les cas , retomber sur la tête de celui qui le commet.
Nous espérons donc de la sagesse , de la fermeté et de l'humanité
de votre seigneurie, qu'elle prendra les mesures nécessaires pour
empêcher les veuves de se brûler.
AFRIQUE.
Egypte. — Sur le second f^oyage de M '. Cailliaud , dans les dé-
serts de V Egypte. — M. Cailliaud continue de faire des découvertes
de plus en plus intéressantes dans les déserts qui environnent l'E-
gypte. Par sa persévérance et son dévouement, ce jeune voyageur
justifie la protection que lui accorde le gouvernement Français-
ses dernières excursions l'ont mené assez loin dans la direction
de l'ouest \ maintenant il se rapproche de l'Egypte. Tout annonce
qu'avant de revenir en Europe, il aura découvert des contrées
propres à faire connaître les chemins qui conduisent dans Tinté-
rieur de l'Afrique orientale.
Par des lettres précédentes, j'avais appris que M. Cailliaud,
après avoir visité les ruines de Mcmphis , en novembre 1819,
s'était dirigé sur l'Oasis de Siwah, par la route du layoum. Les
nouvelles lettres que j'ai reçues de lui, à la date du 1 \ janvier
dernier, et celles de M. Drovetti, du 14 février, m'informent
qu'il est heureusement parvenu à lever tous les obstacles « t 1 sur-
monter les dangers d'une route qui n'a\uil jamais été suivie |>ar
aucun Européen ; qu'il a visité et observé en détail, non-seule-
ment la contrée de Siwah et ses inonumens, mais aussi la petite
Oasis, où nul voyageur modei ne n'avait encore pénétre. Voici de-
détails curieux sur les Lieux et les déserts qu'il a parcourus*
Dans la province du l'avouai , il trouva heureusement un
Cheykh qui, à force d'argent, consentit à le conduire à Niw.ib
ni dans Alexandrie, ni à Terraneli, il D avait pu découvrir un
ieul Cheykh qui voulût risquer L'entreprise. Ions ont encore
présens à la mémoire Les dangers <jn';i COUTUS le colonel Uoutin,
ASIE. 397
dans le voyage de Siwah. Tout ce que M. Cailliaud avait éprouvé
de fatigue et de difficulte's pendant ses premiers voyages, ne peut
se comparer à ce qu'il a souffert pendant celui-ci. Une route pé-
nible et dangereuse, et surtoutle fanatisme des habitans de Siwah,
lui ont opposé des obstacles imprévus, et qu'il crut d'abord in-
surmontables; deux fois sa troupe fut obligée de prendre les
armes, et de se battre contre les Arabes Moghrebins : après avoir
parcouru ces déserts pendant dix -neuf jours , et avoir fait quinze
journées de marche, de dix à douze heures par jour, il arriva
enfin à Siwah. Ceux qui ont parcouru les déserts de Libye auront
eux-mêmes quelque peine à se faire une idée juste des fatigues
d'un pareil voyage.
Parvenu à sa destination, M. Cailliaud, sans perdre un instant,
a visité les temples que renferme l'Oasis; il les a mesurés et des*-
sinés. Ces temples sont au nombre de trois : le 1er est égyptien ,
les deux autres sont de construction grecque ; il y a , en outre ,
un très grand nombre d'hypogées. Les ruines égyptiennes situées
à Oumbede, paraissent être les véritables restes du temple
fameux de Jupiter Ammon ; il était entouré de deux enceintes;
sa longueur devait être de quarante-cinq à cinquante mètres
(cent quarante à cent cinquante pieds) ( 1 ). Au-dessous du
temple est un grand conduit souterrain et un réduit qui a pu
servir aux Oracles. M. Cailliaud ne s'est pas borné à observer les
monumens, et à prendre des plans exacts de ces ruines; il a
examiné avec soin les productions et l'état physique du pays,
l'étendue de son territoire», le commerce des habitans, ainsi que
leurs mœurs et' leurs coutumes. Voici une des circonstances
de la description qu'il en a faite : une grande partie de la ville de
Siwah est formée par une construction bizarre; c'est un grand
corps de bâtiment en un seul massif, dont les murs ont quarante
cinq et jusqu'à soixante-cinq pieds d'élévation; les appartement
Sont à dix étages. Là, est une population de deux mille âmes,
que l'auteur compare à une fourmillière. Les hommes et le*
femmes mariés peuvent seuls habiter dans cet immense quartier.
(1) Ce qui en reste, a 11 mètres; cette mesure s'accorde avec
celle de Browne, qui donne ïx pieds • Horneuiann donne toà n
pas de longueur.
TOME VI. 27
'.
398 Abit.
Il existe d'autres constructions à part, où demeurent les jeune*
gens et les hommes non maries.
Le séjour du voyageur à Siwah a dure quinze jouis. Il a eu le
tems d'exécuter tout le plan de travail qu'il s'était tracé d'avance
d'après nos entretiens. Les observations de latitude qu'il a faites .
donnent une position qui diffère peu de celle qu'avait assignée
Browne.
A vingt lieues dans l'ouest de Siwah est un lieu appelé Vil*
d'Araschie ; on assure qu'il s'y trouve des monuracm; M. Cail-
liaud a fait plusieurs tentatives pour y entrer, mais les habitons
ont mis la plus grande obstination à L'empêcher d'y parvenir. En
vain il a essayé de la ruse et de mille moyens : tout a été inutile
et il a échoué, comme Browne , dans le dessein qu'il avait formé.
Après avoir tenu un grand conseil , les habitans ont déclaré qu'ils
périraient tous plutôt que de le laisser parvenir à lfle mystérieuse
Ils prétendent qu'elle renferme le sabre et le cachet d'un pro-
phète, et une superstition enracinée leur persuade que , ces talis-
mans une fois enlevés , leur indépendance est perdue. Ainsi la
route de cette île par Siwah, restera long-tems impénétrable pour
les Européens. Mais, plus opiniâtre encore que les habitans,
notre voyageur a conçu le projet de s y rendre par Alexandrie- il
se flatte d'aller de cette ville à l'Oasis d'Audjelah et à Boganzy ,
où se trouvent deux temples. Delà , il peut, m'écrit-il , se rendre
en sept jours à l'île d'Araschic. On voit quelle constance inébran-
lable anime notre jeune voyageur.
M. Cailliaud rapportera sans doute une description fidèle de la
source appelée, par Diodore el par Quinte-Cui ce. JonUunc. du so-
leil, et qui passai! pour être tantôt froide, tantôt chaude. Browne
assure le fait : M. lîelzoni. que l'on dit avoir -visite cette source
nous fera sans doute bientôt connaître le résultat île ses oh
nervations
E.u suivant une route plus méridional) que celle qui l'ai ait me
ue ù Siwah, M. Cailliaud est arrivé dans la petite 0;im> ; < est de
là qu'est d. itre sa dernière lettre. Il ;i trouvé, iuf I»' chemin, un
lac d'eau salée, loiiç; de deux, lieues de l'est I l'ouest. 11 est pro-
bable que c'est un lac de nation : ce point ne tardera jus .1 .!i<
vérifié par l'analyse même de L'eau, dont le voyagent m'envoù
une bouteille II résulte des observations de latitude, qu<
ASIE. 399
..M. Cailliaud a faites dans la petite Oasis , avec M. le Torzec , as-
pirant delà marine de première classe, que cette contrée est
plus septentrionale qu'on n'était porté à le croire, d'après les va-
gues indications des cartes. J'étais parvenu au même résultat,
quoique d'une manière moins précise, pendant l'expédition d'E-
gypte. En parcourant la chaîne libyque, entre Monfalout et le
Fayoum , j'avais reconnu plusieurs routes conduisant à la petite
Oasis, et se dirigeant vers le nord nord -ouest, à partir deDalgeh
et du parallèle de Meylaouy, lequel répond à 27 degr. [\i min.
M. Cailliauda trouvé que la latitude du chef-lieu de la petite
Oasis était de 28 deg. 21 min. 53 second. J'ai vu à Dalgeh, du
riz, des dattes et divers fruits, que les Arabes de l'Oasis y appor-
taient au marché. Les dattes des palmiers de l'Oasis ont une
grande réputation.
M. Cailliaud, arrivé dans la petite Oasis, vers le 10 janvier,
avait le projet dy séjourner deux mois • il s'occupait à relever un
plan topographique de tout le pays, non sans entendre autour
de lui les fréquens murmures des habitans. Jusqu'au 14, il n'avait
encore trouvé aucun grand monument ; mais il avait vu beaucoup
de ruines d'habitations en terre, et les restes d'un arc-de-triomphe
romain.
L'intention de M. Cailliaud est de continuer sa route vers le
sud, et de visiter les autres Oasis qu'il lui reste à parcourir: celle
île l'arnj'ré, à i\ journées de marche de la petite Oasis, où aucun
Europe n n'a encore pénétré; celle de Daktl, que M. Drovetti a
récemment visitée et que M. Belzonia vue également; enfin celle
de Khargeh, où notre voyageur a déjà découvert des monumens
si curieux, dans ses premiers voyages. Il compte ensuite passer
l'été à Thèbes , et retourner encore l'hiver à Dakel; alors il aura
achevé d'observer les Oasis, et tout le pays compris entre Siwah
et la route de DArfour. Ainsi, l'on possédera un itinéraire exact,
soit de l'Egypte aux différentes Oasis, soit de Tune à l'autre.
J'ai reçu déjà de M. Drovetti une ample description de l'Oasis
appelée Dakel, où sont des ruines de temples et un assez grand
nombre de villages. Celui de Hal.1t , jusqu'où il est allé, i t I
l'ouest nord-ouest de Khargeh , à prés de cent heures de marche
'I K-mé.M. Drovetti est le premier Européen (je crois) quiait visité
in*
400 ASIE.
ce pays recule. Mou dessein est de joindre sou itinéraire à celui de
la grande Oasis de Thèbes, dans l'ouvrage que je pre'pare (i).
On voit, par les détails qui précèdent, que, malgré les des-
criptions des anciens et des auteurs arabes , on n'avait point une
juste idée du nombre et de la position de ces déserts de l'Egypte,
auxquels les anciens donnaient le nom iV Oasis. On en comptait
trois seulement: en voici maintenant cinq, savoir: Siwah, la pe-
tite Oasis, Farafré, Dakel, et la grande Oasis de Thèbes. Nous
devrons à nos voyageurs la découverte et la connaissance exacte
des trois intermédiaires, et une description parfaite des monu-
mens situés dans les deux extrêmes.
M . Cailliaud et son compagnon de voyage prennent les hauteurs
méridiennes de tous les lieux qu'ils visitent; à l'aide d'un excel-
lent chronomètre de Bréguet, ils déterminent les longitudes. 11
est à craindre que les variations de la température , et les secous-
ses inévitables résultant du transport sur des chameaux, ne dé-
rangent la marche du chronomètre ; mais nos voyageurs y sup-
pléeront par les distances de la lune. M. Cailliaud a encore em-
porté avec lui une boussole azimuthale , un très bon sextant avec
horizon artificiel, une lunette astronomique, plusieurs baro-
mètres et thermomètres , des sondes , des réactifs , des niveaux ,
et divers instrumens de physique. Enfin , il est muni de notes
et d'instructions qui le guideront utilement dans ses recherches.
Ainsi les sciences, aussi bien que la géographie et les antiquités,
peuvent espérer de ses voyages des résultats exacts, ut qui ne
seront pas sans importance.
Jomaro, de l'Institut.
(i) Suivant M. Venture (qu'a cité M. Langlès, dans ses recher-
ches sur les Oasis, placées à la lin du voyage de Hornemann ), le
nom Aeddkliclch ou inuriemv, est donné à la grande Oasis, la
plus voisine du Sayd. Ce même non» est attribué, par les auteurs
arabes, à la petite Oasis ou du milieu, selon M. Langlès. La
contradiction semble expliquée par la découverte de M. Dro-
vetti, qui a parcouru et décrit le vallon de Dakel, placé à 35
heures de marche de Kliargeli, vers l'ouest nord-ouest, par-dcU
une grande chaîne de inoutagnes.
4<m
EUROPE.
GRANDE-BRETAGNE.
Ecosse. — Marine. — Navire enfer. — On doit se servir, pour
la navigation du canal de la Clyde, en Ecosse, d'un bâtiment de
passage entièrement construit en fer forgé. Il est à la fois plus
grand et plus léger qu'aucun de ceux qu'on emploie : il pourra
contenir deux cents passagers.
Angleterre. — Sociétés savantes. — Une nouvelle Société s'est
formée à Londres pour r encouragement et les progrès de Gastro-
nomie. Parmi les officiers chargés de diriger les travaux, on
compte plusieurs des premiers astronomes et des premiers ma-
thématiciens de l'Angleterre.
Londres. — Société biblique. — La Société biblique anglaise et
étrangère a tenu, le 3 mai dernier, sa seizième séance publique
annuelle. Le rapport fait, par le secrétaire, prouve que partout
la Société est secondée dans ses travaux. En France, non-seule-
ment les protestans, mais encore les catholiques, les favorisent
ou les protègent : S. A. R. le duc d'Angoulême a répondu, dans
les termes les plus obligeans , à la lettre de la Société ; le ministre
duc Decazes a souscrit pour la somme de mille francs.
L'évangile de saint Luc a été imprimé à trois mille exemplaires
en langues d'Otahiti. La plupart des insulaires savent maintenant
lire et écrire ; on les voit s'assembler à l'ombre des arbres à pain ,
pour écouter la lecture de la Bible : ces assemblées se prolongent
quelquefois jusqu'à minuit. Dans l'Inde, dans le royaume d'Haïti,
en Amérique et en Afrique, dans la Nouvelle -Galles méridionale ,
partout enfin la Société voit ses efforts couronnés de succès.
— La Société biblique de Londres a reçu plusieurs lettres d'Es-
quimaux convertis à la foi , qui tous la remercient avec ferveur
des Bibles qu'elle leur a envoyées. Aucune traduction n'a , dit-
on , présenté autant de difficultés que celle qui a été faite dans la
langue de ces peuples.
Société des Chaumières pour la réduction dupoor-rate (Taxe au
profit des pauvres). — M. Thomas Wi ight a communiqué aux édi-
teurs du Monlhly magazine le plan qu'il a conçu d'une Société
des Chaumières, pour le soulagement des pauvres, et la réduction
4oa EUROPL.
des taxes qu'on prélève en leur faveur. Il propose d'adresser une
pétition au gouvernement, signée de plusieurs souscripteurs,
pour lui représenter la possibilité d'utiliser les terrains vagues et
incultes qui bordent la plupart des grandes routes , en y cons-
truisant tles chaumières entourées d'un jardin ou d'un verger,
avec un petit pré pour nourrir une vache. On demanderait à la
couronne et aux grands propriétaires de seconder cette entreprise,
en accordant à la Société quelques portions de teirain, soit en
don, soit au prix d'une petite rente perpétuelle. Dans le cas où
ces démarches ne réussiraient pas, les souscripteurs pourraient
acheter des terres en friche , qu'une industrie persévérante et ac-
tive parviendrai! bientôt à fertiliser.
Loitdres. — Instruction religieuse. — La quatorzième séance
de L'Àfcsemblée qui a pour objet d'établir des écoles et de ré-
pandre la connaissance de la Bible en Irlande, a eu lieu dernière-
ment à la Taverne de la cité de Londres : IM. Williams Wilber-
force a occupé le fauteuil comme président. Le secrétaire a lu
un rapport d'un grand intérêt . d'où il résulta crue, dans 5.29
écoles formées en Irlande, plus de 58,OOa enfuis ont reçu une
instruction religieuse soignée , et «pie le nombre des écoles s'est.
augmente, depuis la dernière assemblée , de foi , et celui des
é'évcs , de phi S de 1 ) ,000.
Par suite de ce! accroissement , la Société s'est trouvée rede-
vable d'une somme de f.ooo fr. îf) s. 5 d.j elle a été invitée à
combler ce déficit. Après ce rapport*, on a présenté un tableau
détaillé des écoles établies dans les eniférens comtés d'Irlande.
— Enseignement mutuel. — La Société des écoles de Lancastre
vient de publier son ! j' rapport- Ellei donne de gr mds éloges au
eèle actif des membres de la Société établie a Pari- . pour l'ensei
gnement mutuel. On peut apprécier le fruit de leurs eflorts et de
leurs travaux, en lisant l'intéressant Rapport fait à l'assemblée
générale de la Société, le .; février i8ao , par M. Jomard. [Vovei
ci-dessus, t. V, page :•.:"><>. )
Lettres et Journaux distribués u Paris et a Londres. — la
nombre de Lettres distribuées j"in nellemenl par la poste, à
Paris, est estimé à peu près à 3a,opo, et celui des Journal)]
1,800; tandis qu'à Londres, on rei >oo lettres et
EUROPE. 4o3
26,000 journaux reçus; ce qui suppose, dans la première ville ,
une lettre pour soixante-douze personnes, et un journal pour trois
cent quatre-vingts lecteurs; et dans la seconde, uue lettre pour
neuf personnes, et un journal pour quarante-trois lecteurs.
PunLicATioNS prochaines. — On doit publier incessamment les
ouvrages suivans : i0. Traduction de l'ouvrage de M. Cottu, sur
l'administration de la justice criminelle en Angleterre , et sur
l'esprit de la constitution anglaise.
20. Les Mémoires de M. Oberlin , pasteur luthérien de Walsh
hack, par le révérend Mark Wilki.
3°. La partie élémentaire du Manuel des mères, de Pestalozzi .
en trois parties; ornée de gravui'es : traduite par P. H. Pullen ,
principal de l'école philologique.
4°. Une Notice adressée aux parens et aux tuteurs, dans la-
quelle on passe en revue le mérite des différentes institutions
établie* pour l'éducation des jeunes gens des deux sexes, dan?
un rayon de cent milles de Londres, par Williams Playfair et
James Webb. Cette notice sera précédée d'un court traité sur
l'éducation , et d'un catalogue des ouvrages les plus propres à
former le cœur à la morale, et à faciliter l'enseignement des
sciences uliles.
5°. Les Mémoires du défunt fi. L. Edegworth , commener
par lui, et finis par sa fille miss Edegworth , en deux volnm-
in-8°. — Pendant que les journaux anglais annoncent cette pro-
chaine publication, qui intéresse fous les amis de l'éducation et
de l'enfance, une traduction française du même ouvrage se pré-
pare à Paris, sousles yeux de miss Marie Edegworth, qui doit y faire
quelque séjour, et qui est accueillie avec empressement par toutes
les personnes qui ont lu et apprécié ses excellens écrits.
60. Une Histoire delà Grande-Bretagne, depuis l'avènement
de Georges III au trône, jusqu'à sa mort; par le révérend AU •
Setwart, auteur des y tes de Bldiret de RoberUon.
70. Un volume très interdisant, intitulé ['Histoire de la rébei-
lion en 174^ ct xrj\^'t contenant les causés «le b défaite du préten-
dant i\ Culloden , et plusieurs anecdotes curieuses ; par le ehftl
lier Johnsto/ie, aide -de-camp du prince Edouard; suivi d'ui
récit drs aventures de ce prince en BOOSM I Angleterre j en
Hollande, en France, en Russie et en Amérique* Le manuscrit
avait été originairement déposé au collège des Ecossaise Pajil
404 El ■UOPL.
8°. Voyages dans la Hollande, V Allemagne et une partie de la
France, en 1819 , par M. Jacob , renfermant quelques détails sur
la statistique, l'agriculture et les manufactures de ces différens
pays.
9°. 3M. James Hey Jackson , professeur d'arabe, ancien consul
anglais à Santa -Cruz, dans la Barbarie me'ridionale , quia sé-
journe' pendant plus de seize ans , comme négociant , dans diffé-
rentes parties de l'empire de Maroc,, et qui est auteur d'une re-
lation sur l'empire de Maroc et sur les districts de Sus , Tafilet,
Tombuctou, etc. , va publier une Description de Tombuctou et
de Houssa, territoires de l'intérieur del'Afrique, parEi,HàGF. Abd
Salam Shareenie, natif de Maroc, qui a visité et habité long-
tems ces intéressantes contrées. Cette description est suivie d'ex-
plications et de notes critiques, auxquelles on ajoutera les détails
de plusieurs voyages dans les parties méridionale et occidentale
de la Barbarie et sur le mont Allas.
io°. John Adamson fait imprimer des Mémoires sur la vie et
les écrits de Louis Camoens , en deux volumes, ornés de neuf
gravures.
1 1 o. Jacob va publier une Histoire des différentes écoles de
peinture italienne , avec des observations sur l'état présent de l'art.
Journaux. — Le Monthly magazine du mois d'avril annonce
un nouveau Journal ou Revue, intitulé V Investigateur, qui pa-
raîtra tous les trois mois. « Notre but, disent les éditeurs de ce
nouveau recueil , est de lier les sciences utiles aux différentes
branches de la littérature, en consultant toujours les principes
d'une religion éclairée et pure, etrintérctde la société en général,
sans distinction de secte ou de parti. » Un autre ouvrage pério-
dique doit être bientôt offert au public, sous le titre du Cham-
pion chrétien.
Proposition d'élever un monument à Shakespomn. — Ou pro-
pose, dans un des cahiers du ââonthly magazine, d'ériger un
monument à la mémoire de Shakespeare, ot d'assurer une pen-
sion annuelle à plusieurs tic ses descendant qui languissent dans
la pauvreté. On construirait un édifice où les restes du célèbre
tragique anglais seraient déposés, ainsi qu'une édition complète
île ses "'livres, des connut ntaircs sur sa vie et sa généalogie, les
noms ci L'histoire abrégée vies acteurs qui ont excellé à repr<
ciila m'^ pièces; enfin, les archives des comités qui auraient
EUROPE. 4o5
fourni des fonds , et les noms des souscripteurs. Une personne , à
laquelle on assurerait un petit revenu , serait chargée de garder
l'édifice et d'y accompagner les curieux. Elle ne pourrait être
choisie que parmi les membres de la famille de Shakespeare. — -
La Société de la Revue Encyclopédique s'empressera de prendre
part à la souscription proposée, aussitôt qu'on en aura déter-
miné les bases.
Brighton. — Architecture. — Le prince régent , aujourd'hui
George IV, a fait construire à Brighton, par l'habile architecte
M. Porden , dont la fille , âgée de 22 ans , est déjà connue par de
belles poésies sur les sciences naturelles , dans le genre de Dar-
win , un fort beau palais dans le style oriental. Cet édifice , au
milieu des petites maisons de briques qui l'entourent , est remar-
quable par son étendue et par l'originalité de son architecture.
Quelques journaux s'élèvent contre l'emploi d'un million , inuti-
lement consacré , disent-ils , à ce monument asiatique.
Beaux-Arts. — Sculpture. — Le professeur de sculpture de
l'Académie royale a terminé une belle statue de feu le révérend
évêque Skinner, primat de l'Église épiscopale d'Ecosse. L'évêque
est représenté vêtu de sa robe sacerdotale ; il prêche , et a dans
ses mains une Bible ouverte , où on lit le proverbe de Salomon :
<c Achète la sagesse et ne la vends pas. » Cette statue est destinée
à orner la vaste chapelle nouvellement construite dans le style
gothique, à Aberdeen.
Londres. — Nécrologie. — Le célèbre Arthur Young , un des
agronomes les plus distingués de notre siècle , est mort à Lon-
dres , âgé de soixante-dix-neuf ans. Il avait beaucoup souffert
de la pierre , et était aveugle depuis dix ans.
— M. West ( Benjamin ) , président de l'Académie royale des
Beaux-Arts, et peintre célèbre, vient de mourir à Londres, à l'âge
de 82 ans. Il était né dans la Pensylvanie , d'une famille d'émi-
grés anglais , de la secte des quakers. Le goût de la peinture se
manifesta de bonne heure en lui : sans avoir jamais vu ni tableau
ni gravure , il essayait de dessiner des fleurs , des paysages ,
tous les objets qui le frappaient ; ayant à peine sept ans , il fit
avec de l'encre rouge et de l'encre noire le portrait d'un enfant au
berceau , que sa mère reconnut sur-le-champ. Il inventa lui-
même son pinceau j ses couleurs lui furent données par uu sau-
vage indien:
t«6 EUROPE.
A l'âge de 11 ans, il quitta la Pensylvanie, et se rendit à Rome
où son talent se développa rapidement. Sa santé le forçant à
quitter cette capitale des beaux-arts , il visita Florence , Gênes,
Turin , la France, et passa en Angleterre, où il fut ensuite nommé
peintre d'histoire du roi , et membre de plusieurs Académies.
Il a lait un grand nombre de tableaux, dont le plus estimé
en Angleterre est le Christ rejeté.
RUSSIE.
Riga. — Affranchissement d; s paysans. > — On a dû proclamer,
le 12 mars dernier, dans toutes les églises du territoire , L'aifran-
chissement des paysans , comme on Tarait fait dans cette ville ,
le 6 du même mois, après avoir fait distribuer aux paysans des
extraits relatifs à cet objet , conçus dans les idiomes esthonien
et lette.
Bibliographie. — (Nous espérons que notre correspondance
nous mettra bientôt à portée d'offrir des détails à peu près com-
plets , sur la situation où se trouvent , en Russie, les différentes
branches tles connaissances humaines; en attendant, les observa-
tions suivantes nous paraissent propres à donner quelques idées
générales sur ce sujet important. ) Les Russes ont un très grand
nombre de traductions ,et la plupart des bons ouvragés étrangers
ont passé dans leur langue- ils ont aussi beaucoup de livres natio-
naux, et plusieurs de leurs auteurs se sont déjà distingués par des
compositions remarquables. Le goût de la lecture devient de plus
en plus général. « Il va 95 ans, écrivait, en iKo.'i, Restituable littéra-
teur russe Karamsin , on ne trouvait .1 Moscou que ileu\ librairies ,
qui ne vendaient pus pour 10,000 roubles par an; aujourd'hui ,
on en compte vingt, dont la recette ju-nt être évaluée à 200,000
roubles. » Depuis Cette époque , le nombre des librairies a encore
considérablement augmente'. A'ous avons sous les veux le cata-
logue d'une bibliothèque de lecture russe, établie à Si in t IV l
bourg. Le tableau suivant, formé d'après ce catalogue-, par
M. Héreau, qui a séjourné pendant dix ans en Kussie; où il a été
professeur d'un gymnase, indiquera, d'une manière générale, \éi
Mix littéraires des Russes, et les ressources qu'ils ont puisées
bel les étrangers
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Education et livres élémen-
taires.
Législation , droit et poli-
tique.
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Voyages.
Grammaire et lexicogra-
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Poésie.
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OEuvres dramatiques.
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Romans.
Antiquités et beaux-arts.
Mélangea littéraires.
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i8:5
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68
'802
1
On voit . dailfl ce tableau, ({ne le nombre des traductions est
presque aussi grand que celui des ouvrages originaux; et la ba-
4o5 EUROPE.
lance serait égale , si l'on faisait rentrer dans la classe des tra-
ductions, à laquelle ils appartiennent réellement, beaucoup d'ou-
vrages qui ont été publiés comme originaux. Il ne faut pas s'é-
tonner, ajoute M. Héreau, du petit nombre de traductions faites
de l'anglais ; beaucoup de productions anglaises (des romans sur-
tout) ont été tradnites en russe sur des traductions françaises.
Du reste, il est peu de bons ouvrages étrangers dont les Russes
n'aient enrichi la littérature nationale. Il est fâcheux seulement
que cet amour pour la littérature étrangère leur ait fait adopter,
sans choix, beaucoup de productions modernes, dont la plu-
part sont plus propres à corrompre le goût qu'à l'épurer.
Journaux et ouvrages périodiques. — Leur nombre actuel, en
Russie , est. de près de cinquante. On distingue Y Enfant de la
Patrie, par de Gretsch, et l'Invalide russe, par le conseiller
d'Etat Pessarovids.
S. M. l'empereur Alexandre vient d'ordonner la suppression
d'un journal, rédigé parle conseiller Jazersko, dans lequel on
déclamait contre l'affranchissement des serfs, et en faveur du
système féodal.
Encouragement. — S. M. a fait présent d'une bague à
M. Rauch, ancien ingénieur, après avoir agréé l'hommage
d'un exemplaire de sa Régénération de la nature végétale, dont
la seconde édition, tirée à trois mille exemplaires, est déjà
presque entièrement épuisée.
POLOGNE.
Correspondance particulière. — Varsovie, février i8oo. ■ —
« Le professeur Capclli a publié à Wilna un ouvrage intitulé
Manuale juris canonici. Cet ouvrage , formé de quarante-neuf
tableaux synoptiques , est destiné à l'usage dos écoliers de
l'auteur. Dans une courte préface, il s'est attaché à distinguer
soigneusement l'antique discipline de l'Eglise des abus qui
se sont introduits ultérieurement , et à signaler les perfec-
tionnement qu'a dû produire l'influence des lois civiles sur les
lois canoniques. M. Cclevel , bibliothécaire de la bibliothèque
publique de Varsovie , auteur de plusieurs ouvrages, entre au-
tre-* d'un /l perçu des diras s^.stèrni i géographique» </- I anciens .
publiera incessamment un petit livre sur le» Indiens , que je
EUROPE. 409
vous ferai connaître s'il renferme quelque chose d'important....
J'ai découvert un manuscrit du treizième siècle , renfermant un
fragment considérable de l'histoire de Pseudo-Turpin. J'en ai
prépare' une édition dans laquelle je me suis principalement oc-
cupé de fixer l'époque où le roman de Turpin a dû être écrit ,
de retracer l'origine des compositions romanesques , et leur in-
fluence sur le genre nouveau du poème héroï-comique. J'ai aussi
composé une dissertation pour démontrer qu'un grand nombre
de Lettres familières de Cicéron sont apocryphes ; et enfin , j'ai
sur le métier une autre dissertation , qui aura pour titre : De in-
certâ grammaticorum auctoritate acde varietale ortographiœ apud
Latinos ,prœsertim in scribendo prœpositionem ab ,quando incipitur
ab litterâ consonanti. n
Réclamations de M. Kochanowski. — Nous avons publié ( t. IV,
p. 55^) l'extrait d'unelettre de M. Ciampi, où il est parlé avec
éloge d'un tableau de M. de Monti , et avec un peu d'aigreur
d'une critique qu'en a publiée M. Ignace Kochanowski. Nous
ignorions alors que nous préjugions, sans le vouloir, une que-
relle littéraire sur laquelle nous n'avions entendu qu'une des
parties. Aujourd'hui , la partie adverse de MM. Ciampi et Monti
nous a mis sous les yeux les diverses pièces du procès. Elles sont
au nombre de trois ; en voici le résumé : i° La critique de l'expo-
sition publique des tableaux à l'Académie royale des Beaux- Arts
de Varsovie, par M. Kochanowski. Cette critique , en ce qui
concerne M. Monti, est sévère, sans doute. N'ayant point le
tableau sous les yeux, nous ne pouvons dire si elle est fondée;
mais ce qui est certain , c'est qu'elle n'est nullement injurieuse ,
et qu'elle ne dépasse en rien les bornes de la polémique litté-
raire. 20. Nous n'en pouvons pas dire autantde la réponse à cette
critique, intitulée: Lettre a M. Joseph Rezzuoli, l'un des maî-
tres de dessin de l'Académie I. et R. des Reaux-Arts a Florence,
et signée Nicolas Monti. Sans nous expliquer sur le ton de cette
brochure, nous croyons devoir dire qu'elle ne laisse pas le droit
À ceux qui l'ont publiée, de reprocher quelque chose à leur ad-
versaire. 3°. Enfin, la dernière pièce est une lettre adressée à
MM. Kochanowski et Monti. Celle-ci est signée J . R Comme
1rs deux précédentes, elle est écrite en français, mais avec plus
♦le correction , tant sous le rapport du style , que sous celui de
4io KUKOPE.
l'exécution typographique. On y reconnaît un homme instruit,
un homme Je goût, un homme de bon ton. Nous y apprenons,
que M. Kochanowski appartient à une famille honorable , dans
laquelle on trouve un poète distingué , contemporain du Tav.e ,
et qui, par esprit de philosophie, refusa de siéger au sénat de
Pologne. M. Ignace Kochanowski a fait le voyage d'Italie , en-
traîné par l'amour des beaux-arts , qu'il cultive avec assez <\c
succès pour qu'un paysage, qu'il a exposé, lui ait valu une men-
tion honorable, décernée par le jugement libre et indépendant
d'un jury.
Dans cette discussion , nous avons tâche de remplir avec im-
partialité les fonctions de rapporteur. Qu'il nous soit permis de
nous affliger de voirdes intérêts d'amour- propre diviser des hom-
mes de mérite, faits pour s'estimer mutuellement. La générosité,
la délicatesse, les convenances imposent aux étrangers et aux
nationaux des égards réciproques. Lest en les observant avec
scrupule , qu'ils peuvent concourir ensemble à L'avancement des
lettres et des arts en Pologne , et par suite au progrès général
•le la civilisation dans cette intéressante contrée.
SUÈDE.
Documcns relatifs h l'histoire du règne de Gustave lit. — On
conserve à Upsal les papiers de Gustave 111 , qui contiennent
une histoire secrète du règne de ce prince. On les a examines , il
y a peu de tems, probablement pour savoir s'ils sont susceptibles
d'être rendus publics ; mais ils ont été de nouveau mis sous le
scellé.
DÀNEMARCK.
Pria décerné À la meilleure chanson nationale, — Noua avons
déjà annoncé que le prince de Hesse l tontl< un prix pour l'au-
teur de la meilleure chanson nationale, et que la Société royak
1rs Belles-Lettres^ et non des />< \a ux-. irts, comme on la imprimé
par erreur , a décerné ce prix à une dame. \ OJ I 11, p. 53lh )
L'un de nOS estimables collaborateurs. M Ileiberg. liltérateui
danois très distingué, nous .1 communiqué , sur la fondation <i<
ce prix , des réflexions qui nous ont paru d'un intéièt Bltei gè-
lerai pour être offerte* à nos lecteurs. — Certes, dit M Heiberg
EUROPE. 411
«'est une idée noble et digne d'un prince devenu danois par son
alliance avec la famille royale , que celle de fonder un tel pri\ .
La seule chose qui m'étonne , c'est de voir une Société , composée
d hommes d'un grand mérite , accepter une mission pour laquelle
elle aurait dû se déclarer incompétente. Quoique je n'aie pas lu
la chanson couronnée , je suis néanmoins convaincu qu'elle mé-
rite l'honorable distinction qu'elle a obtenue 5 le talent de son
auteur et le goût des membres de la Société royale, m'en sont
les plus sûrs garans. Mais, quelque sublimes que puissent être les
pensées, quelque admirable que soit la versification, ces qualités
ne suffisent pas ;'i un poème, pour qu'il devienne aussitôt un chaut
national : aucune Société n'a une réputation assez colossale ,
aucun homme n est assez puissant pour opérer un pareil prodige;
le tems et l'opinion publique, son organe le plus infaillible , peu-
vent seuls y parvenir. Les intérêts de circonstance ne suffisent
pas non plus, à mon avis, pour composer un poème , qui puisse
aspirer à l'honneur de devenir, avec le tems, un chant national;
pour trouver le sujet qui s'y prête le mieux , le poète n'a que le
ch >ix entre les souvenirs de l'époque la plus glorieuse de Hus-
toire de sa patrie, et les intérêts les plus puissans et permanent
de sou pays. Il n'y a aucun peuple, en Europe, qui ne possède plu-
sieurs sujets historiques appartenant à la première classe , et di-
gnes d'être chantés par la nation , mais , l'Angleterre a peut-être
seule vu naître un chant national fondé sur un sujet tiré de la
seconde classe, qui est beaucoup moins riche. Le sujet heureux
une fois trouvé , il ne s'agit ni de brillante poésie, ni d'idées su-
blimes; il faut seulement savoir le revêtir d'une diction noble ,
élégante, énergique et claire, qui Soitâ la portée du peuple, en
même tems qu'elle plaise ù l'esprit le plus cultivé. Le teins fera
le reste. C'est ainsi , et nullement par un acte du parlement d'An-
gleterre , que la fameuse chanson, Utile Britannia , est devenue
le «liant vraiment national du peuple anglais. Elle exprime si
énergtqaetnent l'intérêt le plus essentiel et permanent de I Angl<
terre, celui de dominer seule sur la nier, (pie tons le- Anglais
l'ont adoptée sans opposition. La beauté de la poésie n'j est pour
rienj du moins n'est-elle qu'un objet secondaire. Il sérail .■ àt
tirer que la fermentation qui règne aujourd'hui dans tous les
esprits, en Europe, parvînt 1 produire des intérêts permm
4i3 EUROPE.
plus nobles , pour inspirer aux poètes futurs de tous les pays des
chants, nationaux seulement par la langue, mais cosmopolites
par les scntimens. D'après ces réflexions, on doit reconnaître que
si, grâce à la munificence du prince de Hesse, la littérature da-
noise compte un morceau de belle poésie de plus , il est possible
que ce ne soit pas encore un chant vraiment national.
Heiberg.
ALLEMAGNE.
Gottiivgen. — Musée Ethnographique. — Ce musée renferme
une collection très complète des habilleraens, costumes, parures,
ustensiles, armes et idoles de tous les peuples qui habitent les
îles et les cotes du grand Océan. Ces peuples sont, en commençant
par le nord , les Samoïèdes , les Tchoukehis , les Kamtchadales,
les Kourilles , les Eleuths, les indigènes d'Ounalaska, de Ra-
diait , puis les habitans de la Chine , du Japon et du Thibet ; enfin
ceux des archipels du grand Océan , tels que les îles Sandwich ,
des Amis, etc. Il n'est pas jusqu'aux misérables Pécherais de la
Terre de feu, le point du globe le plus avancé vers le sud, qui
n'aient fourni un collier de coquilles à ce musée. Parmi les objets
curieux qu'il renferme, on remarque des vêtemens complets en
lin de la INouvelle-Zélande; les tuniques contre la pluie, faites en
peau de poisson, et les vêtemens en pelleterie de Kadiak et de la
côte nord-ouestde l'Amérique; l'appareil à tatouer, et le costume
de deuil complet de Taïti; les arêtes qui tiennent lieu d'aiguilles;
le fil tiré des tendons d'animaux , et les ouvrages admirables que
les indigènes du nord-ouest de l'Amérique font avec ces iustru-
meus grossiers, etc.
La collection particulière du docteur Blumenbach , professeur
à Gottingen, contient aussi des objets dignes d'attention, tels
«(ne cent crânes de tous les peuples de la terre, les portraits de
< ei peuples peints d'après les originaux vivans , et une habitation
de Caraïbe, garnie de tous ses meubles, exécutée par un officiel
qui l'a rapportée des Antilles.
Hambourg. — Société biblique. La Société biblique réunie de
Hambourg et d'Altona, a tenu, le a8 octobre dernier, sa qua-
trième assemblée générale. D'après lerappoi t annuel qui a été lu.
la .Société n'a distribué gratuitement, depuis la même époque de
EUROPE. 4.3
l'année dernière, que 1 2^5 Bibles, et 99 exemplaires du Nouveau-
Testament; mais elle prépare, pour l'année prochaine, un tra-
vail important, en faisant revoir par quelques-uns de ses mem-
bres le texte delà Bible vulgaire, afin de rétablir la véritable
traduction de Luther, partout où Ton s'en est écarté. La pre-
mière édition de cette Bible, revue et corrigée , sera tirée à dix
mille exemplaires.
Dans la même séance, le professeur Mol 1er de l'Académie de
Copenhague, a rendu compte des travaux de la Société biblique
de Danemarck. Entre autres faits intéressans, il a cité une nou-
velle impression du Nouveau-Testament en langue créole, pour
les nègres des Indes occidentales.
Il a été fait aussi mention , dans cette séance , des progrés éton-
nans des Sociétés bibliques de Russie et d'Angleterre.
Scuwerin. — .Abolition de la servitude personnelle. — On a pu-
blié, en lévrier, une ordonnance du grand-duc, qui a causé une
satisfaction générale- en voici le texte: ({Nous faisons savoir
qu'après une mure délibération avec nos fidèles chevaliers et
Etats provinciaux, nous avons , de concert avec le grand-duc de
Mecklenbourg-Strélitz , aboli dans nos Etats la servitude per-
sonnelle. »
Autriche. — Nouveau Code industriel. — La commission au-
lique de commerce établie à Vienne, a reçu l'ordre de s'occupe:
de la confection d'un nouveau Code industriel pour toute la mo-
narchie. Les règlement qui existent sur cet objet dans les di .
ses provinces , doivent être adressés, dans un mois au plus lard,
à cette commission.
— Instruction publique. — Israélites. — L'empereur d'Autri-
che a rendu l'ordonnance suivante, concernant les Isi aéhtes qui
habitent ses Etals. « Avant dentier en fonction , les rabbins su-
biront un examen sur les principes de la religion judaïque et sur
les sciences philosophiques ; les appointemens qu'ils recevront ,
seront en raison de leurs connaissances cl de leurs laleu,. !.. s li-
vres de prières seront traduits dans la langue du pays, qui m 1a
exclusivement employée jinur les offices et \»<w\ les discours reli-
gieux. La jeunesse israélite participera en Outre -ux bienlaii
l'instruction publique. »
Gramj-Di.ciii. i>k li.\i»f; — Instruction publiqu : me. — -
TOME VI. 28
414 EUROPE.
Au moyen de dons volontaires, on vient d'ouvrir à Beuggen,
dans le Brisgaw, une croie gratuite pour tous les enfans pauvres
de la Suisse et du grand - duché de Bade, et une Ecole normale
destinée à former les instituteurs qui consentent à se rendre sur
le point où on les réclamera, pour se vouer à renseignement pri-
maire, en se contentant dune très modique rétribution, et en
consacrant la portion de lems dont ils pourront disposer, à gagner
leur vie par le travail de leurs mains.
Saxe. — Universités. — Ffomination des professeurs Wielanà
cl Poélitz. — Le roi de Saxe a nomme professeur de philosophie
à l'Université de Leipsick , M. Wieland , qui avait donne sa dé-
mission de professeur d'histoire à la même Université.
M, Poelitl, connu par un grand nombre de bons ouvrages his-
toriques, a été nommé professeur d'économie politique. On as-
sure que le gouvernement saxon se propose de créer encore plu-
sieurs chaires nouvelles: une de pédagogique, une de statis-
tique, etc.
Berlin. — Fête en l'honneur de Raphaël. — L'Académie dès
Arts de Berlin a célébré, le 18 avril dernier, une fête en l'hon-
neur de Raphaël, né à pareil jour, en i52o. Le roi avait fait
mettre à la disposition de l'Académie tous les tableaux de ce
grand peintre, qui se trouvent à Poètdam et à Berlin.
Transylvanie. — Société musicale. — Plusieurs magnats ont
formé à Klausenbourg , en Transylvanie , une Société dont le but
est de propager le gofit de la musique et Au chant dans le pays , et
surtout de former des chanteurs de théâtre en langue nationale.
ITALIE.
Vers-h-soic. — . L'art de cultiver les vers-à-soie et d'en obtenir
constamment un kilogramme de beaux cocons pour quatorze
kilogrammes de feuilles de mûrier, fait, malgré l'opposition de
la routine, des progrès B< lisibles dans toute l'Italie, particulière-
ment dans le Piémont el dans les États romain. Mi !<• comte
Dandolo, qui a créé cet ait en 1816, a déjà publié trois éditions
d<* l'ouvrage auquel on doit le perfectionnement de cette pré-
cieuse industrie. ( \ oy. ci-des*US , T. \ , pàg. \ /(>. )
Nam.es. — Lithographie. — Découvertes. — Les journtui ita-
liens annoncent que M. le D1 Aunibal Patrelli, Napolitain , qui,
EUROPE. 4iS
depuis plusieurs anne'es, s'occupe de la lithographie avec beaucoup
de succès , non-seulement a trouvé le secret d'employer à ce
genre de gravure toute espèce de pierres bien compactes et pro-
pres à être polies- mais encore, qu'il a de'couvert de nouveaux
procédés pour multiplier avec rapidité les impressions lithogra-
phiques, notamment celles de livres. Voici quelques indications
sur les moyens par lesquels M. Patrelli donnera fies copies des
plus rares et des plus anciens livres- copies qui auront une res-
semblance parfaite avec les originaux. Après avoir humecté,
avec une composition chimique , les feuilles des livres à réimpri-
mer, on les étend, encore humides, sur les pierres lithographiques»
Par cette opération très simple, les lettres de ces livres, quand
même ils auraient été imprimés dans les plus anciens tems de la
typographie, s'attachent fortement aux pierres, qui peuvent
alors servir à l'impression d'un certain nombre d'exemplaires. On
ra fraie hît les caractères avec un rouleau enduit d'une encre par-
ticulière qui passe sur les lettres et leur communique la cou-
leur noire , tandis qu'elle laisse intari le reste de la pierre. Le
premier ouvrage lithographique que M. Patrelli se propose de
publier à Naples, d'après ces procèdes, sera : Epiéteti Enchiri-
dion cum leb.tis tabula. Accédant Demopluli timilitudines et Dc-
mocratis philosophi aureœ seatenliœ , grœce et latine. Amstelod.
apud J. Wetstenium, i^5o.
Piémont. — Instruction précoce d'une jeune fille. — La ville
d'Oneille a été témoin d'un phénomène remarquable. Une jeune
fille, à peine âgée de treize ans, née à Seiola , dans la vallée d'O-
neille, a soutenu en public, assistée par M. l'abbé Natta, son
instituteur, prêtre octogénaire , une suite de thèses philoso-
phiques en langue latine. Cette intéressante élève se nomme
Marie-Catherine Gherardi.
Naples. — Poésie. — Le Journal encyclopédique de Naples ,
année 1819, annonce un morceau de poésie dont voici le titre :
Costanza SMonti-Perticari alla tomba delTasso. Madame Costanza
est la digne tille du célèhre poète V. Monti, et l'épouse du comte
Perticari, très connu par. ses écrits et par son godt eu littérature.
Elle s'est occupée sérieusement et avec beaucoup de succès de
l'étude du Haute: il serait à désirer qu'elle publiât ses remarques
sur ce grand poète.
28*
4iG EUROPE.
iMila*. — Bibliographie. — La Bibliothèque Italienne qu on pu-
Llie a .Milan, toujours lidèle à ses eugagemens, vient du donner ,
au commencement du cettu aunée ( W° XLLX. , janvier 1820), une
aual\sc encore plus étendue que les précédentes , de tout ce que
l'Italie a produit . en îSiç) , en fait de littérature , de sciences et
de beaux-arts : celle analyse est à la t'ois exacte et judicieuse.
Comme nous avous déjà expose de ce qui paraissait convenu
lemieux à l'esprit de notre A'tvur, nous nous bornerons ici à
retracer quelques circonstances ou remarque! plus ou moins
dignes d'attention, en ce qu'elles annoncent les progrès que
continue de l'aire l'Italie dans la carrière de la civilisation.
i°. Bien qu'une partie des Italiens ue s'occupe encore que de
discussious sur la nature et la régularité de leur langue, ce qui
donne lieu à plusieurs observations sur -a grammaire et son dic-
tionnaire (Biblioth. ital. , pag 7 ), la plupart, y portent cet esprit
pbilosopbique qui n'était pas le partage des premiers académi
ciens de la Crusca, ni des rédacteurs de sou vocabulaire. Les tra-
vaux de M. de Tracy ont principalement contribue à cet heureux
développement, comme le prouve le Traité dç INl.lNicolini, 1" loi ro-
tin , sur la part que le peuple peut prendre dans la jor nation d 'une
langue. Tout ce qu'on a publié de mieux dans ce geiuc e>l àù ,
en quelque sorte, à M. IYlonti, qui a, le premier, ressuscité celte
dispute littéraire.
i°. Il semblerait que la Toscane demeure slalionnaire , à quel-
ques égards , au milieu des progrès que tout les autres province;.
(i a l'Italie , et surtout celles du Kord ( ib. , pog. 7 )• Wons ai
mous cependant à croire, que ce jugement, s'il n'est pas dicté par
UQ esprit.de partialité , Test , du moins, par cet excès «le patrio-
tisme qui fait toujours douer le mieux, l'eut -être aussi le ré-
dacteur n'avait-il en VU6, que ce qui a liait seulement a l'étude « 1 <
la langue. INous savons d'ailleurs que l'insti uct ion publique pros-
père dans la Toscane, ainsi qu'en plusieurs autres provinces de
l'Italie , que les Ciéorgophiles ue cessent vie s'occuper de l'amélio-
ration de l'agriculture ; QJUÇ le marquis (iinori, le marquis Ri-
dolli, etd'auhi rfl pn >oiiues iccoininaudablo, appliquent la mé-
canique et lu chimie aux progré> de* artej que plusieurs partici-
pent à la gloire île répandre la metbode de l'enseignement mu
tuelj et qu'on remarque, surtout parmi les Toscans, de louables
EUROPE. 4t;
dispositions à voyager dans les pays les plus civilisés, pour mettre
à profit l'exemple et les lumières des autres peuples. Enfin, il
n'est pas trop exact de comparer le nombre des productions lit-
téraires qu'ont données, en peu d'années , deux ou trois provinces
d'Italie, pour juger de leur supériorité relative; car, il se peut,
que l'uue révèle ses moyens , pendant que les autres s'apprêtent à
développer les leurs , avec plus de maturité peut-être.
3°. On nous fait connaître que la manie d'augmenter la
masse des poésies lyriques, semble faire place à l'ambition de
tenter des poèmes plus impôt tans , surtout dans le genre drama-
tique ( pag. 40 ). Le nombre des poètes qui se lancent dans cette
carrière périlleuse, fait espérer que l'on parviendra à remplir le
vide qu'on reproche encore à la littérature italienne. Le gouver-
nement de Milan commence à sentir l'importance et le besoin
d'une troupe permanente , capable de rétablir l'art , si néglige en
Italie, de jouer la comédie et la tragédie; art sans lequel les au-
teurs les plus ingénieux ne pourront jamaisatteindre au butqu'iU
se proposent.
4°. La Bibliothèque Italienne nous apprend que l'Italie n'a pro-
duit, en matière de législation, que peu d'ouvrages dignes de
l'attention du public (pag. ']']). ^ous ignorons pourquoi , jusqu'à,
présent, on n'a pas revendique , comme une propriété nationale,
un ouvrage publié à Philadelphie, ou du moins sous cette rubrique,
intitulé délia Costituzione d'una monarchia nazionale rappresenta-
lii'a; ouvrage qui réunit tous les caractères d'une origine ita-
lienne, et vraiment digne , surtout par la nature du sujet, de la
considération des publicistes italiens. On a répandu ici que sa
publication remontait à i8i5, et que, malgré cela, l'ouvrage
était très peu connu en Italie. (Voy. Journal général de tégisLi-
tion, etc. , T. I, pag. 5i ). Le silence gardé sur cette production
en Italie, n'expliquerait-il pas la rareté de pareils ouvrages.'
TNous savons cependant que les Italien! ne ressent de s'occuper
de ce genre d'étude qui , seul, peut assurer la prospérité de leur
pays. On imprime chez eux, dwpuis quelques années, une ctftffiffc
quantité d'ouvrages nationaux et étrang"r> , parmi lesquels On
distingue les OEuvrcs de Machiavel, VJEspHl des lois, par Mon
tesquieu , avec les noies de Genovesi, la iSrinncr. de lu iég\
lion, par Eilangieri , l' Histoire d '.4 !ngiet«ttii' , pjtliuiru. , et 1
418 EUROPE.
surtout des fiépubUques d'Italie , par Sismondi, où Ton apprend
les grands principes du droit puhl c, mieux que dans la plupart
des traites didactiques qui traitent du même sujet. Ils ont aussi
les ouvrages de 'Melchiore Gioja ; et celui qui a été publié der-
nièrement en Italie , attribue au marquis Lnchesini , suite cause
e gli ejfètti dellaConjederazione Rencn-i. Enfin, l'ouvrage même de
IV]. Angeloni , sous le titre attrayant deW Italia , patriotique et ré-
pandu, comme il l'est, malgré les formes du style , peut-être un peu
ïlpres, et quelques détails étrangers au sujet, ne laisse pas que
de servir d'aliment à la pensée et aux voeux des Italiens. Enfin , le
rédacteur lui-même nous assure qu'aujourd'hui le peuple italien
s'intéresse plus qu auparavant b la chose publique (p. 76 ). On fe-
rait donc le plus grand tort à l'Italie, de la croire , sous ce rap-
port , au-dessous des autres nations civilisées.
5°. On remarque comme un des avantages des provinces de la
Lombardie , qu'on y réimprime constamment , chaque année ,
les mêmes livres ascétiques jusqu'à concurrence d'un dcmi-mil-
ïion d'exemplaires ; ce qui fait «in article de commerce de beau-
coup supérieur à celui que Rome elle-même fait eu ce genre
( pag. 81 ). On pourrait douter que cette branche de commerce ,
si utile à l'économie publique, le fût de même au rentable esprit
delà religion, si, d'ailleurs, on n'avait de fortes raisons pour
croire que la plupart de ces livres ne sont pas aussi futiles que
les autres. Mais, combien plus utile deviendrait ce commerce ,
si l'on publiait, en remplacement, les livres bibliques traduits
dans la propre langue du pays, comme OU le fait ailleurs avec tant
de succès pour l'instruction des chrétiens et pour la gloire de
leur religion !
6°. INous pourrions féliciter les Italiens de ce que le système de
Ye/ifeignemeni mutuel, attribué aujourd'hui à Bell et à Lancaster,
était déjà connu et pratiqué, à Milan , déaTépoquede St. -Charles
Borromée, vers la moitié du seizième siècle. Un certain piètre,
nommé Castellino da Castello , fui , dit -ou , le premier fondateur
des écoles de la doctrine chrétienne , qui n'ont jamais discontinué,
et conservent encore connue propriétés caractéristiques de cette
méthode , la réciprotité, la clflssification et la iimulianéité de l'en-
seignement ( pag. 82 ). Mais quels qu'aient été les premiers au-
teurs de cette invention , il s'agit à présent de la répandre et de
EUROPE. 4t9
la développer suivant les principes et. les vues de Tîell et de Lan-
ctister, que cherchent à rendre encore plus efficaces tous ceux qui
en comprennent le véritable esprit et l'importance. Les promo-
teurs de la paisible civilisation de TRurope apprendront donc,
avec une véritable satisfaction , que cenouveau système se trouve
établi à Naples , à Florence, en Piémont, à Parme, à Gênes,
dans le royaume Lombard- Vénitien, etc. , et que les fondateurs
de cette sainte institution , comme les auteurs qui tâchent d'en
démontrer et d'en réaliser l'utilité , se multiplient de jour en
jour. Enfin, selon notre judicieux et actif rédacteur , l'état ac-
tuel de l'instruction publique, en Italie , est réellement progres-
sif j l'amour des lettres, des arts et des voyages, s'empare de
plus en plus des hommes riches , et la génération naissante té-
moigne une ardeur de se distinguer, que ne connaissait guère la
génération précédente ( pag. 91 ).
2°. En parlant des sciences exactes et physiques, le rédacteur
se glorifie, avec raison, de compter un granJ nombre d'auteurs
et d'ouvrages plus ou moins dignes de notre estime, surtout
dans l'histoire naturelle, l'astronomie, l'hydraulique , la chimie,
la médecine , etc. Il indique l'invention ou l'introduction de
quelques machines profitables aux arts , comme l'illumination
à gaz, les bateaux à vapeur , etc. ; il fait, aussi mention de la
distribution de plusieurs prix et médailles d'honneur à divers
inventeurs d'objets plus ou moins utiles ou agréables ( p. 109 ).
8°. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est le commerce de la
librairie , qui a fait de Milan 1 entrepôt de toutes les autres villes
de l'Italie pour cette branche d'industrie (p. iG'i ). Les seuls livres
qu'on y importe annuellement de la France, de la Suisse et de l'An-
gleterre, s'élèvent au nombre d'environ ^00 caisses , de i5o kilo-
grammes chaque, non compris les livres qui proviennent de l'Al-
lemagne , et surtout des Etats de l'Autriche • et tout ce com-
merce , depuis quelques années, se fait au moyen d'échanges
On remarque aussi que la typographie a publié, en 1819, d;ms
la Lombardie seulement , un nombre de livres dont la valeur est
de plus de 5,'20o,3f»3 fr. On compte encore, d;ins la seule Lom-
bardie , jusqu'à 71 imprimeries, dont quel ues-unes rivalisent
avec les meilleures imprimeries de l'étranger- ce qui prouve une
amélioration positive dans tous les arts qui s'y rattachent, et
/po EUROPE.
une augmentation considérable dans le nombre de lecteurs. Il faut'
espérer crue de semblables ctablissemens se multiplient dans la
flléme proportion , sur tous les autres points de l'Italie.
rj°. Le nombre de journaux littéraires dont nous avons fait
mention ailleurs, existe encore presque en entier; nous féli-
citons les savans rédacteurs de la Bibliothèque Italienne ({ni se
distingue, entre les autres productions de ce genre, par la richesse
des connaissances, par l'exactitude des jugemens, et parla conve-
nance du style. Peut-être pourrait-on leur reprocher un peu trop
de prédilection pour les provinces de la Lombardic; nous pen-
sons qu'il serait plus généreux et plus utile de reculer les bornes
de cette passion patriotique , susceptible encore d'un plus grand
développement. Pourquoi s'exposer à diviser les esprits au lieu
de les faire tous concourir au même but et à la même gloire,
par l'aiguillon d'une émulation plus noble et plus nationale? JNous
nous sommes permis d'adresser ces observations aux savans ré-
dacteurs de l'estimable Bibliothèque, comme un témoignage de
l'intérêt particulier que nous prenons à leurs succès et à la pros-
périté de la belle Italie, objet constant de nos vreux les plu*
chers. F. Salfi.
Raguse. — Nécrologie» — L'abbé Bernardo Zamagna , ex-jé-
suite , vient de mourir à Raguse, dans un Age très avance. Il
avait donné une version latine d'Homère , d'Hésiode , de Théo-
cri te , de Moschus et de Bion ; il avait aussi publié plusieurs ou-
vrages en latin.
GRÈCE.
Extrait (F une lettre de Chiot. — Pingres des sciences dans la
Grèce. — Le philanthrope ne peut espérer que les Grecs &ss< ut
de grands progrés dans la civilisation,, aussi long-tems qu'ils m
vront sous le despotisme des Turcs. Les oomnnraicationi avec
leur pays sont d'ailleurs si difficiles e( si dispendieuses, qu'il est
pie impossible de connaître, en détail et avec certitude, le
efforts des Grecs instruits pour régénérer leur intéressante nation
Les habitat) s de l'île de Chios sont ceux qui cultivent les seten
ees avi c le plus de Irait. Il faul espérer de leur sèia pour l'étude .
que ee pays deviendra un jour, pour la Grèce, le berceau «le
toute», les sciences. On a établi, depiii, quelques ;lrM
EUROPE. 421
Académie dans cette île, et depuis peu une imprimerie. Le pre-
mier ouvrage qui en est sorti, est le discours du doyen des pro-
fesseurs, relatif aux cours à suivre dans l'enseignement public.
Il fera connaître aux savans de l'Kurope de quels sentimens sont
animes les professeurs attachés aux différentes écoles de la Grèce.
Je renvoie à un autre moment la traduction de ce discours.
• Le nombre des professeurs de l'Académie s'élève à quatorze. Us
enseignent, i° la langue et la littérature grecques, qui forment la
base de renseignement dans toutes les écoles particulières ; 20 les
langues française, latine et turque; 3o la théologie , la logique ,
la métaphysique, la rhétorique, la morale et l'histoire ancienne;
4° les mathématiques, la mécanique , l'optique , la géographie , la
physique expérimentale, la chimie et la peinture.
Plusieurs de ces professeurs sont venus en Europe, pour se
perfectionner dans les villes où les sciences sont le mieux culti-
vées. M. Bamba, qui enseigne la chimie, homme savant et d'un
grand mérite, a demeuré long-tems à Paris, où il a suivi très
exactement les leçons de M. Thénard. II publiera bientôt la tra-
duction qu'il a faite, en grec moderne, du Cours de chimie de son
habile professeur.
Nous avons eu connaissance de la Minerve grecque, rédigée par
quelques hommes de lettres , qui ont fixé leur demeure à Paris
Nous ignorons les motifs qui ont déterminé le gouvernement au-
trichien à défendre de laisser passer cet ouvrage par l'Allemagne;
il a , depuis cet te défense, cessé de paraître. Mais nous apprenons,
par des nouvelles reçues de Bucharest, , capitale de la Valacbie.
qu'une imprimerie y est établie , et qu'il y paraît un recueil, sous
le nom de Minerve Daki ( Asauxti 'Aùyci ). Sans s'occuper de
politique , cette nouvelle Minerve traitera de tous les objets qui
ont rapport aux connaissances humaines. iNous n'avons lu jusqu'à
présent que le plan de l'ouvrage ; et nous ne pouvons porter au-
cun jugement.
On demande à Constantinople le meilleur livre sur l'enseigne-
ment mutuel. On désire y introduire cette importante méthode ,
dont les Grecs ont le plus grand besoin, dans la position malheu-
reuse où ils se trouvent depuis tant de siècles.
Il y a heu d'espérer que, si, d'aprè--. l'opinion d •• M de Volney,
les ouvrages périodiques et l'imprimerie s->nt d.-s témoignages
422 >:urope.
certains de la civilisation des peuples , ils feront un jour revivre
chez les Crées les sciences et les arta.
Hospices du Mont-Olympe. — Il existe dans les défiles du
Mont-Olympe cinq villages dont les habitans ne paient aucun
impôt ; mais ils sont obliges de donner des secours et de servir
de guides à tons les voyageurs qui traversent la montagne. Ils
s'acquittent de ce devoir avec autant de zèle que d'adresse : ils
ont, comme les respectables religieux des Alpes, des chiens
dont ils se servent pour découvrir dans la neige les voyageurs
qu'elle peut avoir engloutis.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
Pub'ications nouvelles. — Le libraire J^an <Icr llcy , d'Amster-
dam , annonce une nouvelle édition de l'Histoire de Hollande ,
par Pierre fils, de Corneille llooffi. Cette édition sera très soignée,
et enrichie de notes et de commentaires, par MM. les professeurs
Sicgenbeek, de Leyde, Situons, d'Ltvecht, et Van Carpelle,
d'Amsterdam. IIooJJÏ est avec Vondel le coryphée de la littéra-
ture hollandaise. 11 a écrit l'histoire de Hollande depuis 1 abdica-
tion de Charles V jusqu'à la (in de l'administration de l.eieestcr.
La première édition est de \G\i. On l'a surnommé le Taci.e hol-
landais. Il avait fait une étude particulière de cet histoirien ro-
main, qu'il a aussi traduit. Son style en a la concision, et quel-
quefois l'obscurité. Pour apprécier le mërite littéraire de Hooll't,
on peut consulter 1 article que nous lui avons consacré daus la
Biographie universelle.
FRANCE.
Département de la Meorthe. — Mine de sel gemme près de
fie. — Quelques erreurs qui se sont glissées dans les notes (pie
nous avons déjà données sur cette mine ( \ oyez ci -dessus , t. il,
p. 545 , et t. III, p. 375 et 588 ), nous engagent à publier la no-
tice suivante , qui est le résultat des renseignemens fournis par
M M. les ingénieurs des mines à M. Louis Cordier, inspecteur di-
visionnaire dans ce corps.
« Leaoavril 1818, M. le directeur général deaPonts-et-Chausséei
et des Mines a donné son approbation à un projet de sondage qui
lui a été soumis par une Compagnie , et dont le but annoncé était
EUROPE. 4^3
de rechercher s'il n'existait point de mines de houille aux envi-
rons de Vie.
»Un premier coup de sonde, donne' le 7 juillet suivant, ayant
été infructueux , quoique poussé à 3} mètres (112 pieds), on en
a essayé un second dans une position que l'on croyait plus favo-
rable ; c'est-à-dire, dans le fond de la vallée de la Seille, à
environ un kilomètre de la ville de \ ic Ce travail, conduit avec
persévérance , n'a fait trouver aucun indice de houille 5 mais, le
i5 mai 1819, on est tombé sur du sel gomme, à la profondeur de
65 mètres. Le sondage a été continué avec activité. Au 3o sep-
tembre dernier, on était descendu à 97 mètres , et on avait tra-
versé cinq bancs de sel gemme , ayant ensemble une épaisseur de
26 mètres 66 millimètres, et qui u'étaient séparés que par des
couches d'argile et de gypse de 12 à i5 décimètres • depuis la fin
de septembre, on a encore approfondi le percement de quelques
mètres; et, après avoir constaté l'existence d'une sixième couche,
on a cessé les travaux sur ce point. La profondeur totale du coup
de sonde a été de 10 \ mètres (320 pieds), dont un tiers environ
dans le sel gemme.
»Les couches terreuses et pierreuses qui avaient été traversée»
avant d'arriver au terrain salifére, s'étendant horizontalement à
une grande distance en tout sens, la continuité des bancs de sel
gemme pouvait se présumer; mais la compagnie, sur les obser-
vations de l'ingénieur des mines, a jugé convenable de s'assurer
de cette continuité au moyen de deux autres coups de sonde,
formant avec le premier les angles d'un triangle dot.t la surface
est d'environ un demi-kilomètre carré. L'un de ces coups de
sonde avait, le i3 septembre dernier, atteint le sel gemme à
^3 mètres 5o centimètres de profondeur. Le premier banc de sel
ayant été percé et parfaitement reconnu, on a pensé qu'il étiùt
inutile d'aller au-delà.
m Le troisième sondage, termine1 en janvier i8.>.o, a été' plus diffi-
cile , à raison du marais et de l'épaisseur du sile< que nous avons
rencontré- On est resté sur une couche de très beau sel, après
en avoir percé huit pieds; c'est tout ce qu il faut pour constater
la présence et l'étendue de la mine, qui sont déjà reconnues sur
deux points.
»Le directeur du sondage, M. Drauly, est parvenu, aumoyen
4&4 EUROPE
d'un outil fort ingénieux de son invention (c'est un cylindre creux
dont l'extrémité est terminée par des dents de scie ) , à retirer à
volonté des morceaux de sel gemme de plusieurs centimètres
cubes, et par conséquent d'un volume bien suffisant pour que
l'on puisse juger de la qualité' de la substance. Il résulte, soit de
l'examen des échantillons qui ont été envoyés par la compagnie à
la direction générale, soit des procès-verbaux dressés par l'ingé-
nieur des mines , que le sel des bancs qui ont été traversés est
communément en très gros grains cristallins, demi-transparens,
sans couleur, et qui, par la trituration , fournissent un sel très
pur, et analogue aux sels marchanda qui proviennent des mines
d'Kspagne et de Pologne. On voit aussi, parmi les échantillons ,
des fragment qui contiennent des nuages grisâtres ou des mou-
ches rouge.ltres, occasionnés par la présence d'une très petite
quantité de gypse ou d'argile; mais ces aecidens sont ordinaires
dans les mines qui fournissent les plus beaux sels, et on y a
égard lorsqu'il s'agit de diriger l'abattage, et d'opérer le tirage
des masses susceptibles d'être égrugées et livrées au commerce.
D'après les analyses faites à l'Ecole royale des Mines , sur
10,000 parties (ou poids), le sel des salines de la Meurthc con-
tient, savoir :
Muriate de soude 9,7 'p
Sulfate de magnésie a3o
Sulfate de chaux sS
10,000
C'est-à-dire , qu'il renferme près d'un trente- huitième de
parties étrangères.
Le sel gemme, au contraire, a été trouvé parfaitement pur; il
n'a présenté qu'une trace de sulfate «le chaux qui provient évi-
demment d'un mélange accidentel. Ainsi, la quantité des échan-
tillons analysés est supérieure à celle du sel des salines.
11 est à remarquer que les sondages ont été exécutés au milieu
d'une contrée qui, sur une longueur de plus de 7 myriamètres
(i5 lieues), prise depuis Ro/ières À San.d'oe. offre un grand
nombre <î>- - ourcea salées , en général fort ■ i< hes , èl dont les plus
importantes ont détermina . îdéi ér/oques diven - la fondation
des salines de Dieuxe, de Marsal, de Ni' . deMoyen-Vic 1
I hateau-Satii
EUROPE. 4*5
D'après des analogies qui sont uniquement fondées sur l'expé-
rience, on peut supposer que le sel gtumie de Vie reviendrait,
tout extrait et tout égrugé , à moins de i ir. le quintal métrique.
Si on adinet, d'après M. l'ingénieur Gargau, que la fabrication
en sel des salines revient à 6 ir. , et si Ton considère que le débit
moyen des salines de la Meurthe est de ji5,ooo quintaux métri-
ques , on trouve qu'eu substituant l'exploitation de la mine à
celle des sources, on obtiendrait un bénéfice annuel de plus de-
deux millions de francs.
INancï. — Chimie. — Conversion des corps ligneux en gomitit
et en sucre. — JM. Henri Braconnot est parvenu , au moyen de
l'acide sulfurique, à convertir les corps ligneux, tels que la
sciure de bois , les chiffons de linge , la toile de chanvre usée , etc. ,
en gomme et en sucre. La gomme ressemble parfaitement à celle
qui découle du miniosa niloiica; le sucre a beaucoup de rapport
avec celui qu'où extrait des raisins : cristallisé, il se blanchit très
bien, et a une saveur franche et agréable.
Département d'1lle-et-Vilaine. — Duvet des chèvres indi-
gènes. — M. de Lorgeril, propriétaire à Plesder , a trouvé sur des
chèvres du pays un très beau duvet, avec lequel on peut, selon
lui, obtenir des tissus comparables à ceux de Kachemire. Une
seule chèvre a donné trois hectogrammes (plus d'une demi-livre)
de duvet; le moment le plus favorable pour le recueillir est la
fin de janvier.
Département des Pyrénées. — Chèvres du Thibet. — Le trou-
peau de chèvres du Thibet , confié aux soins de M. Olivier, con-
tinue de prospérer. Cent vingt chevreaux sont nés, et portent
déjà le précieux duvet qui caractérise cette espèce, à laquelle le
climat du Koussillon paraît particulièrement convenir.
— Dessin linéaire. — M. le préfet de ce département a établi
un cours de dessin linéaire dans l'école d'enseignement mutuel de
Perpignan.
SOCIÉTÉS SAVANTES KT D'UTILITÉ PUBLIQUE.
Caen. — Académie des Sciences, Arts et Belle*- lettres. —
Cette Société, présidée parM.de Prelelny a proposé, da.
séance du -ià avril, une médaille eu or de 3oo francs , pour l'au-
teur du meilleur pouuic sur lu mort du duc dti McTfY, Dau> lu
426 EUROPE.
même séance, M. de lîaudrealu le premier chant d'un poème surlc
Calvados ;M. Langea donne' lecture d'un Mémoire sur la Cassette
qui renferme Pétole fie St. Regimbât , à Baveux; enfin, M. l'abbé
Jamet a lu un Mémoire sur f 'Education des sourds-muets.
Corse. — Socn te centrale d' Agriculture du département de la
Corse. — La Corse a droit de nous intéresser sous plusieurs rap-
ports : les liens d'affection et d'avantages mutuels qui l'unissent à
la France; son heureuse position entre l'Afrique et l'Europe, à
proximité des plus belles provinces d'Espagne , de France et d'I-
talie ; la douce température de son climat , un sol vierge t ne oie
et. susceptible d'une grande variété de cultures ; le souvenir des
personnages qui l'ont illustrée , et parmi lesquels ou distingue le
frère d'armes d'Henri IV , dont ce monarque disait que , de/mis
son avènement à la couronne, il n'avait trouvé dans son royau e ,
ni prince, ni personne ^uOrnaîvo qui lui eût parlé franchement ,
qui lui eut dit la vérité.... Tout enfin semble attester que la Corse
n'a besoin , pour atteindre au degré de ci\ilisation qui lui est ré-
servé , que du bienfait (Tune administration appropriée BU trms
et au\ circonstances où elle se trouve. Devenus plus spéciale-
ment , depuis environ trois années , l'objet de la sollicitude
éclairée du gouvernement français, les Corses ont cl*j;'i fait del
progrès sensiblesdans plusieurs branches des sciences physiques,
morales et politiques. Ce sera pour eux une nouvelle ère, que
l'administration de M. de Vignolle, à laquelle se rattachent la
plupart des institutions qui ont développé clans leur patrie une
émulation générale. Nous nous proposons de faire connaître
quelques-uns des résultats de cet te administration , et nous com-
mencerons par 110 aperçu des travaux de la Soch t< centrale d\J-
gricultuie du tlt parlement de. la C> > rse , dont nous a\ions déjà
annoncé la fondation N oyei Tome 11 , page 58<)).
Les recherches de cette Société onl donné lieu à deux bons
Mémoires adressés par M. de Vignolle an ministère de l'in-
térieur, en 1 8 1 y , dont l'un , sur L'état actuel de l'agriculture en
Corse et les moyens propres à L'améliorer; et l'autre, sur l'objet
important des chemins vicinaux.
•'•On remarque dans le premier Mémoire, outre une esquisse
géologique de I île , des observations sur les causes pi ini iji.des qui
ont retardé ou entravé la marche de l'agriculture ; il y est dé-
EUROPE. 427
montre qu'absolument indépendantes du caractère des habitans,
trop légèrem nt accusés d'indolence par des observateurs super-
ficiels, ces causes ne sont autres qu'une série non interrompue de
troubles et de vicissitudes extraordinair s. Cette conviction s'ac-
quiert par la comparaison qu'établit le Mémoire entre l'ordre des
choses antérieur et leur état jirésent. Depuis près de trois années,
que le calme et la paix ont succédé à l'agitation, à l'inquiétude
des esprits , les occupations champêtres , le goût «lu travail, se
sont ranimés ■ les propriétaires le plus à leur aise ont cherché à
mettre en valeur des terrains jadis incultes et abandonnés au
libre parcours • des clôtures et des défrichemens considérables
ont été exécutés dans divers cantons; la culture des céréales, des
légumes farineux et principalement de la pomme de-terre; celle
de la vigne , du chanvre et du lin ; les plantalions de mûriers , de
châtaigniers et d'autres arbres fruitiers; la greffe des oliviers sau-
vages, l'introduction des prairies artificielles , l'éducation des
mouches-à-miel; enfin, quantité d'opérations plus ou moins im-
portantes ont été commencées et suivies, avec l'intention la
moins équivoque de mettre à profit tous les avantages du sol.
Quant au choix des moyens recommandés par la Société ,
comme les plus propres à améliorer l'agriculture en Corse , il pa-
raît être le résultat d'une sage combinaison des ressources de l'art
avec celles de la nature ; il atteindra par conséquent le but pro-
posé. L'approbation du gouvernement a déjà sanctionné, dit-on ,
la plupart des mesures indiquées dans ce Mémoire.
Le Mémoire sur les chemins vicinaux renferme les élémens
d'un bon système de restauration des communications publiques,
et fait voir comment l'exécution en pourrait être obtenue avec les
moyens les plus faciles et les plus économiques. Ce Mémoire est
le complément du premier; car, inutilement solliciterait-on l'ac-
tivité agricole, si l'on ne lui offrait en même tems le débouché de
ses produits.
PAR IS.
Institut poyal de Fkance. — Séance publique annueJle des
quatre Académies, le lundi >.\ avril 1820; elle a été présidée par
31. Laya, directeur de t 'Académie française. — » Voici l'ordre d^p
lectn res :
M. le président, Discours d'ouverture ;
£a8 ELUOPE.
l\I. Jiiot, de l'Académie royale des Sciences, Considérât joui
sur la nature et sur les causes de Y aurore boréale ;
A/. Je Chezy , de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-
Lettres, Y lier mita ge de Candou , épisode traduit du Bit rama
Pourana , poème sanskrit ;
M. Quatremère de Quincy, secrétaire perpétuel de l'Académie
royale des Beaux-Arts, Dissertation sur l'illusion et sur les con-
ditions dont dépendent les effets dans les ouvrages des beaux-
arts- morceau extrait d'une Théorie générale de V Imitation dans
les beaux-arts ;
M. Picard, pour M. le Comte François de JYeiiJi -hateaii , de
l'Académie française, la traduction en vers de divers fragmens
des poètes comiques grecs, extraits de son ouvrage intitulé:
Philosophie des poètes.
Cette séance a été remarquable par la réunion presque com-
plète de tous les académiciens, ce qui arrive trop rarement dans
les autres séances semblables , et sans que Ton puisse s'en prendre
au public, qui témoigne assez, par son empressement à s'y ren-
dre, tout l'intérêt qu'il accorde à ces solennités littéraires. Celle
d|l u.'i avril a paru le satisfaire complètement, quoique le discours
de M. Laya, très bon morceau île littérature sans doute, ait snn
blé trop long, trop didactique, comme discours d'ouverture.
M. Biot a dit de très bonnes choses sur l'histoire des opinions re-
latives aux aurores boréales, et les a très bien dites: on n'avait
jamais parlé d'un pareil sujet avec plus de griïce. L'épisode Baqa
krit. a été à peine entendu- c'est dommage , le morceau étant
très joli, quoique tiré d'une littérature qui llorissait il y a quel-
que trois mille ans • mais ce qui n'était pas moins important que
l'épisode , c'est d'avoir proclame publiquement cet !<• I élite , jus-
qu "ici renfermée dans L'enceinte des études orientales : que le
latin, le grec, el lesansknt, gui est l'antique idiome de l'indu,
ne sont qu'une seule et même langue \ ce qui , soit dit en i assanj,
doit être vrai pour le latin, puisque c'est vrai pour Le grec Apres
■le Che'/y , M. Quatrenw're de Quincy a parle de l'illusion
dans les ouvrages des beaux -art-,, connue i! parle de tontes leur-,
autres parties, avec une grande érudition, une rare sagacité, et
Beaucoup d'esprit. Son morceau a été vivement applaudi , ainsi
que les fragmens traduits des comiques grecs en vers lr-n.
EUROPE. 429
par M. François de Ncufchateau, fragmens qui sont d'heureux
prémices de sa Philosophie des poètes.
Société royale et centrale d'agriculture. — Séance publique
du dimanche 9 avril 1820. Présidence de S. Fxc. Monseigneur le
comte Siméon , ministre secrétaire d'Etat de l'intérieur. — Ordre
des lectures qui ont eu lieu:
I. Rapport par M. Silvestref secrétaire perpétuel, sur l'état de
l'agriculture et sur les travaux de la Société , depuis sa dernière
séance publique.
II. Rapport par M. Labié , sur le concours pour la culture des
arbres à cidre : i°. Prix de i5oo francs, décerné à 1V1. Pierard,
correspondant de la Société , capitaine au corps royal du génie ,
à Verdun. '2°. Le titre de correspondant de la Société, à M. Car-
bonnet, propriétaire du domaine des Marais, dans les communes
de Merfy et Saint-Thierry, arrondissement de Reims, départe-
ment de la Marne. 3°. Médaille d'or, à l'effigie d'Olivier de Serres,
à M. Boullanger , conseiller à la cour royale d'Orléans.
III. Rapport par M. Tessier, sur le concours relatif au cra-
paud et aux autres maladies des pieds des bêtes à cornes et des
moulons. — ■ Deux mentions honorables.
IV. Rapport par M. Posuel de Cerneaux , sur le concours pour
l'introduction, dans un canton de la France, d'engrais ou d'a-
mendemens qui n'y étaient pas usités auparavant. — Médaille û'ot,
à l'effigie d'Olivier de Serres, à M. de Lorgeril, correspondant
du Conseil d'agriculture pour le département dlllc et Vilaine,
ù la Motte-Bcaumanoir.
V. Notice biographique , par M. Silvestre, sur M. Petit de îlenu-
verger t membre de la Société, mort le 8 septembre 181c).
VI. Rapport par M. du Petit- Th ouars , sur le concours pour
des notices biographiques , sur des hommes dignes «l'être connus .
pour les services qu'ils ont rendu 9 à l'économie rurale de
France. — Médaille d'or, à l'effigie d'Olivier de Serres, à M. l'bnr-
nier-Pescay , docteur en médecine;, secrétaire du Conseil de
.sanlé «les années, auteur d'une notice biographique sur feu l'ran-
cois Pescaj , cultivateur distingué à St. -Domin^ne.
VII. Rapport par M. Hat belle , sur le COUCOUTS pour les ma-
chines hv«lrauli«pi«'s , appropriées aux usages de l'agriculture «;
aux besoins îles arts économiques. — 1". Grande médaille d'or , à
M. Arnoll t, ingénieur au corps royal des Pou! :-et-(Jiau~
TOME VI. 2C)
EUROPE.
à Dijon, auteur de la pompe couronnée par la Société en 1817, et
qu'il a perfectionnée depuis. a°. Mention honorable des machines
présentées par MM. Capron, économe de la ville de Paris, et
Ménestrel , mécanicien, à Arles ( Hourhes-du-Rhone ).
VIII. Rapport par M. lluzard , sur le concours pour des obser-
vations pratiques de médecine vétérinaire. — .i°. Mention honorable
de MM. Glniulus , vétérinaire, à Maillais (Corrèze); Bilange ,
capitaine du train d'artillerie, à Metz 5 Raina rd , professeur à
l'École royale vétériuaire de Lyon. 20. Lu exemplaire du Théâ-
tre d'agriculture tV Olivier de Serves, édition publiée par la So-
ciété, a vol. in~4°, à MM. Sajous, médecin-vétérinaire , à Tar-
bes ( Hautes-Pyrénées ); Sdntin , vétérinaire, à Dourgne (Tarn),
dont la Société a déjà encourage les travaux, dans ses séances
précédentes; Guillavie , vétérinaire, à Issoudun ( Indre ); Mo-
rand , médecin-vétérinaire, à \ cisailles. La Société a déjà fait
mention honorable des travaux de ces deux derniers vétérinaires
dans sa séance de 1819..30. Médailles d'argent, à MM. Lionnet,
vétérinaire, à Saulieu (Côte d'Or); Courbebaisse , vétérinaire , à
AnriUac (Cantal), dont la Société a déjà mentionné les travaux.
4°. Médaille d'or, à M. Rhodes, vétérinaire, à Plaisance (Gers) ,
<|iii a obtenu une Médaille d'argent l'année dernière. 50. Le titre
de Correspondant, à M. Dcmoussy, vétérinaire au haras royal de
Pompadour(Corrèze), auquel la Société a déjà accordé successive-
ment deux Médailles d'or.
IX. Notice biographique sur M. Palisot de Béarnais, membre
de la Société, mort le ai janvier 18 10.
X. Notices par MM. Tessier, Héricart de 'J'hury, ï'ilmorin et
Labbr, des médaille? d'encouragement dl > l 1 u, 1 s , savoir:
A. Médaille d'argent.
10. A Louis-Etienne Grain, berger de M. le duc de Levis, à
Champ ( Seine-et-Marne), pour avoir communiqué à la Société
d'utiles observations de pratique sur la conduite des bétes à laine,
et pour L'intelligence avec laquelle il dil ige le troupeau qui lui est
Conlié, depuis plusieurs années.
R. Médailles et or, à l'effigie d'Olivier de Serres.
■}.•>. A M. Pavant, officier en non-activité, à Belle-Isle-en-Mer,
il L'invention de deux charrues adaptées à la culture destem 1
de cette fie. 3°. A M. Sieulle, jardinier à Vaux-Prasiin , eu con-
sidération de sou zèle et de -< 1 Ion [8 travaux pour le perfection-
KUaOPE. 43r
iir-incnt de la culture des arbres fruitiers, particulièrement du
pêcher, f\0. A madame Vibcrt Duboul , de Toulouse, pour sa fa-
brication de Poudrettes inodores, alcalmo-végétatives , qu'elle
obtient, au moyen d'un agent de dessiccation, des matières et
issues de vidanges. 50. A. M. Do/iat, pour le procédé par lequel
il convertit les matières liquides des vidanges, jusqu'à ce jour
perdues , en un entrais terreux, inodore, très actif.
C. Grandes Médailles d'or.
60. A M. Bolivie , propriétaire à la Voivre, canton de Vaucou-
leurs (Meuse) , pour diverses améliorations agricoles opérées dans
son domaine, et particulièrement pour y avoir établi une fabrique
de fromage, faconde Gruyère. rjÇl. A M. Mathieu de Dombasle
aîné, correspondant de la Société, à Nancy, pour la construction
d'un navire perfectionné de son invention, et pour un Mémoire
sur la charrue considérée principalement sous le rapport de la pré-
sence ou de V absence de l avant-train , qui sera imprimé dans le
recueil des travaux de la Société. — Il lui a été de plus accordé
un exemplaire du Théâtre et Agriculture d'Olivier de Serres.
Nous donnerons dans le prochain cahier la notice indicative
des sujets de prix proposés par la Société.
Société de Médecine de Paris. — Elie remet au concours , pour
Tannée 1820, la question suivante : « Déterminer si, d'après l'état
de nos connaissances actuelles, on peut établir une classification
de médicamens , fondée sur leur propriété médicinale. »
Le prix sera de" 3oo fr. Les Mémoires, écrits en français ou en
latin, devront parvenir à M. le secrétaire-général de la Société, rue
Saint- Avoye, n° 3(), avant le 3o octobre 18'io.
Société pliilotechn'ufue. — Celte Société a tenu, le a3 avril,
une séance publique, sous la présidence de M. Etneric-David ,
membre de l'Institut. Les lectures ont eu lieu dans l'ordre sui-
vant : M. Lachabossière , secrétaire perpétuel, Rapport sur les
travaux, pertes et acquisitions de la Socie'l -, d (puis la dernière
séance; puis, un apologue en vers, intitulé .• les Préventions ,
imité librement de Phèdre , le fabuliste. M. Alexandre Lenoir,
Fragment, en prose, sur le génie* I 1
représentant le jugement dernier. M. Boueltarlat, la Vforl <:t
Cal on , Récit épique, en vers. M. irceau, en
prose, sur le mérite des femmes. M. Itaboteau, Epître en . •
à son papier blanc. M. tio.
43* KUROPI
nouvelle aneedoliquc, en prose, tirée du second volume, inédit ,
des Indemnité* des gens de lettres. IM. f^iennet, Epître en vers ,
aux louangeurs du tems passe. Lin concert a termine Ja séance.
Cours d Education physique et gymnastique de M. Amoros.
(Voy. tom. V., pag. 3g6. ) — La séance générale du Cours de
Gymnastique, tenue le 4 mai 1820, dans l'institution de M. Vil-
lotion, a fait connaître aux nombreux spectateurs qu'elle avait
attirés, que la méthode de M. Amoros tend à développer à la fois
les facultés morales et physiques des enfans , et à leur présenter,
avec clarté, et de manière à être retenus facilement, les élémens
des sciences et des arts que la gymnastique embrasse. La poésie
et la musique s'y trouvent d'accord avec l'âge des élèves et avec
les sentimens qu'on doit leur inspirer ; les exercices physiques
sont calculés de manière à développer leur force , leur adresse,
et à les mettre à même de s'aider utilement dans toutes les cir-
constances périlleuses de la vie. Les précautions imaginées par
M. Amoros, mettent à l'abri de toute espèce de dangers ; elles
peuvent rassurer les parens les plus timides. Les différentes ma-
chines qu'il à inventées, ont une supériorité incontestable sur
celles qui sont parvenues à notre connaissance , et l'habileté dont
ses anciens élèves ont fait preuve , atteste l'eflicacité des instruc-
tions qu ils ont reçues.
Ecole spéciale de Commerce. — Nous avons déjà fait von
naître quelques Instituts de commerce , notamment celui de
Vienne, en Autriche. (Voy. torn. V, p. 5§5.) ÎNous aimons à faire
mention d'un établissement forint1 à Péris dans les mêmes vues.
Le irr février 1819 , il a été ouvert , sous les auspices de M. .Tacq.
LaHitte, et compagnie, mu: Ecole spéciale de Commet ce , dirigée
pàt MM. Legret et Brodait. Cet établissement , qui compte plus
d'une année d'existence, a obtenu le suffrage des principaux
banquiers et négoeians de la Capitale, et oll're d'importans ré
sultats. Neuf professeurs sont chargés de renseignement pour
tout ce qui concerne le commerce, il y a des cours de législation ,
de géographie et c\i> statistique , de comptabilité , de Wsttiée cnm-
al (1), et de tangues française et étrangères, etc. L'en-
seignement est divisé en trois parties 4 ou comptoirs, que l'on
< . nu: ■< < présente la réunion , par échantillons assez volu-
mineux, de toutes les matières premières tant indigène; qu'yxo-
EUROPE. 433
doit suivre en deux annc'es. Les élèves ne sont point admis au-
dessous de i5 ans, ni reçus pour moins d'une année. Ils peu-
vent être pensionnaires ou externes , ou demi-pensionnaires. Le
prix de la pension est de 1-200 francs. Le prospectus se trouve à
l'e'tablisscment, rue Saint-Antoine , no i^3, hôtel Boisgelin.
Langues orientales. — Prix fondé par M. le comte de T^olney.
— . M. de Volney, dont la Chambre des pairs et l'Institut déplorent
la perte, a lègue', par son testament , une rente perpétuelle de
1200 fr., destinée à fonder un prix qui sera décerné par l'Institut
à l'auteur du meilleur Mémoire sur l'étude des langues orientales ,
et spécialement sur la simplification de leurs caractères. Le co-
mité qui doit juger les Mémoires, sera composé de trois membres
de l'Académie française , trois de l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres , et un de l'Académie des Sciences 5 il sera présidé
par M. le comte Daru.
Réclamation de M. Olarkson, adressée a M. J ullien, fondateur-
directeur de la Revue Encyclopédique. — «Dans la dernière livraison
de la Revue Encyclopédique, tom. VI, p. 3^, j'ai été surpris au-
tant qu'affligé de lire l'assertion suivante , que l'auteur n'appuie
d'ailleurs d'aucun fait : « L'Angleterre n'a interdit la traite des
nègres aux autres nations, que pour se l'approprier exclusivement
par un commerce interlope. » Je me réserve de démontrer, de la
manière la plus incontestable, la fausseté de cette assertion in-
considérée. Le but et l'esprit de la Revue Encyclopédique, de ce
recueil éminemment européen, doit tendre à resserrer les liens
que de communs intérêts et une commun'' civilisation établissent
entre les peuples; à détruire les préjugés qui s'y opposent; et,
dans une grande œuvre de bienfaisance et de philanthropie, à faire
à chacun la part que la raison et l'équité lui accordent. Votre im-
partialité, Monsieur, me garantit que vous voudrez bien accueil-
lir mes observations. J'exposerai b:entôt létat de la législation
anglaise sur la traite , ses moyens d'exécution , et enfin ses consé-
quences. Mes argument seront des faits , et vos lecteurs pourront
prononcer en connaissance de cause.
Je suis, etc. Thomas Claiikson. »
tiques, qui entrent dans le commerce dis deux mondes. Onv trouve
;mssi une collection de toutes les enveloppes d'origine , dans les-
quelles se transportent les marchandises, etc.
,;, EUROPE.
Réponse. — En reconnaissant avec l'estimable M. Clarkson, et
d'après son opinion qui est d'un si grand poids en cette matière ,
qu'une assertion échappée à l'un de nos collaborateurs , au sujet
du monopole de la traite des noirs que se sérail appropriée le gou-
vernement anglais, est dénuée de fondement; nous aimons à lui
déclarer qu'il a parfaitement bien saisi le but philosophique de
notre entreprise : établir- des communication* plus intimes entre les
membres épars de la grande famille humaine, et les rapprocher par
le sentiment d"une bienveillance mutuelle. Nous accueillerons avec
empressement, par ce motif, les développemens que M. Clarkson
nous annonce sur les circonstances qui ont prépare, accompagné
et suivi l'abolition de la traite des noirs 5 réparation tardive de
tant d'outrages cruels faits à L'humanité, et duc en grande partie
aux efforts réunis de trois hommes honorables : W ilbcrjorcc ,
Th. Clarhson et Grégoire.
llncr.AMATioiv de M. SeybEHT. slméricain, au sujet de la traduc-
tion Jrancaise qiCon vient de publier, de son ouvrage sur les J.'tats-
UniSf adressée au Directeur de la Revue Encyclopédique. Paris ,
'j.\ mai 1820. — « Monsieur, je suis auteur d'un ouvrage intitulé:
Statistical Annals ofthe United States of America. Cet ouvrage ,
dont vous avez bien voulu donner deux extraits détaillés dansi <> in-
intéressant recueil ( voy. ci-dessus, T. 111, p. 453 ) , après avoir
tournis en manuscrit à un comité du Sénat des Etats-Unis ,
qui L examina el en fit le sujet d'un rapport circonstancié, fut
publié, en 1818, avec la sanction (Tune loi spéciale du Congrès.,
ordonnant la souscription de cinq cents exemplaires pour l'usage
du gouvernement. Le débit rapide qu'il a eu en Amérique, est
la preuve de l'opinion favorable de mes concitoyens à son égard.
Ce même ouvrage a donné naissance, dans plusieurs journaux
français, ;'i des articles d'autant plus flatteurs pour moi , que |e
n'ai pas l'honneur tien connaître personnellement les auteurs.
Cependant , il \ Lenl de paraître, à Taris, un b\ r ■ ai an1 pour titre .
tnnales statistiques des l.tats -Unis, par ./dam .v
membre delà Chambre des représent Unis pour la
ville de Philadelphie; traduit de L'anglais par '. beffeb. »
< . livre est annoncé comme étant la traducliou dumien; mais,
c'esl un ouvrage tout différent. M. Scheffcr ne s'est pas borné à
retran< lier, dans chaque chapitre, un grand nombre de données et
«les (K tails officiels; il s'est encore permis de <. liante;
EUROPE. 435
plusieurs paragraphes , de substituer d'autres pensées auxmiennes,
de dénaturer le sens de mes paroles , enfin , d'altérer l'expression,
de mes senlitnens. Je désavoue donc hautement cette prétendue
traduction , et je prends pour juges de la nécessité de ce désaveu
les personnes qui voudront bien comparer les deux ouvrages.
J'ajouterai que mon livre , très grand in-40 , contient 824 pages,
et que celui de M. SchefFer, in-80 ordinaire, n'en a que 455, quoi-
que les caractères qui ont servi à imprimer les deux ouvrages soient
à peu près de la même proportion.
Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien insérer cette lettre dans
iin prochain cahier de votre estimable journal, et de croire aux
sentimens de votre très humble serviteur. Adam Setbert. »
Publications nouvelles. — Musée des Protestons célèbres qui
ont paru depuis la naissance de la Réformation jusqu'à nos jours.
— Ce Musée sera compose des portraits lithographies des pre-
miers réformateurs, et des personnes de la même croyance, re-
marquables par leur rang , leurs talens ou leurs infortunes.
Chaque portrait seia accompagné d'une notice rédigée par un
homme de lettres connu.
M. Gautherot , peintre , est chargé de surveiller l'exécution
des dessins, qui seront faits par les artistes les plus distingués de
la capitale, d'après les types les plus authentiques. Cette collec-
tion renfermera cent cinquante portraits environ. Cbaquc cahier,
composé de \<o feuilles, contiendra quatre portraits : il en paraî-
tra deux par mois. Le prix de chaque numéro , en papier ordi-
naire , est de 4 fr. pour Paris , et de 4 fr- 5o cent, pour les
départemens 5 et en papier vélin , de 8 fr. et 8 fr. 5o. On souscrit ,
sans rien payer d'avance , chez MM. Weyer frères et compagnie ,
rue du Faubourg-Saint-Denis, n°3(); et à la librairie protestante
de F. Scherff, place du Louvre, no 12. On doit affranchir 1»
lettres et l'argent.
Traduction française du forage au Brésil , par le prince
Maximilieh Wied-Neuwied , en i8i5, 16 el 17 , qui va être pu-
bliée, par M. Artlms Bertrand, libraire, à Paris. Ce! intéressanl
ouvrage aura j volumes in-8°, avec lis tartes et les figorea de
l'édition originale.
Le même libraire se propose de mettre en vente, au mois de
4^.6 EUROPE.
juin, les tomes un et deux, avec des cartes géographiques ,
de l'Histoire couplait des f^ojages et des Découvertes faits en
Jlj'riquc , depuis les siècles les plus reculés jusqu'à nos jours, etc.;
par le docteur Leydcn. Les tomes trois et quatre paraîtront dans
le mois d'août.
OEuvres de madame la baronne Isabelle de JMontolieu. —
On va publier la Collection des Romans et des Nouvelles de
cette dame, auxquels elle a fait plusieurs changemens importans.
Cette collection formera 35 à 4° volumes in-12, grande justifica-
tion, de 3oo à 35o pages environ, ornes du portrait de l'auteur,
et d'une figure au moins placée en tète de chaque volume. La
collection sera distribuée par livraisons de deux, trois ou quatre
volumes. Le prix de chaque volume sera de 3 francs pour Paris,
et de 3 fr. ^5 c franc de port, pour les departemons. La seule
condition exigée des souscripteurs, est de payer d'avance deux
volumes, dont le montant sera impute' sur la dernière livraison;
et ils seront tenus de retirer les précédentes, à furet à mesure
qu'elles paraîtront. On souscrit à Paris, chez sfrthus-Bertrand,
libraire, rue llautcfcuille, n° f|3 , près l'Ecole île Médecine. On
peut aussi souscrire chez les principaux libi aires de France et
de l'étranger. — La souscription sera fermée, au 1er août, et le
prix de chaque volume publié sera alors de 3 fr. 5oc. pour Paris.
Langues étrangères. — On annonce un dictionnaire français-} o-
loff et yololl-français, et une grammaire yoloif, composés p.ir
M. Dard , instituteur à Saint Louis du Sénégal. Ces ouvrages ma-
nuscrits ont été envoyés à Paris pour être imprimés 1 1 publie* par
les soins d'un des membres les plus distingués de l'Académie
royale des iuscriptions et Belles-Lettres.
/'.VoA- ro-\ale des Beaux-s/rts. — Une ordonnance de S. M., du
18 décembre 181G, avait ailecté l'cmplai H ■nu nt dei Pctits-Augus-
tins , alors consacré au Musée des monumeus fiançai-*, à la Oooi
truction de l'Ecole royale des Beaux-Arts. La première pu ne de
ce monument vient d'être posée, le 3 mai 1820, par S. Exe le
minière de l'inléiieur, assisté de M. le préfet du département Ct
de M. le préfet de police. L'Académie <ie-> lleaus Arts était re
présentée par son président, M. Gérard, premier peintre du roi;
son vice-président , M. Lesucur, sur-intendant de la musique de
S. M; et par M. Quatremère de Quincy , secrétaire perpétuel
EUROPE. 437
de cette Académie. Les professeurs et les élèves de l'école assis-
taient à cette ce'réraonie avec un grand nombre de personnes dis-
tinguées par leur rang et leur amour pour les arts.
— A l'occasion de l'anniversaire du 3 mai 1814, le tableau de
M. Gérard, représentant l'Entrée d'Henri IV a Paris , a été ex-
posé de nouveau au Louvre. L'affluence a été considérable, et
les senlimens d'admiration que ce tableau a fait naître , à sa pre-
mière apparition, se sont renouvelés avec la même vivacité. Cet
ouvrage, seul, assurerait à son auteur une place honorable parmi
nos premiers peintres , s'il ne lavait déjà obtenue par un grand
nombre de beaux tableaux. Dans l'Entrée d'Henri IV , on trouve
réunis: une belle exécution, des caractères de têtes d'une ex-
pression admirable ; un éclat de couleur que ce peintre n'avait
peut-être pas encore atteint au même degré , dans aucune de ses
précédentes compositions. La scène, qui offre des contrastes heu-
reux, est bien disposée et sans confusion , quoique le peintre ait
mis sous les yeux du spectateur un grand nombre de personnages.
Enfin, l'attention est immédiatement attirée sur le héros qui fait
l'objet du tableau , sans que le reste de la scène perde de sa valeur
relative.
— Quelques personnes ont été admises à voir, dans l'atelier du
même peintre, un portrait de Monseigneur le Duc de Berry, en
grand costume , exécuté depuis la mort de ce prince. Aussitôt
qu'il aura été mis sous les yeux du public, nous nous empresse-
rons d'en rendre compte.
— M. Picot, l'auteur du charmant tableau , Psyché et l'Amour,
qui a obtenu tant de succès à la dernière exposition, vient de
terminer un tableau de chevalet, représentant Raphaël et la
Foruarine. Raphaël est occupé à dessiner ; la Fornarine est venue
se placer derrière lui pour regarder ce qu'il fait ; et , pour voir
de plus près, elle a passé ses bras autour du cou de son amant.
Celui-ci s'arrête, presse de l'une de ses mains le bras de sa belle
m aîlresse, tourne la tête vers elle, et la considèic avec des yeux
pleins d'amour.
Ce tableau, dont le fond est la vue de la maison même de Ra-
phaël, prise par le peintre, pendant qu'il était à Rome, ne peut
manquer de plaire aux personnes d'un goût délicat.
P. A.
TOME VI. 30
438 EUROPE.
ThÉàttes. — ' Théâtre- Français. — Démctrius. — On vient de
reprendre la tragédie de Démétrius , par M. Delrieu , représentée
pour la première fois, en 1 81 5. Ko us en parlons ici, à cause des
changemens considérables que Fauteur y a faits, et qui la rendent
presque une nouvelle pièce. Le sujet est pris dans Métastase. C'est
un ouvrage du genre admirât if; genre, comme on sait, un peu
froid , surtout adapté à une action qui se passe dans l'ancienne
Syrie , dont les mœurs , peu inconnues , sont si étrangères à
l'imagination du spectateur français. Certains critiques ont cru
trouver, dans la complication de Faction de Démet tins , de l'ana-
logie avec celle de Y Héraclius de Corneille. Il est certain que la
nouvelle tragédie est l'œuvre habilement travaillée, d'un homme
de talent ; mais c'est une pièce extrêmement froide, qui n'a jamais
dû obtenir qu'un médiocre succès.
Odcon. — La Dame noire. — Les auteurs de Y Homme gris ,
fidèles à exploiter une carrière où ils avaient trouvé un grand
succès, ont de nouveau mis en scène un roman germanique bû
bizarre. Malheureusement, ils n'ont pas rencontré cette fois ud
caractère original qui put séduire le public. La Dame noire n'est
qu'un imbroglio mal conduit; mais ce qui a dû surtout provo-
quer la sévérité du parterre , c'est le ton du dialogue rempli
d'afféterie et d'inconvenances. Il y avait peut-être le sujet d'une
pièce dans le roman de la Dame noire ; mais il est certain qu'on
n'a pas su l'y trouver , ou qu'on Ta du moins étrangement
défiguré.
NÉCROLOGIE. — Balzac. — AT. Balzac, architecte, membre de Tins-'
ti tut d'Egypte, es! moi I à Paris, le .5 1 mars, frappé dune apoplexie
foudroyante. C'était un artiste habile 1 1 animé d'un vrai enthou-
siasme pour les arts. On lui doil de beaux dessina des monument
;ypte , gravés dans le magnifique ouvrage qui se publie ans
f>ais du gouvernement. Il laisse une collection de dessins tt
d'autres objets précieux, qu'il avatl rapportés de son voyage d'K-
gvpie. M. Balzac cultivai! la poésie, il avail publié en i8ig un
recueil de vers in 8°. 11 laisse une comédie en vers el d'autres
ouvrages manuscrits. A l'époq mort, il étail inspeMfur,
en chef de la première division des publics de la piflec-
la Seine, comprenant les églises, les séminaire b et j.<
cimetièreSi
LA REVUE ENCYCLOPÉDIQUE
SE TROUVE AUX ADRESSES CI-APRfcS :
Agen, li. Noubcl.
Aix , Pontiiier.
Amiens, Çaron-Vitet.
Angers, Fourrier-Marne.
Angouléme , J. Laroche
Avignon, Aubanel. — Chaillot.
— Laty. — Joly- — Oflray.
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Baveux, Groult. — TNicolle.
Bayonne , Bonzom. — Cluzeau.
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Besancon, Billot te. — Chalan-
dre. — Deis. — Girard.
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Blois , veuve Darnaux.
Bordeaux , Baume. — Veuve
Bergeret. — Gassiot aîné. —
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Brest, Egasse. — Le Eournier.
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Caen , Lecrêne. — Leroux. —
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Châlons , S. S. Dejussieu.
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Dijon. Lagier. — Coquet. —
Vallée.
Dunkerque , Létendart - Delc-
voye.
Grenoble , Baratier. — Durand.
— CûUringg.
La Rochelle, Pavie.
Lav al , Roulevilain-Grampré. —
Delhaye.
Le liane , Chapelle. — Pàtry.
Lille, Lefort. — JMalo. — S a-
nackere.
Lisieux, Dubois. — Renault. —
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Lyon, Bohaire. — Faverio- — .
Chamblet. — Lusy. — Targe.
Maçon 7 Gosse t.
Mans, veuve Dureau. — Pcscbe.
Marseille, Camoin frères. — .
Chaix. — Mâsvcrt. — Durand.
Metz, Collignou. — Devilh . —
Thiel.
Montpellier , Seguin. — Sevalle.
Nancy , veuve Bontoux.
Nantes , Boissel. — Forest.
Nîmes, Gaude. — Melquiond.
— Pouchond.
Orléans, Monceau.
Perpignan, Alziue. — Tastu.
Poitiers, Barbier. — Catineau.
— i Daussin-Delys.
Bennes , mademoiselle Blouet. —
Duchesne. — Veuve Brute. — m
Mademoiselle Vatar.
Rhodez, Carrère. — Jourdain.
Rouen, Frerc. — Fleury. — Le-
moine. — Megard. — Renault.
— Dumaine. — Vallée.
Saintes, Charrier.
Saumur, Degouy aîné'.
Strasbourg , Levrault. — Fé-
vrier.
7'arbcs , Lagleise.
Toulouse , Douladoure afné. —
Devers. — Gallon. — Manavit.
— Vieusseuz aîné.
Tours, Maine.
Valence, Marc-Aurel.
V alenci nues , Lemaîtrc. —
Giard.
I ' erdwi , Benil jeune.
Kcsoul , Zapfel.
f'illctieure-ir . fgen, Crosilhcs.
/ "dry-lc-L'idncois, JNicaise.
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DANS LES PAYS ETRANGERS.
Aix-la-Chapelle , Lamelle.
Amsterdam , Delachaux. — Du-
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Anvers, Grange'. —Vanderhcy.
Berlin, Korn. — Schle'singer. —
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B restait, Rorn.
Bruges, Bogaert-Dumortier.
Bruxelles , Berthot. — < Dcmat.
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maire.
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Florence. Molini. — Piatti.
L'rancj'orl-sur-le-Mein , Schœfler.
Gandj Bernard- PoëlmanH. —
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Gencwd, Manget et Cherbulicr.
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Lausanne , Fitscher.
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liège, veuve Collardia. — Dc-
soer. — Veuve Duvivier. —
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REVUE
ENCYCLOPÉDIQUE,
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ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES
Des productions les plus remarquable0, dans la.
Littérature , les Sciences et les Arts.
VVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVVWVW'VXtyVWVVVvVVVVVVVVVVVVX'VVVV VWWVVWVYVtW
I. MEMOIRES, NOTICES,
LETTRES ET MELANGES.
LETTRE
A M. JvLUEN'de Paris, fondateur-directeur de la Revue
Encyclopédique.
Monsieur,
Il est de mon devoir de vous remercier, vous et
M. Adelon , de la savante analyse de mon Essai
philosophique sur les phénomènes de la "vie ( i ) ,
insérée dans le dernier cahier de votre Recueil vé-
ritablement européen. L'honorable mention que
vous lui avez accordée, m'encourage à vous sou-
mettre quelques observations sur un fait phvsio-
logique, contesté dans l' estimable Journal des Sa-
vans , du mois de septembre dernier.
(t) Voy. ci-dessus, Tora. VJ, pag. yyi. Cet ouvrage se trouve
chez P. Dulart, libraire, quai Voltaire. u° mj. Prix, 7 fr. pour
Paris, et 8 fr. fio c. franc <!e port.
tome vi. 18e Cahier. 3r
440 LETTRE
L'auteur de l'article critique sur mon Essai, in-
sérédans ce journal, révoque eu doute l'expérience
de la transfusion du sang opérée entre des animaux
carnivores et herbivores. « On ne doit jamais, dit-il,
disputer des faits; mais on peut les nier, et c'est le
parti que la saine critique indiquait à sir Mor-
gan (i). ))
Je suis trop partisan du pyrrhonismc philoso-
phique , pour m'oiTenser de cette critique; mais,
je crois devoir, dans l'intérêt de la science, lever
un scrupule qui nie semhle peu fondé.
La transfusion du sang , telle que je l'ai exposée
dans mon Essai, était pratiquée, tous les ans, par
feu sir B. Harwood, professeur d'anatomie à Cam-
bridge , en présence de ses élèves et des autres per-
sonnes qui assistaient à ses leçons. J'ai moi-même
été témoin de l'une de ces expériences , et voici les
résultats qu'elle m'a présentés. Un chien étant sou-
mis à l'opération, on lui ouvrait une veine, pour
en extraire autant de sang qu'il était possible : aus-
sitôt que l'animal avait éprouvé une défaillance com-
plète, un robinet adapté à un morceau de tuyau
flexible, et déjà en communication avec le système
(1) La saine critique Ludique bien plutôt de répéter une expé-
rience dont on doute , que de la nier. Les détails donnes par sir
Morgan nous ont paru inte'ressans, quoique déjà connus, pour la
plupart. Comme fait, la transfusion esl incontestable; mais les
conséquences qu'on a voulu quelquefois tirer de la transfusion, ne
le sont, pas également Du reste, des expériences nouvelles , et
plus méthodiques, peuveut seules déterminer ce qu'il y a de reeï
clans ces conséquences. (N- d. H.)
DE M. MORGAN. 441
circulatoire d'un mouton également assujetti à l'ex-
périence, était inséré dans l'orifice de la veine du
chien. La quantité de sang employée pour remplacer
la quantité extraite , se mesurait sur la manifesta-
tion du retour de la vie dans le sujet. Quand on
introduisait trop de sang, l'animal en éprouvait une
légère incommodité (1). Il serait peut-être superflu
d'ajouter que , dans cette transfusion, la totalité du
sang n'était point changée. Le système capillaire du
chien devait toujours en retenir une portion assez
considérable , et même les grands vaisseaux ne pou-
vaient pas être tout-à-fait vidés. On ne doit donc
pas regarder l'effet de cette opération comme sur-
passant de beaucoup la défaillance occasionnée par
de grandes hémorragies , sauf la circonstance de l'in-
troduction du nouveau sang provenant d'une source
étrangère^ et l'on en peut mieux juger sans doute
d'après des expériences positives , que sur de sim-
ples données conjecturales, quelque savantes et spé-
cieuses qu'elles puissent être.
Au surplus , cette histoire n'est pas nouvelle dans
la physiologie , et le fait que l'on me conteste ne
repose point sur le témoignage isolé d'un seul in-
dividu.
J'ai l'honneur d'être avec estime, etc.
T. C. Morgan.
Paris, 29 mai 1820.
(1) Après l'expérience dont j'ai e'të témoin, le chien a uriné un
peu de sanç.
3i*
4$q D1SSEKTATIOS
vwvwvwvwvw vvwwvwvvwwvwwvvx*.
DISSERTATION
SUR LE PROMÉTHÉTÏ ENCHAÎNÉ d'eSCHYLE,
Luc à V si endémie française , dans une de ses séances du
i" mardi de chaque mois.
Post hune ( 7 hespidetn ) personte pnlLequc repertor honestœ,
/EsrJiylus et modicii instravit pulpita tig/iis,
TA chenil mognumque loqui nitlqw colhumo.
Hohat. de Arte poet. , v. 2 1 8.
Il v a Lien de la témérité à moi de hasarder un
commentaire nouveau sur une vieille tragédie grecque ;
je ne suis ni un savant, ni un poète tragique. Une par-
tie de ma dissertation , celle qui touche à l'érudition ,
aurait demandé les profondes connaissances et la docte
critique d'un membre de l'Académie des belles-lettres ;
une autre partie , celle qui tient à l'art de la tragédie ,
vaudrait beaucoup mieux , si elle était l'ouvrage d'un
de ceux de nos confrères qui ont cultivé ce bel art
avec succès, et qui s'y sont rendus illustres par des
chefs-d'œuvre. 11 faut que j'avoue encore que j'ai pris
là un sujet vingt fois rebattu , et que vous connaissez
tous depuis long-tems ; cependant, je ne désespère pas
de pouvoir offrir à votre attention quelques observa-
tions littéraires et morales qui peut-être ne vous pa-
raîtront pas <Mii ièrement dénuées d'intérêt.
J'entre en matière. Vous savez que le poète Eschyle
avait composé trois tragédies dont Prométhée était le
héros.
La ire, UpounBtvç itvùfopoç... Prométhée apportant le
leu du ciel.
La 2* âsauuTr.ç. . . . enchaîne.
La 3e 1-joy.svoç . . . . délivré de ses lieu
SUR LE PROMÉTHÉE Eà'CHAIÏNÉ D'ESCHYLE. 443
De ces trois pièces, la première est entièrement per-
due ; il ne reste de la troisième que quelques vers
épars, et un fragment de vingt-huit vers de la traduc-
tion latine qu'en avait faite, à Rome, le poêle Accius.
La seconde, le Prométhée enchaîné , est la seule que
nous possédions.
C'est une composition bien extraordinaire , bien
étrange, pour nous autres modernes. Dacier en a fait
une critique sévère ; il dit (1), «qu'Eschyle avait l'imagi-
nation grande et vaste, mais déréglée et furieuse; qu'il
hasardait souvent des choses qui n'étaient pas moins
contre la nature que coutre l'art; que son Prométhéeest
plein de ces monstres qu'Aristote a condamnés ; car ,
qu'y a-t-il de plus monstrueux , que, etc. » ( Là , il cite
plusieurs des inventions dont le poète a formé sa pièce ;
nous verrons bientôt qu'il exagère la monstruosité
d'une de ces inventions, et que probablement même
il se trompe en l'exagérant. )
Le père Brumoy , Le Franc de Pompignan ont
adouci, sans trop le combattre , le jugement rigou-
reux du savant traducteur de la poétique d'Aristote.
La lïarpe , dans son Cours de littérature , ne daigne
pas s'arrêter sur cette pièce ; il n'en parle qu'en pas-
sant ; il se borne à en donner une analyse fort courte ,
fort superficielle , qu'il commence par ces mt>ts : Le
sujet de Prométhée est monstrueux , et qu'il termine
par ceux-ci : Cela ne peut pas même s'appeler une
tragédie.
Soit: cela ne peut pas s'appeler une tragédie fran-
çaise ; mais cela ne mérite pas non plus d'être con-
(1) Traduction française de la Poétique d'Aristote , remarq.
sur le ch. xiv.
.}4 1 DISSERTATION
damné si absolument et si légèrement. Il faut songer
que le sujet qui nous paraît bizarre, n'avait rien que
de conforme aux dogmes religieux des Athénien ; il
était puisé dans la mythologie grecque ; à peu près
comme, chez nos dévots aïeux , 1rs dogmes de la foi
chrétienne, ou les récits de vieilles et absurdes lé-
gendes, fournirent d'abord les sujets des représenta-
tions théâtrales auxquelles on donna le nom de mys-
tèresi mais les auteurs de ces extravagances pieuses
n'étaient pas des Eschyle; les tems, les lieux, les
peuples , les langues ne se ressemblaient pas : aussi
y a-t-il une différence prodigieuse entre le mystère du
Martyre de Ste. Barbe et le poëine de Promélhée en-
chaîné.
En lisant cette tragédie avec attention , j'ai cru
faire, si j'ose le dire, des découvertes curieuses, et
qui ont échappé jusqu'à présent aux commentateurs
et aux critiques , du moins à ceux que je connais.
J'examinerai de nouveau cet ouvrage , sous le double
point de vue et du mérite de la composition , et des
grandes Irçons morales. qu'il me semble offrir sous le
voile de l'allégorie.
Et d'abord, cette pièce, l'un des premiers essais de
l'art naissant j n'est pas conduite sans artifice; il y a
une exposition, un nœud , un dénoûment ; \é pitié et la
terreur s'y trouvent; les caractères sont bien tracés,
et bien soutenus : l'intérêt y est excité , ménagé ; il va
en croissant jusqu'à la fin : on en pourra juger par
l'analyse exacte et détaillée de ce poëme extraor-
dinaire.
La scène se passe dans un désert affreux de la Scythie,
à V extrémité de la terre , suivant le poète ; les person-
nages qui paraissent d'abord sont Prométhéc, Vuîeain
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAÎNÉ D'ESCHYLE. 445
/jôâroç , le pouvoir ou la puissance , ($lx , la force ou la
violence.
Il est "vraisemblable que Prométhée était entraîné
violemment et amené malgré lui par les trois autres
personnages ou par leur suite ; il ne venait pas saris
doute volontairement au triste lieu qui devait être le
théâtre de son supplice.
Je traduis Sejabiroç par le mot puissance ou pouvoir, et
non point par le mot force , comme l'ont fait jusqu'ici
tous les traducteurs : j'en dois dire les raisons et me
justifier.
i°. Si l'on traduit les mots Kpâroç par force, et |3ta
par violence y il n'y a presque pas de différence entre
les deux dénominations ; ces deux personnages allégo-
riques seraient à peine distincts ; autant valait n'en
mettre qu'un. — 20. Au contraire , en traduisant Y.pdxoç
par pouvoir ou puissance , et |3ta y>&r force ou violence ,
on conçoit clairement deux personnages différens,
dont le second est aux ordres du premier ; le pouvoir
commande , et la force est là pour soutenir le pouvoir ,
pour faire exécuter ses volontés, et vaincre au besoin la
résistance. Aussi, n'y a-t-il dans la pièce que la puis-
sance qui parle ; elle commande, elle prescrit : peut-
être ce personnage allégorique avait-il un sceptre à la
main. La force ou la violence ne dit pas un seul mot :
elle est là présente , et sa présence seule est une menace.
On peut supposer que ce personnage s'appuyait sur
une massue , et que son extérieur avait quelque chose
de terrible et de farouche. — 3°. Kpû-oç , en grec, veut
dire aussi souvent pouvoir, puissance , que force : dans
les mots qui en sont composés , démocratie , aristocrà~
tic, etc., il signifie: pouvoir exercé par le peuple ,
par les grands , etc. Il est vrai que la force est aussi
446 DISSERTATION
une puissance; c'est sans doute par cette raison que
le mot KoatTOç a pris les deux significations à la fois.
— 4°- Enfin , /3ta signifie plus particulièrenientybrce ou
violence ; c'est le mot vis en latin , et ce dernier est
formé du grec, jSia par le changement très ordinaire
du /3 en v.
Les quatre personnages que j'ai nommés étant entrés
sur la scène, la puissance , xoâro; , parle la première :
« Nous voici parvenus, dit-elle, à l'extrémité de la
terre, dans la Sevthic , au fond d'un désert inacces-
sible. Vulcain, c'est à toi de prendre à cœur les ordres
que ton père ( Jupiler ) t'a donnés , et d'attacher celui-
ci (Proinéthée) sur ces rocs escarpés, avec les chaînes
les plus dures, que tu dois rendre indissolubles. Il a dé-
robé le feu, ton plus bel attribut et l'instrument de tous
les arts ; il en a fait part aux mortels ; c'est un crime
dont il doit payer la peine à tous les dieux. Il faut qu'il
apprenne à fléchir sous la volonté de Jupiler, et qu'il
abjure ses idées et ses habitudes de philanthropie. >»
Siépyetv, yùavOor.'jTrou ofKœji3a.i. tâirttw.
Voilà le sujet exposé , dès les premiers mots ; voilà le
crime de Proinéthée bien établi ; et ce crime , c'est d'a-
voir éclairé les hommes, c'est de les avoir instruits,
d'avoir voulu leur faire du bien, en un mot, d'être un
philanthrope; le mot est expressément dans le grec.
Vulcain se met en devoir d'obéir ; mais il déclare
que c'est à regret qu'il traite si durement on dieu au-
quel il est allié par le sang. « Fils trop entreprenant de
la juste Thémis , c'est malgré toi et malgré mai ( fcovrec
c'azwv , irwitum invitas ) que je vais t'attaekér sur ce roc
avec des chaînes que rien ne pourra briser.
TotajT1 à.-iyj'jto tgj yc^avdpwrrou tcxj-oj.
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAÎNÉ D'ESCHYLE. \\:
« Voilà ce que tu gagnes avec ta philanthropie : » le
même mot est encore ici répété.
Il finit par dire à Prornéthée qu'il aura beau se
plaindre et gémir ; que le cœur de Jupiter est inflexible;
car , ajoute-t-il , « un nouveau maître est toujours
dur. »
krcaq âz rpctyjj; , oçiç àv vzov xdxxyi.
Ce trait a rapport à l'usurpation récente de Jupiter,
qui a détrôné depuis peu son père Saturne.
La puissance reproche à Yulcain sa pitié, comme
une faiblesse; et le dieu forgeron, tout en donnant
des signes de compassion à sa victime, ne laisse pas de
lui attacher les bras l'un après l'autre, de lui passer
une chaîne autour des reins, de lui percer les pieds et
de lui enfoncer un clou du fer le plus dur au travers
de la poitrine. Quand tout cela est fait, il dit à la
puissance : « Le voilà lié de toutes parts : relirons-
nous. »
La puissance insulte alors lâchement le malheureux
au milieu de ses souffrances. « A présent, lui dit-elle,
ose te vanter avec orgueil, et dérobe les trésors des
dieux, pour les transporter aux mortels, qui ne vivent
qu'un jour (à tes éphémères), dit le grec. »
Evraù^a vûv vSpi^z, v.c/.i 6zùv yêpot
Iv^rh-j , èfYi'j.éooi'jt KOOçiOzi.
« Lequel d'entre les mortels pourra soulager tes
maux? On t'appelle Prométhée (i); on a grand tort :
ce nom ne te convient pas ; il t'aurait fallu un Promé-
thée pour t'empecher de tomber dans l'état déplorable
où te voilà réduit. »>
La Puissance, la Force et Vulcain se retirent; et
(i) Prométhée, en grec, signifie prudent, prévoyant.
448 DISSERTATION
Prométhée , qui n'a pas encore dit un mot, qui a souf-
fert sans laisser échapper une plainte, s'adresse alors
à toute la nature : « 0 OEther ! s'écrie-t-il ; ô vents
ailés et rapides, sources des fleuves, innombrables flots
de la mer ; terre , qui as produit tous les êtres : et toi,
Soleil, dont les regards embrassent la nature entière,
voyez ce que les dieux me font éprouver, à moi, qm
suis un dieu comme eux! » — Après quelques plaintes,
il ajoute : « Mais que dis— je? je sais d'avance tout ce
qui doit arriver; je n'ai point à redouter de malheurs
imprévus. Je connais la force invincible delà nécessité:
subissons l'arrêt du destin. >»
Arrêtons-nous un moment sur cette première partie
de la tragédie. On ne peut nier q ne l'exposition nesoit ra-
pide, claire, attachante; elle est presque toute renfermée
dans les onze premiers vers que j'ai traduits. Déjà l'in-
térêt commence; car les spectateurs, qui sont des
hommes , ne peuvent s'empêcher de s'intéresser à une
grande victime qu'ils voient souffrir, en expiation de
ses bienfaits envers l'espèce humaine.
Cette exposition, qui commence l'action , qui en fait
partie, est bien préférable à celles de beaucoup de
pièces anciennes, expositions qui se font dans un pro-
logue (jue récite un personnage étranger à la pièce, et
qui ne reparaîtra plus. Ce faiseur de prologue vient,
après avoir décliné son nom, raconter aux spectateurs
les événemens antérieurs et relatifs à l'action ; quel-
quefois les instruire d'avance de ce qui va se passer
sous leurs yeux. Il y a plus d'art, il faut l'avouer,
dans la manière dont s'ouvre et commence le Promé-
thée enchaîne.
Les regrets de Vulcain, qui , lui-même a quelque honte
de son triste ministère , et qui demande pardon à Pro-
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAÎNÉ D'ESCHYLE. «449
méthée du mal qu'il lui fait en exécutant sur lui les
ordres injustes du maître ; les railleries amères que la
Puissance adresse à l'innocent qu'elle opprime; la pré-
sence de la Force, toute prête à servir la Puissance;
enfin, le silence courageux de Prométhée, qui ne
daigne s'apercevoir ni de la compassion de Vulcain , ni
des injures de la Puissance : tout cela forme assuré-
ment un beau tableau , une scène touchante et qu'on
peut appeler sublime.
A ce spectacle douloureux, le poëte va faire succé-
der des objets gracieux, des idée* consolantes.
Les plaintes de Prométhée sont interrompues par
l'approche d'un chœur de jeunes nymphes, filles de
l'Océan; peut-être une douce musique annonçait- elle
ce chœur. Quelques mots du texte pourraient fonder
cette conjecture :
4>£u, yzv Tî fror' au xtvadtç^a %Auu
îlskctç otcovwv ; AiQyip <T eXtzfpxiç
ïlrspvywj piTtod; xjTzocvpi^u.
« Hélas! hélas! Mais, qu'en tends-je? n'est-ce pas le
mouvement léger d'oiseaux qui volent près de ces
lieux? l'air murmure doucement du bruit de leurs ailes
agitées. »
Il est vraisemblable que cet aimable chœur de nym-
phes vêtues avec grâce et élégance , était porté sur une
machine suspendue , et paraissait voyagerdans l'air (1).
Ce chœur annonce que les coups du marteau de
(1) On sait qu'Eschyle apportait un soin particulier aux habil-
lemens de ses acteurs, aux décorations , aux machines, au chant
du chœur, aux mouvemens et à la pantomime des personnages
muets, enfin à tout ce qui pouvait augmenter la pompe du spec-
tacle et Pillusion théâtrale.
DISSERTATION
Vulcain ont retenti jusque c'a us les antres .le la mer;
que les nymphes émues se sont élancées précipitam-
ment et demi-vétues (i) sur le char qui les amène.
Elles prennent part aux douleurs de Prométhée ; elles
le plaignent; elles accusent Jupiter d'injustice et de
cruauté.
Prométhée leur annonce que ce Chef des Immortels
sera obligé de recourir à lui , pour connaître le nouvel
ennemi qui doit lui enlever son sceptre et ses hon-
neurs ; mais qu'en vain il emploiera les caresses et les
menaces; que lui, Pijométhée , est résolu à garder le
silence , et à ne point découvrir à Jupiter ce que celui-
ci a tant d'intérêt de savoir.
Les nymphes le prient de leur raconter son histoire.
Jl la reprend d'un peu haut; il expose que, dans les
dissensions qui ont armé Jupiter contre Saturne, il a
pris parti pour le premier, et lui a donné des conseils,
à l'aide desquels il s'est emparé de la suprême puis-
sance. Et voilà comme il récompense Prométhée I « Mais
c'est une maladie ordinaire aux tyrans de ne pas sa
fier même à leurs amis. »
Evsrt yâo 7rwç toùto t/j rv^iavvt'j't,
Je connais trop les grands , clans )c malheur amis ,
Ingrats clans la fortune, et bientôt ennemis.
Voltaire. lirutits.
Il ajoute que Jupiter, à peine assis sur le trône, d'où
il avait chassé son père, a distribué des honneurs et.
des pi (-(mis aux dieux (otX^otow iXÀa), aux uns une chose,
aux autres une autre; afin dé se les attacher, et d'af-
fermir ainsi son empire ; mais que, quant aux malheu-
reux mortels, il voulait les détruire; que lui, Proi
• r) Le texte poi te : onridiAffc , tans < haussun.
SUR LE PROMÉTHÉE EINCHAINÉ D'ESCHYLE. $5i
thée, s'y est opposé seul ; et que la pitié qu'il a eue
clés hommes est cause qu'on le traite aujourd'hui sans
pitié.
Non-seulement il a donné aux hommes le feu, qui
leur fera trouver beaucoup d'arts, mais il a éclairé
et fortifié leurs âmes; il les a guéris de la crainte de
la mort , et il a placé en eux les aveugles espérances
qui les consolent.
Cette seconde scène continue l'exposition ; elle achève
de faire connaître l'injustice de Jupiter. On s'intéresse
de plus en plus à Prométhée: et la curiosité commence
à s'éveiller par l'idée du grand secret dont il se dit
possesseur. La tendre compassion dos jeunes nymphes
forme un heureux contraste avec la fierté inflexible du
demi-dieu. Cet aimable chœur semble choisi exprès
pour adoucir ce que le lieu de la scène a de sauvage ,
ce que le supplice de Prométhée a d'effrayant; il faut
reconnaître un art ingénieux dans cette opposition et
dans l'effet qu'elle produit.
Enfin Prométhée engage les nymphes à descendre
de leur char ailé , et à s'approcher de lui , pour mieux
entendre la suite du récit de ses malheurs. Les nym-
phes descendent eu effet ; elles quittent Yéther sans
images f qui est la roula des oiseaux , pour venir sur le
sommet aride du rocher. Elles veulent ainsi satisfaire
à la fois leur compassion et leur curiosité.
Il arrive alors un personnage bien extraordinaire ,
l'Océan; et, pour que la chose soit encore plus bi-
zarre, l'Océan est monté sur un animal ailé (le grec
dit : Sur un oiseau aux ailes rapides) ; et ailleurs, c'est
un oiseau à quatre jambes.
11 conduit cette monture à sa volonté, sans le se-
cours d'aucun frein; il vient témoigner à Prométhée
453 DISSERTATION
la part qu'il prend à ses douleurs, comme étant son
parent (1). Il l'assure que l'Océan sera toujours son
ami le plus constant. Il lui conseille de ne plus tenir
de propos outrageans contre Jupiter, de modérer
l'expression de son ressentiment, de peur d'irriter
encore davantage le Maître des Dieux; il offre de faire
une démarche en faveur de Prométhée auprès du fils
de Saturne; il espère l'apaiser et obtenir de lui la
délivrance du malheureux enchaîné. Prométhée lui
répond qu'il se compromettra lui-même par cette dé-
marche, et qu'elle sera inutile. Il le remercie de son
amitié, et ne veut pas profiter de son offre. On pour-
rait croire que c'est lui-même qui a engagé l'Océan,
son parent et son ami, à faire cette soumission, et
il en aurait honte. 11 congédie donc l'officieux conseil-
ler. Celui-ci part, toujours voyageant sur son quadru-
pède volant, qui sera bien aise, dit son maître, de.
regagner Vétablc accoutumée , et d'aller s'j- reposer:
ous-joç ot t av
ZtxOuqïç èv ôcxscottTiv y.dupzi.vj yovu.
mot à mot : se réjouissant déplier le genou dans Vé-
table , qui est sa demeure ordinaire.
Cette bonté, ou, si l'on veut, cette faiblesse de l'Océan,
ancien ami et parent de Prométhée , sert à faire ressor-
tir encore mieux la force d'âme de celui-ci, qui se re-
fuse à toute espèce de soumission, et qui conseille à
l'Océan de ne pas se mêler de cette affaire , de peur de
se compromettre lui-même et de déplaire au tyran.
Le courtisan timide, qui était venu donner un con-
seil, profite promptement de celui qu'il reçoit. Il y a
(i)LTO(v.iii < i Japet , le peredeProméth t*,«;taient frères, teloa
1 !• siode , tous deux (ils «lu Ciel et tle la Terre
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAINE D'ESCHYLE. 453
encore de l'artifice dans l'opposition de ces deux ca-
ractères : l'Océan est un honnête homme de cour ;
Prométhée une ame libre et fière.
Prométhée reste avec le chœur des nymphes qui
pleurent sur lui, et qui l'assurent que ses soulfrances
sont ressenties et partagées par tous les habitans de
l'Asie , ou plutôt par toute la terre.
Après avoir gardé le silence pendant quelque tems,
il prend la parole d'un ton solennel : « Si je me tais ,
leur dit-il , ne pensez pas que ce soit par orgueil ou
par dédain ; mais je me dévore le cœur en pensée quand
je me vois ainsi injustement opprimé, accablé d'ou-
trages ; » et là, il revient aux bienfaits dont il a com-
blé les hommes ; il en fait rénumération , et les déve-
loppe d'une manière étendue , mais éloquente : les
mortels lui doivent tout; ils étaient aveugles et igno-
rans ; il a dessillé leurs yeux et les a instruits. C'est
lui qui leur a appris à se construire des habitations
commodes , à observer le cours des astres, à distinguer
les saisons- Il a trouvé la plus belle des sciences, celle
des nombres, et l'assemblage des lettres; il leur adonné
la mémoire , la mère des Muses. Il a, le premier, ac-
couplé les animaux sous le joug, attelé les coursiers
au char magnifique qui fait le plaisir et l'orgueil de
l'opulence. Nul autre que lui n'a inventé les voitures
aux ailes de lin, livonrepou , qui portent les naviga-
teurs sur les mers. Il a enseigné les remèdes salu-
taires par lesquels toutes les maladies humaines
peuvent se guérir. Il a établi les diverses sortes de
divination ; il a distingué , le premier , les rêves
trompeurs des visions véritables, expliqué le vol des
oiseaux, lu l'avenir dans les entrailles des victime*
sacrifiées. Enfin, ces métaux, si utiles aux hommes»
454 DISSERTATION
et c;ui étalent enfouis dans le sein de la terre , l'ai-
rain, le 1er, l'argent et l'or, c'est lui qui les a décou-
verts; et, pour tout dire en un mot, tous les arts
des hommes leur viennent de Promethée.
Dans la suite de cette scène, Promélhée fait entendre
que la tyrannie de Jupiter doit avoir un terme; qu'il
connaît l'époque ou elle doit finir, et qu'il sait com-
ment et par qui elle sera détruite.
Les nymphes alors témoignent une curiosité plus
vive, et conjurent Promethée de leur dévoiler ce mys-
tère. « Non, non, répond le demi-dieu, vous insiste-
riez en vain ; je dois et je veux garder ce secret redou-
table. >»
Il n'est pas difficile d'apercevoir que le personnage
de Promethée grandit et s'élève, pour ainsi dire,
de scène en scène; le voilà maintenant montré non-
seulement comme le père et le bienfaiteur de tous les
hommes, mais aussi comme le maître d'un secret d'où
dépend le sort de Jupiter, d'un secret auquel l'empire
du ciel est attaché. Ainsi , la victime acquiert une sorte
de supériorité sur le tyran qui l'accable; ainsi, l'op-
presseur aura besoin de l'opprimé : la curiosité e1 l'in-
térêt redoublent; le nœud de la pièce est tonné; il
consiste à savoir quel est ce grand secret, et surtout si
Promethée le gardera malgré Jupiter. Assurément , ce
sont là des ressorts qui doivent attacher le spectateur.
Survient un nouveau personnage] c'est lo, fille* du
fleuve Inachus , l'une des nombreuses maîtresses de
Jupiter, celle qu'il métamorphosa en génisse pour
tromper la jalousie de Junon ; et ici se présente une
difficulté que les commentateurs n'ont pas résolm
complètement.
On demande sous quelle forme paraissait la fille d'Ina-
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAÎNÉ D'ESCHYLE. 455
chas? Était-elle entièrement métamorphosée? Était-ce
une génisse que voyait le spectateur? et cette génisse par-
lait-elle comme une femme? Dacier n'hésite pas à pro-
noncer l'affirmative; et c'est une des inventions de la
pièce qu'il appelle monstrueuses ; le P. Brumoy rejette
l'opinion de Dacier, sans la réfuter ; « elle est trop ridi-
cule, dit-il , pour être fondée. »
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'après que la nymphe
est entrée sur la scène , et qu'elle y a parlé quelque
tems , le chœur, s'adressant à Prométhée, lui demande
s* il entend les discours de cette jcwifrjllle qui porte des
cornes de vache?
Kaôsïç irooGfBsyiJux. ràç /3oû/.epw na.pQévcv ;
Un peu plus loin, elle dit positivement elle-même
que sa Jigure et sa raison ont été altérées ;
Euôùç dé [iopfh y.où fpsveç dtckçoofoi
•/îcav.
Cornue , comme vous le voyez , ajoute-t-elle.
~Kioa.cn; â' wç opotre.
Enfin , elle dit encore qu'elle a été gardée par un bou-
vier, enfant de la terre, par Argus. \
Bouxû).oç dé 7*jyev/jç
Apyoç <*}[/.<xpTU*
Que faut- il conclure de tous ces passages? Pour
aider aux conjectures , il est bon de rappeler que
les acteurs des pièces grecques jouaient masqués ;
que leurs masques leur enveloppaient toute la tête,
et la faisaient paraître plus forte et plus grosse que
nature ; qu'ils employaient des moyens de hausser
et de grossir leur taille au-delà des proportions ordi-
naires de la stature humaine , et cela à cause de la
TOME vi. 3?.
456 DISSERTATION
vaste étendue des théâtres. Il y avait donc quelque
chose de fantastique et d'idéal dans les costumes ; quel-
quefois , le déguisement allait jusqu'à la bizarrerie.
Aristophane ne fait-il pas paraître des oiseaux dans la
comédie de ce nom? Ces étranges personnages tantôt
parlent comme des hommes, et tantôt ramagent , sif-
flent ou piaulent comme des oiseaux. Quel était leur
co»tume? Vraisemblablement, ils portaient sur un
corps d'homme un masque qui représentait une tête
d'oiseau, qui avait un bec, une huppe, une crête;
peut-être avaient^-ils aussi des ailes ou des plumes sur
le corps.
Ne peut-on pas penser que le personnage d'Io parais-
sait sous la forme d'une femme avec une tête de gé-
nisse? Le Franc de Pompignan est d'avis que ce devait
être en effet une femme, mais que ses traits étaient
défigurés , et qu'elle avait des cornes sur la tête : cette
opinion peut paraître plausible. Et voilà une des mons-
truosités que Dacier a cru voir dans la pièce , mais qui
ne s'y trouve pas, ou du moins qui n'y est pas aussi
grande qu'il l'a supposé.
Quoiqu'il en soit, Io, lorsqu'elle entre sur la scène,
est dans un état de douleur, d'agitation , de souffrance,
qui va presque jusqu'au délire. Elle demande : « Quelle
est cette terre? quelle race d'hommes l'habite? quoi est
ce malheureux que je vois attaché surcerochrr aride?»
Bientôtelle fait entendre lesplaintes les plus touchantes;
elle accuse Jupiter qui l'a réduite à cet excès d'infor-
tune ; elle l'implore et le conjure de terminer ses maux ,
en lui ôtaut la vie.
Prométhée reconnaît en elle la fille d'ïnachus ; il sa il
ton le l'histoire de ses malheurs; mais il l'engage à la
raconter au chœur des jeunes nymphes , ce qu'elle fait :
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAÎNÉ DESCHYLE. 457
elle expose qu'elle est aussi une victime déplorable de
Jupiter, qui, malheureusement pour elle, l'a aimée;
que, pour lui arracher ses faveurs, il a menacé son
père Inachus, et l'a contraint à chasser sa fille de sa
maison. [Elle a été errante, abandonnée; c'est alors
que Jupiter lui a fait violence : depuis ce tems , sa figure
et sa raison ont été altérées ; des cornes se sont élevées
sur son front; elle a été livrée à la garde de l'impi-
toyable Argus ; et, depuis la mort de celui-ci , elle est
continuellement poursuivie et piquée par un taon qui
la perce sans cesse de son aiguillon , qui s'attache à elle
et la force de courir de contrée en contrée. Elle de-
mande à Prométhée, qui connaît l'avenir, de lui dire
quel sera enfrn le terme de ses courses et de ses misères.
Le demi-dieu ne manque pas cette nouvelle occasion
d'accuser l'injustice de Jupiter. « Que vous en semble?
dit-il, en s'adressant au chœur, est-il assez barbare,
ce tyran des cieux? Parce qu'il a eu la fantaisie de
ravir les faveurs de cette jeune nymphe, la voilà con-
damnée à de longues et pénibles courses et à d'horribles
souffrances ! Quel funeste amant!... et que je te plains,
ô ma fille ! »
Cette réflexion est attendrissante et morale, et faite
en même tems pourexciter contre Jupiter une juste in-
dignation ; ce n'est pas assurément sans dessein que le
poëte a ainsi rassemblé, et mis en opposition sous les yeux
du spectateur, deux victimes du tyran; l'une n'a pas
moins à gémir de son amour, que l'autre de sa haine.
Prométhée satisfait ensuite aux demandes d'Io , lui
trace le long chemin qui lui reste encore à parcourir, et
lui annonce qu'elle se reposera dans l'île triangulaire
de l'Egypte ( le Delta A ); et que là , par ordre du destin,
une colonie nombreuse sortira d'elle et de sesenfanf.
3a*
458 DISSERTATION
Ce n'est pas tout: Prométhée, toujours occupé de
l'avenir dans lequel il voit la chute de Jupiter et sa
propre vengeance, prédit encore ici cet événement , et
il annonce qu'il sera délivré par un des futurs descen-
dais d'Io (i). Celle-ci jouit de cette prédiction , qui lui
promet aussi qu'elle sera vengée. Elle voudrait obtenir
de Prométhée plus de détails sur les évéuemens qui
amèneront la punition de Jupiter; mais le demi-dieu
se, borne à la prédiction qu'il a faite , et refuse de
s'expliquer davantage.
Après le départ d'Io, Mercure se présente : il des-
cend du ciel, et vient, par Tordre de Jupiter, inter-
roger Prométhée ; il veut que celui-ci révèle ce qu'il
sait et ce qu'il a commencé à prédire. Est-il vrai que
Jupiter doive un jour être détrôné? Par qui doit-il
l'être? contre qui doit — il se mettre en garde? Promé-
thée répond qu'il sait ce qu'on lui demande , qu'il
pourrait le dire, mais qu'il ne le dira pas. Il se réjouit
de la chute future de son tyran ; il traite Mercure avec
i j i «pris et indignation, connue un vil esclave. En vain
celui-ci emploie tour à tour les prières et les menaces ;
en vain le chœur même, s'intéressant toujours à Pro-
uM'tliée et désirant voir la fin de ses maux, lui con-
seille de se rendre et de terminer par sa soumission
cette lutte trop inégale: Prométhée demeure inébran-
lable ; il brave Jupiter et toute sa puissance;... enfin,
(i) Il Ittidit que rc Bera le trpfeWme Après te dixième de ses ar-
rière petits-fili :
rptroç yé yévvov "Xfh% èex u\?.u.'i> >f»c.'_-.
Il parât! que c'est Hercule qifil entend, et que , dans la IragekKede
Promu il 1 1 délivré 1 c'était en effet le fil* ûVAlcme\ne qui devenait
le Ubéi i te ur du (ils de Janct.
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAIKÉ D'ESCHYLE. 459
le messager céleste lui annonce qu'il va être foudroyé,
s'il s'obstine dans ses refus. Il n'est pas plus touché de
cette menace que des autres : il défie la foudre même ;
il sait bien que Jupiter est le maître de la lancer , mais
il ne cédera point ; il y est résolu. La foudre éclate en
effet, atteint et brise les rochers auxquels Prométhée est
attaché , et le fait tomber et disparaître.
Tel est le dénoûment de cette singulière tragédie.
Dans la dernière scène surtout, qui est la plus belle de
la pièce, le rôle de Prométhée est d'une énergie éton-
nante; il semble que ce soit d'après ce modèle qu'TTo-
race ait tracé le portrait de son homme juste et iné-
branlable dans ses résolutions :
Justum et tenacem propositi virum
IVonfulminantis magna Jouis manus
Mente qualit solidd.
Sifractus illabatur orbis ,
ïmpavidum ferlent ruinœ.
C'est précisément l'histoire du Prométhcc enchaîne
d'Eschyle.
Toute l'action , comme on vient de le voir dans
l'analyse de la pièce, se passe de suite, sans interrup-
tion, sous les yeux du spectateur. Les unités de lieu ,
de tems , d'action, y sont sévèrement observées.
A la vérité, il y a des personnages épisodiques ,
celui de Y Océan et celui d'To, et l'on peut dire que
ces deux scènes où l'un et l'autre paraissent, ne tien-
nent pas nécessairement à l'action ; mais ces deux per-
sonnages sont parfaitement bien choisis pour concourir
à l'effet total de la pièce, au but que le poète s'est
évidemment proposé, et qui est d'intéresser à Promé-
thée, de soulever d'indignation contre la tyrannie «if-
Jupiter.
46o DISSERTATION
Il me semble que j'ai fait voir que cette pièce singu-
lière , bizarre , si Ton veut , est fort au-dessus de l'inju-
rieux dédain dont La Harpe l'a gratifiée; il ne faut
jamais dédaigner un poêle, un vrai poète, un inven-
teur comme Eschyle; cela porte malheur. Des sept
pièces qui nous restent de ce tragique , il y en a cinq
que La Tlarpe condamne avec cette même légèreté: il
trouve des beautés de détail et de la poésie dans les
Sept devant Thebes , et quelques scènes vraiment tra-
giques et un peu d'action théâtrale dans les Choéphores-
il a même traduit en vers quelques morceaux de ces
deux tragédies. Il me semble aussi que j'ai prouvé que
le jugement de Dacier sur le Prométhée enchaîné est
encore trop sévère, et qu'enfin on ne pourrait pas se
flatter de connaître la pièce et de s'en être fait une
juste opinion, si l'on n'avait lu que ce qu'en ont dit
ces deux grands critiques.
Je n'ai point parlé du style qui est à la fois énergi-
que et simple dans le dialogue , plein de poésie et d'har-
monie dans les chœurs et dans les morceaux lyriques ;
ce mérite a été relevé par de meilleurs connaisseurs
que moi. Ces mêmes connaisseurs avouent qu'Eschyle
est quelquefois obscur , emphatique dans ses figures ,
et boursoufflé dans ses expressions ; mais ils s'accordent
à reconnaître en lui un génie sublime, qui a donné à la
tragédie une hauteur divine, dans des essais encore in-
cultes et informes.
C'est à peu près ainsi qu'en ont parlé le P. Brumoy
et Lefranc de Pompignan. Le génie d'Eschyle a été bien
apprécié par l'illustre auteur du Voyage. d1 Anacharsis,
qui le nomme sans dilliculté le pire et l'inventeur de la
tragédie. Feu notre confrère Legouvé avait été vive-
ment frappé du Prométhée d'Eschyle ; il le comparait ,
SUR LE PROMÉTHÉE EÎSCHAIINÉ D'ESCHYLE. 46s
pour l'énergie , au Satan de Milton. Il s'était exercé
sur cette pièce grecque dont il a fait une analyse , et
dont il a traduit en beaux vers plusieurs morceaux ,
particulièrement la dernière scène toute entière qu'il
regardait comme sublime. Cette analyse et cette tra-
duction, très dignes de l'auteur de la Mort cV Abel ,
a" Epicharis et Néron, etc., se trouvent dans le Mer-
cure du samedi 3 octobre 1807 , et dans le Moniteur du
lundi 12 du même mois, n° 285.
Mais parmi nos critiques et nos écrivains français,
aucun peut-être n'a mieux senti ni mieux caractérisé
le génie du vieux Eschyle, que l'auteur du Cours ana-
lytique de littérature générale ; et cela devait être : si
notre confrère M. Lemercier n'avait pas été profon-
dément pénétré des beautés mâles du poète grec, il ne
l'aurait pas si heureusement imité, ou, pour parler
plus juste, surpassé dans son admirable tragédie à'A-
gamernnon.
Il me reste à traiter la partie allégorique , et à dé-
voiler le sens mystérieux et moral qui me semble ca-
ché sous la fable qu'Eschyle a montrée à ses spec-
tateurs.
Ce n'est pas d'aujourd'hui, comme on peut aisé-
ment le penser , qu'on a cherché à quels événemens
cette fable extraordinaire pouvait faire allusion.
Je vois , dans le commentaire de Stanley sur Es-
chyle , que quelques-uns des saints-pères ont trouvé
des rapports entre l'enchaînement fabuleux de Pro-
méthée sur le Caucase et la passion de Notre-Seigneur,
fondés, dit le commentateur, sur les raisons que voici,
ou sur d'autres semblables : « Le Christ est le verbe , la
sagesse du père ; et Pythagore, si l'on en croit quel-
ques-uns , l'a appelé la sagesse , nom qui ressemble à
fôi DISSERTATION
celui de Prométhée (prudent, prévoyant ). Le Christ et
Prométhée veulent tous deux du bien aux hommes;
tous deux sont philanthropes. Eschyle donne à l'en-
chaînement de Prométhée une cause toute nouvelle et
fort différente de celles qui ont été indiquées ailleurs;
mais cette cause entre tout-à-fait dans l'analogie que
ces pères établissent entre Prométhée et le Christ. En
effet, lorsque Jupiter avait résolu de perdre les hom-
mes, Prométhée s'y est opposé et les a délivrés de l'enfer:
E'/f>j §ï zol^ir,; sç-:\-J(jy.UY)v 8007 ovç,
Toù ur, <?iaûpai£evTotç sic <ic?ov p.olsïv.
ft Moi seul, dit-il dans la pièce grecque, j'ai été le
libérateur des mortels ; sans moi, ils étaient per-
dus et précipités dans l'enfer. » C'est pour cela que
Suidas interprète cette épithète de Prométhée, /rwpyov
(fabricatorem ïiominwn) , fahncateur d'hommes , par
ces mots : tov vnzp tou Ïxoj atTfofoqtneovtz , morienlcm
pro populo , mourant pour son peuple.
La pieuse supposition des saints-pères, trouvant dans
le martyre de Prométhée un emblème de la passion de
Notre-Seigneur , ne me paraît que l'effet d'une ten-
dance habituelle à tout rapporter à la religion chré-
tienne , même ce qui lui est tout-à-fait étranger. Je ne
m'arrête donc pas à cette première explication de l'al-
légorie d'Eschyle.
Le P. Prumoy a formé des conjectures toutes diffé-
rentes ; il s'est abstenu des idées religieuses, pour s'at-
tacher de préférence aux idées politiques. « Il serait,
dit-il , tenté de croire que le sujet qui nous parait
tnonst rueux , est une allégorie sur les rois , et peut-être
sur Xercèfl OU Darius, chose extrêmement ragoûtante
pour une république ( c'est son expression ) ; peut-être
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAIKÉ D'ESCHYLE. 403
aussi sur les conquêtes des Héraclides... Il est vrai ,
dit-il encore un peu plus loin , que le déchaînement de
Prométhée contre la royauté devait seul intéresser les
Athéniens , et qu'Eschyle avait en vue de leur plaire
par cet endroit. »>
D'abord , les conquêtes des Héraclides ne sont pas
même indiquées dans le Prométhée enchaîné. Un seul
vers paraît contenir une allusion à la future naissance
d'Hercule; et ce vers ne suffît pas assurément pour
fonder une pareille conjecture. En second lieu, il me
semble aussi que le P. Brumoy se trompe, lorsqu'il
suppose que Prométhée se déchaîne contre les rois et:
la royauté, contre Xercès ou Dariws, et qu'Eschyle
avait en vue de plaire aux Athéniens par cet endroit ,
et de faire une chose extrêmement ragoûtante pour une
république.
Ce qui prouve l'erreur du critique, c'est que les
mots roi et reine , Bxvàevç, Hxaiksict, ne se trouvent pas
même une seule fois dans la pièce du Prométhée en-
chaîné. Eschyle , dans une autre de ses tragédies , dans
celle qui est intitulée Les Perses , a montré à ses
compatriotes le spectacle flatteur de la désolation
du grand roi Xerxès, de son palais, de sa famille,
après la déroute de son innombrable armée , après la
mémorable défaite de Salamine; le poète a fait pa-
raître, dans cette pièce , l'ombre de Darius, et sa
veuve, et un chœur de vieillards persans gémissant sur
la victoire des Grecs; enfin , Xercès revenu seul de
< ptte expédition où il avait conduit , dit-on , un million
de soldats. C'est dans cette pièce que les rois de Perse
sont sacrifiés au ressentiment et à l'orgueil du vain-
queur. Aussi le mot de roi, IîaTt).£&ç, y est-il souvent em-
ployé. Cette tragédie des Perses était, comme on l'a
464 DISSERTATION
déjà souvent remarqué , une pièce patriotique et de
circonstance ; elle devait faire le plus grand plaisir à
des spectateurs athéniens, en rehaussant à leurs yeux
leurs propres triomphes.
Je proposerai aussi mes conjectures sur le sens allégo-
rique du Prométhée enchaîné , et j'espère qu'elles ne
paraîtront pas moins plausibles que celles qui ont été
imaginées jusqu'à présent; ou plutôt, pour dire sin-
cèrement ce que j'en pense , j'espère qu'on reconnaîtra
que j'ai trouvé, le premier, la véritable intention du
poëte, qui, en composant cette pièce, a caché, sous
le voile transparent d'une fable intéressante , de
grandes leçons de morale et de politique.
Tout mon système repose sur la nouvelle interpréta-
tion que j'ai donnée d'un seul mot , du mot de y.pazoc
que je traduis par pouvoir ou puissance, et non par le
mot force , comme on l'a toujours fait jusqu'ici. Ce sens
adopté, je vois qu'Eschyle a voulu rendre odieux le
pouvoir absolu, montrer la tyrannie toute puissante
aux prises avec le courage malheureux , mais inflexible.
Tout l'intérêt de la pièce repose sur Prométhée qui est
la victime ; toute l'indignation du spectateur est sou-
levée contre son oppresseur , Jupiter.
Et quels sont les caractères que le poëte a donnés à la
tyrannie? C'est d'abord la crainte et la haine des lu-
mières et de celui qui a instruit les hommes, qui a
étendu leurs connaissances , agrandi et fortifié leur
raison. Prométhée est un philanthrope : de quoi se
mêle-t-il? Jupiter veut gouverner sans contradiction ,
sans qu'on ose ni qu'on puisse examiner les motifs de
ses ordres souverains.
Ensuite, le tyran se joue du bonheur et de l'exis-
tence de ses sujets ; il rapporte tout à lui-même; il est
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAÎNÉ D'ESCHYLE. /f65
sans pitié , sans humanité , pourvu qu'il commande et
qu'il jouisse. La beauté est trop heureuse qu'il daigne
abaisser ses regards sur elle et l'honorer de ses désirs
licencieux : qu'importe qu'elle en perde le repos , la
raison et la vie? tout doit s'immoler aux caprices du
maître.
Ce maître terrible éprouve encore plus de craintes
qu'il n'en inspire : il vit dans une anxiété continuelle ;
il est sévère et cruel , parce qu'il est timide et lâche ;
il sent malgré lui que la tyrannie violente se détruit
elle-même ; et en effet , au moment où elle semble tout
soumettre , tout écraser , lorsqu'elle paraît le mieux
affermie, la raison prévoit sa chute et peut d'avance
en marquer l'instant : c'est ce que le poëte a voulu
montrer , lorsqu'il a donné à Prométhée la prescience
de la chute inévitable du tyran Jupiter.
Dans le personnage de la force ou violence, Eschyle
a fait voir les satellites de l'autorité absolue, ceux qui
se dévouent à exécuter tous ses ordres, quels qu'ils
soient, à commettre aveuglément les crimes qu'on leur
commande ; hommes féroces et sanguinaires, faits pour
être aux gages des Triumvirs , des Caligula , des Néron.
Les anciens tyrans de la Grèce ne manquaient pas saus
doute de soudoyer aussi de pareils sicaires, pour s'en
servir au besoin.
Vulcain est un de ces êtres serviles qui non-seule-
ment ne résistent pas à l'oppression , mais même qui
se mettent, par faiblesse, au service de l'oppresseur,
de ces demi-gens de bien qui sont tout fâchés du mal
qu'ils font; qui persécutent et tourmentent avec des
manières bénignes.' « C'est bien malgré moi , dit-il à
Prométhée ; mais il faut que je vous enchaîne les bras ,
les jambes, que je vous cloue à ce rocher; voilà ce
466 DISSERTATION
qu'on gagne à être un philanthrope! Vous voulez éclairer
les hommes, les servir et les rendre plus heureux ; mau-
vais métier I Jupiter veut régner à sa fantaisie ; il a peur
Je vous , et moi j'ai peur de lui. Il faut bien , mon bon
ami , que je fasse mon métier. »
J'ai déjà remarqué que le personnage de l'Océan, un
peu moins vil que celui de Vulcain, sert merveilleuse-
ment à faire ressortir, par le contraste, le courage et
la force d'ame de Prométhée. L'Océan est un courti-
san, qui sera toujours du parti du plus fort; qui pense
qu'il ne faut jamais se brouiller avec ceux qui dispo-
sent des biens et des dignités ; qu'il ne faut point leur
résister, ni se faire contre eux le champion des faibles,
ni le redresseur des torts, ni l'ennemi des abus. On
doit avant tout songer à soi , et se maintenir bien à la
cour : une disgrâce est le plus grand des malheurs.
Mercure aussi remplit habilement le rôle dont il
est chargé ; adroit exécuteur de la volonté de Jupiter,
il essaie, par toutes sortes de moyens, d'arracher à
la courageuse victime son important, secret; mais la
prière et les menaces viennent se briser contre Fin-
flexibilité (\i\ héros.
Au milieu de tous les autres personnages , s'élève
celui de Prométhée, rehaussé par tout ce que les
hommes sont disposés à admirer, à chérir et à plain-
dre, par les vastes connaissances , par les hautes vertus,
par l'injuste persécution.
11 est évident pour moi qu'Kschyle, dans cet apo-
logue mis en action, a voulu montrer l'utilité des lu-
mières, combien elles contribuent à l'amélioration et
au bien-être de l'espèce humaine ; ce que nous devons
de respect et de reconnaissance à ces génies supérieurs,
à ces espèces de demi-dieux, qui , inspirés par l'amour
SUR LE PROMÉTHÉE ENCHAÎNÉ D'ESCHYLE. 467
de l'humanité , s'oublient eux-mêmes, s'exposent aux
périls , se sacrifient pour ouvrir aux hommes de nou-
velles sources de science, de sagesse et de bonheur. J'y
vois encore que les tyrans, toujours occupés de se main-
tenir dans leur poste usurpé, redoutant à chaque instant
qu'on ne s'aperçoive de leur sottise, de leur nullité, de
leur méchanceté, ont grand soin de s'entourer de ténè-
bres.Quiconque apporte un flambeau dans la nuit épaisse
qu'ils s'appliquent à entretenir, leur devient suspect,
lis essaient d'abord de corrompre les hommes éclairés
et vertueux qu'ils redoutent ; ils leur offrent ce qu'ils
peuvent donner, des richesses et des honneurs préten-
dus. Si leurs offres sont rejetées ou dédaignées , il n'est
rien dont leur ressentiment ne soit capable ; et c'est
alors que le métier de sage et de philanthrope devient
d'autant plus honorable , qu'il est plus dangereux.
Je ne pousserai pas plus loin ce commentaire, déjà
trop long peut-être ; mais , pour appuyer encore ma
conjecture , je rappellerai à quelle époque le poëte
écrivait. Il faut se souvenir que la naissance d'Eschyle
eut lieu vingt-quatre ou vingt-cinq ans après le ren-
versement dç la lyrannie des Pisistratides ; que le
père d'Eschyle , Euphorion , avait pu voir les lois de
Solon abolies par Pisistrate , qui s'empara du pouvoir
absolu ; qu'il avait pu ensuite avoir à gémii de la longue
oppression de sa patrie, et peut-être prendre part à la
conjuration d'Harmodius et d'Aristogiton , qui avaient
voulu affranchir leur patrie du joug des Pisistratides. 11
faut se rappeler quel courage, quelle constance firent
voir, au milieu des supplices, Aristogiton et plusieurs
des conjurés; entre autres cette femme, qui , pour ne.
point dénoncer ceux qu'elle connaissait, se coupa elle-
même la langue ave< ses dents. La statue de cède
463 DISSERTATION
femme, et celles qui furent élevées à Harmodius et à
Aristogilon , étaient debout sur la place publique, à
Athènes, où Eschyle les voyait tous les jours. Il vivait
dans le tems où sa patrie libre florissait sous le gou-
vernement populaire des Archontes; il la voyait fé-
conde en grands hommes et triomphant de toutes les
forces du vaste empire des Perses; il était le contem-
porain des Miltiade, des Thémistocle, des Aristide;
il était le frère de ce fameux Cynegire qui mourut si
glorieusement à Marathon ; son autre frère, Aminias,
commandait un vaisseau, et contribua à la victoire
navale de Salamine; Eschyle lui-même était homme
de guerre, et avait défendu, les armes à la main, la
liberté de son pays.
Ainsi donc, d'après les événemens qui avaient pré-
cédé de peu d'années la naissance d'Eschyle, d'après
la révolution qui s'était opérée à Athènes, par la chute
des Pisistratides , d'après les conjonctures où se trou-
vait la république, d'après l'esprit qui y régnait lors-
qu'Eschyle publiait sa tragédie, je n'hésite point à pen-
ser que celte composition allégorique de Prométhéc
n'ait eu pour but de retracer aux Athéniens le cou-
rage héroïque de ces généreux conjurés, dont ils
aimaient et révéraient la mémoire , d'entretenir
dans l'ame des spectateurs la haine des tyrans et delà
tyrannie , et la ferme volonté de résister à tout am-
bitieux qui voudrait de nouveau tenter de s'emparer du
pouvoir et d'asservir la patrie.
A cette analyse de la tragédie d'Eschyle , je pourrais
ajouter celle de la parodie que Lucien en a faite; ce
sont, en partie, les mêmes personnages qui y jouent
des rôles, Prométhée, Vulcain et Mercure ; et le fond
du sujet est le même; le philosophe a rendu seulement
SUR LE PROMÉTHÈE ENCHAÎNÉ D1ESCHYLE. 469
ridicule le grand Jupiter que le poëte a montré sous
un jour odieux.
Je pourrais aussi parler du dialogue entre Proniéthée
et Jupiter, composé par le même Lucien. Proniéthée
arrête Jupiter qui va en bonne fortune auprès de
Thétis; il l'avertit du danger auquel il s'expose , et lui
prédit qu'il sera détrôné par le fils qui naîtra de
Thétis et de lui. Jupiter le remercie du conseil , en
profite, et pour récompense ordonne à Vulcain de le
délivrer de ses chaînes.
Mais ma dissertation n'a déjà peut-être paru que
trop longue, sans la surcharger d'objets étrangers. Je
ne me suis proposé que de donner une nouvelle inter-
prétation de l'allégorie du Promélhée enchaîné d'Es-
chyle , et d'offrir, sur cette pièce singulière, quelques
observations que j'ai crues neuves et intéressantes. C'est
à vous, mes chers confrères , de juger si j'ai atteint ce
double but par le travail que je viens de soumettre à
vos lumières , et pour lequel je réclame votre indul-
gence. Andrieux , de V Institut , Acad. franc.
IW \ IVM \*A W\ W» <W\ W» <W\ <W\ <W\ <w\ w> <vv%
SUR L'ART MUSICAL DES ANCIENS (i).
Ce que nous nous proposons de dire sur cet intéres-
sant sujet, sera extrait des divers ouvrages qu'a pu-
bliés M. de la Salette, ancien maréchal-de-camp, ins-
(1) Nos lecteurs nous sauront gre peut-êlre de les avoir mis
à portc'e de se convaincre, que notre musique est encore la
même que celle des Grecs , et qu'il n'y a véritablement que les
signes de changés , sans que la langue le soit. C'est ainsi que
M. Jomard nous a fait voir le système métrique moderne calque
sur celui des anciens , et que M.Gosselin a signale' aussi l'identité
de nos mesures itinéraires actuelles avec celles de la plu6 haute
4;c SUR L'ART MUSICAL
pecleur d'artillerie, connu du monde savant par ses
importantes découvertes dans la physique des sons. Il
n'a pas borné là ses longues recherches concernant l'art
musical ; i! a débrouillé , avec succès , le chaos dans le-
quel, avant lui, se trouvait confondu le système de
l'ancienne musique grecque.
C'est dans le premier tome de ses Considérations sur
les divers systèmes de la musique ancienne et mo-
derne , etc. (i), et dans un Mémoire sur la notation
musicale , inséré dans les Annales Encyclopédiques
du mois d'août 1817 , qu'il a donné un développement
complet de ce système qui pouvait bien être délaissé
par les artistes musiciens , à cause de son extrême com-
plication ; mais, que sa grande importa njçe 9 comme
origine du système musical moderne , et comme ancien
m mument d'un art célèbre dans l'antiquité, aurait dû
préserver de l'oubli des savans.
Jusqu'à .l'époque des ouvrages que nous venons de
citer, on trouve nombre d'auteurs qui ont écrit sur
cet ancien système; mais, la plupart n'ont fait que
répéter ce que d'autres avaient dit avant eux. Ou si
quelques-uns y ont fait des additions, c'a presque tou-
jours été sans consulter les ouvrages originaux, ou en
les interprétant d'après des idées systématiques qui
tendaient à embrouiller de plus en plus une matière
déjà trop obscurcie.
On ne saurait faire un pareil reproche à M. de la Sa-
antiquité, également fondées sur une mesure de la terre. Cette
manière de lier ainsi l'ancien et le nouveau moin'c esl , Ce nous
sembe , bien philosophique. Faisons-nous vieux autant que noua
le pourrons: c'est agrandir l'histoire de l'homme Intellectuel , et
multiplier les momies utiles à consulter. ( IN. D. R. )
(1) a vol. in-80. A Paris, chez Goujon , lib. , rue du Bac, n° M'>.
DES ANCIENS. 47i
lelle. Les éclaircissemens qu'il a donnés sur la musique
grecque ne laissent rien à désirer. Ils sont pris dans des
écrivains classiques grecs, et fondés sur les documens
de l'art musical , et par-dessus tout, sur le bon sens et
la raison , en sorte qu'il ne serait guère possible de
prouver que ces éclaircissemens ne suffisent pas pour
lire et comprendre les notes musicales et les modes de
cet ancien système.
A la vérité , si nous jetons les yeux sur les consé-
quences qui doivent résulter de cette nouvelle manière
d'envisager l'art musical des anciens Grecs , nous
sommes forcés de convenir qu'elle renverse absolument
toutes ces théories hasardées que l'imagination, dé-
pourvue de documens , avait substituées jusqu'ici aux
vrais principes de ce système ; mais , nous ne croyons
pas que ce soit un tort dont on puisse accuser l'auteur
de cette espèce de restauration de la musique ancienne.
Quoi qu'il en soit, et au risque d'entacher le tableau
lumineux que fait M. de la Salette de cet ancien sys-
tème , dans les deux ouvrages que nous venons de citer,
nous allons essayer d'en donner un extrait; mais, cela
nous oblige de parler préliminairement d'un troisième
ouvrage antérieur aux deux autres, publié sous le titre
de Sténographie musicale , et dans lequel le même au-
teur a rendu un service éminent à l'art musical , en
lui créant une écriture élémentaire , abrégée , com-
plète et facile, dont l'urgence était sentie depuis long-
terns. Cette écriture, cursive comme celle du discours ,
composée de peu de signes déjà connus, d'un usage
commode dans l'imprimerie, et surtout exempte d'é-
quivoques , lui avait paru d'une indispensable néces-
sité, pour écrire avec clarté sur la musique et princi-
palement sur celle des anciens. Les fausses préventions
TOME vi. 33
4;a SUR L'ART MUSICAL
entassées dans les livres publiés avant lui sur cet objet,
et le peu de succès obtenu des tentatives faites anté-
rieurement pour trouver cette écriture , l'avaient obligé
à l'imaginer lui-même , pour se faire comprendre dans
les ouvrages qu'il méditait. Nous n'entrerons pas dans
plus de détails sur la sténographie musicale qu'il pu-
blia en i8o5 ; c'est-à-dire , cinq ans avant les Considé-
rations : il nous suffit de dire, pour en justifier la sim-
plicité , que tout musicien peut la lire , sans l'avoir ap-
prise.
Armé, pour ainsi dire, de cette nouvelle écriture ,
M, de la S. a entrepris de sonder les profondeurs de la
théorie musicale, et après de longues et pénibles re-
cherches , il est parvenu, par des comparaisons ana-
lytiques et judicieuses, à la ramener à des principes
naturels , dont des notions désordonnées l'avaient en-
tièrement écartée. Sans parler ici des divers points sur
lesquels il a porté le flambeau de l'expérience et de la
raison , nous nous bornerons à un résumé des éclaircis-
semens qu'il a donnés sur la composition de l'ancien
système de la musique grecque, comparativement à
celui des modernes, et (ce qui en est une suite ) sur
les riôtes qu'employaient les Grecs, pour écrire leur
musique.
Nous devons faire observer aussi que , dans ce que
nous allons dire, d'après notre auteur , il ne s'agit nul-
lement de conjectures supposées , avec lesquelles ou
voudraitexpliquer quelque doctrine qu'on n 'entend pas.
Tout ce qu'avance M. de la S. nous paraît fondé sur les
faits et les documens qui nous sont rapportés par des
auteurs classiques de l'art musical , 'parvenus des Grecs
jusqu'à nous.
Parmi ces divers auteurs , il en a particulièrement
df;s anciens. 473
distingué trois , avec lesquels il a cru pouvoir ar-
river plus sûrement au but qu'il se proposait. Ces
trois auteurs sont Gaiulentius •, Alypius et Bacchius
V ancien. Tous les trois sont compris dans la précieuse
collection faite par Meibomius de sept auteurs grecs
sur la musique ancienne d).
M. de la S. s'était aperçu que Gaudentius décrivait
parfaitement le système de la musique grecque, et
qu'Alypius donnait les tableaux de tous ses modes et
de leur étendue ; il a profité de cette observation pour
expliquer et traduire ces modes à la manière des mo-
dernes , an moyen des signes ou notes sténograpmques.
Pour se figurer les travaux que ces recherches ont dû.
lui coûter, il faudrait pouvoir se transporter avec lui
au tems où il commençait à vouloir débrouiller cette
musique ancienne , entourée des préjugés de l'ignorance
et des fausses préventions.
C'est au milieu de ces difficultés qu'il a eu l'heureuse
idée de choisir ses notes sténographiques parmi les
notes-lettres des Latins ; ce qui l'a rais tout d'un coup
en contact avec celles des Grecs , et lui a fait voir que
la première proslambanomène du système grec, dont
•parle Gaudentius , et d'où, il part pour décrire ce sys-
tème , était précisément la note stéoographique a
( cl./", 4e 1- ) - ou la note nominale la , double octa\e in-
férieure de celle qui sert encore aujourd'hui à donner
le ton dans les orchestres.
Cette note qui, dans le système grec , est parfaite-
ment désignée par deux demi-phi couchés amsi -r:a-,
ne le serait pas complètement par la note syllabi<|iu«
la , parce que ce signe n'indique pas l'octave où il la ut
(i) Ant. mus. auct. sept. — Amstel. , i6'5j ; I vol. in-40
33*
474 SUR L'ART MUSICAL
prendre le son ; mais elle l'est exactement par la note
sténographiquea, précédée de l'indication (cl. y", 4e M*
Une autre observation qu'il est important de faire ,
et qui lève tous les doutes sur l'identité de la note grec-
que avec la note sténographique , ou avec celle qui est
posée entre les deux premières lignes de la portée , clef
déjà , 4° ligne > c'est que , lorsqu'on substitua les lettres
des Latins aux notes-lettres du système grec , l'histoire
et la tradition nous apprennent Tue cette translation
littérale se fit en commençant par la lettre a, corres-
pondant aux deux demi-phi grecs ; et , ce qui le prouve
sans réplique, c'est qu'en appliquant aux cinq pre-
mières notes du mode hypodorien , les cinq premières
lettres de l'alphabet latin , la cinquième lettre e , qui
est notre note 772/, tombe précisément sur la note grec-
que E {epsilon) y qui est aussi la même note dans le
système grec.
En rapprochant de ces deux notes repères , a et b ,
la formule des tétracordes du mode que Gaudentius
donne avec la suite des trente-huit demi-tons dans
lesquels sont compris tous les sons du système de la
musique grecque , M. de la S. a donc pu recomposer
ce système, calculer la valeur et le nombre de ses si-
gnes , et le développer enfin dans toutes ses parties.
Il nous paraît même que tout musicien instruit, qui
aurait eu le bonheur de trouver les mêmes données ,
aurait pu avoir également des notions exactes de ce
système ; mais , nous nous persuaderions difficilement
qu'il eût pu les communiquer sans le secours des notes
Sténographiques.
Rien n'est équivoque , rien n'est incertain dans la
manière dont l'auteur rhabille à la moderne cet an-
cien tableau d'une musique aussi ancienne. On est
DES ANCIENS. 475
«tonné de voir la conformité qu'elle présente clans ses
docurnens avec ceux du système actuel , en dépit des
nombreux écrits qui, depuis si long-tems , assuraient
le contraire.
Userait difficile de renfermer dans un extrait toute
la doctrine musicale des anciens Grecs et la réfutation
des fausses idées qu'on s'en était formées , comme l'a
fait notre auteur, dans des ouvrages plus étendus. Nous
ne pouvons donc offrir ici que quelques élémens de ces
ouvrages mêmes , qui serviront, en quelque sorte, de
guide au lecteur désireux d'approfondir cette matière ,
si obscurcie par tant d'errenrs.
L'auteur ayant donc appris dans Gaudentius , comme
on l'a vu précédemment , que le système musical des
Grecs avait pour son le plus bas , celui de la note sté-
nographique a {cl. f, /j." !•) ; que ce son était lapros-
lambanomene du mode le plus grave de ce système ;
que ses modes étaient au nombre de quinze; qu'ils se
plaçaient sur une série de quatorze demi-tons , en
montant de cette première proslambanomhne ; qu'ils
étaient tous semblables à un premier mode contenu
dans deux octaves ; et enfin , qu'ils étaient formés du
son proslambanomhne ; ensuite, de trois tétracordes
conjoints pris un ton plus haut , et de deux tétracordes
disjoints pris encore un ton plus haut : il a pensé qu'en
traduisant ce mode en notes sténographiques, et en
supposant que sa première note est a ; sachant d'ail-
leurs que le tétracorde est une quarte dont le demi-
ton est toujours placé au grave : il en a conclu que ce
mode, transporté sur les quatorze demi-tons d'une
neuvième, était ainsi disposé :
a, h c d e f g a b/j c d, h c d e f g a.
476 SUR L'ART MUSICAL
Quand M. de la S. a voulu appliquer cette formule
de mode sur un de ceux des tableaux d'Alypius, il a
du. cependant rencontrer une sorte de difficulté ; car le
premier mode de ces tableaux n'a pas le signe note
joa. pour sa proslanibanomi-nc. Il a pu éprouver
encore quelque embarras , en cherchant ce signe au
bas de ces modes qui sont présentés écrits en colonnes :
mais en jetant les yeux sur le signe supérieur de ces
colonnes, il l'a trouvé pour première note de l'avant-
dernier des modes diatoniques d'Alypius ; et il a bien-
tôt compris, par la traduction des notes grecque? en
notes sténographiques , que res prétendues difficultés
n'étaient qu'une inversion dans l'ordre de distribution
des notes et des modes.
Une question , qui se présente naturellement ici , est
de savoir si les Grecs avaient réellement établi l'ordre
de leurs modes tel qu'on le voit maintenant dans
Alvpius, ou si cet ordre est du à quelque commenta-
teur qui aurait imaginé cette disposition après la perte
des livres originaux. Ce qu'il y a de certain , c'est que
la séparation des genres qu'on trouve dans Alvpius,
peut facilement induire à supposer Crue les Grecs
avaient autant de modes que de genres, c'est-à-dire,
quarante-cinq ; opinion dont M. de la S. a (ait voit
l'erreur, d'après le texte formel de Gaii(!eiitius, qui n'en
admet, que quinze, et par la sorte d'absurdité musicale
que présetlte, comme mode, la suite des notes <iu?
tonnent les deux genres chromatique et enharmonique.
S.i manière de démontrer cette méprise parait ii*re'cù-
>able , puisqu'il rapporte en notes sténographiques fès
notes grecques qui forment cèS deux genres, et <|u*ii
les rapproche de leur genre diatonique , comme on le
Voit dans le Mémoire t-ur lo ' On 7>wsnnf>' . déjà
DES ANCIENS. 4:7
cite, où il donne le tableau complet des notes grecques
des trois genres du mode hypodorien , avec les notes
sténographiques qui leur correspondent.
Les notes de ce tableau font voir sensiblement que
celles du chromatique et de l'enharmonique ne dif-
férent des notes du diatonique , que par la troisième
note de chaque tétracorde , et qu'ils ont tous deux le
même signe pour cette troisième note. Ainsi, dans le
tétracorde hypaton, h c d e, du mode hypodorien, la
troisième note d a pour note chromatique et enhar-
monique le signe |J3, dont les lettres sont un pi ren-
versé et un double sigma retourné.
Cette particularité, dont aucun écrivain, jusqu'à
présent , n'avait fait la remarque , renverse entièrement
l'opinion si accréditée des quarts de ton enharmoni-
ques ; car, ainsi que le dit M. de la S., puisque les
notes représentent les sons , un même signe-note ne
peut pas présenter deux sons différens.
Ce n'est donc pas dans le son plus au grave ou plus
à l'aigu qu'on doit chercher la différence qui existe
entre le chromatique et l'enharmonique placés sur la
même note; et, comme il ne peut exister d'autre diffé-
rence entre le même son que celle de la modulation
qui le transporte dans un autre mode, et que d'ail-
leurs le genre chromatique a toujours été assimilé à
notre dieze actuel , qui conduit à une modulation , en
montant par demi-ton; il est nécessaire, pour com-
pléter le système de la notation grecque , que l'enhar-
monique soit la manière de moduler que produit notre
bémol en descendant de demi-ton.
Outre les exemples qu'on trouve dans les ouvrages
de M. de la Salette, à l'appui de ces assertions, nous
en proposerons un autre qui , par sa simplicité, nous
h
c d
e
h
c od
e
1 h
c be
d
f
i*
c
g
v /
g
\f
g ç
h
d
e g
c
è
a h
, e
I d
be c
rr
b
478 SUR L'ART MUSICAL
paraît mériter quelque attention de ceux qui peuvent
l'exécuter sur un piano.
Nous supposerons donc le tétracorde précédent h c
d e, sur la troisième note duquel se trouvent les deux
genres chromatique et enharmonique , et nous propo-
serons sur les notes de ce tétracorde , pour chacun de
ses trois genres, les harmonies suivantes :
diatonique. chromatique. enharmonique
m. 3.
(ci. f, 4*1.)
Ce qui a pu induire en erreur les musiciens mo-
dernes, à l'égard de ce dernier genre, c'est qu'il sem-
ble , d'après la notation grecque , que le bémol devrait
être sur la note </, et non pas sur e; mais cela ne nous
paraît pas devoir former une objection bien grave
contre l'interprétation de M. de la S. ; car le même
signe-note ni , placé sur chacune des notes chromati-
que et enharmonique , indiquant que leurs deux sons
doivent être identiques , et la note d chromatisée ne
laissant aucun doute sur son élévation à § d , il faut né-
cessairement que le son enharmonique qui lui est cor-
respondant soit celui de be.
Quelque naturelles que soient res explications, nous
sentons qu'elles trouveront difficilement grâce (levant
des opinions fondées sur une sorte de merveilleux que
rien ne saurait nous retracer, et dans lequel on se plaît
à s'égarer. M. de la S. , qui l'avait senti avant nous,
n'avait pas cru devoir hésiter à prédire la chute de ces
opinions. Nous répéterons ici ses propres expressions,
en parlant des personnes qui peuvent en être préoccu-
pées : « Briser le prisme de l'illusion , qui fait aperce-
DES ANCIENS. /J79
voir , dans la mélodie , des moyens de perfection aux-
quels les hommes d'aujourd'hui ne sauraient atteindre,
est , je le sens bien , presque détruire leur bonheur ;
mais, en musique, comme dans tous les arts qui dé-
pendent de nos sensations , ce sont les sens qui appré-
cient et l'intelligence qui juge : les prestiges s'éva-
nouissent devant les effets de la nature (1). »
On n'avait pas encore osé, jusqu'à cet auteur, ten-
ter une traduction des signes-notes de la musique grec-
que. Une sorte de respect religieux semblait défendre
d'appliquer des signes à des intervalles consacrés à re-
présenter des quarts de ton dont on sentait, d'ail-
leurs, qu'il était impossible de rétablir l'usage. M. de
la S. a bravé cette fausse appréhension , en se créant
d'abord une écriture comparative avec des signes musi-
caux qui tirent leur origine de la musique grecque.
Etudiant ensuite les sons et les intervalles qui compo-
sent leurs modes , il en a introduit les signes dans sa
nouvelle écriture , et il a vu se former complètement et
uniformément sous elle les quinze modes grecs , dont
l'ensemble avait toujours paru indéchirable. C'est
ainsi qu'il a pu expliquer ce qu'étaient les genres chro-
matique et enharmonique de ces modes, et les pré-
tendus quarts de ton de ce dernier.
Ces premières difficultés vaincues, il a compris sans
peine que les quinze modes grecs transposés sur qua-
torze demi-tons formant l'intervalle d'une neuvième,
surpassent de deux modes nos treize modes transposés
sur les onze demi-tons d'une octave.
Une remarque jdIus essentielle encore , et qui n'a pas
échappé à notre auteur, c'est que les grecs obtenaient
(i) Considcr. , pag. 61 , Tom 1
4S« SUR L'ART MUSICAL DES ANCIENS.
les quatorze demi-tons, qui forment la note initiale
de chacun de leurs quatorze modes, par une suile de
quartes , comme le prouve l'ordre établi dans les ta-
bleaux d'Alv pi us.
Nous terminerons ce Mémoire par une réflexion sur
les difficultés que rencontrent, pour pénétrer dans le
monde savant, les vérités publiées depuis long-tems
dans les ouvrages .que nous venons d'analyser en partie.
Si ces difficultés viennent de ce que les vérités pro-
posées par l'auteur ne portent pas avec. elles un degré
suffisant de certitude pour leur mériter de la confiance,
il serait à désirer qu'on mît franchement au jour les
objections qu'elles ont. pu faire naître, afin d'éclairer
l'opinion publique qui n'attend qu'une discussion con-
tradictoire pour établir un jugement définitif, et savoir
enfin si l'on doit se confier à la flatteuse espérance de
pénétrer dans les profondeurs de l'antiquité musicale,
ou s'il faut se résigner à rester encore dans les dédales
de son antérieure obscurité (i).
\. Mjétbal.
* (1) jNous pouvons rappeler ici qtK les divers ouvrages publiée
par M. de. la Salette., qui sont indiques dans cei article, ont été'
mentionnes 1 1 vs-honor;il>lenient dans des IV ol ires sur les travaux
<le la Classe d< s Beaux-Arts de l'institut, lues dans ses séances
publiques par feu INI. Lrbreton. ( ÎN. d. R. )
vvvv\^lV\^A.^^v^^'VVVvvvvvvvvvvvvv^vv^v^^^>v\^'^\vvvvv•vv^.\'\'VVV^'vvvvv«•vvv\'Vvvv\vvv'Vvvvv
II. ANALYSES D'OUVRAGES.
SCIENCES PHYSIQUES.
DeVis général du canal de Saint-Mautin , par
M. Girard, de V Académie des Sciences , ancien
directeur du canal de ï Ourcq (i).
Depuis trente ans , il s'est formé autour de la capi-
tale, et même dans son enceinte, une multitude d'éta-
blissemens industriels. On a senti que l'immense con-
sommation de Paris exigeait des points de fabrication
qui fussent à sa portée ; c'était gagner, au bénéfice de
la production et du consommateur, tout le prix du
transport, et cette économie était bien au-dessus d'un
excédant dans le prix des loyers et de la main-d'œuvre.
Ensuite , les machines qui suppléent aux bras avec tant
de profit, sont venues compléter l'avantage de cette
nouvelle position. Ainsi, peu à peu , la situation ma-
nufacturière de Paris et de ses environs a pris un aspect
tout différent ; il en est résulté que le consommateur se
procure les mêmes produits à un prix inférieur, ou,
au même prix , des ouvrages plus parfaits. Cependant,
l'état des choses est encore bien loin de ce qu'il pourrait
être , si l'industrie avait à sa disposition un plus grand
nombre de moteurs. Les machines à vapeur établies
par les frères Périer , n'ont fait depuis l'origine qu'un
service borné, en comparaison de celui qu'elles font à
Londres. A la vérité, l'exportation de nos mines de
houille est trop peu active, et les droits ->ur ce com-
bustible beaucoup trop élevés, pour qu'on emploie avec
(ï) Paris, 1820; 1 v. in- :\°, avec an pian. Madame Ve Courcier.
48a SCIENCES PHYSIQUES,
autant d'avantage qu'à Londres un moteur aussi puis-
sant, et de nos jours si perfectionné. Mais , si l'on trou-
vait le moyen de fournir aux usines, sur une partie de
la surface de la capitale , une chute d'eau considérable,
il est évident que ce nouveau moteur alimenterait avec
un bénéfice immense le service des manufactures ur-
baines. Tel est le résultat que pourrait fournir, en très
peu d'années, l'exécution du canal Saint-Martin, or-
donnée par une loi du 29 floréal an 10, et ajournée
malheureusement , depuis cette époque , par une suite
de vicissitudes, et par la fatalité malheureuse qui sem-
ble s'attacher aux conceptions les plus utiles. Il ne
s'agit pas inoins, cependant, que de donner une nou-
velle face à plusieurs des quartiers les plus industrieux
de cette ville, et d'imprimer à notre commerce central
une impulsion et une activité qu'il n'a point connues
encore : l'effet de cette opération serait incalculable ,
et peut-être amènerait-elle sur cette place populeuse
un mouvement d'affaires , utile à la prospérité géné-
rale de l'Etat. Sous ce rapport, Londres l'emporte de
beaucoup sur Paris. Mais , de l'établissement du nou-
veau canal dériverait celui d'une multitude de maga-
sins, de chantiers et d'usines de tout genre ; spectacle
dont on est frappé, quand on parcourt, à Londres, les
deux rives de la Tamise et les canaux qui traversent
ses faubourgs. Il est aisé de juger quelle masse de tra-
vail serait ofTerte aux journaliers et aux ouvriers de
toute profession , et par conséquent ce que le peuple
gagnerait en aisance, le riche en jouissances, le gou-
vernement en sécurité. Une pareille création serait
complétée par l'entrepôt de denrées coloniales que sol-
licite le commerce, et qui est devenu nécessaire, d'après
la multiplication des manufactures dans cette ville et
SCIENCES PHYSIQUES. 485
aux environs. Mais, cette question nous mènerait trop
loin. Rappelons ici en peu de mots l'origine du projet
du canal Saint-Martin.
La loi du 29 floréal an 10 a ordonné la dérivation
de la rivière d'Ourcq , qui doit mettre à la disposition
de la ville de Paris un volume d'eau de plus de i3 mille
pouces. Une partie de ce volume d'eau est destinée à
alimenter un grand nombre de fontaines publiques;
l'autre partie, à entretenir une communication navi-
gable entre la haute et la basse Seine, depuis" le pont
du Jardin des Plantes jusqu'au port de la Briche, au-
dessous de Saint-Denis.
Les travaux de la dérivation de l'Ourcq et de la
branche du canal navigable qui traverse la plaine de
Saint-Denis, en partant de la Villette, sont en grande
activité ; ils sont exécutés par une compagnie de con-
cessionnaires qui en a garanti l'achèvement pour le
Ier janvier 1823. Ainsi, l'on est au moment de jouir
d'une partie des avantages assurés à la capitale par la
loi que l'on vient de rappeler.
Mais , on ne jouira qu'imparfaitement de ces avan-
tages, tant qu'on n'aura pas réalisé l'exécution de l'autre
branche du canal qui, partant du même bassin de la
Villette, et arrivant à l'Arsenal , établira la communi-
cation depuis si long - tems promise entre la haute et
la basse Seine , et fera éviter au commerce de Paris la
navigation longue et périlleuse, aux chances de laquelle
il est exposé en traversant la capitale.
A cette précieuse amélioration que produira immé-
diatement l'ouverture du canal Saint -Martin , dans
les intérêts du commerce, s'ajoutera encore, dans les
intérêts de l'industrie, une autre amélioration non
moins importante ; c'est la mi»e en activité d'un nom-
rj SCIENCES PHYSIQLF.S.
bre considérable de nouvelles usines , sur la rive droite
de la Seine, et l'établissement d'une multitude de ma-
gasins et d'ateliers. Sur i5oo pouces d'eau qui doivent
être Tournis à cette dérivation par le canal de l'Ourcq,
5oo sont destinés à l'alimenter, et 1000 au service des
usines. Ainsi, l'industrie manufacturière disposerait
d'une chute égale à i3 mètres cubes par minute, et
d'une puissance égale à la force de 45o chevaux.
Quels que soient les avantages de ce projet , ce serait
sans doute les payer trop cher que de les acheter au
prix de la salubrité publique; or, tel serait l'effet cer-
tain du tracé proposé l'année dernière par la compa-
gnie concessionnaire du canal de l'Ourcq. D'après ce
projet , on creuserait dans les marais des faubourgs
Saint-Martin et du Temple , uu grand bassin de 18 ar-
pens d'étendue. Comment un aussi vaste amas d'eau
stagnante pourrait -il exister sans danger, dans un
quartier populeux? dette réflexion a frappé l'adminis-
tration des Ponts-et-Chaussées. Le ministre de l'inté-
rieur a chargé une commission composée de MM. Chap-
tal,Tarbé, Berigny , Dubois, Duméril , Alibert, Ri-
cherand , Huzard et Kerard , de lui donner son avis sut-
la question même envisagée sous le rapport de la salu-
brité. On ne pouvait espérer plus de lumières d'aucune
autre réunion d'hommes instruits; il est donc permis
de souscrire à l'opinion qu'elle a émise. Le sujet était
d'autant plus grave, qu'en 1817 et. 1818 0€S iiu'ino-,
marais avaient été submergés , et que cette submersion
avait causé de vives inquiétudes. La commission < onsi-
déra que le projet de la compagnie, au lieu de suivre
le relief du terrain, ami-cote, au nord de l'hôpital
Saint-Louis, passait au contraire àtf-lofefjevl cl au muI
de cet hôpital ; elle jugea qu'il s'exhalerait infaillible-
SCIENCES PHYSIQUES. 485
ment du bassin projeté, dos vapeurs malfaisantes ,
dont les vents du midi accroîtraient les inconvé. siens
et les dangers, et que l'humidité permanente dans
J'atmosphère engendrerait des fièvres intermittentes;
que, si la garre des marais du Temple faisait une partie
essentielle du projet, elle suffisait, pour le faire rejeter;
enfin , que le projet ne pouvait cire exécuté sans danger
pour la salubrité publique des quartiers septentrionaux
de Paris.
Les observations préliminaires , placées à la tête du
devis générai du canal Saint-Martin , présentent ces
divers résultats avec tous les détails qui peuvent en
faire juger sainement. Au reste, le sujet intéresse tous
les habitans de cette grande cité , et il est même utile
que le public en ait une connaissance entière , qui puisse
fixer l'opinion sur un point de cette importance.
On avait proposé de remédier à la stagnation du
bassin, en y introduisant un certain volume d'eau,
qu'on jetterait ensuite dans le grand égout. Ici se pré-
sentent des objections assez pressantes. Le canal Saint-
Martin n'est pas seulement un canal de navigation ; il
peut encore servir de moteur à une foule d'établisse-
anens industriels; du moins, cet avantage lui est assuré
par le projet primitif, qui fut approuvé le il juillet
1808. Or, suivant le nouveau plan, on jetterait en
pure perte dans un égout un volume d'eau de 1000
pouces. Mais ce n'est pas tout , l'auteur cite une note
qui paraît avoir été prise en considération par la com-
mission spéciale; celte note curieuse prouve, jusqu'à
l'évidence, que le moyen proposé pour donner un cou-
rant aux eaux du bassin est illusoire, puisque la vitesse
qui leur serait communiquée , serait d'un domi-niilli-
naètre par seconde ; c'est-à-dire, deux nulle fois plus
+86 SCIENCES PHYSIQUES.
petite que celle de la Seine; et cela, seulement, ilcrn-
une bande large au plus de i5 mètres. C'est dans l'ou-
vrage qu'il faut lire le détail du calcul, d'ailleurs très
simple, sur lequel repose cette conclusion. Ainsi,
toutes les raisons se réunissent pour faire écarter le
tracé de la compagnie.
Les observations préliminaires qui précèdent cet
écrit , font mieux ressortir l'avantage de l'ancien tracé.
i°. Il va plus directement à l'embouchure, dont la
position est invariable, c'est-à-dire, à l'Arsenal. 2°. Il
traverse en grande partie des propriétés qui ne sont
point bâties , et dont l'acquisition sera moins dispen-
dieuse. 3°. Il suit le relief du terrain à mi-cote, et il
n'est pas exposé à recevoir les filtrations des égouts.
4°. Il est au nord de l'hôpital Saint-Louis , et les vents
du sud ne peuvent s'y charger de vapeurs malfaisantes
pour cet hôpital. 5°. Il est disposé de manière à fournir
aux mines existantes, ou bien à celles qui sont à créer
sur la ligne, un volume de iooo pouces d'eau, ou
i3 mètres cubes d'eau par minute. Enfin, il ne lais-
sera, dans aucun point de son cours, des eaux stag-
nantes, capables d'altérer la pureté de l'air et de lui
donner des qualités malfaisantes. La seule objection,
plausible à quelques égards, qu'on ait faite, est la
crainte que les eaux du canal ne filtrent dans les caves
de l'hôpital Saint-Louis. On pourrait d'abord répon-
dre que ce danger est moindre, que celui de jeter les
eaux corrompues de l'hôpital dans un canal où s'abreu-
veront les chevaux et les bestiaux; surtout, si l'on
observe que , dans cet hôpital , on fait un grand usage
de préparations sulfureuses ; d'ailleurs , l'art saura pré-
venir aisément les filtrations.
Le devis du canal Saint -Martin renferme tous les
SCIENCES PHYSIQUES. 487
détails qui peuvent intéresser les personnes de l'art.
Dans la première partie , se trouve la description gé-
nérale du canal ; les quatre chapitres dont elle se com-
pose , traitent les objets suivans : le premier roule sur le
tracé ; le second , sur la distribution de la pente et des
écluses; le troisième, sur les ponts; le quatrième, sur les
quais et chemins de hallage. La seconde partie, formée
de huit chapitres, est consacrée à la description parti-
culière des ouvrages d'art dont le canal sera composé.
M. A. Jullien, de Paris.
VW»IWWVVV»'VWV\VVWVWV'VVWWWVVVVW
Reçue il des Éloges historiques , lus dans les
séances publiques de V Institut royal de France ,
par M. le baron Cuvieh, Tun des quarante de
t Académie française , secrétaire perpétuel de
celle des Sciences , etc. , etc. (1).
La philosophie est V expression de ce qui est. Toute
philosophie est donc tenue à exprimer tout ce qui est ,
sous peine d'omission , et à n'exprimer que ce qui est ,
sous peine d'hypothèse. Toute philosophie qui omet est
donc une philosophie incomplète ; et toute philosophie
qui suppose , une philosophie chimérique.
Ne rien omettre, et ne rien supposer, voilà donc les
deux règles fondamentales de toute philosophie. Celle
des anciens pécha contre ces deux, règles. Elle omit sou-
vent, et elle supposa plus souvent encore , parce que ,
d'une part , sa méthode ne lui donnait pas tous les faits
(1) Paris, 1819. F. G. Levrault, éditeur, à Strasbourg, et rue
des Fossés-Monsieur-le-Prince , n° 33 , à Paris; 2 volumes in-b°.
Prix, 10 fr.
TOME VI. 34
488 SCIENCES PHYSIQUES.
réels , et que , de l'autre , elle substitua , presque tou-
jours, l'imagination à la méthode.
J'appelle méthode, en philosophie , l'art de décou-
vrir les vérités inconnues , et l'art de démontrer les vé-
rités trouvées. L'art de découvrir et V art de. démontrer
constituent donc proprement la méthode. La méthode
est donc , à la fois , un instrument de découverte et un
instrument de démonstration.
L'art de découvrir ne fut guère, chez les anciens,
que l'art d'observer, et V observation seule n'atteint pas
toutes les circonstances des phénomènes. L'art de dé-
montrer n'y fut guère que celui de suppléer à l'obser-
vation par le raisonnement , et le raisonnement ne sup-
plée à l'observation que par des conjectures. La mé-
thode des anciens les porta donc nécessairement à
omettre et à supposer , tour à tour ; leur philosophie fut
donc , tour à tour, incomplète et hypothétique.
On a souvent accusé les anciens de n'avoirpasassez ob-
servé. Ce reproche est aussi injuste qu'usé. Les livres
d'Hippocrate et d'Aristote sont, encore aujourd'hui,
des modèles inimitables d'observation. Si les anciens
n'allèrent pas, tUns les sciences, jusqu'où leur génie
semblait devoir aller, ce ne fut donc pas faute d'être
observateurs , mais faute de n'être qu'obsenateurs.
Les circonstances productrices d'un phénomène sont ,
presque toujours , tellement enlacée* entre elles, qu'il
est impossible à Inobservation seule de démêler toutes
ces circonstances et, surtout, de les subordonner con-
venablement les unes aux autres. Les vides que laisse
1 '.oh$eryation conduisent à l'expérience, et la rendent
indispensable. De son coté, l'expérience étend l'obser-
vation et la continue. En un mot, une circonstance
SCIENCES PHYSIQUES. 489
était évidente, l'observation la trouve; elle était ca-
chée, l'expérience la découvre.
Ce qui manquait aux anciens , c'était donc l'art de
faire des expériences, ou , si l'on veut, la méthode ex-
périmentale. Un phénomène compliqué n'est, aux yeux
du simple observateur, qu'un amas confus d'événe-
mens. La méthode démêle , à travers cette confusion
apparente, un ordre et des liaisons indissolubles. Elle
décompose ce phénomène, le simplifie, le refait sous
des conditions données , exclut certaines circonstances,
en ajoute d'autres et les détermine toutes.
L'énumération exacte et l'appréciation rigoureuse de
toutes les circonstances d'un phénomène, voilà donc le
but final de la méthode expérimentale. Le propre des
faits, ainsi composés et décomposés tour à tour, est de
révéler , effectivement , leurs rapports et leur mutuelle
dépendance, c'est-à-dire, leurs lois et leur théorie.
Les lois d'un phénomène ne sont donc que les raj>-
ports nécessaires qui lient entre elles les conditions de
son existence, et sa théorie, que la dépendance réci-
proque de ces conditions. Mais, ces rapports et cette
dépendance supposent tous les faits déjà connus et ap-
préciés. L'observation seulene sufïit ni pour connaître,
ni pour apprécier tous les faits ; V observation seule ne
peut donc donner ni leurs lois, ni leur théorie.
Qui dit méthode , dit art. Des expériences , accumu-
lées sans but et sans ordre, ne constituent pas plus la
méthode, que des faits , jetés au hasard , ne constituent
la théorie. Le caractère de la méthode est d'agir ration-
nellement. La méthode expérimentale est donc essen-
tiellement une méthode raisonnée ; la méthode expé-
rimentale n'est donc que la méthode analytique.
Condillaca défini l'analyse une méthode de décom-
3i*
49o SCIENCES PHYSIQUES.
position et de recomposition. Cette définition n'est point
exacte. La décomposition et la recomposition ne sont
pas la méthode, mais des procédés de la méthode.
L'essence de la méthode est V unicité ^ c'est-à-dire , Vi-
solcment des faits élémentaires : artifice admirable , par
lequel l'esprit débrouille les phénomènes les plus com-
plexes , en attaque séparément chaque circonstance , et
détermine ainsi toutes les conditions de leur existence,
soit qu'il les décompose ou qu'il les recompose.
L'origine de celte nouvelle philosophie remonte à
peu près, comme chacun sait, au commencement du
xvne siècle. Trois hommes concoururent surtout à la
développer : Bacon, Galilée et Descartes. A la vérité,
Bacon ne fit qu'indiquer assez vaguement la route qu'il
fallait suivre, et Descartes ne substitua guère aux er-
reurs des anciens que ses propres erreurs. Galilée seul
fonda réellement la philosophie expérimentale.
Newton continua Galilée. Mais leur philosophie ne
pénétra pas d'abord aisément en France. Descartes y
avait séduit les esprits par la hardiesse de ses systèmes,
et Mallebranche prolongeait la séduction par les grâces
de sou style. Enfin , Condillac , sous le nom de méthode
analytiqw , transplanta parmi nous la méthode de
Newton et de Galilée. Lavoisier la reçut de Condillac ,
et de-là , elle passa bientôt dans toutes les sciences.
On ne se propose nullement ici de reproduire les ré-
sultats de cette méthode. Ces résultats ont trouvé un
historien digne d'eux (i). On a moins eu pour but de
rappeler des découvertes particulières , que de faire
connaître l'esprit qui les a inspirées toutes, et l'on a
— ■ ■ — — . — . _
(i) M. Ccvter : Rapport historique sur les progrès des sciences
nature Ut s , depuis 17&J.
SCIENCES PHYSIQUES. 491
voulu essayer de peindre cet esprit, parce qu'il est le
principe agissant de toute philosophie positive, c'est-à-
dire , de toute philosophie qui sait ne rienomeltrett ne
rien supposer.
L'un des résultats les plus immédiats et les plus re-
marquables de la philosophie de Galilée , avait été la
création même des Académies. En effet, dès que l'on
eut compris toute l'influence possible de l'art expéri-
mental , il se forma des sociétés de savans pour se li-
vrer à cet art. La principale occupation de ces sociétés
fut de multiplier les expériences, de les répéter, de les
varier de mille manières. Ces expériences n'étaient d'a-
bord , sans doute , que des matériaux isolés; mais , c'est
avec ces matériaux, rapprochés plus tard , qu'on a fait
successivement toutes nos théories , ou plutôt, que nos
théories se sont faites elles-mêmes.
Cependant, plusieursde cesmatériaux eussent échap-
pé , peut-être, à la postérité, si des mains habiles et
amies ne se fussent empressées de les consigner par écrit.
Les sociétés savantes invitèrent donc quelques-uns de
leurs membres à se charger spécialement de ce soin. A
des époques déterminées , l'historien de l'Académie
devait en retracer les travaux: la louange, ou plutôt
la reconnaissance , se mêla naturellement à ces récits ;
et de-là, les Éloges académiques.
L'histoire des procédés du génie était proprement
l'histoire de l'esprithumain. Fontenelle se montradigne
d'écrire cette histoire. Il créa , dans la littérature fran-
çaise , un genre d'éloquence également inconnu par-
tout jusqu'à lui, et ses Eloges resteront à jamais l'un
des plus beaux raonumens qu'on ait élevés aux sciences.
Il a été donné à Fontenelle de prendre tous les tons
et d/excellcr dans tous : vif, ingénieux , profond , ton-
,<p SCIENCES PHYSIQUES
jours occupe d'une matière abstraite et élevée , et lou-
eurs au-dessus de sa matière. Après lui , d'Alembert (i)
et Condorcet parurent encore, avec éclat, dans une
carrière désormais si difficile à parcourir. Mais ces dif-
ficultés , irritant sans cesse le génie , lui donnent autant
d'élancemens que d'entraves ; et c'est à tes difficultés
i[iie nous devons, peut-être, de nouveaux chefs-d'œuvre
et un classique de plus.
Quoique les Éloges de M. Cuvier soient réunis ici
pour la première fois , on peut les regarder pourtant
comme ayant déjà reçu une véritable publicité. Lus
dans les séances publiques de l'Institut , ils ont acquis ,
dès long-tems, une grande célébrité , et il n'est personne
à qui le nom de M. Cuvier ne rappelle, avec tant d'au-
tres gloires, la gloire de l'historien des sciences.
Les sciences <\\ies physiques, ou naturelles, devra ient,
sans doute , embrasser les existences dans toute leur
généralité , etdanstoutesleursmodifrcations. Une vieille
habitude isole, néanmoins encore, plusieurs de ces
modifications , sous le nom de sciences Métaphysiques.
Mais, a. force de s'étendre, les sciences physiques et
métaphysiques sont enfin parvenues à se toucher, et
désormais leur jonction est inévitable.
Tout se tient dans la nature par des rapports néces-
saires, et .cet te liaison immuable constitue précisément
--es lois et sou harmonie. Tout devrait donc se tenir aussi
(i) A I.i venic. d'Alembert était secrétaire «le l'Académie l'ian-
.use, et non <|r l'Académie des Sciences • niais, il n'est ici ques-
l ion que des ouvrages, et nullement des place*» Plusieurs lïfnges
tfe savons ont été publiés depuis. A leur tète se placent lEloge de
Descartes, par Thomas'; celui de Fontëhelle, par M, Garât-
[UelqueS Eloges de Vicq-d'Azyr, de Mai i an; et surtout l'immortel
tîisài >ui les /i/oçes, etc. , etc.
SCIENCES PHYSIQUES. 493
dans les sciences; car elles ne sont, au fond , que la
copie de la nature. Expliquer un fait, c'est le rappro-
cher d'autres faits ; c'est-à-dire , trouver ses rapports.
La science est V expression de ces rapports : là où il n'y
a pas de rapports exprimés , il n'y a donc pas de
science.
Le but définitif de toute science est donc la décou-
verte des rapports réels des faits ; et c'est, effective-
ment , à la découverte de ces rapports que tendent au-
jourd'hui toutes les sciences. Nul n'a contribué , plus
que M. Cuvier , à rendre cette tendance générale, et par
l'autorité de son nom , et par les conséquences, presque
merveilleuses , qu'il en a tirées. Suppléant , par le génie
et par d'heureuses conjectures , à des restes informes
et tronqués, il est parvenu, comme on sait, à recréer
plusieurs grandes espèces d'animaux totalement per-
dues de nos jours.
Dans cette sorte de création nouvelle , un seul os , une
seule facette d'os , ont suffi souvent à M. Cuvier pour
déterminer tout un animal. En effet , les diverses par-
ties d'un animal ne formant ensemble qu'un système
unique, les modifications de l'une d'elles en amènent
nécessairement d'analogues dans toutes ; et l'on peut
conséquemment conclure , avec rigueur, les unes des
autres.
Ainsi, la connaissance des parties constitutives des
animaux, ou leur anatomic comparée , est le fonde-
ment absolu de toute physiologie et de toute zoologie
rationnelles. Les fonctions ne sont que le résultat des
organes, et les animaux, que des aggrégats d'organes.
Pour connaître les fonctions et les animaux, il faut donc
connaître les organes.
L'art de rapprocher les organes , et par eux lesfonc-
.{94 SCIENCES PHYSIQUES,
tions , et par elles les animaux, constitue doue , à la
fois , l'anatomie , la physiologie et la zoologie. M. Cu—
vier a , le premier , eu la gloire de réunir ces trois
.sciences dans ses ouvrages, comme elles sont réunies
dans la nature. Mais il ne s'est point borné à ce rap-
prochement déjà si fécond et si philosophique. Appelé ,
comme historien de l'Académie, à retracer les pro-
grès de toutes les sciences naturelles, il a démontré ,
successivement , les grands rapports qui les lient
toutes.
Les sciences naturelles ne forment donc qu'une seule
science, dont les différentes branches ont des connexions
plus ou moins intimes , et se prêtent des secours plus
ou moins directs. Cette grande pensée domine dans les
Eloges de M. Cuvier : élevée au-dessus de tout, il n'est
pas une conséquence dont elle n'assigne les élémens,et
pas un élément dont elle ne découvre les conséquences.
Je n'essaierai point, en vain, d'analyser ces Eloges.
Que l'on se représente l'époque la plus glorieuse de l'es-
prit humain reproduite avec tout ce que la raison a
de force et l'éloquence, de charmes. Une société nouvelle
naît avec de nouvelles sciences , ou plutôt, de ces
nouvelles sciences. M. Cuvier peint le génie de cette
époque naissante ; il en montre les causes et les résul-
tats , et ses Eloges eux-mêmes sont l'un de ces résul-
tats les plus brillans.
Le Recueil dés Eloges est précédé d'un Discours sur
les Rapports des sciences avec la société. Ce Discours est
un monument de style et. de génie. Nulle part , la ma-
nière originale de l'auteur ne ressort avec plus d'éclat.
Vous diriez la manière délicate et profonde de Fofl-
tenelle, mais da Fontcnclle avec te don de l'invention.
Quant aux rapports oui unissent les sciences à la
SCIENCES PHYSIQUES. 4g5
société , ces rapports frappent tous les yeux. Les sciences
et la société, en s'entrelaçant de mille façons , devien-
nent, tour à tour, causes et effets de leurs progrès ré-
ciproques. Mais, en définitif, la société dérive des
sciences, et non, comme on le dit généralement, les
sciences , de la société.
La société est partout établie sur la science; c'est-à-
dire , sur ce quon sait. Voulez-vous changer, de fond
en comble, une société ? vous n'avez qu'à changer sa
science. Le développement de la société est donc la
conséquence invincible de celui des sciences ; la société
se perfectionne donc nécessairement avec les sciences.
A une époque donnée de la société , il ne serait pas
moins affreux de prétendre l'assujettir à certains gouver-
nemens, qu'il ne serait absurde, à une époque donnée
de la science, de prétendre l'asservir à certaines philo—
sophies. Ces gouvernemens et ces philosophies ont eu
leur tems ; d'autres s'élèvent qui ont aussi leur heure
marquée : les formes de l'esprit humain varient et se
modifient à l'infini ; l'esprit humain seul est immuable
et éternel.
Flourens , D.-M.
JY. B. Le recueil important dont on vient d'offrir l'analyse,
fait suite aux Eloges de Fontenelle, de Mairan, de Fouchv, de
Condorcet, et complète l'histoire des membres de l'Académie des
Sciences, depuis son établissement jusqu'à ce jour.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES.
Programme du Cours de Droit public, positif et
administratif , à la Faculté de Droit de Paris ,
pour Tannée 1819 — 1820*, par M. le baron de
Gé 11 an do (1).
Un cours nécessaire et entièrement nouveau a été
créé au sein de l'École de Droit de Paris. M. de Gé-
rando , qui occupe cette chaire importante, a publié,
sous le titre de Programme , son discours préliminaire
et le plan du cours. On y a joint un tableau synoptique
où ce plan est résumé par un étudiant, M. Epailly,
avec une exactitude et une précision qui ne laissent
rien à désirer. Lorsqu'un plan est bien rédigé, il est
impossible d'en faire l'analyse; car, il ne contient
que ce qui est nécessaire , et l'analyser ne serait que le
rendre incomplet. Nous renvoyons donc nos lecteurs à
l'ouvrage lui-même , et nous nous bornerons à pré-
senter des réflexions sur l'utilité de cet enseignement ,
avec quelques extraits que nous avons été à portée de
recueillir, et qui pourront faire apprécier la manière
dont il est traité.
Appelé depuis loug-tenis par les vœux des adminis-
trateurs éclairés , et généralement de tous ceux qui ont
médité sur l'état actuel du droit public et de l'admi-
nistration en France, le nouveau cours ne peut man-
quer de produire les plus heureux fruits, cl ses résul-
tats seront même par la suite beaucoup plus importans
qu'ils ne le paraissent au premier abord.
Cependant, cette partie du droit, professée seule-
(1) Paris, 1819. Brocli. in-8°. Prix, a fr. Soc. Baudouin frti
rue (1< \ tugirard, n° 36.
SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. 497
ment une année, et sous d'autres institutions, par
M. Portiez ( de l'Oise ), à la renaissance des écoles , avait
été depuis tellement négligée, qu'on pourrait peut-
être se taire un titre de cet abandon, pour contester
son utilité ; mais , il s'explique par la nature même de
la science du droit public et de l'administration. Elle
présente quelque chose de vague et d'indéfini qui ras-
sure l'ignorance ; et, comme on ne voit pas rigoureu-
sement ce qu'il faut pour former un habile publiciste,
ou un bon administrateur, l'amour-propre persuade à
chacun que l'instruction qu'il a acquise et les qualités
qu'il tient de la nature, sont les seules que réclame
l'exercice de ses fonctions.
« Il est surprenant , dit Blackstone , qu'il n'y ait au-
cun état dans la vie, aucune occupation , aucun art,
aucune science qui n'exige quelque méthode d'instruc-
tion, et que la législation , la plus noble et la plus diffi-
cile de toutes les sciences , soit la seule exceptée de cette
condition générale. »»
Depuis surtout que le rétablissement en France d'une
constitution libre a fait connaître à chaque citoyen
qu'il a des droits à défendre, une part du pouvoir à
exercer, la politique est devenue un objet d'intérêt gé-
néral pour les hommes de toutes les classes. Quel Fran-
çais pourrait regarder aujourd'hui l'étude des lois fon-
damentales du droit public, comme inutile, lorsque
chacun peut être appelé un jour à participer à la puis-
sance législative, soit médiatement comme éleclen r, soit
immédiatement comme député? L'état actuel de nos
institutions exigerait donc que cette étude fui plus que
jamais répandue. Mais, comment aurail-elle pu l'être,
lorsque, privé du secours de renseignement , chacun
devait s'instruire par ses propres efforts, dans cette
498 SCIENCES MORALES
branche importante , mais difficile, des connaissance»
humaines, où l'incertitude et la diversité des opinions
et des systèmes suffiraient pour rebuter, dès les pre-
miers pas, tous ceux que ne soutient point un véri-
table amour de la science?
Si de tels obstacles fermaient la carrière du droit pu-
blic , dont les principes généraux, discutés par tant
d'illustres écrivains, sont déposés dans notre Charte ,
que dirons-nous de la science administrative, où les
difficultés allaient jusqu'à en rendre l'étude à peu près
impossible?
Les anciens disaienlque l'onnaissaitpoete; enFrance,
jusqu'à présent, il fallait naître administrateur. Tan-
dis que des écoles spéciales, destinées à l'enseignement
des sciences exactes, voyaient naître dans leur sein une
nombreuse pépinière de savans et de guerriers ; tandis
que les Ecoles de Droit et de Médecine préparaient des
interprètes aux lois, et des sauveurs aux maux de
l'humanité, la seule école de l'administrateur était
l'administration même, et la pratique de ses fonctions
en était en même terùs l'étude préparatoire.
L'enseignement pratique peut présenter dans tout
autre cas de grands avantages; mais, il coûte trop
cher, lorsque c'est aux dépens des gouvernés que doi-
vent se former les gouvernails. Cependant, c'était jus-
qu'ici la meilleure et presque la seule méthode d'ins-
truction dont on pût faire usage, pour connaître l'esprit
et le texte de nos lois administrative. Ce n'est guère
que depuis trente ans qu'on a vu paraître quelques bons
ouvrages sur la théorie et les principes généraux do
l'administration; et , si les écrivains antérieurs s'en sont
occupés quelquefois, il faut chercher ces précieux frag-
Kiens dans ici traités du droit public, avec lequel le
ET POLITIQUES. 499
droit administratif avait été jusqu'alors confondu.
D'un autre côté , nous n'avons pas d'autre Code admi-
nistratif que le Bulletin des Lois : effrayant amas de
dispositions innombrables , qui tantôt s'abrogent et se
contredisent mutuellement, tantôt s'expliquent et se
développent les unes par les autres. Dans cet immense
recueil se trouvent confusément entassées , sans autre
ordre que celui des dates, les lois des divers gouver-
nemens qui se sont succédés, en France , depuis la
révolution, et même implicitement une grande partie
des anciennes lois du royaume, auxquelles se rattachent
les législations nouvelles; liant ainsi le régime passé k
celui qui est sorti de ses ruines, et la jurisprudence
que la révolution a renversée à celle qu'elle a produite.
On sent combien il était difficile pour l'administra-
teur de chercher, dans un pareil chaos, la lumière qui
devait éclairer ses décisions et ses actes. Il est vrai que
d'estimables auteurs ont entrepris , à plusieurs époques,
de classer les lois administratives par ordre de ma-
tières ; et leurs utiles travaux ont du moins préparé les
fondemens de l'édifice , s'ils n'ont pu l'élever. Mais ,
malheureusement , leurs écrits sont antérieurs à la
Charte, et, par conséquent, étrangers à la jurispru-
dence née de cette institution fondamentale , qui doit
être le principal but des études de nos jurisconsultes
et de nos publicistes. Deux ouvrages de M. Dupiu
ont paru , depuis cette époque ; mais, ils ne débrouil-
lent encore qu'une faible partie de notre législation.
Quant aux nombreux manuels composés pour l'usage
des diverses administrations , si leur forme est com-
mode dans la pratique, on ne peut nier qu'elle ne
soit très défectueuse pour la science , puisqu'elle se re-
fuse à l'exposé des principes généraux , aux rapproche-
mens souvent si utiles, et à la liaison des choses par
5oo SCIENCES MORALES
l'analogie. On peut donc dire qu'aucm ouvrage n'a
encore présenté l'ensemble de notre législation , en sé-
parant les lois maintenant en vigueur de celles que des
lois postérieures ont abrogées ; celles qui ont été main-
tenues par l'article 68 de la Charte, de celles qui ont
été abolies par le même article , comme contraires à
l'esprit de nos institutions.
La science de l'administration , si Ion pouvait jus-
qu'à présent l'appeler science, puisque personne ne
l'avait traitée sous ce point de vue ,• présentait donc
encore dans toutes ses parties beaucoup de confusion
et d'obscurité ; et l'administrateur mal éclairé sur ses
droits et sur ses devoirs, pouvait à peine suppléer, à
force de talens et de zèle, au défaut d'un enseignement
public du droit administratif.
Un tel état de choses aurait pu subsister indéfiniment
sous un gouvernement despotique où tout est aban-
donné à l'arbitraire du chef suprême et de ses agens ,
oii la loi n'est, pour ainsi dire, qu'un arbitraire perma-
nent, puisque toute son autorité peut lui être donnée
ou enlevée par la volonté d'un seul. Alors, les écarts de
l'administrateur sont peu importans ; les règles qui pré-
sident à ses actes étant inconnues du peuple , qui ne voit
que les effets sans pouvoir remonter aux causes , les
transgressions se dérobent aisément à travers l'obscu-
rité dont s'entoure le pouvoir; et, comme elles ne font
que substituer un arbitraire à un autre, on s'habitue à
les voir avec une sorte d'indifférence.
Mais, dans un Etat libre, sous une constitution re-
présentative, oii la franchise et l;i publicité sont de
l'e>senee du gouvernement ; oii la loi, \ ('niable expres-
sion de la volonté générale , est , en quelque sorte, saris
f^psse présente entre les gouvernails et les gouvernés,
ET POLITIQUES. 5oi
et leur fait entendre sa voix du haut d'une tribune in-
dépendante ; l'administrateur est sous le joug d'une
responsabilité continuelle : il n'agit plus dans l'ombre
et par des ressorts secrets ; il est placé sur un théâtre
où tous ses mouvemens sont suivis par mille regards
inquiets, prêts à observer ses moindres erreurs. Il est
vrai que chaque agent du gouvernement n'est pas forcé
d'interpréter les lois par lui-même , et peut toujours
s'adresser à l'autorité supérieure pour en obtenir des
instructions. Mais, ce recours, rarement obligatoire,
est souvent impossible; car, il se présente à chaque
instant des cas urgens ou l'employé subalterne doit se
conduire d'après ses propres lumières ; sans quoi il n'y
aurait d'administration quedans la capitale , et la force
du gouvernement , concentrée sur un seul point, dé-
croîtrait en raison des distances, et deviendrait nulle
aux extrémités du royaume. Aussi, combien le Conseil-
d'Etat n'a-t-il pas cassé d'actes illégaux, par lesquels
clés fonctionnaires publics , non contens de dépasser les
bornes de leurs attributions, se mettaient même en
contradiction avec les lois existantes , faute sans doute
de les connaître?
Il est donc indispensable, sous un gouvernement
constitutionnel , que la connaissance du droit public et
administratif soit aussi répandue, que le permettent la
nature des choses et la différence des conditions. Cette
connaissance est nécessaire à l'administrateur, qui ne
doit plus mettre sa volonté ou même sa conviction à la
place des lois , mais s'attacher tellement à la lettre et à
l'esprit de leurs dispositions , que la loi désormais soit
inséparable de ses organes ; elle est nécessaire aux man-
dataires de la nation, qui ne peuvent abroger ou réfor-
mer les anciennes lois sans les bien connaître, ni eu créer
5oî SCIENCES MORALES
de nouvelles sans s'être pénétrés des grands principes
du droit public , sur lesquels toutes les législations sont
fondées, et qui se trouvant, en quelque sorte, établis
juges entre l'administration et les citoyens par le droit
de pétition , ont besoin d'étudier les droits et les devoirs
de ceux dont ils sont les arbitres ; elle est , enfin , né-
cessaire aux simples citoyens eux-mêmes , qui ne doi-
vent plus désormais une obéissance passive à des or-
dres arbitraires et secrets , mais auxquels la loi seule a
droit de commander, et qui n'obéissent qu'à elle en
se soumettant aux autorités , organes et instrumens de
sa puissance.
Un cours de droit public et administratif était donc
la conséquence naturelle et , pour ainsi dire, le com-
plément de nos institutions. En effet , partout oii le
gouvernement représentatif s'est établi , la nécessité a
bientôt donné naissance a des cours de ce genre. L'An-
gleterre,qui a joui long-tems avant nous des bienfails
de ce système , a vu s'élever , dès 1761 , dans l'univer-
sité d'Oxford , une chaire de droit public et civil , illus-
trée , dès son origine, par les travaux du Montesquieu
anglais, du savant et judicieux Blackstone.
Celle qui vient d'être créée au sein de la Faculté de
Tiroit de Paris, n'a pas moins à espérer du zèle ardent
et du mérite reconnu du professeur qui l'occupe au-
jourd'hui pour la première fois. L'influence de cette
utile institution dépendait, en grande partie, du choix
de celui qui devait être appelé à la développer; il fal-
lait , dans un enseignement de ce genre , un homme qui
joignit la pratique à l'étude, l'expérience à la théorie,
et qui , pour tirer en quelq ne sorte du néant une science
toute nouvelle , fût animé de ce courage infatigable que
peut seul donner l'amour sincère du bien et de la
ET POLITIQUES. 5o*
vérité. Il était impossible de trouver ces conditions
mieux réunies que dans M. de Gérando ; personne sur-
tout n'eût pu porter à ses jeunes auditeurs un intérêt
plus vif, plus affectueux, ni prodiguer des soins plus
paternels à ceux dans lesquels il distingue quelque
amour pour le travail.
Aussi, malgré la fermentation qui, depuis quelque
tems , s'est parfois manifestée dans les écoles, un cours
consacré aux matières les plus délicates de renseigne-
ment n'a pas donné lieu à la moindre agitation. Le ca-
ractère personnel du professeur a rendu ses opinions
respectables, et le souvenir de sa conduite a donné plus
de force à ses paroles. Ainsi s'est trouvée justifiée cette
noble confiance avec laquelle il disait dans son discours
préliminaire :
« Quand nous parlons de difficultés , nous ne faisons
pas allusion à celles que pourraient faire craindre, au
premier coup-d'œil , la nature délicate de certaines
questions, et leurs rapports plus ou moins éloignés avec
les intérêts de passions diverses; nous le déclarons d'a-
vance, ces difficultés n'existeront pas pour nous. Ce
n'est ni à l'art , ni à l'habileté , ni au talent que nous
nous confions pour les éviter ; nous nous confions , pour
en être libres et affranchis , à la seule droiture conscien-
cieuse , à une sincérité scrupuleuse , à une constante
franchise, à la simplicité même qu'inspire l'amour du
juste et du vrai; nous osons le dire, nous nous con-
fions à notre propre caractère , et , dans le développe-
ment des lois existantes , unique sujet qui nous appar-
tienne , vous trouverez toujours en nous , et le magis-
trat intègre , et le bon citoyen, fidèle à tous les ordres
de devoirs. »
Dans une matière encore neuve et très étendue , on
tome yi. 35
5o4 SCIENCES MORALES
ne pouvait espérer d'élever , du premier coup , l'édifice
de la science dont les matériaux n'étaient pas même
rassemblés. Aussi M. de Gérando s'est-il proposé , selon
ses propres expressions, de donner, non des études
toutes laites , mais de bons instrumens pour les faire.
Nous aurions voulu le suivre dans la carrière qu'il s'est
ouverte lui-même , expliquer les motifs qui l'ont déter-
miné à commencer son cours par l'histoire de l'ancien
droit public de la France, montrer le point de vue sous
lequel il a considéré la Charte , et la définition entière-
ment neuve qu'il a donnée de la loi ; mais nous nous
contenterons d'offrir à nos lecteurs un extrait som-
maire des trois premières séances du cours. Elles
en contiennent, pour ainsi dire , toute la philosophie,
et l'on y verra , sans doute, avec plaisir , une définition
du j)om>oir discrétionnaire et du pouvoir arbitraire ,
dans un moment où les limites de ces deux pouvoirs
sont devenues , dans les deux Chambres , le sujet de lon-
gues discussions.
Extrait de l 'introduction phi lo a o phi que du Cour*.
La première question qui se présente dans la matière
tout-à-fait neuve que nous avons à traiter , est celle-ci:
Le droit public et administratif peut-il être une
science? Cette question n'a jamais été mise en doute
pour le droit public , dont les plus savans juriscon-
sultes ont toujours fait le principal objet de leurs mé-
ditations et de leurs travaux. Quant au droit adminis-
tratif , elle se réduit à une simple question de mots ;
car la dénomination seule est nouvel le. La science a
été h ailée par tous ceux qui ont écrit sur le droit pu-
blie ; mais ils l'ont confondue dans <e droit, et nen
ont pas fait l'objet d'une étude séparée.
ET POLITIQUES. 5o5
Cependant, On s'obstine encore à ne voir dans l'ad-
ministration qu'un art, parce que , dit-on, cette pré-
tendue science ne consiste que dans l'action.
Oui , sans doute : s'il ne fallait qu'exécuter promp-
tement et avec exactitude les ordres de l'autorité supé-
rieure, sans en connaître les motifs ; s'il ne s'agissait
que de maintenir et d'accroître le pouvoir, et non de
procurer à la société la plus grande somme de bonheur
possible; si l'on faisait un mystère des ressorts du gou-
vernement comme des procédés d'une fabrique ; alors
l'administration ne serait qu'un art, et c'est ainsi que
Machiavel l'a considérée. Mais , dans ce cas même , elle
serait encore susceptible de devenir une science :,car
tout art est subordonné à une théorie scientifique qui
éclaire la pratique et la perfectionne ; sinon, il ne serait
qu'un métier.
La science de l'administration est le système des de-
voirs de la société envers tous et chacun de ses mem-
bres, et de ces membres eux-mêmes envers la société.
Son but est d'allier l'honnête à l'utile , etd'établirl'or-
dre et la paix , en prenant la loi pour règle , et l'équité
pour moyen. Elle ne doit pas être un mystère; car,
si le secret est souvent nécessaire à l'action du gouver-
nement, les principes de cette action doivent toujours
être connus : eux seuls assurent la sécurité du citoyen,
en lui montrant ses droits, et celle du magistrat, en
éclairant l'opinion publique qui le juge.
C'est ainsi que la science administrative a été consi-
dérée par Kacon, Fleurv, d'Aguesseau , Domat , qui
l'ont tous comprise dans le droit public. Mais , si elle
est véritablement une science, comment cette science
peut-elle être constituée?
Un recueil de faits n'est point une science ; c'est tout
35*
5o6 SCIENCES MORALES
au plus une nomenclature. Une théorie entièrement
abstraite n'est pas non plus une science. La science
n'existe, que lorsque les faits ont été généralisés et qu'on
en a déduit des principes applicables à la pratique;
lorsqu'enfin la pratique et la théorie , unies par un lien
indissoluble , s'éclairent et se perfectionnent mutuelle-
ment.
La science du droit public et administratif ne doit
donc point chercher l'idéal de la meilleure législation
possible , et s'élever aux théories qui établissent le prin-
cipe des gouvernemens; elle prend les lois existantes
comme un point de départ, sans en dissimuler les im-
perfections ou les lacunes. C'est ainsi qu'elle évite de
nombreux , écueils et qu'elle voit dans ses limites même
unecause de sécurité, sans renoncer aux améliorations
qu'elle prépare , en éclairant les rapports et l'état pré-
sent des choses.
Ce qui constitue partout une science , ce sont les rap-
ports qni la lient aux autres sciences déjà formées. Or,
(ruels liens plus étroits que ceux qui rattachent la science
du droit public et administratif à la jurisprudence gé-
nérale? Elle emprunte à l'histoire des matériaux, des
exemplec , des leçons, <les vues aussi nombreuses que
fécondes , et elle-même , à son tour, explique l'histoire ,
comme la pensée explique l'homme. Elle met à con-
tribution l'économie politique et la statistique qui en
est un.» annexe, non-seulement afin de pénétrer dans
l'élude des finances qui sont devenues aujourd'hui un
ressort puissant et nécessaire de l'art du gouvernement,
et un objet essentiel dans l'exercice des prérogatives
nationales , mais encore pour guider l'action de l'au-
torité» dans tout ce qui touche aux sources de la pros-
périté des États. Enfin , elle trouve un utile auxiliaire
ET BOUTIQUES. 5o7
dans la saine philosophie , qui n'est autre chose que la
recherche du vrai et du bien, et à laquelle on ne niera
pas qu'elle ne soit au moins redevable du perfection-
nement de ses méthodes et des secours qu'elle lire des
lumières de la morale publique.
Mais , dira-t-on , comment peut-on jamais appeler
science un assemblage de règles qui varient à chaque
instant suivant les hommes et les circonstances? C'est
précisément la multiplicité de ces variations qui exige
des principes plus positifs et mieux établis. La diversité
des effets ne détruit point l'unité dans les causes. Quoi
de plus ^variable que les phénomènes de la nature?
quoi de plus constant que les lois qui les gouvernent?
De même, si les règles des détails de l'administration
peuvent changer , les règles de l'équité , source et fon^
dément de toutes les autres , sont immuables.
« En vain, dit M. de Gérando, voudrait -on ne
voir dans la conduite des affaires publiques qu'une
chose matérielle ; • c'est ne voir que les dehors. La
connaissance des hommes est le premier secret de
ce grand art. On n'administre pas en expédiant des
signatures ; on administre surtout à l'aide de cette
saine logique qui fait vivre les principes dans la pra-
tique journalière , à l'aide de ces inspirations de la
vertu qui consacrent l'équité et révèlent le bien pu-
blic; on administre, enfin , avec deux grands moyens,
la raison et la conscience. »
Le droit administratif est l'ensemble des devoirs de
l'administration et des droits qui lui sont confiés pour
l'accomplissement de ses devoirs.
Les principes de ce droit sont de deux sortes : les uns
relatifs, qui sont adaptés aux teins, aux lieux, aux
circonstances ; ce sont les dispositions législatives : les
5ô8 SCIENCES MORALES
autres absolus et immuables ; ce sont les règles de l'é-
quité.
On peut, en analysant ces principes , établir trois
sources du droit administratif. La première est dans
les lois, qui imposent un devoir positif à l'administra-
tion et règlent d'avance tous ses actes, en lui traçant
nue marche dont elle ne peut s'écarter. La seconde est
dans la latitude accordée à l'administration, dans l'es-
prit de la loi , pour les cas que la loi n'a pu prévoir.
Mais, alors même que l'administration semble agir
de sa propre autorité, n'obéir qu'à sa propre impul-
sion , on ne peut dire qu'elle crée les obligations im-
posées aux citoyens. La source de tous leurs devoirs est
dans la loi, dont l'administration n'est que l'organe,
soit qu'elle doive l'exécuter littéralement, soit qu'elle
use pour agir par elle-même des pouvoirs que la loi lui
confie.
Cette latitude , laissée à l'administration , est ce qu'on
appelle le pouvoir discrétionnaire , long-tems con-
fondu avec l'arbitraire dont il n'a été distingue que
dans ces derniers tems par une nouvelle dénomination.
Cependant , il y a entre eux une différence essentielle.
L'acte arbitraire est celui qui a lieu sans avoir égard
aux règles établies. L'acte discrétionnaire est celui qui
a lieu sans règles, dans les matières (|ui n'en comportent
pas, el en vertu d'une autorisation expresse, quoique
générale, donnée à cet effet.
Ainsi , Ton ne peut qualifier un acte d'arbitraire que
lorsqu'il a eu lieu , puisqu'avant l'on ne peut savoir s'il
sera conforme ou non aux règles établies ; tandis qu'on
peut prévoir d'avance que les acles des magistrats se-
ront discrétionnaires dans tous les cas que la loi livre à
leur arbitre.
ET POLITIQUES. 5o9
Mais le pouvoir discrétionnaire sans limites devien-
drait arbitraire ; car, si la loi ne peut pas toujours
prévoir ce que l'administration doit faire , il doit au
moins exister des règles qui fixent avec plus ou moins
d'étendue ce qu'elle ne doit pas faire. Les limites sont :
le droit naturel , la foi des contrats , l'autorité de la
chose jugée , les attributions des tribunaux. De-là, une
troisième source du droit administratif qui constitue les
droits et les garanties des citoyens, comme les deu\
premières déterminaient leurs devoirs.
On pourrait aussi en trouver une quatrième dans les
obligations et la responsabilité des agens du gouverne-
ment. Mais, comme elles ne sont qu'une conséquence et
une sanction des trois autres, nous n'en parlerons pas
ici.
Des rapports bien plus irnportans existent entre l'ad-
ministration et les tribunaux : c'est elle qui les sou-
tient, les protège, donne, pour ainsi dire, une réalité
effective à leur autorité ; et cependant, elle les recon-
naît souvent comme une puissance supérieure , à la re-
vision de laquelle ses actes sont assujettis. Au reste , il
faut bien observer que l'administration n'est soumise
à la juridiction des tribunaux civils , que dans les cas
où la loi fixe d'avance^ses droits et ses devoirs , et oii il
ne lui reste qu'à l'appliquer ; mais , toutes les fois
qu'elle exerce un pouvoir discrétionnaire, elle ne doit
compte de ses actes qu'à elle-même.
D'après tout ce que nous venons de dire, il esl ais<
de voir que le droit administratif ne peut exister , dans
sa vraie et entière acception , que sous un gouvernement
constitutionnel; c'est-à-dire, appuyé sur un système
de garanties. L'arbitraire ne comporte point de droit
5iô SCIENCES MORALES
il n'admet que le fait : l'administration arbitraire n'est
point une science ; c'est tout au plus un art.
D'ailleurs , il n'est pas étonnant qu'on ait long-tems
confondu le droit administratif et le droit public , dans
une seule et même science ; car leurs rapports sont si
intimes , qu'il est presque impossible de les séparer en-
tièrement dans la théorie. On ne peut mieux prouver
cette proposition , que par des exemples : c'est le droit
public qui déclare que nul ne peut être dépouillé de
sa propriété, que pour caused'utilité générale et moyen-
nant une juste indemnité ; c'est le droit administratif
qui détermine les cas et les formes de l'expropriation.
Un navire est-il capturé par un armateur? le droit
public , en vertu des droits de la guerre , en ad-
juge la propriété à celui qui l'a pris ; le droit admi-
nistratif fixe les caractères qui distinguent le corsaire
du pirate, et établit une juridiction particulière pour
ce genre d'intérêts privés. Ces deux droits se prêtent
donc sans cesse un secours mutuel , et presque toutes
les grandes questions du droit administratif se résol-
vent dans le droit public, comme, d'un autre côté,
presque tous les principes du droit public reçoivent leur
application du droit administratif. Aussi l'histoire nous
otfre-t-elle de nombreux exemples de l'influence réci-
proque des institutions politiqi^?s et administratives ,
et aucune branche de ces institutions ne peut naître,
disparaître ou s'élever, sans influer sur toutes les au-
tres.
Dans un régime constitutionnel, l'administration et
le droit public ont. chacun un but déterminé , et se ba-
lancent sans se nuire. L'administration exerce envers
les particuliers les dr )its de la Société. Les intérêts pri-
es trouvent leur garantie dans le droit public, soit
ET POLITIQUES. 5n
par des institutions locales , soit par des institutions
générales établies près du trône. L'autorité royale .
élevée au-dessus de ces deux pouvoirs , protège à la fois
tous les droits et tous les intérêts.
Nous avons considéré la science administrative, dans
ses rapports avec le droit public ; il nous reste à étudier
ceux qui la lient à la jurisprudence administrative, ou.
en d'autres termes , les rapports de l'administration
proprement dite , avec ce que l'on a nommé le conten-
tieux.
En effet, quoique l'administration soit une dans son
essence , elle se partage, dans la pratique, en deux
corps, dont l'un exerce son contrôle sur l'autre,, et
lui demande à son tour les renseignemens dont il a
besoin. De-là , une distinction entre la jurisprudence
administrative , qui est l'ensemble des règles de la jus-
tice envers chacun et envers tous , et la science admi-
nistrative , qui est la science des faits.
Ces deux branches d'une même science ont été regar-
dées , par quelques auteurs, comme devant être en-
tièrement séparées ; parce que, disent-ils, la jurispru-
dence juge les actes de l'administration. Mais ils n'ont
pas fait attention que l'administration n'est point un
être à part , qu'elle n'a pas d'existence par elle-même ,
qu'elle n'est enfin que l'organe et le mandataire de la
société. Or, si la société a des droits à exercer envers
ses membres, elle a aussi des devoirs à remplir, qui
sont la source de ses droits. L'administration exerce
les droits de la société , et remplit ses devoirs; la juris-
prudence détermine l'étendue des uns et des autres;
mais elle ne peut y parvenir, sans connaître les besoins
de la Société et les moyens d'y pourvoir ; et ces con-
naissances indispensables, il faut les chercher dans la
5ift SCIENCES MORALES
science administrative, qui seule en recueille et en cons-
tate les élémens. Ainsi, ces deux sciences ne peuvent
pas plus être séparées , que la physiologie et la méde-
cine, dont l'une indique à l'autre les faits qui doivent
la diriger dans l'application de ses principes.
L'administration est contentieuse , toutes les fois
qu'elle se rencontre avec des droits privés, ou même
avec de simples espérances qui sont des commencemeus
de droits. Dans ce cas où l'intérêt de la société est en
concurrence avec celui d'un de ses membres , il faut
examiner si ce que la société demande, est ou néces-
saire à sa conservation , ou plus ou moins utile , ou
seulement convenable. Ce sont ces questions que la ju-
risprudence décide, d'après les principes de l'équité et
les documens que lui fournit la science administrative.
Elle a donc sans cesse besoin d'être éclairée par cette
science, et toutes deux, unies d'un lien indissoluble,
concourent au même but, le bien de la société. En
effet, lors même que l'administration parai! dans une
contestation , comme partie intéressée , elle ne fait que
défendre des intérêts généraux, et collectifs, contre
des intérêts privés; car, nous le répétons, elle n'a
point de droits par elle-même, et ceux qu'elle peut
exercer contre les membres du corps social , naissent
uniquement de ses devoirs envers la société toute en-
tière.
On peut juger, par ces fragmens, de ce qu'on ■ droit
d'attendre d'un cours rédigé dans nu Ici espril , et ou
• les seutimens aussi nobles s'allient à des aper< ni aussi
justes et aussi profonds.
.Il I ! s D1 P . .
ET POLITIQUES. 5i3
VWVWW^WVWVVWWVWVvAA www wvvwvw
Les Cours du Noud, ou Mémoires originaux sur les
souverains de la Suède et du Danetnarcïc , de-
puis ij66: traduits de V anglais de John Brown ,
pari. Cohen, avec deux vues et six portraits (i).
Les deux titres que nous venons de copier, nous sem-
blent mal choisis : l'ouvrage est bien loin de tenir tout
ce qu'ils promettent. D'abord , par les coursYlu nord,
on n'entend pas exclusivement celles de Copenhague et
de Stockholm; on y comprend aussi la cour de Saint-
Pétersbourg, et néanmoins, dans tout le cours de l'ou-
vrage, il n'eu est question qu'autant que cela est în-
dispensablemenl nécessaire pour faire connaître les
intrigues diplomatiques des gouvernemens de Dane-
marck et de Suède. Ensuite, les faits qui concernent
le Danemarck n'embrassent qu'une époque de six^n-
nées ; c'est-à-dire, l'histoire de l'élévation du comte
de Struensée , qui commença en 17G6, et de sa chute
qui eut lieu êr\ 1772; de sorte qu'il y a entre nous et
cette époque presque un demi-siècle, sur lequel on ne
nous apprend absolument rien.
Ce n'est pas tout : nous devons plaindre l'auteur,
qui a eu la faiblesse d'adopter, comme Mémoires pour
servir à l'histoire , un roman dont le fond et plusieurs
détails sont vrais, mais sur lequel on a brodé une foule
d'absurdités, de mensonges et de calomnies, fl faut
que M. Brown ait été indignement trompé par celui
qui lui a fourni les matériaux du premier volume;
(1) Taris, 1820. 3 vol. in-8°. Premier volume, 36a |>a^. Second
volume, 3^9 pag. Troisième volume , [?5 pag. Arlluis-lîei Irand,
Mb. y rue llautefeuille, no 23. Prix, 21 IV.
5t4 SCIENCES MORALES
car, après avoir lu les deux autres, il nous est impos-
sible de croire qu'il ait voulu en imposer à ses lecteurs.
L'ouvrage se compose donc de deux parties très dis-
tinctes : l'une formant le premier volume, ou les Mé-
moires sur la cour de Dancmarck , que nous ne sau-
rions assez blâmer; l'autre, à laquelle nous ne pou-
vons donner assez d'éloges , remplie de matériaux pour
V Histoire de Suède. Ces derniers sont, à notre avis, et
si nous exceptons un petit nombre d'erreurs, très inté-
ressans, et d'une grande exactitude ; on voit bien que
l'auteur a recueilli ses renseignemens sur les lieux, et
dans le pays dont il retrace une célèbre époque histo-
rique. Nous allons motiver nos critiques et nos louanges.
L'auteur anglais prétend (i) que les Mémoires qui
composent son premier volume « ont été extraits et tra-
duits d'un manuscrit danois trouvé à bord du vaisseau
marchand des Etats-Unis , la Clyde , capitaine Alcorn ,
chargé de denrées coloniales françaises et hollandaises,
qui , étant parti de New- York pour se rendre à Ams-
terdam , fut arrêté près du Start par le brick de guerre
le Dapjyer, lieutenant Gardner , et envoyé dans le
port de Plymouth en février 1807. »
Quoique l'auteur (2) ajoute une pleine foi îx tous les
détails contenus dans ce prétendu manuscrit danois,
en exceptant seulement deux faits, sur lesquels nous
partageons jusqu'à un certain point son incrédulité,
nous sommes convaincus que ces mémoires n'ont pas
été écrits par un auteur danois, mais qu'ils sont pro-
bablement l'ouvrage d'un compilateur élraugnr, qui se
sera approprié indistinctement tout ce qui se trouvait
(1) Tom. I , pag. 281.
(2) Tom. I , pag. i\o.
ET POLITIQUES. 5i5
de vrai et de faux dans une multitude de brochures et
de libelles diffamatoires , publiés immédiatement après
la catastrophe de la malheureuse reine Mathilde.
Nous ne fondons pas notre conviction sur les men-
songes et les atroces calomnies dont ces Mémoires four-
millent, et dont un auteur danois aurait pu se rendre
coupable aussi bien qu'un Anglais ou un Allemand ;
mais nous regardons comme une preuve incontestable
de notre assertion, l'ignorance grossière qu'on remar-
que à chaque page. On y rencontre plusieurs anachro-
nisme» ; presque tous les noms propres sont défigurés ;
de deux familles des plus distinguées et de la plus haute
noblesse, l'auteur n'en fait qu'une seule; il arrange,
au gré de son imagination , la géographie du pays ; on
voit même qu'il en ignore la langue. Il est permis à
un étranger de se tromper sur tous ces points; mais
l'gnorance est inexcusable de la part d'un auteur danois,
qui se propose d'écrire l'histoire contemporaine de son
pays. Nous allons choisir entre nos preuves un petit nom-
bre d'erreurs grossières, qui feront voir que M. Brown
s'est montré un peu trop crédule.
L'auteur danois place la grande influence politique
du ministre Guldberg à une époque où cet homme
n'était que professeur à l'Université de Soroe (i). En
parlant du comte de Rantzau , il dit (2) « que ce sei-
gneur mettait si peu de prix à l'argent, qu'étant colo-
nel d'un régiment, quand il voulait allumer sa pipe,
s'il n'avait pas d'autre papier sous la main, il se ser-
vait de billets de la banque de Daneinarck , de dix , de
vingt ou de trente écus. » Sans nous arrêter à l'absur-
(1) Tom. I, pag. i3.
(■j)Tom. 1, pag. 73.
5i6 SCIENCES MORALES
dite de cette anecdote, nous observerons seulement
qu'un auteur danois n'aurait pu parler ni de billets de
trente éeus qui n'ont jamais existé , ni de ceux de vingt,
qui n'ont été introduits que; momentanément et long-
tems après la mort du comte de Hautzau. 11 y a là non-
seulement anachronisme, mais ignorance impardon-
donnable , puisqu'il s'agit d'un pavs ou , depuis environ
un demi-siècle , le plus petit commerce ne se Tait qu'avec
des billets de banque.
Nous .'non. dit que presque tous les noms propres
sont défigurés. Ainsi , le prétendu Danois parle souvent
des comtes de Molckle et de Holcke , au lieu de Mollkc
et de IJolck; mais , ce qui est encore plus remarquable,
il nomme plus de trente fois un comte ScJuick-Raritzan ,
famille qui n'a jamais existé en Danemarck. Le fait est
que , de deux familles bien connues, il en fait une ab-
solument inconnue. Ces deux familles sdBrf celles du
comte Rantzau dy Ascheberg et du comte Schack~R(dh-
lau. Le premier a bien joué à peu près le rôle que l'au-
teur lui attribue, en exceptant toutefois le bout de
roman, à la manière d'Auguste Lafontaine, cousu à
la fin de son histoire. Le second était président de
la commission nommée pour juger les comtes de
Sfruensée et de Lraudt. On prétend que ce seigneur,
•prévoyant qu'il deviendrait impossible de prononcer
la condamnation du comte da Straen^se, h moins
(j> «mi ne put déterminer la reine Matbilde à faire cer-
tains aveux , a\ai! rédigé MM déclaration qu il soumit
à la reine, en lui assurant que sa signature apposée à
celte pièce serait le seul moven <i<' «...i.xrr le comte. La
r ine , trop crédule, u'hé.sita point ; elle prit la plume
pour signer; mail à peine avait-elle écrit les cinq pre-
mières lettres de son nom, que , jetant par hasard ses
ET POLITIQUES. 5i3
yeux sur la figure du président, où elle crut voir bril-
ler une joie féroce , elle tomba évanouie. Alors, M. de
Schack-Rathlau acheva la signature de sa propre main.
Nous n'osons pas garantir l'authenticité de cette anec-
dote ; mais, il est certain qu'elle a été et qu'elle est
encore généralement accréditée. Huit ou dix ans après
la catastrophe de Struensée, lorsque le comte Schack
Rathlau fut enfin disgracié et obligé de se retirer dan>
ses terres, l'auteur de cet article l'a vu traverser une
petite ville de Sélande , aux acclamations peu flatteuses
<Yun peuple qui partageait la prévention publique
contre lui.
Le soi-disant Danois ne connaît pas la géographie
de son pays. En parlant du départ du comte de Rant-
zau de la capitale, il dit (i) : « Le capitaine, ayant
couru une bordée qui le rapprochait de Copenhague,
se trouve précisément en face du lieu où étaient expo-
sés les restes de Struensée et de Brandt. A cette vue , le
comte tressaillit, ses traits marquèrent la surprise et
l'horreur, etc. >» Quiconque connaît un peu les localités,
et sait que les restes des deux comtes suppliciés furent
exposés à un endroit très éloigné de celui où le sup-
plice eut lieu , reconnaîtra facilement l'impossibilité
physique du fait que nous venons de citer. Cependant,
cette faute n'est que très légère, si on la compare avec
l'itinéraire du comte pour retourner dans ses terres (2).
On n'a qu'à jeter un coup-d'œil sur une carte géogra-
phique , pour s'assurer que cet itinéraire ressemble par-
faitement à celui d'un habitant du Havre, qui devanl
aller dans la ïouraine, irait d'abord par mer à Calais,
(i) Toqi. I, pag. 181.
(a) Tom. I , pag. i8i et suivantes
5i8 SCIENCES MORALES
où il s'embarquerait pour Nantes , afin d'y prendre
la poste et d'aller à Tours.
Enfin , nous avons dit que l'auteur ne sait pas la lan-
gue de son pays, et nous le prouverons, en appelant
l'attention du lecteur sur trois mots prétendus danois ,
et qui sont hollandais (i).
Le manuscrit danois renferme , ainsi que nous l'avons
déjà remarqué, beaucoup de mensonges et de calom-
nies. Il y en a qu'il serait impossible de réfuter, sans
entrer dans des discussions dégoûtantes , et sans blesser
la décence , comme l'auteur l'a fait quelquefois. Nous
aimons mieux nous arrêter à quelques assertions, dont
le fond est vrai , et qui ne sont devenues calomnieuses
que par l'exagération du Pseudo-Danois.
Cet anonyme nous fait un portrait hideux du prince
Frédéric , oncle du roi actuellement régnant et fils de
la reine Julie-Marie. Ce prince était , a peu près , ce
qu'on appelle un imbécille , et sa difformité physique
était un peu remarquable, mais nullement désagréa-
ble à la vue. Notre auteur est le premier qui lui ait
attribué cette perversité et cette méchanceté de cœur,
qui en auraient fait un monstre en morale , comme il
veut qu'il l'ait été physiquement.
Quant à la reine Julie-Marie,, nous éviterons d'en-
treprendre sa défense, quoique bien convaincus que
r.iuteur a chargé son acte d'accusation de plusieurs
faits atroces , dont elle est complètement innocente.
Certes , cette reine n'était pal d'un caractère aimable ;
mais , eùt-elle été un modèle de vertus , elle aurait en-
core eu de la peine à se faire aimer , puisqu'elle succéda
, i ) Tom. I, pag. i j et 1 1 1
ET POLITIQUES. 5 19
k la reine Louise , princesse d'Angleterre , dont le nom
est encore aujourd'hui en vénération dans le pays.
Nous croyons bien que la reine Julie-Marie avait
formé le vœu, peut-être même le projet , de faire passer
la couronne sur la tête de son propre fils , le prince
Frédéric. Nous croyons aussi que le comte de Holck a
été entre ses mains un instrument docile , pour cor-
rompre les mœurs du jeune roi Christian VII (1) ; mais
il nous répugne d'ajouter foi aux autres horreurs dont
on l'accuse. Nous n'avons jamais entendu parler des
projets d'assassinat que lui attribue notre auteur , et
par le moyen desquels elle aurait voulu parvenir à son
but ; mais nous savons que le bruit public l'a souvent
accusée d'avoir administré au roi des drogues, qui ,
en détruisant ses facultés physiques et in'.ellectuelles ,
devaient le conduire lentement à une mort certaine.
Ce bruit, assez généralement accrédité, aurait acquis
un surcroît de force , s'il était vrai qu'après sa mort
on eût trouvé, parmi les meubles de la reine, plusieurs
fioles remplies d'aqua tophana.
Sans allonger le catalogue des erreurs commises par
notre auteur , nous nous bornerons à observer qu'il a
tort , lorsqu'il nous représente Christian VII comme
tombé en démence. L'état moral de ce prince était une
espèce d'aliénation mentale, qui ne Je rendait nulle-
ment dangereux, et dont les effets n'étaient que des
espiègleries innocentes ; elle lui laissait , d'ailleurs , un
grand nombre d'intervalles lucides. Son fils , le roi ac-
(1) L'autour l'appelle toujours Christian fil. Puisqu'il pré-
tend être i)an<>is, il doit savoir que c'est le malheureux souverain
détrôné qui seul portait ce nom , et que tous les autres ont cons-
tamment signé Christian.
TOME VI. 36
5ao SCIENCES MORALES
tuellement régnant, n'était pas, comme le prétend
notre auteur , régent du royaume : ce titre n'a
jamais été connu en Danemarck ; il était plutôt, si
l'on veut , le premier ministre de son père , dont la
signature était abolument nécessaire pour rendre obli-
gatoires toutes les lois et les autres actes de souverai-
neté, et qui a souvent refusé d'approuver les rapports
de son Conseil d'État ; quelquefois il motivait ses refus
d'une manière fort plaisante. C'est ainsi qu'un jour,
lorsqu'au conseil on soumit à sa signature un règle-
ment qu'il n'approuvait pas, mais qui plaisait beau-
coup au prince royal son fils , il écrivit au bas ces mots :
Ajourné au règne de Frédéric VI.
Christian VII avait naturellement beaucoup d'es-
prit ; on connaît de lui un grand nombre de réparties
extrêmement fines , mais presque toujours empreinte-
d'une teinte légère de satire. M. Cohen, traducteur
de cet ouvrage, en a recueilli quelques-unes extraites
des Mémoires de Bachaumont (i). Nous croyons devoir
en citer deux qui sont peu connues.
Pendant son voyage , étant à La Haye , un matin son
vaiet-de-chambre lui annonça un Allemand qui de-
mandait une audience. Admis dans le cabinet du roi ,
l'étranger déroula une énorme feuille de papier, en
demandant à Sa Majesté la permission de lui soumettre
une table généalogique, qui prouverait jusqu'à l'évi-
dence qu'il descendait en ligne directe de la maison
d'Oldenbourg, et que, par conséquent, il avait l'hon-
neur d'être parent des rois de Danemarck. Le roi fil
approcher une table; et, ayant examiné la généalogie
dans le plus grand détail , il lui dit , en le frappant Jé-
(i) Tom. I, nag. agget suivantes.
ET POLITIQUES. 5a i
gèrement sur l'épaule : C e>t fort bien, mon cher cou-
sin; je vois que vous avez raison ; mais , je vous prie ,
faites comme moi : je voyage incognito. L'Allemand ,
qui s'attendait à un cadeau, prit tristement congé du
roi, qui, le lendemain, lui envoya un rouleau de
ducats pour le consoler.
En 1 780 ou environ , le roi de Suède , Gusta ve III , se
trouvant en Scanie , fit un voyage à Copenhague pour
voir le roi de Danemarck. Ces deux monarques ne
s'étaient jamais rencontrés depuis leur première en-
fance. Assis à table à côté du roi Christian , Gustave lui
dit : Mon frère , vous êtes devenu bien grand depuis la
dernière fois que je vous ai vu. — Oui, répondit Chris-
tian ; et vous , mon frère, vous vous êtes bien agrandi. Il
faisait allusion à la révolution de 1772, par laquelle
Gustave avait usurpé la souveraineté absolue.
Abandonnons maintenant l'informe compilation qui
compose le premier volume, pour nous occuper des
deux autres. Ils méritent beaucoup plus de fixer l'at-
tention des lecteurs qui cherchent la vérité dans l'his-
toire.
Nous avions voulu passer sous silence les détails
scandaleux et l'histoire secrète de la naissance de
Gustave IV; mais, puisque l'auteur y revient souvent
et avec une sorte de complaisance ; puisque ces détails
ont même trouvé place, on ne sait trop pourquoi,
dans le premier volume, qui devait uniquement con-
cerner la cour de Danemarck, nous observerons qu'il
importe plus encore de connaître la manière dont ce
roi a exercé l'autorité, que de savoir s'il est le fils de
Gustave III ou d'un grand-écuyer du roi de Suède.
Attendons, pour porter notre jugement, que le teins
nous ait fourni des preuves autres qu'un bruit public.
36*
5a3 SCLEJNCES MORALES
généralement accrédité , qui donne pour père à Gus-
tave IV, M. Munck (c'est ainsi qu'il s'appelle, et non
pas Manche, comme écrit toujours notre auteur).
D'ailleurs, s'il était permis d'examiner avec un soin
minutieux toutes les généalogies, nous ne disons pas
souveraines , mais féodales et simplement nobles ,
même bourgeoises , il y aurait beaucoup de légitimités
compromises.
Le second chapitre du second volume contient l'his-
toire de la révolution de 1772; c'est l'ouvrage original
du traducteur, M. Cohen. Il nous a paru très intéres-
sant , et composé sur des Mémoires authentiques.
Après avoir envahi , par celte révolution, la souverai-
neté presque absolue , Gustave octroya à son peuple
i\mq espèce de constitution , qu'il chercha ensuite à dé-
truire de fond en comble ; à ce point, qu'à la diète de
1786, il osa proposer aux Etats assemblés le fameux
Acte, de sûreté et (l'union, si bien défini par notre
auteur, lorsqu'il dit : Que la suketé consistait à élever
le roi au-dessus de la constitution ; et /'union, à concen-
trer tout le pouvoir politique dans les mains du monar-
que (1). C'est cette soif immodérée d'un pouvoir sans
bornes qui rendit Gustave odieux à la nation , et , plus
tard, arma contre lui le bras (Wmi assassin
(1) Tom. III , pag. 58. l'eu de teins après la présentation de cet
acte à la Diète, un grand nombre de députes se réunirent dans un
banquet pour célébrer une fête. Le lendemain, Gustave rencon-
trant un des convives, qu'il aimait pour sou esprit : Eh bien,
lui dit-il , VOUS avez beaucoup bu /lier.' — Pas mal , sire , répondit
l'autre. — M'avez -tous porté un t^ast ? Continua le roi. — Sorti
doute t sue. — lit à Pacte de stin u ? — Je demande pardon h t^otre
jMajestr; nous n'étions fias ivres a ce point fit. Gustave BC prit ù
1 ire • car il aimait la plaisanterie , alni s même qu'elle l'atteignait.
ET POLITIQUES. 523
Le qui rendit encore Gustave odieux aux Suédois,
ce fut son luxe effréné et sa prodigalité excessive, qui,
n'étant nullement en harmonie avec les ressources du
pays, devaient nécessairement peser sur le peuple.
L'auteur en parle dans ces termes : « Tandis que la
magnificence et les plaisirs, se présentant sous mille
formes différentes, distinguaient, la cour effémmee de
Gustave III , la misère et la famine s'appesantissaient
avec rapidité, d'un bout de la Suède à l'autre, sur les
classes ouvrières. Ni les gémissemens des misérables
qui mouraient de faim, ni les malédictions des pau-
vres, qui se disputaient une nourriture que les chiens
de la meute royale auraient refusée, ne produisirent
la moindre diminution dans les dépenses de la cour.
Le prince cruel , qui avait toujours à la bouche les mots
de sympathie et de comjiassion , n'en déployait pas
moins, dans toutes les occasions, une coupable magni-
ficence , et témoignait , sur la misère que sa prodiga-
lité avait sinon causée, du moins considérablement
aggravée, une indifférence aussi grande que les rochers
nus sur lesquels périssaient en foule ses sujets. La cour
retentissait des éloges du meilleur des rois , tandis que
la ville et les provinces ne jetaient qu'un cri pour la
réforme et l'économie. Gustave se montrait sourd aux
prières; ses ministres et ses favoris les attribuaient
toutes à un esprit de révolte. Des troubles eurent lieu
en effet ; et il fallut réprimer, par les armes , le peuple
que l'excès de ses souffrances portait à se soulever (i). ><
Gustave avait encore un troisième penchant fort
dangereux : il aimait la guerre ; mais ce goût, s'il
avait été seul ou prédominant , aurait été trop fa-
(i) Tom. 1JI, pag. ii
5^4 SCIENCES MORALES
cileraent pardonné par la nation suédoise, qui de tout-
tems a élé belliqueuse. C'est ainsi qu'en 1788, il crut
devoir profiter de l'embarras où se trouvait le gouver-
nement de Russie , à cause de sa guerre avec les Turcs ,
pour attaquer ce grand colosse, dans l'espoir de re-
conquérir les provinces autrefois démembrées de la
Suèd^ car, on a toujours considéré comme un fait his-
torique , ainsi que l'avance notre auteur, « que Gus-
tave , voulant que cette guerre parût être défensive du
coté de la Suéde , fit prendre à un détachement de sol-
dats allemands des uniformes russes, et que, conduits
par des officiers de confiance, ils étaient entrés sur le
territoire suédois par une route peu fréquentée; qu'ils
avaient pillé quelques fermes solitaires , et repoussé un
poste suédois avancé (1). »
Dans cette circonstance , le roi de Danemarck , lié
par un traité d'alliance offensif et défensif avec la
Russie , était obligé de fournir des troupes auxiliaires
à cette dernière puissance. Il n'y avait là rien qui put
surprendre le gouvernement suédois; mais ce qui,
dans cette occasion , irrita la nation contre le Dane-
marck, ce qui en même tems fut hautement blâmé par
tous les Danois éclairés, ce fut l'irruption du corps
auxiliaire, faite du côté de la Nonvège , dans nue partie
de la Suède presque entièrement dénuée de moyens de
défense. Ce système d'invasion, qui devait finir d'une
manière peu glorieuse pour le chef de l'armée norwé-
gienne , ne servit qu'à rallumer l'ancienne haine natio-
nale entre la Suède et les deux autres royaumes Scan-
dinaves ; et il faut convenir que, du moins cette fois,
le tort était du coté du gouvernement de Danemarck.
(1) Tora. JII, ptg, 1-
ET POLITIQUES. fc5
M. Brown , sans faire les remarques que nous venons
de présenter , semble attribuer la conduite de cette
affaire aux conseils de feu M. le comte de BernstorjJ.
Nous croyons qu'il a tort; il n'y avait alors en Dane-
marck qu'une seule voix, qui en accusait le landgrave
de Hesse , beau-père du roi actuellement régnant.
Parti à la hâte de la Finlande, où il se trouvait à la
tête de son armée, Gustave parut inopinément à Go-
thembourg. Il y fit les plus grands efforts pour réunir
tous les moyens de défense possibles contre l'invasion
norwégienne. Doué de beaucoup d'esprit et d'activité,
il ne manqua pas d'exalter toutes les têtes , et de ré-
veiller l'ancienne haine nationale. Pour atteindre ce
but, il ne dédaigna même pas quelques charlataneries
et quelques mensonges officieux , qui , dans la position
où. il se trouvait , étaient peut-être excusables. Les
hasards de la guerre venaient de mettre en son j>ou-
voir une galère danoise , chargée d'une partie de l'hô-
pital militaire de l'armée norwégienne. Gustave alors
lit étaler avec beaucoup de pompe , sur le grand mar-
ché de Gothembourg, tous les instrumens de chirurgie
appartenant à l'hôpital norwégien, en faisant croire
aux paysans et au bas-peuple que c'étaient autant d'ins-
trumens de torture, destinés à extorquer aux Suédois
la déclaration des endroits où ils auraient caché leur
argent et autres objets précieux. L'auteur de notre ou-
vrage ne semble pas avoir connu cette anecdote, qui
néanmoins est assez piquante.
Cependant, il est probable que tous les efforts de
Gustave pour repousser l'invasion de l'armée norwé-
gienne, seraient devenus infructueux, s'il n'avait pas
eu le bonheur de trouver un homme qui , à lui seul,
valut une armée. Cet homme était M. Klliot , gnvoy<
516 SCIENCES MORALKS
du roi d'Angleterre à la cour de Copenhague. Ce mi-»
nistre devint le sauveur de la Suède. S'étant rendu à
Gotliembourg , il y fulmina dos notes diplomatiques ,
qui menaçaient le Daneinarck d'une guerre imminente
avec l'A.ngle!erre et la Prusse. De cette manière, i!
parvint, pour ainsi dire, à dicter, de sa voiture de
voyage, l'armistice en vertu duquel le corps auxiliaire
danois devait évacuer le territoire suédois.
Si nous avons été indu] gens pour le stratagème de
Gustave, dont nous venons de parler, il n'en sera pas
de même d'un projet atroce, conçu en 1789, et dont
le but était d'incendier , pendant l'armistice , les flottes
danoise et russe réunies dans la rade de Copenhague.
Heureusement, ce projet fut découvert, sans quoi la
ville de Copenhague aurait couru le danger d'être
détruite par l'explosion des vaisseaux de guerre.
M. Brovrn ne paraît pas avoir connu les détails de
cet infernal complot. Un capitaine anglais, nommé
Obricn , après avoir déchargé son bâtiment, l'avait
vendu à un M. Benlzelstjerna , gentilhomme suédois, à
condition de le convertir secrètement en brûlot, et d'v
mettre une grande quantité de poudre et de matières
inflammables. Au premier vent favorable qui survien-
drait après le dégel , on devait mettre le feu au brûlot ,
<l le faire dériver au milieu des àcux flottes, qui se
trouveraient ainsi exposées à une destruction inévita-
ble. Les deux malfaiteurs furent arrêtés, et condamnés
à la peine de mort. Le roi la commua en une prison
perpétuelle; et, peu de tems après, le gouvernement
lui-même fit ouvrir secrètement la prison , pour que
les (]ru\ détenus pussent se retirer tranquillement,
chacun dans sa patrie.
I! nous serait difficile d'indiquer au lecteur <:
ET POLITIQUES. Ô27
Sont les chapitres qui méritent le plus son attention;
mais nous lui recommandons surtout, clans le troi-
sième volume, le second chapitre, où Ton trouve le
récit de la conjuration contre Gustave liï, et de son
assassinat; et le dernier chapitre, qui contient l'his-
toire de la déposition de Gustave IV. On y apprendra
que c'est à tort qu'on accuse le Danernarck d'avoir
contribué à faire perdre à la Suède la Finlande. Peut-
être pourrait-on blâmer, sous an autre rapport, la
rupture de la cour de Danernarck en 1808 ; mais
d'abord, la conduite du roi de Suède envers cette der-
nière puissance, en 1807, lors de l'entreprise de l'An-
gleterre contre Copenhague et la flotte danoise, était
bien autre chose qu'une déclaration de guerre franche
et ouverte; ensuite, il est évident que, dans le cas
même où la Suède aurait conservé la paiK avec le
Danernarck , elle eût néanmoins perdu la Finlande par
la seule impéritie et les fautes de Gustave IV ; il est
même très probable que , sans la déposition de ce
prince, elle aurait été rayée de la liste des Etals de
l'Europe.
Terminons par quelques anecdotes concernant Gus-
tave TIF , qui semblent avoir été inconnues à M. Brown,
et qui cependant méritent d'être conservées , pour faire
apprécier les talens et le caractère de ce malheureux
roi. Lorsqu'au priutems de 1788 , Gustave fit un
voyage à Copenhague ,. M. le baron de la IIouzc était
envoyé du roi de France à la cour de Danernarck.
F .-lisant un jour, au château, le tour du cercle , Gustave
s'approcha de M. de la Douze : Monsieur le baron, lui
dit-il, vous étés gascon , je crois. — (hti, Sire, répon-
dit-il, du Midi. — On le voit bien, répliqua le roi;
hs Gascons ont toujours de l'esprit. L'envoyé de France
5a8 SCIENCES MORALES
faisait allusion au sobriquet de Gascon du Nord , qu'on
avait donné à Gustave.
Puisque nous avons nommé le baron de la Houze,
qu'il nous soit permis de placer ici une anecdote qui
lui est tout-à-fait jiersonnelle. Il arriva, en 1789,
que , pendant une quinzaine de jours , il ne reçut
aucune lettre ou dépêche quelconque , soit de son gou-
vernement, soit de ses amis particuliers en France.
Très inquiet, et ne sachant à quoi attribuer un silence
qui lui paraissait de mauvais augure, il se rend un
matin à l'hôtel des postes, à Copenhague, pour prier
le directeur de vouloir bien examiner par lui-même ,
dans ses bureaux, s'il n'y avait pas quelque négligence
de la part des employés. Toutes les recherches furent
inutiles; et le baron, au désespoir, allait monter dans
son carrosse, lorsque le directeur des postes s'avise de
lui dire : « Eh ! monsieur le baron , puisque j'ai l'hon-
neur de vous voir ici, veuillez bien me dire si vous ne
connaissez pas un de vos compatriotes pour qui nous
avons reçu un grand nombre de lettres et de paquets. »
Le baron en ayant pris un, il y lut l'adresse .• Au
citoyen Pierre Basquiat. — Eh! mon Dieu! s'écria-
t-il, c'est bien moi. Le fait est que, dans la fameuse
nuit du 4 an 5 août 1789, l'Assemblée constituante
ayant aboli tous les privilèges et titres féodaux , le
ministre des affaires étrangères de France avait adressé
à l'envoyé du roi, à Copenhague, toutes ses dépêches
sous le nom patronimique de M. de la llouze.
Revenons à Gustave. Tout le monde connaît son
goût et ses talens pour l'art dramatique. Lorsqu'en
1788, il médita l'invasion de la Russie, il fit venir un
jour, dans son cabinet, un poète célèbre , auteur d'une
nouvelle tragédie, dont il voulut entendre la lecture.
ET POLITIQUES. 5ag
Gustave était assis à son secrétaire, écrivant des lettres,
sans cependant perdre une seule occasion de faire à
Fauteur des observations fines et judicieuses. Ayant
achevé et cacheté une lettre, il sonna. Un courrier du
cabinet devait la porter à son adresse dans une pro-
vince; c'était un ordre très secret à un régiment de se
rendre en Finlande. Une seconde, une troisième, une
quatrième lettre furent expédiées de la même manière ;
et, cependant, l'attention de Gustave ne paraissait nul-
lement fatiguée. L'auteur de cet article tient ce fait de
la bouche du poète lui-même.
Le traducteur, M. Cohen, dit, dans sa préface, que,
dans quelques endroits , il s'est permis de supprimer
les réflexions de Fauteur original, et que, dans d'au-
tres, il a ajouté des notes pour détruire Fimj>ression
que Fauteur a cherché à produire. N'ayant pas eu
occasion de comparer la traduction avec Foriginal ,
nous ne pouvons pas juger du mérite des suppressions.
Cuant aux opinions de l'auteur, qu'il a voulu com-
battre, il nous semble que le traducteur n'a pas tou-
jours été fort heureux. Sous tous les autres rapports,
novs croyons lui avoir rendu justice.
L'ouvrage est orné de plusieurs portraits. Nous ne
pouvons pas prononcer sur tous ; mais, pour ceux des
personnes que nous avons connues , nous pouvons
assurer qu'ils n'ont pas le mérite de la ressemblance.
Heiberc. .
LITTERATURE.
Recherches sur les Langues tartares, ou 3fé-
moires sur difjérens points de la grammaire et de
la littérature des Mandchoux , des Mongols , des
Ouigours et des Tibétains ; par M. Abel Re-
MUSAT (i).
Nous connaissions , spécialement par les travaux de
notrehonorable collaborateurM. Langlès , l'écriture , la
grammaire, la lexicologie, la littérature des Mandchoux;
mais nous n'avions absolument rien , ou du moins rien
d'exact et d'un peu considérable , concernant la gram-
maire et la littérature des Mongols, des Kalmouks ,
des Ouigours ou Turcs orientaux , et des Tibétains. On
peut dire que, relativement à ces quatre nations, situées
au nord de l'Asie, M. Abel Rcmusat traite, dans ce grand
el bel ouvrage, attendu depuis long-tems avec impa-
tience, des sujets entièrement ignorés jusqu'ici dans
l'Europe savante. Excepté les Mandchoux , nulle autre
nation septentrionale de l'Asie n'a des monumens écrits.
11 est remarquable qu'en 1811, lorsque l'auteur a
commencé ce long travail , il n'existait en France au-
cun secours pour l'étude des idiomes de ces quatre
peuples, si ce n'est en langue chinoise. C'est dans léî
livres chinois que l'auteur a d'abord puisé des notions
positives , à la place des vains systèmes publies jusqu'à
présent sur les antiquités de la haute Asie. Il 1 reçu
depuis, spécialement de la Russie cl de >I. Klaproth .
des secours nouveaux qui ont presque double les fait»
inconnus jusqu'ici dans notre occident, et consignés
(1) Paris, 1820. Totn.I; in-|° de i'n> !»••?; — (Voy, Tojn \
.-- de la H-'v Km j cl. )
LIT/ÉHATURE. 5y»ï
dans les recherchtr)nsei notre auteur. Pilles se divisent
en deux parties : n{e
La première, en s ^chapitres, forme le Ier volume
qui paraît maintenait , et consiste en dissertations sur
des points généraux relatifs aux grammaires des peu-
ples ci-dessus dénommés , aux étymologies de leurs
langues , à leur histoire littéraire.
La seconde, en forme d'appendice, est sous presse :
elle contiendra des vocabulaires, des grammaires mon-
gole, kalmouke, ouigour, tibétaine , des textes origi-
naux des langues ainsi nommées , avec les versions fran-
çaises ; enfin des éclaircissemeus utiles pourl'intelligence
des doctrines et des faits recueil lis dans la première partie.
Celle-ci est précédée d'un discours préliminaire , où
l'auteur explique le but qu'il s'est proposé dans la com-
position de ce difiicile et très étonnant ouvrage , le
plan de son travail historique , grammatical et litté-
raire , les principes qu'il s'est faits à lui-même pour
découvrir ou pour éclairer l'origine des nations du
nord de l'Asie , d'après l'examen et la comparaison des
idiomes désigne's ci-dessus , et en rapprochant les faits
nombreux que fournissent les annales chinoises bien
expliquées, et qui s'accordent avec les traditions qu'on
trouve dans les littératures même , et dans l'histoire
des peuples tartares. Ces principes ont le mérite de la
nouveauté; ils sont exposés avec beaucoup de soin , et
dignes d'un grand intérêt.
L'auteur a voulu vérifier les opinions contradic-
toires hasardées sur les antiquités de la Tartane; il a
examiné particulièrement l'hypothèse de Bailly et de
ses imitateurs , qji ont cru trouver, soit dans la Sibérie,
soit dans le Tibet, la première origine des lumières et
des erreurs dissaninées parmi les hommes, et dans le
culte lami , ou pratiqué par les Lamas , la source
532 L1TTERATI
de diverses institutions et céréi>TTT~s reçues dans l'É-
glise romaine.
Les recherches qui forment ce^ T unie sont divisées en
sept chapitres. Le premier trait*" des Tartares en géné-
ral , et de l'origine de leurs difï érens noms ; le second ,
de l'alphabet syro-tartare ; le Troisième, de quelques
écritures anciennement usitées » liez les Tartares ; le
quatrième , de l'orthographe , de la grammaire et de
l'étymologie., relativement aux langues tartares; le
cinquième , de la langue mogole et de ses dialectes ; le
sixième, du turc oriental , communément appelé oui-
gour; le septième, de la langue tibétaine.
Nous donnerons ici le sommaire des recherches de
l'auteur sur le Tibet, et l'abrégé de la conclusion gé-
nérale de ce volume.
« Le Tibet , contrée montagneuse , froide , stérile , a
été habité par des tribus sauvages, qui , par la férocité
de leurs mœurs , leur ignorance , la simplicité de leur
culte, la rudesse de leur idiome, ont conservé long-
tems , et même conservent encore en partie les traces
de leur état primitif. Des colonies venues du midi de
la Chine à une haute antiquité , se sont mêlées aux na-
turels du pays. Vers l'époque de l'ère chrétienne , des
religieux bouddhistes de lTïindousian ont porté leur
culte et leur littérature dans quelques monastères
qu'ils fondèrent en divers lieux de la Tarlarie et du
Tibet. Le bouddhisme ne devint généralement la reli-
ligion des Tibétains , que vers le seizième siècle de cette
même ère. A celte époque , il faut placer la fonda-
tion de Lassa. Les Lamas prirent alors dans leTibet une
autorité qui alla toujours croissant , jusqu'à la con-
quête des Mongols, et se changea enfn en domination
absolue. La littérature bouddhique s'étendit dans le
Tibet par la traduction de livres sanscrite j mais, la
LITTÉRATURE. 53S
langue tibétaine conserva toujours les formes agrestes
familières aux premiers hommes qui en firent usage
Un idiome barbare, une orthographe irrégulière, un
système grammatical des plus imparfaits, une littéra-
ture d'emprunt , une religion sortie du brahmanisme ,
transplantée de l'Hindoustan au Tibet: voilà tout ce
qu'on trouve dans ces montagnes sauvages , dont les
habitans ne semblent pouvoir justifier, sous aucun rap-
port , la haute attente qu'en ont conçue des écrivains
ingénieux, mais peu versés dans les antiquités de l'Asie
orientale. Jl faut surtout renoncer à placer dans le
Tibet le berceau du genre humain , à en faire descen-
dre les religions de l'Hindoustan , à y voir les plus
proches héritiers d'un peuple primitif, et à y trouver
des traditions antérieures à l'histoire, à y découvrir
quelques monumens des siècles qui ont suivi le der-
nier cataclysme. Plus on étudiera les Tibétains , et plus
on restera convaincu qu'ils sont comme les autres Tar-
tares , qu'ils ont toujours été des pasteurs fort ignorans
dont les bouddhistes hindous ont été, depuis quelques
siècles seulement, les instituteursen civilisation, enrao-
rale, en littérature , et qui n'ont fait jusqu'à présent
que des progrès très médiocres. »
En résultat général , M. Remusat présente les points
suivans , qui avaient été avancés sans examen , et quel-
quefois mis en doute sans de justes motifs.
« Dans l'état actuel , les langues de la Tartarie sont
au nombre de quatre principales, le manchcux , le
mongole , l'ouigour et le tibétain. Il y a quelques dia-
lectes. Les mots de ces quatre langues, particulière-
ment ceux qui désignent des objets de première néces-
sité, et qui constituent le fond des idiomes , sont radi-
calement différens, et ne se rapprochent d'aucune autre
langue connue.
534 LITTÉRATURE.
» Les ressemblances qu'on observe entre ces quatre
langues, portent presque en entier sur des mois qui
expriment des objets d'arts, ou des titres de dignité,
ou des idées philosophiques et théologiques ; elles n'at-
testent que les effets d'un mélange produit parle com-
merce, la guerre, l'influence religieuse et politique.
Les différentes écritures, qui ont servi à peindre ces
langues, ont toutes été apportées du dehors, par suite
de circonstances dont l'histoire a conservé le souvenir.
Les adoptions d'écriture les plus anciennes ne remon-
tent pas au-delà de l'ère chrétienne. » Les formes gram-
maticales sont en petit nombre et peu compliquées. Les
rapports des noms s'y marquent par des post-positions
sans contraction. Généralement, les verbes n'ont point
de conjugaison. Les lems.mémelesplus usités sont imper-
sonnels , et la construction est rigoureusement inverse.
» Toute la littérature des Ta r tares se compose d'em-
prunts faits assez récemment aux nations voisines, aux
Chinois, aux Indoux , aux Occidentaux. Leurs livres
sont des traductions, des abrégés, tout au plus, de
ceux des peuples agricoles policés qui habitent les
contrées méridionales. Ce que nous disons ici de la lit-
térature , doit s'appliquer à toutes les branches des
connaissances humaines , particulièrement aux idées
religieuses et philosophiques,!
» Ces assertions reposent maintenant sur des bases
inébranlables. Aucun ou\rage historique , aucun mo-
nument, aucune tradition des Tari «ires ou des peuples
qui les ont le mieux connus, ne permet lent, de faire
remonter leur demi-civilisation actuelle plus loin que
le deuxième siècle avant notre ère.
»A cette époque , des missionnaires hindous , établis
dans les parties méridionales de la TarUufie, à Khas-
gar, à Kholau , à Kerkyang , commencèrent à y ré-
LITTÉRATURE. 535
pandre les premières notions des sciences et des arts ,
récriture indienne, la religion de bouddha. Les Tibé-
tains et les nomades du Nord n'ont connu tous ces
objets que beaucoup plus tard.
» L'opinion qui placerait en Tartarie le berceau du
genre humain avec le peuple primitif, ousesdescendans
immédiats , ou la patrie des inventeurs des sciences , de
l'astronomie, des alphabets de l'Asie, ou même l'ori-
gine des doctrines de l'flindoustan , celle de Bouddha,
celle des Hindous eux-mêmes, ou des Chinois; cette
opinion ne repose sur aucun fait positif, et se trouve
entièrement inconciliable avec les observations philo-
logiques et les traditions historiques de toute l'Asie , à
commencer par les Tartares eux-mêmes.
» Le chamanisme n'a pris naissance , ni dans la Tar-
tarie , ni , selon l'opinion de M. Remusat, dans la Bac-
triane. Les Samanéens qu'on trouve d'abord dans
l'Inde , ont pénétré assez tard dans la Tartarie. Ils y
ont toujours été étrangers; ils n'en ont jamais complè-
tement converti les habitans. Beaucoup de ceux-ci sont
restés attachés à leur culte primitif, l'adoration du ciel
visible et des esprits , avec différentes pratiques supersti-
tieuses. Enfin, ni les religions qui ont eu cours dans laTar-
tarie , ni les écritures de cette immense contrée n'ont
pris naissance dans le Nord. Le samanéisme ou boud-
dhisnie primitif, la philosophie de Confucius, le ma-
gisme, le manichéisme, le nestorianisme , le musul-
manisme , le lamisme enfin, ou le bouddhisme réformé,
y ont été introduits à peu près dans l'ordre où l'on
vient de les nommer, et cet ordre mérite de fixer l'at-
tention; car, si c'est pour nous une question histori-
que de pure curiosité que de savoir si Bouddha est
né dans l'Hindoustan ou dans le Tibet, ou si l'alpha-
bet denavagari a été inventé sur les bords du Gange,
tome vi. 37
53G LITTERATURE.
ou dans les montagnes d'Altaï, c'en est une très impor-
tante de déterminer à qui appartient la priorité dans les
traits de ressemblance incontestable entre la discipline
et la hiérarchie des Lamas , et celle de l'Église romaine.
» Ainsi , tout ce qui , chez les Tartares , est au-dessus
des premières notions qui distinguent l'homme de la
brute , leur est venu , à des époques connues , de leur
communication avec des nations plus instruites. Quatre
ou cinq familles se sont répandues et multipliées sur
d'immenses espaces. Les hommes qui en sont sortis ont
fait quelques efforts pour s'éclairer ; ils ont cultive
quelques sciences; mais , ils n'en ont inventé aucune. Ils
n'ont été ni tout-à-fait aussi grossiers que le supposait
Voltaire, ni, à beaucoup près , aussi savans que l'imagi-
naient Buffon et Bailly. !Nous sommes donc obligés d'en
revenir, au sujet de ces nations, à ce qu'en ont donné
les premiers auteurs qui en ont parlé, les voyageurs
du moyen âge, les écrivains orientaux, les mission-
naires en Chine, Bergeron , De Guignes, Deshauteraies .
Mosheim , Lequen , les deux Muller, Bayer et tant
d'autres. Ces conclusions sont loin d'être aussi bril-
lantes que les systèmes par lesquels on a voulu
suppléer à la connaissance précise des faits , tant qu'on
a cru impossible de l'acquérir ; mais , il n'est pas inu-
tile de les reproduire, puisqu'elles ont été plusieurs
fois contestées par des écrivains systématiques. On
avait trop compté sur le défaut de monumens , sur le
vague et l'obscurité des traditions. L'antiquité de la
Haute-Asie était la région des hypothèses. On en con-
naîtra la futilité, et l'on s'instruira suffisamment sur
la Tartane , quand on voudra chercher le vrai sur
la Haute-Asie , dans ses langues, sa littérature, set
propres traditions , et surtout dans les écrivains chinois
qui nous les ont conservées. » Lanjlinais.
LITTERATURE. 537
fWWVWV* WWWW /WWV> rW\<W\ W\A/ V\ MV»
La. Jérusalem délivrée, traduite en vers français
par M. P. L. M. Baour-Lormiàn (i).
Peut-être scrablera-t-il superflu de parier encore, et
si tard , de cette traduction dont on a même trop parlé
jusqu'à 2)résent ; mais n'était-il pas nécessaire, ou du
moins très utile, de laisser déborder ce torrent de cen-
sures et d'éloges dont elle a été l'objet, pour recueillir
ensuite^ dans le calme et le silence, le résultat des im-
pressions qu'ils ont produites? J'aurais craint d'être
entraîné, malgré moi : je me tus alors; j'ai tâché de
profiter des critiques et des analyses; je donne enfin
mon opinion , ou plutôt le résultat des opinions des
commentateurs; ce qui convient peut-être encore
mieux à l'esprit de ce recueil.
L'ouvrage dont je vais m'occuper , est précédé d'une
Notice sur la Trie et les ouvrages de Torquato Tasso ,
et accompagné de longues Notes placées à la fin de cha-
cun des chants de la Jérusalem délivrée.
L'auteur de la Notice est M. J. A. Buchon, jeune
littérateur avantageusement connu par divers écrits,
et plus encore par l'amour des lettres et par son atta-
chement à son pays. Les Italiens possèdent jusqu'à pré-
sent deux longues Vies du Tasse , écrites l'une par
J.-ft. Manso , chevalier napolitain et grand ami du
poète , l'autre par l'abbé Serassi , biographe très rc-
commandable. Le premier avait recueilli tout ce qu'il
avait entendu raconter du Tasse lui-même et de ses
contemporains , tenant toujours pour certain ce qui
(i) Paris, 1819. 3 vol. in-8Q. Delaunay, lib. , Palais-Koyal.
Prix , 1 S fr. , et ?. 1 fr. , franc de port.
37*
538 LITTÉRATURE,
était le plus avantageux à la mémoire de son ami.
L'abbé Serassi, biographe plus impartial et même sévère,
a tâché, après deux siècles, de tout vérifier sur des îno-
numens d'une grande authenticité , qu'on n'avait pas
encore consultés. C'est dans ces deux sources qu'ont
puisé tous les écrivains postérieurs, et il ne leur restait ,
ce me semble, que d'abréger, plus ou moins, ce que
le Manso et l'abbé Serassi avaient déjà dit.
Cependant, des biographes étrangers ont voulu en-
richir leurs nations d'une Vie du Tasse, qui eût quel-
que chose de particulier et d'original. John Black en a
donné une aux Anglais, en 1810. La France avait
aussi la sienne, publiée par M. Suard , en i8o3 , avec
la traduction en prose de la Jérusalem délivrée , par
M. Lebrun. Mais cette Vie, comme tant d'autres, n'é-
tait qu'une simple copie mieux rédigée de la trop lon-
gue vie écrite par l'abbé Serassi. Il était réservé à
M. Ginguené de nous donner , en 1812 (1) , des recher-
ches et des conjectures plus ingénieuses , sur ce que
les vicissitudes et les œuvres du Tasse nous présentent
de plus intéressant ou de plus curieux. Cet estimable
auteur, avec plus de jugement que le Manso, et moins
de prolixité que Serassi , a su porter dans son travail
cet intérêt qui manque souvent à l'un et à l'autre , et
qui inspire à la fois l'admiration, l'amour et la pitié
pour ce poète aussi singulier qu'infortuné.
Après cela , on pouvait regarder comme superflu de
traiter encore le même sujet ; mais M. Buchon s'est plu
à le remanier ; et , quoique sa Notice ne renferme pas
de nouveaux faits sur la vie du Tasse , elle prouve toute-
fois l'érudition variée du jeune écrivain. D'ailleurs, qui
(1) Yoy. Histoire littéraire d'Italie; part. II , ch. XIV-
LITTÉRATURE. 539
ne voudrait pas lui savoir gré de nous entretenir d'un
aussi grand génie? les Italiens même viennent d'accueillir
dernièrement une troisième Vie de ce poëte , par M. Gio
Zuccala(i); et quoique souvent on y rencontre des ré-
flexions communes, quelquefois un style un peu recher-
ché , enfin , les mêmes incidens , sans qu'ils aient donné
lieu à de nouvelles remarques ; l'intérêt qu'inspire le
Tasse, supplée seul aux imperfections du biographe.
On a trouvé les Notes de la Jérusalem délivrée du
Tasse, plus longues encore que la Notice de sa Vie ; ce
qui prouve les connaissances du commentateur et
l'instruction des critiques. Nous devons ces Notes à
M. Aug. Trognon , professeur d'histoire au collège
de Louis-le-Grand. On a remarqué que tout ce
qu'il dit de la Jérusalem, délivrée , l'avait déjà été par
les Italiens et les étrangers, etsurtoutparM. Ginguené ;
mais on ne peut lui refuser le mérite de nous faire ap-
précier le talent comparatif du Tasse et de son traduc-
teur, et même la supériorité de la Jérusalem délivrée
sur ,1a Jérusalem conquise , du même poëte. Ne pou-
vant suivre ce savant commentateur dans les dé-
tails , je me borne à faire quelques observations sur le
Tasse qui , depuis quelque teins , a été le sujet de tant
d'éloges et de tant de critiques.
Je commence par rendre hommage à la vérité : je
n'aurais pas cru que le goût de la littérature italienne
fût aussi pur et aussi répandu qu'il l'est chez les
Français. On en parle, à Paris, avec autant de justesse
et d'intérêt, que parmi les Italiens les plus versés dans
leur propre littérature. C'est ici que j'ai vu des profes-
(i) Délia vita di Torquato Tassât , libri due dcl profcssore Gio-
vanni Zuccala. Milan , 1819.
54o LITTÉRATURE
seurs mêler leurs larmes à celles de leurs auditeurs , en
exposant les tableaux les plus intéressans de Pétrarque
et du Dante; c'est ici qu'on parle de l'Arioste et du
Tasse , en les plaçant au niveau des anciens , et en re-
connaissant qu'ils élèvent les Italiens au-dessus des mo-
dernes (r). Souvent il m'a semblé que j'obtenais moi-
mêmeplusd'indulgenceetd'hospitaliLe , parce que j'ap-
partiens aune terre classique qui s'honore de tajit de
beaux génies, et qui mériterait un bonheur égal à sa gloire.
Il faut avouer cependant que , depuis les PP. Bon—
hours et Rapin , il existe encoie quelques-u ns de leurs
partisans , qui parlent du Tasse et d<\s Italiens , comme
par une espèce de tradition littéraire. A les entendre,
on ne trouve dans leurs chefs-d'œuvre, que du clin-
quant et des cliquetis de mots. Il est vrai qu'on en aper-
çoit quelques traces dans des écrivains des seizième
et quinzième siècles, et même dans Pétrarque et le
Dante ; mais ce n'est pas assez pour caractériser des
siècles et des écrivains dont les productions, considérées
dans leur ensemble, prouvent évidemment le contraire.
Ces défauts de style ont reparu plus ou moins fré-
quemment dans tous les siècles etdans toutes les nations
civilisées. Malheureusement, ils devinrent dominans
au dix-septième siècle, dans presque toute l'Europe;
e! \i jUarini eut le malheur et la gloire de donner son
nom à ces bizarreries et à l'école qui se plut à les imi-
ter, ou pourrait dire que, loin de les avoir inventée- ,
il eut seulement plus de talent et d'originalité , pour
briller parmi ceux qui l'avaient devancé dans la même
carrière. Sans rappeler (iongora , Lopes de \ ega et
■ ) Voy., après Voltaire cl GingiHMu-, MrsL»'HJcrcierf Chateau-
briand , rie
LlTTÉRATUiVF.
d'autres poètes espagnols ; Guillaume de Barras , mort
en i5cjo , lorsque Marini n'avait que vingt ans , avait
déjà outré le clinquant du Tasse , et il eut la gloire
de n'être pas surpassé par Marini lui-même (i). D'ail-
leurs, à l'époque même où ce dernier exerçait le plus
grand empire sur le Parnasse italien, il n'y manqua
jamais d'écrivains plus ou moins distingués , qui , mé-
prisant à la fois la stérilité des Pétrarquistes et la licence
des Marinistes , frayèrent de nouvelles routes pour le
siècle suivant. Tels furent, sans doute, Chiabrera ,
Redi , Filicaja, Zappi, Manfredi, Gravina, et tant d'au-
tres. Mais , revenons au Tasse à qui cet article est prin-
cipalement consacré.
Le clinquant, que , depuis Boileau , on lui a si souvent
reproché, avait été, un siècle auparavant, aperçu en Ita-
lie, et reproché au Tasse lui-même, de son vivant, par le
florentin Leonardo Salviati. Mais ce fut par l'autorité
dcBoileau que ce clinquant devint, dans la suite, un
mot de ralliement pour les ennemis du Tasse. Nombre
de censeurs le répètent sans cesse, le généralisent , l'ap-
pliquent à tort et à travers. A les en croire , il n'y a
pas un seul vers dans la Jérusalem , qui n'en soit bril-
lante. Voltaire s'était contenté de dire qu'il n'en trou-
vait qu'environ deux cents (2). John Blair, ou plus
équitable , ou plus indulgent , en avait borné le nom-
bre à trente ou quarante (3). Mais on est allé jusqu'à
dire qu'on pourrait imputer à ce pocme mille , et
même deux mille de ces vers , sans être accus/- d'envie ;
ce que n'avaient jamais osé prétendre même les con-
(1) Vcy. Tiraboschi , Slor. delta Litterat.ura , lib. XIV
(2) Essai sur la Pocsie épique.
(3) Leçons de Belles- Lettres , par Blain , tome III , 1er. VHI.
542 LITTÉRATURE,
terapteurs du Tasse. N'est-ce pas faire du Tasse un
Marini, un Achillini, ce qu'il n'a jamais été? Ne croi-
rait-on pas entendre encore quelques-uns des partisans
de la petite cour de Ferrare et de là naissante Académie
de la Crusca , employés pour rabaisser un homme que
la nature et l'art avaient tant élevé au-dessus d'eux?
Mais ce qui étonne quelquefois , c'est que ceux qui
en admirent les cminentes qualités, en exagèrent les
imperfections à tel point , qu'on ne saurait concilier
leurs critiques avec leurs éloges. M. Ginguené lui-
même , qui place la Jérusalem du Tasse après les poè-
mes de Virgile et d'Homère (i) , semble s'en laisser
imposer par l'autorité d'un grand écrivain , qui se
laissa entraîner par ces académiciens de Florence , que
M. Ginguené venait de mépriser.
C'est de Galilée qu e je parle : jeune encore et fort pré-
venu pour l'Arioste, il se déclara contre le Tasse et com-
posa un écritqui, publié seulement en 1793, nous a donné
plutôt une preuve de sa jeunesse que de son équité (2).
Quand même ses maximes seraient vraies , leur applica-
tion en est ordinairement exagérée , et les conséquences
qu'il en tire , sont plus générales que leurs principes.
Tel est , ce me semble, le caractère de ses Considérations :
faudrait-il l'en croire, parce qu'il est, depuis , devenu
très célèbre dans les sciences exactes , dont les principes
ne sont pas toujours ceux de la littérature et du goût?
Mais ce n'est pas ici le lieu de prouver ce que je ne fais
qu'indiquer; je me contente d'opposer à Galilée, Ga-
lilée lui-même. On vient de connaître sa véritable ma-
nière de penser sur la Jérusalem du Tasse ; et certes
(1) Hist. littér. (Vital., toni. V, pag. /j6j.
(2) Considerazionï ai Tasso di Ga/ilco Galilei, etc. Venise,
1793; in-ia.
LITTÉRATURE 5£3
elle n'est pas celle qu'il avait d'abord énoncée. À l'exem-
ple de Salviati , et , plus encore, de l'Académie de la
Crusca , qui ont rétracté leurs premiers jugemens , Ga-
lilée aussi , dans un âge plus mûr, rédigea un Mémoire
sur le même sujet , qu'il avait auparavant traité un
peu trop légèrement, et l'on a jugé ce second écrit bien
plus digne de son expérience et de sa sagesse. Nousen de-
vons la connaissance à l'un des plus savans Italiens, le che-
valier J.-B. Venturi, qui, en le publiant, a pensé ne pou-
voir mieux servir la réputation de son auteur favori (i).
L'autorité exercée par Galilée sur M. Ginguené ,
ne pourrait-elle l'être encore , par ce savant si recom-
mandable , sur tant d'autres écrivains qui répètent et
même exagèrent ses jugemens? C'est pour cela que je me
permets quelques considérations sur trois objets qui me
semblent avoir été le plus généralement relevés par les
censeurs de la Jérusalem délivrée ; savoir: l'originalité
du poète , l'emploi qu'il fait de la magie, et son style.
I. Quant à l'originalité , on ne peut nier que le
Tasse n'ait imité Virgile , comme Virgile avait imité
Homère , et Homère ses devanciers. Si l'Iliade n'est
pas , comme le pensait J.-B. Vico , un recueil de ces
poésies nationales qu'on chantait dans les villes de la
Grèce, et que Lycurgue, peut-être, recueillit et mit le
premier en ordre ; on ne peut se persuader qu'Homère
ne les ait pas du moins imitées. Cesse-t-il pourtant
d'être original? Ainsi, Virgile est toujours le second
des poètes épiques , malgré les remarques de Macrobe
sur l'Enéide. Ainsi , le Tasse lui-même ne cessera pas
(t) Voy. Memorie e Lcltcre inédite Jinora , o disperse di Gafïlm
Calilei , ordinale e illustrate con annotazioni dal cavalière
G. B. Venturi. Part. I. Modène, i8j8; in-40. Fig.
V, \ LITTERATURE.
• l'être encore le troisième , malgré le prétendu nombre
de passages empruntés d'Homère , de A irgile et
d'autres. On pourrait cependant démontrer l'origina-
lité de ses conceptions, surtout pour ce qui regarde
le sujet et l'ensemble de7 son poëme , le caractère de
ses personnages, leur développement, leurs contrastes ,
les tableaux et les accidens qu'il en fait résulter; mais
je me borne à ce qui a paru plus particulièrement
digne de censure.
Il y a des pensées , des images , et même des expres-
sions si heureusement employées par les classiques an-
ciens , qu'on aime souvent à les répéter avec de légères
modifications, ou même sans y en faire aucune. C'est
une sorte de respect pour l'autorité des anciens, ou
même, si l'on veut, une sorte de bizarrerie que 1rs
plus grands écrivains de tous les teins -se sont per-
mise. On n'exige dans l'imitation de ces traits . que
de les voir employés sans effort , et comme s'ilét aient
dictés par la circonstance. Ainsi, on admire toujours
dans le Tasse la réponse que fait Godefroi à Altamore :
Guerreggià in Asia e non vi cambin o merco (i V
Quoiqu'Alexandre , chez Quinte-Curce (2) , et Pyr-
rhus, chez Ennius, l'eussent jadis emplovée. De même,
on admire toujours cette belle strophe : Glace V alla
Cartago , etc., quoiqu'on sache que la même considéra-
tion avait été présentée par Sul pi lins à Cicérotî, en rappe-
lant les ruines de quelques villes de la Grèce , et mieux
encore par Sannazar (3) , en parlant de Cartilage
elle-même. Si le P. Bouhours a pu, sur de tclspas-
(1) C. XX, st. i|*.
OOHist d'Al.xandiv, 1. IV.
(3) De Partit f^lrginis, lil>. II.
LITTÉRATURE. ô^
sages, accuser le Tasse de plagiat et de larcin, en
devrait laisser aux jésuites leur critique, ainsi que
leur morale.
Quelquefois , des sujets tout différens dans le
fond , offrent néanmoins des circonstances et des
accidens plus ou moins analogues , qu'on ne pour-
rait éviter de retracer, sans violer les règles de la
vraisemblance et de la probabilité. Il serait donc
injuste d'accuser de plagiat un poëte épique, parce
qu'en décrivant des batailles, des duels, des mé-
tamorphoses, et d'autres circonstances pareilles, il
reproduirait quelquefois les mêmes scènes et les mêmes
tableaux, qu'on ne pourrait supprimer, sans gêner le
cours ordinaire de la nature. On ferait, je pense , ie
même tort au Tasse, en le déclarant imitateur servile de
Virgile , parce que l'ange Gabriel ressemble à Mercure ;
que Godefroi est blessé et guéri comme Énée ; que le
bouclier de Renaud est à peu près calqué sur ceux
d'Énée et d'Achille ; et que les mêmes objets ont quel-
quefois donné lieu à des comparaisons semblables.
C'est la spontanéité du poète , c'est l'à-propos du trait
qui nous fait oublier les auteurs à qui, peut-être, il
l'avait emprunté.
Mais traçons mieux encore le caractère de l'imita-
tion du Tasse dans ces deux épisodes les pins remar-
quables, deSoliman, introduit par Ismen à Jérusalem,
et delà mort de Clorinde. Soliman monte sur le char
d'Jsmen ; entourés d'un nuage qui les rend invisibles ,
ils pénètrent dans Jérusalem e|l jusque dans la cour
d'Aladin. Voilà , s'écriera tout de suite un pédant,
voilà Enée et Achate qui pénètrent de la même ma-
nière jusqu'au sein de Carthage I Mais quelle différence
ressortira entre l'un et l'autre événement, si l'on
546 LITTÉRATURE.
apprécie tous les accidens qui accompagnent et suivent
la marche de Soliman? Quel spectacle , lorsqu'il tra-
verse et contemple les débris de son camp ! quelle
surprise, lorsqu'il se présente devantAladin, au milieu
de son conseil , au moment même ou l'on exagérait sa
ruine et sa fuite I Quoi de plus passionné, de plus émi-
nemment dramatique?
On ne peut nier que le Tasse n'ait conçu , d'après
l'épisode de Nisus et d'Euryale, l'entreprise de Clo-
rinde et d'Argant qui vont réduire en cendres la
machine de guerre des Chrétiens. Il est vrai que ces
deux personnages n'inspirent pas d'abord le même
intérêt que les deux jeunes Troyens ; mais de combien
les uns ne deviennent-ils pas supérieurs aux autres
dans la suite? L'objet de l'entreprise est bien plus
important dans Clorinde et Argant , que dans Nisus et
Euryalequi nese chargent que de porter à Enée les nou-
velles de la triste position des Troyens. Euryale, après
avoir tué plusieurs ennemis, se livre au pillage ; c'est ce
qui occasionne sa perle et celle de son ami. Clorinde ,
contrainte de repousser l'ennemi , se trouve engagée
avec Tancrède , son amant, qui la blesse mortelle-
ment sans la reconnaître. Tout finit avec la mort de
Nisus et d'Euryale; mais, quel effet ne produisent pas
la reconnaissance et la mort de Clorinde, qui se lient
avec tout ce qui les précède et lessuit, et qui constituent
le merveilleux de cet épisode? Opposons les larmes que
cette belle scène chrétienne nous fait toujours verser,
aux critiques amères qui cherchent en vain à les ar-
rêter.
Il me semble aussi que le Tasse a négligé ici l'inté-
rêt qu'inspire Nisus s'offrant à la mort pour sauver
la vie de son ami : mais cette circonstance avait suggéré
LITTÉRATURE. 5'f7
au poëte italien l'épisode d'Olinde et de Sophronie , qui,
malgré ses imperfections , ne laisse pas d'intéresser, par
l'originalité du tableau, même les juges les plus sé-
vères qui le condamnent. D'après ces exemples et tant
d'autres que je pourrais encore examiner, il est évi-
dent que le Tasse est un poëte original , alors même
qu'il ne paraît qu'imiter.
II. La magie , qui est le ressort principal du mer-
veilleux de la Jérusalem délivrée , a été souvent regar-
dée comme n'étant nullement convenable à la nature
de l'épopée. Je n'oppose pas ce que les romantiques ont
dit là-dessus ; et, ce qu'ils ont dit, n'estpas toujours dé-
raisonnable, comme le prétendent certains classiques.
Je dis seulement que ces démons , ces magiciens , ces mé-
tamorphoses , ces jardins, ces forêts , contre lesquels
on a tant déclamé, ne s'accordent guère, il est vrai,
avec la philosophie ; mais , malheur au poëte qui ne sait
être que philosophe dans la poésie ! Dans un poëme
chrétien , il devait suffire que la poésie se trouvât d'ac-
cord avec la théologie ; et celle-ci a, malheureusement,
nourri, plus qu'elle ne le devait, la propension à ces
bisarres croyances.
Quand même l'Eglise et la législation ne les eussent
pas accréditées par tant d'exorcismes et de lois crimi-
nelles , au préjudice de la crédulité et de l'innocence
des peuples, on aurait pu les employer impunément,
pourvu que ces peuples les eussent regardées comme
autant de vérités. Mais ce n'était pas le peuple seule-
ment qui les professait: le Tasse, lui-même, était tel—
ment convaincu de la réalité et de l'influence de ces
êtres surnaturels , qu'il se croyait tantôt persécuté par
des esprits méchans , et tantôt éclairé, comme So-
erate , par un esprit d'un caractère tout différent. D'ail-
5 ',8 LITTÉRATURE.
leurs, ces censeurs du Tasse, qui admirent, en même teins,
Homère et Virgile, pourquoi se montrent-ils si sévères
contre les démons et les magiciens du premier, pendant
qu'ils ont tant d'indulgence pour les dieux et les prêtres
des deux autres? Les querelles et 1rs guerres des dieux ho-
mériques ne semblent-elles pas tellement ridicules, qu'on
a été quelquefois tenté de prendre l'Iliade pour un
poème burlesque ou comique, tel que la Secchia rapita
du Tassoni, le Lutrin de Boileau , le Schcrno dcgli
Dei de Bracciolini , etc. ? Cependaut, si on a permis à
Homère et à Virgile d'employer la réaction des Titans,
et même de quelques dieux plus puissans, contre Jupiter
et ses adhérens, pourquoi ne serait-il pas permis au
Tasse d'employer aussi des magiciens et des démons
contre des anges, et contre l'Eternel lui-même.'
Dira-t-on que le Tasse s'est laissé aller trop loin ?
Mais peut-être n'a-t-il pas été plus loin qu'Homère et
Virgile. En effet, si Énée, guidé par la Sybille, pénètre
dans les régions souterraines, pourquoi les deux che-
valiers qui cherchent Renaud, ne pourraient-ils pas
taire de même? Si \ irgile et Homère ont embelli leurs
poèmes des métamorphoses des amans de Circé, pour-
quoi serait-il indécent, dans le Tasse, d'avoir trans-
formé en poissons les amans d'Armide? Les métamor-
phoses de Polydore en myrte sanglant, des galères
trovennes en nymphes, de la sœur de Turnus sous la
forme fantastique d'Enée, n'ont-ellej pas été mises en
œuvre par Virgile, beaucoup plus sobre qu'Homère
dans Tcmploi de ces moyens? Lucain lui-même, quoi-
que sans contredit plus philosophe que poète, n'a-
t-il pas eu recours à des ressorts pareils? et toutes ces
bizarreries ne sont-elles pas, au fond, presque les
mêmes que celles dont le Tas;e a paré les jardins d'Ar-
LITTÉRATURE. 5.-fà
mide et la foret enchantée }>ar Ismen? Toute la diffé-
rence qu'on y trouve, se réduit à celle des siècles et des
opinions qui les caractérisent ; mais c'est toujours le
même extraordinaire, produit sous des formes diffé-
rentes , suivant la mode des tenus.
Je conviens cependant que , dans l'emploi de ces res-
sorts, on peut pécher par excès. Sans doute, ce qui avait
été permis à l'Arioste et à tant d'autres poètes romanes-
ques , ne Tétait pas au poète épique; et le Tasse avait
connu et respecté les bornes de ses privilèges. Quand
même ses conceptions dans ce genre ne seraient pas
également nobles, grandes, imposantes par elles-mêmes;
quand même il s'oublierait quelquefois , comme il
le fait, dit-on, en donnant à Satan et à sa suite des
formes un peu trop hideuses et trop vulgaires ( quoique
justifiées par la moderne mythologie , et plus encore,
par l'exemple de Virgile , qui nous avait présenté les
harpies, les cyclopes , Cacujf, etc., sous des formes
pareilles) ; le style et le coloris ajoutent au sujet la no-
blesse qu'il n'avait pas. Au moyen de l'élocution et de
l'harmonie des vers , heureusement combinées, des êtres
quelquefois très vulgaires prennent , sous la baguette
magique du Tasse, une toute autre nature ; il leur
donne tant de réalité et d'intérêt, qu'il vous force de
les regarder comme extraordinaires et supérieurs. C'est
un nouveau genre d'enchantement ., qui est tout du
poète i c'est de la véritable poésie ! Mais pour bien
apprécier ce phénomène, il faut connaître parfaite-
ment la langue originale du poète; et ce n'est pas la
connaître suffisamment, que d'en comprendre le
sens purement grammatical, comme nous allons le
prouver.
111. Le style du Tasse a ^ubi encore plus de critiques^
)M, LITTÉRATUHH
des amours pleins de charmes , ou d'aim;
la fortune, si elle vient te tromer sous
prends pas la peine de courir après elle.
accidens que lu ne saurais empêcher, riej
de soutenir ton courage et ta gaîté. »
Le premier volume des poésies <
cédé de sa vie , Écrite par don Mam
admirateur et son ami , poêle et ci
généreux sentimens d'amitié ont p<
graphe , exagéré le mérite , excasé
balance est confiée à de telles mains
elle doit pencher. La vie , et surtout
de Mclendcz, sont bien propres à n
affliger. Cet homme de mérite éproi
patrie ; il la quitta parce qu'il ne p<
serment de ne plus la revoir. La toi
fermé sa dépouille nous apprend qi
L'opinion presque unanime de i
Mclendcz au premier rang parmi le
l'Espagne ; mais il est peu connu lie
carta beaucoup de la route suivie ]
et ses rivaux; car la nature seule
musc se plaît dans les vallées , sur ].
bre des bots, au bruit d'une cascade
sa poésie est plus douce que pas:
LITTÉRATURE.
général peu abondant , les morceaux qu'il a retou(
quelque sécberesse. Ses corrections ne sont pashei
Ja lime est un instrument dont il ne sait pas faire
emploi.
On a reproché à Melendez d'avoir corrompu h
de son pays , en y introduisant un grand nombre
nouveaux; mais tous ces mots sont parfaitement co
au génie de l'idiome castillan; tous donnent une fi
velle à sa poésie ; c'est donc un présent qu'il a ]
langue : elle se trouve enrichie, et non pas corrorr
Les oeuvres anaerdontiques de notre poète sont
grand nombre , mais elles ressemblent plus à c
poète grec par le choix des sujets que par la me
vers. Nous n'en citerons qu'une seule, que nous
d'un recueil d'odes adressées à Philis et à sa colo
sujet en a fourni vingt-six ; c'est trop sans doul
faut pas faire résonner aussi long-teins la même
mais quelques-unes de ces odes sont des modèles t
lyrique. Voici celle que nous en avons extraite ,
nous regrettons aussi de n'offrir qu'une pâle tradu
prose :
« Que d'autres chantent les combats et les dangers de
les festins et les coupes du joyeux Bacchus; que d'autres
ceint de jasmin et de roses , chantent les feux de l'a m»
triomphes de Vénus ; pour moi, je consacre ma lyre har
à célébrer la blanche colombe de ma clière Philis : sa col
55a ^LITTÉRATURE,
ne subissent pas les mêmes vicissitudes , ni le même sort
dans deux langues diverses , il arrive souvent que ce qui
est ou paraît impropre et absurde dans l'une, ne Test
pas toujours dans l'autre , et vice versd. Si l'on avait
fait cette remarque , on n'aurait pas condamné tant de
locutions dans le style du Tasse , par la singulière rai-
son qu'elles sont condamnables chez les Français. De
combien de locutions étrangères les Italiens ne pour-
raient-ils pas juger de même? Peut-être le font-ils
aussi ; mais alors , ils seraient aussi injustes et déraison-
nables que les étrangers qui les imitent.
On a trouvé incohérent que l'archange, menaçant
les démons , eût donné à la volonté de Dieu et à l'ordre
universel' qui en est l'effet, le nom stoïcien de falo.
A che pugnar colfato? etc. (i) S'il était permis, au-
jourd'hui, de faire parade d'érudition théologique, je
pourrais appeler au secours du Tasse, Boëce et saint
Augustin, qui ont employé le même mot avec la même
signification ; mais, je me contenterai de citer le père
de la langue et delà poésie italiennes, qui a dit dans
Y Enfer :
Che giova nellefata dur di cozzo-^
Et dans le Paradis :
L'alto Jato di Dio sarebbe rotin.
M. Ginguené , qui s'était si long-tems et si bien occupé
de la littérature italienne , ne put pardonner au
Tasse cette expression employée par Armide, et si
tendre pour les Italiens: idolo mio crudele (2). Ainsi
que le mot Jato , le mot idolo , surtout depuis Métas-
tase , est devenu commun aux Italiens, qui indiquent
(1) C. IX, st.LXIV.
(a) C. XVI, rt. XLVI*
LITTÉRATURE. 553
par-là l'objet de leurs amours et de leur culte ero-
tique, et non, comme les Latins, l'image ou l'apparence
de tout objet; ce que les écrivains ecclésiastiques bornè-
rent ensuise aux statues des dieux payens. Si l'on avait
appliqué la même observation au mot scudo , auquel
la langue italienne donne la signification la plus éten-
due de tout genre de défense , on ne se serait pas tant
recrié contre ce vers si passionné d'Armide :
Saro qualpiù voirai, scudiero , o scudo.
Ce dernier vers nous rappelle un autre genre de cri-
tiques, faites contre ces jeux de mots que les Italiens
désignent sous le nom très connu de bisticci. On ne
peut nier que ces formes ne soient trop fréquentes
dans la Jérusalem, délivrée ; mais , il ne faut pas non
plus les multiplier, ni les juger toutes également, vi-
cieuses , parce qu'apparemment elles se ressemblent.
Souvent ces formes sont très propres et très caracté-
ristiques suivant ce qu'on veut et doit exprimer; elles
ajoutentmême à l'énergie de l'expression et à la précision,
du style. Si la réalité de l'idée ou de l'objet le comporte
ou l'exige , on ne pourra condamner ces locutions éner-
giques et vraies , parce qu'on y rencontre des cliquetis
de mots. Les Grecs et les Latins s'en servirent avec
avantage; et pourquoi les Italiens ne pourraient-ils pas
s'en servir également, lorsque leur langue, si riche et
si noble , se prête à ce genre d'expression? On est ordi-
nairement alarmé aux vers du Tasse :
Lo schermidor vinto è di schermo.
C!he la tua schernitrjce abbia schernito.
U imitatrice sua scherzando imiti.
Non lascia indietro il predator la preda , etc.
Malgré lacrainteet l'autorité des juges qui condamnent
38*
554 LITTÉRATURE.
ces vers, je les crois innocens et. même dignes de quel-
que estime, parce que l'idée, dans le fond , est juste et
véritable, et que, si l'on voulait éviter la rencontre
des mots ressemblais , il faudrait y substituer des cir-
conlocutions qui affaibliraient le style , ou des lo-
cutions synonymes qui ne rendraient pas toute la pro-
priété de l'idée.
On peut, on doit raisonner de même sur les antithèses.
C'est, au contraire, à ce principe de contraste, qu'on est
redevable de la plupart des beautés, de la nature et de
l'art; et le Tasse est peut-être celui des poètes modernes
qui en a le plus et le mieux profité. On trouve cet arti-
fice merveilleux dans les caractères de ses héros , dans la
succession des épisodes et des tableaux dont son poënn
est parsemé. Le même artifice se fait remarquer dans
les détails comme dans le style , qui fait le charme
des lecteurs capables de l'apprécier. Voudrions-nous ré-
prouver toutes ces belles antithèses , parce qu'il y en a
qui n'ont pas le même intérêt? Disons plutôt que ces
figures sont toujours condamnables , lorsqu'elles n'ac-
cusent qu'une recherche puérile et vaine , sans pro-
duire un effet réel , et que , n'exprimant rien dans le
fond, elles rendentlestyle vide, trompeuretfaux. Disons
même qu'alors qu'elles expriment <\c^ rapports réels et
, '.ir.icléristiques des choses , et qu'elles soûl inté-
ressantes par elles-mêmes , elles peu\ent néanmoins
devenir ennuyeuses par trop «l'art, par trop de fré-
quence, surtout lorsque l'art aurait dû se cacher I V I
pour cela que les an ti I lies«>s <jiu , emplov ces sobrement
par Tacite, ont tant (l'intérêt, nous semblent si désa-
gréables , prodiguée^ parNéncque.
Voilà les deux rapports sons lesquels il fallait jugei
les antithèses de la Jérusalem délivrée, Mais l'a-t*oti
LÏTTÉRATURK. 555
tait toujours avec l'équité convenable? On a réprouvé ,
depuis le P. Bouhours , ces vers :
Amor, che or cieco , or Jlrgo , ora nr i>cli
Di bende gli occhi, ora ce gli apri e giri , etc.
On réprouve encore le vers suivant et bien d'autres
pareils :
Ella si fa di gel , divien poifoco.
Mais ce qui est toujours vrai dans la nature , ne le
serait-il pas aussi dans des vers? Quel est l'homme qui
n'ait pas éprouvé ces effets contraires et presque si-
multanés de la passion de l'amour? Je ne parle pas
de tant d'autres antithèses qui méritent les mêmes
égards , ou du moins quelque indulgence ; mais je ne
puis me dispenser de citer ce passage :
ylniico , liai vitito : io ti perdon , perdona
Tu ancora , alcorpo no, che nulla pave,
JllV aima si, etc.
Les Italiens ont trouvé l'impression produite par ce-»
vers si pathétique et si touchante , qu'ils leur ont vo-
lontiers pardonné une faute grammaticale , dans le mol
perdon. Des critiques ont cru voir de l'affectation dans
la pensée , à cause d'une antithèse qui constitue , peut-
être , une des beautés les plus frappantes de ce passage :
Perdona.... alcorpo no , chenullapave , alV aima si etc.
Ne voit-on pas dans ce contraste , si simple et si véri-
table, ces deux caractères, à la fois, et du guerrier
qui méprise le reste de sa vie , et du chrétien qui ne s'oc-
cupe que du salut de son arae ? Qui pourrait en dire au-
tant , presque en deux vers seulement? qui pourra il \
mettre autant de vérité , de mil '<: el (h- pasVidri que
le Tasse? Essayez de les traduire , ces vers, et compa-
rez ensuite le texte et l'imitation
556 LITTERATURE.
Jusqu'ici , on s'était contenté de juger mauvais ce
qui ne l'était pas ; mais serait-il permis de dénaturer
une phrase , pour en faire ressortir une antithèse mons-
trueuse qurelle ne contient point? On a d'abord dit,
par hasard ou par méprise , et des prosélytes trop con-
fions ont répété, que le Tasse fait donner, par Tancrède,
à Clorinde , avec Veau , la vie qu'il lui avait ôtée avec
le fer. C'est absolument ignorer la langue du Tasse,
ou calomnier, même après sa mort, ce malheureux
poëte. 11 a dit de Tancrède :
A. dar si unlsc
l^ita con iacqua a chi col ferra accise (1).
Cela signifie , si je ne nie trompe , que Tancrède ne
donne pas à Clorinde la même vie qu'il vient de lui
ôter , mais qu'il donne , par le baptême , la vie ou le
salut de l'ame à la même personne qu'il vient de frap-
per mortellement de son épéc. Chez les Italiens , Veau
est aussi propre pour signifier le baptême, que l'est le
/^r, pour signifier l'épéc; et s'il y a quelque contraste dans
ces deux, circonstances , n'est-ce pas ce qui constitue le
beau et le merveilleux de l'événement que le poète met
sous nos yeux? Ou je me trompe étrangement , ou c'est
un des tableaux les plus touchans du poème du Tasse,
et l'un des traits les plus pathétiques qui s'y rapportent.
\pres ce que je viens d'observer, on devrait |uge»
avec plus de circonspection les défauts qu'on impute à
la Jérusalem délivrée du Tasse. 11 y en a de vérita-
bles et d'autres appareils ; mais souvent on prend
aussi pour des défauts , des beautés qu'on a dénatu-
rées, ou mal comprises. On a dit, par exemple, que
Tancrède , en reconnaissant Clorinde blessée par lui—
n)C. Xll,s(. LXYII.
LITTÉRATURE 557
même , et dans le premier éclat de son désespoir , ras-
semble toutes les forces de son ame , sur un seul et
même point , pour les mettre en garde contre son cœur.
Le Tasse avait dit simplement que Tancrède rappela
dans ce moment-là tous les conseils de sa raison ,
contre les mouvemens de son cœur :
Che sue virtuti accolse
Tutte in quel punlo , e in guardia al cor le mise (1).
Pourquoi traduire in quel punlo , qui ne signifie
qu' alors , par ces mots : sur un seul et même point?...
Mais ce n'est ni le lieu , ni mon intention , de relever de
pareilles fautes de langue.
Concluons maintenant qu'il faut bien connaître le
Tasse et sa langue , pour mieux le juger et l'apprécier.
Peut-être , rne suis-je trop étendu dans ces considéra-
tions ; mais, après qu'on a tant parlé du Tasse, et pour et
contre , était-il permis de se taire , à un homme qui s'ho-
nore d'être Italien commelui? Aurais-jepu me dispenser
de m'occuper un instant d'un de mes concitoyens , qui
fait la gloire de ma nation et l'envie des autres? Je ne
le pense point. J'ai donc lieu d'espérer que, loin de
m'en savoir mauvais gré , on voudra prendre part à
la défense d'un écrivain , dont les peuples les plus
éclairés s'étudient à s'approprier le chef-d'œuvre,
comme le prouve, parmi tant d'autres traductions
qui en ont été faites, celle de M. Baour Lormian , dont
nous parlerons dans l'un des prochains cahiers.
Sàlfi.
(i)C. XII, st. LXV1H.
WV>VVV\\\.VV*\\V\\\.V\» » V\\VV\VVV\\.\V\VVVVV\\\'VVVV\^VVVV\VVVVV\\V,WVVV\VVVVVVVVVV*
III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE.
LIVRES ÉTRANGERS (i).
AMERIQUE.
ÉTATS-UNIS.
1^5. — An Introduction lo Algebra , being thc. uni part oj a
course nj'mathematics adaptai to the method of instruction in the
American collèges. — Introduction à l'Algèbre , formant la pre-
mière partie d'un cours de mathéma tiques adapté à la méthode
il instruction en usage dans les collèges d'Amérique- Par Jere-
miah Day, président du collège de Yale. Seconde édition, revue
el augmentée. INew-Havcn ; 1820. Howe et Spalding. i vol. in-8°.
Prix, 3 fr.
17G. — Pursh s systemalic description of JVorth - y/merican
plants-, etc. — Description systématique des plantesdt lWnmique
du nord- ornée de i\ gravures: par Pursh. INevc-Haven , 18*20
llowc et Spalding, > vol. in-8°.
1 77. ■ — Classes and onhes oj the TAnnœan System ofbotany , etc.
| hdi •<• et classification dii système de Linné , orné de 24° &ra~
vurers coloriées. New -llaven , i8.*o. Howe et Spalding. 3 vol
ui-8°.
178. — K t.i liés systein of.phjrsiotogical botany , etc. — Système
de. botanique physiologique , orne' de 9 gravures j par Keitu. New
en • » oï. în-cr.
i-<). - Vlu 11 \i \ s north lue ne, m sylv&t nr a description oj thc
forési trees ofthe ' nî'tea States, Canada, and ]YodaScotia.—»To-
réts de r Auir'rirjuc septentrionale, ou description *\e> arbres on
ginaires des Etats Unis, du Canada el déld Pfcim élle-Ecosse ; en
six parties; orné, de ■."><> gravures j par Michaux. iVw-Haven.
i8ao. Howe et Spalding. 3 vol. in-8°.
Mous indiquerons, par un astérisque [*) placé à éôté du titre
de chaque ouvrage , «eux (!<•> Livres étrangers ou français qui
iront dignes d'une attention particulière, et dont non-
rendrons quelquefois compte dans la section des analyses
LIVRES ETRANGERS. 559
EUROPE.
ANGLETERRE.
180. — (*) Principles of political economy , etc. — Principes
d'Économie politique conside're's sous le rapport de let»r applica-
tion pratique ; par le re'vércnd T. R. Malthus. Londres , 1820
Colburn r vol. in-8Q. Prix, 18 shellings.
181. — A. treatise on the pratical means of employing the
poor, etc. , — Traité sur les moyens pratiques d'employer les
pauvres à cultiver et à fabriquer les articles indigènes, en Angle-
terre; par William Salisbury. Londres, 1820. 1 vol. in-8°. Prix,
2 shellings.
182. — Narrative ofajourney into Persia and résidence at
Téhéran, etc. — Relation d'un voyage en Perse, et d'un séjour à
Téhéran, traduite du français de M. Tancoigne. Londres, 1820.
Colburn. 1 vol. in-8°, orné d'une carte et d'une gravure coloriée.
Prix, 12 shellings.
L'auteur de cet ouvrage visita la Perse, à la suite du général
Gardane , qui fut envoyé dans la capitale de ce royaume par le
gouvernement français, en i8or , afin de combattre, à ce que
l'on supposait, l'infiuencetoujours croissante des Anglais. Les re-
cherches de M. Tancoigne semblent avoir été dirigées exclusive-
ment sur les mœurs, les coutumes , les lois et le gouvernement
de la Perse. Il ne dit rien du but et du résultat de l'ambassade
Les quatorze premières lettres contiennent des détails sur 1<
voyage de Constantinople à Téhéran, et la description du pays
que l'ambassade parcourut. Les trois qui suivent, oiïYeut un
abrégé historique des différentes dynasties persanes , depuis l'é-
poque la plus reculée de la monarchie, jusqu'à la famille actuel-
lement régnante. Les dernières , an nombre de seize, renferment
plusieurs anecdotes, des faits et des observations sur le climat ,
la population et le commerce delà Perse, ainsi que sur les r
monies religieuses , les mœurs et les usages du peuple.
Quoique l'ouvrage instructif et amusant de M. Morier ait déjà
fait connaître la plupart des sujets traités dans ces lettres , la re-
lation de M. Tancoigne se fait lire avec plaisir, et contient
quelques remarques neuves et piquantes sur une nation qui pa-
raît destinée à répandre? d;ms tout l'Orient les semences des con-
naissances et de la civilisation européenne. L. S.
56o LIVRES ETRANGERS.
i83. — Travels in various countries of the Hast} etc. —
Voyages en différons pays de l'Orient ; faisant suite aux Mé-
moires relatifs à la Turquie asiatique et européenne; contenant
les derniers voyages de M. Brownc, etc Publiés par Robert
Wai.poi.e, avec gravures. Londres, 1820. Colburn. 2 vol. in-4°.
Prix, 3 shellings.
184. — Letters Jrom Palestine; descriptive of a tour throu-gh
(jallilee and Judœa, etc. — Lettres écrites de la Palestine , ou
Récit d'un voyage en Galilée et en Judée , renfermant quelques
détails sur la mer Morte, et sur l'état actuel de Jérusalem. Par
E.-R. Joixiffe. Londres , 1819. Black. 1 vol. in 8°, 269 pages.
Prix, 12 shellings, cartonné.
Cet ouvrage renferme peu de réflexions profondes; mais il est
agréablement écrit , et propre à servir de guide aux voyageurs
qui vont visiter celte terre riche en miracles et en traditions.
M. Jollifié a parcouru la Palestine , le livre des saintes écritures à
la main , et il exhorte ceux qui le suivront à faire de même. Cette
manière de voir les lieux consacrés par de grands souvenirs est
favorable à l'imagination, mais nuit quelquefois à l'exactitude du
narrateur. Les détails concernant la mer Morte , la nature de ses
eaux , la désolation «le ses rives, sont pleins d'intérêt. Si les
Turcs permettaient la navigation sur cette mer, il n'est pas dou-
I ru \ qu'on y ferait de curieuses découvertes. Peut-être y trouverait-
on quelques vestiges des villes coupables. Plusieurs habitans du
pays ont assuré à l'auteur qu'à certaines époques de l'année, l'eau
baissait considérablement, et laissait apercevoir un peu au-dessus
• le sa surface des colonnes brisées et d'autres débris d'architec-
ture j mais il n'ose ajouter foi à ce rapport, qui n'est confirme
par aucun témoignage authentique. Strabon compte jusqu'à treize
villes qui furent englouties dans le lac Asphaltite. La Genèse no
fait mention que de cinq, et ne cite que Sodomc et Gomorrhe
comme étant particulièrement l'objet de la vengeance du Très
Haut. Ce voyage se fait lire avec plaisir , même après V Itinéraire
île M. «le Chateaubriand et l'intéressant voyage de M. de Forbin :
c'est dire aan / an sa laveur. L. S.
1 85. — (*) An account of the principalilies oj JPmUachia and
Mnldai'ia . with Tarions potitiral observations rclating to tlirni
By /f'i/fiam Wilkïtisow, esq . Ute. Britiah consul résident at
LIVRES ÉTRANGERS. 56i
Bukarest. London, 1820, Longman, Paternoster Row. — Mé-
moires sur les principautés de Valachie et de Moldavie , conte-
nant plusieurs considérations politiques y relatives. Par IVilliam
Wilkinson, esq. , ancien consul anglais à la résidence de Buka-
rest. Londres, 1820. Longman, Pater noster Row. 1 vol. in-8°
de 294 pages.
186. — Travels of Cosmo the third grand -duke of Tuscany
through a large part of England , in the reign of Charles the se-
cond and in the year 1669. London, 1819. 1 vol. in-4°- —
Voyage de Cosme III, grand-duc de Toscane , dans une grande
partie de l'Angleterre , sous le règne de Charles II et dans Tannée
1Ô69; traduit de l'italien du manuscrit original conservé dans la
bibliothèque Laurentine à Florence , orné de plusieurs vues de
Londres , de villes de province et de maisons de campagne, des-
sinées par les artistes qui accompagnaient le prince. Londres ,
1 vol. in-4°, 1819.
On connaissait depuis long-tems l'existence de ce manuscrit
dans la bibliothèque Laurentine de Florence • mais , depuis la
dernière paix, il était devenu l'objet particulier delà curiosité des
voyageurs anglais. Ceux d'entre eux à qui un long séjour a permis
de lire et d'examiner les deux gros volumes in-folio qui le conte-
naient, ont jugé que sa traduction et sa publication ne pouvaient
manquer d'intéresser le public anglais, et c'est à leur zèle que
nous en devons la connaissance.
Cosme III était accompagné, dans son voyage, du comte Lo-
renzo Magaloti , célèbre alors en Italie par sa vaste érudition et
son goût pour la littérature. Il paraît même que sa réputation l'a-
vait précédé en Angleterre ; car à peine y fut -il arrivé, que lord
Somers et Isaac INewton s'empressèrent de faire connaissance
avec lui, et en furent si charmés, qu'ils se firent un plaisir dVn-
tretenir correspondance avec lui long-tems après son déport.
C'est ce comte Magaloti qui est l'auteur du manuscrit. 11 tenait
un journal régulier des occupations du prince , des lieux qu'il vi-
sitait, des personnes qu'il voyait j et, d'après les curieuses oh H 1
vations qu'on y trouve sur le roi, les personnes et les èvénemens
du tems, ilcstàregretterqu'ilne soit pas entrédansde plus grands
détails. Ceux qu'il donne ne se trouvent dans aucun autre ou-
vrage , et nous font assez bien connaître les mœurs et les usages
56- LIVRES ÉTRANGERS
de la cour et de la ville, et l'histoire de l'Angleterre à cette
époque. Cosrae garcia le plus strict incognito pendant son séjour 5
c'était le de'sir de connaître le peuple anglais, la cour et le prince,
qui lavait conduit en Angleterre. L'étiquette eût mis des en-
traves à la liberté de ses observations. 11 eut plusieurs entretiens
familiers avec Charles second, particulièrement à JVew-Marfirt,
où ce monarque se trouva sans suite et sans garde comme un
simple particulier.
Les vues qui accompagnent cet ouvrage sont supérieurement
dessinées- et comme les lieux et les objets qu'elles représentent
ont subi avec le tems de grands changemens , elles sont , pour
cette raison, un. objet de curiosité, el autant de monumens d'an-
tiquités topographiques inléressans pour l'Angleterre. L. S.
187. — Philosophical lÀbrary , ediled by Josephus Tel A. — The
lifi: and morals of Confucius and Epicurus. — Alondity nj' the
East , — political mischiej's oj Popery , relias oj the church <j
Home. — Moni/ity nj the JVew Testament. — Bibliothèque phi-
losophique, rédigée par Joseph Tel", ?.e édition. Londres, 181 8.
in-S°; 3 vol. — -Iai /yie et fa morale de Cnnjucius et d'Efticttfié ;
irr vol. , .'! ',7 pages. — . F,a Morale de /'( hient . T Influence politique
du papisme , •>.<■ vol. , .'W> pages. — l.a A/orale de V •Evartgilè , 3C vol.
33o pagi
L'éditeur de Dette collection philosophique paraît avoir conçu
le dessein de réimprimer les traites les plus célèbres suides sujets
de morale et de religion des wir el \ vue siècles. Quoique l'utilité
b'un tel recueil puisse, jusqu'à un certain point , être contestée ,
nous nous empressons de leconnaîlre que l'éditeur mérite de
grands éloges , pour le choix des ouvrages et pour le> principes
qu'il veut suivre dans la vaste exécution de son plan. Il se déclare
l'ami de toute secle religieuse , pourvu que on esprit ne soit ni
exclusif ', ni minier int .
Le premier volume contient un exposé de la morale de (.'onfii-
cius , d'après un ouvrage publié en i(*)i , cl oll're un tableau com-
plet de la vie et dis opinions de ce célèbre philosophe. Quoique
l'on soil revenu de toutes les erreurs sur la (mine, quoique l'on
<>it convaincu qu'il v a beaucoup à rabattre des récits de quelques
voyageur» >ur celle grand'- nation, qui ne gagne pa-~à«lre \ ne
de près, l'éditeur adopte Jes anciennes notions sur la perfection
LIVRES ETRANGERS. 563
des lois du céleste empire. 11 a oublie de rapporter un fait , ga-
ranti par Marohman, et qui donne une juste idée de la stabilité1
des institutions et de la langue des Chinois • c'est que les traite's
de Confucius, composes long-tems avant noire ère, sont aujour-
d'hui lus par les Clùnois, précisément comme ils ont été écrits, il
y a au moins deux mille ans.
Ce premier volume renferme aussi un essai sur la vie et la mo-
rale d'Epicure, publie par Digby (1712). L'auteur s'est principa-
lement attache à faire ressortir la beauté' des idées philosophiques
du moraliste grec, ses opinions sur l'immortalité de l'aine, et la
sagesse, la tempérance de ses mœurs, qui , suivant Digby , n'a-
vaient rien d'épicurien. Le volume est terminé par la défense
d'Epicure, de St.-Evremont. On sait qu'il y expose les principes
des hommes célèbres parmi les anciens qui ont adopté le système
d'Epicure, et qu'il fait une éloquente description de la mort cou-
rageuse de Pétrone et de celle de Sénèque.
On remarque, dans le second volume, un exposé de la morale
du Coran, précédé d'une vie de Mahomet, d'après un ouvrage
publié en 1766. Des notes de tient, de Bazin, et de l'éditeur lui-
même sont jointes à cet exposé. Le reste du volume renferme des
traités sur les dogmes et les principes de la religion catholique ,
adressés aux catholiques d'Irlande- l'Eglise romaine n'est pas
ménagée dans la traduction d'un ouvrage imprimé en 1698, et dé-
dié à la chambre des communes d'Angleterre , par Souligne, petit-
fils du célèbre Duplessis-Mornay. Le volume est terminé par la
réimpression dune pièce assez curieuse, de 1752 , écrite de Rome
par une personne de qualité. Quoique l'éditeur ne doute pas
qu'elle ne soit authentique, cependant, nous avons quelque;
doutes de la vérité des faits exposés dans ce pamphlet pseudo-
nyme. S'il fallait les croire, il y aurait eu à Rome, dans Tan
née [753, un grand besoin d'argent, et le pape attrait ordonne: la
vente à l'encan de toutes les reliques renfermées dans le château
St. -Ange , que, pendant des siècles, la piété dés fidèles y avait
accumulées. Suit une énorme liste de reliques, à laquelle non-
ne pensons pas que l'imagination la plus féconde put rien ;qou-
ter. 11 se trouve souvent que la même relique est répétée ju8qu .«
deux et même dix fois- alors, un é< rite. m prévient l'aelieteur dt
bien choisir et de ne prendre que U v 1 >"■ : Caveai emptor
564 LIVRES ÉTRANGERS.
Le troisième volume s'adresse particulièrement aux déistes et aux
rationalistes ; il est consacré à défendre la révélation, en l'appuyant
principalement sur la morale de l'Evangile. On y trouve des remar-
ques extraites des ouvrages de Locke, Warburton, Leland , etc.
En général, cette collection est rédigée avec soin, et la variété
des sujets qui y sont traités la fera lire avec intérêt. D'ailleurs ,
c'est une idée assez heui'euse que celle de faire reparaître les
vieux écrits philosophiques ; il est curieux de comparer les pro-
ductions libérales des tems anciens avec les œuvres de quelques
obscurans du dix-fieuviéme siècle. C. Coquerel.
188. — Studies ofthe Historié Muse, etc. — Etude de la Musc
de l'Hist oire , par l'auteur d'un Aperçu général des paysages de la
Suisse; des Lettres de Yorick , etc., etc. Dublin, 1820- 1 vol.
in-4°-
Sous ce titre assez vague , un auteur, qui ne devrait pas gar-
der l'anonyme , vient d'offrir au public une suite d'essais origi-
naux fort intéressans. On reconnaît dans cette production l'œuvre
d'un homme éclairé , instruit , doué d'une pénétration rare , et
qui s'est occupé de former l'esprit des jeunes gens à la réflexion,
et à un examen critique fondé sur le raisonnement. Les sujets
qu'il a d'abord traités, sont : i° un exposé de la Morale de
F Histoire, avec des remarques sur les époques principales avant
et depuis l'ère chrétienne; a0 l'usage et l'utilité des connaissances
historiques dans tout ce qtii tient aux arts , démontré par un essai
sur l'origine de l'architecture gothique. L'auteur passe en revue,
dans ce traité, les théories et les systèmes les plus populaires qui
ont été publiés , et. en propose un nouveau créé par lui, qu'il ap-
pelle « le système historique. » — Son troisième chapitre est con-
sacré à expliquer et à développer l'influence et l'étendue de ce
qu'il nomme « les relations historiques dans la découverte et la.
classification des connaissances humaines. » — On trouve, à l'appui
de ces raisonnement , une carte, ou tableau des connaissances
humaines, dressé d'après leurs rapports avec l'histoire. Celte
carte, OU tableau, comprend une analyse du plan de l'auteur et
de son ouvrage, et une série systématique : i° de l'acoustique,
ou science des sons; 20 de la morale, ou de la philosophie , qui
traite dea vertus el deavicea; 3° de la logique: 4W des mathéma-
tiques j 5° de la physique , ou de l'histoire naturelle } 6° de la po-
LIVRES ÉTRANGERS. 565
ii tique , renfermant la statistique et l'économie politique • 70 de la
critique.
L'auteur donne des définitions brèves, mais claires et précises,
de chacune de ces connaissances. Quoiqu'elles aient toutes été',
ensemble ou se'pare'ment, l'objet des recherches et de l'analyse
critique des savans et des philosophes , nous connaissons peu
d'ouvrages qui les rangent sous un point de vue aussi précis et
aussi lumineux. L'auteur les montre comme nécessairement liées
les unes aux autres, parties intégrales d'un tout qu'il devient facile
de parcourir, en suivant la chaîne de leurs rapports raisonnes et-
de leurs conséquences. L. S.
189. — An Essay on Spanish Literature , etc. — Essai sur la
Littérature espagnole , comprenant son histoire depuis son ori-
gine , dans le xne siècle , jusqu'à nos jours ; des notices sur les
meilleurs auteursen tout genre ; quelques remarques critiques; une
revue de l'art dramatique en Espagne-, et des citations tirées des
écrivains qui se sont distingués endifTérens siècles 5 par A. Anaya.
Londres, 1820. Boosey , Broad strect. Un vol. in-12. Prix,
5 shellings , cartonné.
Cet ouvrage ne tient pas tout ce que le titre semble pro-
mettre ; cependant, il donne une idée assez juste de la littérature
espagnole en général. Il serait à souhaiter que l'auteur n'eût
pas resserré son sujet dans un cadre aussi étroit.
190. — Eastern Sketchcs. — Esquisses orientales en vers; par
Henri Gallj Knight; seconde édition , 1819. Londres, 207 pages.
M. Gally Knight est à la fois voyageur et poète; il cherche à
instruire en amusant. La poésie lui sert à faire connaître à ses lec-
teurs tout ce qui a fixé plus particulièrement son attention dans
les mœurs et les usages des divers pays qu'il a parcourus. Ces
pays sont la Grèce, la Syrie et l'Arabie, où son imagination efc
son esprit observateur trouvent à faire de riches moissons. L'au-
teur a choisi pour cadres, des contes qui sont tous tondes sur des
faits dont il a été témoin oculaire. Son style est élégant et facile ;
il brille surtout dans la partie descriptive.
L. S.
POLOGNE.
191. — Théorie île la Chimie agricole et Histoire de l'Agrono-
mie , par M ic he f Oczapow ski. Wilna, 1819; iu ,S",
5«; LIVRES ETRANGERS-
192. — Injluencc de C Electricité sur l'Economie animale, ou
Théorie des expériences et observations médicales d* Etienne
Stdcielewicz. Wilna, 1819; in-8°.
L'auteur de cet ouvrage est mort, il y a six ans. Ses œuvres
seront publiées par M. l'abbé Sieradzki, traducteur en langue po-
lonaise de la Physique de M. Biot, et de l'Algèbre de M. La
Croix.
193. — Eeriœ p^arsavienses , sive quae vacans ab academicis lec
tionibus scribebat, menseaugusto mdci exix , Scbastianus Ciampi,
doctor philosophiœ , in R. varsavensi litterarum l niversit.iti
philologiœ professor, etc., etc., etc. \ arsaviae excudebat
N. Glùcksberg, 1819; in-j", pag. 27, tig.
INous avons annoncé, Tannée dernière, un premier cahier, sous
le même titre que celui-ci (Tom. 1(1 , pag. 4°3). Ces deux opus-
cules sont les fruits des loisirs d'un savant philologue, qui con-
sacre à de doctes écrits le peu de tei^B-qu il dérobe à l'instruction
publique.
Les Fériés de 1819 contiennent deux Mémoires : le premier est
la description et l'explication d'un sabre, que nous n'appellerons
pas antique, comme le porte inexactement l'inscription «le la
planche, où il est représenté , tuais ancien. Ce sabre .1 été trouvé
entre Belgrade et Rusz*czuk en Servie , par INT. le prince De La-
banofF, qui le conserve dans son cabinet. M. Ciampi prouve très
bien qu'il a dû appartenir à un membre de quelque ordre militaire,
qui en aura fait usage pour guerroyer contre les Turcs. L autrui
rétablitet explique très ingénieusement les inscriptions qui y sont
gravées. Une sculemepaïaît nepoint appartenu à la langue latine,
mais plutôt à l'argot de quelque association mystérieuse. Aucune
désinence, aucune forme de mots, ne semble autorise! I' licence
un peu hardie 1 quoique d'ailleurs très ingénieuse, au moyen
de laquelle noire philologue pari ient à en faire une ligne de latin
Le dessin des figures et des orueniiuis parait indiquer cette épo-
que du bas-empire , où les arts dégénérés participaient à la fois de
la manière antique et du genre gothique. Le contour des figure;
esl à peu près correctj mais leur disposition et Les ornemensqui
les accompagnent sont d'assez mauvais goût . autant . du moins
qu'il est permis d'en juger, d'après une planche lithograpbiée à \ ai
sovie , mais qui, pour la pureté et la fermeté du trait . n'esi point
LIVRES ÉTRANGERS. 567
inférieure aux lithographies françaises. Du reste, comine* cette
arme ne porte ni nom propre, ni date, son illustration ne peut
être que d'une utilité bornée.
Le second morceau qu'on trouve dans cette brochure, c'est la
traduction en italien d'un fragment ( chap. 10, liv. V) de la
Description de la Grèce de Pausanias, avec des notes. (Test
comme un échantillon de la traduction complète de cet auteur, si
important pour l'histoire des arts chez les anciens, que M. Cianipi
prépare depuis long-tems, et qui ne peut manquer de lui faire
le plus grand honneur. Les notes, savantes et très étendues ,
traitent de deux objets principaux , savoir : de la province c/'O-
lympie , qu'on avait généralement , jusqu'à ce jour , considérée
comme une ville, et qui a été comme retrouvée, presque et*
même tems, par la sagacité de deux savans distingués, MM. Gail
et Ciampi , qui , sans avoir communiqué entre eux, ont publié, à
de grandes distances, des observations semblables, et dont
l'analogie spontanée corrobore la vraisemblance. Le second sujet,
qui se trouve traité longuement dans les notes de M. Ciampi .
c'est la description du temple et de la statue de Jupiter Olym-
pien, qui a fourni le sujet du savant ouvrage de M. Quatremère
de Quincy, dont notre auteur adopte ou discute les opinions .
A. M.
ALLEMAGNE.
19^. — Technologïsches Lexicon. — Dictionnaire technolo-
gique, ou description détaillée de tous les arts mécaniques, de
tous les métiers, manufactures, fabriques, etc.; par J. H. M.
Poppe. 5 vol. in-8°. Prix, 60 fr. Librairie de Cotta , à Stutt
gart. 1820.
Jl n'existe peut-être pas, dans tout autre pays, d'ouvrage plus
completsur la technologie, que ce dictionnaire , qui peut servir de
manuel à la classe nombreuse et intéressante des personnes qu'oc-
cupentlesarts mécaniques. 11 n'y a guère d'article , dans tout l'ou-
vrage, quinedonne des renseignemens satisfaisans surle sujetqu'il
traite, et l'on s'étonne de l'entreprise colossale de l'auteur qui,
seul, a exploité un champ si vaste et si varié.
iq5. — Sercna, die Jutigjrau, nach ihrem Kùitrilte in die
IVelt. — Screna, ou la jeune vierge,, après son entrée daus le
TOME VI. 39
566. LIVRES ETRANGERS.
inoiidi' ; par G. Friedrich, pasteur à Francfort, i vol. in-8°,
u3o pag. Prix, 4 itk 5o cent, irantfort, chez Sauerlànder.
La littérature allemande est très riche m li\ resde moral»- et de
religion, destinas à former le cœur de l.i jeunesse; cependant
l'ouvrage que nous annonçons, est unique dans son genre: ce
n'est pas un coins gênerai de morale , «/est un complément de
1 instruction préparatoire que , dans l^gli&e prouvante , les jeu-
ne- SfiW reçoivent, jusqu'à quinze ou seize ans, a\ant la confir-
mation, c'est-à-dire, avant d'être reçus membres de la commu-
nauté, et d'être admis à la sainte cène. L'auteur, après avoir
démontre pourquoi l'éducation de la femme doit nécessairement
avoir une base religieuse bien solide , y fait connaître aux jeunes
demoiselles leur destination dans la vie sociale • il leur peint, sous
les couleurs les plus vives, le bonheur de la femme dont le cœur
conserve toujours sa pureté et sa sérénité primitives. 11 expose,
d'un autre coté, l'infortune de celle qui sécajtc de sou devoir. Il
indique les moyens de prévenir ce malheur, et trace un tableau
charmant de la vie domestique. 11 parle ensuite des connaissances
que la femme y doit apporter, des qualités du cœur et de l'esprit
qu'elle doit principalement cultiver, des devoirs qu'elle aura a
remplir, etc. Tous ces préceptes sout étavés d'obseï \ ations f
puisées dans l'expérience de l'auteur lui-même. Son style est no-
ble et énergique; et , comme il écrit avec beaucoup d'onction ,
il s'empare aisément du cœur des jeunes personnes, dont aucune
ne lira cet ouvrage sans en retirer beaucoup de fruit.
iç)6. — Dos Schfoss tttariehburg. — Le château de Marienbourg,
dans la Prusse occidentale. Tableau historique. 1 vol. in-b°.
1819, Christiani, à Berlin.
Les amis de l'histoire et des antiquités germaniques ne sau-
raient lire sans intérêt la description du ch.Heau de Marienbourg
sur la Vistule, ancien siège de l'ordre Tcutomque. L'auteur auo
nyme a dédié son opuscule au président de Sehon , à Dant/.ick,
administrateur éclaire', à qui plusieurs familles allemandes, dont
les ayeux reposent dans ce monument anliqiu* , son* redevables
de son rétablissement. Depuis nombre d'années il était tombé en
ruines. Une partie du château servait de magasin militaire, et
c'est cette partie (pie. depuis deux ans, on a commence à réparer ,
pour conserver le souvenir d'unedes plus brillantes institutions
du teins des croisades
LIVRES ÉTRANGERS. 56V)
197. — Dzieie Kmleslwa PoLskiego , etc. — Histoire du royaume
de Pologne, par Samuel Bandtkie. Rieslaw, 1820. in-8° , t. 1 et
11, deuxième édit. revue et augmentée par l'auteur.
198. — Chronik des neunzchntenJ ahrhuiulerls. — Chronique du
dix-neuvième siècle, par Charles Venturim. Vol. xme, in-8°.
8G> pages. Prix, 12 fr. Altona , chez Hammerieh. 18(9.
Cet ouvrage offre une esquisse intéressante de tous les événe-
mens dignes de remarque du siècle actuel. L'ordre pariait
dans lequel ils sont exposes , en facilite la recherche. L'au-
teur a fait précéder chaque volume d'un aperçu générait. On
pourrait désirer qu'il se fût contenté , dans le reste de l'ouvrage,
de citer simplement les faits , sans y ajouter des observations , ou
sans leur donner la couleur de son opinion individuelle. Quelque-
fois aussi il s'appuie sur des autorités qui ne nous paraissent pas
bien solides. Le treizième volume, que nous avons sous les yeux,
contient les événemens de 1816.
199. — Kolzebue , Deutslan.il itntl Hu.sslantl. — Kotzebuë , l'Al-
lemagne et la Russie, par F. Schott. 1^4 pages in-b°. Leipsick.
et Mersebourg , chez Klein. 18*20.
Le mérite de Kotzebuë , comme homme et comme littérateur ,
a été , depuis la fin tragique de cet auteur fécond, le sujet de
bien tles écrits de toute espèce, qui ont paru en Allemagne ;
mais, comme tous ceux qui sont parvenus à notre connaissance,
paraissent avoir été dictés par une grande animosité, nous
n'en avons guère parlé. M. .Schott est plus modéré que ses
devanciers j au moins ne dénigre-t-il pas le talent, de Kotzebuë,
comme auteur dramatique, ou en général comme littérateur.
Certes, l'auteur de plus de deux cents pièces de théâtre ne pou-
vait pas exceller dans ses compositions , et M. Schott ne se
trompe point, quand il attribue cette imperfection précisément
à la grande facilité d'écrire, qu'aucun auteur ail ••mand n a pos-
sédée à un si haut degré que M. KotzeboèV, et dont il a trop abusé.
On cherche en vain dans ses Ouvragea l'originalité, la profondeur
ctmeme un grand élan d'imagination. On n'y remarque guérefl <le
caractère saillant. Mais tout ce que M. Kotzebuë a publie , se dit»
tingue par une diction claire, par un intérêt soutenu; et son talent
agréable ne saurait être cohteel ■'■ a\. « justice. Il n'en est pas rie
même de M. Kotzebuë, comme publicislo ou connue h mime po*
:-0-
57o LIVRES ÉTRANGERS.
litique, et c'est sur ce terrain que M. Schott le combat victorieu-
sement. Quant aux vues Je M. Schott, relativement à la posi-
tion réciproque de l'Allemagne et de la Russie, on pourrait
l'accuser d'une trop grande partialité pour son paya natal. Tout
homme doit sans doute aimer sa nation ; mais toutes les conve-
nances , même celles du goût, interdisent des louanges outrées,
surtout quand elles sont données aux dépens des autres nations.
200. — Baustiicke. — Matériaux de construction à l'usage des
Francs-Maçons, particulièrement des frères de l'ordre e'clectiquc,
parle baron Je Wedekikd. i vol. in-8°, 35o pages. Giessen,
chez Heyer , 1820. Prix , 5 fr. 10 cent.
Le but moral de la Franc-Maçonnerie s'est conservé sans
alliage dans la majeure partie des loges allemandes , dont
les travaux tendent au perfectionnement de l'espèce hu-
maine, aux progrès de la civilisation et au bonheur général.
En même tems, la littérature allemande offre une grande richesse
en fait d'ouvrages qui se rapportent à cette société secrète et
renferment les plus nobles principes, souvent exprimés avec beau-
coup d'éloquence. De ce nombre est l'ouvrage que M. de Wede-
kind vient de faire paraître , et qui contient divers discours
prononcés par l'auteur dans les loges de Francfort, de Darms-
tadt et de Worms. Ils sont accompagnés de notes critiques, his-
toriques et philosophiques.
201. — Athalja, ein Trauerspiel. — Athalie , tragédie en cinq
actes , imitée de Racine , en vers métriques , par Charles Dielitz.
1 vol. in-8Q de i5o pages. Berlin, chez IMicolai. 1819.
Ce que le célèbre Schiller a fait pour Phèdre , l'auteur de l'ou-
vrage que nous annonçons l'a voulu faire pour Athalie ; mais, le
pi emier , en suivant vers par vers son immortel original , a pro-
duit lui-même un chef-d'œuvre , et il s'en faut de beaucoup que le»
vers de M. Dielitz soient aussi harmonieux que ceux de l'autcui
de Marie Stuart, de Jeanne d'Arc, etc. La Phèdre de Schiller a
été représentée sur les premiers théâtres de l'Allemagne avec un
«ueeèfl digne de l'original et de la traduction, tandis que l'Atlia-
U« d<' M. Dielitz, quels que soient les efforts que l'auteur ait faits
pour rendre son imitation conforme au goût allemand, n'aura
probablement jamais l'honneur d'être représentée rar aucun
théâtre. D'ailleurs, il existait déjà quatre traductions allemande."
LIVRES ÉTRANGERS. 57i
d'Athalie. Celle de feu Cramer, ancien professeur de l'Université'
de Kiel , inspira au compositeur Schulz de Lunebourg , maître
de la chapelle du roi de Danemarck, ces chœurs sublimes qui ont
fait si long-tems les délices des habitans de Hambourg, et qu'il
est à regretter de voir si peu connus à Paris.
202. — U ngvnrnémeti Toth Laszlo Gorog T^ersei Magyar
Tolmacsolattal. — Poésies grecques de Ladislans Toth d'UNG-
vàrnémet, avec une version magyare ou hongroise. Vol. in-8° de
190 pag. Pesth, chez Trattner.
L'auteur de ces poésies grecques est encore très jeune ; il étu-
die la médecine à l'Université de Pest, et emploie ses momens de
loisir à composer des vers, tant dans sa langue natale que dans celle
de l'ancienne Grèce. Il excuse sa hardiesse d'écrire des vers grecs,
par l'exemple de Scaliger, d'Alsworth , de Roivin , de Filiczky et
d'autres. Ses compositions décèlent le plus pur patriotisme , ainsi
qu'une prédilection marquée pour la langue, la poésie, et,
en général, pour tout ce qui intéresse l'honneur de la nation
hongroise. Des odes, des épigrammes , des idylles et des épîtres ,
forment ce recueil. Quelques-unes des odes respirent un véri-
table esprit pindarique. H — s.
2o3. — Albrecht Durer und sein Zeitalter. — Albert Durer et
son siècle 5 par A. Weise. i vol. in~4°. Leipsick , 1819, chez
Gleditsch.
Cet ouvrage offre aux amis de l'histoire de l'art, des recherches
fort intéressantes sur le tems où la peinture, comme les arts en
général, étaient encore au berceau , en Allemagne. Il trace un ta-
bleau fidèle de ce siècle, dans lequel figurent tous les contempo-
rains distingués de Durer, qui ont influé sur son art. A la lin de
l'ouvrage , on trouve une énumération détaillée de tous les tra-
vaux de cet artiste. H — s.
204. — Bilder und Schriflen derVonzeit. — Images et écriture?
des anciens tems, représentées par U. F. Kopp, de Hesse-Casscl
1 vol. in-8°, 3o4 pag.; avec un grand nombre de gravures colo-
riées et de figures gravées en bois. Manheim , 1819.
L'auteur est un des plus grands connaisseurs , de nos jours, en
paléographie. Il entreprit la publication de cet ouvrage comme
pour se reposer momentanément d'un autre du même genre ,
mais plus étendu , et qui nécessitait des recherches pénibles. Il
5}î LIVRES ETRANGERS.
offre ici aux amateurs de l'antiquité , particulièrement de l'an-
cienne jurisprudence, de quoi exercer agréablement leur sagacité.
L'ouvrage ôffne cinq divisions principales : 1. Dissertations sur
la noblesse naissante. Les matériaux de cette dissertation sont e\-
traits d'un ancien poème allemand , intitulé Der RilUrspie^el (le
Miroir de la chevalerie ) , qui donne un exposé des usurpations
que la noblesse héréditaire a exercées de tous teins. La question
si cette noblesse, uniquement à cause de sa naissance et sans nu
cun mérite personnel , peut prétendre à des prérogatives, y evst
résolue négativement, parce que ces prérogatives, introduites au
préjudice des autres citoyens, sont contraires ou bon sens, et
incompatibles avec le bien-être de l'Etat. JI. Tableau du droit,
saxon, d'après un manu-cri t du treizième siècle. III. Observa-
tions faites, pendant un voyage , sur les manuscrits les plus im-
portans qui se trouvent dans les bibliothèques de Vienne, de
Strasbourg, de Bamberg et Wurzbourg IV. Sur des inscription*
phéniciennes. V. Critique de quelques ouvrages paléogi aphiques.
Partout rauleur donne des échantillons de l'écriture des diverti
manuscrits dont il est question dans l'ouvrage, en y ajoutant une
copie fidèle des images et autres dessins qui ornent les anciens
parchemins. Il r. mu eus.
DA1NEMARCK.
»©5. — firfenslxibefiçel'orhanfl/in^rr, etc. — "Mémoires scien-
tifique-, du clergé de revèché de Sélande, publiés par MM. Movs-
ii.n et GuTrr.Lnr. Copenhague, 1818-19, in-8°. 11 en a paru
trois volumes.
206. — frîdenakab<ehgê , etc. — Mémoires scientifiques du
clergé de i'éwVhé de Fi». nie. publiés par M. Vw m . évéutte. Co-
ptr.haguc, 1816-19, in-M^. Nous en connaissons 1rs quatre pu -
miers caliiers.
9.0-. — Sidragltl) etc. — Revue écononiico- politique ilu
royaume de Danemarck ; par M. Oli'Ssen. Copenhague, 1819,
in-8°. Noua en avons vu les trois premiers Cahiers.
y.08. — Magasin , etc. — Magasin pour les sciences militaires,
publié par MM. Fp.h.ek et Jahn. Copenhague, 1818-19. 11 m .1
paru, à notre ctranaiMtfhce, cinq cahiers.
,»n;). — Thtatrêt, etc. — Mémoires pour servir à faire connaître
LIVRES ÉTRANGERS. >
l'état actuel du Théâtre national. Copenhague, i8i8,in-SQ. INou*
avons sous les yeux les neuf premiers cahiers.
2io. — Uumiristcn, etc. — L'humoriste, ou Anecdotes et
Contes amusans; par M. Soldin, 1818, in-8°. H en a paru quatre
cahiera*| *
ITALIE.
2tt. — Le Itère d'un récente visggia , etc. — Lettres sur un
voyage fait récemment en France, en Angleterre , en Ecosse, en
Hollande , et dans une partie de l'Allemagne ; par Girolamn
Oiiti. Vérone, 1819, 1 vol. iu-8u, 268 pag.
11 paraît que ce n'est pas ici le premier ni le seul voyage que l'au-
teur ait fait j mais , en le lisant, il semble qu'il vaudrait mieux ne
pas voyager du tout que de voyager ainsi, ou du moins qu'on
pourrait se dispenser de publier de tels voyages, qui ne servent
ni à la réputation de leur auteur, ni à l'instruction du public.
M. Orti rappelle ordinairement des choses assez vulgaires; et s'il
en indique quelqu'une d'intéressante, il le fait d'une manière si
incomplète et si rapide , qu'on serait tenté de penser qu'il n'a pas
vu ce qu'il indique, ou qu'il a voulu plutôt, exciter, que satisfaire
la curiosité des lecteurs. C'est aux Italiens qu'il appartient de
juger de son style; mais les Français ne peuvent lui pardonner
l'omission ou l'oubli des objets les plus intéressaus, tant pour les
étrangers que pour les Italiens , qu'il n'a pas aperçus ou n'a pas
appréciés. Il ne semble courir qu 'après ce qu'il y a de plus futile ;
etàParis, parexemple, ilne dit presquerienduLouvre,del'Insti-
tut, du Jardin-des-Plantes , de l'Observatoire, de l'Ecole des
Mines, de l'Ecole des Sourds-Muets, de l'Institut des Aveugles ,
de la Bibliothèque royale, du Conservatoire des Arts et Mé-
tiers , etc. Jl en parle tout au plus comme s'il faisait unalmanach ,
pour indiquer à un voyageur ce qu'il devrait observer. Ce qu'il
nous dit de plus intéressant, c'est qu'il acheta à Paris trois
livres très ordinaires, et que de tant de savans et de littéra-
teurs dont cette ville s'honore , il ne connut que IM. de .lussieu et
madame la comtesse de Genlis. Ce qui est pire encore . il aime à
généraliser des qualités et des accidens qui n'appartiennent qu V»
des circonstances particulières. Il visite et traita de même l'An
gleterre et tous les adirés paya par tetqvelfl il est, passé. Non*
574 LIVRES ÉTRANGERS.
avons parié sévèrement de ce voyage pour mettre en garde contre
cet exemple, tous ceux qui pourraient être tentes de limiter, et
pour avoii l'occasion de féliciter tant d'autres Italiens qui voyagent
en France avec le meilleur esprit, et qui nous font estimer leur*
talens et leur nation. k
212. — Histoire de Loango , Kakongo et autres royaumes d'A-
frique, rédigée d'après les Mémoires du préfet apostolique de la
mission française. Chambéry, 1820. 1 vol. in-iu, orné d'un por-
trait ; Puthod , libraire. — Paris, Méquignon aîné.
2i3. — Gerusalemme distrutta , etc. — Jérusalem détruite,
poème épique de Cesare Arici. Brescia , 1819, in-80 de 219 pag.
Ce volume contient les six premiers chants du poème. 11 faut
espérer que les autres chants seront plus intéressans: ceux-ci ne
promettent pas de grands succès à la muse de M. Arici , qui ,
dans d'autres genres, en a obtenu de très flatteurs. On croit que
l'auteur profitera des conseils des littérateurs les plus éclairés, et
qu'il refondra entièrement ce premier essai de son poème.
214* — Tito , ossia Gerusalemme distrutta, etc. — Titus, ou
Jérusalem détruite, poème épique du comte Daniele Florio.
Venise, 1 vol. in-8c de Go pag.
On a publié les deux premiers chants de ce poème inédit, pour
faire naître des doutes en Italie sur l'originalité du poème de
M. Arici. Mais ce n'est pas le même sujet, c'est le même plan
qui doit faire regarder un auteur comme un imitateur servile ou
comme un plagiaire. Le sujet de Jérusalem, détruite par Titus,
avait été déjà traité par Gio Ratlista Lalli, Napolitain, sou* le titre
de Gerusalemme desolaia. Mais M. Arici a suivi une route tond
différente; et si l'on peut dire qu'il paraît quelquefois inférieur au
Florio, il est du moins bien loin de l'avoir imité.
3ï5. — Cl aie ri i Catm.i.t carmina qucB e» tant omnur ex recen-
sione P. Guill. Dof.rim;. August.-r Tauiinorum, if
On applaudit généralement à l'édition des classiques latine, enti e
prise et continuée à Turin , avec beaucoup de loini . p.u la ^ eui t
Pomba et fils. Les poésies de Catulle ont été précédées pai li 1
Commentaires de César, et seront suivie- de -en il s de l 'a ci le , qui
sont déjà sous presse. On loue daU9 ces éditions Je choix des
remarques , et la correction t \ pograpbique.
316. — Il costume antirn e moderno , clc. — Des usages anciens
LIVRES ÉTRANGERS. 5;S
et modernes, ou Histoire du Gouvernement, de la Milice , de la
Religion, des Arts, Sciences , Coutumes de tous les peuples
anciens et modernes, prouvée par les rnonumens de l'antiquité ,
et représentée avec des dessins analogues, parle docteur Giu/io
Ferrario. Milan, 1817 et années suivantes, in-j°.
Cet ouvrage , qui se continue avec beaucoup de succès, forme,
jusqu'à présent, sept grands volumes in~4Q« H contient un en-
semble de faits qu'on ne peut trouver ailleurs que dispersés en un
très grand nombre de vol., la plupart fort rares, et d'un prix dis-
pendieux. On en fait deux éditions à la fois : l'une en français, et
l'autre en italien. Les parties qui traitent de l'Asie, de l'Océanique
et de l'Afrique sont terminées • et déjà on a publié un volume sur
l'Europe. On y décrit tout ce qui appartient à la géographie , à la
topographie et à la chronologie de chaque pays, au gouvernement
et aux lois, à la milice, à la religion, aux noces , aux funérailles ,
aux arts mécaniques et libéraux, à l'architecture civile, militaire,
navale et hydraulique, à la peinture, à la sculpture, à la poésie, à
la musique, à la danse, aux sciences, coutumes, usages, vetemens,
ustensiles, fêtes, jeux, commerce, mesures, etc., des dïfférens
pays. Plusieurs collaborateurs concourent à l'exécution de ce
vaste plan du savant docteur Ferrario, qui en dirige l'exécution.
Les planches et, les figures sont dessinées par MM. Palagi et Mon-
ticelli, artistes très distingués.
Voici l'ordre des matières contenues dans les volumes publiés
(usqu'à présent. Dans le \rT vol., M. Ferrario a donné la descrip-
tion de la Chine, et de ses possessions dans l'Océan oriental, et
M. Leva ti » celle de la Corée», du Japon, etc. Ce vol. contient
aussi 86 planches coloriées. Dans le 2e vol., on trouve la descrip-
tion de l'Indostan , des îles Ceylan , Maldives et Lachedives, de
l'empire du Birman, des îles Andaman et Nicobar, des royaumes
de Jangornc , de Lao , de Tonquin, de Cochinchine , de Siam , de
Malaque, etc.; par le docteur Ferrario. L'article consacré à Bac-
chus est rempli d'érudition : ce vol. comprend 92 planches. Dans
le 3e vol., on trouve tout ce qui regarde les Phéniciens, les Sy-
riens, les Hébreux . les Arabes, par M. Levati; et les Phrygiens,
les Troyens, et antres peuples île l'Asie-Mineure,les Babyloniens,
les Assyriens , les Perses, par M. Ferrario. j5 planches ornent ce
3e vol. Le 4e achève la description tic l'Asie et appartient tout
5:G LIVRES ETRANGERS,
entier à M. Ferrario. Il parcourt le Caboul, le Tibet, la Géorgie,
la (Jircassic, la Scythie, la Tartane, la Sibérie, le kamtsekatka.
On trouve aussi dans ce volume ce qui est relatif à la cinquième
partie du "monde, qu on appelle Océanique ou slustralasie. II
comprend 97 planche»,
Les deux vol. suivans, savoir le r>€ et le 6e, embrassent l'Afri-
que. Le 5e contient l'Egypte, avec 77 planches; le (>c traite des
Ethiopiens , des INubiens, des Abyssiniens; il renferme 62 plancb.
M. Levati a fait tout ce qui concerne les Carthaginois, les Nu-
mides et les ftarbaresques ; tout le reste est de M. Icrrario.
Le 7e vol., où commence la description de l'Europe, est de
M. Robusliano Gironi, bibliothécaire d'e Brera , à Milan. Cette
partie, consacrée à la Grèce , est divisée en cinq sections, où Ton
traite, i°dela topographie; 2e des temps mythologiques ; i)1-' «lu
gouvernement; 4° de hi milice; 5° du culte religieux. (Je volume
contient 'jg planches. La simple indication des sujets que com-
prend ce grand ouvrage, suffit pour en démontrer L'intérêt. TNous
espérons qu'Usera continué avec le même zèle et le mvme succès.
217. — Ara tmtiçm Scoperta in Ummburgo , dei signor consi-
gliere Stcjimo nobile de Mainoni, etc., pul>Lc<it<t cou aicunc
spiegazioni dal Dott. (î in. Larus; AJilano, 1820. Destefonis. Petit
in-fol., avec une planche.
L'inscription romaine publiée et savamment expliquée par
M. babas, a été trouvée à Haimbourg , sur le Danube , près de
Vienne, en 1819, par M. de [Mainoni, associé de plusieurs com-
pagnie» littéraires. Ce lieu a été cons'dérc , par plusieurs géogra-
phes, comme l'ancien Cnrnuniunt de la Panaonie supérieure,
dontparlentTite-Live,Eutrope,Eusèbc, Ain mien- M H •eellin, l te.-
et le nom de cet ancien municipe se retrouve en effet sur l'inscrip-
tion même. Elle rappelle une dédicace île consécration, faite par
Titus-Havius-Probus , fiU d'un autre lit us , de la tribu Sergia ,
brurion de Carnuntnm, et juge des cinq <lecuries , ;'i cause de
la charge d'augure, accordée à son lils Titus - Flavius, aussi
décurion «lu même municipe; le terrain où figurait le monu-
ment, fut •CCOrde' par un décret des dédirions, et la «l«;dieaco
avait été faite aux entendes de septembre, Orfitns et Rubis étant
consuls ( r»r sept. 178 de l'ère cbr< tienne On peut croire que la
dédicace était celle d'une itatSM à laquelle notre inscri[)tion m<<
LIVRES ÉTRANGERS. 577
vait de piédestal- cette statue était peut-être celle de Marc-Au-
réle • et il est à remarquer que, d'après un passage de Lampride ,
cette dédicace aurait été faite le jour même où Marc-Aurèle et
Commode arrivaient à Carnuntum, marchant contre les Quadeset
les Marcomans, peuples de la Bohème et de la Moravie, qui
alors menaçaient de ce côté les frontières de l'empire romain. On
doit applaudir au zèle de M. de Mainoni, qui a recueilli ce cu-
rieux monument, et à celui de M. le docteur Labus qui Ta si
heureusement expliqué. C. F.
ESPAGNE.
ii 8. — Geometria aplicada al Jibnjo de adorno. — Géométrie
appliquée au dessin des ornemens ; 2 vol. , avec des planches :
par Don Pie/veMEZQuiA et Don Sahadoi Ducn an. Madrid , 181g,
Sancha.
La Société patriotique de Madrid a établi une chaire de géo-
métrie et une chaire de dessin : M. Mezquia, professeur de géo-
métrie, et M. Duchan, professeur de dessin, ont écrit , chacun
dans la partie qui le concerne, un cours d'application de la géo-
métrie à l'ail du dessin; et l'expérience des progrès que les élèves
ont faitspendant.ee premier cours, est une garantie de la bonté do
la méthode que les deux professeurs ont adoptée.
219. — Princijnos de çeo^rafia nstronomirn , fisica , poli tien. —
Principes de géographie astronomique , physique et politique,
par François \ krdeso-Paez. — Madrid, 1819, chez Davila. 1 vol.
in-12, avec des planches.
Cet abrégé contient, dans la partie politique, les divisions ter-
ritoriales faites jusqu'à l'année i8iH, ainsi que tout ce qui con-
cerne les objets d'histoire naturelle , d'industrie et de commerce.
Dans la partie physique, on remarque des observations très cu-
rieuses, qu'on ne trouve peut-être dans aucun antre abrégé de
géographie. Les observations historiques sont faites avec beau-
coup de critique et de clarté. Il paraît, enfin que cet ouvrage doit
être utile autant qu'un abrégé puisse l'être.
220. — Ensayn sobre In im>csli^ncion da la naturclcza y de las
causas de riqtieza de las nacionrs. — Essai sur l'investigation de
la nature et des causes de la richesse des nations . en ce qui con-
5?8 LIVRES ÉTRANGERS-
cerne l'Espagne 5 ou Économie universelle théorique appliquer
à la nation espagnole. » Par Don Gonsalve dehvvk : tome Ier,
in-8°. Madrid , 1819, chez Davila.
Quoique les ouvrages de MM. Say , Smith et autres écono-
mistes soient hien connus en Espagne , et même traduits en es-
pagnol, l'auteur a pensé que ces ouvrages contiennent quelques
erreurs, et qu'ils ne sont pas s iffisans pour l'Espagne. 11 explique
les principes généraux de l'économie politique d'une manière dif-
férente, et établit un système économique nouveau, dont les éco-
nomistes et les politiques jugeront le mérite. Il est 1res utile , en
tout cas , que des hommes de talent travaillent à approfondir une
matière qui intéresse si fort toutes les nations civilisées.
J.-A. Llorente.
PORTUGAL.
•22 t. — Demonstraçdo da existencia de Deos , por José Agos-
tinho de Macedo. — Démonstration de l'existence de Dieu , par
Joseph-Augustin de Macedo. Lisbonne, 1819, in-S°. (240 reis.)
L'auteur de cet écrit est avantageusement connu dans la litté-
rature portugaise par d'autres ouvrages. Il donne, dans celui-ci ,
de nouvelles preuves de son esprit philosophique et éclairé.
222. — Colleccdo compléta d as leis , alvaras , decretos , cartas
regias , etc., promulgadas no Brazil desde a chegada deel rci tiosso
senhor aquelle reino aie mayo 181 8 corn sens indices cmnologicos.
Lisbonne, 1819. 3 vol. in-fol. (38,4oo reis.) — Collection com-
plète des lois, décrets , édits royaux, etc. , promulgués au Brésilj
depuis que le roi s'y est transporté jusqu'en mai 1818, avec des
tables chronologiques.
223. 1 — Manualde Tabelliâo\ on Enseyo du jurisprudeneia eu-
rematica , contendo a colleccdo de minutas dos contratos c instru-
ntenlos mais nsuaes , e das cautelas mais précisas nos contratos è
>< -stamentos. — Manuel du Tabellion , ou Répertoire de jurispru-
dence , contenant une collection de minutes de contrats, d'actes
les plus usités , et des formules les plus précises employées dans
les contrat s etdanslea I es ta mens. Lisbonne , i8i9,in-8°. (4 80 rcisj
Ce manuel du notaire pour le Portugal est intéressant pour le
négociant étranger qui est en relation a\<>( tirs maisoni de com-
merce portugaises. Il lui fait voir quelles précautions il doit
LIVRES ÉTRANGERS. 5:9
prendre en passant un contrat avec ces maisons par l'entremise
d'un notaire portugais.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
224. — Joannis Caroli Van Rotterdam , oraûo defatis, quibus
artis medicœ disciplina , sub Gallorum imperio , in his meridiona-
libus regni pavtibus , obnoxia fuit; publiée habita die 5 octobris
1818, cum magistratu academico se abdicaret. Gand , 1818, in-4°
de 3i p. — Discours sur le re'gime auquel fut asservi l'exercice
de la rae'decine , dans les contre'es méridionales du royaume, sous
le gouvernement des Français.
Le mot obnoxia, dans ce titre, annonce assez de quel œil l'orateur
envisage son sujet, bien qu'il ne faille pas lui tenir trop de rigueur
pour sa latinité j ce qui serait d'autant plus dur, que lui-même
passe volontiers condamnation à ce sujet.
225. — Aanmerkingen overde breuk van den hais des Dijbeens.
' — Observations sur la fracture du col du fémur, par H.-J. Van
Houte, praticien à Amsterdam. Rotterdam, chez Hendriksen ,
1816, in-8° de 108 p. , avec 4 planches.
M. Van Houte ne croit pas incurable la fracture du col du fé-
mur , et il produit un cas qui semble favoriser son opinion. 11 con-
seille le bandage de Dussault, avec un perfectionnement de l'é-
clisse , dont il ne s'attribue pas le mérite , et que représente la
4e planche. Ce Mémoire fait honneur aux connaissances et à la
sagacité de son auteur.
22G. — Handboek der geschiedenis , etc. — Manuel de l'histoire
des anciens États , spécialement sous le rapport de leur forme de
gouvernement, de leur commerce et de leurs colonies, par
A. H. L. Heeren, professeur d'histoire à Gottingue , etc., etc. ;
traduit en hollandais , et enrichi de quelques observations , par
Gr. Dornseiffen, professeur à l'école latine d'Utrecht. Zutphen,
chez Thienne , 1818 , in-8° de 562 p.
Comme tout se traduit en Hollande, nous nous abstenons vo-
lontiers tl'annoncer les traductions qui paraissent. Nous dérogeons
ici à cette règle, ru égard au mérite de l'ouvrage original et à
celui de sa traduction hollandaise. M. DornseiHcn est connu
par d'estimables productions originales.
227. — liusland en de JYederland , etc. — La Russie et le
58o LIVRES ETRANGERS.
roj'aume des Pays-Bas, considères dans leurs rapports respectifs,
par J. ScHELTKMA , chevalier de l'ordre du Lion 13< -l-ique ,
membre de l'Institut royal de Hollande. \ vol. in-8°. Amsterdam,
chez Garburan , 181 7-1 819.
Dans le système politique de l'Europe, tous Ls Etats ont des
rapports entre eux: ces rapports ne naissent pas seulement d'une
alliance contractée par mariage entre deux faindles nouantes, et
cest s'exposer à donner à faux que de les fonder sur une circons-
tance aussi accidentelle. Nous ne connaissons l'ouvrage de
M. Scheltema , écrivain laborieux, que par le litre et par une
censure sévère, mais non injuste , du style, que nous avons lue
dans un journal.
228. — Geiiichtcn , etc. — Poésies de Jean Kinkt.r, professent
de philosophie à l'Académie de Liège, membre de l'Institut royal
de Hollande. Tome 1, Amsterdam, 1819. J. Van der iiey.
in-folio de at>4 pages.
M. Kinker possède à la fois une tète pensante et une tète p<><
tique j qualite's qui ne s'excluent point, mais qui ne s'allient pas
communément. Il a fait ses preuves en prose comme en vers. La
pièces du volume de poésies que nous annonçons, sont toutes phi-
losophiques. Eu voici les s;ijets : le / rai beau. I Avenu. ! sln.t
du monde , Dieu et la Liberté , la Force de la volonté et La /'ertu ,
Réflexions au tombeau de liant, ConwLunle au tombeau de Dei
mari , la Poésie. M. Kinker a été couronné, il y a quelque tenis .
par la Société des Sciences de Harlem, pour un exceli» ut Mé-
moire sur la Prosodie Hollandaise. Ses ouvrages dramatiques en-
treront sans doute aussi dans le recueil que nous annonçons.
'.429. — Nedrfandsche Muz"n- /ilman-tk. — Almanaeh dktfl
Muses hollandaises, pour l'an 1820. Amsterdam , chez immer-
seel. In-8° de at6 pages.
Ce recueil se distingue dans la foule des Almanachs hollandais.
Il offre les productions de plus de trente poètes. Le portrait du
coryphée dès prêtes hollandais de nos jours, Guillaume liilder-
dyk , est pla« é en lèle de ce volume.
a3o. — Ponto/ino, de gûfteesifo hoofthnari , etc. — Pontolino ,
redoutable chef de bi igandt , eu la terreur de la gi otte du 1 uable.
Rotterdam, chez llemli 'islam* 1818 et 1819. 2 vol. in-8".
Koansa patibulaire:
LIVRES ÉTRAKGEKS. 5êi
23 1. — Annales academiœ Lugduno-Batm>œ. — Annales de
l'Académie de Leyde. Leyde , chez Luchtmans , imprimeur de
l'Académie. 1817 ; in-40.
Nous avons sous les yeux deux cahiers de ces annales : l'un em-
brasse depuis le 6 novembre iSi5 jusqu'au 8 lévrier 181 G , sous
le rectorat de M. le professeur Kempery par M. f^ander Palm ,
secrétaire; l'autre comprend depuis le 8 février 181G, jusqu'au
8 février 1817 , sous le rectorat de M. le professeur Fan Voorst^
par M. Sandijort, secrétaire.
De pareilles annales ont paru à Utrecht et à Groningue, pour
les Académies de Tune et de l'autre de ces deux villes. La publica-
tion de ces annales académiques est introduite en Hollande
depuis peu; cet usage n'est pas sans intérêt.
s>3a. — Annales Belgiques des Sciences , Arts et Littérature.
A Gand , chez iioudin.
Ce recueiA, qui paraît par livraisons, offre des morceaux de
prose et de vers dans les langues hollandaise ou flamande et
française. L'article Nouvelles littéraires annonce comme ayant
paru depuis peu en Belgique un Mémoire de M. Hoverlant de
Bauwelaere , sur Vétat de la servitude dans les Pays-Bas , depuis
les tents les plus anciens jusqu'à nos jours ; — Un traité abrégé su/
la culture des arbres fruitiers dans les deux filandres , par M. de
Wulf ; — Une Théorie des Parallèles (en latin), par M. le
professeur Hauff ; — Une Histoire des Etats-Généraux et Pro-
vinciaux dans les Gaules, particulièrement dans les Pays-Bas ,
depuis les Germains jusqu'au seizième siècle , par J.-J. Raep-
*aet, etc.
233. — Amphion,enn tydschreft. — Amphion , journal musical .
première année, 3 cahiers. Groningue, chez Domkens, 181 8
In-8° de 234 pages.
Ce recueil promet d'être bon : il doit embrasser la théorie et la
pratique de l'art des sons. Marron.
LIVRES FRANÇAIS.
a
234- — Dictionnaire des Sciences médicales Biographie médicale.
Paris, 1820. Tome 1er, première partie, contenant G18 ai ticle;».
PanckoucLe, éditeur, rue dos Poitevins, n° 14. Prix, 3 fr.
582 LIVRES FRANÇAIS.
L'éditeur s'étant procure toutes les biographies publiées en
Angleterre, en Allemagne, en Italie et en Espagne, a voulu
réunir ces richesses à celles de la France après les avoir compa-
rées entre elles, pour en former un ensemble homogène. Le Dic-
tionnaire des Sciences médicales contiendra un très grand nombre
d'articles omis dans la Biographie universelle , publiée chez
M. Michaud. Soixante de nos médecins les plus distingués ont
bien voulu coopérer à l'exécution de cette entreprise scientifique ;
et, pour que la partie typographique ne lais>a*t non plus rien à
désirer, un caractère a été fondu tout exprès.
235. — Mémoire sur les jongus médullaire et hématode; par
J.-P. Màuivoir, de Genève, professeur, membre des Sociétés de
Médecine et de Chirurgie de Paris, de Londres, de Lyon , de
Venise, i vol. in-8°. Prix, 2 fr. 5o c. Paris, 1820. J.-J. Pas-
choud, rue TVlazarine, n° 22 $ à Genève, même maison de Com-
merce.
236. — Précis de Géographie moderne, suivi de deux tableaux:
l'un statitisque, l'autre contenant la valeur des monnaies des prin-
cipaux Etats de l'Europe ; par Jean-Frédéric Lamp. Paris, i8jo.
2 vol. in-12. Treuttel et Wùrtz , rue de Bourbon, n° 17.
23-7. — Essai historique et critique sur la législation des grains
jusqu'à ce jour, ou Mémoire sur cette question proposée par la So-
ciété d'Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du département
de la Marne: « Quels sont les meilleurs moyensde prévenir, avec
les seules ressources de la France, la disette des blés et les trop
grandes variations dans leurs prix? » Ouvrage qui a obtenu une
médaille d'or; par M. le chevalier Chaillou des Barres, ancien
préfet, membre delà Société philotechnique, etc. — Paris, 1819.
Brochure in-8° de i3o pages. Firmin Didot, Imprimeur libraire,
rue Jacob, n° 9 j
L'accueil honorable que cette production a reçu dune Sociéti
savante , la recommande suffisamment à l'attention des personnes
qui s'occupent d'économie politique.
238. (*) — Voyages dans la Grandi -lin tagne , par Ch. Dupin,
membre de l'Institut. Première partie : l'orct: militaire; 2 vol.
111 -')", avec planches , grand atlas. 1820. Prix, 25 fr. , à Paris;
et 3o fr. , franc de port. Bachelier , (puai de* Augustin*.
n° 55.
LIVRES FRANÇAIS. 583
La Revue rendra compte tic cet ouvrage. La seconde partie sera
relative à lu force navale; et la troisième, aux travaux civils des
ponts et chaussées. Chacune de ces deux parties aura pareillement
deux volumes in-4° , avec planches. On peut, sans rien paver
d'avance, souscrire, pour chacune d'elles, à raison de 'xn francs.
239. — Rapport fait à S. Exe. le ministre secrétaire d'Etat au
déparlement de V intérieur, par M. GutlliÉ, sur rinstitution
royale des jeunes aveugles, pendant les exercices 1818 et 1819,
avec quatre planches. Paris, 1820 • in-4° de 5o et quelques pag.
J. L. Chanson, imprimeur de l'Institution.
On aime à se convaincre par la lecture de ce Me'moire, « que les
jeunes aveugles, soustraits désormais aux horreurs du besoin,
cesseront d'avoir une existence précaire : ils goûtent déjà les bien-
faits d'une éducation qui les a rendus à la société, en leur ap-
prenant à se suffire à eux-mêmes par le travail. »
2 jo. — Traité des molécules premières ; par M. de Mautillat.
Imprimé à Clermont-berrand. Paris, chez. Béchet aîné, 1819.
Les philosophes se sont partagé l'univers : les uns , s'attachant
à l'humanité, se sont occupés de reconnaître les faits qui lui sont
propres, et les lois qui la gouvernent j les autres ont soumis à
leurs recherches les phénomènes et les lois de cette nature exté-
rieure , qui altiie et sollicite si puissammenl l'homme ignorant et
le philosophe, par le spectacle imposant ou gracieux de ses for-
mes innombrables , par le jeu de ses forces , et des lois qui pré-
sident à leur action. Malheureusement, il est trop ordinaire que
ces études s'excluent, que les moralistes ignorent la nature,
que les naturalistes ou les physiciens ignorent l'humanité dont
ils font partie, et que les deux ordres de phénomènes, moraux et
physiques, demeurent sans rapport dans la science ; ou du moins
il est certain qu'ils n'y présentent encore que des rapports li\ po
thétiques , imaginés par les physiciens ou les philosophes , avec
la légèreté qui les distingue, lorsqu'ils sortent du sujet spécial de
leurs travaux. On ne saurait donc trop encourager , et les natu-
ralistes qui s'occupent sérieusement des phénomènes de la via
intellectuelle, et les métaphysiciens qui font entrer dans leUl
études cette grande partie du tout, au sein de laquelle et à l'aidr
de laquelle l'homme vit et se développe
TOMF. V
H8j LIVRES FRANÇAIS.
L'ouvrage que nous annonçons est celui d'un philosophe , dc'jar
connu par plusieurs écrits métaphysiques: il traite une des ques-
tions les plus intéressantes de la philosophie de la nature , si l'on
nous permet d'appeler ainsi la physique philosophiquement
étudiée. INI. de 3Jartillat, en s'oeeupant des molécules premières,
cherche à déterminer précisément leur nature: son travail le con-
duit à ce résultat : <jue les molécules sont à la lois simples et
étendues. ]\ous renvoyons à l'ouvrage même pour l'appréciation
de cette proposition étrange, au moins en apparence. Tout l'ou-
vrage est fondé sur ce double principe; l'importance de ses con-
séquences le recommande à un examen attentif. En effet, si les
molécules premières sont à la fois simples et étendues, le maté-
rialisme et le Spiritualisme ont chacun leur pari . et le h ouvent à
la fois expliqués et conciliés. Ce résultât, s'il était réel , sciait un
service précieux; mais nous avouons, après avoir lu l'ouvrage de
M. deMartillat, que, selon nous, la science 1'atlend encore, et
que les molécules premières, simples et étendues*, ne termineront
pas plus la grande querelle du matérialisme tt du spiritualisme,
que les atomes de Démocrite et les monades île Lcihnitz.
x \ i . — (*) De Cusage cl deiabusde l'esprit philosophique durant
le dix-huitième siècle; par J.-E.-IM. Portaiis , l'un des quarante
de l'Académie française : précède' d'une notice sur la vie de Fau-
teur et dY.n discours préliminaire. Paris, 18*0. a volumes in-8°.
A. Egron , imprimeur de Si A. R. Monseigneur le duc d'Angou-
lême, rue des Noyers , n° 37. Prix, ia fr. , et i(i fr. franc de port.
•j \i. — Le Pillage de / aldoré, nu Sagesse et Prospérité ; imite
de r<il/emnnd , par M. L. P. J. — Paris, l8ao, 1 vol. in-i«Sdr
b. L. CoJas, imprimeur-libraire, rue Dauphine, n° 3a. Prix
pour Paris, t fr. 5o c. , et 1 fr. franc de port.
Il serait foi t heureux que ce livre , devenu populaire en Alle-
magne, le devînt aussi dans nos campagnes : il fait voir quelle
salutaire influence peuvent avoir sur la conduite «-t lehien-ètre
des villageois, un bon maire, un hon curé ci un bon instituleui .
réunion beaucoup plus désirable que facile i obtenir aujourd'hui.
2^3. — Collection des moralistes français , publiée, avec «les
commentaires et des notes biographiques , par M. Avai m
Duval , membre de l'Institut. icr et a* volumes, contenant
LIVRES FRANÇAIS. 585
?.s Essais de Montaigne. Chassériau, libraire, rue de Clioi-
eul, n° 3.
Mademoiselle Gournay, Juste-Lipse , de Thou , Balzac , Pascal ,
fallebranche, La Bruyère, Nicole, Diderot, Voltaire, Laharpte,
t notre poète Delille ont tous dit sur cet auteur :
« Fidèle à son caprice, infidèle à ses titres. »
i. cause de leur originalité et de leur mérite éminenl , plus en~
ore qu'on raison de l'époque où ils ont paru , les Essais de iMou-
uigue méritaient d'être placés à la tête de la Collection des mora-
istes français que publie TVÏ. Amaury Duval. Il les a enrichis de
mtes qui ont un double objet : le rapprochement et la compa-
aison des idées, l'interprétation et l'éclaircissement des pas-
âges difficiles et obscurs des auteurs. L'utilité de ces éclairçisse-
nens se fait sentir surtout à la lecture des Ess>ùs : l'éditeur a re-
nédié à l'infidélité des titres par des sommaires, très bien faits,
»ù la matière des chapitres est suffisamment expliquée, et où sont
ndiqués les personnages cités pour exemple. Une table analytique
itait peut-être très difficile à faire, mais il semble quelle
nanque à l'ouvrage , ou que du moins elle n'y eût pas été un or-
ientent de luxe. Nous nous attendions aussi, d'après la promesse
aite au bas de la page 3a-2 du Ier vol. , de lire à la tin du ue le
Contre un, traité de la Boétie : nous avons été fâchés de ne p
rouver cet ouvrage de l'ami de Montaigne.
L'édition que publie M. Arnaury Duval est supérieure par la
îorrection du texte, la beauté des caractères et du papier, les an-
notations et les sommaires, à toutes celles que nous connaissons ;
jt le mérite en est augmenté par la facilité qu'elle donnera aux
unis des sciences morales de comparer entre eux, Montaigne,
Charron, Pascal, La Rochefoucault, La Bruyère, Vauvenar;;n< s,
Duclos , et de mettre, pour ainsi dire, en contact leurs observa-
tions sur l'homme en général, sur ses pâmions, tes \irc>, ses er-
reurs, ses vertus et ses crimes à différentes époques de la civili-
sation. A.
a44- — (*) Essai historique sur les libertés de ll Eglise gallicane
et des antres Eglises de la çatliolicilê\ par M. GsÉGOIRB, ancien
évêque de Mois. Nouvelle édition, corrigée el tus augmentée.
Paris, 1820, 1 vol. in-80. Aimé Comté ; libraire, rue Nofcre»-
\<)¥
586 LIVRES FRANÇAIS.
Damc-des-Victoires, n° 38, et Lheureux, quai des Augustins.
n° 27. Prix , G fr. 5o o. , et 8 fr. par la poste.
La première édition de eet ouvrage étant épuisée depuis long-
ttms, des demandes multipliées en nécessitaient une édition nou-
velle qui vient de paraître, et qui est supérieure à l'ancienne,
par l'étendue des recherches et l'importance des additions.
2J5. — Le Citateur politique , moral et littéraire, ou le Passé,
miroir du Présent; tome j , in -8° de 335 pages. Paris, 1820. A
la Librairie historique, rue Saint- André-des- Arts , n° 4^-
L'auteur s'est proposé de faire un tableau du présent par ie
passé ; voici la nomenclature (Tes principaux objets destinés à
remplir le cadre de son tableau : Droits de la nation , — Préro-
gati\ es de la couronne , — Pouvoirs et débats des assemblées na-
tionales, — Lois, institutions, mœurs, coutumes , préjugés, ad-
ministration, finances, économie politique , police intérieure, —
Attitude des partis , — Libertés de l'Eglise gallicane, influence
de la cour de Rome , rapports de la France avec les étrangers, —
Situation comparative de l'Europe , — Lettres , sciences et beaux-
arts. Le choix et la disposition des matières dont se compose le
premier volume , sont une présomption favorable au succès de
l'ouvrage.
2^G. — De r Esprit public, ou île la Toute -puissance Je Uopi-
nion j par le baron Guéràrd de Rouili.y. Paris, 1820, \ volume
in-8° de 3qo pages. Ladvocat, libraire.
«Oui, la Charte et une législation en barmonieavec ses disposi-
tions, l'union entre tous les enfans de la famille, Youbli de toutes
les offenses, et le sacrifice de tous les resseutimens; enlin , le re-
pos «'t la stabilité sous la protection d'une monarebie constitu-
tionnelle: voilà, sans obscUrîU . sans anicre-p.nst e , !<• cri una-
nime »les peuples fatigués de troubles et de révolutions- voilà
Itélan caractériatiqiM de l'époque actuelle, le rosu impérieux et
irrésistible de l'esprit public.
» Telle était la conséquence définitive à laquelle nous tendions
dés le commencement <!e tel ouvrage. Signalei la nature , les ca-
ractère < t les avantages de l'esprit public ; indiquer les obatacJe
qui peuvent s'opposer à son développement , et les moyens I
employer pour en triompher : spécifier ses différons rapports avec
LIVRES FRANÇAIS. 587
toutes les parties de l'économie politique et administrative 5 les
appliquer aux différentes formes de gouvernement, et ne trouver,
pour les y adapter avec sécurité, que la monarchie tempérée par
les lois, ou constitutionnelle ; exprimer enfin sommairement l'état
actuel de l'opinion , la nature et les objets de ses réclamations j
tel était notre but : heureux le peuple français , si , par des insti-
tutions sagement combinées avec ce mode d'organisation dont il
est fier d'avoir adopté les principes, il est destiné à servir aux
nations de spectacle et de modèle ! »
Cet extrait du résume de l'ouvrage que nous annonçons, sufiit
pour donner à nos lecteurs une idée générale du bon esprit dans
lequel il a été conçu , et de la marche que l'auteur a suivie pour le
développement de son sujet. Voici comment il définit l'esprit pu-
blic : « La part plus ou moins active que prend la partie la plus
éclairée de la population au systèijie général de son gouvernement
et aux actes particuliers de son administration. » Le chapitre III ,
où l'auteur traite de L'incompatibilité qui existe entre l'esprit de
parti et l'esprit public, nous a paru surtout mériter l'attention.
2.J7- — De ¥ Espagne et de la liberté; par M. Camille Pacanel ,
avocat à la Cour royale de Paris , auteur du Coup-d^œil sur l'état
de l'Europe en 1819. Paris, 1820. Brochure in - 80 de 38 pages.
Brissot-Thivars, rue Neuve-des-Petits-Champs , n° 22.
2{8. — De la Jeunesse française ; par Carrioiv-INisas fils. Bro-
chure de iG pages in-8°. Paris, 1820. Baudouin frères, rue de
Vaugirard, n° 3G, et Delaunay, au Palais-Royal. Prix, 5o c.
Il y a d'excellentes idées dans cette brochure, et elles soûl ei
primées sous des formes très spirituelles.
24ï)' — Manuel dis Français sous le régime de la (.'/tarte, ptfi
Alexandre Goujon : seconde édition, augmentée de toutes I
lois promulguées dans la session de 1819. 1 vol. in-8° de 18 j pag
JVlongic aîné, boulevard Poissonnière, n° 18.
Ce Manuel contient, avec la Charte, le peu de lois qui com
mençaient à s'élever sur cette base fondamentale de nos libertés
On ne saurait contester l'utilité d'un pareil recueil.
a5o. — De C Incompatibilité delaJYoblesse et de la Punie heu
ditaire, pour servir à apprécier les changemens proposés à la loi
actuelle des élections ; par un ancien député. Brochure in-8° tk
388 LIVRES FRANÇAIS.
43 pages. Paris, 1820. Baudouin frères , rue de Vaugirard, n°36 ,
etDclaunay, au Palais-Royal. Prix , 1 fr. j5 c.
25i. — (*^ Recueil il s. discours prononcés au patientent d'sfngle-
trr.rc par J.-C. Fox d W. Pitt, traduit de Fanclaiê ei publié pat
MM. H. de J , chevalier de Saint-Louis , ancien officier de. la
marine française , et L. P. de Jcssif.u, auteur de plusieurs ou-
i'/- mes d 'éducation. Avec portraits. Paris, 1820. Tome 12. M
rael, Ancelin et Pochard, libraires, rue Dauphine , nn 9.
252. — Ode h notre fige anal) tique ; par M. INépomucène
L. Lemercier, de l'Institut royal de France. Paiis, 18^0. Bro-
chure in-8° de 18 pages. Baudouin frères, rue de Yaugirard,
n° 36.
Cette ode est l'expression animée des sentimens patriotiques de
l'auteur, qui l'a dédiée à son estimable ami M. Colin, juriscon-
sulte. Des 39 strophes dont elle se compose, nous nous bornerons
: c iter la dernière :
« De l'humaine équité tracez le caractère :
Consacrez de nos jours les droits représentes.
Fille du vœu de tous, la loi rend sans mystère
Des décrets de tous respectes :
Mais toute loi , fille adultère
Des sectes, des partis, de l'or, du cimetère ,
West qu'un monstre qui tombe au cri des libertés. »
•".. — lr. pi ire aux louangeurs du teins passé; par J.-P.-G.
Yn.NNET. Paris, 1820. Ladvocat, libraire, Palais-Royal, galerie
de bois, nos 197 et 198. Prix, ^5 cent.
Le poème de Parga, Y /-'pitre au Capucin et V /'pitre ',1 M. le
maréchal Gouvion-Saint-Cirr, sur C armée ^ ont <i< jà mis je public
:': portée de bien apprécier le tab ni de M« \ iennet : on M le trou-
vera certainement pas inférieur à lui-même dans cette nouvelle
épttre, ([ne terminent les vers raùrans:
Allons, demeurez-nous, et soutirez nos
Convenez que mon siècle a quelques sn
]• t n'allez p:»s surtout . en 1 ritiquanl mes ti
Crier au philosophe, A l'impie, au pen
|e mis on bon humain qui chéri:
oudrais puis gais, plus calme, plus trut ibl
LIVRES FRANÇAIS. 58$
Mais, en attendant mieux, je les prends comme ils sont.
Par tout ce qu'ils ont fait j'excuse ce qu'ils font ;
Et maigre leurs défauts, leurs débats polifiques,
Leurs poèmes en prose et leurs vers romantiques,
Les pamphlets, les censeurs et les gens comme vous ,
Mon siècle et mon pays sont les meilleurs de tous.
25 j. — Recueil de V Académie des Jeux floraux . 1820. Toulouse,
\T. J. Dalles, imprimeur de l'Académie. In-8° de xxxixet53 pag.
Sur treize pièces qui composent ce recueil , neuf ont con-
couru, dont quatre ont été couronnées; les autres sont l'ouvrage
des maiuteneurs ou maîtres des jeux floraux. Les quatre pièces
couronnées sont : une ode de M. Dieulafoi : le Siècle de
Louis .17/^- une ode de M. Victor-Marie Hugo : Moïse sur le
iY:7- une Ézître sur le s; acide , par M. Charles de St. -Maurice ;
et un hymne à la Vierge , de madame Tastu : la treille de Noël.
« Pour sujet de discours, en 1821 , l'Académie a proposé de
nouveau la question suivante : Quels sont les caractères distinc-
tijs de la littérature romantique, et quelles ressources pourrait-
elle offrir a la littérature classique? L'Académie a délibéré que
la valeur du prix serait doublée, et l'a portéà neuf cents francs. »
S'il ne s'est présenté personne en état de bien traiter la ques-
tion que l'Académie avait déjà proposée pour cette année, c'est
moins, sans doute, à cause de l'insuffisance du prix, que par la
difficulté de répondre à cette question, dans le sens où elle est
présentée.
255. — Examen critique et Complément des Dictionnaires his-
toriques les plus répandus , depuis le Dictionnaire de Moréri , jus-
qu'à la Biographie universelle inclusivement. Tome l*T ( A-J ),
contenant environ 2^0 articles nouveaux, 5o refaits et 56o cor-
rigés ou augmentés. Paris, chez Rey et Gravier, libraires, quai
des Augustins, no 55. 1820; in-8°. Prix. 8 francs et 9 fr. 55 cent-,
franc de port. Par l'auteur du Dictionnaire des ouvrages anony-
mes et pseudonymes.
Ce nouvel ouvrage de M. Barbier, sur lequel no'is reviendrons,
peut servir de supplément au nouveau Dictionnaire historique do
MM. Chaudon et Delandine; à celui de l'abbé de Feller ; au Dir-
ùonnairc unwcrscldc M. Prudhommc; i la Biographie univèt
frères Michaud , etc.
Sgo LIVRES FRANÇAIS.
Le second et dernier volume paraîtra dans les trois mois qui
suivront la publication de la dernière livraison de la Biographie
universelle.
La publication de cet ouvrage nous paraît un service rendu à
l'histoire littéraire générale ; on le doit à la Revue encyclopalique,
puisque l'auteur avait eu d'abord le dessein de le publier par por-
tions, dans diflerens numéros de notre journal.
INous n'avons pu encore que jeter un coup-d'œil rapide sur ce
volume 5 mais nous croyons pouvoir assurer qu il justifiera l'at-
tente des amateurs. Les articles de M. Barbier sont véritable-
ment neufs, puisqu'en général on ne les trouve dans aucun dic-
tionnaire historique. Ses remarques critiques et littéraires sont
de nature à piquer vivement la curiosité. Il a tiré beaucoup de
détails d'un ouvrage manuscrit de Guillaume Colletet, intitulé.
Histoire des poêles français. L'abbé Goujet et l'abbé de Saint-Lé-
ger avaient fait, d'inutiles efl'orts , pendant le cours de leur vie
laborieuse, pour se procurer la lecture de cet important ma-
nuscrit. M. A. J.
a56. — Discours sur J\'icolas hopemik, par Jean SniAOECKI.
Imprimé à Varsovie, en i8o3 et 1818. Réimprimé à Paris, en iS >>,
In-8° de io3 pages. Chez Vigor lunaudière , imprimeur-libraire,
Marché-Neuf, n° 48.
Le but de l'auteur , eu publiant ce Discours , a été de relevei
l'erreur de quelques écrivains allemands et français , qui donnent
une origine allemande à Kopernik , rendis que ion origine polo*
naise est incontestable. L'auteur y donne l'histoire exacte delà
vie et des tia\an\ de ce célèbre astronome.
-iS'i. — /'( de Marie Stuqrtt reine d'Ecosse , par F. Gebtzj
traduite de I allemand , par Dam.aze de Raymond Seconde édi-
tion, revue et corrigée, ornée de 5 gravures. Paris, 1820, 1 ?c4<
in- la de aa8pag- Ladvocat, binaire, Galerie de bois, Palais-
ftoyal, n0* 197 et 198. Prix, .'> fr.
Pour la composition de cet ouvrage , on a consulté Buchanan ,
Lesley, l'auteur des (Mémoires de Crawtfunl, Melvil, Brantôme,
Camden et de Thon , la plupart contemporains de Marie Stuartj
et , pai mi les écrivains plus modernes, Rapin , le continuateur d<
Maitland, Robertson, Hume et YVhitacker. Tvtler et Goodall
Ont e|<: .tti.ssi comparés avec soin, pour les derniers e\enemens
LIVRES ERAINÇA1S. 5gi
de la vie de Marie, qui présentaient quelques obscurités. Ainsi,
tous les documens de cette histoire, qu'on aime à consulter, sur-
lout depuis qu'elle a fourni à la scène française un sujet des plus
attachans, se trouvent maintenant réunis , et l'on ne peut guère
espérer d'en avoir à l'avenir de plus complets.
258. — Kie privée de Voltaire et de madame Du Chatelet,
pendant un séjour de six mois à Cirey ; par l'auteur des Lettres
pe'ruviennes: suivie de cinquante lettres inédites, envers et en
prose, de Voltaire. Paris, 1820. 1 vol. in-80 de 460 pages, avec
le portrait lithographie de madame de Graffigny. Treuttel et
Wvirtz, rue de Bourbon, n° 17.
Le titre de cet ouvrage marque sa place dans toutes les biblio-
thèques, à côte des œuvres du philosophe de Ferney, à la suite
de ses biographies nombreuses, qu'il doit servir à compléter.
• Mettre eu scène Voltaire et la femme extraordinaire qui com-
menta Newton, au moyen d'une correspondance, jusqu'alors
inédite, de madame de Graffigny, était une pensée heureuse, dont
l'éditeur a su profiter. Accueillie à Circy, probablement peu de
tems après son divorce , madame de Graffigny faisait connaître,
dans la confiance de l'amitié, à M. Devaux, tuteur du roi Stanis-
las, tout ce qui, dans ce séjour des arts et de la littérature, lui
paraissait digne de quelque attention. Gcs lettres furent commu-
niquées au monarque , puis à quelques personnes qui étaient dans
son intimité. On en forma un recueil qui fut jugé intéressant
et curieux; c'est ce même manuscrit, trouvé dans le porte-feuille
de M. de RouHlcrs , que l'on nous donne aujourd'hui dans sa sim-
plicité native. Madame de Graffigny aime à représenter A oltaire,
absolument tel qu'il se montrait dans son intérieur: brusque,
irascible, intraitable; mais humain , bienfaisant , généreux.
Les lettres de cet homme extraordinaire , qui terminent cette
collection , sont adressées à des personnages célèbres, tels que le
pape Renoist XIV , Louis XV , les ducs de Richelieu , de Choi-
scul, la duchesse du Maine , etc. Elles achèvent de faire connaî-
tre ce poète philosophe, qui savait, si à propos , devenir bel-
esprit , courtisan, homme du monde. La duchesse du Maine est,
dans ces lettres, la muse qui l'inspire ; c'est à elle qu'il doit ses
inspirations; seule elle a fait ses tragédies. S'il écrit au président
V livres français:
Henatllt, il le représente à table avec les Grâces, et le dédommage
ainsi de l'avoir ailleurs transforme en gastronome :
Hénault y fameux par tes soupers.
Dans une lettre précédente, où il rappelait son poème sur la
Bataille de tontenoy , il l'avait loue' plus finement, en coin-
meneant par ces vers :
Rival heureux de Salluste et d'Horace,
Vous savez peindre, orner la vérité.
Je n'ai montré qu'une impuissante audace,
Dans ce combat, que ma muse a chante :
J'ai crayonne' pour le moment qui passe,
Et vous gravez pour la postérité.
Tous les amis de la philosophie et des lettres, et tous les ama-
teurs de l'histoire littéraire, devront se procurer le nouveau re-
cueil que nous annonçons. I). B.
25q. — Testament de Jean- Jacques Rousseau, trouve à Cham-
béry, en 18-20 • publie avec sa justification envers madame de
Warrens, par Antoine Métral, avocat. Brochure de 26 pages
in-8°. Paris, 1820. Baudouin frères, rue de Vaugirard, n° 36 ; et
Delaunay , au Palais-Kayal. Prix, 5o cent.
Il n'est aucune des particularités de la vie de J.-J. Rousseau
que n'aiment à recueillir tous ceux qui l'ont de l'étude du COSUr
humain le principal objet de leurs méditations. Sous ce rapport
le testament de Jean-Jacques les intéressera, sans doute. d<
même que la notice dont il est accompagne. L'éditeur dit avoii
en sa possession un recueil manuscrit de chansons notées, com-
posé par Rousseau, et écrit tOul entier de sa main, alors qu'-
L'abri des orages de la célébrité, il se bornait à donner des leçons
de musique an\ demoiselles «b- Ghambéry, qualifiées par lui
mables écoUères. La publication de ce recueil sérail une acqi
tion précieuse pour les littérateurs qui honorent la mémoire de
Jean- Jacques ; et nous osons espérer que vî Métral ne lu bu;
fera pas désirer plus long!
M. Raymond, savant distingi la Savoie, el l'un de no
collaborateurs, a fait l'acquisition de la maison de campagne de»
l. bai mettes . qui a été habitée par Rousseau. 11 a soin île consi-
gner, dans un registre spécial , les «In erses inspirations q
LIVRES FRANÇAIS. 595
vent les voyageurs de tout pays, à la vue de ces lieux si pleins
des souvenirs de ce grand homme. M. Raymond en a fait une
description de la pins scrupuleuse exactitude : elle se vend chez
les libraires de Chambéry.
260. — Mémoires et dissertations sur l& Antiquités nationales
et étrangères , publie's par la Société royale des Antiquaires de
France, tome second. A Paris, chez $mith, imprimeur-libraire,
rue de Montmorency; au bureau de l'Almanach du Commerce ,
rue J.-J. Rousseau. — An 1820.
« La Société royale des Antiquaires de France, n'ayant d'autre
djfe'sir que celui d'étendre autant qu'elle le peut le domaine de la
science, se fait un devoir constant d'observer, dans les mnnu-
mens que le tems a respectés, dans les inscriptions , les médailles,
les diplômes , les manuscrits, les mœurs, usages et coutumes, les
divers dialectes , les traditions, tout cequipeutsupplcerau silence
de l'histoire pour les tems anciens, et particulièrement pour
ceux de la Gaule et les premiers siècles de notre monarchie. »
Le but des travaux de la Société est fidèlement tracé dans ce
début du discours, qui ouvre le volume , et que M. de Ladou-
cette a prononcé, comme président, à la séance publique du io
mai 1819. Nous allons voir si ce but est Convenablement rempli.
Dans un rapport plein de méthode et de clarté, M. Bottîn ,
secrétaire général , passe en revue les ouvrages des membres de la
Société, qui ont eu pour objet : les langues, les monumens celtt-
ques, grecs et. romains, tels que le Trésor des Origines, par
M. Pougens; l'Essai de M. le comte François de Neuf château sur
nos meilleurs ouvrages en prose ; le (Glossaire de la langue romane ,
parM. de Roquefort; un travail sur le vieux langage du Hainaut,
par M. Hécaii ; un supplément in-folio aux Glossaires des lan-
gues romane et tudesque , par M Guillemot ; un manuscrit, àe
M. Mu ri th., sur les médailles, inscriptions, statues, etc., du Va-
lais; un autre, de M. l'archevêque de Mohilow, sur l'origine i\e*
peuples de la Russie ; le Recueil, de feu M. Grivaud de la Vin-
celle, sur les monumens antiques découverts dans les Gaules ; le
f^oyage entre Meuse et Rhin, de M. de Ladoucette ; «me notice ,
que le même se propose de publier sur l'histoire . les monument .
usages, dialectes, etc. , des Hautes- Alpes ; des Mémoires histo-
riques et statistiques du département de l'Ain, par "M. Riboud;
594 LIVRES FRANÇAIS.
des notices, de MM. Rallier, de la Pilaye, Paris , Pailliez , Raui-
hac, Delpont, Lenoir, Bottin , de la Chapelle , etc. , sur des roo-
numens celtiques ; d'autres sur le passage d'Annibal, par M. For-
tia d'Urban; sur le Brivales-porlus , par M. Antenas • sur les an-
tiquités du Lot, par IVLTaillcfer; de Scarpone, par M. Mansuy .
etc. , etc. , etc.
Sur vingt-six articles, compris dans le second volume de la
Société, il en est quatre qui concernent des pays étrangers.
M. Mathieu voit, dans les buttes de la Zélande, « des monumens
» celtiques, du haut desquels les prêtres druides prêchaient leurs
» dogmes. » Il leur trouve trop peu d'élévation au-dessus du ni-
veau de la haute-marée, trop peu d'espace à leur sommité, des
formes trop identiques dans les parties exposées ou non aux ra-
vages de la mer- enfin, elles sont trop dominées par les dunes,
pour avoir jamais servi de digues et de lieux de refuge.
JNI. iMuntcr avait publie une dissertation sur la plus ancienne
religion du Kord avant Odin. M. Depping en a fait une analyse
critique et très instructive.
]\1. Cirbied , Arménien d'origine , a rédigé , sur le gouvernement
et la religion de son pays natal, les détails les plus curieux. Tous
ceux qui voudront écrire sur l'Arménie les consulteront avec
fruit. Ce précièni ou V rage avait été d'abord destiné par l'au-
teur à la Revue \ il se trouve plus convenablement placé dans
les Mémoire* de la Socu i<- des tntujuaircs.
Ouest-ce que ces statues colossales, aux oreilles pendantes et
percées, qui sont en grand nombi e dans 111e de P4queS? M. Ral-
lier pense que cette petite île n'est que le sommet «I une mon-
tagne consacrée dans un continent, qui a dispara par suite d'un
ancien déplacement «lu centre de gravité de la terre, de la sub-
mersion des terres australes • tandis qu'au Nord , une partie de
l'Eurppe, de l'Asie et de l'Afrique, sortaient «lu sein des mers.
Quoi qu'il en soit de ces grandes considérations physiques, on
retrouve avec surprise sur le rocher nomme I île «le. Piquet les
usages, vêtement , armes des Mes de la Sonde , qui en sont fort
éloignées, avec la langue de Haïti . et même de la Nouvelle
Zélande.
Revenons aui Mémoires qui concernenl les antiquités natio-
nales. Après avoir ftt)t mention de trois notices intéressantes, sur
LIVRES FRANÇAIS. 595
M. Millin, par M. Auguis ; M. Moreau de St.-Mery, par M. Bot-
tin ; M. de la Houssaye , par M. Paganel : M. Jacob nous fait con-
naître un monument druidique, situe à un myriamètrc de cette
ville de Rheims qui est si riche en antiquités. M. de Freminville
a donne un Mémoire sur les monumens druidiques, qu'il a obser-
ve's et décrits avec beaucoup de soin dans le pays Chartrain ; trois
planches, retraçant 17 figures, sont jointes à cet article . auquel on
doit beaucoup d'éloges. Des recherches bien faites reromman-
dent deux, notices, du même, sur des monumens d'antiquités
celtiques et françaises du département des Côtes-du-Nord, et
sur les premiers monumens chrétiens de l'Armorique , dont neuf
sont représentés sur une planche. On désirerait que ces recher-
ches fussent plus complètes.
M. Dumège démontre qu'un autel , qui se trouve dans le Musée
de Toulouse, appartient au culte du sabéisme. Dans le fragment
sur les monumens historiques de Bretagne, par M. Mangourit,
des observations fines , un style piquant, distinguent ce qu'il dit
sur le gouvernement druidique . la gynéeoeralie, la chute et le
refuge des druides en Albion et dans l'Armorique, l'établisse-
ment du Christianisme, les services rendus aux sciences par les
moines, les pillages des INormancls; l'influence des siècles de
Charlemagne, Louis IX, François Ier, Louis A1V. On lit avec
le plus vif intérêt le morceau de M. Dulaure sur les cités, les
lieux d'habitation, l'architecture civile et militaire des Gau-
lois avant les Romains. Civitas, qui signifiait une nation chez
les Gaulois indépendans, n'était qu'une ville capitale pour ceux
qui avaient passé sous le joug de Rome. Opidum était , non une
ville, mais une forteresse eootme inhabitée en beuts.de paix, et
qui, défendue par une enceinte; de murailles, renfermait des
espèces de huttes.
Dans une dissertation Approfondie sur Carnac, M. le comte <!i
Grandpré prouve que César n'y a pas eainpé ; qu'il ne s'y est pas
donné de bataille- que les Venetee n'auraient qu'une Hotte, ci
point d'armée de terre.
M. l)oë assigne la vraie position d' dgeflêicmHf, Aille des <Sc-
noncs , à Provins , dont il trace une oof i< <•.
M.deCavlus avait parle' d'il ne mann're trop abrégée et trop incor-
rectedu cainpdeCésar. prés de M -Thomàt kiane La description
5gfl LIVRES FRANÇAIS.
détaillée et le plan exact qu'en donue M. Devismes, peuvent ajou-
ter à la connaissance des fortifications romaines , comme 1" pense
IM. lia) bié Dubocuge, q:u a rendu compte de cet écrit. Plusieurs
observation.de M. Devismes sont cependant conteslées par un
autre archéologue instruit, IM - Le Maître : ce dernier a lait un
travail, presque complet sur les antiquités du département de
l'Aisne, dont s'enrichira sans doute le troisième volume des Mé-
moires de la Société.
La ville d'Agen, patrie de Palissv , de Scaliger, de M. de La-
cépède, était le chef-lieu de Aihobriges. Nous devons à M. le
baron Chaudruc de Crassane une description bien faite de ses
antiquités. ( JT. Rev. Ilneyc. , T. VI, p. 191. )
Suivant l'opinion de M. Girault, les gobelets mis dans les
mains des personnages représ< il, s sur les monuinens Itinéraires,
seraient, non le signe religions d'un culte commun à tou^ les
Gaulois, mais une allégorie qui doit convenir à tous les âges,
*cxes et conditions.
La description faite par M. Riboud, d'un olvphant OU grand
cornet, chargé de bas-reliefs, a été, pour M. Alexandre Lcnoir,"
le sujet d'un rapport étendu et intéressant:
M. Rottin publie l'extrait de M correspondance avec (tu
M. Carlier , curé de Iiavay , sur les pierres sigillaires de Ba-
vay et de iamars, <jui sont les cachets de médecins-oculistes,
ressuscites après quinze à seize siècles.
M. Desgranges a recueilli nombre de mots du putois d'une
partie du départi ment d'Eure-et-Loir.
Nous Unirons «et article, en indiquant deux morceaux qui
avaient déjà luit grand plaisir a la séance publique de l'année
dernière: la Notice sur Jeanne d'Arc, par M. Leiougr. qui a eou-
Bulté les anciennes chroniques , ainsi que les traditions, et le to<
moire archéologique sur le Bugey, ou M. Brillât de Savarin ■>■
semé des traits piquant et originaux. I ne foule de notions pré-
cieuses peuvent jaillir «!<•> recherches sur les mesura, uss
costumes, dialectes, etc. a qui se rattachenl i ane haute antiquité
et dont chaque jour efface quelques nuatnv
Nous regrettons «le ne pouvoir consacrer' plus «I espace i I exa-
men des Mémoires de la Société royale. Qu'elle «ont mue m-s in-
rauzavec persévérance I qne ses membres la regardent comm<
LIVRES FRANÇAIS. 597
une sorte de foyer central, où ils appellent et s'efforcent de
rassembler des lumières éparses! '
« Puisse l'amour de l'antiquité se développer daus notre France ï
qu il excite l'émulation des administrateurs, «les savant, de tous
les propriétaires! Que les constructions monumentales de no>
siècles reculés ne disparaissent plus de notre sol classique! que
l'autorité publique entretienne celles qui existent dans ses attribu-
tions ou dans ses domaines! qu'elle ouvre ces archives où se trou-
vent enfouis des trésors d'érudition! Saisissons la plume et le
crayon pour reproduire nos monumens à l'œil des contemporains
et de la postérité! qu'un Musée , un cabinet d'antiques , une bi
bliothèque, s'élèvent dans chaque chef-lieu de département!
qu'on y conserve les chartes manuscrites et les vieilles chroniques!
que chaque partie de la France, chaque ville ait son histoire
exacte! que l'on contemple les traits des grands hommes dans
les édifices et sur les places publiques des pays qui les ont vus
naître! que l'on complète les Mémoires statistique*, et qu'on y
recueille tout ce qui , pour la diplomatique , la paléographie , les
idiomes, les événemens, les usages, peut nous retracer les tem-
qui ne sont plus! (ï ) »
En finissant, nous dirons, avec M. Mangourit : « Les compila-
teurs bénédictins n'ont plus que le mérite, grand sans doute,
d'avoir amoncelé , dans d'obscurs magasins , des pierres brutes et
des granits, à peine essémillés, que d'habiles mains vont polir, et
dont le génie du dix-neuvième siècle saura élever d'imposantes
colonnades. Je viens d'annoncer les travaux utiles et les destinées
de la Société royale des Antiquaires de France. » +11*
j.Gi . — Deux Lettres à Mylord comte d'yîberdeen , sur Vaut lie n-
ticité des inscriptions de Lounnont ; par M. Raoul-Rocheite .
membre de l'Institut royal de Fiance, conservateur du Cabinet
des Médailles, etc. , etc. Paris, 1819. Chez Renouard, libraire,
rue Saint-André-des-Arts , ny 4^- In»4Q de 1 jypag. • avec 4 plan-
ches gravées, et une vignette.
On voit avec plaisir, dans cette savante dissertation, uiodes*-
nient livrée au public sous le titre de Lettres, un membre de VA -
cadémie des Inscriptions, réhabiliter la mémoire, injustement
l) Extrait du discours du président de la Société
598 LIVRES FRANÇAIS.
outragée , d'un homme qui s'est rendu célèbre dans la même Aca-
de'mie, et «jue Ton attaque après sa mort.
Fourmont, chargé par Louis XV de parcourir la Grèce afin d'y
recueillir des fragmens d'antiquités, des manuscrits, des inscrip-
tions, y employa près de trois années , et rapporta en France un
immense recueil de monumens de toute espèce- on l'accuse au-
jourd'hui d'ignorance et d'imposture. Avant de passer à la dis-
cussion par laquelle M. Rochctte prouve l'authenticité des monu-
mens recueillis par Fourmont , il trace le portrait de cet acadé-
micien d'après l'opinion qu'en avaient ses confrères , qui le
reconnaissaient pour uu homme médiocrement versé dans la
langue et l'histoire grecques , et nullement dans le commerce du
monde ; très laborieux et poussant la franchise jusqti à la ru-
desse- moins éclairé qu'honnête ; capable, en conséquence, d'in-
troduire de mauvaises leçons par inadvertence , dans des monu-
mens qu'il entendait mal; mais, non pas d'en forger sciemment
d'imaginaires.
M y lord Aberdeen a reproduit récemment dans les Memoivs
relating to Kumpean and stsi.Uic J'urkoy, l'opinion que M. Ri-
chard-Pay.ne-Knight avait fait prévaloir en Angleterre, dans son
///<;/> Lirai essay on the greek alphabet; opinion qui condamne
comme faux les monumens publiés par Fourmont, et cela parce
qu'on v remarque des particularités de diction et d'orthographe,
qui ont fait supposer qu il les avait forgés. Mais ces mêmes par-
ticularités se retrouvent sur le marbre de C1101 seuil et sur iï.iu Ires
inscriptions publiées par Cn andler; el Al. Rochctte détruit toutes
les difficultés grammaticales, que l'on oppose à l'authenticité dei
inscriptions de Fourmont. Les terminaisons des nouilles formes
des lettres trouvent des analogues d.ins d aufr< I inscriptions in-
dubitables, et dans les légendes de médailles dune époque très
reculée , que Ri. Koohttte a réunies dans les planchée grm < -
Nous ne pouvons entrer ici dans toutes le> dt SCUMKHW <| ni com-
posent ce Mémoire, et qui paraissent victorieuses confie les ac-
CVMCUttdc Fourmont; mais nous ne devons point passer sous
silence la publication d'un ties beau médaillon inédit, dont s'est
enrichi depuis peu le c;ibin< I des médailles de Franee On attri-
buait jadis à l'île de Leshos. plusieurs médailles que les iiimiMiKi-
tistes ont restituées 1 la [Macédoine, <à-lles sur lesquelles >>n lisait
LIVRES HÎAKÇA1S. 699
!c mot OPHSKlXiN étaient de te nombre, et M. Knight partage
en ( to cette erreur. Le médaillon d'argent dont nous parions
et dont le type et la fabrique sont évidemment macédoni.
porte l'inscription OPPHEKmN. M, Kochette l'attribue ■
peuples inconnus qu'il nomme Orescii, et dout il pense que in
mémoire ne s'est pas autrement sauvée de l'oubli.
Les géographes anciens nous ont conserve le nom des Orc«-
titm , ou habitans de YOrcstiadc , que Stiabon (liv. Vil , j>.
place sur les bords dû fleuve Célidnus, et pris de la Thcssdie.
Tite-Live parle aussi de cette région (liv. XXXI, chap. 40).
Il y a tant d'analogie entre les deux noms, qu'il a semble s. plu-
sieurs numisrnatistes que ce médaillon pourrait être attribue aux
O restions (1).
Au surplus , c'est sous le rapport de la paléographie que M. Ro-
chette a cite ce médaillon , dont les caraetéi. s viennent à l'appui
de ceux des inscriptions de Fonrmont , et dont l'orthographe dif-
fère sur les deux médailles où ce nom est écrit. .
Parmi les Mémoires savans que produisent nos Académies , il
en est peu qui puissent convenir autant que celui-ci à plusieurs
classes de lecteurs , puisque la paléographie, la numismatique ,
l'histo'.re des découvertes y ont une part égale, qu il a de plus le
mérite de détendre la mémoire d un savant fiançais , et que sous
ce rapport il intéresse l'honneur national. Dumeas
262. — Oiïui'resdeLORD Btron, traduites de l'anglais, contenant
ses divers poèmes: le Corsaire , Lara , Adieu ±1* siège de Oorinthe,
ParistMa, le Karnpire, Oscar tC 'A Iva , 3/azeppt, etc.; lafianeée
d'Abydos, Manjr^d, etc. • Chiide. Uarold; le (îiaour, le Prt
nier de Ctiilou; Don Jouan; Ode à fenise ; (Jalmar et Oitc. —
Faris, 1819 et F$ao, 6 vol. in-12, ensemble 1970 pages. Lad-
vocal,, libraire, éditeur dt-* Fastes de la gloire, Palais-Aoyai ,
galeries de bois, n0, ag-j — 7.98. — Prix, ao et j>\ IV.
La poésie originale, pittoresque, énergique, souvent sublima
de lord Byron, ne pouvait que perdre beaucoup dans une tra-
(1) Ce point sera sans doute discuté. !! • I \ o qu'il y .1 sur les
medaillei un K *l non pas uni.- mais le nom du peuple aurait pu
changer, ou bien il pourrait \ avoir dans les géographes une faute
de copie d'autant plus naturelle, que le nom a O reste a. naît jiu
sembler l'étymologie du nom d'Orcstide ou Orestiade.
TOME vi. q'i
6oo LIVRES FRANÇAIS.
duction, et surtout dans une traduction en prose. Celle-ci est
quelquefois pâle et décolorée. Cependant, on lit avec un vif in-
térêt ces poè'mes bizarres, étincelans de beautés, dont l'auteur
trouve de nobles inspirations dans les écarts mêmes d'une imagi-
nation mélancolique , désordonnée , affranchie de toute espèce de
joug. On peut lui reprocher de manquer de jugement pour con-
cevoir et pour ordonner un plan. Il n'a que rarement cette sensi-
bilité profonde qui vient de Tame , et qui se communique à l'ame.
Une sombre misanthropie le domine; un froid mépris pour les
hommes, pour la vie, pour les choses terrestres et mortelles-
une sorte de dégoût et de satiété qui s'étend à tous les objets ,
n'empêchent point que de grandes et belles pensées ne s'échap-
pent, comme par saillies, des ténèbres dans lesquelles il se plaît
à s'envelopper. Par ce motif, quoique la lecture de ses poésies
soit séduisante et entraînante, elle ne pénètre point très avant
dans le cœur. On ne se trouve ni meilleur, ni plus heureux , par
une communication intime avec lui. — L'article très étendu que
nous avons publié sur l'édition anglaise des OEuvres de lord
Byron ( Voy. ci-dessus, tom. V , pag. 129 — 1 45 ) , nous interdit
d'entrer ici dans de plus longs détails. M. A. J.
Livres étrangers imprimés en France.
2G3. — (*) Biblioteca selecla de literatura espanola, o modelos
de elocuencia y poësia , tomados de los escritores mas célèbres
desde el siglo 14° hasta nuestros dios , etc. ; por P. Mf.ndipil y
M. Silvela. Bordeaux, 1819 et 1820. 4 forts volumes in-8° de
plus de Goo pages, chacun 6 fr. La-walle jeune et neveu.
Cet ouvrage manquait à la littérature espagnole. Abondante en
beautés de tous les genres , riche dans les uns , excellente dans les
autres , mais inégale, négligée presque dans tout, et surtout peu
connue, des étrangers, elle réclamait depuis long -tems un re-
cueil propre A inspirer aux Espagnols le goût de son étude, et
aux étrangers le désir d'en juger avec plus de connaissance qu'ils
n'ont pu le faire jusqu'ici. Ce n'est pas que des collections sous
différens titres n'aient été publiées dans la Péninsule, et même dans
les pays étrangers j mais, sans parier du mauvais goût qui a
presque toujours présidé au choix de la plupart de ces recueils ,
el tout en tendant justice au mérite particulier d'un petit nombre
LIVRES FRANÇAIS. 60 1
d'entre eux, on peut dire , sans crainte d'être taxe' de trop de sé-
vérité, qu'ils sont incomplets ou peu méthodiques. La Biblio-
thèque choisie que nous annonçons, se recommande autant par le
choix éclaire des matières qui la composent, que par la disposi-
tion du plan 'dans lequel elles ont été rangées. On y remarque
principalement le soin que les éditeurs ont apporté à concilier
partout l'importance des idées et l'intérêt des sujets avec les
beautés du langage et de la pensée ; tâche d'autant plus difficile à
remplir, qu'en général les écrivains espagnols, abandonnés à la
fougue de leur imagination, ou restreints dans des limites im-
posées à la raison par des institutions tyranniques, ne laissaient
entrevoir ces rares qualités qu'à travers un voile mystérieux.
La Bibliothèque est divisée en deux parties principales 5 la pre-
mière contenant la prose , et la seconde, la poésie. Chacune de
ces deux parties est subdivisée en genres , qui présentent, dans un
ordre chronologique , une gradation convenable pour la succes-
sion des tems et les altérations successives de la langue espa-
gnole, depuis sa formation primitive jusqu'à l'âgeoùnous vivons.
Les trois grandes sections de la prose sont calquées sur les trois
principaux caractères du style, le simple , le tempéré et le grave,
qui, dans des subdivisions suflisamment détaillées, présentent,
sous une diversité très variée de nuances , un grand nombre de
modèles du premier ordre dans l'art d'écrire et de parler. La
partie poétique , étant par sa nature plus susceptible d'offrir des
modèles de compositions entières, se trouve divisée en huit sec-
tions , renfermant dans la même gradation que la prose, les genres
lyrique, tlégiaque , bucolique, descriptif, epigrammatique et
demi - sérieux, satirique , didactique et épique. Le genre drama-
tique ne pouvant se prêter à ces sortes de recueils , si ce n'est en
,e traitant séparément et entier, les éditeurs ont dû se borner à
3es extraits dans leurs meilleurs poètes dramatiques, qu'ils ont
parsemés dans la Bibliothèque , chacun en leur endroit respectif.
C'est en suivant ce plan simple et bien ordonné, qu'ils sont
parvenus à réunir en quatre volumes tout ce que les muses espa-
gnoles ont produit de plus achevé; mais, ne se contentant pas
l'offrir des extraits , et afin sans doute de présenter à leurs com-
Datriotes un tableau complet de la littérature nationale, et do
[ournir aux étrangers des preuves positives du mérite littéraire
4«*
602 LIVRES FRANÇAIS.
de l'Espagne, ils ont fait précéder chacune des deux parties pnn •
cipales de l'ouvrage, d'un discours préliminaire , très remar-
quable parla critique judicieuse avec laquelle on caractérise cha-
cun des écrivains classiques, par des observations bien raison-
nées sur les causes morales et physiques, qui ont pu Contribuer à"
la formation du génie, de la langue et de la littérature espagnoles,
tels qu'ils existent, et sur les moyens dont on pourrait se servir
pour les perfectionner j ces discours contiennent encore une foule
de détails curieux et intéressans pour l'homme de lettres. Les
premières pages sont consacrées à l'histoire rapide de la littérature
ancienne de l'Espagne ; et, dans un très court espace, elles renfer-
ment tout ce qui est nécessaire aux jeunes gens pour se faire une
idée nette de cette branche importante des belles-lettres. Les
particularités les plus dignes d'attention , dans la biographie des
écrivains qui composent la Bibliothèque , occupent une place sé-
parée, à la (in des 3e et if* volumes qui terminent la prose et la
poésie. Rangées dans tics notes classées par ordre alphabétique,
des noms des auteurs, elles renferment souvent des notices ut des
i ceherches utiles.
On ne peut que savoir gré aux éditeurs d'avoir consacré les mo-
mens dont ils pouvaient disposer, dans la situation pénible où les
réduisait le malheur de l'émigration , à la rédaction d'une col-
lection si précieuse : elle rétablit la réputation littéraire de l'Es
pagne dans ses véritables droits; et si , quelquefois , pour les re-
vendiquer , les éditeurs se voyent dans la nécessité de combattit
des opinions émises ou partagées p;n des écrivains étrangers
i • n'est qu'en rendant un nouvel hommage à leur autorité, qu'iU
cherchent plutôt à )w concilier aw-e la raison et la \eiit. . qu'a
Ici contredire par un esprit de ressentiment Ou de patriotisme
mal entendu. Aussi, leur ouvrage , dont le but, couronné sans
contredit par un plein MlCCèS, a été de prouver que « l'Espagne j
» en même tems qu'elle appartient d'une manière honorable:'.
» l'histoire de la littérature ancienne, occupe aussi une place dis-
» tinguée dans la littérature moderne de l'Europe ; » leur ou-
vrage, dis-je, mérite à son tour d cire lu el apprécié pyr tous les
Espagnols qui tiennent à la gloire de leur pays, et par les étian-
gers qui ne eonnaisMiit pas du tout , ou seulement sur des rert-
in.*mens erronés, les productions littéraires de l'Espagne.
^A/Vv^\,vvvvv\>vvvvvv\vvvvvvvv\AAlVVVvvvvvvv\^,v\vv\vvvvv^^l^vvv^^/vvv^'vvvvvvvxvvvvvvv^|v
IV. NOUVELLES LITTÉRAIRES
ET SCIENTIFIQUES.
AMÉRIQUE.
Etats-Unis. — New-Haven. — Sociétés savantes. — II. s'est
forme, clans l'Etat de Connecticut, une association sous le nom
de Société géologique américaine. , approuvée par un acte spé-
cial de la législature. Ses réglemens ont e'té définitivement arrêtés
clans une assemblée, ttnue le 7 septembre 1819. Sa première
séance, qui a eu lieu le 2') janvier dernier, a été remarquable par
l'exposition de plusieurs faits géologiques extrêmement curieux ,
i apportés daus un ouvrage périodique d'un grand intérêt, pu-
blié à INew-lIaven , sous ce titre : The American journal of
Science and Arts, par M. Benjamin Silliman, professeur de chi
mie et de minéralogie, au collège de Yale , membre de plusieurs
Sociétés littéraires et scientifiques , et auteur des Voyages en
Angleterre , en Hollande , en Ecosse, etc. Ees premiers travaux
de la Société géologique américaine, dont nous pourrons donner le
précis dans un de nos prochains cahiers, attestent les progrès
rapides que fait cette belle et heureuse portion du INouveau-
lYïonde dans la carrière des sciences physiques. Des dispositions
ont été prises pour l'érection d'un musée , où seront rassemblés
et coordonnés les meilleurs échantillons des produits géologiques
et minéralogiques d$« Etats-Unis.
— Prix fondé par liosciusho pour l'affranchissement des es
claves. — Parmi les laits rapportés dans une notice publiée r>
ccinment par la Société américaine, formée pour la colonisation
d'hommes de couleur libres, on en remarque un trop peu con-
nu , et dont le célèbre patriote polonais Kosriusko est le héros
11 avait créé un fonds de uoo,ooo écus, qu'il déposa dans le-
mains de l'ancien président des Etats-Unis de l'Amérique seplcn
trionale, le vénérable M. JefTcrson, à l'effet d'acheter, du produit
des rentes, de jeunes esclaves du sexe féminin, qui seraien'
élevées avec soin et rendues ensuite à la liberté. C'est M. le
général J.-H. Coeke , dans la Virginie, qui est actui-!!, nim-
-chargé de l'administration de ce fonds.
6o4 AMÉRIQUE.
— 'acquisition de /'Ile-Grande , sur le Niagara , par un Juif,
pour y fonder une colonie. — Un négociant juif, de New-York ,
nomme Mardochée Noah, a demande aux Etats de cette pro-
vince, de lui ce'der, en paiement de ce qu'elle lui doit, la pro-
priété' de Y1 Ile-Grande, sur le INiagara , entre les lacs Erié et
Ontario, non loin des frontières des possessions anglaises dans le
Haut-Canada , et contenant, environ mille acres de superficie.
M. Utschoffer, rapporteur de la commission chargée de l'examen
de cette demande , a , dans un discours à la chambre des repré-
sentai , peint sous de vives couleurs les persécutions auxquelles
les Juifs étaient encore exposés dans quelques parties de l'Eu-
rope, et rappelé que les principes professés par les Américains, se
trouvaient en harmonie avec les projets de M. Mardochée Noah,
dont le but, en faisant cette acquisition , était d'offrir un asile,
sous la protection des lois libérales et tolérantes des Etats-Unis ,
à une classe d'hommes qui cherchaient en vain une patrie sur le
sol de l'ancien monde. En conséquence, il a conclu à l'admission
de cette demande , et la chambre a sanctionné cette proposition,
dans sa séance du i3 mars dernier.
Côtes du Brésil. — Hydrographie. — M. Roussiu , comman-
dant la (régate la Bayadère, chargé de travaux hydrographiques
par le gouvernement français , vient de rendre un service impor-
tant à la navigation , en fixant la position de la vigie de Manoél-
Lniz, indiquée parles cartes aux approches du port de Maranhan.
Cet écueil est de la nature la plus dangereuse : c'est un banc de
roches pointues et presque coniques, cntrenièli es de sable • il a
trois milles de longueur de FE. 1/4 S.-E. à l'O. i^j l\.-0. , et un
demi-mille du IN. au S. Les naufrages qu'il a occasionnés,
depuis 1814, s'élèvent à cinq par an. D'après les observation"
faites et garanties par M. Iloussin , la latitude de cette vigie est
o deg. 5a min. v.7 sec. sud, et la longitude o deg. 1 min. 3o sec.
à l'est du méridien dû fort San Antonio de IHanmhan. (Longi-
tude à l'ouest du méridien de Paris , jf> deg. 36 min. 1 j sec )
Toile d ''ananas. — Une nouvelle découverte, intéressante pour
l'Amérique, est celle qu'on vient de faire concernant la possibi-
lité de fabriquer de la toile avec le fruit île l'ananas. Les fibres de
ce fruit délicieux unissent la force à la finesse; ils se filent aisé-
ment, et produisent une toile de fort belle qualité. Ce tissu se
AMERIQUE. — ASIE. 6o5
blanchit très bien au Brésil, et c'est là seulement qu'il pourrait
se fabriquer avec avantage ; car, dans ce climat fertile, les ana-
uas croissent en plein air, sans exiger de soins, ni de culture, sur-
tout dans le6 terrains où le sol est mêlé d'argile.
ASIE.
Indes orientales. — Extrait d'une lettre de M. Leschenault de
la Tour, naturaliste , à M***, membre ds, l'Institut. — Calcutta,
le 20 décembre 1819. — J'ai été', depuis un an, toujours en course;
j'ai fait deux voyages dans l'intérieur de la Péninsule; dans le
premier, j'ai été attaqué de la fièvre jaune, qui , dans trois ou
quatre jours , m'a conduit aux bords du tombeau. J'étais, à cette
époque, dans la province de Coimbetore.
J'envoie à Paris, par le capitaine Houssard, un bouc «t une
chèvre de Patna ; cette espèce est remarquable par la longueur
excessive des oreilles.
Les collections que j'ai laissées à Pondichery sont très considé-
rables ; je les adresserai en France aussitôt que j'aurai une occa-
sion. J'ai parmi mes animaux vivans un jeune éléphant, qui n'est
pas plus gros qu'un bœuf.
Mon herbier contient 600 espèces, parmi lesquelles plus de la
moitié est nouvelle; j'aide plus envoyé déjà un herbier d'environ
4oo espèces.
J'ai environ 3oo animaux empaillés, parmi lesquels beaucoup
sont inconnus.
Mais une des choses les plus précieuses, c'est une collection
minéralogique, qui contient plus de i5oo échantillons. Je n'ai rien
négligé pour me procurer toutes les variétés de roches dans les
parties des Gates que j'ai parcourues ; plusieurs sont remarqua-
blement belles; ce qui ajoute du prix à mon travail , c'est que le
Muséum ne possède presque rien de la minéralogie de l'Inde. Je
réserve cette collection, que je porterai avec moi en France; je
l'augmenterai encore beaucoup, dans le voyage que je compte
faire sous peu de tems dans 1 île de Ccylan et sur la cùte Mala-
bare; je partirai pour ce voyage , après mon retour à Pondich» ry
où je séjournerai le tems nécessaire pour expédier mes collections.
Parmi les lieux que j'ai parcourus , cette année, sont les mon-
tagnes de INillegeray les plus élevées , je crois , de b Péninsule»
ASIE. — AFRIQUE.
Elles sépares t ta province de CdimiteteM de la cote Malabare ;
sont d'un accès difficile , de sorte qu'elles étaient peu con-
nues, ainsi que leurs habitons , qui diffèrent beaucoup des
autres indons ; il y a surtout, parmi eux, une tribu composée
de porteurs , où les femmes ont plusieurs maris, etc.
T\T. B. M. Leschenault se propose de séjourner dans fin Je , en-
core 3 ou .j ans.
AFRIQUE.
L\,ypte. — Canal d\'f(exandrie. — Les dernières nouvelles de
ce pays annoncent la continuation des travaux du grand canal
d'Alexandrie. L'agriculture et l'industrie se ressentent dé|à d s
heureux effets de celle magnifique entreprise. La culture du co-
totuer, du mûrier, de la canne à sucre, commence à prendre un
nouveau degré d'activité; les vers à soie sepropagent facilement;
quelques nouvelles manufactures importantes \ lenneut de s'ou-
vrir, et promettent du nouvelles sources de comment' et de pros-
périté.
— Mines. — On a dernièrement découvert , dans la Hante-
pte , au-dessus de la province d'Ksn -, des mines de plomb
et de fer : ces dernières sont , dit on , ftès lieues, le [urlia a
•\ e dans cette contrée plusieurs personnes chargées d'ei
ner les minet d'or et d'émeraudes , qui ont été négligées depuis
plusieurs siècles.
Cap de lionne-Espérance, — Etablissement d'un obi fpatoire.
— Sur la demande du bureau des longitudes de Lomhrs , le gou-
vernement anglais a ordonné qu'il serait èotïstt*ui( au Càp un ob-
tf le mod. le de et lui de Oecnwich. M. Ff. Tallows,
de l'Université de Cambridge , a été tiOTnrnépretnre'r astronome
et directeur de cet é;
— IntiqUités. — Un vient de faire , dans le, environs du (,'np
i ie ?k s intéressante |">ur I
. in rivu anl nm' c.i.c, des OUtTÎert <>ni trOuVé là c.tqur
il un navire -en oèrh*e,'Wiie Ton croit r re pour les i
d'un I > » t .ici t phénicien. Si la conjecture -c Ironvr vraie, nul
doute que la pointe inéi idioti exploré*
m. . .1 l'ancienne Tyr;
i de ta ville >!< I bedn en tfnrbaric. — Jl a é'é ques-
AMÉRIQUE. — EUROPE. 6o;
tion, tome IV, page 55o de cette Revue , d'objets précieux d'ar-
chitecture et de sculpture , transportes de la ville de Leheda en
Angleterre , pour y être de'posés au Musée britannique de Lon-
dres : il y était dit que le prince-régent d'Angleterre en avait
♦obtenu l'autorisation du pacha de Tripoli de Syrie. Cette dernière
ënonciation est inexacte, en ce que Lébeda , patrie de l'empereur
Sévère , n'est point située dans la Syrie , mais dans la Barbarie,
:-. .1 1 lieues environ d'un autre Tripoli , distingué du premier par
nomination de Tripéii de. l'Ouest ou de Barbarie. La rectifi-
cation de cette erreur, indiquée par notre honorable correspon-
dant l'amiral sir Sidney Smith , nous offre l'occasion d'annoncer,
qu'entre autres antiquilés de la ville de Le'beda , l'on remarque
un arc de triomphe, à moitié enseveli dans les sables successive-
ment amoncelés par le vent, et dont les parties visibles sont dé-
corées de plusieurs ornemens d'une belle exécution. Les archéolo-
gues en trouveront une description , et le modèle figuré , dans les
i">tfr<-s d'un agent anglais, écrites pendant les années de sa rési-
dence, de 1780 à 1790, et qui furent publiées, il y a un an, for-
mai in-j°, puis traduites en français. (>es lettres contiennent aussi
des détails fort intéressans sur le gouvernement «le ces contrées
et sur les mœurs des habitans.
EUROPE.
G P. ANDE-B II E TAGINE.
Ecosse. — (jrêélegie. — Quelques traditions des lois de Hovel,
du ()■ siècle, avaient fait penser que l'Ecosse pouvait placer le
castor parmi les races éteintes des animaux qu'elle nourrissait
autrefois. (Jette conjecture v ienl d'èlre confirmée par la décou-
verte qu'a faite M. Neill, dans le comté de Rervvich. x\\\ squelette
fossile d'un de ces amphibies, placé dans une couche de marne
« "quillièrc, à ;- pieds de là surface (\u sol.
— fjftflguenr de la baleine du Ornenland. — On a beaucoup
exagéré la longueur de celle haleine; des auteurs l'ont poi te.
de 80 a 100 pieds; d'autres, de 1 5o à '200; il est même des natu-
ralistes qui prétendent qu'elle va jusqu'à plus de qoo pieds. "M. le
capitaine W. Scoverby , qui a passé plusieurs années à la pèche
de bCt 'énorme animal , aflirtne , d'api.'- le autorités les plus
respectables , que )a baleine du Vord n'a ronimunéim n'
608 EUROPE.
que 60 pieds, et bien rarement 67 : de Z"xi individus à la prise
desquels il a contribue, le plus grand avait au plus 58 pieds.
— Gravure en relief sur cuivre. — Le nouveau procède inventé
par M. Lizars pour graver, consiste à dessiner un sujet sur une
planche de cuivre avec du vernis de térébenthine , colorié par du
noir de lampe. Lorsque le vernis est parfaitement sec, on verse
sur la planche de l'acide nitrique délayé, qui, agissant sur les
parties découvertes du cuivre, le ronge et laisse intact tout le des-
sin. S'il se trouve beaucoup d'ombres dans le sujet qu'on traite,
cette opération se fera sans danger et sans accident ; mais , s'il y a
trop de distance entre les lignes, la difficulté sera plus grande. Il
devient nécessaire de creuser un peu à l'entour des lignes avec le
burin, afin d'éviter que l'encre n'atteigne le fond, et ne dimiuue
la netteté de la gravure.
— Papier-ivoire h Cusage des peintres, cl procède employé pour
sa fabrication. — L'ivoire a des propriétés qui le rendent très
précieux pour les peintres ; mais il est d'un prix très élevé , et l'on
ne peut s'en procurer des lames d'une certaine grandeur : lors-
qu il est très épais, le grain en devient trop gros, et lorsqu'il est
très mince, il se courbe dans les changemens de tems ; enfin,
l'huile qu'il renferme , le jaunit par une trop longue exposition à
la lumière.
M. Einsle a présenté au comité de la Société d'encouragement
des Artsy a Londres, plusieurs échantillons de son papier-ivoire ,
qui avaient un huitième de pouce d'épaisseur, et surpassaient en
étendue les plus larges lames d'ivoire connues ; leur stirtace était
dure et unie. Le lavage enlève les couleurs sur ce papier encore
plus complètement que sur l'ivoire , et il peut être répété, sans
inconvéniens, trois ou quatre fois dans les mêmes point s ; on peut
aussi le gratter légèrement avec la pointe d'un canif, sans altérer
sensiblement la surface ■ enfin , il se conserve très long-feins, sans
perdre de sa blancheur primitive. Voici le procédé de fabrication
que M. Einsle a donné par écrit à la Société.
Pour une feuille de papier de 17 \fi sur i5 \fx, on fait bouillir,
pendant quatre ou cinq heures, un quart de livre de rognures de
bon p.n chemin, dans une terrine de trois pintes d'eau , en rempla-
< nit de tems en tems l'eau qui s'évapore. On passe ;'i travers un
linge la liqueur, qui, refroidie, forme une gelée épaiste, appelée
EUROPE. G09
colle n° 1. On t'ait bouillir de nouveau, pendant, le même teuis
et dans le même vase , la lie qui reste dans le linge ; puis on la
filtre pour avoir la colle n° 2. Ensuite, il faut coller, avec ce n<> 2,
trois feuilles de papier à e'erire , après les avoir mouillées des deux
côtes avec une éponge trempée dans l'eau ; les étendre , encore
humides, sur une table ; appliquer dessus une ardoise polie, un
peu plus petite que le papier ; reployer les bords de celui-ci ;
les attacher à l'ardoise avec de la colle, et laisser sécher graduel-
lement. On colle successivement trois autres feuilles sur les pré-
cédentes, et on enlève avec un canif les parties qui dépassent l'ar-
doise. Quand le tout est parfaitement sec, on frotte, avec une
lame d'ardoise enveloppée dans du papier grossier, la surface supé-
rieure, jusqu'à ce qu'elle devienne douce et unie; alors on colle
dessus une belle feuille de papier, dont on enlève les aspérités
avec un canif, et qu'on frolte de nouveau, en se servant d'une
feuille de papier fin (Jîne glass paper). Arrivé à ce point, on fait
fondre à une chaleur douce une demi-pinte de la colle n° 1 , dans
laquelle on verse trois cuillerées à bouche de plâtre fin de Paris :
quand le mélange est bien fait, on l'étend sur le papier avec une
e'ponge douce et humide, aussi également qu'il est possible. On
laisse sécher lentement, et l'on frotte de nouveau avec un papier
fin. Enfin , on mêle à une chaleur douce quelques cuillerées de la
colle n° 1 avec les trois quarts d'eau pure, et quand le liquide a
pris, parle refroidissement, une consistance semi-gélatineuse,
on l'étend sur le papier par tiers, en laissant bien sécher le pre-
mier avant de mettre le deuxième, et le deuxième avant de mettre
le dernier; celui-ci étant bien sec, on frotte légèrement la surface
avec une feuille de papier très fin, après quoi on détache de
l'ardoise le papier-ivoire , qu'on peut employer immédiatement-
En mêlant quatre parties d'oxide de zinc avec trois de plâtre,
on a exactement la teinte de l'ivoire ; avec le carbonate de baryte
précipité de ses dissolutions, on a une nuance intermédiaire
entre le plâtre et l'ivoire.
Géographie. — lies découvertes dans le grand Océan. — Le
capitaine Peyster , commandant le navire la Rebecca , allanl »!<
Valparaïso aux Indes orientales, a découvert, le 17 mai i8i<), à
3 heures du matin, un groupe qui loi a paru composé de quatorze
petites îles et de cayes sablonneuses (latitude sud 8° 29', long)
C«o FXIROPlv
tude ouest, 1800 5f'). Il l'a nommé groupe cYFAlien, et l'île sur
laquelle ii a failli toucher, Es< ape.-lsland ; celle qui ou < ?t le plu?
près, Jicbecca-lsland , et la plus occidentale, Browns-ls'and : il
les croit inhabitées. Le 19 niai, au point du jour . le capitaine
Peyster a aperçu un autre groupe qui semblait iormé de dix- sept
petites îles, et que ses otliciers ont appelées ttès de f'cyster. Il en
fixe la position ainsi : latitude sud, 8° 5'$ longitude ouest,
1800 4V. Toutes ces îles sont si basses , qu'on ne peut les aperce-
que de très près.
Lo>înRns. — f^oyege de (Calcutta a RobyJone. — On imprimr
en ce moment, à Londres, la relation d'un voyage, fait de ( al-
cutta à Babylone , le long des rives du Tigre et de rKuphiate.
accompagne d'un traite sur l'histoire de ces métropoles de IO-
rient, et d'observations fuites sur les lieux pendant un séjour de
trois semaines. L'auteur de cet ouvrage est M. Loekett, esq.,
capitaine au service de la compagnie des Indes orientales, avan-
tageusement connu par un excellent commentaire sur la svtitave
arabique (Calcutta, 1 8 1 f , 1 vol. in-/j°;, secrétaire du conseil
du Fort Williams, an Bengale L'ouvrage sera accompagné <!••
cartes et de gravures, qui représentent les projections des ruines
Hé lîabylone , de plusieurs iiniiiuincns epars au\ t n\ Irons de cette
ville, et de quelques petits édiliecs très anciens, déterres par
I (s Irabes. Les planches ont été gravées par TVI. Vf. Landseeret
par quelques autres artistes. Le texte est grand in-'jo. lYix.
\ gtûnées.
— On va publier à Londres un (f Plan </".,/■<•,■ tion , d<
pour le ni de Rome et A w mitres princes du Sdltg, par le Conseil
impérial de Tintât, sous l'inspection personnelle de louper- u^
% apoléon. »
Beaux- Arts. — Exposition de tableaux. — Les galeries où les
artistes anglais exposent tous les mm leurs bttvrages, n'ont el»
ouvertes au public, celte année , qu'après les funérailles du roi
I reorges III. Files contenaient 3i6 tableaux- . <t sepl morceaux de
SCtilptllie. Les tableaux d'histoire étaient médioOfM et en fort
petit nombre. On a remarque plusieurs M. .1. M
Gattdy. Ce peintes a une touche ferme 1 Ses compo
citions sont heureusement choisies. "M. Martin a essayé de repr<
• ntei une scène de "Macbeth: c'est l'instant où les trois sorcière 1
EUROPE.
disparaissent à ses yeux, après lui avoir révèle les grand
qui l'attendent. L'étonnermnt , la joie et une sombre horreur si
p< ignent sur le visage de Macbeth. Sa téta est rejetée èm arrière,
la criuièrede son casque est agitée par un vent furieux. Ses mains
sont élevées • il suit de l'œil la redoutable apparition. Le lieu de
cette scène est une bruyère desséchée : on aperçoit, à l'horizon,
ut e chaîne de montagnes, à travers lesquelles défile l'armée com-
mandée par Macbeth et Bouquo. La figure de ce dernier manque
d'expression. Placé sur le même plan que Macbeth , et témoin de
ce qui vient de se passer, il doit être ému et surpris. Cependant
l'ensemble de ce tableau mérite des éloges : le génie de Shakes-
peare y est senti et rendu avec talent.
Sir John Fleming Leicester, amateur de peinture, et l'un des
plus zélés protecteurs de cet art , vient d'acheter le chef-d'œuvre
de Harlow. Cet habile peintre , vivement regretté des artistes, a
déployé, dans la manière dont il a traité un sujet fort simple,
Une grande supériorité de génie. Une jeune fille de icjans félicite
sa sœur, plus âgée qu'elle d'une année, et lui annonce que le
jour de son mariage avec celui qu'elle aime, vient d'être fixé ti
une époque très prochaine. Le contraste des traits animés de lu
plus jeune, de sa vivacité, de sa gaieté, avec l'air timide, embar-
rassé, modeste, et l'espèce de joie mélancolique de sa sœur, est
admirablement saisi. Le pinceau de Harlow a exprimé mille
nuances secrètes, qui se révèlent à l'œil, mais dont les paroles
ne peuvent donner l'idée.
— Monument en f honneur du poète Burns. — Un monument
va être érigé , dans l'Ayrshyre, à la mémoire du poète Robert
Burns, près du lieu de sa naissance, entre les deux ponts de
T)oon et d'Allowaykirk. La première pierre en a été posée , le
28 janvier, par une dépidation «le. vingt-quatre loges de francs-
maçons. Ce monument aura une base triangulaire de 20 pieds de
hauteur, renfermant une chambre circulaire de \r, pieds de dia-
mètre. Sur cette base s'élèvera un temple , aussi de forme circu-
laire, formé de neuf colonnes de l'ordre corinthien, et de 3o pieds
«le hauteur, portant un dôme, qui sera surmonté d'un trépi.-d.
l'ai tribut d'Apollon. Dans une niche de l'intérieur, Sert placé le
buste du poète. L'ensemble aura environ 60 pieds d'élévation.
On a suppute les frai* à 1800 livres ttejrl. ;.jj,ooo francs). L\»r -
6i 2 EUROPE.
chitecte Th. Hamilton, d'Edimbourg, s'est charge de diriger gra-
tuitement l'exécution de ce monument. Henrichs.
— Médaille en V honneur du poète Camoëns. — Don Manuel de
Souza Botellio, qui, par sa superbe édition de la Lusiade, a érige'
un monument brillant à la gloire littéraire des Portugais, -vient
de faire frapper, à Londres, une médaille en l'honneur de l'im-
mortel poète Luis de Camoëns. D'un côté, on voit la tête du
poète, avec son nom et la date de sa mort. Jusqu'ici cette date
était ignorée ; mais M. de Souza n'a épargné aucune peine pour
se procurer à ce sujet des renseignemens certains. Le revers de
la médaille représente les emblèmes des trois sortes de gloire aux-
quelles peut aspirer Camoëns, comme poète, comme navigateur
et comme guerrier.
— Musique. — Pédale pour tourner les feuillets dJun cahier de
musique. — On vient de perfectionner une nouvelle invention
pour tourner les feuilles d'un cahier de musique avec le pied ,
sans faire usage de la main. Cette machine exécute cinq mouve-
mens • elle est cachée dans le corps du forté-piano et ne devient,
visible que lorsqu'on s'en sert.
RUSSIE.
Fi!VLAivnE. — Journaux. — On publie maintenant dans la ville
d'Abo, une gazette dans la langue du pays ; la plupart des abon-
nés sont des paysans.
Théâtres. — Depuisquelque tems, on a beaucoup perfectionné
en Russie l'art de la déclamation. St.-Pétersbourg possède main-
tenant trois théâtres, sur lesquels on représente les ouvrages dra-
matiques de la Russie, de la France et de l'Allemagne. La direc-
tion en est confiée au prince Tufiakin, grand-chambellan de l'ein*
pire, qui a contribué île tout son pouvoir à relever l'art drama-
tique. Le théâtre russe, où l'on ira parle que la langue de la na-
tion . a fait d'étonnans progrès, et peul être compté tu nombre
tics premiers spectacles «le l'Europe. U s'y trouve d'excettena ac-
teurs qui jouent, avec beaucoup de succès, au milieu d'un nom-
breux auditoire, les ouvrages des auteurs tragiques russes, et le»
traduction! des chefs-d'œuvre de Corneille, de Racine et de
Voltaire. Mademoiselle Simanova , qui remplit les principaux
rôles dans la tragédie, est une actrice Uts distinguée. Ce théâtre
EUROPE. 61 3
est remarquable par le bon choix des sujets , la richesse des dé-
corations , la magnificence des costumes et la perfection de l'or-
chestre. M. Didelot est à la tête des ballets : on doit à ses talens
une composition gracieuse qui peut, dit-on, rivaliser avec celles
de l'Ope'ra de Paris.
Le théâtre français , fermé depuis près de 8 ans , vient de se
r'ouvrir, à la grande satisfaction de la noblesse russe. Les pres-
santes sollicitations du prince Tufiakin ont obtenu de sa Majesté
impériale que ce théâtre donnerait huit représentations par mois ,
et qu'il partagerait avec la troupe nationale l'honneur de jouer
une fois la semaine en présence de la cour. Les acteurs français
ont toujours été accueillis par le prince Tufiakin avec une bien-
veillance marquée.
Le théâtre allemand représente la tragédie , la comédie et l'o-
péra. Les principaux ouvrages de Schiller, de Lessing, deKotze-
buë, et tous les auteurs allemands qui ont quelque célébrité, y
sont joués avec ensemble. L'opéra est très bien monté.
Il y a aussi à Moscou un théâtre russe sous la même surveil-
lance que ceux de St.-Pétersbourg ; les acteurs sont tirés des dif-
férentes troupes de cette ville.
SUÈDE.
Stockholm. — Paquebot a vapeur. — On construit ici, sur le
plan de M. Owen, Anglais, un bateau à vapeur, qui doit servir de
paquebot entre cette ville et St.-Pétersbourg. Ce trajet, dont la
durée a été jusqu'à présent fort incertaine , et dont les dépenses
sont assez considérables, pourra se faire en soixante heures efc
pour un prix beaucoup moindre.
Mouvement de la population. — Il résulte des nouvelles tables
statistiques qui viennent d'être présentées au gouvernement,
pour les années 1816, 17 et 18, que la population du royaume
de Suède s'est augmentée, dans ces trois années , de 78, 3 |G indi-
vidus. Dans la capitale, il y a eu un léger accroissement en 1816,
«t une diminution dans les années suivantes ; ce qu'il faut attri-
buer à la tendance générale qui porte les plus riches propriétaires
à se livrer avec plus de soins à l'exploitation de leurs forges et
aux grands travaux agricoles.
En i8iG, il est né 80,644 individus ; il en est mort 56,2a5:
6i4 EUROPE.
en 1817, il y « (,|« B3,É m < . nues et 6o,863 décès : en 1818,
85,7 i.j naissances et Ci i ,- j s décès. A la hudeiftifi, la population
un royaume à élevait à y., jfi.5,o(J6 aines ; et, en 1818, à •.»-,.» j!', j 1 ».
Le nombre des enlatis naturels a diminué dans une proportion
remarquable : en i8i(» , il était de 6,389 j en 1817, de 5,979 j etj
en 181 8, de 0,754. Dans la première de ces «innées . 1, j 33 mères
sont accouchées de jumeaux. , et 3o , de trige:,,ea:i\ • dans la se-
conde, i,ïj() de jumeaux , et a3 de Irigemeauxj dans b troisième,
1, -2^5 de jumeaux , et 91 de trigemeaux.
Académie des inscriptions , bell's-lttlrcs et antiquité* de
Stockholm. — Concours de 1820. — Quatre questions avai.-nt
< !<; mises au concours, en tel 9 : une, à laquelle on devait re-
pondre par un Mémoire, en langue suédoise, sur l'histoire de
Suède; L'autre, sur les méthodes d'écrire L'histoire, à traiter en
langue latine ou française ; la troisième, sur les inscriptions et
emblèmes, Mémoire a taire en langue latine; la quatrième, sur
les antiquités suédoises, à traiter en suédois ou en latin. Sur ces
quatre" questions , deux étant restées sans réponse, et aucun des
Mémoires envoyés sur les deux antres n'ayant été couronne, l'A-
cadémie propose les mêmes sujets pour le concours de la présente
année ( Voyez les programmes détaillés de ces prix, lieu. /.'ne. ,
t. m, p. 174.)
DANEMARCK.
Mouvement de la population. — Il y a eu, dans ce royaume,
pendant Patinée 1819, 9,188 mariages ; 55,4°5 naissances, dont
V>'i8 enlans naturels, et2i,T) \ \ décès ; de sorte que les naissances
ont excédé les décès de i3,8i>i individus. Parmi les personne
édées six avaient atteint cent ans et au-delà.
Beaux -Arts — Nouveaux travaux du sculpteur danois 7/ior-
■ \iildscn. — Pendant son séjour à Copenhague, IM. Tborwaldsen
t exécuté les modèles des bustes de'la (a m il le roi aie, avec 1 1 tt<
perfection qui distingue toutes les productions de ce ci U bre ai -
tiste. L< s bas-reliefs représentant le Triomphe tr^ilexandre, qu'il
a exécuté* A Rome, il y a déjà plusieurs années, \')iit orner le
palais «le Christiansbourg. Mais c'est principalement l'église mé-
tropolitaine de Seeland qui sera embellie par Bel ouvrages. On
loi! v placer sept morceaux capitaux de M. I horwaidseu , tous
représentant des sujets tires île l'histoire evangéUque.
EUROPE. 6i5
ALLEMAGNE.
Munich. — Chimie. — Conversion des substances végétales en
gomme et en sucre. — M. Vogel , membre de l'Académie royale
«les Sciences de Munich , ayant re'pété avec le plus grand soin les
expériences de M. Henri Braconnot, relatives à l'action de l'acide
sulfurique sur les corps ligneux {Voy. Rev. Enc, t. VI, p. 425) ,
est parvenu à des résultats absolument semblables à ceux du
chimiste de Nancy. Les essais qu'il a faits sur de vieux papier
écrit et imprimé, sur de la paille coupée, lui ont donné également
du sucre et de la gomme M. Vogel a lu à la classe de physique
un Mémoire où sont consignés toutes ses opérations , et qui doit
paraître dans la Feuille des Arts et de V Industrie , publiée par la
réunion polytechnique de Bavière.
Vienne. — - Instrument pour dessiner la perspective. — M.
.T. Auracher d'Aurach , général -major au service d'Autriche,
a inventé un instrument fort ingénieux , qu'il appelle Quar-
réographe , au moyen duquel on peut dessiner la perspec-
tive avec la plus grande précision , et appliquer les teintes
d'après les principes du clair-obscur. Un ouvrage qu'il a pu-
blié sur cet objet (chez Gérold , à Vienne), donne, dans la
première partie, une description de l'instrument, dont la
composition est très simple, et fait connaître, dans la se-
conde, l'usage du Quarréographe , pour toute espèce de pers-
pective.
Leipsick. — Bibliographie. — Un résumé du catalogue des livres
mis en vente à la dernière foire de cette ville, peut donner une
idée de la proportion dans laquelle les Allemands contribuent à
la propagation des connaissances humaines.
Ouvrages : 217 sur l'éducation et livres élémentaires; Ca5 sur
la philologie, la rhétorique, la grammaire, la langue allemande
en particulier, et la bibliographie; 279 de poésie, pièces de
théâtre, romans; 11 de musique; 66 sur les arts du dessin et
l'archéologie; 19 sur la calligraphie; 92 sur l'arithmétique, sur
d'autres parties des mathématiques, et sur l'astronomie; i35
d'histoire naturelle, en général, et ses différentes branches en
particulier; 48 de physique et de chimie; 179 de médecine et
d'art vétérinaire; ifô sur la géographie et l'histoire, non com-
TOME VI. 42
6i6 EUROPE.
pris les cartes et les plans, publiés séparément ; ^o sur le droit
politique constitutionnel dos Etats ; i3o sur l'économie politique,
la statistique, la législation, la jurisprudence, la police; 42 sm
l'art militaire ; 58 de philosophie spéculative et de morale; 363
sur la théologie, le droit canon, l'histoire ecclésiastique, y com-
pris les sermons et les livres de prières; 1 8 pour et contre les Juifs,
65 mémoires académiques et autres mélanges ; \o périodiques, ou
journaux littéraires, non compris ceux purement politiques.
Total , 2^o3 ouvrages.
Prague. — Littérature Bohémienne. — Parmi les anciens ou-
vrages en langue bohémienne, il n'y en a" aucun qui offre plus
d'intérêt que la Chronique de Bohème, par W. H. de Liboozan
( Ceska Kronyka od ff^aclawa I/agka z Liboezan.). Cet ouvrage
est devenu si rare qu'on ne le rencontre plus que dans les ventes
publiques, où des exemplaires incomplets, et même à moitié dé-
chirés, se paient un prix exhorbitant. C'est ce qui a détermine
l'Imprimerie royale de Prague à faire une réimpression de cette
Chronique, absolument conforme à l'original, avec toutes les
gravures, armoiries, et autres ornemens. L'entreprise mérite
d'autant plus d'encouragemens, qu'elle contribuera à la conser-
vation d'une langue qui n'est guère cultivée de nos jours. L'ou-
vrage, qui formera i3o feuilles d'impression, paraîtra de mois en
mois , par livraisons de 8 feuilles.
Hongrie. — Littérature hongroise. — La littérature hongroise
commence à prendre son essor; les traduction! surtout étendent
chaque jour son domaine. Horace a été traduit en vers métriques
par M. Grégoire Edes ; la traduction en langue hongroise du
forage du jeune slnacharsts paraît à Klauscmbourg; le savant
Transylvanien Farkasa très bien traduit don Carlos, de Schiller.
Nous ne ferons pas mention de beaucoup d'autres traductions;
m. us. eé qui doit intéresser particulièrement les bibliophiles
d'Allemagne, c'est que INI. Gai , bibliothécaire de S. A. le prince
Esterbaty, s occupe de la traduction des principaux drames hon-
grois. Klle vient d'être annoncée, et .paraîtra incessamment chez
Trassler , à Rruun.
D'un autre côté, M. le comte Mailalh va terminer la traduc-
tion de divers morceaux poétiques, par lesquels on pourra
juger des richesses que possèdent les IVlaygarcs en ce genre.
EUROPE. 617
Parmi les pièces de théâtre les plus récentes , on distingue une
tragédie, intitulée Stibor, et une comédie, intitulée A'kerok (le
mandataire chargé de demander en mariage au nom de l'épou-
seur.) L'auteur de ces deux pièces est M. Charles Kisfaludi.
Publications prochaines. — Heidelbero. — Livres élémen-
taires, d'après les principes de Pestalozzi. — La librairie de
IVIohr et Winter s'est chargée de la publication de plusieurs nou-
veaux ouvrages élémentaires de M. Joseph Schmidt , l'un des
professeurs de l'institution de Pestalozzi, à Yverdun. Le béné-
fice qui pourra résulter de cette publication est destiné à doter
l'établissement gratuit que M. Pestalozzi a fondé, dans le but de
former des instituteurs des deux sexes pour les écoles des pau-
vres. La collection des nouveaux ouvrages de M. Schmidt for-
mera six volumes. Les cinq premiers traiteront divers sujets de
mathématique* , d'après les principes du vénérable doyen
d'Yverdun; et le sixième renfermera une collection de modèles
<îe dessin, pour la plupart lithographies, et exécutés par les élèves
de l'institution de Pestalozzi. Le prix de chaque volume sera de
4 francs pour les souscripteurs.
Bavière. — Beaux-Arts. — Hommage a la mémoire de Ra-
phaël. — Le 6 avril dernier, trois siècles s'étaient écoulés depuis
la mort de Raphaël. Ce jour mémorable dans les annales des arts
avait inspiré à ceux'qui les professent, et à quelques amateurs de
Munich, l'heureuse idée d'en célébrer le jubilé d'une manière
digne du peintre immortel. A cet effet, un grand pavillon situé
au milieu d'-ua beau jardin , dans les environs de la ville, avait
été décoré de couronnes et de guirlandes, entre lesquelles on avait
placé, soit en gravuces.ou en copies, les principales productions
de ce grand peintre, dont le buste, placé au centre, était
couronné de lauriers. Un tableau transparent du plus bel effet, et
représentant l'apothéose de Raphaël, remplissait tout le fond du
salon. On y voyait le jeune artiste, conduit par son maître IVi q.
gino , montant les marches de l'éternité , dont le vieux Cimabuu
lui ouvrait les portes. Pour le recevoir dans ce séjour céleste , on
voyait d'un côté du sanctuaire Giotto , Fiesole, Giovanni, Hcl-
Jini et Van Eyck; de l'autre coté, Masaccio, Ltootrdo , iMichel-
Ange, Titien, Fra Bartolomeo et Albert Dorer. Pendant que
l'on admirait ce beau tableau, des sons harmonieux se »uut fait
42*
SiS EUROPE
entendre, et un cantique à la louange de Raphaël a été chante' par
plusieurs musiciens, membres de la Société. Ensuite , un orateur a
prononcé un discours analogue à la circonstance , et la solennité'
s'est tei minée par un repas dans lequel a régné une véritable
fraternité.
Hambourg. — Lithographie. — Les progrès que la lithographie
a faits à Hambourg pour la netteté , l'élégance et le fini de l'exé-
cution , surpassent peut-être ceux de tous les établissemens litho-
graphiques de l'Allemagne. Les artistes hambourgeois, qui cul-
tivent la lithographie, sont généreusement encouragés, tant par
le corps administratif, que par les particuliers. Sans parler du
graijd nombre de cartes géographiques, topographiques et hydro-
graphiques qu'ils ent fait paraître depuis quelque tems, et qui ri-
valisent avec les caites gravées au burin , nous signalerons quel-
ques morceaux d'une importance majeure, exécutés en grande
partie par les deux habiles artistes Grogers et Aldtnrath , savoir:
Un tableau d'animaux dessiné d'après Potter, par Herterich; une
Sainte-Famille composée etdessinée parHarsdorff j un Luther, en
pied , et plusieurs paysages exécutés d'une manière particulière
et avec beaucoup de grâce et d'expression, à la plume et au poin-
tillé, par Benedixen; plusieurs dessins d'architecture gothique,
par Bundsen , à Altona. Mais, ce qui mérite plus d'attention en-
core, ce sont trois tètes du Christ: lune d'après Carlo Dolce,
par Herterich ; l'autre par Grogers, dessinée par lui-même; et la
troisième, par Benedixen , d'après Albert Durer. L'exécution du
dessin de ces trois têtes est si parfaite, qu'on les prendrait volon-
tiers pour de belles gravures en taille-douce.
Nécrologie. — Berlin. — L'Université et l'Académie des
Sciences de cette ville ont perdu un professeur d'histoire très
distingué , M. Buehs , historiographe du roi de Prusse , mort, le
20 février, à Livourne, où il était allé dans l'espoir de rétablir sa
santé. Il était né, en 1780, à (ireifswald , dans la Point r anir *o6
doise; où il a occupé, pendant quelque tems , une chaire d'his-
toire. C'est même dans cette -\ille qu'il a Écrit son Histoire de
Suède, en quatre volumes; ouvrage qui a fondé sa réputation
comme historien. 11 laisse plusieurs autres ouvrages estimés , tels
que V Essai d'une histoire de la religion , du gouvernement et de la
civilisation de 1 ancienne. Scandiniiviv (1801) ; la statistique de I*-
EUROPE. ^ 619
Finlande, sous ce titre : De la Finlande et de ses habitans (1809) j
les Lettres sur la Suède ^i 8 14)* C'est lui qui a fait l'article Suède,
dans la nouvelle édition de la géographie de Busching; et, au mo-
ment de sa mort, il était occupé d'une Histoire de Bysance, d'a-
près les anciens auteurs bysantins.
— Munich. — Le 26 février, l'Académie de Munich a perdu un
de ses membres, M. Oppel, naturaliste et peintre d'animaux. Jl
donnait tout son tems à la. composition et à la publication d'un
grand ouvrage intitulé : Description et représentation de tous les
reptiles , d'après un système particulier, et dont il avait déjà fait le
premier cahier. Il s'était chargé lui-même de la gravure des
planches : ce travail , que l'emploi de l'acide nitrique rend très
dangereux , lui a coûté la vie.
— Dresde. — M. Kugelgen, peintre et professeur distingué de
l'Académie de cette ville, a été assassiné par un voleur, le 37
mars dernier, en revenant le soir de sa campagne, située aux en-
virons de Dresde. \\ était frère jumeau du célèbre peintre de pay-
sage du même nom, établi à Saint-Pétersbourg.
SUISSE.
Canton de Vaud. — Publications nouvelles. — Journal re-
ligieux. — On publie , depuis peu, à Lausanne, un nouvel ou-
vrage périodique , traduit de l'allemand, intitulé : Méditations
religieuses, dont l'éditeur, M. C. Monnard, ministre du Saint-
Evangile et professeur de littérature française , est également
recommandable par son érudition et par une véritable piété. Le
but de ce journal étant de répandre la morale chrétienne dans
toutes les classes de la société, l'auteur a dû nécessairement
s'imposer, sous le rapport du style, quelques sacrifices pénibles
I l'amour-propre, mais dont les lecteurs à la fois éclaires et re-
ligieux, sauront lui tenir compte, sans que d'ailleurs lisaient
vien à désirer, quant au fond des choses, pour la manière dont
l'auteur traite son important sujet. (Test du moins ce que garan-
tissent deux articles intitulés: l'un , Triomphé de la religion <kn
tienne, l'autre, le Culte domestique, insérés dans les deux pre-
mières livraisons , qui ont paru en mai dernier.
Les Méditations religieuses seront publiées régulièrement tous
les quinze jours, en une feuille et demie ou deux feuilles d'un
pression in-8°. Treize livraisons formeront un volume ; à la trei
foo EUROPE.
zième seront joints le titre du volume et la table des matières. Le
prix de l'abonnement pour une année , franc de port par la poste,
est de 10 fr. 5o c. pour la Suisse, de É3 fr. pour la France et le
Piémont, et de 18 fr. pour l'Angleterre. On ne peut souscrire
que pour une année , et l'abonnement est payable d'avance. Les
souscriptions doivent être adressées, franc de port, à H. Fiscber.
libraire à Lausanne. On souscrit aussi à Paris, chez F'ymery,
rue Mazarine, n° >o • Trcuttcl et Wiirtz, rue de Bourbon , no 17 ;
et, dans les autres villes de France, chez les principaux libraires.
Berne. — - Beanx-Jlrts. — Tableaux transparens. — Jusqu'à pré-
sent, les peintres, même les plus habiles, n'ont pu rendre que
très imparfaitement les effet! de lumière produits parle soleil , la
lune et le feu. 11 paraît que M. Kœnig, peintre de Berne , est par-
venu à imiter la nature en ce genre, autant que l'art peut le faire,
en employant des transparens dans ses paysages. C'est du moins
ce qu'attestent tous ceux qui connaissent ses belles vues de la
Suisse, exposées en dernier lieu à Francfort-sur-Mein; entre
autres, la ville de Berne et les environs d'Lntcrlaken. la Chapelle
de Tell, les feux de Saint-Jacques, sur les bords du lac de Bienne,
le lever de la lune dans les enviions de Lyss, près d'Arberg, la
Jungfrau, vtJC au coucher du soleil, etc. , etc. M. Rœniga exprimé
avec une rare fidélité le véritable caractère des paysages suisses,
et ses ouvrages ont une parfaite analogie avec cette nature ma-
jestueuse dont on ne saurait se former d'idée , quand on n'a point
gravi les Alpes.
ITALIE.
Huile de p< pins de raisin. — On a trouvé , dit-on . le moyen de
tirer parti des pépilN dé raisin , en en exprimant' une huile supé-
rieure à l'huile de noix. La lumière qu'elle jette dans les lampes
esl aussi brillante que celk de l'huile d'olive ; l'odeur cl. la fumée
qui l'accompagnent sont à peine sensibles.
Napi.es. — Académie royale. — Minéralogie* — ÎM. Broechi .
• •witinuant ses recherches, a lu à l'Académie rcv.de de NapleS ,
un Mémoire mr une espèce singulière de Luialite, trouvée dans
une lave du mont / H/turr- , dans lu Basilieale. Sripion Breislalv
tembla ;n <>ir le premier psi le de ce minéral , spei çu prés du Vé-
suve, et qui est très rare dans les collections minéralogiques. Il
lut ensuite reconnu par le professeur Gismondi, à Frascati, et
EUROPE. 621
au pied du ment Alban. Quoique le nom de lazialite exprime
l'origine et la localité de ce minéral, on a voulu, depuis, l'appeler
hauyna, en l'honneur du célèbre minéralogiste , M. Hauy, On l'a
aussi trouvée en Allemagne. M. Brocchi assure en avoir vu une
quantité extraordinaire dans une lave provenant du mont Cul-
ture , et qui forme la plus grande partie de l'éminence sur laquelle
s'élève la ville de Melfi. Ce naturaliste infatigable, après en avoir
fait diverses analyses , en a décrit les caractères les plus saillans
et les accidens les plus singuliers.
Turin. — Académie royale. — La classe des sciences physiques
et mathématiques a tenu, le 14 mai, une séance présidée par M. le
comte Balbe, ministre des affaires intérieures, président de l'Aca-
démie. M. le professeur Borson a fait, au nom d'une commission,
un rapport sur le voyage de M. Zumstein au Mont-Rose. M. le
professeur Caréna , au nom d'une autre commission, a fait un
rapport sur un autre ouvrage de M. Zumsteiu , concernant la ra-
reté toujours croissante des bouquetins dans les Alpes , et sur les
moyens d'y remédier. La classe, approuvant les conclusions des
rapports , a arrêté d'insérer dans ses Mémoires la description du
premier voyage de M. Zumstein, et de proposer au gouvernement
les mesures convenables pour prévenir le décroissement ultérieur
de la race des bouquetins. Une commission est chargée de fournir
à M. Zumstein toutes les instructions, et généralement tout ce
qui peut contribuer au succès d'un second voyage au Mont-Rose.
M. Vassali-Candi , secrétaire perpétuel, a lu une note sur les der-
nières mesures trigonométriques du Mont-Blanc , et a fait sentir
l'utilité qu'il y aurait à les comparer avec la hauteur du Mont-
Rose. M. Borson a lu une partie de son travail sur l'ornitographu
piémontaise. M. PJana a lu une note tendante à rectifie' un ar-
ticle de la Revue Encyclopédique , de Paris , {relatif au prix, rem-
porté à l'Institut, par MM. Carlini et Plana.
JY. B. Aussitôt que les Rédacteurs de la Revue, connaîtront la
rectification désirée par M. Plana, ils l'eaapresseronl <!<• l'inaérel
dans ce recueil, qui sera toujours ouvert à de semblable! 1
mations.
— Dans la séance ordinaire tenue par la classe dei m i iflce phy-
siques et mathématiques (juin 1820), M. le docteur Bellardi a
fait un rapport sur le travail de M. le docteur Gatti, auteur de la
622 EUROPE.
Topographie médicale du Montferrat; il en sera fait mention ho-
norable dans les Mémoires de la classe. M. le professeur Caréna a
lu des observations sur quelques espèces de sangsues. JVI. le pro-
fesseur Bonelli a fait connaître trois animaux de la classe des rep-
tiles , non encore décrits , et envoyés de Sardaigne. M. le profes-
seur Borson a présent édeux échantillons de pierres à champignons,
envoyés de INaples, l'un desquels, mis dans un vase plein de terre
humide , était chargé de trois champignons sortis de celte pierre.
— Lithographie. — M. Félix Testa, de Turin, ayant le premier
introduit l'impression lithographique dans les Etats sardes, S. M.
lui a accordé un privilège de dix ans, pour l'exercice de ce nou-
veau genre d'industrie.
Royaume de Naples. — Mouvement de la population. — Au
irr janvier 1819, on comptait dans ce royaume, non compris la
Sicile, 5,oo6, 883 individus, dont 2,{32,43i du sexe masculin ,
et 2,574>4^2 ^u sexe féminin. Le \el janvier 1820 , la population
était de 5,097,343 habilans, dont 2,478,909 du sexe masculin,
et 2,6i8,434 du sexe féminin.
La population s'était donc accrue, pendant le cours de l'année,
de 90,4^0 individus.
En 1818, il y a eu 48,791 mariages; en 1819, on en a coni|>ir
69,572; ce qui fait 20,781 mariages de plus dans celte dernière
année.
Publications nouvelles. — On annonce comme devant être
publié à ChamlxMy, dans le courant de M mois , par Puthod et
Bergoin neveu , libraires , i° le Manuel du bon Fermier, ou Cours
thtioriqua et pratique ef 'Agriculture , renfermant tous les principes
généraux et tous les détails de la meilleure économie rurale , pro-
pres a la Savoie et aux pays voisins ; par M. Gaymt aîné. Le prix
de cet ouvrage, formant 1 vol. in-8° , sera de 2 fr. 5o c. ;
>u l' E imite de S aint-Sa lurnm ; Recueil d"1 articles de Mœurs et de
critique , extraits en partie du journal de Savoie ; 1 rr et xr li\ rais.,
comprenant quatre feuilles d'impression , oufij pag. in-8°. l*rix
.'.es deux livraisons: Soc. pour les souscripteurs , et 1 fr. pour
ceux qui n'ont pas souscrit.
Rovadmes de INaples et de Sicile. — Antiquités. — M. Brocchi,
naturaliste très instruit , voyageant, dans 1rs ro\;iuinr> de INaples
-.1 de Sicile, vient d'adresser à M. Barthélémy Borghcse, au»t-
EUROPE. 625
quaire fort distingué , les notes suivantes , qui nous ont paru
dignes d'attention.
M. Brocchi s'était propos*' de recueillir le plus qu'il serait pos-
sible , les inscriptions lapidaires de la Calabrc, dont iljja'existe
qu'un petit nombre : malheureusement, il n'y a découvert que très
peu de ces monumens ; à peine en trouve-t-on quelques-uns en
langue latine, à Monteleone et à Reggio, et l'on n'en trouve
presque aucun là ou {lotissaient autrefois les républiques de
Locres, de Sibaris , de Methaponte et d'Héraclée. On remarque
la même disette dans le pays d'Otrante. 11 n'en est po- ainsi Je la
Basilicate , qui en conserve un grand nombre; mais elles sont
généralement connues. M. Brocchi signale une de ces inscriptions,
qu'il a trouvée à Melfi, appartenant vraisemblablement à la voie
Appienne, etdemeuréeinconnue jusqu'à ce moment. Touteflàcée
qu'elle est , elle paraît se rapporter à Caius M a r eus P^alerius
Dioctétien , et à Caius Marius Aurerius Maxim il ien , à Théndose
et à Arcadius, au tyran Maximus et à Flavius Victor, son fils.
Le voyageur a reconnu que, dans la Sicile, les inscriptions sont
aussi rares que dans la Calabrc. Mais , ce qui a fixé particulière-
ment son attention , ce sont 1rs fouilles commencées par Le luron
Jtideca, à Palazzuolo, distante de dix-huit milles de la ville de
Koto. Il est étonnant qu'un simple particulier poasss l'amour de
l'archéologie au point d'y sacrifier presque toute sa fortune Cet
homme entreprenant est parvenu à déterrer les restes d'une an-
cienne ville qu'on croit la ville dV/c/e , dont la position a été
Jong-tems un sujet de dispute parmi les antiquaires. On y a dé-
couvert jusqu'à présent des sépulchres, des catacombes , ressem-
blant par la forme à celles de Syracuse, plusieurs inscriptions
payennes, et un plus grand nombre encore de chrétiennes.
M. Judeca prétend avoir constaté, par l'interprétation de quel-
ques médailles, que la ville tYAcre subsistait encore en 1070.
On a recueilli dans ces catacombes beaucoup d'antiquités de
différons genres, tant sacrées que profanés, mais point de cet
vases qu'on désigne sous le nom d'étrusques. Parmi les ouvrages
des anciens tems , on remarque un puits profond, pratiqué dans
la roche calcaire, où l'on puise d'excellente eau. De tous les
monumens qu'on a exhumés jusqu'ici, l'on a formé un immense
musée, le plus riche et le plus intéressant de tous ceux qui exis-
6»4 EUROPE.
t.ent en Sicile. Outre un grand nombre de bas-reliefs et d'inscrip-
tions ordinairement grecques , on y voit des ustensiles divers,
des vitres coloriées, des lampes , des médailles, des ouvrages de
plastique, bustes, vases , ambres , etc. M. Judeca se propose de
publier , à Messine , un ouvrage destiné à décrire et expliquer
toutes ces antiquités. M. Brocchi craint que ce savant archéo-
logue ne puisse continuer une entreprise aussi dispendieuse ,
sans l'assistance du gouvernement, et il déplore l'état de dégra-
dation de la plupart de ces monumens outragés par le tems , et
plus encore par des artistes peu exercés , qui ont prétendu les
restaurer.
Rome. — Tnvil)caux antiques. — En fouillant le sol d'une vigne,
sur la droite de l'ancienne voicAppienne, appartenant à M. Amen-
dola, on a trouvé deux longues rangées de tombeaux antiques,
■ nés les uns contre les autres, décorés île marbre et de pein-
ture • quelques-uns contiennent des urnes cinéraires. Un mur
lormait l'enclos de ce cimetière romain, Je premier qu'on ait en-
core découvert ; car, jusqu'à présent, on n'a trouvé les tombeaux
anciens que dispersés isolément dans les campagnes, et surtout
le long des grandes routes, quoique vers Psaples, et au-delà de
Naplea , plusieurs fouilles aient fait découvrir des cimetières an-
tiques, ou céramiques, généralement placés à l'entrée des villes.
Comme on le voit à PotBpéï, et dans les dissertations de Giiisli-
niani sur le petit céramique ou sepolcreti , trouvé aux environs de
Paléopoli v l'ancienne TSaples). La seule médaille qu'on ait trou-
a ri- dans ce champ de repos, est du régne de Caracalla : les bas-re-
liefs qui ornent trois urnes cinéraires, paraissent être de la même
époque.
S A VOUE. — Nécrologie. — Le célèbre peintre Girolaino Rrusca,
élève <l<' Meogs et de P»attoni,est mort, le 3o mars, Agé de soixante-
dix-huil ans. à Savone, lieu de sa naissance. Parmi le grand
nombre de tableaux qu'ils a I lits , les connaisseurs admirent sur-
! >ut [es trois suivans: // Transita delta Ji. fergine , placé dans
le ohœur de réélise de Ar. Si^nora délia I rtsneyk Gènes; S. Etena
alCalvario, dans une des chapelles latérales de la même église,
r\ GiudîlUt, an palais Grimaldi.
EUROPE. 6s5
MALTE.
Enseignement mutuel. — On s'occupe, dans cette île, d'appli
qner la me'thode d'enseignement mutuel à la langue arabe, et de
l'introduire sur la côte d'Afrique. Déjà, il existe un petit livre
imprimé en arabe , dans lequel la méthode est exposée.
— Kaléidoscope , applique à un but moral. — M. l'amiral Sid-
ney-Smith , qui, dans ses longs voyages, a toujours consacré ses
pensées et ses efforts à des objets de bien public, et dont tous les
amis de l'humanité ont accueilli avec reconnaissance la belle et
utile Institution des chevaliers libérateurs des esclaves en Afrique^
institution destinée à procurer le bienfait de l'abolition de l'es-
clavage sur le continent, et à délivrer les nations civilisées eu-
ropéennes d'une honteuse sujétion aux puissances barbaresques,
vient de faire exécuter à Paris , où il réside maintenant, et
d'envoyer dans le Levant, des haléidoshopes d'un genre perfec-
tionné , dans lesquels, au milieu des formes infiniment variées
qui se succèdent par la magie ingénieuse de l'optique, on lit des
sentences morales, tirées du Coran , écrites en caractères arabes :
l'une est celle qui interdit la vente des hommes ; d'autres ex-
priment ces pensées : san> Dieu , aucune puissance ; tous les
hommes sont frères, etc. M. l'amiral Sidney Smith, dontlesrelations
dans les échelles du Levant , sur les côtes d'Afrique et en Orient ,
sont très actives et très étendues , a envoyé , par différens voya-
geurs, des kaléidoscopes, avec cette addition de son invention , à
quelques pachas et à plusieurs consuls, pour être répandus dans
les caravanes, afin d'offrir plus particulièrement à l'attention de
beaucoup d'hommes encore ignorans et à demi-barbares, ces
maximes courtes et précises, appuyées sur l'autorité religieuse
de leur code sacré, etqui renferment les premiers élémens et les
germes tic la civilisation.
g R i : c. e .
fondation d'une Université h Corfou. — Les Grecs des îles Io-
niennes vont enfin voir se réaliser leurs pins chères espérances,
parla fondation d'une Université à Corfou. Lord Guilford a reçu
du gouvernement anglais les instructions nécessaires pour exe
cuter promptement ce projet. Le comte Capo d'Istria, nati! de
Corfou , a contribué , par plusieurs dons, à la dotation de cette
6j6 EUROPE.
Université : en outre, il a donné à M. Politi, jeune savant de Leu-
cade , professeur de chimie, dans la nouvelle Université, le*
moyens d'établir un laboratoire de chimie complet.
TURQUIE EUROPÉENNE.
CoNSTÀNTiwopLE. — Bibliothèque du grand-seigneur. — Le nom-
bre total des manuscrits que renferme la bibliothèque du grand -
seigneur, est de 1,294: la plupart sont écrits en arabe, ou tra-
duits dans cette langue du turc et du persan. Ils traitent de théo-
logie, de jurisprudence, de logique, de philosophie, de physi-
que , de grammaire , d'histoire , de philologie , et des belles-lettres.
La théologie et la jurisprudence ont fourni le plus d'ouvrages. Les
Bibles arabes et syriaques, en caractères antiques, qui faisaient
autrefois partie de cette collection, ne s'y trouvent plus. On n'y
voit aujourd'hui aucun manuscrit latin, grec ou hébreu. L'édi-
fice qui renferme les livres , a la forme d'une croix grecque : une
des branches sert de vestibule, et les trois autres, ainsi que le
centre, forment le corps de la bibliothèque. Dans le vestibule,
au-dessus de la porte des salles intérieures , on lit les mots sui-
vans en arabe : « Entrez en paix. » Le bâtiment n'a guère plus de
36 pieds de largeur. Le centre est surmonté d'une coupole assez
élégante, que soutiennent des colonnes de marbre : elle est per-
cée de plusieurs fenêtres qui éclairent l'édifice, et produisent un
cllet agréable. 11 y a douze armoires renfermant des livres, dont
quatre dans chaque salle : elles ont îles portes à deux battans ,
garnies d'un treillis d'un travail curieux. Au lieu d'être debout, les-
livres sont placés sur le côté, les uns au-dessus des autres ; le ti-
tre est écrit sur la tranche qui est tournée vers le dehors.
Quoiqu'on ne trouve plus maintenant aucun manuscrit grec
dans le sérail, il est certain qu'il y eu avait plusieurs au dix-sep-
tième siècle. En 1685, M. (liardin, ambassadeur français .1 la
COUr Ottomane , en acheta quinze «les meilleurs, par l'entremise
du Jésuite Besaier. Le reste, au nombre de cent quatre-vingts ,
t'nl vendu à Constantinoplc , pour 1 00 livres chaque. S'ils exis-
tent encore dans quelques bibliothèque^ , il lerail facile de les re-
connaître par les armes et le cachet du Millau, apposes sur tous
les ouvrages qui font partie de la bibliothèque. Les quinze manus-
crits que se procura l'ambassadeur français furent envoyés à
EUKOPE. 627
Paris: l'un d'eux était une copie sur vélin de tous les ouvrages de
Plutarque; elle fut revue et ve'rifiée par Wyttenbach, qui en fait
un grand éloge. Il s'y trouvait aussi une copie d'Hérodote, dont
Larcher fait mention, comme en ayant tiré des renseignemens
importans. Il paraît que la bibliothèque fut volée , vers Tannée
i638; car Gruvius (Greaves, Anglais) acheta plusieurs ma-
nuscrits qu'on lui assura avoir fait partie de la collection du sé-
rail. Il existait aussi à Constantinople, en 1678, une traduction
arabe d'un ouvrage d'Aristote, qu'on croyait perdu. Il y a , dans
le sérail, plusieurs autres bibliothèques; mais, l'accès en est cons-
tamment défendu : elles sont inférieures à celle-ci, qui passe pour
être la principale, et qui fut fondée par le sultan Mustapha, en 1 567-
ESPAGNE.
Réclamation adressée à M. le directeur de la Revue ency-
clopédique. On trouve dans la Bibliothèque historique
( tom. 3, pag. 3o5), une pièce intitulée « Instructions don-
» nées par Joseph Bonaparte à M. Desmolard , son principal
» agent diplomatique à Baltimore1, pour être mises en pratique
» par lui et par les autres employés sous ses ordres pour révolu-
» tionner l'Amérique. » Cette pièce a du être traduite d'un ou-
vrage anglais publié à Londres par M. Walton, en 1814, sous ce
titre : Histoire des dissensions survenues entre l'Espagne et l'Amé-
rique espagnole (1), ou bien d'un autre ouvrage imprimé à Lon-
dres en anglais, en 181 7, par un Américain du sud, et intitulé :
Histoire de l'origine, des progrès, et de Vétat actuel de la guerre
entre l'Espagne et l'Amérique espagnole (2). L'un des articles de
l'Instruction porte que l'on devra gagner les domestiques des
gouverneurs, des intendans et des autres personnes en place, afin
de parvenir à empoisonner leurs maîtres. L'intérêt de la vérité
historique me prescrit d'affirmer, que ces prétendues instructions
sont une pièce supposée et fabriquée , à l'époque de la révolution
de Caracas, par des personnes intéressées à faire haïr le gouver-
nement du roi Joseph. Celui-ci était incapable de donner des
instructions secrètes contraires à celles qu'avait contresignées
(1) Appendix , Document B, pag. 1 et suiv. , jusqu'à U pa£. 5
('*) Un volume de tôi pag. in-8°
6a8 EUROPE.
son ministre des Indes , et par lesquelles il prescrivait de faire
publierla constitution espagnole décrétée à Bayonne en 1808, afin
que les Américains commençassent à jouir des avantages de la
liberté de commerce qu'on leur avait accordée. L'intérêt du roi
Joseph n'était pas de révolutionner l'Amérique, mais bien de
conserver l'union avec la métropole. On a supposé que l'instruc-
tion avait été donnée à M. DesmoLird comme principal envoyé ;
mais, la personne dont on parle se nommait Desmolamh , et elle
ne fut envoyée ni comme principal agent, ni comme subalterne.
Elle n'eut d'autre commission que celle de transporter en Amé-
rique les SgOBfl du roi Joseph dans la goélette la Tilsit, sur la-
quelle elle lit voile, du port du Passage de Guipuscoa , le 5 oc-
tobre 1809. Elle y fut de retour le 3 juillet 1810. La pièce en
question est signée Joseph Napoléon; or, celui - ci ne signait
jamais ainsi; sa signature était celle de tous les autres rois d'Es-
pagne : Yo el rey ; c'est-à-dire , Moi le roi. La pièce suppose
que les commissaires du roi Joseph étaient au nombre de trente-
trois , subordonnés à M. Dcsmolard; mais, les papiers du bureau
du ministère des Indes font voir qu'il n'y en eut que trois , et
qu'ils étaient tout-à-fait indépendans de M. Desmolard. La pièce
allirmequelescommissaircsdevaient se rendre à la INouvelle-San-
tander , et à Tampico , dans le royaume de Mexico ; sur les côtes
de Camayapua , à Truxillo et à («uatimala; dans les ports du
Pérou; àCumarta; à Rio-de-la-Hacha ; à Carthagène; à Santa
l'é , Caracas , et sur le resle de la côte de la Terre-Eerme ; mais ,
les papiers du bureau du ministère des Indes démontrent que le
ministre écrivit des lettres, seulement le 7 et le 18 mars 1809,
aux vice-rois et aux gouverneurs de la Nouvelle -Espagne , du
Pérou, de la Nouvelle -Grenade , de Buenos-Ayres , de l'île de
Cuba, et de celle de Puerto-Rico. On a supposé que la pièce ori-
ginale avait été trouvée sur la personne d'un des commissaires fait
prisonnier; et, l'on ne dit pas où elle a été déposée et consci \ 1 ■«
Onditseulementque,dans le bureau de la secrétairerie de la 7t//!lr
centrale révolutionnaire sfe Caracas, on trouva une copie signée
audit lieu de Caracas, par J, (•■ Hoseio, le 3i mai 1810; mais .
aucun des trois commissaires n'arriva à Caracas. L'un d eux en-
voya des lettre! de Yeru-Cru/. .< Mexico, el ayant passé quelque
iems après à la 11 1 vanne , il y fut fait prisonnier : les deux autres
EUROPE. 629
revinrent en Espagne sans avoir pu pe'nétrer en Ame'rique. Tous
ces faits et plusieurs autres circonstances sont constates dans les
archives du ministère des Indes • et si quelqu'un veut voir les
lettres originales de M. Desmolands , et d'autres documens justi-
ficatifs de la vérité historique , on ne fera nulle difficulté de les
montrer. J. A. Llorente.
ROYAUME DES PAYS-BAS.
Amsterdam. — Histoire naturelle. — Le cabinet d'histoire na-
turelle d'Amsterdam a reçu dernièrement de Batavia, un croco-
dile empaillé. Cet animal a dix- huit pieds et demi de longueur,
mesure d'Amsterdam , et peut être considéré comme le plus
grand que l'on ait encore vu en Europe j car, celui qui se trouve
au cabinet d'Histoire naturelle à Paris , n'a , d'après une descrip-
tion publiée en 1807 , que douze pieds de longueur. Cet envoi est
dû aux soins de M. le professeur Rheinwaartd, directeur des
sciences et des arts à Batavia, que la perte successive de trois riches
cargaisons n'a pu décourager dans ses recherches scientifiques.
Bruxelles. — académie royale des Sciences et Belles-Lettres ,
séances des 8, 9 et 1 5 mai dernier. — Prix décernés et proposés.
Concours de 1820. — Questions </' histoire.
Première question. « Quel a été l'état de la population des
fabriques et manufactures et du commerce, dans les provinces
des Pays-Bas, pendant les quinzième et seizième siècles? a Une
seule réponse à cette question est parvenue à l'Académie, quia
décerné la médaille d'or à son auteur, M. Frédéric baron de
ReiJJ'enberg, professeur à l'Athénée royal de Bruxelles. La
deuxième questionna fourni qu'un seul Mémoire, que l'Académie
a trouvé trop incomplet pour lui accorder même une médaille
d'encouragement. Les 3e , 4e e*> 5* questions sont restées sans
réponses. Sixième question. « Donner la notice historique et
littéraire , par ordre chronologique , des poètes latins des
Pays-Bas, avec l'examen critique de leurs œuvres poétiques.
L'Académie n'a reçu sur cette question qu'un seul Mémoire ,
écrit en latin qui fait le plus grand honneur à son savant au-
teur, M. Hqfman Peerlkamp , recteur de l'école latine de Har-
lem ; il a reçu la médaille d'or.
Questions sur les Sciences. — Première qurstion : « On suppose
une plaque de figure donnée . appliquée sur une surface, soit au
C3o EUROPE.
moyen de vis dont on connaît le nombre , Ja position et la force,
soit au moyen d'une matière intermédiaire, propre à les unir soli-
dement Tune à l'autre, et dont on connaît également la ténacité
spécifique : si Ton vient à adapter à un point du pourtour dt
cette plaqua un bras qui agisse dans le plan même de la surface •
on demande de quelle résistance cette plaque sera capable contre
une force appliquée à ce bras comme levier , en considérant la
matière, tant de la plaque que du bras et de la surface, dans
toute l'abstraction mathématique ; c'est-à-dire, comme parfaite-
ment rigide ou non élastique, comme inf'ragible ou ne pouvant sa
rompre, etc. , etc. »
Le Mémoire unique parvenu à l'Académie sur cette question
est de M. Vène , officier du génie , à Givet, auquel l'Académie a
décerné la médaille d'or, avec les plus grands éloges.
Deuxième question : « Un corps étant suspendu à l'extrémité
d'une corde dont l'autre extrémité est fixée au plancher supérieui
d'une chambre , si on fait décrire à ce corps un arc quelconque
autour de l'extrémité fixe, et qu'on lui imprime en outre un mou-
vement de projection ; on demande la nature de la courbe à
double courbure que décrira ce corps, dans l'hypothèse de la ré-
sistance de l'air en raison du carré de la vitesse. » Une seule ré-
ponse a été présentée au concours ; elle est de M. Pirard, ingé-
gi: tir du Waterstaat, à Namur, à qui elle a valu la médaille d'oi -
Les troisième , quatrième , cinquième et sixième questions sont
restées sans réponses.
Septième question : « Quel était autrefois dans ce pays l'état
des vignobles':' Quelles sont les causes qui ont fait abandonnei
cette culture ? Ces cquscs sont-elles physiques, et de nature à
éloigner tout moyen de la rétablir avec succès? >< ÎM. Audoor.
greffier en chef de la Cour supérieure de justice à Bruxelles, au-
teur du Mémoire unique présenté sur cette question, a reçu dt
l'Académie une médaille d'encouragement.
Concours de 1821. — Questions d'histoire proposées fiai
l' Académie.
Première question : « Quel a clé l'état de la population , des fa-
briques et manufactures et du «ommerce , dans nos provmces,
depuis le commencement du dix-septième siècle jusqu'à l'érection
du royaume des Pays-Bas ? »
EUROPE. 63 1
Deuxième question: « Quel était l'état de la législation et dei
tribunaux ou cours de justice dans les provinces méridionales des
Pays-Bas , avant l'invasion des armées françaises dans ce pays ,
et quels sont les changemens que la révolution française et la
réunion de ces provinces à la France pendant près de 20 ans, ont
opérés dans la législation et l'administration de la justice civile et
criminelle ? »
Troisième question: « Quel est, d'après l'histoire, le caractère
des peuples qui habitent les provinces méridionales du royaume
des Pays-Bas? Ce caractère est-il constamment resté le même,
ou a-t-il éprouvé des changemens ou des modifications sous les
diflérens gouvernemens auxquels ces peuples ont été soumis ?
Quatrième question ; « Quel était l'état des écoles et autres éta-
blisseraens d'instruction publique dans les Pays-Bas , depuis
Charlemagne jusqu'à la fin du seizième siècle ? Quelles étaient
les matières qu'on y enseignait , quels étaient les livres élémen-
taires dont on s'y servait ; et quels sont les professeurs qui s'y
sont le plus distingués aux différentes époques? »
Cinquième question : « Donner une notice historique et cri-
tique des auteurs qui ont le mieux écrit sur l'histoire belgique
pendant les quinzième et seizième siécle|^On demande que les
auteurs indiquent les sources où ces écrivains ont puisé , et qu'ils
fixent le degré d'autorité qu'on doit à chacun. »
Sixième question : « Quelles sont les nouvelles connaissances
que Juste- Lipse a répandues dans ses nombreux ouvrages, et quelle
a été l'influence de ces ouvrages sur la littérature, les sciences
archéologiques, historiques et critiques, et sur les écrivains de
son siècle? »
Questions sur les sciences : — Première question. — Méca-
nique. — «10. Faire l'historique de la découverte du principe
des vitesses virtuelles, depuis Galilée jusqu'à nosjours. a°. Com-
parer et résumer les démonstrations de ce principe , trouvées ré-
cemment parles géomètres; par exemple, celles de MM. Carnet,
Poisson, La Place, Fourrier, Prony, Poinsot, Fossombrouy ,
Ampère, Lagrange. !i°. Assigner les cas dans lesquels le principe
est encore vrai pour les vitesses virtuelles finies, a
Deuxième question : — Analyse. — <( Sur l'élimination entre
deux équations à deux inconnues.
TOME VI. 43
63a EUROPE.
» Lorsque quelques-unes des racines de l'équation finale sont
incommensurables, comme on ne peut en avoir que des valeur*
approchées , la substitution de chacune d'elles dans les deux pro-
posées, ordonnées suivant l'autre inconnue, en altère les coefli-
ciens, d'une manière qu'on ne peut apprécier; en sorte que
chaque substitution dénature, ou peut dénaturer les valeurs de la
seconde inconnue, c'est-à-dire, peut donner pour celle-ci une
valeur très éloignée de la véritable. On propose de déterminer,
sans résoudre les équations: i° les limites extrêmes des valeurs
de chacune des inconnues; i° une limite au-dessous de laquelle
ne puisse tomber la différence entre deux valeurs de chacune de
ces mêmes inconnues ; ce qui rentre clans la méthode de Lagrange,
pour la recherche des racines incommensurables des équations à
une inconnue, »
Troisième question .- « Décrire la constitution* géologique de
la province du Haiuault, les espèces minérales et les fossiles ac-
cidentels que les divers terrains renferment, avec l'indication des
localités, et la synonymie des auteurs qui en ont déjà traité. »
Quatrième question: « La définition du nectaire, donnée par
4-.innée, convient-elle à tous les organes désignés jusqu'à ce lem>
sous ce nom ? En cas_de réponse négative, on demande une clas-
sification physiologique de ces mêmes organes. »
Cinquième question : <c Prouver ou réfuter la théorie de Dalton,
qui dit que dans l'atmosphère les diflérens fluides aériformes ne
sont pas chimiquement unis, mais seulement mêlés mécanique-
ment, et de manière que l'un n'agit pas sur l'autre- c'est-à-dire-
que, par exemple , les molécules d'azote ne repoussent pas les
molécules d'oxygène, mais exclusivement celles d'azote. »
Sixième question: « Quelle est la véritable composition chimi-
que des sulfures, tanl oxides qu'hydrogénés, faits d "après les
divers procédés ; et quels sont leurs usages dans les arts {
Septième question : « Quelle est la vraie composition du bleu
de Prusse , en indiquant l'ordre de distribution de ses élémens ;
et peut-on, d'une connaissance plus intime de ce composé, dé-
duire une méthode plus sûre et plus économique pour le (abri*
quer ? »
Le prix sera, pour chacune dfl ces questions, une médaille
d'or du poids de trente ducat*. Les Mémoires, écrits eu latin.
EUROPE. 633
français, hollandais ou flamand, seront adressés , francs de port,
vant le icr février 1821 , à M. Van Hultera, secrétaire perpétuel
de l'Académie, à Bruxelles. Les auteurs auront soin de marquer
les éditions et les pages des livres qu'ils citent. Ils ne mettront
point leurs noms sur leurs ouvrages, mais seulement une devise
de leur choix, qu'ils répéteront sur un billet cacheté qui renfer-
mera leur nom et leur adresse.
La Haye, — Le Flambeau. Journal. — Cette feuille , com-
mencée le Ier juin, paraît trois fois la semaiue à La Haye. Elle
s'occupe principalement de politique 5 les séances des Etats-
Généraux y sont analysées avec beaucoup de fidélité. Nous avons
cru devoir en faire une mention spéciale, non-seulement à cause
de l'esprit philosophique et libéral qui préside à sa rédaction, mais
surtout parce qu'elle nous a paru se rapprocher un peu de cette
variété, de ce goût et de ces formes piquantes qui distinguent les
journaux français.
FRANCE.
Lyon. — Agriculture. — Nouvel engrais végeto-minéral. — M. le
professeur Grognier vient de publier à Lyon la deuxième édition
d'un rapport fait à la Société d'Agriculture de cette ville, sur un
nouvel engrais végéto-minéral, appelé Gadoue artificielle; rapport
qui Est d'un grand intérêt pour toutes les personnes qui s'occu-
pent d'agriculture. L'artde composer cette gadoue artificielle con-
siste à mêler, dans une fosse d'environ cinq pieds de profondeur,
d'une longueur et d'une lapgeur variables , un peu de fumier avec
itoutes les plantes qu'on peut y jeter, le résidu de la cuisine et les
balayures des cours, et avec de la chaux ou du plâtre , eu y ajou-
tant uneassez grandequanfité d'eau pour baigner ce mélange; au
^bout de six mois, la putréfaction a décomposé toutes les plantes
et toutes les substances animales qui ont été jetées dans la losse •
elles lésa converties en un engrais qiuTon répand but la terre, au
printems et à la fin de l'automne: ainsi on fertilise li"> ten es 1 blé ,
a vigne, les prés, les prairies artificielles et les i hamps les plus
stériles. Partout où cetengrais a été répandu, les récoltes ont < té
abondantes. M. Fautet, qui paraît ravoir employé le premier dans
es environs de Lyon, pense qu'il ne revient p-'s à 8 sols le ton-
neau, y compris ta main-d'œuvre ; tandis que la même quantité
de gadoue naturelle coûte 3 fr. 5») C.
.; 1+
634 EUROPE.
La découverte publiée par la Société d'Agriculture de Lyon, e-t
d'un intérêt général ; elle tend à livrer à l'agriculture une masse
d'engrais considérable : aussi, la Société a-t-clle décerné des mé-
dailles d'argent aux personnes qui, les premières, ont com-
posé cet engrais , et au Polonais Kriepht , qui a fait connaître la
manière de le faire , telle qu'elle est usitée dans son pays. De tous
les procédés mis en usage pour composer cette gadoue naturelle,
la chimie a indiqué le plus avantageux: c'est de préférer la chaux
au plâtre. La chaux décompose promptementla partie ligneuse des
végétaux ; elle a la propriété d'absorber les gaz délétères. La fosse-
doit être couverte et creusée de préférence au nord des habi-
tations.
Cher. — agriculture. — JVouveau procédé pour préserver
les grains de la carie. — Un propriétaire de la commune d'/i/e a
l'ait publier, dans la Bibliothèque phj sico-économique,uuc recette
qu'il emploie avec succès , depuis quatorze ans, pour chauler les
grains et les préserver de la carie. Après avoir fait dissoudre dans
l'eau chaude du sel, dans la proportion de i kilogram. par quintal
métrique de grain à purifier, et avoir bien écume jusqu'à la fu-
sion totale du sel ; il faut ajouter une quantité de cendre égale au
volume d'eau , et un kilogramme de chaux; laisser refroidir, et
arroser de cette eau le f romentdestiné à la semence, en le remuant
de manière que la dissolution s'étende sur tous les grains. On ne
doit préparer que ce qu'on peut semer pendant six jours au plus-
Gers'. — Economie domestique. — Savon de vommes'de-h
— On a constaté dans ce département, ainsi que dans celui »lc
Y Hérault t la propriété qu'ont les pommes-de -terre bouillies et
el pelées, «.!*• remplacer le savon, dans le blanchissage du linge et
des étoiles. Les nombreuses expériences faites dernièrement .1
Paria dans la blanchisserie de m. ni. une Fouques (à l'île S. -Louis),
ne laissent plus aucun doute sur les avantages de ce nouveau pro-
cédé. (V. H 'iblinthèijuc physico-économique , avril l8ao, page 379,
si înnales générales des sciences physiques , Y livraison, p. '38.)
Lyon. — • Nouvelle invention dynamique. — Un bateau méca-
nique, mis en mouvement parla percussion du courant , construit
I Lyon, el dirigé par M. Courte. mi . ancien élève de l'Ecole dtfl
Conservatoire dea Arts et Métiers de Paris, a exécuté un voj
d'expériences en remontant le Rhonc de Givors à Lyon- Le l>a-
EUROPE. 635
teau portant la machine, et d'une construction analogue, était
charge d'environ 70 milliers de pierres servant de lest; il remor-
quait à sa suite deux autres bateaux, chargés chacun de 700
bannes de charbon-de-terre. A son passage à Vernaison, pour
éprouver la puissance de la machine, il a été ajouté à la remor-
que un autre bateau, chargé de Goo bannes. Le bateau portant
la machine et les trois bateaux ci -dessus ont parcouru 4000 pieds
en 70 minutes. Quoique assez régulière, sa marche moyenne est
de 4<>oo pieds par 60 minutes. On ne peut voir qu'avec satis-
faction les heureux résultats de cette expérience, qui promet une
grande accélération pour les transports par le Rhône.
Calvaoos. — Histoire naturelle. — On a trouvé au village
d1 Allemagne , près de Caen , le squelette d'un crocodile fossile.
— Un cabinet d'histoire naturelle a été créé à Caen par les soins
de M. Vandœuvre, maire de cette ville.
— Sculpture. — Le conseil municipal de cette ville a fait des
fonds pour l'établissement d'une école de sculpture. La restaura-
tion du tombeau de la reine Mathilde, placé dans une des églises
de Caen, vient d'être terminée par les soins de M. le préfet du
Calvados.
Sarthe. — FAablissemens cT instruction et (V utilité publique. —
La ville du Mans s'est enrichie depuis quinze ou vingt ans de
plusieurs établissemens de sciences et d'arts. Elle possède une
bibliothèqne de plus de 40,000 volumes; un musée formé de ta-
bleaux achetés par la ville , et des objets d'arts que le ministère de
l'intérieur lui a envoyés; enfin , un beau cabinet d'histoire natu-
relle. Dans ce moment, on s'occupe de former une galerie d'anti
quités, et on fait des dispositions pour introduire le dessin li-
néaire dans l'école d'enseignement mutuel.
Saône-et-Loire. — Enseignement mutuel. — Dessin linéaire
— L'enseignement du dessin linéaire a été introduit dans plu-
sieurs des principales écoles primaires de ce département , parles
«oins du préfet et le zèle des instituteurs.
SOCIÉTÉS SAVANTES ET D'UTILITÉ PUBLIQUE.
Arras. — La S ociétépourC encouragement des Sciences , Lettres et
Artsde cette ville vientd'arretn le plati d'une Statistique du d
tement du Pas-de-Calais , qu'elle doit publier. Pour rendre soutv 1
636 EUROPE.
vail vraiment utile et le plus exact possible, elle appelle tous se*
membres a lui remettre des Mémoires sur un ou plusieurs articles
qui composent le plan adopté. Ce plan est diviséen deux parties r
l'une physique ,etl 'autre technique. La première doit présenter la
description de tous les objets fixes inhérens au sol et qui sont du
domaine des sens, tels que la topographie, la météorologie, la
population, l'agriculture , les communications par terre et par
eau, les monumens publics et. l'histoire naturelle. La seconde
partie traitera du régime politique, des mœurs et usages, de l'hy-
giène, du commerce, des manufactures, de l'instruction pu-
blique , des sciences , des lettres et arts, de la biographie , etc.
Metz. — La Société phi/harmonique vient d établir une école
élémentaire de musique, d'après la méthode d'enseignement mu-
tuel. Cet. établissement promet, dès son début, le plus heureux
succès. Le préfet a contribué aux frais d'organisation et d'en-
tretien (i).
Rouen. — La Société d'émulation a tenu, le 9 juin, jour de
l'anniversaire de la naissance du grand Corneille, une séance pu-
blique. Il a été fait diverses lectures et une distribution de mé-
dailles d'encouragement. L'année prochaine , la Société décernera
un prix à l'auteur du meilleur procède pour le rouissage du lin
et du chanvre.
PAR IS.
Institut. — J\rowinntion. — L'Académie française a nnimn
M. Pastoret, déjà membre de l'Académie Acs Inscriptions, à la
place vacante dans son sein par h' déeès de M. de Volney.
SocjSTE n'.w.nioui/riiRF.. — JVotirc indicatif e des sujets de prix
\osea par Ut Sot wte ('->) , savoir •
vj [•'. Pour être décernée en )8jf , i° pour un traite complet
(1) Les motifs qui doivent faire comprendre l'enseignement du
< liant et de la musique au nombre de6 objets <;m nppartienn< ut ■
I instruction primaire , se trouvent développés dans l'ouvrage inr
titille : Esprit de la méthode <T éducation de Pestala i ; m. 11.
i5q — 2-0. — 3 vol. in-«S". Milan, 181.' Puis. Raschnud, lil>.
{'>.) On pint se procurer ,;i atuitemeut les programmes détaillé •
de la plupart de ces prix, cbei madame ouiard née \ allai la
Chapelle), imprimeur-libraire de la Société, rue de l'Eperon,
n" n.
EUROPE. 637
de la culture maraîchère. Prix : 3ooo fr. Pour (les descriptions
partielles de diverses branches de cette culture. Des médailles
d'or. — 20. Pour des essais comparatifs de culture des plantes les
plus propres à fournir des fourrages précoces. Premier prix :
1000 fr. ; deuxième prix : 5oo fr. — 3°. Pour l'introduction , dans
un canton de la France, d'engrais ou d'amendemens qui n'y étaient
pas usités auparavant. Prix : des médailles d'or et d'argent. —
4°- Pour des essais comparatifs, faits en grand, sur différens
genres de culture , de l'engrais terreux ( urate calcaire ) , extrait
des matières liquides des vidanges, par MM. Donat et compagnie.
Prix: des médailles d'or et d'argent. — 5°. Pour des traductions ,
soit complètes, soit par extraits, d'ouvrages ou Mémoires, re-
latifs à l'économie rurale ou domestique, écrits en langues étran-
gères, et qui offriront des observations ou des pratiques neuves
et utiles. Prix : des médailles d'or et d'argent. — 6°. Pour des
observations pratiques de médecine vétérinaire. Prix : des mé-
dailles d'or et d'argent. — 70. Pour la culture du pavot {œillette),
à l'effet d'extraire l'huile de sa graine, dans un arrondissement où
cette culture n'est pas pratiquée. Priv: des médailles d'or.
JVota. — La Société désirant encourager, autant qu'il est en elle ,
la propagation de cette importante culture , annonce qu'elle
continuera à distribuer des médailles pour cet objet, pendant
quatre années successives , et qu'à la cinquième ( 1825) , elle dé-
cernera au concurrent qui aura obtenu les plus grands produits,
un prix de 2000 fr., et à celui <|tii en aura approché le plus, un
prix de rooo fr. La quantité de terrain ne pourra être moindre
de 2 hectares , pour donner droit aux médailles annuelles. Le pro-
gramme de ce concours, qu'on peut se procurer à l'adresse indi-
quée dans la note ci-dessus, est accompagné d'une instruction
détaillée sur la culture de cette plante oléagineuse et sur l'huile
qu'elle fournit.
8°. Pour la fabrication de l'eau-de-vie de pommes-dc-terre.
Prix : des médailles d:or et d'argent. — <)°. Pour les meilleurs Mé-
moires sur la cécité des chevaux, sur les causes qui peuvent 'v
donner lieu , dans les diverses localités, sur les moyens de Jes
prévenir et «l'y remédier. Prix: une somme de 1 >no fr. et des
médailles d'or et d'argent , selon l'importance «h s Mémoires. —
io<\ Pour la culture, dans les jachères, de racines et plante»
638 EUROPE.
améliorantes, dans les cantons où cette pratique n'est pas en
usage. Prix: des médailles d'or et d'argent, et des primes de
îoo et 5o fr.
§ II. Pour être décernés en 1822. 110. Pour la pratique des ir-
rigations. Premier prix: 3ooo fr. Deuxième prix : i5oofr. Pre-
mier accessit : la grande médaille d'or de la Société. Deuxième
accessit: la médaille d'or à l'effigie d'O/iV/erJe terres; avec chacun
de cesacc ssit: son Théâtre <T agriculture, édition de la Société. —
!2°. Pour des machines hydrauliques, appropriées aux usages d<
l'agriculture et aux besoins des arts économiques. Prix : 3ooo fr
— ï3°. Pour l'indication d'un moyen efficace de détruire la cus-
cute. Prix: Goo fr. — \\°. Pour la fabrication de la farine de
pommes-de-terre , par des moyens économiques. Prix: des mé-
dailles d'or et d'argent. — 1 5°. Pour la nourriture et l'engrais des
bestiaux par les pommes-de-terre, soit en nature, soit diverse-
ment préparées, dans les cantons où cette pratique n'est pas en
usage. Prix : des médailles d'or et d'argent.
§ III. Pour être décernés en 182J. 160. Pour la construction et
l'établissement de machines à égrener le trèfle et à nettoyer sa
graine. Premier prix: 1200 fr. Deuxième prix: 600 fr.
IVota. Pour avoir droit au prix de 1200 francs, il faudra que
la machine présentée au concours procure une économie des
deux tiers, au moins , de la dépense qu'exige le procédé ordinaire
de l'égrenage du trèfle et du nettoiement de la graine ; pour celui
de 600 francs, la même économie ne sera pas nécessaire, mais la
machine devra se recommander par son bas-prix.
in°. Pour la culture et la détermination rel.ttis e des produits
de lii variétés an moins de pommes-de-tetpré^ comparativement.
À hk grosse blanche, commune (n° 6 » du Catalogue publie par la
Société*). Prix: des médailles d'or et d'argent. — 18*. Pour 1»
meilleur Mémoire, fondé sur des observations et des expériences,
à l'ellét de déterminer si la maladie, connue sons le nom de cra-
paud, des bêles à cornes et à laine, est ou non «ont. pieuse. Prâ :
IOO0 fr. Plus, des médailles d'or et «l'argent, pour les meilleurs
Mémoires qui traiteront, en général ou en particulier, des ma-
ladies, autres que le crapaud , qui affectent les pieds de ces
animaux.
ELKOPli 63<j
Nota. Ce concours a été ouvert, en 1818, sur la demande de
S. Ex. le ministre de l'intérieur.
§ IV. Pour être décernés en 1825. 19°. Pour l'établissement de pé-
pinières d'oliviers. Premier prix: 3ooofr. Deuxième prix: 2000 fr
§ V. Pour être décernés en 1826. 200. Pour la culture du pom-
mier ou poirier à cidre , dans les cantons où elle n'est pas encore
établie. Prix : des médailles d'or et d'argent.
JVota. Ce concours sera successivement continué pour les an-
nées suivantes, jusqu'à ce que la culture des arbres à cidre ait
reçu l'extension dont elle est susceptible en France.
Conditions générales des concours. Les Mémoires, machines et pro-
duits présentésaux différens concours , et les procès-verbaux ou at-
testations authentiques, soit des autorités locales, soit des Sociétés
d'Agriculture départementales ou d'arrondissement, constatant
les faits annoncés, devront être envoyés à M. le secrétaire perpé-
tuel de la Société , sous le couvert de S. Exe le ministre de l'in-
térieur, ou jrancs de port , avant le ier janvier des années respec-
tives pour lesquelles les prix sont annoncés. Les concurrens ne se
feront pas connaître ( à moins que la nature du concours ou d'au-
tres circonstances ne leur permettent pas de garder l'anonyme ) ;
ils mettront seulement une sentence ou devise à leur Mémoire,
ou bien ils y attacheront un billet cacheté, qui renfermera leur
nom et leur adresse. Ce billet ne sera ouvert que dans le cas où le
concurrent aurait remporté le prix ou obtenu un encouragement.
La Société se réserve expressément la faculté de conserver et
d'employer, soit en totalité, soit en partie, les Mémoires qui
auront été envoyés aux divers concours. Tessier, président;
Sylvestre , secrétaire perpétue/.
Société médicale. — Elle avait proposé , dans sa dernière séance
publique , pour sujet d'un prix de la valeur de 3oo fr. , la ques-
tion suivante : « Déterminer l'influence d': l'anatomie patholo-
gique sur les progrès de la médecine en général, cl particulière-
ment sur le diagnostic et le traitement des maladies interne-. )
La Société a reçu sept Mémoires : aucun n'ayant complètement
rempli ses intentions, elle s'est déterminée à remettre ce sujet au
concours. Ce prix sera décerné dans une séance extraordinaire ,
en octobre 182t.
Ecole royale des flîùies. — Une ordonnance du roi , du 5 «K
64« EUROPE.
ccmbrc 181G, a crée neuf places gratuites d'élèves externes près
cette école. L'objet de celte institution qui n'est pas assez
connue, est de former des hommes instruits, propres à diriger des
usines et des établissemens métallurgiques en France. Six élèves
sont disponibles en ce moment. Les établissemens qui désire-
raient s'attacher quelques-uns d'entre eux , doivent adresser leurs
demandes, soit à l'Ecole des Mines, rue d'Enfer, hôtel Vendôme,
n° 34, soit à M. le directeur-général des Ponts-ct-Uhaussées. Ces
demandes seront transmises aux élèves, qui traiteront de gré à
gré avec les chefs d'établissement, sans que l'administration
puisse s'immiscer en rien dans leur détermination. Une disposi-
tion des réglemens accorde aux enfans des chefs d'exploitation,
la préférence à mérite égal sur les candidats qui concourent pour
les places d'élèves externes vacantes à l'Ecole des Mines.
IVoiweaux violons.' — Un des plus habiles luthiers de Paris,
M. Thibout, a soumis à l'Académie des Beaux-Arts de nouveaux
violons, qui, en conservant la forme et les dimensions ordinaires,
ont éprouvé intérieurement des changemens notoires et bien
calculés. La section de musique a fait sur ces instrumens un
rapport très favorable , qui a élé approuvé par l'Académie.
M. Thibout demeure rue Rameau, no 8.
Travaux hydrographiques sur les cnf.es de France. — M. Bcau-
lems-Beaupré, ingénieur hydrographe en chef de la marine, a
repris, depuis le mois de mai, ses travaux pour la levée de la
carte générale des côtes de France. Ses opérations, en 1820,
doivent avoir lieu entre la pointe de Quiberon et l'embouchure
de la Loire.
Enseignement mutuel. — Musique — La Société pour l'ins-
truction élémentaire ayant décidé, *lès le commencement de
l'année dernière, que tes élément du chant mi unit introduits
dans les école* d'enseignemenl mutuel, une commission spéciale
Aient de faire un nouvel examen de la méthode pratiquée pai
M. n<>s(|iiillon-Wilhem , et elle a reconnu qu'elle était la seule
qui fut assujettie aux procédés <le cet enseigne me<M . el qui pût
atteiadrele but .qu'on s'en était proposé'. — La Société a approuvé
un rapport définitif, fait au nom de la commissiou, concluant
.1 l'adoption dr la méthode de musique de M. BosquillourWilbem
pour toutes les écoles mutuelles où il sera question d'introduire
EUROPE. 64 1
léchant élémentaire. — S. Exe. le ministre de l'intérieur et M. le
préfet de la Seine ont donné leur assentiment à cette délibération
de la Société. Une lettre de félicita tion a été adressée à l'auteur.
Par sa méthode, on pourra répandre aisément dans toutes les
écoles, des chants moraux et religieux. Les premiers succès qu'il
a obtenus promettent des résultats pleins d'intérêt, et qui ne
seront pas sans utilité pour la classe pauvre etlaborieu-e.
Bibliographie. — Collection du Théâtre- Français , depuis les
Mystères jusqu'à Rotrou. — Les amateurs du théâtre n'appren-
dront pas sans intérêt qu'il existe à Paris, chez M. Royer, li-
braire, rue du Pont-de-Lodi, n° 7, une collection des anciennes
pièces de notre théâtre , depuis les Mystères jusqu'au xvic siècle.
Cette collection , composée de 162 volumes iu-4°, a coûté de très
longues recherches. On trouve, chez le même libraire, un maga-
sin de livres rares, de curiosités littéraires, de monumens histo-
riques inédits, et de manuscrits précieux. Les amateurs y pour-
ront spécialement consulter : i° beaucoup d'ouvrages histori-
ques et de manuscrits concernant les premiers poètes français ;
'2° les dictionnaires de l'ancien langage ; 3° les poésies de plusieurs
dames françaises, depuis la reine de Navarre jusqu'à madame
Deshoulières , et de plusieurs princes et rois de France, protec-
teurs des lettres.
Publications prochaines. — Collection des Mémoires relatifs
a la Révolution française , avec des notices sur leurs auteurs et des
éclaircissemens historiques • par JN1M. I3i.rvillf. et Baiïribrf.
— Les éditeurs de ce recueil , simples rapporteurs auprès du pu-
blic, mettront sous ses yeux les documens historiques, les témoi-
gnages pour ou contre, les dispositions connues ou secrètes qui
peuvent éclairer son jugement sur les causes et sur la durée de
cette grande lutte entre tant d'opinions différentes et tant d'inté-
rêts opposés, qui n'a pasplus manqué d'historiens que d'acteurs.
Des notices biographiques précéderont chaque Mémoire, et des
notes , puisées dans les écrits du tems , éclairciront les faits obs-
curs , rétabliront les faits inexacts. En rassemblant des écrits
dictés quelquefois par l'exagération des parti-, les éditeur! s'ef-
forceront de conserver toujours l'esprit de justice et de modéra-
tion qui convient à l'histoire.
La collection des M, .'moires comprendra ceux de l'abaut -Saint-
EUROPE.
Etienne, de Bailly,de Dusaulx , de mad. Roland, de Meunier, du
marquis de Rochambeau , de Riouffe , de Rivarol , de Louvet , du
marquis de Bouille, du général Dumouriez , du marquis de 1er-
rières , du général Puisaye, du marquis de Monfesquiou , de (Ca-
mille Desmoulins, de M. Necker, du général Doppet, de Beaumar-
chais, de Ramel, de Job- Aimé, de Marmontel,de Phélippeau, du
baron de Bezenval, etc. La Collection sera publiée par souscrip-
tion : elle comprendra vingt volumes grand in-8°. — 11 paraîtra
tous les deux mois, à partir du i*r juin 1820, une livraison de
deux volumes. Le prix sera de 1 1 fr. par livraison pour les per-
sonnes qui auront souscrit, et de 12 fr. pour les non-souscrip-
teurs. Les exemplaires sur papier vélin seront pavés le double.
La souscription sera fermée le jour où paraîtra la seconde livrai-
son.— On souscrit chez Baudouin frères, libraires-éditeurs, rue
deVaugirard, n° 36. (Sous presse: les Mémoires de Bouille et
ceux de madame Roland.)
— Fastes civils de la France, depuis l'ouverture de rassemblée des
JVotablcs , jusqu'il Vannée 1820 ; par quelques amis de la liberti ■
— Tel est le titre d'un ouvrage qui aura de huit à dix volumes
in-8°, de 25 à 3o feuilles d'impression chaque, et pour lequel on
souscrit au bureau des Fastes civils de la France , rue des Deux-
Portes Hautefeuille, n° 7, près l'Ecole de Médecine. Le premier
volume paraîtra le f\ août prochain. Prix de chaque volume , im-
primé sur papier superfin, pour les souscripteurs , (> fr., et 7 fr-
5o c. franc de port 5 pour les non-souscriptcuis, 7 fr. f>o c. ,
et 9 fr. franc de port. Parmi les personnes qui concourent à la
rédaction des fastes , on cita MM. Dupont de l'Eure, Manuel,
membres de la Chambre des députés \ A. V. Arnault , Etienne,
J. P. Pages, hommes de Ici tics; Germain, ancien administrateur
du département de Seine-ct-Oise; Alex. Goujon, ancien officier
d'artillerie , et P.-F. Tissot , professeur de poésie lalineau Collège
de France ^ auquel la direction littéraire de l'ouvrage est confiée
— Galerie française ou Cnfù-ction de portraits dèi hommes
et femmes célèbres qui ont illustré la J'r.mcc dans les \f II
et \l'l[I* siècles. — L'ne société d'artistes et d'hommes
de Lettres se propose de publier, sous le nom de Galerie fran-
çaise , une collection de portraits lithographies des hommes
et des femmes célèbres de la France , avec une courte notice
EUROPE. 643
biographique sur chaque personnage , et le fac simile de son
écriture, autant qu'il sera possible. Les portraits seront tous
exécutes sous la direction de M. Gautherot, par M. Vigneron et
autres dessinateurs distingués. Les notices seront rédigées et
signées par MM. Alavoine, Andrieux, Auger, Denon , Droz, de
Forbin , Fourier, Gautherot, Landrieux , Lémontey, Lesueur,
Mathieu Dumas, Miel , Muriel , Richerand, Roger et Villemain.
La collection, composée de cent portraits environ, paraîtra par
livraison de 4 portraits, (\fac simile et 4 notices , sur beau papier
vélin , grand in-4°- Les portraits et le fac simile sont confiés aux
presses lithographiques de M. Motte, et l'impression des notices à
M. Firmin Didot. A partir du mois de juin, jusqu'à l'achèvement
de l'ouvrage, il paraîtra deux livraisons par mois. Dans le courant
de 1820, les souscripteurs recevront une introduction à la (Pa-
ierie française , rédigée par un des auteurs des notices, et, avec la
dernière livraison , unetablealphabétique. Le prix est, pour Paris,
de 6 fr. 5o c. , et pour les départemens, de 7 fr., par livraison,
franche de port. On ne paie rien d'avance. On souscrit à Paris ,
chez M. Lcfort, dessinateur de la grande édition du Musée , rue
des Fossés-du-Temple, n° 4> et au bureau des Alliches pa-
risiennes, rue de l'Arbre-Sec , n° 32.
IVota. La irc livraison composée des portraits de Louis XII,
du cardinal cl ' Amboise , a déjà paru.
Beaux-Arts. — Prix de gravure en taille-douce. — A partir
de cette année, les élèves qui remporteront les prix de gravure
distribués tous les deux ans par l'Institut, resteront à Paris , et y
jouiront pendant cinq années de la pension que le gouvernement
leur payait à Rome, où ils ne trouvaient |pas les mêmes moyens
qu'en France.
— Médaille de Vittorio Alfieri. — M Donadio , dans la gra-
vure de cette belle médaille, que tous les Italiens passionnel pour
la gloire de leur pays s'empresseront sans doute de se procurer ,
a fait preuve du même talent par lequel il s'était précédemment
distingué en faisant les médailles de Joseph - Louis Lagrange et
iY /ùinïus-Quirinus Pisconti. Celle d'Al/icri, qui vient de pa-
raîtrons! aussi remarquable sous le rapport de la ressemblance
et du relief des traits, que parla perfection du dessin de la tète
du Sophocle de l'Italie. Ou la trouve , ainsi que les médailles de
ï,\\ EUROPE.
Lagrange et de f^isconti, au dépôt de la Société métallique , hô-
tel de la Monnaie, à Paris: prix de chaque médaille, 5 fr.
Théâtres. — Théâtre -Français. — Le folliculaire. — M. de la
Ville, auteur de cette comédie, a été, dit -ou, non pas follicu-
laire, mais journaliste à Bordeaux, en 181 5. On pourrait en conclure
qu il peint ce qu il a vu. Or, sa pièce est une satire sanglante
contre les gens du métier. C'est Tartufe travesti en journaliste.
Impatronisé chez un bourgeois, nommé INI. Dubuisson, le gaze-
tier Yalcour s'est emparé de son esprit, comme !\1. Tartufe de
celui d'Orgon , et il ne vise à rien moins qu'a obtenir sa fille et la
moitié de sa fortune. Des critiques ont poussé plus loin le paral-
lèle de l'action des deux pièces , et trouvé des similitudes jusque
dans les moindres détails. La malignité publique a cru reconnaître,
dans certains traits, des anecdotes récentes , et Ton a entendu
prononcer des noms propres. Nous nous bornerons à remarquer
que l'ouvrage entier est écrit dans un esprit d'aigreur très exa-
géré contre les journaux et contre ceux qui y travaillent , ce qui
n'a point le mérite de la justesse dans notre gouvernement repi é
sentatif , ni celui de Tà-propos, dans un moment où la position
des journalistes est devenue l'objet de la sollicitude des hommes
éclairés et impartiaux. Tout cela ne nous empêchera point de re-
connaître dans la nouvelle pièce, un talent t] es remarquable pour
la peinture énergique dc^ caractères , pour la conduite vigou-
reuse d'une action constamment dépouillée d'entraves et de lon-
gueurs, et surtout un dialogue extrêmement vif et piquant, et un
style plein de fermeté et. d'e8prit. M. dé la Ville avait déjà donné
au même théâtre une petite comédie en UU acte , intitulée
sllexanilrc et Ayelles , où Ton avait distingue un grand mérite de
style. 11 a , dit-on, plusieurs ouvrages reçus à DOS deui tii> àti < s
français, et il est probable que les journalistes dont il a dit tant
de mal, seron! condamnés 1 dire beaucoup de bien de son talent.
— Oilccm. — !.. titiste ambitieux. — Cette comédie . en cinq
actes et en vers, est de M. Théaulon, don! on ne connaissait jus-
qu'à ce jour que des opéra-comiques ou des vaudevilles asseï
médiocres. 11 vient de prouver que son talent peut atteindre à un
genre plus élevé. 1,'artiste ambilieux est un musicien qui a
épousé une demoiselle de grande famille, mais sans bien , qui ce-
pendant fait beaucoup de dépenses, elquivcut s'ouvrir li carrière
EUHOPE. 645
<ies places parle chemin de l'intrigue. C'est le Glorieux, dans
une position spéciale, et cette position est bien dans les mœurs
du jour. Les trois premiers actes sont supérieurement conduits •
mais l'action se complique et languit dans les deux derniers , pour
amener un dénoûment tout-à-fait médiocre. Les rôles épiso-
diques ou accessoires sont presque tous agréables et piquans ■
mais le caractère principal pourrait être plus fortement dessiné.
Ls style de la pièce est généralement élégant et correct- c'est
bien celui de la bonne comédie. On y remarque même des pas-
sages pleins de verve et des vers très heureux.
jNécrologie. — Anne-Joseph Bruano, membre de la Société
d'encouragement , de la Société royale des Antiquaires, de l'A-
cadémie de Toulouse, etc. , né à Besançon, le 20 janvier 1787,
était, en i8oj , sous-officier dans les chasseurs d'élite • eu 180O ,
avocat distingué à la Cour d'appel de Besançon 5 en 1809, chef de
bureau à la préfecture du Jura , et successivement dans les pré-
fectures de la Haute-Garonne et d'indre-et-Loire , où il accom-
pagna M. Destouches , son ami. Nommé sous-préfet à Vitry , en
juin i8i5 , sous le gouvernement provisoire , il montra autant de
sagesse que de courage dans ces momens difficiles , et sa conduite
lui valut l'estime de tous les hommes justes et honnêtes, quelles
que fussent d'ailleurs leurs opinions politiques. Postérieurement
à cette époque , il cessa , pendant quelque tems , de participer
à l'administration ; mais il fréquenta assiduement les séances de
la Société royale des Antiquaires de France , où il lit lueture de
plusieurs Mémoires intéressans. Ce fut là que l'auteur de cette
notice eut le bonheur de le connaître , d'apprécier les excel-
lentes qualités de son esprit et de son cœur, et d'en recevoir des
témoignages honorables d'estime et d'affection. Après le 5 sep-
tembre 181G, M. Bruand fut appelé a In sous-préfecture de Bar-
celonnette, département des Basses- Alpes, et, peu après, à celle
de Belle)', département de L'Ain. L'exploration et la description
des monumens antiques, l'encouragement de L'utile méthode de
l'enseignement mutuel , devinrent plus particulièrement L'objet
de ses soins et de ses travaux. Déjà, d'heureux résultats avaient
couronné ses nobles efforts , lorsqu il sentit les atteintes de la
maladie qui l'a enlevé dan* la force de Tijje : il veuait d'envoyer
646 EUROPE.
à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l'Institut , et
à la Société royale des Antiquaires de France, plusieurs Mémoires
sur divers sujets d'archéologie , qui seront sans doute publies
dans ceux de ces deux Sociéte's savantes. On a delui les ouvrées
suivans : i° Annuaire historique , statistique et archéologique du
département du Jura; in-8°, avec une carte , sept gravures en
taille-douce , et ving-deux autres gravures en bois ; Lons-le-
Saulnicr, i8i4- 2°. Dissertation sur la mosaïque antique d' Estavay;
i vol. in-8° avec deux planches. Tours, i8i5. 3°. Mélanges litté-
raires ; i vol. in-8°. Toulouse , i8r5. 4°- Essais sur les effets de
la musique chez, les anciens et chez les modernes; in -8°. 'l'ours,
i8i5. Michel Berr.
— Boulage. — M. Thomas-Paschal Boui.age, professeur à l'Ecole
de Droit de Paris, et avocat à la Cour royale , est décédé, dans
les derniers jours du mois de mai. 11 exerça long tems avec bon*
neur la profession d'avocat à TVoye*. Membre et secrétaire de la
Société académique du département de l'Aube, il publia diverses
productions littéraires, et notamment un ouvrage sur 1rs anti-
quités du droit romain, qui a pour titre : Conclusion sur lu loi
ilt s Douze-Tables • traite rempli de recherches lumineuses et sa-
vantes. Nommé par concours, en 1810, à la chaire du Code civil ,
vacante par la mort de M. Portiez (de l'Oise), M. Boulage sou-
tint à Paris la réputation qu'il s'était acquise à 'Innés : il sut
former d'excellena élèves, et s'en faire chérir et respecter. Il lit
paraître, au mois de décembre 1819, le premier volume d'un ou-
rrage, <|iii est le résultai de ses leçons, sous le litre de Principes
de J ' urisprudence française , pour servir a Pintelligencq du Code
civil. On espère «pie L'éditeur, malgré la mort de l'auteur, n'en
poursuivra pas moin S la publication de ce livre utile, non-seule-
ment aux élèves de L'Ecole de Droit de Paris, mais indistinctement
à toutes les personnes qui voudraient acquérir dea notions ûxei el
positives BUT notre droit civil. On annonce un ouvrage inéflit de
M. Boulage, sous Je titre de Mystères d'Isis, comme étant sous
presse et dei Bnl paraître incessamment. Cette production lui as-
signera, si l'on en doit croire le rapport de quelques connaisseurs,
un rang aussi distingué parmi Les littérateurs et les savant, que
celui qu'il avait acquis parmi les jurisconsultes*
UN DU SIXIÈME VOLUME.
AP
20
R53
t,6
Revue encyclopédique
PLEASE DO NOT REMOVE
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UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY